humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 17 mai 2012

Dieu et le cygne

Il y a des cygnes qui ne trompent pas, des cygnes divins, de cygnes de l'apparition de Dieu lui-même, je parle évidemment de Matthias Goerne : vendredi soir dernier, à Pleyel, avec Christoph Eschenbach au piano, replacé en bout pair de rang F (salle bien pleine !), avec quelques autres ninjas, j'ai vu, j'ai entendu, j'ai vit et souffert avec Matthias Goerne, interprétant le faux-cycle posthume "Schwanengesang" de Schubert. Fabuleux, oh, ces montées, cette émotion... Tout à coup, c'est l'explosion, et la fin : trois quart d'heure de bonheur.

Et un rappel, aussi, dont la solution est donnée dans le programme :

Pour faire bonne mesure, Haslinger ajoute un dernier lied, Die Taubenpost, composé par Schubert en octobre 1828, soit quelques semaines seulement avant sa mort. Puis il fait paraître cet assortiment composite en deux volets étrangement conçus : d’abord les six premiers lieder de Rellstab, puis le septième lied de Rellstab avec les lieder d’Heine et Die Taubenpost d’après Seidl. (Matthias Goerne propose ici une solution plus unitaire, en éliminant ce dernier – dont le caractère joyeux et sans prétention contrastait violemment avec le numéro précédent, Der Doppelgänger, intransigeante merveille. En contrepartie, il intègre dans le cycle un autre lied d’après Rellstab, composé à la même époque mais seulement découvert dans les années 1890 : Herbst D. 945.)

Après l'entracte (étrangement peu peuplée, outre l'ami berlinois et Serendipity — Hinata-chan pouvait être aperçue au second balcon dans une position mi-acrobatique mi-inspirante), Eschenbach nous a donné du Schubert, la sontate pour piano D960. Le tout pour 45€ en première catégorie. On ne fout pas du monde, à l'orchestre de Paris (producteur de l'évènement et du rang E). Excellente soirée.

lundi 14 mai 2012

photos érotiques vintages et mangas

Vendredi à 16h, c'était la dernière édition du cycle de conférences à la NYU (rue de Passy), "approches historiques des sexualités, XIXe-XXe", dont je vous conte régulièrement les aventures. Cette fois, deux intervenants ; mais un public toujours aussi restreint, avec les deux organisatrices (dont Sylvie Chaperon, qui dirige la thèse de la première intervenante, après avoir dirigé son mémoire), le vieil érudit étrange, deux étudiantes (qui doivent passer à l'oral ensuite ; la plus mignonne est perdue dans son mémoire, aidons-la !), trois auditrices libres plus âgées, et deux amies de la première conférencière aussi.

Et pourtant, quel plaisir d'entendre une très jolie fille rousse (cuivrée, une pure !) de son propre âge vous parler d'érotisme trois-quart d'heure durant ! Camille Favre, brillante historienne (civilisations modernes et contemporaines), a écrit un mémoire sur les pin-ups, et s'est spécialisée encore plus dans le monde de la femme et de l'érotisme, sous le spectre de l'histoire et de la société, ce qui lui a valu d'être interrogée par Mediapart sur les soubrettes (retranscription libre d'accès ici). Pin-ups et soubrettes, il en fut question rapidement, mais de manière périphérique. Car le sujet était bien "les mécanismes de genre dans la photographie érotique et pornographie, 1850-1939". À cette époque, on est encore civilisé : on ne mate pas du gros nibard venu d'Amérique, non non, on s'extasie sur les jambes féminines, et on a bien raison (c'est l'époque du french cancan, "ou l'art de monter la jambe", nous dit malicieusement Camille).

