humani nil a me alienum puto

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mardi 16 août 2016

745ème semaine

Retour à Londres, post-Brexit, mais toujours un coin de paradis inaccessible. Justement, j'étais là bas pour aller voir ce que j'allais manquer faute de finance. Damned. J'ai dû briser le coeur d'une business school. C'était sacrément beau, pourtant. Mais faute de finances...

trahissez-vous les uns les autres

On suspecte un manque d’idées nouvelles pour le nième titre de la série des Bourne : “Jason Bourne”, tout simplement — marquant aussi le merging franco-VO des “mémoire” quelque-chose qui étaient des inventions VF. Faut-il déjà oublier l’espèce d’épisode hors-série juste avant, le quatrième, que j’ai aussi séché ? En tout cas, on nous promettait un retour de Paul Greengrass avec l’irremplaçable (on en est sûr à présent) Matt Damon. Las, il n’y avait pas forcément que le titre qui arrive à épuisement.

Mais d’abord, soyons choqués. Choqués par le grand n’importe quoi de l’informatique magique. Scénariste totalement fucked up en roue libre. Ça a commencé par le “piratage par SQL” (WTF) en Islande, avec sur le bureau un magnifique Atari ST (apparemment il y avait aussi un Amiga, la séquence est hyper courte, on se demande si c’est un easter egg, très peu d’infos sur le net, mais s’il y avait un geek dans la salle, pourquoi n’a-t-il pas empêché le reste du naufrage ?). Passons sur le hacking visuel (il y a une UI pour tout, dans la vie… Avec des labels “top secret” et des noms de répertoire correspondant aux missions — dire qu’il avait fallu un épisode entier rien que pour ça !), qui d’ailleurs ne peut se faire que depuis l’Islande (BUT WHY?), ou encore sur la clé USB sans buffer, qui ne se corrompt pas lorsque la salle d’informatique sans onduleur (hein ??) voit son courant soudainement coupé à distance (la CIA sait faire de l’effacement, l’Islande est pionnière du smart city), malgré un chiffrage magique à la volée (allez savoir…) qui nécessitera pourtant d’aller à Berlin pour le déchiffrement.

À Berlin, c’est justement le festival : l’injection du “malware” dans les fichiers enregistrés (et chiffrés), va se déclencher ensuite tout seul (le mec a une sécurité daubesque, ou un Windows, ce qui revient au même, pour un hackeur ça craint), qui renvoie l’IP (parce que le portable était connecté à Internet, bloody hell??), mais qui va voir ses données effacées à distance (en un instant, la flash la plus rapide de l’univers) à travers un téléphone portable “proche” détecté dans la pièce (??) en passant 3 firewalls (dont on sait à l’avance qu’ils sont trois, va savoir sur quel port, de toute façon ça a déjà émis vers l’extérieur ; et évidemment avec une barre de progression pour ça…).

À ce niveau de nawak, on n’est plus surpris de voir un beau tapage de commandes en root (ou alors quelqu’un a merdé sur le prompt du shell), au moment de débloquer en temps réel (depuis un avion) le passeport de Jason qui passait la frontière (le tout étant loggué). Ni les fameux satellites à redéployer à la volée, qui n’a été noté par aucun bêtisier, contrairement à l’exaspérant “enhance” d’images à l’infini (toujours plus de pixels pour toi, baby), alors que quelque part, c’est beaucoup plus infaisable techniquement (on ne sait jamais, c’était peut-être une caméra avec une résolution de fou, qu’il y avait en Grèce, et donc l’affichage de base faisait baisser la résolution…).

D’ailleurs, il y a un usage de dingue des caméras, à distance. Alors, petite précision : dans “CCTV”, le “CC” tient pour “Closed Circuit”, donc inaccessible depuis l’extérieur. La France a ainsi le record (de loin) des caméras accessibles par le gouvernement (même si le film suggère que les USA peuvent accéder à n’importe quelle caméra dans le monde) alors que les Anglais en ont plus : mais pour y accéder, il faut une décision de justice et saisir les enregistrements (s’ils existent encore), parce que le flux n’est pas connecté. Et même en France où c’est connecté et où il y a une obligation de garder en mémoire les images, la quantité de données est tellement énormissime (de l’ordre du millier de To par jour, de mémoire, j’avais noté ça sur Twitter — oups, la NSA aurait-elle une sauvegarde, parce que Twitter et retrouver ses propres archives, c’est quasi-impossible), qu’en réalité ce n’est pas tellement respecté. Alors faire de la reconnaissance faciale sur les aéroports d’Islande sur une semaine, peut-être dans quelques dizaines d’années, mais là tout de suite, on oublie.

