humani nil a me alienum puto

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lundi 26 septembre 2016

751ème semaine

Encore une semaine vite passée, avec un voyage nantais au milieu, des cours donnés et reçus, et j’en passe tellement que les journées du patrimoine ont encore été une fois très optionnelles. On fera mieux l’an prochain !

J apaisé

Il existe plusieurs types de comique, et les comédies allemandes soulèvent toujours un peu de suspicion — en même temps, on pourrait se douter aussi que ce qui arrive à traverser la frontière jusqu’à nous ne peut pas être foncièrement incompatible. Le Français aime le bon mot et le trait d’esprit ; l’Anglais la dérision et l’auto-dérision ; l’Allemand a en revanche sa préférence pour une sorte d’absurde ou de grotesque de situation. Je me demande si l’on peut faire passer un test MBTI à tout un peuple (en tant que peuple), mais peut-être que simplement regarder les dirigeants donne déjà un bon aperçu. Chez les latins, la notion d’ordre n’est certainement pas la même que les germains. Eux, ils sont clairement J.

Notre héroïne de “Toni Erdmann” l’est aussi très clairement. Son père, en revanche, est tout à l’opposé. Elle, dans sa boîte de consulting, décide avec un grand cynisme comment zigouiller du Roumain efficacement, pour un grand manitou qu’elle essaie de séduire par sa froideur. Lui, prof de musique au 4e degré (allemand, le degré…), chausse ses fausses dents et se vautre dans l’absurde. Parfois, les chiens font des chats.

Il y a quelque chose que nous a dit notre prof de développement personnel : parfois, les gens qui vont trop dans leur zone de confort ont une réaction violente totalement inverse. Un extraverti va ainsi tout à coup faire une retraite, totalement isolé (on en connaît). Eh bien il n’est pas improbable que notre jeune J ne soit victime de sa propre personnalité, et après une scène au cupcake sous pression qui restera dans les annales, le brunch d’intégration figurera aussi au royaume du WTF.

L’ersatz absurde du père, Toni Erdmann, qui s’incruste partout par le truchement du creux de tout ce beau monde du consulting (qui n’est pas sans rappeler le film français récent “Tout de suite maintenant” — ou Agathe Bonitzer était l’alter ego de Sandra Hüller, avec le même parallèle sur le père en décalage, mais de l’autre côté du spectre comportemental), finit grâce à ses masques à tous les faire tomber. 2h40, c’est long, mais finalement, ça passe. Signe que quelque part, même si l’on ne peut s’empêcher d’être parfois dubitatif, choc culturel oblige, cela en valait bien la peine.

Lola faustienne

C’était la première de Daniel Harding, le nouveau chef de l’orchestre de Paris, et donc la première de la saison aussi. Et puis il y avait cette oeuvre qu’on n’entend jamais, un Faust de Schumann, “Scènes du Faust de Goethe”, en une ouverture et trois parties.

Si Lola est ma Marguerite (surtout lorsqu’elle se fait une petite tresse unique sur le côté de ses longs cheveux poétiques), c’était en réalité une soprano impressionnante, et aussi fort belle (la troisième demoiselle remarquée et remarquable de la soirée étant une choriste derrière Lola), Hanna-Elisabeth Müller, qui tenait le rôle, du haut de ses 31 ans — il y a décidément beaucoup d’Allemandes désirables ces temps-ci. Pour compléter la distribution, aux rôles très itinérants, on trouvait tout de même dans les rangs Bernarda Fink, Christian Gerhaher, Franz-Josef Selig, mais aussi Mari Eriksmoen, Andrew Staple et Tareq Nazmi. On ne pourrait mieux rêver.

Bien placé dans le public (puis encore mieux replacé car la dame à qui j’avais piqué la compagnie de son mari est apparue, et puis le parterre est revenu avec force de retard post-cocktail de l’entracte), j’avais une vue imprenable sur tout ce beau monde — et surtout Lola, la seule véritable héroïne dans nos coeurs.