Au début, le daguerréotype est chéros, une demi-semaine de salaire médian ! Mais le bourgeois veut déjà collectionner quelques exemplaires de belles qui s'exposent, encore très habillées, certes, mais sachant manier l'art du dévoilement. Et qu'à cela ne tienne, l'alibi est trouvé : l'art ! Il faut bien des modèles, pour sculpter et peindre (en option : se palucher). La maréchaussée n'est cependant pas tout à fait de cet avis, et dès que ça devient un peu trop visible, voilà que l'on met le photographe un mois en prison, le vendeur un an, et le modèle... six mois. Il faut bien choisir son côté de l'objectif, chez les hypocrites ! (pas si civilisés que ça, finalement)

On trouve quelques merveilles, comme ces photos à la manière de l'origine du monde, qui auraient servi de modèle à Courbet. Mais avant cela, le "collant d'amour" est utilisé pour voiler le dévoilement. Il y avait aussi les photos coquines, de soubrettes notamment, mais aussi d'infirmières, tout ce qui a sédimenté comme fantasmes sur pattes à cette époque (la soubrette était par ailleurs fort pratique : sexe-plaisir pour monsieur, en opposition au sexe-repro de madame, elle permettait aussi, entre ses 15 et 25 ans, de dépuceler le fils du maître de maison et d'éviter de ramener des saloperies de l'extérieur par la même occasion — tout ça avec des chèques emploi-services ?). On y voyait aussi un peu de bite, mais plus rarement. Il était en revanche moins rare que les demoiselles masquent leurs visages, eu égard aux peines de prisons encourues — cependant, la chose payant fort bien, le modèle des couches sociales peu élevées (la lavandière type petite prostitution passagère) était motivé.

Après ces émotions et quelques tranches de rire (instants saugrenus et savoureux), c'est Laurent Martin qui a pris le relai. Alors là, encore pire que Camille Favre pour trouver sa bio avec un nom aussi commun ; historien à sciences Po, de mémoire, plus âgé en tout cas (la bonne trentaine dirons-nous). Pas du tout spécialiste du Japon nous prévient-il (je ne savais pas qu'on pouvait ne pas savoir prononcer du Japonais !), et donc découvreur assez récent du hentai et de l'ecchi : "Images et imaginaires sexuels. Le cas des mangas japonais".

Si l'absence d'érudition japonaise l'a empêché de tiquer sur l'orthographe "ecchi" plutôt que "etchi", l'introduction fut de bonne facture ("hentai" c'est la difformité, à la base, et on trouve le mot pour d'autres domaines que l'érotisme pervers à tentacules). Là, on est quelque peu sur mes terres (aussi...) : citer La Blue Girl, c'est très bien, mais c'est un peu court (même pas un p'tit Bible Black, diffusé sur plein de chaines de télé à travers le monde et doublé en anglais !). Intéressant tout de même, à la fois pour le regard du chercheur aguerri (qui peut chercher sur n'importe quoi, pourvu qu'on le prévienne un an à l'avance), mais aussi pour le regard du néophyte qui découvre. On était ainsi censés voir des images très choquantes (et j'attendais de voir avec gourmandise ce qui est censé être insoutenable), mais... rien. Powerpoint en panne, que des carrés blancs, à l'exceptions de quelques rares images.

Et là, autre moment un peu délicieux pour l'informaticien que je suis : voir le beau monde se battre pour essayer de faire marcher la bestiole propriétaire. Est-ce le refus de mettre à jour le flash player ? (rien à voir !) Cela marchera-t-il mieux sur le mini-PC de Camille ou sur le Mac d'une femme du public ? (non — il aurait surtout fallu regarder la taille du fichier pour se rendre compte que les images étaient manifestement liées dynamiquement, et qu'il fallait donc emporter tout le dossier, pas le seul PPT ; ou alors regarder le message d'erreur totalement miniature qui nous disait peut-être que le copier-coller était sur des URLs externes dynamiques, nécessitant une connexion internet...) Finalement, le verdict fut : "y'a toujours un truc de magique dans l'informatique". La science moderne, c'est la magie de l'incompréhension.

Pas de bol, donc, pour une fois que l'on avait deux intervenants qui avaient pensé à un vrai support visuel (tout en lisant des notes, je vous rassure !), ce fut un échec pour le second — ce qui fait un peu penser aussi que l'absence de dextérité révèle que l'exercice est très rare (et faites des PDF, bon sang ! Le b.a.-ba !). Petite séance de questions, et fin presque à 18h00 comme il faut. Aucune idée de ce qui reprendra l'an prochain (l'universitaire ne travaille que la moitié de l'année, c'est ainsi) : il faut se ménager la surprise !

vendredi 11 mai 2012

423ème semaine

Le changement, c'est maintenant ! Alors du coup, dimanche soir, je me suis dit que je pouvais bien me faire un burger. Et puis c'est pas tous les jours que je vois Damien (qui a un nouveau blog, mais c'est Aymeric — aussi présent, avec toute la famille ou presque — qui me sert de fil RSS), Emmanuel de Ceteris Paribus, Eolas, et puis Versac, Dirty Denys (là ça va, on s'était revu pas très longtemps auparavant :)   )... Et donc, à minuit, on a décidé d'aller voir par nos yeux la foule sur Bastille (y'avait de très jolies jeunes filles, d'ailleurs).

