humani nil a me alienum puto

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mardi 18 juillet 2017

794ème semaine

« Molto intuitive » qu’ont dit les Italiens par Skype, découvrant le fruit de mon travail acharné, pendant que je gérais en parallèle les Ivoiriens. Mais la malédiction du travail bien fait, c’est qu’il appelle à la persévérance. Il paraît qu’au bout du tunnel, il y a le bout. Un truc comme ça. J’espère qu’on ne m’a pas menti !

biblio de jour de nuit

« La bibliothèque, la nuit » à la BNF, sous-titrée « Bibliothèques mythiques en réalité virtuelle », est une singulière expo qu’il faut réserver en avance. J’y étais invité, un lundi (normalement fermé), ce qui a évité de débourser une dizaine d’euros. Dans tous les cas, ça se passe de jour. Il y a d’abord un cabinet des curiosités des plus intéressant mais assez court, qui nous apprend que tout part d’une idée d’Alberto Manguel, avec le concours de Robert Lepage qu’on conçoit très rapidement une fois que l’attente post-apéritif donne accès à une étrange pièce, bibliothèque personnelle mystérieuse, bientôt plongée dans le noir, et s’allumant à divers endroit pour attirer les quelques visiteurs le long du discours. Immersion dans la maison de poupée bibliophile. Une fois vécu ces deux passages, on est fin prêt pour la troisième pièce. Cette fois, il faut compter presqu’une heure, gros casque sur la tête — ça fait mal aux sourcils et ça écrase le nez des petites têtes comme la mienne. On visite une dizaine de bibliothèques dans le monde, en tournicotant sur une chaise roulante. C’est bluffant. L’absence de fil permet plus de choses que je n’avais déjà pu faire avec une Oculus Rift. On se promène le long des textes, en n’oubliant pas de regarder partout, dans des bâtiments animés, à Sarajevo, Paris, Washington, Mexico, mais aussi des moins connues en Autriche ou Japon ; partout où le livre jouit d’un cadre exceptionnel, par l’esthétique, l’histoire, la symbolique, la grandeur. Des lieux remarquables pour une expo remarquables, qui sort définitivement des sentiers battus, et nous montre aussi que la VR a des applications que l’on commence à peine à découvrir.

dimanche 9 juillet 2017

793ème semaine

Semaine formation : d’abord, c’était moi le pioupiou (EMBA) ; enfin, c’était des clients les pioupious (3 ans après une affaire qui devaient avoir lieu mais finalement pas !) ; et au milieu, pour une improbable après-midi chez une responsable de spécialisation (à l’autre bout du monde) où j’étais le seul prof présent, un barbeuc avec mes anciens pioupious. Eh bien j’étais fort content d’avoir traversé l’Île-de-France pour revoir une partie de ces trois promos, cette petite trentaine de néo-collègues de ma progéniture intellectuelle qui ne me rendent pas peu fier…

VV,V,JR

« Visages, villages » sera probablement le dernier OVNI d’Agnès Varda. Car au-delà de l’improbable quoique logique rencontre avec le bien plus jeune JR, le colleur fou de portraits jusqu’au Panthéon, sur l’idée d’une tournée française de villages et de collage un peu partout de visages, sous forme de documentaire sympathique, un peu mis en scène de manière loufoque et touchante, financé par des internautes sur KissKissBankBank et quelques amis artistes, mode caméra amateur, c’est aussi dernière tranche de vie, le temps qui passe, qui abîme les yeux, qui lasse, qui dissout les amitiés (Godard passera définitivement pour un vieux con, par sa fuite…). 1h30 poétiques et drôles, qui terminent avec ce petit goût mélancolique qu’on ressentait un peu tout le long. Un bien joli voyage.

Hollandais virevoltants

La dernière soirée de la saison, du moins de l’abonnement (il peut toujours y avoir du rab, sait-on jamais), aura été son paroxysme. Il faut dire que le NDT aide toujours pour avoir une soirée de danse de qualité. Avec le concours d’une triplette de chorégraphes exceptionnels, on obtient une extraordinaire soirée à Chaillot.

Le premier Sol Leon/Paul Lightfoot, ancien couple de danseurs de la compagnie, a monté « Safe as Houses » sur un patchwork de Bach et avec l’idée fort originale d’une grande porte blanche qui tourne, divisant toute la scène, ne laissant qu’une maigre blanche noire devant pour en réchapper. Les danseurs apparaissent par magie (ou plus simplement et visuellement par les côtés), et l’astuce (de passer sous le rideau mural du fond) marche tellement que l’effet de surprise est total pendant un bon bout des 33 minutes. La scène blanche (avec du noir qui dégouline en hauteur), devenant entièrement noir à la toute fin, sert de fond pour trois danseurs noirs et les autres blancs (dont un noir), qui jouent donc avec le mur tournoyant, plus ou moins vite, avec une grammaire chorégraphique qui achève de rendre le tout génial.

