humani nil a me alienum puto

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lundi 27 juillet 2015

690ème semaine

Ce doit être les vacances (pour les autres...), il n’y a pas grand chose à raconter. Mis à part un divorce quelque peu imposé par des partenaires commerciaux de deux ans, dans un arrangement qui au final aura surtout servi à illustrer que ce pays se distingue dans le « lose-lose » au-delà de toute espérance. Mais comme dirait un sage précédemment chroniqué, le temps détruit tout. Dont acte. À l’ouest, rien de nouveau.

amour auto-destructeur

Petit disclaimer tout d’abord : j’aime beaucoup ce que fait Gaspar Noé, même s’il y a toujours ce petit goût d’inachevé, comme si l’on avait fait un long métrage à partir d’un court, mais où il y a toujours de la pépite digne des plus grands (en fait, c’est un chevalier de bronze qui a parfois les pouvoirs des chevaliers d’or et peut même les dépasser, en se faisant très mal — et de fait, c’est pour ça qu’on est touché).

On devait voir « Love » quelques jours avant, mais la 3D avait surpris : le film existe-t-il en 2D ? Non. Si le cinémascope sert à filmer les serpents, la 3D sert à faire mal à la tête — du moins avec la technologie au rabais utilisée au cinéma, mais Godard (aussi un type brillant qui passe son temps à essayer plein de trucs sans jamais rien réussir de bout en bout) nous avait déjà arraché la rétine avec son dernier insupportable opus, malgré les lunettes électroniques. Bref, il a fallu s’y résigner, mais quand on est au courant, de fait, on s’y prépare. Et évidemment, ça n’a pas apporté grand chose, si ce n’est de pas recevoir du sperme dans les yeux lors de la scène de fausse éjaculation faciale, avec le public dans le rôle de la demoiselle habituelle.

Oui il y a des choses qui ne sonnent pas tout à fait vrai, alors qu’on nous « vendait » du sexe non simulé : outre que l’on trouve toujours des préservatifs pour l’énorme engin de monsieur (alors que trouver des Intimy grande taille requiert une patience extraordinaire, et je ne suis même pas totalement sûr qu’il rentrerait dedans…), et s’il faut bien reconnaître que le plastique est fantastique et que c’est rudement bien imité, on ne branle pas un engin comme ça sans que la peau ne bouge un peu… Bref. Notre film n’est pas sulfureux du tout. La demoiselle n’est jamais fessée à aucun moment, et il faut attendre les 2/3 du film avant les premières levrettes (très rapide) : quand on s’aime comme ces deux-là, la levrette fessée (avec tirage de cheveux, de préférence), la strangulation et un peu de bondage, c’est la base. Encore plus quand on en est au stade du plan à trois. Faut rester un peu cohérent.

Ce Noé est plus sage. Oui oui. On n’est absolument pas psychologiquement dérangé, pas plus que l’on est excité (à part le plan à trois, mais c’est mon côté lesbien…). Et pourtant, ce film trop long est beau. Il est beau comme ses personnages, le trio Karl Glusman, Aomi Muyock et Klara Kristin, qui expose ses tripes de jeunes borderlines jamais tout à fait finis, surtout pour notre couple d’amoureux déchirés principal (les deux premiers) : Murphy (qui n’a pas de chance, tout a merdé à cause d’une capote crevée au cours d’un sautage d’Omi, la troisième et blonde) et Electra (une fille à problèmes, quoique brune). Ils ont de la gueule, parfois déchirée, des corps, souvent ramollis malgré la jeunesse, et Gaspar Noé explore le sentiment, certes à travers le sexe (il s’autojustifie vaguement lors d’une des nombreuses mises en abyme un peu faciles — le héros est apprenti réalisateur et voudrait filmer ce que l’on voit à l’écran, le vieil ex artiste-bobo d’Electra s’appelle Noé, et le gosse de Murphy est Gaspar…), mais surtout avec mélancolie, en mettant en scène une passion auto-destructrice de deux personnes trop faites pour être ensemble, en remontant leur mécanique, selon l’anamnèse de l’anti-héros maudit Murphy, en nous révélant que tout n’était pas aussi simple que l’on croyait (surtout avec autant de drogue… et de stupre — un peu pareil), jusqu’à nous dresser le tableau complet, par touches, d’un amour dévorant finalement pas si compliqué vu de loin, mais impossiblement complexe vu de près. Ça m’a rappelé quelques souvenirs… (Malheureusement, aucun plan à trois à titre personnel)