Forcément, le gauchiste que je suis est fort heureux, quoique quelqu'un de moins couille-molle m'aurait plus bien d'avantage — mais il ne faut pas être naïf : c'est un tel bordel pour être élu, surtout qu'une bonne partie de la population est assez inculte pour voter populiste de base quelle que soit la chèvre présentée, qu'il valait peut-être mieux rester flou (et l'autre couillon en face, dans la fange, a simplement sacrifié toute morale pour le seul but du pouvoir pour le pouvoir : en arriver là, c'est moche, au XXIème siècle, quand même).

Bref, il y a une image qui m'a beaucoup plu : François Hollande faisant son premier discours à Tulle (impossible de le placer sur une carte avant, et encore je pourrais bien me planter de 50km facilement encore maintenant...), passant dans ces ruelles étroites anti-journalistes (un grand moment de ridicule, même si les courses-poursuites à moto sont indépassables de connerie brute), arrive sur la scène dressée sur la grand place, c'est-à-dire devant la cathédrale.

Je suis en train de lire du Pierre Legendre. Un type de quatre-vingt balais, qui est passé sous les radars d'un peu tout le monde, ça en est assez extraordinaire, surtout avec les sommes intellectuelles qu'il a écrite (et qui sont évidemment passablement introuvables). Coup de bol, j'ai commencé par celui-là même sue Pierre Assouline conseille — billet à lire pour savoir de quoi il en retourne. Et voilà donc une rencontre totalement hasardeuse (le conseil d'un nouvel ami — qui est en fait un ami d'amis, mais je ne le savais pas du tout avant ! —, au détour d'un buffet de free food à l'assemblée nationale — non, je ne vous ai pas raconté ça, mon aventure au pays des cultureux, faut suivre mes live-tweets !), qui est en train de changer beaucoup de ma perception.

Et notamment les aspects religieux profondément ancrés dans la politique, dans les cultes républicains, dans... notre laïcité. Bref, Hollande devant une cathédrale pour une grand messe de sacre, c'était croquignolesque, surtout pour quelqu'un qui veut patcher la constitution pour rajouter une dose de laïcité — à la française. J'espère que tout le monde est bien allé au culte dimanche...

mercredi 9 mai 2012

mini-flamands

Je pourrais dire que je ne connais qu'une seule personne pour m'accompagner à pareille expo, "les miniatures flamandes", mais en fait maintenant j'en connais deux avec le président de wikimedia France ; ceci dit, Hinata a ma préférence quand même. Muni de mon experte ès-vieilleries (mais pas trop, ça n'a que six siècles), il ne restait plus qu'à finir de crocheter vers la BNF Mitterrand, passer par le guichet, apprendre que c'est gratuit pour les chômeurs (donc j'ai payé autant que la détentrice du pass qui paraît-il n'est pas donné : BON PLAN — j'aurais dû faire chômeur avant), et hop, direction l'espace principal d'expo.

Il ne fallait pas tourner en sens trigonométrique, c'est-à-dire en partant en face du tourniquet. En fait, on était censé se retourner, voir la frise, et entrer progressivement dans une exposition de plus en plus complexe. On a donc attaqué par la face Nord. Quant aux stands au centre de la pièce, allez savoir quand il fallait les faire, en fait. C'est un peu le problème de l'expo : à la fois simple et affreusement complexe. Les images sont belles en soi, mais les explications sentent les chartistes à l'oeuvre ; Hinata fait malicieusement remarquer que ça parle largement mieux le français qu'au Grand Palais ; je reste dubitatif devant l'emploi naturel du mot "cynégétique" (pas sûr que ça me serve en soirée, mais j'essaierai avec mon oncle chasseur, promis — étrangement, il n'était pas au glossaire, alors qu'il y avait des termes bien plus courants) ; les touristes allemands (des Erasmus aussi, manifestement) s'arrachent leurs cheveux blonds.