À l’entracte, on se dit que ça va être compliqué d’enchaîner ; mais que Crystal Pite ne peut pas être le plus mauvais choix. « In the event » commence avec une sorte de situation d’accident, avec massage cardiaque d’une danseuse-victime, le groupe de danseurs derrière, en mouvements saccadés. Le stop motion est le thème des 23 minutes de chorégraphies à l’effet sculptural, aux jeux de lumière bluffants, surtout avec les séquences de foudre qui fendent l’ensemble fort noir, qui finit par boucler mais avec le seul protagoniste sauveteur, effectuant son massage cardiaque dans le vide, alors que la musique d’Owen Belton (interprétation Jan Schouten) s’achève. Impressionnant.

Après une dernière pause servant essentiellement à tenter d’aérer vaguement une salle plus que surchauffée, « Stop-Motion », à nouveau de Leon/Lightfoot (forcément présents aux saluts et copieusement applaudis), à nouveau 34 minutes, mais cette fois une ambiance radicalement différente : scène très noire, et en suspension côté cour, une projection de demoiselle gothique en grisaille effet 3D, généralement zoomée, qui finit par trouver un écho sur scène avec la même tenue en dentelle et très longue traîne. Danseurs complètement dingues, avec notamment un pas de deux incroyable, puis une séquence un peu étrange où les danseurs tirent un long tissu blanc en avant puis en arrière, recouvrant puis découvrant la scène. En réalité, ils ont laissé du sable (ce qui fait comprendre la projection du dessus, où il tombe comme dans un sablier), et le premier a s’y coller est notre ami le danseur à peau noire, toujours fantastique, surtout quand il se roule dedans : effet garanti, et alors que la musique de Max Richter soutient la note, une succession de frissons survient dans une salle surchauffée. Fantastique, vraiment.

Il faut parler un peu de la playlist, justement : Ocean House Mirror, Powder Pills Truth, He is here, Everything is burning, November, Monologue, A lover’s complaint, On the Shore, End title, Sorrow Atoms, How to die in Oregon. Ça joue beaucoup dans l’affaire ; mais l’art est aussi d’y correspondre, dans cette succession de pièces musicales diverses, alors que les pas de deux et de trois se font dans poudreuse, jusqu’à ce que la projection prenne toute la longueur du fond de scène, qu’un aigle passe, que la scène soit totalement dénudée de ses rideaux noirs, et qu’on regrette que tout cela se finisse.

Exceptionnellement génial. Et des danseurs tous épousables.

lundi 3 juillet 2017

792ème semaine

Encore une semaine tellement densément remplie que ça manque d’activités annexes…

mardi 27 juin 2017

791ème semaine

Les dej d’amis-biz reprennent mais ce n’est qu’une bulle suspendue avant de nouveau le rush — bientôt aussi une nouvelle éclaircie. Idéal pour bosser !…

vieux jeunes en quatre

Ce qui est bien avec l’apprentissage, c’est qu’on reste jeune longtemps. Même dans la grosse trentaine, on peut donc être jeune chorégraphe — mais vieux danseur. Il y a eu une académie chorégraphique, dans un bordel politico-administratif dont la France a le secret, et l’opéra de Paris le parfait miroir. Bref, sous la houlette de Millepied (plus ou moins), quatre danseurs ont pu passer de l’autre côté du miroir (ou de la barre) deux années durant, dans un cursus plus ou moins ficelé qui a été débriefé lors d’une rencontre AROP le mercredi suivant. Dans l’absolu, si la souris ne m’avait pas averti de la chose, en plein vendredi après-midi, je serais certainement passé à côté. Alors que c’était enfin une véritable soirée de danse, la meilleure de la saison, et de loin. Quatre représentations seulement ; à un moment on a hésité à passer notre tour, car les places étaient chères, et même avec un tarif réduit, on ne pouvait avoir que du 3e balcon de Garnier. Mais de face et premier rang : ça a emporté l’adhésion.