Ce Faust est singulier : il s’appuie sur les vers originaux de l’oeuvre de Goethe. Or, des vers, Goethe en a écrit une poignée de milliers. Schumann en fait une sélection qui diffère de l’habituel pacte vs relation amoureuse, pour se concentrer sur les aspects mystiques (se rapprochant en réalité du coeur original du sujet). Mieux vaut connaître l’intrigue amoureuse cependant, car cela joue à saute-mouton dans l’intrigue. Le héros meurt en plein milieu, avant l’entracte. Comme les deux premières parties font environ 50 minutes chacune, on comprend vite que ce n’est pas pour rien qu’un mini-requiem et autre mini-messe se trouvait là dedans (au début, en fait !), avant la troisième partie tout aussi longue — qui passe cependant fort vite. Et, fier de moi, j’ai repéré la seule ou rare modification apportée aux vers par le compositeur, déjà torturé : un “es ist vollbracht” (à la place de “es ist vorbei”) rappelant les paroles du Christ en croix.

mardi 20 septembre 2016

750ème semaine

Semaine bien pleine, avec une reprise (compliquée) des cours, des impôts casse-burnes, un organisme de formation ivre, un déplacement à l’INSEAD où les loulous organisant une grande rencontre sur l’international ont simplement oublié tout moyen de transport autre que sa propre voiture (obligé de fuir juste avant la fin, réseautage zéro, puni de petits fours) et dans la même soirée, une grand messe Syntec, où pas le tiers des participants habituels n’était présent (pourtant la bouffe était aussi bonne et gratuite que lorsqu’on faisait ça sous les ors de la CCI, dans le bon vieux temps pré-crise). Bref, c’est complet et ça rame.

Bien et bof.

miroir du Rhin

Comme l’a si bien dit Hinata-chan, François Ozon fait toujours le même film mais de manière toujours renouvelée. Cette fois, l’histoire de “Frantz” est cousue de fil blanc, et s’il essaie de nous perdre un peu sur le mystère du disparu Frantz et du personnage principal Adrien, c’est simplement parce que Pierre Niney a l’air plus gay que jamais, finissant d’achever ma voisine avec son grand air cadavérique, son costume trois pièce et son allemand (zut, j’y étais presque ! Sie sind eine schöne Fraulein — vielleicht?).

Par rapport à la pièce de Maurice Rostand et sa première adaptation en 1932 par Ernst Lubitsch (qu’il serait bien de voir programmé au quartier latin !), Ozon ajoute une suite comme deuxième partie symétrique, où cette fois c’est Anna qui part à la recherche d’Adrien. Ce qui donne l’occasion de visiter la France post-Première guerre mondiale, et son rapport avec ce qui est allemand, après avoir introduit un Français en Allemagne dans la première partie (autant dire que c'est un peu tendu). Et permet aussi de voir encore plus Paula Beer, déjà pourtant aperçue dans “Diplomatie”, et que l’on souhaite encore plus revoir dans des scènes très érotiques de préférence (deuxième Allemande à épouser en moins d’un mois, rien ne va plus !).

Une narration originale, une fort belle esthétique (alternant noir & blanc et couleur), même si l’on pressent toujours l’histoire, avec ses indicibles, ses mensonges, ses protections, ses faiblesses intestines et ses impossibles insurmontables de situation, le film tient ses promesses.

rencontre de Crystal

Billet de rapide compte-rendu d’une rencontre balletomane à l’amphi Bastille, avec la chorégraphe canadienne Crystal Pite. Elle a l’air aussi intelligente que douée et intéressante. Elle manipule Ludmila Pagliero (qui est plus jeune que moi ??) et Vincent Chaillet pendant presqu’une heure, sur un remix bien senti des quatre saisons, dans une chaleur assez insoutenable, puis répond au questions avec l'aide de son assistant québécois — notamment du petit rat, mais la troupe de balletomanes était presque au complet et disséminée aux quatre coins.

Objectif atteint : il va falloir trouver comment s’y incruster.

lundi 19 septembre 2016

Mozart Bruckner 7

Dernier concert de la série Barenboim-Staatskapelle Berlin, avant la mini-session de janvier, il y avait cette fois au programme d’apéro la Sinfonia concertante pour hautbois, clarinette, cor et basson K 297b de Mozart : cette fois, le maestro se contente de la baguette, et ça a le mérite de l’originalité. Ce n’est en effet pas tous les jours qu’on entend cette oeuvre. Avec Gregor Witt au hautbois, Matthias Glander à la clarinette, Ignacio Garcia au cor et Mathias Baier au basson.

