humani nil a me alienum puto

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dimanche 13 janvier 2019

871ème semaine

Un coup à Angoulême, un coup à Limoges, c’est reparti pour la tournée des villages de France, et ce sera pour les six prochains mois ! Après « ma vie dans les avions », ne ratez pas « ma vie dans les trains ». Je préfère l’avion, tout de même…

romance domestique

Ces temps-ci, au cinéma, c’est une série de premiers films « réalisés et écrits par ». Série de films de couples, aussi ! « Sir » (devenu logiquement « Monsieur » en France, ce qui est un mauvais calcul car un autre film au même titre est sorti simultanément !) est donc une première de Rohena Gera, Parisienne, sur une production essentiellement française — ce qui a son importance, car le film est en soi fort critique sur l’organisation sociale indienne, où se déroule exclusivement et avec des acteurs du cru, et plus spécifiquement de la condition des femmes des basses castes (celles de la gentry étant au contraire montrées tout à fait libérées — et même parfois odieuses envers leur propre sexe, du moment qu’il s’agit d’une classe inférieure —, sans compter la figure maternelle qui aurait pu être juive ou italienne sans soucis).

Pour le couple, nous avons le charmant Vivek Gomber, fraichement laissé à l’autel le jour de son mariage, héritier et entrepreneur (immobilier) ; à l’autre bout du spectre social, la captivante Tilotama Shome est l’effacée soubrette d’appartement en sari, toute en retenue, qui hoche la tête à l’Indienne de telle manière qu’il ne fait pas trop de doute sur ce qu’il va arriver… (Qui peut résister à cela, je vous le demande ?) Elle appelle tout le temps son patron « Sir », même quand il finit par lui demander de ne plus le faire (comme mon propre employé ivoirien, avec qui je chattait juste avant le film !).

Il y a toujours un bonus exotique à ces films pourtant cousus de fil blanc ; il n’empêche que notre Pretty woman indienne revisitée par les couleurs, la délicatesse et la sensibilité revendiquées d’un Wong Kar Wai, attaque un sujet bien épineux. Peut-être que chez les riches on peut coucher à gauche à droite (ce qui est une très bonne chose : QUELLES BEAUTÉS !) ou encore se tirer le jour de son mariage sans conséquence (et même offrir des bracelets à une veuve, dingue !), mais dans les villages, la femme est moins bien traitée que la vache, le singe ou le paillasson. Autant dire qu’on marche quand même sur des oeufs, et que la production est internationale mais clairement pas indienne. Ce qui est particulièrement intéressant et fort bien rendu, c’est donc l’imprégnation d’une organisation qui s’est cristallisée d’une manière absconse et abjecte, mais tellement bien intériorisée, que même les premières victimes se retrouvent consentantes et même supportent grandement l’injustice et la perpétue entre eux. Le pire de ce que peut faire l’animal social, c’est en Inde qu’on le trouvera — et c’est plus d’un milliard d’humains, tout de même…

La trame de l’histoire est donc peut-être simple, voire simpliste, mais le travail est ailleurs : il est à l’intérieur des personnages eux-mêmes, tiraillés par leur envie de vivre libérés et leur devoir d’être nés d’une certaine manière (et même pour les riches, reconnaît-on, ce n’est pas si simple : d’ailleurs, lui aussi est tenu, contrit, sentimentalement torturé, malgré son grand confort matériel) ; mais aussi entre un monde moderne (symbolisé par la ville en expansion verticale), éduqué, et un monde ancien, traditionnel (le village), s’ignorant et s’exploitant, ne sachant pas trop comment se positionner dans un monde en évolution. Le bordel indien, à travers une romance qui infuse très lentement. Très bon.

pire épreuve

Je ne sais pas d’où sort Patrick Cassir (Allociné non plus, apparemment pub et clips), ni vraiment son couple d’acteurs qui pour le coup ont l’air plus connu : Camille Chamoux (qui co-signe le scénario) et Jonathan Cohen. En route pour leurs « Premières vacances » tout juste après s’être rencontrés sur Tinder. En mode BD à l’écran, miroir des trentenaires/quadras attardés contemporains.