J’ai bien compris l’intention louable de Greengrass, cependant. À l’heure où tout le monde sait enfin avec certitude que la NSA fait des copies de tous les mails qui peuvent passer sur les câbles qu’ils écoutent en permanence (mais la quantité de données est plus facilement stockable et exploitable !), il convient de sensibiliser sur le pouvoir exorbitant de ces agences de renseignement Big Brother. Mais il tombe un peu à côté. Quand on suit les aventures parallèles du CEO (qui devrait être CTO suivant la tradition selon laquelle un gros investisseur ricain ne laisse jamais le fondateur jeunot aux commandes) d’une boîte nommé Deep dream, aux 1,5 milliards d’utilisateurs, qu’on devine être Facebook, on sent qu’il veut évidemment parler du petit problème de la NSA qui investit via son fonds dans Google et Facebook et en a fait ce qu’ils sont. Mais comme il ne le dit pas vraiment explicitement, à moins d’être renseigné, on peut tout à fait passer à côté (et si on est renseigné, on le savait déjà… Le danger est réel parce que ces entreprises sont contrôlés justement par la Stasi locale, avec une vision automatisée sur le monde entier).

Mais le film avec sa vieille sauce marche pourtant bien. Caméra à l’épaule, courses poursuites (la première en voiture pourrie étant plus tradi que la dernière totalement sur-réelle dans la surenchère), surveillance généralisée et complot (un peu grotesque cette fois, le dirlo de la CIA, Tommy Lee Jones, étant directement impliqué et acteur…), les tueurs pas gentil des censément gentils (mais cette fois-ci, qu’un seul, Vincent Cassel, qui a la tête du rôle), qui provoque un très haut taux de mortalité chez les siens (spécialité US, dira-t-on, mais ça devient un poil grossier), et évidemment de l’international (Grèce ou autre, sans grand intérêt niveau scénario, si ce n’est montrer des manifs anti-grand capital peut-être ; et Las Vegas est loin du charme de Paris…). Tous les ingrédients y sont, mais c’est moins bon. Réchauffé.

Et puis don’t fuck with the brunette (Alicia Vikander, délectable), trop jeune pour être crédible dans le poste, aux motifs mystérieux, à la psychologie pas si claire (ou alors elle est un peu limitée, ce qui est contradictoire), bref on espère que ce sera plus fouillé la prochaine fois. Au final, c’est bon mais décevant : Greengrass reste meilleur réalisateur que co-scénariste, et sans la trame de Robert Ludlum, c’est quand même bien moins bon…

mardi 9 août 2016

744ème semaine

Baden-Baden était la destination finale, et Karlsruhe l’intermédiaire. On s’est dit que la prochaine fois, on essaierait bien d’inverser. Baden-Baden est surtout utile pour ses bains, ses paysages vallonnés, mais ça reste un parc à touristes, âgés de surcroit. Si l’on exclue les hordes de familles arabes (fort bruyantes la nuit à l’hôtel), nous faisions avec la souris drastiquement chuter la moyenne d’âge. Et nous marchions sans aucune aide particulière — vendeur de déambulateur, c’est l’avenir.

On se sent rapidement comme à la maison, à Baden-Baden, parce qu’il n’y a que de la boutique de luxe, depuis les veste de costumes à 800€ jusqu’à la montre à 10.000 (sans compter les Bovet non étiquetées — normalement autour de 60K), en passant par les souliers à 1500 (il y a un peu de marge, n’est-ce pas, mais une fois en solde, ça devient pas cher, et voilà comment on repart avec une paire de Lobb collector…).