Les tarifs prohibitifs ont toujours laissé de belles opportunités de replacement, mais j’ai dû être chassé de ma place (la veille aussi, mais on avait opportunément occupé les sièges délaissés par nos voisins partis aux urgences…). Pas de chance, je rejoins donc Serendipity sur les bords (parce que c’est pénible, la Philharmonie : le public arrive in extremis, en début de concert comme après l’entracte, et dans certains cas même après le début de la musique). On vit un moment extraordinaire avec un vieux qui nous lance un “ne vous mettez pas devant moi” pour nous inviter à nous replacer ailleurs que sur le rang devant lui — il n’aurait pas envie de quelques convulsions, celui-là ?

De toute façon, il y avait de bien meilleures places, plus devant encore, pour faire encore plus exploser le frissonomètre que les fois précédentes. Comme Daniel Barenboim, je peux diriger la symphonie n°7 de Bruckner sans l’aide de la partition (qui ne me serait guère utile, d’ailleurs, à titre personnel…). En même temps, c’est à force d’écouter sa propre interprétation au disque, alors je manque peut-être de références plus diverses (quoiqu’elle est souvent donnée au concert, et que je m’efforce de ne jamais la rater). Standing ovation.

À la sortie, l’issue de secours nous fut (vainement pour ma part) interdite. La Philharmonie se plie toujours en quatre pour rendre ce qui pourrait être une agréable soirée au minimum absurde, au pire désagréable. Pour 400 millions, tu n’as presque plus rien — il reste une excellente acoustique sur les deux premiers tiers de parterre que je ne quitte plus désormais.

Mozart Bruckner 6

Pour cette troisième session Barenboim/Staatskapelle Berlin, Serendipity fit son retour à la Philharmonie et son fidèle clan de ninja, après un an d’absence. De quoi mettre notre voisine de replacement en convulsions — et tester encore une fois la stupidité architecturale de la Philhar, où il fut difficile d’alerter ouvreurs et médecin, puis d’évacuer la pauvre femme, pendant que l’orchestre continuait son Concerto pour piano n° 26 de Mozart, avec Barenboim à la direction et derrière le clavier. Alors que dix minutes plus tard, à l’entracte, on commençait enfin à évacuer la victime, Laurent tenta l’hypothèse que l’interprétation de Barenboim ne devait pas être tout à fait étrangère à tout cela. Nonobstant ce que je pense être un rapide déraillage au début de l’oeuvre, il est vrai que ces apéritifs n’avaient rien de très intéressants ni mémorables.

En revanche, la Symphonie n°6 d’Anton Bruckner, avec ses relents de Lawrence d’Arabie (on est d’accord que le thème principal a été plus que largement inspiré ?) était superbe, quoique plus difficile d’écoute attentive.

inside Benjamin Millepied

“Relève : histoire d'une création” traduit dès le titre deux pendants en réalité ambigus. La relève est à la fois Benjamin Millepied, nouvellement nommé comme directeur de la danse, et le petit groupe de jeunes danseurs qu’il forme au plus près pour sa création chorégraphique, tandis que ceux-là même qui ont volontairement adhéré au projet, cette petite sous-troupe qu’il a monté de jeunes qui ont faim, c’est aussi sa création — et leur création personnelle, leur auto-réalisation.

Mais le documentaire de Thierry Demaizière et Alban Teurlai dans les coulisses très parcourues et fascinantes de l’Opéra de Paris n’est pas tant à propos de la danse que du management, et en ça il se rapprocherait bien d’un propos de Pierre Legendre, quelque part, sans y aller aussi fort, en retenue comme un Wiseman (et ils sont justement potes, ces deux compères-là), mais avec une touche artistique forte qui se ressent sur les passages de musique techno collée ingénieusement sur les mouvements remontés des danseurs.

Le management, donc. Parce qu’en France, on administre, encore, et ça, Benjamin Millepied le danseur étoile, le chorégraphe, le team builder et leader, l’entrepreneur de la danse, quand il est arrivé à Paris, il ne l’a pas saisi. C’est ce qu’on appelle un choc culturel, que les écoles de business administration (mais qui sont en réalité du management à l’anglo-saxonne) essaient de désamorcer avec des cours ad-hoc. Il aurait dû lire cet entretien passionnant entre Legendre et Wiseman, justement, à propos du documentaire du second :

   Pierre Legendre. Et puis, il y a cette affaire qui mérite grande considération, parce que personne, je crois, n’avait osé faire ça : donner toute cette place à l’administration. Pas celle qui simplement gère et doit accomplir certaines tâches pratiques, mais celle qui a toute son importance pour les danseurs, comme des parents pour leurs enfants, qui les enveloppe de sollicitude et de discipline. J’aimerais bien savoir ce que vous pensez de ça.