Elle est ENFP à fond, du genre tripotée d’amants, esprit qui fuse, amour du roots et des rencontres bizarres — bref, pourquoi je ne suis jamais parti en vacances avec mon ex (outre que les circonstances et la temporalité auraient de toute façon rendu la chose difficilement envisageable, mais clairement, c’était une incompatibilité entre nous qui me semblait dès le début difficilement surmontable). Lui est très, TRÈS J, et probablement introverti, et certainement pas F — mais son profil psychologique de commercial est un peu plus fouilli, il y a moins de maîtrise, probablement un agrégat de plusieurs personnes existantes. Toujours est-il que c’est une comédie romantique à contre-sens, dans la vague moderne (un peu dans la lignée de Sex friends, par exemple).

Forcément, la critique (assez psychorigide, sinon ce ne seraient pas des critiques payés pour critiquer) aime assez peu ; le public en revanche, plus psychologiquement divers, sait plus décompresser et capter le nième degré (et se sera déjà probablement reconnu dès la bande-annonce, assez explicite et dans le genre best of, avec l’une des meilleures répliques sur « tétanos beach »). C’est bien trouvé, certes parfois dans la facilité (et le cliché) assumés (on va avoir un problème diplomatique avec la Bulgarie…), et on passe un bien bon moment, ce qui est déjà pas si mal ! (Mais si vous êtes J, et surtout FJ, surtout n’y allez pas, vous allez souffrir pour rien…)

lundi 7 janvier 2019

870ème semaine

Bonne année, bonne santé, etc., comme d’hab.

Au hasard d’un tweet en réaction aux frasque de Joachim Son-Forget sur Twitter, que je diagnostique comme un INTP-A sans surmoi, et comme un très bon discriminant entre *TP (les gus qui relativisent et pratiquent les degrés élevés) et *FJ (psychorigides épidermiques totalement premier degré), j’ai attiré quelque peu l’attention d’une belle caisse de résonance. Et là, avalanche de replies, essentiellement de juristes. De quoi faire une belle expérience MBTI dont je rêvais depuis longtemps ! (Je passe sur les épisodes où je mets en garde contre le test internet, surtout sans aucun briefing ni débriefing, et sur le fait que si quelques uns l’avaient déjà passé, c’était dans des conditions honteuses digne des pires pratiques RH)

Les aberrations statistiques furent splendides. Quasiment tout le monde N (alors que normalement, c’est 30% de la population), et les S étaient ceux qui soit s’étaient orientés vers des travaux plutôt rébarbatifs (étude notariale, par exemple), soit ne comprenaient pas grand chose à l’affaire. Plus de F que de T, mais surtout, une grande proportion d’INFJ, surtout parmi les avocats, y compris masculins. Pas une grande surprise, j’arrive à les détecter rapidement à présent (outre qu’INFJ a été nommé le « type avocat » — même si en réalité, c’est tout aussi spécialisé dans les dictateurs sanguinaires, faut pas croire !).

Une seule INTP (hyper rare chez les femmes !), qui d’ailleurs s’est toujours sentie extra-terrestre et fière de l’être. Un INTJ qui a dû ruser à l’ENM pour qu’on ne le refoule pas, pas assez F (révélateur !). Quelques ENFP, plus encore que des INFP, évidemment le tout féminin. Quelques ENFJ aussi, êtres étranges que je ne sais pas trop détecter — les TLs montrent en effet un mix qui m’est plutôt étranger. Montre-moi comment tu tweetes, je te dirai qui tu es ! Fun. Ça marche tellement bien, c’est jouissif.

