humani nil a me alienum puto

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mardi 19 mars 2019

880ème semaine

Papi n’est plus. C’est le côté italien qui s’éteint — puisque ma mère est née en France. Il était de ces hommes qu’il vaut sûrement mieux appeler papi que papa. Une figure paternelle et grand-paternelle indestructible, bâtisseur, avec un caractère travailleur et bien trempé qui fut sa grandeur et sa décadence. Partis de rien — les histoires quasi-mythologiques courent sur les conditions très précaires des premières années de vie —, mes grands parents avaient construit un petit empire discret à base de petites rivières de centimes (qui coulaient dans des portes-monnaies rangées ou planqués un peu partout, il se trouverait même que l’on découvrit des liasses sous le matelas, à la mort de mamie…).

Si ma grand-mère me semblait tout à fait analphabète, mon grand-père n’aura jamais su orthographier correctement mon prénom. Il avait pris l’habitude de plus ou moins rembourser par chèque mes retours prodigues (« Alors, Paris ? »), en prenant le relai de ma grand-mère, qui nous fournissaient quelques petits billets en cachette, autrefois, à ma soeur et moi. La dépense a toujours été micrométrique. Une philosophie de paysan, qui confine à l’accumulation salvatrice puis absurde, certainement à disperser au vent des droits de mutation et de la masse de la descendance.

Il y avait quelque chose d’irrationnel et de borné, sous l’air jovial et volontiers plaisant, qui pouvait parfois s’énerver pour on ne sait trop quoi. Lorsque la Poste l’a renommé de son prénom italien qu’il avait pris peine de franciser lors de sa naturalisation, il en était fort marri. Scandale. Lorsque ma grand-mère est morte, il était hors de question d’écrire en italien ou de passer des chansons italiennes, même à destination du reste de la famille. L’assimilation, c’est comme les sous, un sujet avec lequel on ne plaisante pas trop.

Il y avait ces souvenirs — souvent les mêmes — racontés à mi-voix et avec une prononciation plus ou moins précaire ponctuée de « tu comprends ? » (pas toujours, en réalité…), dans la cuisine, ou sur le très vieux fauteuil un peu défoncé du salon — une pièce très inutilisé, avant les grands travaux récents, alors que les fondations menaçaient l’ensemble de la petite maison, sans avoir pour autant été réparées, mais qui lui auront permis de sortir dans son cercueil autrement que par la fenêtre de la cuisine, cette fois. Parmi ces souvenirs, la fois où il n’a pas été payé pour un mur, et qu’il a envoyé l’inspecteur du travail, qui est revenu le lendemain collecter puis verser le salaire à sa mère, en liquide (année 1940, Sardaigne). La fois où il a eu la médaille du travail. Même si je n’ai jamais trop su ce qu’il y avait exactement fait, je n’étais pas peu fier de savoir qu’il avait participé à la construction de mon collège (par ailleurs assez pourri), près duquel il est à présent enterré, à côté de sa femme, dans le caveau acheté il y a bien trente ans, et dont il faudra rajouter une étagère nous a-t-on opportunément appris (ou probablement pas : « ce sont les vieux qui se font enterrer », déclara ma mère).

La figure du commandeur était armée d’une truelle. Lorsque j’étais à l’école primaire, je traversais la route pour rejoindre une nouvelle acquisition immobilière, en plein travaux. Acheter des ruines et les retaper, à 70 ans. Qui diable fait donc cela ? Ça me paraissait naturel. À 80 ans, il grimpait encore à l’échelle voir le toit — mais cette fois, il s’était fait un peu gronder. La maçonnerie restera dans les gènes jusqu’au bout. Jusque dans la cérémonie à l’église, tout aussi dépouillée et amatrice que pour ma grand-mère, pile deux ans auparavant, avec le bruit de la disqueuse qui découpe dehors la chaussée, faisant concurrence à un choix musical précipité de reprises classiques plus ou moins heureuses ; de toute façon, le poste radio s’est déglingué, ça a fini sur un morceau aléatoire manifestement religieux (ma soeur en pensa que l’appareil était embrigadé).