Pour manger, c’est un peu plus difficile, car hors de la Wurst, en Allemagne, point de salut. Le café König est rapidement devenu un point incontournable, malgré une chantilly des plus atroces. Le soir, supérette et picnic sur le balcon, en face des forêts pentues, non loin de la tombe de Boulez (qu’on aura cherché partout, mais c’est l’entraînement pour la chouette d’or). Au très loin, le vieux château et sa vue formidable, que personne n’atteint à pied mis à part deux fous (munis d’une carte particulièrement inutile, et suivant des chemins extrêmement mal indiqués — vive le GPS), et que les vieux ne font que regarder de loin (autant dire qu’on n’est pas trop embêté, on peut y vaquer à diverses occupations sans dérangement).

Tout proche, la Lichtentaler Allee à gauche, charmant chemin aménagé (tout est aménagé, toujours) comme un très long parc jusqu’à la ville, et à droite, la Lichtentaler Straße qui est l’axe routier principal desservant toute la ville. Choix éclairé d’hôtel, quoiqu’à l’opposé de la ville dans le sens pour se rendre à la gare, inatteignable sans bus (mais la plupart des pensionnaires ont une voiture à cinq ou six chiffres, et s’ils ne descendent pas dans un hôtel de luxe, ils ont une résidence secondaire à un prix du mètre carré de luxe digne de la banlieue parisienne pourrie — donc du niveau du centre-ville chic de Berlin).

Mais finalement, Karlsruhe, avec son grand parc rond autour du Schloß, et sa forêt plate derrière, sa vie des rues plutôt jeune et son calme naturel, son zoo géant avec petits bateaux motorisés, ses flamands et ses glaces, Karlsruhe nous a bien séduit. On y retournera, en ICE ou en TGV. Quand on rentre de nouveau gare de l’Est prendre la ligne 5, le choc est abasourdissant.

Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

Voici un musée qui souffle le chaud et le froid : les salles sont très étrangement climatisé, et si l’architecture est très agréable, le climat l’est beaucoup moins. La muséographie est aussi fort étrange, avec ses salles planquées. Alors qu’on est essentiellement sur un seul niveau, on peut passer à côté du tiers du musée en salles aux portes quasi-dérobées, numérotées bizarrement, et c’est ainsi qu’au deuxième passage j’ai découvert quelques Poussin (sous une grande verrière, où il n’y avait personne — il n’y avait déjà pas grand monde dans le reste du musée), et au troisième passage les impressionnistes.

Les collections sont fort belles, avec les vieux christ du XVème-XVIème (dont un Dürer au Christ déprimé), des chefs d’oeuvres de temps à autre, des découvertes surprenantes comme ce Joos van Craesbeeck, Versuchung des heiligen Antonius, digne d’un Jérôme Bosch.

On finit par découvrir les dernières salles planquées au sous-sol, derrière les lockers. Tellement cachées d’ailleurs qu’en premier lieu, on était sorti, pour faire un tour à l’Orangerie — dont l’entrée même n’est pas si évidente que cela. L’Orangerie, c’est du contemporain, il y a donc à boire et à manger — évidemment, la majorité des croutes présentées sont affreuses. On y trouve un peu son bonheur tout de même, dans un très beau bâtiment aussi (beaucoup plus simplement aménagé).

Voilà un musée qui mériterait d’être plus mis en valeur, et avec son entrée payante, pour finalement quelques très rares visiteurs (à vue de nez, en deux heures, on a dû en compter une dizaine grand maximum), alors que les pars avoisinants étaient assez remplis de monde, un mercredi, il vaudrait mieux rendre gratuit et profiter des quelques dons. Il n’y a apparemment qu’à Londres qu’on ait compris cela — l’organisation allemande offre tout de même des abonnements nationaux fort intéressants, qu’on est infichus de mettre en place à Paris.

lundi 1 août 2016

743ème semaine

Cette semaine, un plan d’évasion devait être validé. Après 13 ans de vie en banlieue parisienne, avec un espace réduit passé de 450 à 700€/mois, et des transports en commun qui n’arrêtent pas d’empirer, un certain goût du risque et de servitude volontaire quand on se promène (on en regrette les années iraniennes…), et une ville qui globalement se marseillanise d’un côté et devient un parc à touriste de l’autre, mon amour de la capitale s’estompe clairement, et je n’ai cessé de le déplorer à chaque retour de voyage…

La France est un pays mal fichu. Il y a des pépites, mais elles sont petites et inaccessibles. Ce n’est pas un mystère : la richesse générée par un parisien est grosso modo deux fois supérieures à celle d’un provincial — mais grâce à un savant compromis arrogeant tout à la capitale et rien au reste du pays, les Parisiens acceptent une vie 50% plus chère en l’échange d’un salaire 20% plus élevé (à la louche). Alors la migration en province, ça ne se fait pas à la légère — et ça explique pourquoi Paris est bondé de non-Parisiens, de ces gens qui ne profitent en rien des avantages de Paris, en somme (sortie et culture, pour résumer).

