humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 12 septembre 2014

545ème semaine

Pour une fois, je ne suis pas trop mécontent de rater le début de la saison musicale, qui ne m'a guère inspiré, ou parfois désespéré avec les tarifs pratiqués (l'opéra de Paris marche sur la tête...). Pas de temps. Trop de boulot. L'impression d'un goulot. Avec une deadline, les cours qui reprenne. Tout cela se calmera bientôt. Mais quelque part, cette reprise fait du bien au moral : les problèmes de riche (riche... si ça facturait mieux, surtout, en fait), c'est tout de même mieux que les habituels problèmes de pauvres...

dans les limbs

Le premier spectacle de la saison aura été du total pied levé : je n'avais pas du tout vu ce "Limb's Theorem" au théâtre du Châtelet. Vendredi soir, c'était annoncé complet. Soit. Retour samedi après-midi, pour la seconde représentation : on nous propose un reste de places paumées et plutôt chères. On passe. On part déjeuner. On revient : peuple monstre dans la file des derniers-minutards. Ciel ! La souris occupe le devant du théâtre à la recherche d'une revente ; je me mets en file. Après déduction, je devine qu'il y a de la place libre. Et combien ! Tout le monde est servi, et plutôt fort bien. À notre tour : à droite, au guichet, la femme qui nous avait renseignée engueule une jeune touriste parce qu'elle a demandé si elle pouvait payer par CB (réponse : oui). À gauche, une jeune femme qui a l'air beaucoup plus sympathique. Croisement de doigts : bingo. Places au fond de corbeille, de 3/4. Et puis "ah non, attendez". Suspense. Places 5 et 7, plein centre, premier rang, corbeille. Places de ministres. 15€ l'unité. Cherchez pas.

Trois pièces, 2h15 avec entractes. Du pur Forstyhe comme on aime. Fluide, techno, rapide, construit, parallèle, obscur et clair, interagissant avec des formes et panneaux (je présume que la moitié de la salle côté jardin a raté pas mal de la troisième pièce...), fourmillant d'idée, avec sa grammaire propre. On a eu envie de crier notre amour à William. Assis place 3, avec son bob sur la tête. What?? Is it Bill?! Finalement, la seule interaction, outre de parler de la musique un peu forte de Thom Willems avec la souris (il était encore plus au point niveau bouchage d'oreilles), aura été d'échanger nos places pour lui permettre de mieux s'échapper avec son acolyte (Michael Simon, scénographe ?) pour les saluts — provoquant quelques déplacements qui ont perturbé puis amusé JF Zygel et son ami (j'ai donc, au final, pris la place de William Forsythe et pris comme quasi-voisin JF Zygel...).

Il paraît que Forsythe, après s'être égaré dans le nawak, revient à ses vieilles amours. Pour le festival d'automne, on avait un peu peur. Mais avec Limb's I et Limb's III, entrecoupés de Ennemy in the Figure, trois pièces de 1990, on ne pouvait pas se tromper. Le ballet de l'opéra de Lyon est toujours aussi brillant dans ce répertoire. On retrouvera tout le monde au théâtre de la ville, en face, avec très grand plaisir !

retour des gros bourrins

Expendables 3 est dans la lignée des précédents : de bons vieux gros bras qui font de la sauce virile. Mais Sylvester Stallone tombe sur son vieil ennemi mystère (cousu de fil blanc) Mel Gibson, pour une fois dans le rôle du méchant. Il décide pour l'occasion de changer son équipe. On devine le rythme ternaire : les vieux, les jeunes, et enfin les vieux avec les jeunes. De l'ancienne équipe autour de Jason Statham, il ne reste cependant plus grand monde. On rappelle donc Arnold Schwarzenegger avec un rôle bien plus étoffé, Jet Li in extremis, et Harrison Ford qui fait plus que remplacer Bruce Willis (sorti), pour prendre part à l'action. En guest inattendu, Antonio Banderas en très bavard (ça nous rappelle Desperados...).