À part une tique qui scella la mort de tous les lapins, il y a longtemps (mais pas des poules, transférées seulement en décembre dernier), et un oeil perdu parce que bon, ça allait bien se soigner tout seul (il aura ensuite fallu sacrifier l’antédiluvienne et toute aussi increvable Renault 5 pour qu’il arrête d’y rouler dedans), rien à signaler. Santé de fer. Et puis il y a quelques mois, un infarctus du ventre. On n’est pas vraiment sensé y survivre, apprendra-t-on plus tard à mi-mots ; et au deuxième non plus, quelques mois plus tard, même si on aurait certainement pu l’éviter si la pensée magique ne l’avait éloigné d’une prise correctement de médicaments. À presque 95 ans, tout de même. Et pourtant, ce fut quand même une surprise. Même si Karl Lagerfeld venait de mourir deux semaines plus tôt, on croit toujours que certaines choses sont immortelles.

Je devais passer faire une visite de santé, et voilà que j’arrive trop tard. Le dernier « va voir papi ! » de ma mère sera pour le voir transformé en poupée de cire dans sa chambre. On termine sur les bancs de la petite église où il allait fort peu (jamais ? C’était ma grand-mère, la bigote), avec toute la famille, synchronisée sur ma venue, des gens que je ne connais pas en certain nombre (surprenant), les voisins, et l’absence des autres vieillards italiens qui attendent leurs tours prochains et ne peuvent plus vraiment se déplacer, à part une amie d’enfance qui avait aussi pris le bateau de l’immigration, et qui était effondrée. Je vois ma plus grande cousine toute rougie regarder l’intérieur du caveau ouvert (on n’a vraiment pas idée de ce que ça contient comme place !), avant qu’on y insère la boîte, et qu’on referme le tout fermement. Avec les collines baignées de soleil, au fond. La Provence. Une belle journée. Si on veut.

Quel autre souvenir, outre les activités de construction et les jeux infinis de cartes de rami italien (précision importante) ? Celle des balades dans le quartier, les mains dans le dos, à ramasser des bouts de ficelle par terre (qu’est-ce qu’on n’a pas ramassé, par terre, quand on y pense…), avec la casquette sur la tête. Je garde la filiation de la casquette. Une sorte de force tranquille. Je n’ai pas grand chose du caractère de papi, mais ça, oui. Et y repenser me touche profondément. « Ah bein vala ».

avec beaucoup de monde

Non, ce n’était pas du baroque : Jordi Savall est venu avec sa vièle à archet et sa lyra, pour diriger son Orpheus XXI. « Avec la Syrie » avait une programme aussi riche que le nombre de personnes sur scène. Il y avait même des gosses ! The Voice kids. L’idée : penser à la Syrie. Dans la salle : une population arabe minoritaire, des visiteurs uniques (beaucoup) et une grande majorité de bobos. Présent !

L’équipe disposée en arc de cercle, où tout le monde (ou presque ?) sait autant chanter que jouer :

Azmari Nirjhar, chant
Rebal Alkhodari, oud, chant
Rusan Filiztek, saz, chant
Ibrahim Keivo, chant, bouzouk, baghlama, saz
Imad Amrah, chant
Abo Gabi, chant
Neset Kutas, percussions
Maemon Rahal, chant, qânun, percussion
Mohamad Safi Alhafez, oud
Georgi Dimitrov, qânun
Karakhanyan Hovhannes, duduk
Professeurs principaux du projet Orpheus XXI (membres d'Hespèrion XXI)
Dimitri Psonis, santur
Hakan Güngör, kanun
Préparation du programme et direction des stages
Waed Bouhassoun, oud, chant
Moslem Rahal, chant, ney

Le programme long comme le bras :