Quid de Lille ? Lille est à la croisée des chemins du Nord, de l’ancienne Hanse. À une heure de Paris, mais aussi de Londres et de Bruxelles, et Gand et plus loin Amsterdam. L'aéroport Charles de Gaulle est à 45 minutes de TGV (soit un temps plus court que depuis ma banlieue de première couronne), et si on est joueur on peut passer sinon par Bruxelles (sans compter l’aéroport local, pas trop dégueu). Lille est une ville très sympa, un joli 21ème arrondissement de Paris (même les quartiers pauvres sont plutôt sympas), avec un petit goût de Londres et de ville flamande. Il y a une vie culturelle et des transports qui ont de la gueule (un métro automatisé, certes seulement deux lignes, mais qui vont loin, de tôt le matin à tard dans la nuit).

Mais Lille est déjà à plus de 5000€/m2 (soit le prix de ma banlieue morose ou de Berlin — ah, ça a beaucoup augmenté, à Berlin...). Donc il faut voir plus loin. Roubaix ou Tourcoing. Fin de l’érection. Certes il y a Hellemes et Lommes aussi, mais ça reste rare (et guère mieux, ville dortoir). Roubaix, c’est du 1000€/m2 pour un loft. Dans ma banlieue, c’est seulement le prix des travaux pour avoir la même chose. Ça justifie une heure de train pour revenir à la civilisation (plutôt Londres, de préférence — aïe les prix).

Le problème, c’est qu’une fois sur place, la vérité française de la crise (minière et textile) qui dure plus d’un siècle (uniquement chez nous !) saute à la figure. Roubaix, c’est mort. Respiration artificielle pour être plus exact. Certes il y a la Piscine, musée magnifique (mais pas eu le temps de le visiter), une salle de concert qui fait pas trop mal son office, un grand centre d’outlet artificiel-mignon (ouvrier MAIS en Vanessa Bruno), et puis tous ces lofts dissouts dans les HML où s’entassent les 30% de chômeurs et où les jeunes zonent désoeuvrés. Mais dès le samedi matin pour la première visite d’un appartement superbe (le genre à 2 millions sur Paris, 230.000€ là-bas), ça saute aux yeux : dans la rue, il n’y a personne. Personne.

Et alors, on peut se poser la question : pourquoi ? Pourquoi Lille vit et Roubaix meurt ? Les panneaux “à louer zone franche” se succèdent à un rythme impressionnant. Le soir, petite vérification sur Google maps : il y a 10 boulangeries sur 13km2 à Roubaix. Les supérettes sont rares et fermées en week-end. Les restaurants sont quasiment tous fermés aussi, sauf un très chic (tarifs à peine inférieurs à Paris) sur la place principale (qui fait aussi parking). Voilà le problème : chacun reste chez soi.

Et pourtant, il y a cette zone franche géante. Mais quand on cherche un peu, on s’aperçoit de toute la bêtise concentrée, infusée et distillée à la française. Pour profiter de la zone franche, outre les conditions de taille, de CA, de structure, etc., qui rendent comme d’habitude tout système français d’une complexité sans borne (j’en sais quelque chose, en tant que Jeune Entreprise Innovante), il faut pour profiter des exonérations avoir son activité sur place (pour prévenir les boîtes postales — mais flinguer toute activité de consulting nécessitant déplacement) et embaucher quelqu’un qui vit sur la zone franche aussi. Si je développe ma startup, qui a besoin de développeurs, ingénieurs bac + 5, il faut donc que j’embache Kévin, chômeur local. Je n’ai rien contre Kévin, mais je ne suis pas totalement sûr qu’il soit adapté. Et en attendant, mon dev, il reste à Paris, parce qu’il a moyennement envie de s’enterrer à Roubaix (et si OVH est réputé pour ses RH — qui sont en fait moins bons que le standard des boîtes ricaines, me confirme un ami récemment embauché qui lutte déjà pour bosser avec les Kévins quand avant il avait une équipe de docteurs —, c’est justement pour essayer de retenir le haut du panier local…).

