humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 1 septembre 2014

Eva fatale

Avec le retour d'Hinata-chan, voici aussi le retour des séances ciné rétro : "Eva" de Joseph Losey, sorti en 1962, à l'époque où Jeanne Moreau, 34 ans, était hyper-baisable (même si j'avoue que si j'avais quatre-vingt balais, je lui courrais après dans la maison de retraite). Eva est la femme fatale brune. Pas blonde, brune. Parce qu'il ne saurait en être autrement. En Italie, entre américains aisés consentants.

J'entendais récemment (était-ce dans une interview de Catherine Breillat que j'ai revu ?) que l'homme a peur de la femme qui peut le mener à sa perte — et notamment de la courtisane, encore plus elle que tout autre, qui peut ruiner jusqu'au dernier sou un homme puissant. L'homme ne peut que perdre face à la femme. La femme sait ne pas être amoureuse et sait jouer de ses effets — la réputation diabolique, la peur viscérale et la fascination, ne viennent pas de nulle part. Jeanne Moreau fait tourner la tête de Stanley Baker, lui le charmeur, au grand bagou, à la légèreté désinvolte, qui consomme les femmes et ne saurais se fixer : il tombe sur plus fort que lui à ce jeu.

Le drame se noue, mais c'est plus fort que lui, plus fort que tout, même de l'amour inconditionnel et infini de la magnifique Francesca (Virna Lisi). Même quand il se remet, c'est pour mieux retomber. Eva est pire encore que L'Ève tentatrice, elle révèle ce qu'il y a de mieux et de pire dans un homme jusqu'à son autodestruction : seul celui qui n'a rien à se reprocher peut espérer survivre.

543ème semaine

Il faut bien avouer qu'avec tout le boulot à abattre, j'ai comme qui dirait accumulé ici un retard qui me force à passer mon tour, une fois encore, cette semaine... Telle est la vie de l'entrepreneuriat !

jeux de doubles

"Sils Maria" est l'histoire par Olivier Assayas de ce qui aurait pu être, de ce qui a été, de ce qui sera, et difficilement de ce qui est — c'est-à-dire une allégorie filmée du théâtre, du cinéma, de l'interprétation. Il est porté par un trio d'actrices, qui elle-même sont dans une sorte de mise en abyme : Maria Enders (Juliette Binoche) est une star incommensurable dont la carrière a commencé en incarnant au théâtre une jeune fille de 19 ans, Sigrid, dans une relation destructrice avec Helena, personnage de vingt ans son aînée. Elle se voit proposer d'incarner à présent le rôle d'Helena, avec Jo-Ann Ellis (Chloë Grace Moretz) dans son ancien rôle. Celle-ci est beaucoup aimée de l'inséparable assistante Valentine (Kristen Stewart), mais ses frasques inquiètent... Simultanément, l'auteur de la pièce et grand ami disparaît, alors qu'on lui rendait visite dans les montagne suisse perdue, à Sils Maria.

Tout n'est pourtant pas si simple dans ce jeu de doubles : l'acteur incarne un personnage, mais pas forcément en le comprenant, compréhension qui peut venir de l'âge, de la maturité intrinsèque, du vécu, ou du miroir. Val est justement le miroir de Maria : indissociable, confidente, affairée à gérer la vie de son omniprésente employeuse, un peu dans l'ombre. La compréhension de la pièce, sa réception première ou seconde, différée dans le temps aussi, finit par les opposer, ou plutôt les séparer. On ne comprend pas bien ce qu'a voulu dire l'auteur, fraichement disparu, mais chacun(e) y va de sa franche interprétation. Où est la vérité dans la fiction ? Pis encore, il est bien dit que le rival/double de Maria n'est que meilleur comédien lorsqu'il ne comprend pas vraiment le texte...