Chant traditionnel du Bangladesh
Sadher Lau Banaila More Bairagi
Chant traditionnel séfarade
La rosa enflorece
Chant de tradition kurde
Mirkût
Chant religieux yézidi de tradition kurde
Sharaf-elddine,
Michael Praetorius, Terpsichore, 1612
Canarios
chant traditionnel d’Irak
El bent el shalabia
Riad Sombati, 1906-1981
Longa Riad (Farah Faza)
instrumental, pièce arabe
Chant traditionnel d’Alep (Syrie)
Ya habebe
Chant traditionnel (Muwashshah) de Syrie
Ya Gazaly
Chant traditionnel de Syrie
‘Al maya, ‘Al maya
ENTRACTE
Traditionnel sépharade d’Israël
El Rey Nimrod
instrumental
Chant traditionnel du nord de la Syrie
Sabiha
Marcel Khalife
Asfor tall
chant du Liban
Chant traditionnel du Maroc et de Tunisie
Lamuny
Chant traditionnel d’Afghanistan
Laïli Djân
Chant traditionnel de Syrie
Hal Asmar
Danse et chant de tradition kurde
Kevokê
Chant à la Vierge de Syrie
Ya Mariam el bekr
chant traditionnel de Grèce
Apo xeno meros
Chant traditionnel d’Istanbul
Üsküdar,
Bangladesh
Improvisation
Traditionnel du Maroc
Ghazali tal jàhri
instrumental

Très beau, émouvant tout plein, mais le plus simple, ça reste encore d’aller voir le live sur le site web !

ce qui se passe au Met reste au Met

Un Rigoletto au Metropolitan Opera, why not. Il y a des places « à pas cher » (ceteris paribus). Si l’euro n’était pas si faible, après tout, ça ferait dans les trente balles. Pour ça, on se retrouve assez au fond, avec d’autres Français et des Ritals pénibles. En plus l’acoustique n’est pas top. Mais le MET a la même politique tarifaire débile que l’opéra de Paris, et se retrouve avec une salle à moitié vide : pour un Verdi aussi connu, ça mérite des applaudissements… Après replacement plus bas, c’est bien mieux.

Sur scène, c’est Vegas de la grande époque ! Ça n’est pas absurde, et même plutôt bien fait, entre la mise en scène de Christine Jones et les costumes seventies de Susan Hilferty (même si parfois ça pique les yeux : il y a même un avertissement sur les effets stroboscopiques de Kevin Adams). Sur les sous-titres de pupitres individuels, où le français n’est pas disponible (contrairement à l’allemand !), on se permet quelques fantaisies de transposition, et ça parle notamment de Cheikh et d’Arabe… C’est marginal mais osé…

Le programme ressemble à un magazine. On y trouve un peu de tout, outre l’oeuvre (il doit y avoir quinze pages de mécènes divers et variés — et ça ne monte pas si haut que ça dans les dons !). De toute façon, on connaît l’histoire. Dans la fosse, Nicola Luisotti, très bon boulot. Notre héroïne Gilda : Nadine Sierra ; pour Rigoletto, Roberto Frontali ; et dans le rôle du duc, Francesco Demuro. Aucune idée de qui ces braves sont (idem pour les deux rôles annexes, Maddalena par Ramona Zaharia et Sparafucile par Štefan Kocán). Comme quoi, on a beau être au Met, sur du méga-hit, on peut être un illustre inconnu. Mis à part le duc qui a fait quelques frayeurs — mais ça passe ! —, tout le monde a fort bien assuré son rôle. Rien d’exceptionnel, mais très bien.

lundi 11 mars 2019

879ème semaine

Quand on dit qu’en France, rien ne marche : affichage du RER C en rade ; Apple qui fait n’importe quoi sur son SAV pour cause de logiciel naze et de bureaucratie encore plus naze ; Air France qui fait aussi n’importe quoi (vol opéré par Delta, en l’occurrence), encore avec du logiciel buggué. C’était l’enchaînement.