Alors que Kévin, il pourrait très bien exceller dans la boulangerie, tiens. Et mon dev, à Roubaix, il serait content de se payer un super-sandwich à midi et une baguette pour le soir, pour trois fois moins cher qu'à Paris. Et au final, Kévin ne serait plus au chômage. Et mon dev, sale geek, aurait même besoin d’une femme de ménage, faisant encore baisser les 30% de chômeurs — dont on se doute qu’ils ne sont pas bac+5, n’est-ce pas ? Bref, l’économie. Un truc totalement incompris en France, qui sort des inepties comme les zones franches à la française (c’est pas le Delaware…).

On dit des entrepreneurs que ce sont ceux qui voient des opportunités là où les autres ne voient rien (ou pire). Eh bien Roubaix et Tourcoing, c’est une opportunité en or. Voyez : des usines désaffectées changées en logement plus ou moins luxueux, en tout cas immenses, à des prix dérisoires. Ces mêmes mètres carrés qui peuvent accueillir des startups sans le sou. Sur un hub franchement bien desservi au centre de l’Europe du Nord (mieux vaut là que tout autre endroit vers le Sud…). Et le bonus du bonus : Croix, la ville entre Roubaix et Lille, où se concentrent le plus d’ISF de tout le pays — oui, les héritiers des patrons des mines et des filatures, avec une inégalité ahurissante qui se perpétue depuis 150 ans, et ça ne gène personne, c’est la France. Croix, au lieu de vivre en vase clos et d’essayer d’optimiser son patrimoine (par exemple en plaçant tout ou partie de sa fortune à 3km en Belgique), pourrait devenir un investisseur de rêve dans les startups. Une ville business angel d'un côté, pour une ville d’innovation de l'autre. La Silicon Valley avait certes Stanford, mais surtout des garages à pas cher pour bootstrapper.

Roubaix et Tourcoing, c’est de l’or. Mais de l'or potentiel. Et en France, les potentialités, personne ne sait les exploiter. Il faudrait arrêter les politiques bidons et y aller franchement. Quiconque s’installe à Roubaix ou Tourcoing ne paie pas d’impôts ni de charges pendant 10 ans. Voilà, comme ça. Pas de zone franche à la con, pas de JEI de merde. La startup comme la boulangerie à 0 (tout compris, pas d'arnaque, pas d'URSSAF qui vous court après, pas de complexité où le comptable et le cabinet de conseil bouffent toute la marge, avec la pépinière qui gratte sur les subventions). Peu importe que les employés vivent à Lille où je ne sais où, tant qu’ils viennent bosser sur place. Paradis fiscal. Et le pire, c’est qu’économiquement, c’est immédiatement rentable : dès que les 30% de chômeurs seront au boulot, ça aura une autre gueule sur les comptes publics (et privés !).

Pour ça, il faut avoir un cerveau et une paire de couilles (ou autre : c’est comme la barbe chez les geeks, un concept). Des attributs assez peu présents chez nous. 150 ans d’inégalités reproduites. J’ai beau chercher, mis à part en Inde, je ne vois pas trop qui peut détenir un tel record. C’est au-delà du lamentable. Et au final, je n’irai très certainement pas m’installer là-bas. Alors que j’ai visité des lofts de rêve à des tarifs imbattables. Et que j'y allais avec plein d'espoir.

Mais comme je ne fais pas que râler et déplorer, si les habitants du coin me sollicitent (ils lisent tous mon blog, n’est-ce pas ?), je m’installe chez eux et je fais la nique aux imbéciles énarques de Bercy qui plombent le pays avec un savant panache bureaucrate. Chiche ?

