humani nil a me alienum puto

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dimanche 10 février 2019

875ème semaine

Boulot boulot, rush usuel de début d’année, tout le monde a le feu chez soi après avoir rien branlé pendant les fêtes. Il n’y a pas d’urgence, seulement des imprévenants. Mais il faut courir avec eux, parce que l’argent n’attend pas. J’en ai raté un concert. Machine Linux HS (OS corrompu ?), après plus de 4 ans d’uptime. Il a fallu redémarrer. Sale état, pour ne pas avoir à tout réinstaller, douze bonnes heures de travail. Et j’ai laissé passer un Faust le dimanche soir, avec une superbe distribution, par Radio France. Je ne sais pas combien de fois cela était déjà arrivé, mais si ce n’était pas la première, c’est rarissime. Quelle misère…

spidermanimé

Enfin ! Je crois que j’étais à Kuala Lumpur, ou peut-être au Vietnam, quand « Spider-man: new generation » est sorti en Asie, en avance sur la France. La bande-annonce avait l’air fun, mais encore aucune critique sur Allociné. Et puis les deux cinés en Asie étaient pour tester les lits et les fauteuils vibrants. Autant amortir sa carte illimitée de retour. Retour dans le rush. Bref, heureusement que c’était annoncé excellent, car il me semble bien que c’était la 9ème semaine de diffusion.

Et effectivement, excellent c’est. Excellente narration, excellente animation, excellent scénario, et en bonus une spider-girl Gwen alternative (et un spider-cochon…). C’est drôle à souhait, bourré de clins d’oeil (jusqu’après le générique !), intelligent, et surtout extrêmement original, alors qu’on tourne sur un personnage passé et repassé. Vraiment du grand art par un trio de réalisateurs-scénaristes — Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman. Il aurait été bien dommage de rater ça !

mardi 5 février 2019

874ème semaine

J’avoue avoir complètement laissé passer cette semaine à une vitesse effroyable, parce que du boulot par dessus la tête. Outre une moitié à Londres, sur le salon éducatif le plus grand du monde, mais clairement en perte de vitesse. Stand français toujours semi-pitoyable, non qu’il soit affreux, mais parce qu’il a ce travers très national : oublier le marketing. Oublier de vendre, notre travers génétique.

Pourquoi diable aller dépenser 4000 balles (plus le transport, la présence, etc.) pour rencontrer… des Français en goguette qui ont traversé la Manche ? Et puis un grand absent : le nouveau boss du bordel français, à l’EN (et la n°2 parallèle, aussi). L’an passé, le précédent y était, mais maintenant, on en dit quelques racontards mais pas trop non plus. L’ancien ancien vient toujours, alors que ce n’est plus son ministère, et on ne sait pas trop à quoi ça sert, parce que comme toute la délégation (mais pas de Ministre, cette fois !), il reste essentiellement… devant le stand français (ce qui rend encore plus compliqué la progression). Quitte à faire dans l’apparat, les Égyptiens font dix fois plus grand (les EAU 20 fois plus). Je ne comprends pas le positionnement. Même certaines présentations étaient 100% en français (et plutôt moches : trop chargées, trop de texte, etc.). Les visiteurs passent, jettent un coup d’oeil interloqué, ne comprennent rien à cette masse de poteaux surpeuplés. Résultat naze. Mon partenaire principal, en revanche, avait un comptoir, des sièges agréables, de quoi manger, faisait même vestiaire gratuit pour ses clients proviseurs. Rien à voir, ça ne désemplissait pas. Alors qu’il vend 20 fois plus cher.

Il y a quelque chose qui m’échappe.

la révolution du bounty

Omar Sy incarne un acteur célèbre de comédie d’origine africaine de troisième génération — jusque là ça ne doit pas être trop compliqué à interpréter —, qui va (plutôt que retourne, car c’est sa première fois) au Sénégal, la terre-de-ses-ancêtres. Lui est plus curieux qu’autre chose. Yao, jeune garçon intrépide aux portes de l’adolescence, traverse la moitié du pays par ses propres moyens pour rencontrer son idole et lui faire dédicacer son autobiographie à moitié mangée par la chèvre du village, mais qu’il connaît par coeur.