Justement, un autre tweet innocent, à propos de l’informatique en prépa, s’est retrouvé dans un déluge de replies à 12, avec essentiellement des profs de maths de prépa en copie. Deux tweets pourraient en faire retrouver le principal, mais c’est tellement arborescent qu’il est difficile de voir simplement tous les échanges (je dirais une bonne centaine !). Bref, c’est très N, mais qu’attendre d’autre de mathématiciens de ce niveau ? Eh bien, d’être moins J, par exemple ? Rarement vu autant de conservatisme, de blocage cérébral, d’étroitesse d’esprit. Incapables de comprendre un système pris dans un ensemble plus complexe. Je commence à entrevoir pourquoi ça ne pouvait déjà pas marcher entre nous, il y a 17 ans… Certes en terme de rigueur, ils sont beaucoup plus forts que moi, et ça leur permet de fouiller de la technicité à un niveau qui ne m’était plus accessible (en tout cas en aussi peu de temps et dans de telles conditions). Mais le résultat, c’est qu’en terme de raisonnement hors-maths, c’est très, très limité.

 Fascinant, tout cela !

Carey into the wild

Wildlife (inutilement sous-titré « une saison ardente » en VF) est le premier film de Paul Dano, qu’on a plutôt l’habitude de voir dans des seconds rôles deux ou trois fois par an. Il a recruté Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal pour former un couple des années 60, et qui a donc un ado (Ed Oxenbould) alors qu’ils tapent dans la trentaine et l’ennui de la middle class naissante (même si Monsieur n’est pas bien qualifié, Madame peut se permettre de ne pas travailler), en plein milieu de nulle part des USA. Bref, un couple qui ne va pas si bien que ça en a l’air. Carey va-t-elle devenir une desperate housewife ou connaître l’épanouissement ?

Un film sensible, 1h45, bien mené, et entre nous : peut-on épouser Carey, à la fin ? C’est insoutenable (en 10 ans, j’ai vu quasiment tous les films où elle a joué, d’ailleurs).

into the Wilde

Avec The Happy Prince, du titre d’une fable racontée tout au long du film, Rupert Everett crée un film sur Oscar Wilde qu’il interprète aussi. Autant dire qu’il fait tout — avec le support de Colin Firth, Colin Morgan et Edwin Thomas. Il se concentre sur les dernières années de l’auteur, celles où il est banni, où il ère rapidement ruiné entre la France et l’Italie, et où il mourra à Paris. Celles bien après le succès fou en Angleterre, achevé dans une époque de faux-culs qui le feront tombé de son piédestal pour ses pratiques homosexuelles débridées, pour le trainer dans la boue, sous les crachats, pendant deux années de travaux forcés.

Évidemment, il y a toujours la fulgurance d’esprit de Wilde, même ruiné et shooté, tournant à l’absynthe et à la coke. Mais il se désagrège. Le génie ne sauve pas, bien au contraire, surtout que notre homme est un sentimental border-line, manipulant son monde autant qu’il se fait lui-même manipuler… Tout cela n’est pas très sain. Apparemment, le film divise beaucoup la critique — et ne semble pas jouir d’un grand succès. Pourtant, c’est un sacré biopic et un sacré projet porté par Rupert Everett.

famille étendue

« Une affaire de famille » possède la rare qualité d’être une palme d’or regardable, et même agréable. Hirokazu Kore-eda a déjà tourné sur la face B du Japon (« Nobody knows », notamment, il y a fort longtemps). « Manbiki kazoku » en VO, soit grosso modo la famille des vols à l'étalage (titre qui apparemment n’avait pas sa préférence marketing), nous fait suivre le quotidien d’une agrégation de gens peu recommandables mais au grand coeur. Ils adoptent notamment une petite Juri toute choupie qui trainait dans le voisinage avec des parents particulièrement paumés. Et continue de vivre chichement à travers des extorsions diverses et variées. Deux bonnes heures assez contemplatives, mis à part le bordel relatif de la fin (avec quelques révélations). Ça ne révolutionne pas grand chose, ça tourne souvent en rond, mais ça fait le plein de sentiments (assez ambigus), ce qui permet de qualifier le film pour tout un tas d’honneur — mais je ne pense pas qu’il reste longtemps dans les mémoires, comme beaucoup de Palmes.