Expendables, c'est comme une équipe de foot, mode dream team du film d'action. Sylvester reste le capitaine, il y a eu des sorties, un peu d'entrée, beaucoup de sang neuf dont une fille (blonde mais fatale). Patrick Hughes (II) tient le rôle de coach, au milieu des obus qui pleuvent sur nos protagonistes. Ça tire partout, c'est à peu près ce qu'on demande : du défouloir pas bête, mais pas prise de tête non plus.

vendredi 5 septembre 2014

544ème semaine

Me voilà encore en retard. J'avais un excellent sujet sur le rôle du pouvoir et de la représentation, et la critique nécessaire et parfois violente (ce qui au sens moderne du terme relève de la pichenette virtuelle, d'ailleurs), mais je crois que ma verve est retombée avec le temps. Il faudrait se poser et écrire pour de bon, avec le risque que ce soit très long. Pour le moment, l'agenda est complexe et plutôt surchargé. Le pauvre blog en pâtit. Ce n'est pas pire que le blog pro, où un sujet sur le tiers de confiance (et l'application à la numérisation, notamment l'IoT) m'attend depuis bientôt six mois...

On ne peut pas être partout ! Dommage.

lundi 1 septembre 2014

Eva fatale

Avec le retour d'Hinata-chan, voici aussi le retour des séances ciné rétro : "Eva" de Joseph Losey, sorti en 1962, à l'époque où Jeanne Moreau, 34 ans, était hyper-baisable (même si j'avoue que si j'avais quatre-vingt balais, je lui courrais après dans la maison de retraite). Eva est la femme fatale brune. Pas blonde, brune. Parce qu'il ne saurait en être autrement. En Italie, entre américains aisés consentants.

J'entendais récemment (était-ce dans une interview de Catherine Breillat que j'ai revu ?) que l'homme a peur de la femme qui peut le mener à sa perte — et notamment de la courtisane, encore plus elle que tout autre, qui peut ruiner jusqu'au dernier sou un homme puissant. L'homme ne peut que perdre face à la femme. La femme sait ne pas être amoureuse et sait jouer de ses effets — la réputation diabolique, la peur viscérale et la fascination, ne viennent pas de nulle part. Jeanne Moreau fait tourner la tête de Stanley Baker, lui le charmeur, au grand bagou, à la légèreté désinvolte, qui consomme les femmes et ne saurais se fixer : il tombe sur plus fort que lui à ce jeu.

Le drame se noue, mais c'est plus fort que lui, plus fort que tout, même de l'amour inconditionnel et infini de la magnifique Francesca (Virna Lisi). Même quand il se remet, c'est pour mieux retomber. Eva est pire encore que L'Ève tentatrice, elle révèle ce qu'il y a de mieux et de pire dans un homme jusqu'à son autodestruction : seul celui qui n'a rien à se reprocher peut espérer survivre.

543ème semaine

Il faut bien avouer qu'avec tout le boulot à abattre, j'ai comme qui dirait accumulé ici un retard qui me force à passer mon tour, une fois encore, cette semaine... Telle est la vie de l'entrepreneuriat !

jeux de doubles

"Sils Maria" est l'histoire par Olivier Assayas de ce qui aurait pu être, de ce qui a été, de ce qui sera, et difficilement de ce qui est — c'est-à-dire une allégorie filmée du théâtre, du cinéma, de l'interprétation. Il est porté par un trio d'actrices, qui elle-même sont dans une sorte de mise en abyme : Maria Enders (Juliette Binoche) est une star incommensurable dont la carrière a commencé en incarnant au théâtre une jeune fille de 19 ans, Sigrid, dans une relation destructrice avec Helena, personnage de vingt ans son aînée. Elle se voit proposer d'incarner à présent le rôle d'Helena, avec Jo-Ann Ellis (Chloë Grace Moretz) dans son ancien rôle. Celle-ci est beaucoup aimée de l'inséparable assistante Valentine (Kristen Stewart), mais ses frasques inquiètent... Simultanément, l'auteur de la pièce et grand ami disparaît, alors qu'on lui rendait visite dans les montagne suisse perdue, à Sils Maria.

Tout n'est pourtant pas si simple dans ce jeu de doubles : l'acteur incarne un personnage, mais pas forcément en le comprenant, compréhension qui peut venir de l'âge, de la maturité intrinsèque, du vécu, ou du miroir. Val est justement le miroir de Maria : indissociable, confidente, affairée à gérer la vie de son omniprésente employeuse, un peu dans l'ombre. La compréhension de la pièce, sa réception première ou seconde, différée dans le temps aussi, finit par les opposer, ou plutôt les séparer. On ne comprend pas bien ce qu'a voulu dire l'auteur, fraichement disparu, mais chacun(e) y va de sa franche interprétation. Où est la vérité dans la fiction ? Pis encore, il est bien dit que le rival/double de Maria n'est que meilleur comédien lorsqu'il ne comprend pas vraiment le texte...