Philippe Godeau a réussi a faire un vrai film sur l’Afrique subsaharienne. Ce n’est pas facile, pour un Européen. J’ai découvert l’Afrique il y a peu. Il paraît qu’on aime ou qu’on déteste. C’est sale, c’est le bordel, c’est du n’importe quoi en permanence, c’est lent, y’a des maladies immondes, les routes sont à moitié finies, certes. C’est corrompu, aussi, et de temps en temps, il y a un génocide ou quelque chose du genre (ils sont quand même très, très racistes, depuis longtemps). Mais étrangement, il y a une sorte d’humanité débridée extraordinaire. Je n’arrive pas à l’expliquer. Il y a des pays où les gens sont généralement d’une gentillesse extraordinaire — le Québec, la Malaisie ou le Vietnam. Mais personnellement, en Côte d’Ivoire, j’ai vu des choses que je n’ai vu nulle part ailleurs. Des comportements où j’ai envie de voir et revoir ces gens, juste par passion et amour — ce qui n’est pas peu dire pour moi, qui suis plutôt misanthrope de base. Malgré tous leurs défauts — et il y en a une liste extraordinaire, il n’y a qu’à voir l’état du machin dans lequel ils vivent…

« Yao » c’est un road movie d’un gars qui est noir, physiquement, mais qui a la culture d’un blanc. Il est pressé et stressé comme un blanc. Il a la culture du résultat et du confort comme un blanc. Il n’a pas cette nonchalance et cette sorte d’hédonisme décomplexé qu’on peut trouver là-bas, où la relation humaine prime (même avec une machette ou une kalash — cf la scène où une femme repousse Yao en le traitant de voyou simplement parce qu’il vient d’un village éloigné, ou celle où dans le marché où un voleur se fait tabasser par la foule). Ce film est l’un des très, très rare à montrer l’Afrique comme elle est, et en plus à travers ce prisme de quelqu’un qui pouvait se croire « physiquement » du lieu mais qui en fait n’y était pas du tout (un entrepreneur noir, une fois, m’a raconté toutes ses nombreuses mésaventure qui l’on mené à la ruine, parce qu’il avait par exemple complètement négligé un gardien du port où il faisait livrer, et que ce dernier lui avait bien fait payer par revanche… Il s’était encore plus fait avoir que s’il avait été blanc : il aurait alors plus fait attention à ces détails !).

Je ne sais pas si la critique peut percevoir tout cela, mais il ne m’étonnerait pas qu’elle passe à côté et s’arrête aux bons sentiments et aux clichés (qui ne le sont pas forcément : la voiture avec « merci maman » sur le coffre, c’est un grand classique ! Et oui, on trouve encore du Vaudou mélangé à du catholicisme un peu partout…). C’est un « bol d’humanité »®.

Bach fleuve

Comme toujours, je préfère les variations Goldberg au clavecin, parce que vieux con inside. Mais avec l’âge, au contraire, et la diffusion dans tous les mangas/films nippons de la version de Gould, je commence presque à y prendre goût. Sans compter la présence de Pierre-Laurent Aimard — que j’ai toujours beaucoup aimé. Mais je ne pense pas que j’avais retenu initialement cette date, et que je l’ai ajouté par opportunité d’accompagnatrice — qui elle-même étant aussi une vieille conne à sa façon ne connaissait point PLA, dont la spécialité est plutôt Messiaen.

PLA a choisi de tout enchaîner, dans un torrent de notes musicales — pendant 1h20. Parfois, il y en a peut-être trop (et vraiment trop pour des oreilles gouldiennes qui ne peuvent pas processer ce débit, digne d’un grand orchestre en terme de richesse). Mais s’il y a un Bach fleuve, autant se laisser porter !

lundi 28 janvier 2019

873ème semaine

Angoulême calling ? London calling ! Un peu de civilisation, dans un pays où l’on achève les travaux, où l’on ne se prend pas la tête, où l’on sait faire du business. Mais qui a un peu perdu les pédales aussi, et même si ça ne se sent pas — et beaucoup qu’en France où le bordel prend la forme d’une violence folklorique qui effare nos amis internationaux —, il n’empêche que le nombre de sans-abris a totalement explosé. On se croirait dans Paris d’il y a 15 ans (alors que jusqu’à présent, il était rare d’en croiser un seul). Cela se tend-il donc partout ? Temps troubles…

Assayas abymé

Le dernier Olivier Assayas n’a pas beaucoup emballé la critique, ou pour être plus exact : l’a totalement clivé. C’est qu’avec « Doubles vies », qui prend pour milieu l’édition (un peu la politique en satellite) et se concentre sur quelques personnages CSP+ bobo purs parisiens cultureux, dont l’un est écrivain qui raconte sa propre vie à peine maquillée (Assayas est-il en train de faire de même ?) tandis qu’on glose beaucoup sur les blogs qui glosent (et dont Assayas fait un film qui glose sur ces glosateurs), on est entre le Rohmer-like (indice de présence Pascal Gregory) et le miroir hyper parisien, qui donc ne plaît jamais trop.

Exemple : l’un des thèmes du film est le passage au numérique, et l’on retrouve l’exact clivage parmi les cultureux entre les conservateurs (nombreux) vs les néo-numériques (souvent béats), avec au milieu les quelques rares qui veulent y comprendre quelque chose pour ne pas se faire totalement bouffer. C’est quasi-documentaire. La souris a failli craquer parce que (je cite à peu près) c’est exactement ce qu’elle a entendu en permanence, comme discours. Moralité : c’est tellement bien rendu que ça en devient insupportable. On admire ou on déteste, en somme.