Quel niveau de lecture, quelle incarnation ? Comment rattacher l'extraordinaire — apparitions et disparitions — et l'ordinaire — le drame — au réel ? Le métier de comédien déborde sur le jeu de la vie. Un film sensible qui repose surtout sur trois actrices, vraiment formidables.

lundi 25 août 2014

à l'affut

Le film de Thomas Cailley est de ces bonnes surprises auxquelles on ne s'attend pas du tout : un jeune gars de la Fémis qui signe son oeuvre, totalement originale. La bande annonce de "Les Combattants" annonçait un film intrigant, parce que trop léger mais a priori trop inclassable aussi — avec un prix de la quinzaine des réalisateurs. Adèle Haenel était là pour nous convaincre de remplir la petite salle du MK2 (entrée BNF et son abominable escalier). Et rapidement, la surprise s'installe, entre esprit affuté et tendresse pour des personnages aussi barrés qu'attachants.

La plus barrée, c'est Madeleine : jeune bourgeoise encore chez ses parents, au milieu d'études de macro-économie, elle rêve d'apprentissage de la survie pour affronter "la fin" (du monde). Quoi de mieux que l'armée pour ça ? Arnaud (Kévin Azaïs) est un menuisier lui aussi post-ado, mais pas un intellectuel. Décontenancé par la va-t-en-guerre qui pique des tuiles de son chantier pour nager au fond de sa piscine, il va évidemment s'attacher : une difficile romance, forcément musclée, au milieu des biffins dont la précision intellectuelle n'est plus à démontrer. Clash de cultures et humour à plusieurs degrés.

Sur des sons technos, personnages épris de paradoxes entre liberté et services, avec Adèle Haenel en caméléon hyper-présente (on la voit aussi autant que Scarlett, ces temps-ci), on croirait revivre les débuts de Céline Sciamma. Un excellent premier long, aux dialogues épatants, qui montre la naissance rapprochée de deux êtres avec une rare sensibilité et pertinence. Aussi le témoignage d'une génération qui n'a plus beaucoup d'espoir pour l'avenir.

(Excellente critique de mon accompagnatrice murine, qui pour une fois m'a devancé)

vendredi 22 août 2014

542ème semaine

Pour une fois que je pouvais publier ce billet hebdo un mercredi, comme il se doit, c'est encore raté ! Tout se décale, s'accumule, repart, revient... Au moins on ne s'ennuie pas !

mercredi 20 août 2014

deux fois un

Étrangement, "The double" semble diviser la critique. Je fais partie du camps de "ceux qui ont beaucoup aimé". Ce n'est pas parce que Richard Ayoade va apparemment piquer du côté du locataire de Polanski (atmosphère, couleurs, appartement et chutes), qui ne fait pourtant pas partie de la longue liste d'inspirations assumées, qu'il faut bouder son plaisir. Du roman de Dostoïevski je ne connais rien ; mais effectivement, des doublons au cinéma, il y en a eu un certain nombre.

Celui-ci est dans une veine 1984-Brazil, dans un futur-du-passé où la bureaucratie (soviétisation ?), la nuit et l'ennui remplissent de vide. Jesse Eisenberg est un garçon timide, se laissant écraser par la machine. Son secret espoir fantasmatique, c'est Mia Wasikowska (de qui n'est-ce pas le fantasme, se demanderait-on ?), petite fleur qui dénote dans le paysage morne. Dans l'absurdité kafkaïenne d'un monde modernisé parallèle (car il faut un miroir pour se voir, et cela marche mieux quand on sait sans doute aucun qu'il s'agit d'un miroir), le sens de la vie semble vidé de sa substance, et le suicide n'est jamais bien loin. Une dichotomie s'opère après une énième vexation : l'anti-héros se fait de plus en plus broyer, son double mystérieux exploite la machine pour se hisser — celui qui maîtrise les codes et comprends les faiblesses peut en tirer partie. Le premier va de déconvenues en pire déconvenues, le second enchaîne les conquêtes. Les deux conversent et marchandent, aussi...