Et puis New York. Il y a un énorme point commun entre Paris et NY, qui en font des villes finalement les plus jumelles du monde : les deux bénéficient d’un aura historique qui en font des endroits hyper-surcôtées. Certes, NY est clairement plus agréable en hiver. On ne s’en douterait pas trop a priori, parce qu’il gèle sévèrement. Quand on reste trop longtemps dehors, les doigts picotent, même sous les gants fourrés. La neige aide à améliorer la perspective, qui reste très cinégénique.

Mais surtout, on apprécie le calme (relatif) : peu de monde dans les rues, peu de voitures, quasiment aucun travaux, même les sirènes hurlantes sont moins nombreuses, bref on est moins agressé par le bruit et la fureur (vaines, parce que franchement, l’activité, on ne la sent vraiment pas…). Il n’en reste pas moins que c’est la galère. Aéroport naze, système de transport ahurissant de médiocrité, c’est vieux, c’est gâté, c’est déclinant. Certes on peut y trouver du charme, mais Hong Kong nous montre qu’on peut faire du traditionnel et du neuf, de l’agréable et du pratique sans aller dans l’aseptisé.

Je ne peux que rejoindre le pasteur Jesse Williams de Convent Chruch à Harlem, qui avec une exégèse audacieuse de Matthieu 9,14-17, surtout verset 17, nous a parlé d’Amazon et de Sears (oui oui, comme ça, dans le texte, entre deux gospels, les petites annonces du quartier et l’ouverture d’une école privée sponsorisée) : patcher ne sert à rien, il faut repenser le bordel. Sinon ça craque. (Bon, pour lui, ce n’était pas pour faire la pub d’Amazon mais plutôt pour dire que l’église devait évoluer — je ne sais pas s’il y avait des cathos sur le banc des visiteurs, mais étant donné les nationalités et le fait qu’une bonne partie a dégusté le vin-hostie en petit gobelet plastique industrialisé, ce n’est pas improbable…).

Même en trouvant des qualités (surtout visuelles, quels plans de vue extraordinaires, parfois !), NY reste peu attractif en ce qui me concerne. Pas horrible ni hostile, comme ressenti l’an dernier en avril, mais clairement, à 10k€ le m2 dans un quartier à 45 minutes du centre-ville comme l’est Bushwick, qui me fait penser à ma banlieue rouge (j’aime bien !), c’est n’importe quoi. Il faudrait aussi que les USA découvre l’isolation phonique et thermique. À SF, ça peut passer un peu juste ; mais -5°C et aucune isolation, à NY, c’est déprimant pour la planète. Le Ricain est l’ennemi de sa propre race autant que de l’humanité — et il paraît que le new-yorkais, toujours en jogging ou jean, est le plus évolué. Misère…

multimusées newyorkais

À NY, les musées sont ruineux, sauf à bien viser pour « pay what you wish ». Faisons du rattrapage (sous jetlag) : Mapplethorpe au Guggenheim (passons sur l’inintéressante Hilma af Klint, qui remplit le reste de l’hélice : de l’abstraction en pleine crise de mysticisme qui devient de pire en pire au fil de sa vie). Mapplethorpe était passé à Paris, mais je l’avais raté. Je ne sais pas s’il y avait autant de photographies exposées, mais ce n’est pas improbable. On passe aisément de rockeuses à gays SM qui se pissent dessus, c’est fort plaisant, c’est beau, et il y a ce portrait en vanité absolument incroyable. Je me demande même si je ne m’en ferai pas un tirage quand j’aurai des murs à décorer.

Direction le MET, avec une expo temporaire de flamands. Je ne sais pas non plus s’il y avait les mêmes au Louvre, mais en tout cas, quelques Vermeer surprenants, avec personne devant (simplement un groupe qui tourne). Ce musée est beaucoup plus grand que je n’avais cru à la première visite. Il faudra probablement y revenir encore, pour avoir un aperçu exhaustif (mais déjà, ça me paraît pas mal, ayant peu d’attrait pour les vieilleries grecques ou égyptiennes, en tout cas pas pour 25$).