vendredi 22 juillet 2016

742ème semaine

Et voilà que je suis pris ! Comme quoi le TAME (qui n’était qu’une partie du bordel, heureusement) n’était pas si raté (j’ai été très très surpris… Comme tout test français, la moyenne est hyper basse, ce qui me fait poser la question : à quoi cela sert-il d’avoir des questions qui sont calibrées pour trouver LA personne qui arrive à tout répondre — sans que cela ne présage grand chose d’autre…). Bref. C’est cool. 8 ans après ma stratégie de MBA (et mon plan d'évasion sociale), ce sera finalement EMBA. Le MBA était dans une optique de 360 mais en restant salarié. L’EMBA est pour continuer à startuper, parce que finalement, c’est ce qui me botte. Et pas parce que c’est la mode — la mode des startups m’emmerde au possible, je déteste cette période avec une invasion de commerciaux-fils-à-papa qui profitent de leurs réseaux et mannes financières pour faire un bruit qui gâche ma propre valeur ajoutée (et dans un pays qui ne comprend rien au business, c’est celui qui fait le plus de bruit avec des casseroles qui remporte la mise — avant de faire faillite et de revenir au salariat, parce qu’en réalité, ils ne sont simplement pas fait pour être entrepreneurs).

Affaire à suivre.

Kieslowski 9-10

Dernière session de décalogue, au MK2 Odéon décidément largement plus confortable que le Beaubourg. Épisodes 9 et 10. “Tu ne convoiteras pas la femme d’autrui” renoue avec le triangle, mais est-ce bien la seconde fois que l’on aborde l’adultère (le deuxième épisode n’était pas si clair, ça pouvait être un triangle consentant). Adultère pas vraiment immoral : le mari, devenu totalement impuissant, a bien autorisé sa femme. Mais il s’enferme dans une souffrance de jalousie qui le fait basculer. Un couple aimant dans la tourmente.

“Tu ne convoiteras pas les biens d’autrui” clôt le cycle d’une manière tout à fait originale, tordant le cou à tous les fantasmes si occidentaux de voir une trame cyclo-thématique ou je ne sais quoi. Tandis que l’épisode 9 reprenait beaucoup les trois notes au piano du générique (lui rajoutant même de la voix, et un compositeur — au nom flamand inconnu, qui cacherait plutôt l’excellent Zbigniew Preisner qui a tout réalisé), le dernier film donne dans le hard rock aux propos blasphématoires et immoraux, jusqu’au générique final. Deux frères héritent de leur père qui s’était enfermé (littéralement) dans sa lubie : la collection de timbre. En archéologue, ils découvrent tous les trésors amassés au détriment de la vie familiale de ce père qu’ils ont détesté et qu’ils ne voyaient plus. Ils comptaient tout bazarder, et du coup se ravisent, et tombent par sentimentalisme — qui aura le mérite de les rapprocher — dans le même cycle maudit. Une histoire timbrée, une comédie dramatique, une fable douce-amère.

Kieslowski rentre dans mon panthéon cinématographique par la grande porte. Au-delà de l’excellence et de l’intelligence. Du très grand art.

Kieslowski 7-8

Après une semaine de pause, retour au Décalogue de Kieslowski. Le 7ème film — “Tu ne voleras pas” —, est encore une très large interprétation puisqu’il parle de la relation mère-fille, traitée sur deux étages. Une histoire encore complexe, de ces drames ordinaires que ne renierait pas un Almodovar. On suit une jeune fille qu’on qualifierait de nos jours de border-line, et avec ses airs de Sissy Spacek — peau très pâle, blond vénitien, grande bouche pulpeuse qui tranche, de ces beautés fascinantes qui frôlent la laideur —, on se dit qu’il doit y avoir une veine. “Peut-on voler ce qui vous appartient déjà ?”, se demande cette mère spoilée et en manque d’amour… Tout cela ne peut pas bien terminer, les intrications du passé ne jouent pas en faveur de ceux qui souhaitent s’en extirper trop tard. Les acteurs sont formidables (il ne faut pas sous-estimer la Pologne !) et on découvre aussi une petite fille adorable qui vaut bien tous les enfants-stars d’Hollywood. J’ai noté la première erreur de réalisation de tout le cycle (un champ/contre-champ avec la gamine, mains sur un manège).