Alors au final, toutes les critiques ont raison. Autant celles qui en disent (beaucoup) du mal que celles qui en disent (beaucoup) du bien. Mais c’est certainement la sensibilité de chacun qui prendra l’ascendant. Au-delà de l’aspect sexuel (pas si original que cela — Last Tango in Paris d’ailleurs plusieurs fois cité, Innocents - The dreamers du même Bertolucci, Fatale de Malle, Shortbus, Batalla en el Cielo, 9 semaines 1/2, mais aussi des Oshima ou bon nombre d’autres films du Pinku eiga — et j’oublie le titre d’un film que j’ai dû chroniquer ici, à la limite du pornographique aussi), qui d’ailleurs n’a choqué personne (première fois que je ne vois quiconque quitter la salle !), c’est la sensibilité de chacun qui trouvera un échos ou non. Et pour s’aventurer dans une telle subjectivité, il faut un courage à saluer au minimum.

comme un aviron

Dans la famille Podalydès, je demande le frère, Bruno. « Comme un avion » est de ces films (souvent français…) dont le pitch fait assez peu rêver : un quinqua, Michel (notre réalisateur-scénariste), qui adore les avions mais fait l’infographiste pour son ami (et frère Denis dans la vraie vie), découvre tout à coup le kayak au détour d’une séance de palindromes, parmi autres scènes poétiquement azimutées du début du film. C’est la révélation. Et puis il décide de se jeter à l’eau — et ne va pas bien loin avant la seconde partie du film, celle où il délaisse sa femme Sandrine Kiberlain et rencontre deux créatures féminines, la sensuelle Agnès Jaoui et son alter ego plus jeune Vimala Pons.

Le côté frappé du début ne pouvant pas toujours durer sur cette lancée, le film tourne forcément un peu en rond (comme notre héros) lors de la seconde moitié des 1h45 totales. Mais ça reste une agréable surprise, pleine de trouvailles, de ton décalé, sur un sentier aqueux tranquille et inattendu.

dimanche 19 juillet 2015

689ème semaine

C’est la semaine annuelle du 14 juillet, et donc du défilé, cette année avec la participation exceptionnelle de la souris à mes côtés. Arrivés un peu trop tard, nous n’avons pas forcément eu la bonne idée de contourner la population pour trouver un endroit moins peuplé plus bas comme l’an passé (mais je me demande si justement l’endroit n’était pas coupé, puisque des chevaux en ont surgi pour clôturer le défilé). Mais une grille aura fait l’affaire pour une vue surplombante, quoique sujette à des descentes de police, comprendre certains de la marée-chaussée (et un man in black aussi) n’entendait pas que la population festive mais familiale s’accroche à la riche propriété d’autrui, qui pourtant a bien tenu la charge. Lorsqu’aucune raison valable n’est donné, il se passe forcément l’inévitable : après avoir mainte fois invité à redescendre avant le passage du Président, puis encore une ou deux fois (plus énervé) après, mais ayant disparu pendant le coeur de l’évènement, évidemment tout le monde s’y est remis. Nous sommes en France, que diable ! Ici, l’autorité doit se justifier un minimum pour être crédible. Surtout… un 14 juillet !

prince hombourgeois antigonien maudit

« Le prince de Hombourg », ou plutôt « Il Principe di Homburg », est un film maudit de Marco Bellocchio d’à peine 1h25 et d’une beauté époustouflante. Sauf que cela n’avait pas suffit, en 1996, à le hisser suffisamment pour l’auréoler de prix, et malgré ses nombreuses nominations, il n’avait non seulement rien eu à Cannes, mais n’était pas même sorti en salles. Vingt ans plus tard, l’aspect vieilli du film n’est que plus savoureux, et on peut redécouvrir dans le quartier latin cette merveille injustement oubliée, où le beau Andrea Di Stefano, dans le rôle titre, côtoie la fabuleusement magnifique Barbora Bobulova.

L’ambiance propre à Kleist, aux songes éveillés au bord du cauchemar plaisant, à l’humidité des fronts et aux têtes qui tournent, aux perte d’équilibre en costume cintré ou en tissu flottant, est extrêmement bien rendu. La mésaventure qui arrive au Prince, précipité une fois de trop lors d’une bataille qu’il sauve pour l’occasion, et par conséquent condamné à mort par son oncle malgré leur admiration réciproque, est-elle encore le fruit d’une illusion lors d’une virée somnambule ? Le prince est de ces héros tourmentés du romantisme, mais au-delà, il incarne une sorte d’Antigone malgré lui, absurdement condamné pour n’avoir suivi la loi martiale, et en bon héros baroque, devra accepter son sort pour sauver la morale, et se sauver lui-même. À moins que tout ou partie ne soit fantasmé.