Un film assez court, 1h33, intelligent, très bien fichu, qui crée une atmosphère oppressante et esthétique (empruntant tout autant aux séries Z qu'à la culture japonaise — qui participe activement à la BO), pour porter un propos pertinent au milieu de l'absurde et de la psychose. Avec un excellent Jesse Eisenberg et une Mia Wasikowska irrésistible. Que demander de plus ?

mardi 19 août 2014

l'hommage au Maître Rohmer

"Maestro" est un film jubilatoire pour tout bobo doté d'un grand sens de la dérision. Le film de (l'assez rare) Léa Fazer conte la rencontre d'un jeune premier un peu flemmard et de son ami tout aussi peu mature, embarqué dans un film hautement intellectuel de Cédric Rovère (Michael Lonsdale) — comprendre Éric Rohmer. Henri (Pio Marmai), c'est en réalité plus ou moins Jocelyn Quivrin, qui avait poussé l'idée du film suite au tournage d'Astrée et Céladon, où il interprétait un rôle secondaire (de berger en toge pastel, forcément). Il a clairement forcé le trait, mais on vit 1h25 totalement jubilatoires, avec ses moments de "choc des cultures", de grand ridicule intellectuel (qu'on ADORE, en plus, bougre de dieu !), mais surtout sa malice bienveillante...

Alors que Henri, le gamer ado attardé aux coups foireux, bon pote pas très sérieux, cherche à séduire la bourgeoise coincée Gloria (Déborah François), aussi draguée par la meilleure amie Pauline (Alice Belaïdi), Nicoballon (Nicolas Bridet) découvre ahuri, sur le plateau de tournage au milieu de nulle part, que le directeur de la photo a refusé de tourner avec Spielberg une histoire à dormir debout d'archéologue à chapeau, pour tourner avec l'immense Cédric Rovère "la pluie et la Lune" (comprendre "les nuits de la pleine Lune", effectivement la même année qu'Indiana Jones II ? — une référence romancée ?) : "on est chez les fous !" s'exclame-t-il. Plusieurs fous rires pendant le film, au milieu des bergers et bergères au gré des vers compliqués dont il faut bien veiller à marquer la diérèse sans jamais jouer.

Finalement, l'hommage cinématographique posthume à Éric Rohmer/Maurice Schérer et à Jocelyn Quivrin (qui s'est explosé en tuture à réaction trois mois avant le Maître, à 30 ans... Quel gâchis) aura été une comédie légère comme un voile de toge à pas cher, mais tout aussi mordant et pertinent que son oeuvre. Délicieuse ironie, que je le pense lui aurait bien plu. J'avais vu Astrée et Céladon au cinéma mais n'avais réellement enchaîné sur les cycles qu'un an et demi plus tard. Entre temps, j'avais croisé Éric Rohmer à la cinémathèque où j'allais me réfugier, totalement par hasard, l'espace d'un instant. Je ne savais pas qu'il mourrait un an plus tard, non sans m'avoir totalement bouleversé. Une rencontre manquée. "Maestro" nous parle d'une rencontre réussie.

Redevable de cette prise de conscience, Henri finit ainsi par remercier le Maestro, reprenant les mots de Nicolas Bouvier (Ulysse), de lui avoir appris à "payer sans marchander le prix exorbitant de la beauté.” Nous aussi.

vendredi 15 août 2014

541ème semaine

Voilà encore une semaine vite passée, à renouer avec l'activité ciné. Et l'activité intensive "faire marcher sa boîte" (et donc des petits bidules électroniques funky, où rien ne fonctionne correctement par défaut — sinon ce ne serait pas drôle !).