“Tu ne mentiras pas”, épisode 8 du Décalogue, est ouvertement un traitement éthique. En échange, le scénario est plutôt cousu de fil blanc, avec une rencontre invraisemblable. On remarque une référence, lors d’un cours d’éthique mené par l’héroïne âgée, à l’histoire du deuxième épisode du décalogue (comme quoi, c’était quand même mieux de les voir dans l’ordre). Et puis voilà une histoire de petite fille juive, sacrifiée durant la guerre car il ne faut point mentir. Mais est-ce si simple ? Quarante-cinq ans après, la vérité se fait savoir. Ce n’est pas la première fois, il me semble, que Kieslowski aborde le thème de la construction de l’individu sur une incertitude, qui trouve un dénouement finalement plus ordinaire que ce qui était fantasmé. Et quelque part, ça aussi, c’est une fine observation du genre humain…

Avec leurs non-dits, les Polonais de peu de mots semblent des éprouvettes idéales pour les expérimentations d’un réalisateur-scénariste particulièrement observant. Les fables morales se succèdent, toujours difficiles, un peu glauques, comme pour renverser les refoulements sociaux du banal inavouable.

gros pois technicolor et petits carrés N&B

C’était la dernière, et il y avait @odette9. Alors j’ai claqué 30€ — bordel de tarifs, mais bon, on est éduqués par le théâtre de la ville et Chaillot ; et puis Bastille est malin, normalement les tarifs sont quatre fois pires, mais bizarrement c’était vide, alors on nous a fait cette faveur budgétaire…

Vingt-cinq minutes de Justin Peck pour commencer. De mémoire, jamais vu. De mémoire, déjà vu. Comme dit la miss : c’est du Robbins ! (En moins bien) Comme elle n’aime pas Robbins, elle n’a pas aimé. Comme j’aime beaucoup Robbins, j’ai bien aimé. Mais il vrai qu’on retiendra surtout, avec le temps qui passe, les gros points colorés devant les têtes des danseurs — avant qu’ils ne se démasquent —, la couleur changeante du décor abstrait de derrière, et les jolis costumes peut-être.

L’affaire reposait sur Sae Eun Park, qui reste très coréenne, et même asiatique. Ce sont des gens de peu d’expression, ou plutôt d’une autre expression. De manière fort amusante, @Alliocha, catholique au haut sens moral, l’a trouvé bouleversante ; tandis que mes amies, souris en tête, la trouvent mono-expressive. On ne peut pas plaire — et surtout parler — à tout le monde. En tout cas on lui reconnaît de très jolies jambes, et une joie naturelle introvertie à la sortie des artistes (moi je l’aime beaucoup. Mais peut-être moins sur scène, en effet). Très jolie musique de Francis Poulenc, concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur (1932).

Seconde partie : Balanchine. Celui qui fait beaucoup parler de lui à cause des costumes de Lagerfeld, que j’ai trouvé très bien — à part le moment meringue rose, qui a le mérite de mettre tout le monde d’accord dans la détestation, et qui s’est vu qualifié de barbie, kitsch immonde, et de couleur PQ par moi-même. En réalité, ce qui jurait le plus, c’était le décor vieillot de derrière, une image poussiéreuse de vieux bâtiment à coupole, inintéressant au possible. Il aurait fallu aller dans le total-trip-Buren, à la rigueur, ou mettre une abstraction, ça aurait fini de dépoussiérer les ensemble balanchinien, que j’ai trouvé en tout cas plus intéressant que d’habitude — sans être exaltant, évidemment. Agréable quatuor pour piano n°1 de Brahms orchestré par Schoenberg. Et puis il y avait Alice Renavand. Comme elle n’a pas allumé de cigarette à la sortie des artistes, elle a peut-être corrigé le seul défaut qui lui restait : on peut donc l’épouser les yeux fermés (mais ouverts).

lundi 18 juillet 2016

741ème semaine

Du travail, que du travail. Et le TAME, Test d’Aptitude au Management des Entreprises, qui à vue de nez éliminerait 75% des managers, 95% des chefs d’entreprises, mais promouvrait 80% des blogueurs (dont toi, cher lecteur, je le sais) auxquels il ne faudrait surtout surtout pas confier une boîte. Un peu déprimant. C’est comme le GMAT, en plus court, en français. L’occasion de vérifier — surtout en tombant sur une critique de Mythologies et une interview de Gauchet que j’avais déjà lue — que ce n’est pas l’anglais qui pose problème dans ce genre de tests : c’est le test lui-même.

2016, on n’a toujours à peu près rien compris à comment marche un humain. Déprimant, disais-je.

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