Très beau.

rencontre coréo-niponne

« Hill of Freedom » est un film de Sang-soo Hong dont on a vu le « In another country » il y a 3 ans déjà, dans un genre assez similaire : l’étranger errant en pays coréen. Ryo Kase incarne un Japonais (logique) en quête de son amour laissé quelques années auparavant sur place. Construit selon la lecture de courriers mélangé par la coréenne convoitée, le film est une succession de scènes assez courtes sur un système assez proche du flashback en bordel organisé, ce qui évite de trop se lasser, car malgré un métrage d’à peine une heure six minutes, c’est un peu longuet. Mais longuet à l’asiatique, un peu mélancolique et stoïcien, alors ça peut encore aller.

portraits d’anglo-hollandaise

Le National Portrait Gallery de Londres a eu cette géniale idée de consacrer une exposition à la magnifique Audrey Hepburn que j’adore plus que tout. Est-ce la plus belle femme du monde ? En voilà une question : le look « gamine » de sa vingtaine, qui a fait sa renommée, a suivi des années adolescentes un peu potelées mais formatrices au ballet ; et l’idée, c’est essentiellement de ressembler à un garçon manqué. Et puis ensuite, il y a eu Givenchy, et les robes incroyables qui ont mis en valeur sa taille (parce qu’après tout, elle avait tout de même un sacré bassin). L’exposition se veut une rétrospective iconographique, avec du rare pour attirer un public fanatique (notamment une relique : une paire de pointes) et du très-typique, avec pour finir un mur de unes de magazines (depuis la toute première où elle était encore inconnue, à 19 ans). On comprend la construction de son personnage, au cours de son ascension rapide puis des différents films, jusqu’à la moitié de la trentaine, à la suite de quoi tout se calme (elle a ses deux gosses avec le 2e mari), pour ne réapparaître qu’avec l’ONU, vers la fin trop rapide de sa vie — et donc de nouvelles belles photographies.

Une bien belle expo, un peu courte et de fait un peu chère… Mais comme d’habitude, le reste du musée est gratuit, notamment l’habituel concours du British Portrait, dont j’ai absolument adoré le second prix, Eliza

par Michael Gaskell : un portrait selon une inspiration flamande. Ah, les néerlandais(es) !

dimanche 12 juillet 2015

688ème semaine

Dernier déplacement londonien avant probablement un bon bout de temps : tournée des tailleurs, récupérations, ajustements, nouvelle commande, une paire de souliers surprise, bref j’ai encore dilué la part de la drogue et des putes dans le PIB britannique, malgré un euro qui ne vaut plus tripette.

Et puis c’est pas tout de dépenser presque tout mon pognon, mais je cherche plus ou moins vaguement un appartement, depuis que deux évènements se sont produits : il n’y a plus de place pour mes fringues ; le taux du mètre carré dans mon bled rouge coco est passé à 4000€ ce qui correspond au seuil de rentabilité, c’est-à-dire qu’on peut louer au montant d’un remboursement de prêt sans apport (sur 20 ans… Normalement, un bien en location devrait s’amortir en beaucoup moins de temps que cela, mais au point où l’on en est…). Bon, c’est pas gagné non plus. Apparemment, les banques, qui ne prêtent qu’aux riches et servent essentiellement à pas grand chose, ne prêtent plus que sous des conditions dignes des bailleurs en environnement français (le pays où l’on ne peut pas déloger les squatteurs, parce que « les pauvres… »). Ce qui donne une belle situation absurde : je devrais multiplier par trois mon impôt sur le revenu pour rembourser une somme qui ne me poserait pas de problème — la preuve : j’ai un loyer qui est presque équivalent à ça, et je passe mon temps à Londres chez des tailleurs qui sont riches…

Bref, nawak. Au moins en attendant je m’habille fort bien.

qui a peur du désir féminin ?

« Mustang » a été auréolé de fort bonnes critiques. C’est que le film de Deniz Gamze Ergüven est dans le bon moment moderne du combat pour les droits des femmes, et si encore une fois on se dit que l’office du tourisme turc ne doit pas être hyper content, il n’empêche que tous les acteurs et actrices sont aussi turcs que la réalisatrice et une partie des producteurs — ce qui n’est pas sans paradoxe, mais il semble qu’il soit sorti en premier en France, aussi pays co-producteur avec l’Allemagne. Mais au-delà de l’aspect politique, ce « Virgin suicide » à la Turque, comme il est dit, est avant tout un film sur la peur du désir féminin. C’est le vrai sujet, révélé par les psychiatres freudiens, est souvent très résumé par une idéologie féministe, par une guerre des sexes à la sauce moderne, ou par un conte dans une contrée où manifestement, il ne faut pas trop jouer avec les garçons, sous peine pour les cinq soeurs de se retrouver cloîtrée dans la cambrousse turque.