Donc, ça fait un peu mal au cerveau, mais que c'est joliment fait ! Très beau rassemblement de livres enluminés — il paraît que la dernière fois, c'était en 1959... Pour voir à quoi ça ressemble, le site web donne un bon aperçu des extraits. La grisaille est la découverte principale. On s'amuse à trouver le détail qui tue, on se surprend parfois devant des représentations ultra-modernes (comme cette icône hippie semi-abstraite). Inventivité et parfaite maîtrise, sur des formats édités qui vont du grand folio encyclopédique au mini octavo de minutes (on apprend plein de trucs, avec son décodeur à pattes). Une bien bonne expo au final.

(on s'est beaucoup amusés des pupitres à casques audio, décrivant plus en détail des scènes représentées schématiquement et... en braille. Une expo d'illustrations sous verre du 15ème siècle accessible aux aveugles ? J'espère qu'ils paient leur billet au même tarif que les chômeurs !)

élections classiques

Dimanche matin, j'avais oublié que la balleto-twitteuse JoPrincesse (qui a de très nombreuses qualités) m'avait invité à truc bizarre à Pleyel. Oups. Finalement, je suis arrivé avant elle, et bien après être allé voter. Il faut dire qu'il y avait deux contraintes : 11h, et placement libre. De quoi remplir le parterre et un peu de balcon, au final. Inutile de chercher sur le site web de Pleyel : les élections de la musique classique, c'est un évènement de Radio Classique. Évidemment, la date n'est pas choisie au hasard...

Les résultats des votes seront dévoilés le jour du second tour des élections présidentielles, à l’occasion d’une matinée électorale spéciale Elections Classiques, dimanche 6 mai 2012 à 11h, en public et en direct de la Salle Pleyel.

2 heures d'émission-concert présentée par Olivier Bellamy, durant laquelle les oeuvres les plus votées seront interprétées par des stars du classique :

- L'Orchestre Prométhée, dirigé par Pierre-Michel Durand
- les pianistes Shani Diluka, Vanessa Wagner et Roger Muraro
- la violoniste Sarah Nemtanu
- le Trio Dali
- le baryton Vincent Le Texier
- le contre-ténor Damien Guillon

Et donc, pendant que Joséphine live-twittais comme à son habitude, j'ai donc pu assister à une sorte de grand messe populaire, avec un animateur, des coupures du journal radiophonique et des annonces des sponsors, la totale. Top 50 pris à rebours, on finit évidemment avec un #1 qui sort d'un scellé — comme si personne ne savait ce que ça allait être, évidemment l'orchestre n'a pas répété avant, et Sarah Nemtanu, qui a interprété le concerto pour violon de Tchaïkovski dans le film "le Concert" (non, ce n'était pas Mélanie Laurent...), n'était pas intervenue lors des 49 annonces précédentes, mais c'était un pur hasard.

De temps à autre, l'orchestre interprète un mouvement du classement. La tarte à la crème démago est évidemment la meilleure, quoiqu'on a parfois quelques surprises, tout de même (je pense que les fans de Schumann ou de Purcell ont dû faire des descentes, pour les votes libres), rendant aussi parfois quelques peu dubitatif (le concerto pour piano n°5 de Beethoven en 3ème position, alors que le concerto pour clarinette de Mozart n'apparaît pas...). Un seul baroque interprété, le fameux lascia de Rinaldo de Haendel, avec le contre-ténor de circonstance ; très peu de baroque en général.

On a aussi un gentil défilé de stars (Claire Chazal a téléphone — qui a voté pour du Duhamel, non classé), de has been (Diane Tell, oui oui), de chef d'orchestre HYPER connu que je ne connais pas du tout (encore oublié son nom au gus, un français, là — et Joséphine qui se moque de moi alors qu'elle ne sait pas qui est William Christie : les auditeurs de radio Classique sont de drôles de zigues, je vous le dis). Il y a du très bon orchestre de jeunes gens (ça a commencé en fanfare avec un excellent Prokofiev, R&J), du très moins bon (le trio Dali sur un Schubert très bof et un peu bordélique faut-il dire — m'enfin, ils sont jeunes). À 13h, c'est plié, on rend l'antenne.