    Frederick Wiseman. Dans un certain sens, c’est très français. Et ça reflète quelque chose de la vie contemporaine française et dans l’Histoire. La France est vraiment un pays hiérarchisé, un pays de castes même. Si on compare avec le film que j’avais fait sur l’American Ballet Theatre, on voit les différences entre les questions hiérarchiques en France et en Amérique, et ça c’est quelque chose qui m’intéresse. J’avais trouvé la même chose à la Comédie Française, la façon dont c’est dirigé, les luttes de pouvoir là-bas...
L’autre chose, c’est qu’une compagnie de danse de 150 danseurs a besoin d’un appui pour exister. Il y a quelque chose de très pratique dans l’administration, il faut gérer une grande organisation, et ça m’intéresse. Et aussi le fait que l’administrateur est une femme, et le rôle de la femme dans cette administration. Il y a une comparaison à faire entre la façon dont la Comédie Française est dirigée, les luttes de pouvoir, et la façon dont ça se passe ici. À la Comédie Française, on partage le pouvoir. Il y a beaucoup de clans, et ils sont souvent en guerre les uns avec les autres. Ici, l’administratrice a tous les pouvoirs. Elle n’est pas dictatrice, mais c’est elle qui prend les décisions. Et ça, c’est intéressant comme comparaison entre deux grandes institutions culturelles en France...

    Pierre Legendre.  …qui toutes les deux ont la marque monarchique, venue du fond des âges français. Les Français ne conçoivent pas la chose autrement. Pour le regard américain ce doit être saisissant.

    Frederick Wiseman. Mais quand les sociologues disent que l’Amérique est un pays plus ouvert… En un sens c’est vrai. Les classes existent en Amérique, mais c’est beaucoup plus fluide. C’est plus facile de commencer très bas et de monter. Ici on peut, mais c’est très difficile.

    Pierre Legendre. Et dans les têtes, la hiérarchie a ici quelque chose de sacré.

    Frederick Wiseman. Et pour un étranger, quelquefois c’est très comique.

    Pierre Legendre. Ici, c’est souvent lourd à porter, parce que même la critique est codifiée. Il y a les « hérétiques officiels », appelons-les comme ça. Il y a une fonction, très prisée par les universitaires, pour engueuler le pouvoir, acceptée par lui. Et puis, ici il y a la frappe catholique, et pour le spectacle c’est aussi présent. Ces grandes institutions culturelles, soutenues par le mécénat d’État, c’est comme le mécénat du Saint Siège qui fut si important en Europe.

Benjamin Millepied n’est plus français. Il est un type de manager par l’exemple : il montre, il est là, dans les studios, pour créer, pour donner le cours, toujours à disposition, sur son téléphone, mais il s’ennuie à signer, à décider jusque dans le micro-management comment le banc qu’il avait rapidement commandé doit être (une grande affaire qui tourne au comique, tellement cela prend des proportions ahurissantes, sur des semaines), et son assistante haute en couleur lui court après (là encore avec un running gag : “tu n’aurais pas vu Benjamin ?”), pour organiser tout ça. Lui l’écoute à moitié, en regardant des vidéos : sans toutefois ignorer la part de bureaucratie, il trouve que l’important est ailleurs.

Cet ailleurs, il le confie de temps à autre. Comme quand il témoigne de son effarement non-feint face à des danseurs qu’il a tous reçus, une bonne partie en tremblotant de peur à l’idée de rencontrer un nouveau monarque dont ils ignorent tout et auquel ils vont être confrontés en huis clos pour ce qu’ils présagent être une inspection inquisitrice, là où il s'agit simplement de sonder et de présenter. Ou quand il découvre la politique raciste institutionnalisée face aux danseurs pas tout à fait blancs. Ou quand il voit les conditions de travail déplorables dans lesquelles doivent évoluer les danseurs — le suivi médical ou les planchers, notamment. Lui, quand une danseuse se blesse au pied, et qu’il n’a pas encore pu faire venir quelqu’un d’attitré à temps pour s’en occuper, saisi le pied et montre comment il faut faire. La scène n’est pas de la podonipsie viennoise, mais bien l’âme naturelle de Benj ton pote de tous les jours, qui file coups de main et tuyaux.