pauvre Louis

« L’homme fidèle » est un film de Louis Garrel, avec Louis Garrel, qui est courtisé par Laetitia Casta (dont j’apprends qu’elle est aussi sa petite amie dans la vie) et Lily-Rose Depp (deux fois plus jeune). Trop dur la vie. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Laetitia était du genre polyamoureuse sans le dire, par le passé, et avait sacrifié Louis pour son ami, une fois enceinte ; il se trouve qu’alors la petite soeur dudit ami était une ado amourachée de Louis. Dix ans plus tard, et l’ami en question trépassé, on se retrouve donc avec un triangle amoureux familial et un gosse au milieu. Et beaucoup de voix off — ça ressemble parfois au film érotique français typique de RTL9 en troisième partie de soirée (et avant cela de M6 le dimanche soir).

Et nous voici Louis, candide et bien passif, se faire manipuler par l’une et l’autre (mais irait-on le plaindre ?…) — et même par le gamin, en fait. Ça dure 1h15 à peine, pour tout dire, et avoir cette idée diabolique développée que parfois, il faut juste laisser faire (et même encourager, en l’occurrence), aller au bout du truc, et se rendre compte que non, ça ne le fait pas. Parce qu’en fait, Laetitia a beau être polygame semi-repentie, elle est quand même moyennement partageuse, finalement…

mardi 1 janvier 2019

869ème semaine

Passage à Marseille pour Nowel et pouponnette — aka ma petite nièce. Ça dort, ça pleure, ça bave, ça mange, ça gazouille, ça recrache des trucs par tous les trous ; et on l’habille avec tous les trucs funs qui nous passe sous la main (ça c’est quand même la meilleure partie, faut-il avouer). Et je me souviens de ce que me disais Milkshake à propos de sa progéniture, qui à l’époque ne devait être guère plus âgée ni bavarde (avant de devenir aka « fétisse », de sa choupi-prononciation de « fétiche » au musée du quai Branly peu d’années plus tard) : « j’ai hâte de savoir ce que va devenir cette personne » ! (Mais en même temps, un peu d’arithmétique montre que certes je n’aurai pas fini de rembourser mon appart’, mais je commencerai à devenir un peu trop vieux pour ce que cette perspective future ne devienne trop flippante à envisager).

deuil fast track

Steve McQueen sort un film tous les 3 ou 4 ans, toujours excellent, alors on ne va pas rater Widows (« Les veuves »), qui a résisté au retour d’Asie ! Il fait aussi partie de ces rares réalisateurs à changer fréquemment de catégorie : le voici qui donne dans le thriller, féminin, entre pègre et politique. Adaptation d’un bouquin.

Une équipe de (belles) femmes emmenée par Viola Davis : Michelle Rodriguez, Elizabeth Debicki (quelle beauté !), Cynthia Erivo. En face, on a : Colin Farrell en héritier politique qui hésite entre la rupture moderne et les magouilles à l’ancienne ; Daniel Kaluuya, son opposant, en réalité de la pègre black ultra-violente locale, avec son bras droit très armé Brian Tyree Henry, qui essaient de s’acheter une reconversion politique. Et en guest star, Robert Duvall (l’ancien baron local, qui adoube son fils mais ça va clasher sur le racisme et la magouille) et Liam Neeson (gangster chic zigouillé dès le départ : c’est louche !). Les veuves des bandits se retrouvent à continuer en amateur les aventures mortelles de leurs moitiés fraichement grillées.

Il y a un art certain à faire du noir et du misanthrope à ce point (tous pourris) tout en nous tenant en haleine sur les aventures de cette brochette féminine désespérée et attachante, quoique bien peu morale. Pas le meilleur McQueen, mais il fallait McQueen pour en tirer le meilleur.

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