En tout cas, moi, j'ai voté pour la harpiste de l'orchestre Prométhée ; elle avait un air de ma prof de droit constit' (je parie pour de l'ADN juif), craquante à souhait.

lundi 7 mai 2012

deux dents coupe-faim

"Twixt" est le dernier Coppola, et certainement ce qui peut se faire de plus original en terme de narratologie — je crois que le dernier du genre au ciné devait être le français "Pater". De ce point de vue, c'est assez fascinant, et j'excuse bien volontiers le propos explicatif un peu lourd sur la fin (scène explicative explicite de la mort de la fille de l'auteur lorsqu'elle avait 12 ans, essentiellement). À lire la critique très divisée, on peut d'ailleurs se dire que le film est peut-être trop intellectuel pour les âmes simples de la critique française. Métalepse, ou encore autre chose ?

Un écrivain d'épouvante cheap (Val Kilmer) débarque dans un étrange petit bled des États-Unis, où évoluent des locaux teubés, un shérif étrange, des gothiques au bord du lac et une jeune fille assassinée d'un pieu. Le récit évolue sur une première mise en abyme, l'écriture d'un nouveau roman à la fois à partir des faits passés dans la petite ville dans les années 50 (littéralement apparus à l'écrivain, dans son sommeil — premier niveau de dimension fantastique), où l'on est mené par une mystérieuse V (Elle Fanning — autorisation d'hébéphilie ? Déjà testée par fifille Coppola, au passage), 12 ans, Virginia en fait (ou comme Vampire ?), avant que Edgar Allan Poe (Ben Chaplin), qui aurait séjourné dans l'hôtel local du massacre (comme l'atteste une plaque) ne prenne le relai. Là, on arrête de compter les mises en abyme, il y en a un peu trop (évidemment, Poe est ici convoqué en tant que maître-ascendant du policier et du fantastique). Virginia Poe, évidemment, et l'âge de 12 ans n'est pas vraiment un hasard. Mais plus encore, le passé et le présent se mélangent : est-ce que la fille de la morgue est Virginia ? Est-elle devenue un vampire, avec ce chef gothique à moto (qui récite du Baudelaire — dans un français risible, évidemment) qui semble générer une grande attention des demoiselles (dont une a juste disparu). Et si le shérif était plus qu'un écrivain en devenir mais un auteur de cette histoire en train de s'écrire ? Tout se mêle, et la fin, à la fois abrupte et maillée dans le climax recherché par celui qui cherchait l'inspiration (thème principal du film, après tout), est à la fois convenue... et franchement osée.

Un peu à l'image de l'usage des effets spéciaux (esthétique mais abusés, presque stéréotypées dans le travail léché), c'est simple et complexe à la fois ("twixt" est un mot archaïque pour "entre (deux choses)"), avec une histoire (fictive... jusqu'à un certain point) qui s'écrit au fur et à mesure en recoupant le présent. Grotesque et burlesque, ça rappellerait une symphonie fantastique. Soit on est désemparé, soit on adhère. J'adhère ! (il y a aussi les blasé(e)s, mais bon... :)  )

groah

Il y a des films, comme ça, qui simplement avec leur atmosphère hyper-réalsite mettent mal à l'aise. Misère humaine du Nord de l'Angleterre (on devinerait en Écosse, mais c'est tourné dans le Yorkshire), dans un environnement déjà dépressif en soi, pour "Tyrannosaur" de Paddy Considine. Peter Mullan y campe un homme flirtant avec l'ambivalence blessé/blessant, dangereux/généreux, à fleur de peau/au grand coeur, en destruction/en reconstruction. Ça sent l'alcool, la misère, la détresse, la bêtise aussi, la rudesse, le désespoir, l'absence d'issue. En face, il trouve une Olivia Colman (qui a cette espèce de beauté dans la laideur très british) très croyante, des beaux quartiers, qu'il agresse, qu'elle panse, mais en réalité, il faut pas se fier aux apparences, la misère humaine peut se cacher partout — mais le renouveau aussi.