Curieux de voir ma facture d'électricité, avec tout ce que je compile ces temps-ci...

malins comme des singes

"Dawn of the Planet of the Apes" souffre d'un problème récurrent depuis qu'on a refait Star Wars et ET pour les rendre "plus explicites". Si le titre était probablement une référence à 2001, en français cela est d'ailleurs devenu : "La Planète des singes : l'affrontement". Expliciter, linéariser. Ça peut aller loin : les singes sont sous-titrés quand ils gesticulent ou communiquent par un langage des signes sommaire... (Ça change de Greystoke !) On file 170 millions de budget à un réalisateur plutôt lambda, Matt Reeves, qui sort un film non remarquable tous les deux à quatre ans. Comme ça, pas de surprise. Et on met des effets spéciaux partout, parce que finalement, à présent, c'est là que se situe la réalisation. Et il faut avouer que faute d'être esthétique, émouvant, ou quoi que ce soit, c'est plus vrai que nature — on reconnait bien tous les quartiers de San Francisco, c'est bluffant. Le singe fait vrai, alors qu'il n'est plus en peluche (le bon vieux costume de l'original de 1968) ni dessiné sur la pellicule (avec une bécane silicon graphics, certes — cf Jumanji, une grande réussite de l'époque, qui fait mal aux yeux en réalité). Non non, on dirait quasiment du vrai singe qui a tourné spécialement. Mais le héros d'être incarné par Andy Serkis, un type bien humain qu'on voit partout, ou plutôt qu'on ne voit jamais : César cette fois, Gollum une autre... Le 7ème art new age sur fond bleu ou vert, avec des pastilles partout sur le corps.

Alors voilà, ce film est bon, comporte de petites contradictions de scénario (ou alors les types sont vraiment les derniers des amateurs débiles, mais comment organise-t-on une société de survivants avec cette hypothèse ?), ne brillera certainement pas par ses stratégies militaires bas de gamme (mais là encore : jolis effets spéciaux), mais il souffre de la maladie de ces prequels explicatifs qui comblent les trous de manière bien appliquée. Alors forcément, tout va se jouer dans la rencontre entre Jason Clarke (le rôle de Gary Oldman étant finalement assez peu intéressant et celui de Keri Russell aussi secondaire) avec le singe évolué dont on voit la statut dans l'original. Sauf qu'il y a eu Enemy en 1985, alors qu'apporter de mieux entre deux espèces anthropomorphes qui se haïssent par pure différence physique sans se connaître et finissent par s'estimer et s'apprécier ? La morale de l'histoire est que César va découvrir que les singes ne valent pas mieux que les hommes et comportent eux aussi les mêmes travers. Ça aurait pu être pire, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard.

Alors ça se regarde bien, pendant 2h11, mais ça ne laissera pas un plus grand souvenir que le premier volet. Typique du cinéma divertissant à la chaîne, en somme.

jeudi 14 août 2014

ciné sleep

"Winter sleep" promettait par sa belle affiche. Mais comme chacun sait, un prix à Cannes est de l'ordre du quitte ou double — et souvent, on est quitte, pour le cimetière du 7ème art d'ailleurs. Pas de bol : le film de Nuri Bilge Ceylan est aussi poussif que faussement intelligent. Il ennuie pendant 3h16, au milieu des beaux paysages de l'Anatolie — que l'on n'aura pas à aller voir sur place, c'est toujours ça de pris. N'est pas Bergman, Rohmer ou qui sais-je qui veut : c'est trop long, c'est trop vide, c'est raté. Ça aurait pu, mais non. Le bobo cannois aura été enchanté de voir qu'en Turquie il retrouve ses références (et son Tchékov ?). Mais comme il n'a pas compris grand chose de la vie entre deux prises de drogue et de subvention, il se trompe de film à primer. Ah, misère !

Au milieu des chamailleries-de-la-vie-c'est-trop-dur, le spectateur est un peu l'oublié du huis clos. Bof bof. J'en ai surtout retenu que la Turquie dans l'UE, pour moi, c'est définitivement NO WAY.

- page 1 de 417