Doğa Zeynep Doğuşlu (la jeune Nur), Elit İşcan (Ece, la borderline), Tuğba Sunguroğlu (Selma, la bonne à marier), İlayda Akdoğan (Sonay, l’amoureuse aînée qui sait où elle veut aller) et surtout Güneş Nezihe Şensoy — Lale, la cadette qui dépote —, représentent cinq jeune beauté emmuraillée arrivant à l’âge où leur sexualité en cours d'éveil pose problème. Notons cependant qu’elle ne sont pas emburqanées, même si rapidement, pour contrôler leur sexualité qui point (OH OUI !!), on leur impose des « robes couleur de merde ». Au début, on nous fait croire que c’est la grand-mère (Nihal Koldaş) qui est la méchante ; mais en fait, elle couvre surtout pour son fils, l’oncle des orphelines (Ayberk Pekcan). Ça n’est pas si manichéen qu’il n’en paraît : il s’avère que les femmes certes perpétuent, mais ne sont pas si aveugles que cela. Et que parmi les hommes, bon nombre peuvent venir en aide aussi — et qu’ils ne sont pas mieux lotis côté mariage forcé…

Au final, c'est un fort bon film, et c'est surtout ça qui compte.

aventures à l’allemande

C’est mon prof d’allemand qui a attiré mon attention sur la pièce à l’affiche dans les stations de métro, mais que je n’avais pas pris dans mon abonnement du Théâtre de la Ville, « die Ehe der Maria Braun » (« Le mariage de Maria Braun » — ce qui traduit mal le « der »). Immédiatement, j’avais textoté Hinata-chan avec mes dates de dispo, parce que c’est surtout elle, la fanatique de Rainer Werner Fassbinder — et puis c’est une théâtreuse, aussi. Mais pas de bol, pas libre, alors j’ai demandé au p’tit rat, elle aussi germaniste théâtreuse — parce que la pièce, produite par Münchner Kammerspiele, et presentée par la Schaubühne Berlin, est recréée en allemand surtitré, avant de voyager en Avignon et à Venise. Et puis elle non plus n’a pas pu ; mais la première ayant réussi à se libérer, j’ai donc réserver pour la dernière, le vendredi soir. Et elle n’a pas du tout aimé…

Il faut dire que la mise en scène de Thomas Ostermeier, qui paraît-il est très inégal (une fois génial, une fois mauvais), n’aide pas à la compréhension : on s’y perd totalement, et ce n’est pas seulement par rapport au fait que Ursina Lardi est au final la seule femme du casting, et la seule a n’avoir qu’un seul rôle — celui de Maria, l’héroïne —, tandis que les autres — Thomas Bading, Robert Beyer, Moritz Gottwald et Sebastian Schwarz — cumulent des rôles d’hommes et de femme, souvent travestis pour aider un peu, mais sans trop de pause pour qu’on comprenne bien les changements. Et il est vrai que c’est là où le bât blesse : le rythme effréné ne permet pas de se poser, depuis le mariage mouvementé jusqu’aux retrouvailles avortées, le tout étalé sur une quinzaine d’années compressées, et comble du paradoxal, on s’ennuie quand même pas mal alors que la pièce dure moins de deux heures sans entracte…

Est-ce aussi un problème du texte du scénario de Peter Märthesheimer et Pea Fröhlich ? Des éléments de la scénographie de Nina Wetzel qui perturbent plus qu’ils n’éclairent ? (Les références aux nazis et au football par exemple — vidéo de Sébastien Dupouey, avec plusieurs systèmes de vidéoprojection, musique de Nils Ostendorf) Pourtant si les costumes de Ulrike Gutbrod et Nina Wetzel faisaient le boulot, et que la dramaturgie de Julia Lochte et Florian Borchmeyer, sans être remarquable, n’était pas mauvaise, le tout n’a pas donné quelque chose qui a pris. Sans avoir détesté, pour ma part — peut-être parce que je n’ai pas vu le film, peut-être parce que d’une manière générale je n’aime pas beaucoup le théâtre, donc j’ai moins d’attente —, c’était un peu décevant. Hinata-chan a soupçonné le public d’être un peu complaisant parce que c’est Ostermeier ; peut-être, et en même temps les rires un peu idiots du public m’ont rappelé ceux de la cinémathèque — et c’est un peu le même genre de public, je trouve, qu’on rencontre dans des endroits comme le TdV, parmi les théâtreux…

Allez savoir. Mais pour 30€ (avec réduc pour abonnement), ça faisait quand même cher…

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