Un film beau dans le moche. Travaillé dans un environnement déchiré. Une prestation d'acteurs absolument exceptionnelle. Ça retourne (ou ça révulse ? On se demande tout le long où est la justice dans cette jungle urbaine du froid, et quand elle arrive, on se dit qu'on faisait aussi mieux sans) sans pathos, sans exagération, sans sentimentalisme. C'est à voir.

samedi 5 mai 2012

Dudamel est un Berliner

Le public était fin de race, tout droit sorti du 16ème, peut-être du 7ème, même : soirée anthropologique. Il faut dire qu'avec des places à des prix stratosphériques, on filtre quelque peu une population particulière ; de celle qui ne vient faire que trois concerts par an, où l'on se donne bonne conscience culturelle, peut-être où il faut être (vu le nombre de présentations auxquelles j'ai assisté : "ah mais très chère, je présente XXX [remplacer par un prénom aristo], etc."). En tout cas, avec Serendipity, on s'est souvent regardés passement interloqués. Toujours est-il qu'avec du 160€ la place (et 110€ en 2e catégorie : pas cher !), pour une soixantaine de minutes de musique annoncée, il fallait se douter qu'il y aurait des trous (et vu l'âge des aristos en passe d'être hérités, on pouvait aussi se dire qu'il y aurait au moins dans l'assistance un cas d'héritage en cours bloqué chez l'huissier, et autant de place libre). Coup de bol absolu, deux places libres en plein milieu du rang A (un ninja qui a repéré le trou ensuite, nous l'a évidemment laissé : il m'a demandé de préciser qu'on a de l'éthique, entre nous). Pour 10€, place rachetée à un Christian en tournée en Chine, c'est parfait.

Gustavo Dudamel joue à fond sur son statut de jeune star. Sa recette avec le Berliner Philharmoniker n'est pas bien complexe : le pied à fond sur la pédale ! Et donc c'est 35 minutes de 5ème de Beethoven à fond de cale auquel on a droit : il y a des archets qui ont été bien plus légers à force de perdre du crin... Aucune pause dans cette version survitaminée à gros orchestre (dommage que les premiers et seconds violons aient été fusionnés, ces temps-ci on les séparait parmi les autres orchestres, c'est toujours mieux). On enchaine, et du coup, personne ne tousse dans la salle : agréable ! Au final, c'est une version un peu démago, très rock, avec beaucoup d'emphase (du type : l'orchestre chuchote beaucoup, et tout à coup explose comme pas possible), mais ça marche, on ne s'ennuie pas !

Évidemment, à la toute fin de l'entracte, les possesseurs originaux des places squattées se ramènent : dispersion ! Je décide d'enjamber le rang CC, toujours plein centre, ce qui a le désavantage d'être un peu trop près, tout de même. Après la symphonie n°5 de Beethoven (donnée seulement 42 fois par an), le programmateur a pris un énorme risque avec un "Also sprach Zarathoustra" de Richard Strauss. En fait non, plus grand public que ça, on ne peut pas. Mais ça fait toujours du bien à entendre, et ce n'est pas si donné que ça (et puis il y a une continuité par rapport aux Szyma de la veille : l'orgue dans l'orchestre !). Du coup, comme on pouvait s'y attendre, il y a eu de très, très gros volumes, bien développés. Avec des pupitres de dream team, où l'on aperçoit la flûte dorée d'Emmanuel Pahud, où le premier alto jette régulièrement des regards au premier violon dans le dos du chef (qui travaille sans filet, un coup à finir kurt-mazuré sur le rang AA !), lors du rappel donné (un extrait de ma mère l'Oye de Ravel, qu'à peu près personne n'a reconnu — oups !!).

On maudit un peu le public pour deux raisons : la sonnerie de portable, son de grenouille, s'étant déclenchée au moment crépusculaire des dernières secondes du Strauss (mais comme les grenouilles chantent la nuit... Ça aurait pu être pire) ; et les voisins libidineux, cinquantenaires ultra-bourgeois (je pense que la petite robe toute simple de madame, en cachemire, tapait dans les 800€ : vous savez, "soyons discret, mais soyons très bourgeois", très typique du 16ème), qui se roulaient des pelles (oui oui, avec les bruits de succion), avec monsieur qui dévorait madame des yeux (et comme j'étais dans le champ de vision, juste à côté de celle-ci, bein c'était un peu gênant, vous voyez ?).