Le problème, c’est qu’en France, ce vieux pays monarchique schlérosé, on aime la figure paternelle (et maternelle jusqu’à présent, à l’Opéra). On aime celui qui tranche, même injustement. Pas celui qui se considère comme un égal en charge, mais celui qui est au dessus et inatteignable, le patriarche, qui mène son troupeau. Benjamin, il voit tout ça et ne comprend pas. Ou plutôt il le rejette dès qu’il l’a compris, et apporte un nouveau management moderne à l’anglo-saxonne. Quand il voit qu’il y a un problème avec quelqu’un, il l'appelle sur son portable dans la rue et le règle, mais généralement, il évite le conflit — en cela, je pense qu’il est comme moi (je ne sais pas s’il a passé son MBTI, mais c’est typiquement un truc d’INTP). C’est très problématique pour des gens qui sont habitués à s’en remettre à autrui, qui sont dans une optique de servitude volontaire, qui veulent un système féodal, avec une protection en l’échange de leur liberté. L'incompréhension peut rapidement muter en conflit encore plus intense que ceux évités.

Le concours, qui n’apparaît pas dans le film mais qui revient plusieurs fois, est symptomatique de cette incompréhension de la France et ses danseurs allégoriques face à Millepied. J’en ai fait l’expérience sur ce blog même : le peuple français dans son immense majorité ne conçoit pas qu’il puisse en être autrement. On doit s’élever par l’écrasement, en France. Peu importe même que nous soyons unique au monde à procéder ainsi : la dissonance cognitive est alimentée par la névrose commune. Et quand le directeur dit qu’il n’est pas content de comment ça danse le classique, et qu’il y voit autant de joie et d’expression artistique que dans du papier peint, alors que la compagnie semble s’éclater dans le contemporain (dont il est chorégraphe !), pensant même que c’est alors la meilleure au monde, il y voit le signe de toute cette tension du mauvais management par la peur. Mais les danseurs, eux, y verront une insulte qui leur ai faite, n'y comprenant rien au propos (et se fendant même d'une tribune publique, au lieu d'en parler à celui qui reste manifestement ouvert).

Seulement une poignée de danseurs (moins d’un cinquième de la compagnie ! Aucune étoile) adhère réellement à son projet et à sa vision, l’accompagne au bar, se sent libéré et parle des problèmes d’avant, devant la caméra. Et je me demande comment cela va se passer, avec le retour en arrière et la fuite de Millepied (car à force d’éviter, il ne reste plus nulle part : il faut partir ou périr. La conduite du changement ne s’improvise pas comme un pas de danse !). Ces jeunes, ils ont goûté à autre chose, à l’extérieur, et ça leur a plu. On, je veux dire les balletomanes, les a bien reconnu, et on sait que ce sont les plus brillants. Je ne vois que deux solutions : rester dans la matrice et attendre son tour pour insuffler cette fois un vrai renouveau durable, dans une vingtaine d’année ; ou ne pas se sacrifier à attendre et fuir vers le Nouveau Monde. Le statu quo est une non-décision immédiate, mais plus on attend, plus la question sera réellement envahissante.

Je suis dans la même situation qu’eux. Ce film documentaire, c’est plus qu’un compte à rebours sur une création artistique, celle de Clear, Loud, Bright, Forward, dont on sait dès le début qu’elle aura finalement lieu dans la pompe — quoiqu’on la sent déjà plutôt créée contre ou envers et contre qu’avec le système dont le directeur dispose —, dont on voit tout le travail préparatoire avec le compositeur, le chef, les répétiteurs, les cahiers de notation, les danseurs eux-mêmes  : c’est un prétexte à la mise en exergue du mal français, une allégorie (comme l’a toujours été la danse !) de nos forces et faiblesses face à un catalyseur qui a échoué — parce que le chef-dieu est finalement le plus lié d’entre tous. Et comme la grande majorité de l’armée mexicaine qu’est ce corps d’État fonctionnaire de la danse, biberonné à la pensée française, j’ai bien peur que le public aussi ne passe essentiellement à côté.

(À la place d’Helgi Tomasson, je noterais bien les noms, de Letizia Galloni, de Léonore Baulac, de Marion Barbeau [surtout pour l’épouser, au passage] et d’Axel Ibot notamment, et préparerais un stock de pilules rouges. Parce qu’après tout, pourquoi s’arrêter à Mathilde dans le siphonnage ?)

lundi 12 septembre 2016

749ème semaine

Nouvelle saison culturelle qui commence, mais sinon RAS.

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