Quel niveau de lecture, quelle incarnation ? Comment rattacher l'extraordinaire — apparitions et disparitions — et l'ordinaire — le drame — au réel ? Le métier de comédien déborde sur le jeu de la vie. Un film sensible qui repose surtout sur trois actrices, vraiment formidables.

lundi 25 août 2014

à l'affut

Le film de Thomas Cailley est de ces bonnes surprises auxquelles on ne s'attend pas du tout : un jeune gars de la Fémis qui signe son oeuvre, totalement originale. La bande annonce de "Les Combattants" annonçait un film intrigant, parce que trop léger mais a priori trop inclassable aussi — avec un prix de la quinzaine des réalisateurs. Adèle Haenel était là pour nous convaincre de remplir la petite salle du MK2 (entrée BNF et son abominable escalier). Et rapidement, la surprise s'installe, entre esprit affuté et tendresse pour des personnages aussi barrés qu'attachants.

La plus barrée, c'est Madeleine : jeune bourgeoise encore chez ses parents, au milieu d'études de macro-économie, elle rêve d'apprentissage de la survie pour affronter "la fin" (du monde). Quoi de mieux que l'armée pour ça ? Arnaud (Kévin Azaïs) est un menuisier lui aussi post-ado, mais pas un intellectuel. Décontenancé par la va-t-en-guerre qui pique des tuiles de son chantier pour nager au fond de sa piscine, il va évidemment s'attacher : une difficile romance, forcément musclée, au milieu des biffins dont la précision intellectuelle n'est plus à démontrer. Clash de cultures et humour à plusieurs degrés.

Sur des sons technos, personnages épris de paradoxes entre liberté et services, avec Adèle Haenel en caméléon hyper-présente (on la voit aussi autant que Scarlett, ces temps-ci), on croirait revivre les débuts de Céline Sciamma. Un excellent premier long, aux dialogues épatants, qui montre la naissance rapprochée de deux êtres avec une rare sensibilité et pertinence. Aussi le témoignage d'une génération qui n'a plus beaucoup d'espoir pour l'avenir.

(Excellente critique de mon accompagnatrice murine, qui pour une fois m'a devancé)

vendredi 22 août 2014

542ème semaine

Pour une fois que je pouvais publier ce billet hebdo un mercredi, comme il se doit, c'est encore raté ! Tout se décale, s'accumule, repart, revient... Au moins on ne s'ennuie pas !

mercredi 20 août 2014

deux fois un

Étrangement, "The double" semble diviser la critique. Je fais partie du camps de "ceux qui ont beaucoup aimé". Ce n'est pas parce que Richard Ayoade va apparemment piquer du côté du locataire de Polanski (atmosphère, couleurs, appartement et chutes), qui ne fait pourtant pas partie de la longue liste d'inspirations assumées, qu'il faut bouder son plaisir. Du roman de Dostoïevski je ne connais rien ; mais effectivement, des doublons au cinéma, il y en a eu un certain nombre.

Celui-ci est dans une veine 1984-Brazil, dans un futur-du-passé où la bureaucratie (soviétisation ?), la nuit et l'ennui remplissent de vide. Jesse Eisenberg est un garçon timide, se laissant écraser par la machine. Son secret espoir fantasmatique, c'est Mia Wasikowska (de qui n'est-ce pas le fantasme, se demanderait-on ?), petite fleur qui dénote dans le paysage morne. Dans l'absurdité kafkaïenne d'un monde modernisé parallèle (car il faut un miroir pour se voir, et cela marche mieux quand on sait sans doute aucun qu'il s'agit d'un miroir), le sens de la vie semble vidé de sa substance, et le suicide n'est jamais bien loin. Une dichotomie s'opère après une énième vexation : l'anti-héros se fait de plus en plus broyer, son double mystérieux exploite la machine pour se hisser — celui qui maîtrise les codes et comprends les faiblesses peut en tirer partie. Le premier va de déconvenues en pire déconvenues, le second enchaîne les conquêtes. Les deux conversent et marchandent, aussi...

Un film assez court, 1h33, intelligent, très bien fichu, qui crée une atmosphère oppressante et esthétique (empruntant tout autant aux séries Z qu'à la culture japonaise — qui participe activement à la BO), pour porter un propos pertinent au milieu de l'absurde et de la psychose. Avec un excellent Jesse Eisenberg et une Mia Wasikowska irrésistible. Que demander de plus ?

- page 1 de 418