Ce serait bien de mettre du Saint-Saëns au programme du prochain concert à 160€ les deux oeuvres : le carnaval des animaux.

422ème semaine

J'ai commis u crime de lèse-pédagogie : j'ai parlé projet, entreprise, réflexion, carrière, direction à mes étudiants (des nouveaux, une autre école). Ce qui m'a particulièrement amusé a été d'avoir, à chaud, une première remarque positive : "au début, on ne savait pas trop où vous alliez, mais finalement, c'était bien !". Et de recevoir un coup de fil une heure plus tard : "finalement, j'ai eu des étudiants qui se sont pas mal plaint que c'était trop 'général', pour demain il faudra de la technique, de la technique, et rien que de la technique". Je pense que dans ce cas, on peut vraiment dire qu'il faut faire dans le démago.

C'est toujours un problème : mon assistance est plus ou moins imposée puisque d'une part nombreuse (peut-être quatre-vingt personnes, mais j'ai déjà parlé avec un support similaire et un excellent retour devant plus que ça — mais jamais en cours, seulement en conférence, même si dans le cas présent ce n'était pas vraiment purement du cours, puisque le but était simultanément d'introduire une filière, une matière) et d'autre part très divers, avec un certain nombre d'étudiant se fichant totalement du contenu puisqu'ayant déjà décidé de s'aventurer dans d'autres voies (et comment leur en vouloir, c'est au contraire très bien de savoir ce que l'on veut déjà faire). Sans compter que les prérequis techniques sont mal connus : comment puis-je faire de la "technique" pendant dix heures quand on ne sait pas ce qu'est un Makefile dans l'assistance ? Et enfin : qui se plaint, n'est-ce pas une minorité bruyante face à une majorité silencieuse ? (un des arguments : une partie de la salle a quitté le cours après la pause ; le lendemain, en pleine explication du flashage, hyper-technique, les mêmes se sont enfuis...) (un étudiant m'a pourtant dit : "on a un tas de profs qui sont des cons, vous vous êtes super" ; d'autres m'ont regardé tout le long comme la 8ème merveille du monde, ça faisait plaisir — et quelques bavards qui ne savent pas chuchoter, bon sang on n'apprend plus ça au collège/lycée, à chuchoter ? Trois dans une salle de soixante personnes, et on ne s'entend plus)

Alors, voilà la galère du professeur d'école d'ingénieur. C'est sous-payé (deux fois moins qu'une prestation normale), ça nécessite du temps de préparation non facturé, on se fait avoir sur des détails du type partiel à écrire ultra-spécifique et à corriger ensuite (non payé ou au mieux 3€ par copie) ; et en plus de ça, on subit le transfert des responsables de filières, qui tentent de comprendre le marché, d'adapter au maximum la formation, avec des angles particuliers, tout en luttant en interne contre les inerties d'une administration (une école, fusse-t-elle d'ingénieur, reste une administration avant tout, donc une bureaucratie). Cela donne des choses assez incroyables : alors qu'en 2006 on prévoyait 50% des projets sous Linux embarqué dès 2007, et que l'on en décomptait déjà un bon tiers, aucun cours n'était dispensé, et on se perdait dans tout un tas de solutions propriétaires aux licences rendant impossibles les TPs (ou alors assez inutiles en soi — je ne savais absolument pas ce qu'était un firmware à la fin, ni comment monter une architecture !) ; en 2008, on se rend compte que Linux a le vent en poupe, et là les écoles suppriment l'enseignement de toutes les autres matières pour les remplacer par du Linux à toutes les sauces.

Tant mieux pour moi (ça fait du boulot), mais voilà : c'est oublié que ce n'est qu'une solution parmi d'autres, très particulière car non prévue pour l'usage embarqué, comprenant de nombreux et nouveaux et très particuliers paradigmes à maîtriser (les applications, les licences, l'utilisateur, etc. ! Et ce n'est pas de la "technique" ! C'est simplement ce qui fait qu'un projet réussira ou échouera), tout en faisant appel à des notions classiques (latence, ordonnancement, interruptions matérielles, programmation bas niveau, etc.) qui devrait faire l'objet d'autres cours... qui ont été supprimés !