À la Frick, autre chose, Moroni (affiché dans le métro), peintre naturaliste de la renaissance italienne qui faisait des portraits aussi beau que nature. Raison pour laquelle il n’a pas laissé son nom dans l’histoire : c’est tellement parfait qu’il n’y a pas d’émotion. Le but de l’expo est de nous amener à penser le contraire. Exposer les objets exactement peints sur les tableaux juste à côté n’a pas beaucoup aidé à se détacher de cette idée…

Au MoMA, il y a à boire et à manger. C’est tout de même ruineux, tout cela. De toute façon, à NY, on flambe… Surtout quand il fait -2°C dehors et que les intérieurs sont rares (il n’y a pas de mall, remarque-t-on rapidement…).

Saoirse raccourcie

Après un premier faux départ, c’était donc la bonne séance et la bonne salle pour « Marie Stuart ». Aussi un film qui emballait moyennement, dans la lignée actuelle des biopic pseudo-féministe. Pour cette fois, on est assuré de ne pas avoir de scène lesbienne entre Marie et Elizabeth, qui entretenaient une relation distante, dirons-nous, quoique coincée sur le même caillou britannique. Pour compenser, Josie Rourke donne dans le united colors of England & Scotland, avec du lord anglais noir, et de la suivante noire ou asiatique. Au moins on abandonne tout espoir de faire de l’historique en faisant de l’historique. J’attends l’électricité dans le château. Ça pose l’intéressante question de la limite dans la reconstitution, dira-t-on (la souris fait remarquer qu’après tout, ils ont toutes leurs dents ; certes, mais on n’est pas chez les gueux non plus !).

Face à face de deux femmes, entre Saoirse Ronan (Marie Stuart) et Margot Robbie (Élizabeth 1ère), et face à face de ces femmes reines avec le pouvoir, tenu exclusivement par les hommes (dans l’ensemble pénibles). Deux méthodes radicalement différentes. Spoiler : celle de Marie marche moyennement. Elle ne veut pas être un Henry VIII en Jupon, répète-t-elle. Quelle idiotie, se dit-on. À cette époque, ce n’est pas compliqué : on ne se maintient pas sur le trône en envoyant des bouquets de fleurs. Le fait qu’elle soit une femme ne change rien à l’affaire. On a raccourci ou destitué bon nombre de détenteurs de pénis, y compris parmi ses ancêtres. Cette candeur, mêlée d’une certitude absolue et divine de son bon droit à régner, la rend à la fois sympathique et exaspérante (mon type désespérant d fille, en somme ?). On lui préfère Elizabeth, pétrie dans ses doutes, se sentant probablement un peu usurpatrice par chance, et donc menant bien mieux sa barque. On a frôlé le plan à trois avec les deux rousses, je pense qu’il y a un potentiel à exploiter pour une franchise.

Bref, un film intéressant, surtout servi par ses images — des Rousses intelligentes dans de la vieille pierre posée dans des paysages fantastiques. Pour le fond, c’est finalement (et on s’y attendait) assez convenu.

in love with Barbara

L’orchestre de Paris a parfois des pépites dans sa programmation. C’était le cas pour ce concert qui faisait figurer une création française de Hans Abrahamsen, que je ne crois pas avoir déjà entendu, suivi d’un Berlioz qui me semble fort peu donné.

D’abord « Let me tell you ». La chair est faible, j’ai été attiré avant tout par le fait que ce serait chanté par Barbara Hannigan, fantastique soprano rousse vénitien qu’il faut absolument épouser. Mon voisin ninja lui donne 35 ans ; il se plante seulement de dix ans. On ne comprend pas grand chose au texte, mis à part que c’est poétique tout plein. C’est vraiment beau dans l’ensemble. Assez rare après une oeuvre dont le compositeur est vivant de se dire qu’on achèterait bien le CD (surtout s’il y a un livret avec Barbara). Les héros ont été copieusement applaudi. Daniel Harding a dû user de ses béquilles pour faire les aller-retours avant d’enchaîner, post-entracte, sur « Harold en Italie ». Pour le Berlioz, Antoine Tamestit, interprète ledit Harold, avec son alto, se déplaçant en divers endroits de la philharmonie (notamment en haut de l’arrière-scène, de toute façon vidée, ce qui arrive beaucoup ces temps-ci). Il est vraiment très bon. Quel jeu d’acteur, c’est pétillant !