Évidemment, les doubles vies parisiennes parlent aussi de polygamie, parce que s’il y a bien quelque chose du cru, c’est cela. D’ailleurs, ce n’est pas de l’hypocrisie mais de la vie normale de couple, nous dit Juliette Binoche, actrice célèbre, qui suspecte son mari éditeur Guillaume Canet d’avoir une maîtresse (pas encore, mais ça arrive : la belle et numérique Christa Théret — qui n’a jamais froid), tandis qu’en réalité, elle-même vie une aventure secrète avec Vincent Macaigne (qui n’est autre que le fameux auteur auto-biographique édité par le mari), ce dont se doute bien Nora Hamzawi, sa compagne assistante parlementaire, mais sans forcément mettre le bon nom dessus. Perdus dans le narcissisme. L’avant-dernière scène, fort ironique, finit de révéler le regard amoureusement moqueur du cinéaste.

Un film dual, finalement, si ce n’est dialectique.

lundi 21 janvier 2019

amour introvertie

La toute jeune Erika Karata, 21 ans, belle comme le jour, n’a pas dû beaucoup se forcer pour incarner l’introvertie de service qu’est Asako. Ryusuke Hamaguchi, adepte du saucissonnage, qui avait déjà découpé son Senses en 5 épisodes de trois films, nomme donc celui-ci : Asako I&II. On ne sait pas même quand termine la partie I et commence la II, mais c’est peut-être lorsque Asako perd son grand premier amour de jeunesse et rencontre le second, quelques années plus tard, sous exactement les mêmes traits — du bel Masahiro Higashide (qui a donc survécu à l’Invasion de Kurosawa).

Une hyper introvertie dans la tourmente des sentiments, polyamoureuse du même physique malgré elle, tiraillée avec ce passé non soldé qui réapparaît (évidemment), c’est très joli, c’est Nippon, c’est à voir.

872ème semaine

Évitez la moto au Maroc. Vraiment. Cette semaine, j’ai appris la disparition tragique de l’ami Bruno Varnryb, un type absolument formidable, qui avec son énergie folle n’aurait dû disparaître que vers 2060. Choc. On a beau être extraordinaire, homme ou femme de qualité, futé, affuté, entreprenant, successful, humble, humaniste, ce que l’on veut, la fragilité intrinsèque de notre pauvre enveloppe corporelle reste la même. Je me sentais naturellement proche de lui, même si l’on ne s’était rencontré physiquement que quelques (dizaines) de fois ; notamment parce qu’il avait commencé comme ingénieur du son, un métier que j’aurais aussi voulu faire (plan B après ingénieur électrotechnique — et finalement j’ai fait de l’informatique, comme lui).

Momento mori dont on n’a plus trop l’habitude avec nos problèmes de riches, mais qui n’en reste pas moins vrai. Il est parti comme un rockeur, c’est la seule maigre consolation.

cas sociales

« Les invisibles » est un film qui fait dans le social. Mais Louis-Julien Petit est vraiment très fort. Parce que la tentation est grande, dans ce genre de cas, de soit donner dans le pathos, soit dans le militantisme humaniste — et d’ailleurs, si le film a été applaudi, je pense que c’est essentiellement… par les militantistes bobos ! Au contraire, avec sa petite équipe de comédienne professionnelles (Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky) et ses amatrices venues de la rue interprétant quasi-autobiographiquement, il montre toute la complexité des « exclues », non sans humour, ce qui là aussi n’était pas forcément aisé.

Car ce sont bien des « cas sociaux » qu’on est amené à voir. Elles ont connu des « accidents de la vie », comme on dit, mais on sent qu’elles n’ont pas inventé le fil à couper le beurre, qu’elles ont un vrai problème de vie en société, et notamment de relation rationnelle à autrui — ça part très rapidement en violence verbale ou physique, ça rechigne à tout, il faut sans cesse leur courir après et les suivre comme des enfants et non des adultes responsables. Certes il y a de l’espoir, mais quelle bataille insensée, pour un maigre taux de réussite… Le film arrive à ne pas verser dans le manichéisme mais à montrer une vérité crue — à tel point que cela peut de nouveau faire surgir les questions de la pertinence documentaire qui reste une fiction. On y montre tout, même le désespoir ressenti par les travailleuses sociales, plus à cause de leurs protégées que contre l’administration elle-même (qui après tout propose des choses fort sérieuse, mais ne sait pas correctement les promouvoir, avec la violence étatique classique).

Il n’en reste pas moins quelques personnages formidables pour le bol-d’humanité du bobo vivant dans 10k€/m2. Un film fort bien joué.

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