Avec la première pièce, « Renaissance », je n’étais trop point encore emballé. Sébastien Bertaud, devenu fort attaché à William Forsythe durant son stage, est à présent aussi redevable de Balmain (et de l’entremise de Jean-Yves Kaced) mais ses goûts personnels (avec sa superbe veste en laine noire aspect soyeux, à col châle, sur-cintrée d’une ceinture nouée) me paraissent plus sûr que les costumes moches et clinquants dont il a hérité. Faisant se mouvoir des groupes en léger canon, sur une scène augmentée du petit foyer pas vraiment exploité, je n’étais trop point exalté malgré l’interprétation d’un concerto pour violon n°2 de Mendelssohn par Hilary Hahn, enregistré et probablement un peu trop convenu, jusqu’à une fort bonne suite de pas de deux, franchement brillants, qui ont redonné un intérêt certain. Amandine Albisson, Dorothée Gilbert et Hannah O’Neill (miam) sens dessus dessous, Hugo Marchand, Audric Bezard et Pablo Legasa en face — c’est vrai qu’on a de beaux danseurs, quand même…

Mais ce n’était là qu’apéritif pour une claque totale. « The little match girl passion » s’est retrouvée en deuxième position par un hasard orienté : il fallait prévoir un entracte à cause des problèmes techniques engendrés, essentiellement la pluie à nettoyer, et l’usage de fillettes imposait de pas trop tarder sur l’horaire. Tout simplement. Un peu comme les costumes, magnifiques soutanes : faute de budget, et à l’occasion d’une vente de costumes organisée par l’opéra (pendant que nous étions au Japon), Simon Valastro a pu préempter des restes d’une mise en scène de Carsen, qui pour sa part avait eu un budget généreux. Et de toute façon, il n’avait guère le choix des corpulences des chanteurs engagés un peu au dernier moment à l’académie lyrique à laquelle est adossée celle de la danse : les contraintes de Garnier réduisent à 85cm de large les trappes, pour faire monter une table-autel — îlot central sur lequel danser —, comme pour y faire tomber un protagoniste (en basculant tête en avant…). Ajoutons qu’il est tombé il y a plusieurs années sur cette oeuvre éponyme de David Lang au hasard d’une exploration musicale, et on a là un croisement aléatoire qui ne doit qu’au talent insoupçonné de notre danseur semi-reconverti en chorégraphe pour nous offrir quelque chose qu’on n’avait pas dû ressentir depuis au moins deux ans (certains rappellent Crystal Pite, pas improbable), mais sans l’usage de subterfuge tel des violons baroques, du Philip Glass ou du Vivaldi : quatre chanteurs a cappella, en anglais surtitré, assistés de quelques percussions (dans l’oeuvre originale, les danseurs assurent toute la musique, mais ils ne participent alors pas à une chorégraphie), dans une atmosphère très noire, peuplée de grandes ombres inquiétantes (l’une qui a de la fumée qui lui sort du dos !), racontant l’histoire d’une petite fille (accompagnée au début par sa grand-mère !) dont on se doute que ça ne terminera pas forcément bien. Eleonora Abbagnato, ahurissante. Marie-Agnès Gillot (où ça ?), Alessio Carbone, d’autres intervenants occasionnels encore (dont Éléonore Guérineau et Silvia Saint-Martin). Fabuleux, totalement fabuleux. On l’a fait savoir à notre héros, à la soirée Arop, et il a suggéré d’écrire à la direction pour faire rentrer l’oeuvre au répertoire. On veut !

L’entracte a à peine suffit à s’en remettre. On avait encore la musique dans les oreilles… « Undoing world » ne s’enchaînait pas trop mal, avec des musiques live (création de Nicolas Worms, adaptation de The Klezmatics, puis An Undoing World de Nicolas Worm encore) et enregistrées (de nouveau The Klezmatics, Doyna), mais aussi des extraits d’un Gilles Deleuze sur la fin, extrait d’un cours « Spinoza : immortalité et éternité ». Bruno Bouché (accompagné d’Agathe Poupeney à la scénographie !) a fait quelque chose d’original, fort bon dans l’ensemble, évitant quelques poncifs de justesse, pour en tirer une oeuvre pensée et construite, autour de la mort, avec une descente des couvertures de survie (et non des ombres, ce qui lui a manifestement valu quelques critiques acerbes de gens très étriqués), avec d’excellents jeux de miroir et transparence (bluffant, même !), des costumes ocres, le tout disions-nous ponctués de morceaux radiophoniques, mais aussi de piano et chanteur sur scène. Une extraordinaire Marion Barbeau (suspendue tête en bas par Aurélien Houette pendant un temps infini à bout de bras !), dont la relation avec Bruno Bouché a été qualifiée de « libre association » (j’en rêve aussi, pardi !) et plein de nouvelles danseuses mignonnes qu’il serait fort bien d’identifier.