pas le film que vous croyez

On devait aller voir Marie Stuart, mais le ciné était en PLS et la souris avec une mémoire random nous a mené dans la mauvaise salle. C’était un peu étrange, aussi, ces pubs à rallonge alors qu’on devait arriver cric-crac (comme le veut une tradition bien installée…). Plan B : « Celle que vous croyez » de Safy Nebbou, avec Juliette Binoche, qui est l’argument marketing principal pour aller voir le film. La bande-annonce m’avait moyennement emballé, faut-il dire : hésitation sur le fait d’y aller ou pas. Comme je le craignais, c’est un brin prétentieux. Étrangement, l’excellente musique d’Ibrahim Maalouf est too much par rapport aux enjeux. On avait connu Juliette en mode vieille conne réac chez Assayas, la voilà en mode hyper-connectée-dépendante. Une sorte de parabole assez convenue sur les réseaux sociaux et les rapports virtuels modernes, quoique le traitement n’en demeure pas moins intéressante, et la fin réserve quelques surprises. On retiendra cependant cette ligne peu inspirée du dialoguiste : « j’ai froid, je vais chercher un pull » — excuse la plus bidon qui soit pour aller écrire à son ancien amour virtuel.

C’est un peu vain mais tout à fait regardable.

samedi 2 mars 2019

878ème semaine

Semaine de rattrapage culturel, à voir le nombre de billets. Pourtant, semaine surchargée de boulot aussi. Bref, semaine très remplie.

ramène le vice

Il n’y a que les Américains pour faire un truc comme ça… « Vice » est un OVNI cinématographique entre le documentaire et la fiction, mais pas vraiment comme ces programmes télé où l’on voit des acteurs entre les sessions de témoignage. C’est plutôt du biopic mâtiné de voix off pour expliciter la chose, des textes très libres à l’écran, des génériques au milieu, et même une fin alternative… Adam McKay, sorti du Saturday Night Live et de manière encore moins surprenant, de chez Michael Moore, s’amuse fort avec l’argent des producteurs Brad Pitt et Will Ferrel, et le talent de Christian Bale (quasi-méconnaissable) dans le rôle de Dick Cheney, Amy Adams pour sa femme Lynne Cheney (idem), Steve Carell en Donald Rumsfeld et Sam Rockwell en George W. Bush — ça donne le ton, et en même temps, on y croit immédiatement comme à une caricature des Guignols !

Ascension d’un loser total (intelligent mais branleur, un introverti certainement FJ…) jusqu’à ce que, essentiellement fasciné par le pouvoir, il devienne finalement le vice-président le plus puissant qui soit, véritable président-bis des USA, ce qu’il ne pouvait clairement pas être sur son nom propre, mais ce qu’il arrivera à s’approprier en suppléant l’incapacité du fils Bush. Un intrigant favori des temps modernes ? Un symptôme de ce que le casting démocratique fait ressortir comme profil ? Le génie politique et la bêtise absolue, à l’écran, sur quelques dizaines d’années. L’ambition qui sauve et dévore tout à la fois. Méandres des écuries de l’humanité. Pardon, du palais de la plus puissante des puissances mondiales. Mais si ce n’était que ça : à la fin, pour justifier le maintien au pouvoir, tous les sacrifices sont bons, y compris en se tirant une balle dans le pied sur le long terme (ou comment ISIS/EI a été créé par les gros sabots de la corruption et de l’ambition silencieuse).

Grinçant au possible. Tout en prenant soin de faire même sa (fausse) auto-critique en générique (« it’s liberal », traduit comme il se doit en « c’est de gauche », ce qui fait un peu rire quand même, chez nous, n’est-ce pas…). Le rire jaune dans un pur raffinement.

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