Signe du malaise de l'éducation des ingénieurs, qui se retrouve une fois en entreprise. J'ai eu l'immense chance de pouvoir faire un audit où j'ai pu interroger une vingtaine d'ingénieurs venus d'horizons différents. Le résultat n'est pas brillant : on fait du Linux comme on ferait n'importe quoi d'autre (donc on ne comprend pas ce qui en fait une solution particulière, et de fait on ne tient pas compte ni de ses forces, ni de ses faiblesses), on débuggue au printf faute de savoir se servir d'un vrai débugger, on ne sait pas pousser ou justifier d'infléchir les choix techniques parce qu'on ne les maîtrise pas assez pour ça (ou qu'on est trop geek pour se faire entendre !). Ah mais tout ça, ce n'est pas forcément de la "technique". Voilà, le métier d'ingénieur, c'est devenu un "technicien supérieur" (en quoi ? Certaines écoles soutiennent que "le but de la formation est de donner un avant-goût de toutes les matières, aux entreprises ensuite de se charger de la formation" — bein voyons, et la marmotte ?). Pas de réflexion, de l'action : droit dans le mur, en avant toute !

C'est ce que je déteste le plus dans mon métier. Je rame pour y faire rentrer des neurones. Mais je ne suis pas Mère Thérésa : un jour, j'en aurai marre, d'expliquer, de rabâcher, et je laisserai tomber l'affaire pour un monde meilleur (plus intelligent — je ne suis pas naïf, mais franchement, il ne faut pas grand chose... — et où l'on gagne bien plus — parce que bon, peu importe que tu sois hyper-doué ou pas, on te paie toujours pareil). En attendant, peut-être parce que je peux faire mon show narcissique quelques heures, je vais continuer à donner des cours de temps à autre — mais vous le sentez ma désillusion, là ?

LSO/Eötvos 2

Après le mardi, le mercredi : logique. Second épisode de la mini-série Szymanowsky/LSO/Peter Eötvös, le replacement au rang F est très facile : parce que deuxième concert, parce qu'un programme plus pointu encore, parce qu'il y avait débat à la téloche ? Toujours est-il que le parterre était garni de trous. On débute avec du Bartok, "Musique pour cordes, percussions et célesta", environ 25 minutes, et je ne reconnais pas, alors que ça devait faire peur, bein oui, c'est la musique de "Shining" ! Trop mou peut-être ? Orchestre trop sérieux ? (la veille, on avait quelques soupçons déjà)

Toujours est-il que la suite post-entracte (je me replace à côté de Laurent, toujours rang F, mais en faisant un passage d'impair en pair) est plus convaincante : concerto pour violon n°2 de Bartok avec Nikolaj Znaider, une perche de 2m40 environ, hyper-bien sapé mais avec des grôles immondes, qui nous a donné une superbe interprétation hyper-ultra-technique — mais c'était encore mou côté orchestre, non ? (pourtant, le timing est parfaitement respecté, ou serait-ce l'économie de mouvements ultra-précis à-la-Boulez de Eötvös ?)

On n'ose pas trop trop applaudir à cause du rappel ; Laurent lance "s'il nous joue du Bach en rappel, je jette mes places d'abonnement, après ce que l'on vient d'entendre ce serait criminel" ; pas de bol, on a la sonate de Bach (pas super bien interprétée en plus, assez "simple" — je veux dire qu'on a eu mieux). Arg.

On termine le concert par le meilleur : Szymanowsky pour la symphonie n°3 "chant de la nuit", avec choeur (le London Symphony Chorus, donc) et un soliste égaré qui chantent tout le long (assez courte symphonie, 25 minutes !), en Polonais : on a bien le livret, mais c'est illisible (j'avais étudié le beau poème la veille). Très beau, gros volumes, grosse puissance, mais encore complexe, pas facilement accessible. N'empêche que ça fait du bien, tant par la découverte d'un répertoire trop rare que par l'ampleur et la poésie dégagée (et ça décrasse les oreilles, on a dû taper dans les 100dB dans les pointes).

- page 1 de 360