Et puis la dernière pièce, celle de Nicolas Paul, qui s’était déjà essayé à la chorégraphie (j’ai confondu le titre — Répliques —, mais il faut dire que comme la sublime Laura Cappelle a rappelé que c’était en 2009, j’en étais encore plus ému). Excellent choix de musique (aussi enregistrées, parce que pas de budget — mais une billetterie normale…), avec du Josquin Desprez, un ensemble de motets grégoriens du XVe-XVIe siècle. Les danseurs sont en civil, sortent de la fosse vers la scène en flux/reflux. En fond de scène, un grand écran montre les mêmes danseurs plus ou moins zoomés, dans des positions différentes, comme… des répliques. Et dans l’ensemble, c’est très bon ! Valentine Colassante, Caroline Bance, Isa Vilkinkoski, Roxane Stojanov, Lucie Fenwick, Caroline Osmont ; Stéphane Bullion, Josua Hoffalt, Vincent Chaillet, Mathieu Contat, Yvon Demol, Alexandre Gasse, Antonin Monié. Comme les trois autres pièces, une demie-heure.

Les expériences chorégraphiques de ces quatre (pas si) apprentis sont une réussite plus qu’encourageante, un espoir de renouveau salvateur. On a senti un regret partagé pour cette académie chorégraphique qui renaîtra peut-être un jour (apparemment c’est la chasse au tire-aux-flancs de l’opéra par la nouvelle direction, et la méthode fait peu dans le détail…). L’ironie veut que tout cela était meilleur que du Millepied. Excellente soirée, en tout cas !

W969

Le vénérable W., c’est l’histoire universelle de la haine à travers un cas particulier qui nous semble encore plus absurde qu’il est loin de notre Occident et connoté de la bonté bouddhiste d’Épinal. Troisième et dernier épisode du cycle sur le mal de Barbet Schroeder (je n’ai fait que le documentaire sur Vergès en 2007, auparavant, mais je l’ai aussi en DVD —le 1er film étant en 1974 sur Idi Amin Dada), on y voit comment la pensée intellectuelle mais aussi religieuse peut se fourvoyer dans le racisme le plus abscons, grâce à tout un faisceau de subtilités auto-justificatrices de vertu que l’on retrouve par exemple chez nos actuels islamophobes allemands, américains ou français — et avant cela chez les Nazis, etc.

969, tel est le mouvement cosmogonique anté-musulman birman. Ils ne représentent qu’un pouillème d’habitants dans le pays, les Rohingyas, mais vivent plutôt regroupés ; on les distingue assez peu, physiquement, des bouddhistes réguliers, mais tous les fantasmes leur sont imputés, rebondissant sur quelques faits divers plus ou moins avérés, montés en épingle, médiatisés (y compris par des talents de cinéastes très locaux…), bref, comme à la maison, sauf que là bas, ça se termine par du pogrom, des incendies, des émeutes. Une vingtaine d’années et plusieurs essais, sous couvert de remettre de l’ordre, ont mis le feu aux poudres.

La situation politique était déjà bien complexe, celle d’un pays militairement gouverné mais où Aung San Suu Kyi a finalement permis une bulle d’espoir, renversant une situation où de manière contradictoire l’ordre public n’était pas négociable (d’où une incarcération de W), pour se retrouver vers un bordel à ciel ouvert où elle finit par interdire aux Musulmans de se présenter au législatives. Libéré à l’occasion d’une amnistie générale, notre véhément moine Ashin Wirathu, qui prêche la haine de manière raisonné, a appris de ses échecs, policé son langage qui n’en devient que plus incisif, monté un vrai parti organisé Ma Ba Tha, bref amélioré sa mécanique (d’INFJ ?) à un point de dangerosité extrême — on a de la chance qu’il reste un moine bouddhiste isolé d’un pays à la con, il serait allemand qu’il nous mettrait le monde à feu et à sang.

Bulle Ogier nous rappelle en storytelling de « petite voix bouddhiste » d’où l’on partait, d’un message universel d’amour et de paix où il ne faut pas toucher à une mouche. Le vertige prend : même avec des fondamentaux pareil, l’humain peut tomber dans la sauvagerie la plus basique, partout, dans le moindre interstice. Mécanique des fluides du mal.

lundi 19 juin 2017

790ème semaine

Il paraît que je suis assertif, à peine un peu moins agressif et encore un tout petit peu moins manipulatoire — mais guère passif, en revanche. Bon, pour la peine, ça ne m’a pas avancé forcément à grand chose, le MBTI était plus éclairant. Alors entre deux élections pour le changement messianique en marche, dans un pays en panne, la vie entrepreneuriale à haute dose continue, avec un ROI toujours aussi incertainement lointain. Ce qui est certain, en revanche, c’est que ce n’est pas avec de bons sentiments que ça tourne — mais ma prof d’épanouissement dans l’amour du prochain (toujours s’en méfier…) ne serait apparemment pas trop d’accord.

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