humani nil a me alienum puto

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mardi 16 décembre 2014

558ème semaine

Avec le monstrueux retard accumulé sur les billets à rédiger, j’ai volontairement zappé le concours de promotion des femmes au ballet de l’opéra de Paris, et plus exactement l’après-midi, pour lequel un billet m’a été trouvé — ainsi qu’un beau replacement en deuxième rang de troisième balcon. Il y avait Maria Kochetkova dans le jury, c’était drôle. Et puis Benj, qui aurait apparemment bien voulu faire sauter cette ode au mauvais management à la française (où l’on croit encore que l’élitisme rend meilleur, deux-cents ans de désillusions après Saint-Simon…), mais qui a dû faire face à la vox populi qui clamait son amour du censeur (comme quoi, Mathilde a eu raison de fuir). Il y avait aussi le directeur de l’ONP himself, et ça fait plaisir de voir qu’il s’implique — après le fantôme précédent… Mais pour ne pas trop changer, la chose était encore plus arrangée qu’un match de catch. Pourquoi pas, après tout : en vidant ostensiblement de sa substance cet avatar du passé inefficace et contre-productif (les danseurs privilégiant l’exercice annuel, qui concentre trop d’énergie, au reste des représentations pour les spectateurs : les effets néfastes des bureaucraties devenues égocentriques et oubliant le client, en somme), on en aura peut-être bientôt la peau. Et l’on pourra folkloriser tout ça en gala comparatif avec des notes du public comme à l’école des fans — au moins, le public balletomane arrêterait de râler de voir ses avis ignorés.

Le changement pensé, ce doit être progressif et lent. Sinon même les râleurs ne s’y retrouveraient plus : les traditions, même les plus absurdes (surtout ?), ont la vie longue et la dent dure…

piano mouton

Au TCE, Evgeny Kissin est encore venu faire des miracles. D’abord, avec un bon vieux Beethoven et la Sonate n° 21 « Waldstein » : l’une des mes toutes premières découvertes, que je n’avais entendu depuis une éternité, mais que je connais par coeur tout de même. Pour continuer dans le formidable, un Prokofiev, Sonate n° 4. Et après l’entracte, un défilé de Chopin : Nocturnes op. 9 n° 1, op. 9 n° 3, op. 48 n° 1 ; Mazurkas op. 6 n° 1, op. 6 n° 2, op. 6 n° 3, op. 7 n° 2, op. 7 n° 3, op. 41 n° 1. Quoi de mieux alors qu’un Liszt, la Marche de Rakoczy évidemment, pour terminer tout cela en beauté ?

Quelques bis (trois, de mémoire, ce serait bien de les référencer quelque part, comme avant…), et on quitte le génie mouton Russe, déjà à regret.

au Turner

Mike Leigh raconte pendant 2h30 la vie de « Mr Turner », le peintre célébrissime en Angleterre, moins ailleurs (sauf à l’occasion d’une rétrospective au Grand Palais, par exemple…) : c’est que ses oeuvres sont très concentrées à Londres. Turner, c’est l’ocre. Tiré jusqu’à un point que ça a fini quasiment en art abstrait — mais le film nous révèle donc qu’il ne perdait alors pas la vue.

Timothy Spall (Queudver, chez Potter) incarne le génie bedonnant et grogneur. 50 shades of grognements, pourrait-on même dire. Il arrive un moment où le public en rit même (ce qui le décontracte un peu l’atmosphère odorante et tendue après une douzaine de sonneries intempestives de téléphones). Turner était reconnu de ses pairs, apprécié, mais aussi revêche et incontrôlable. On suit toute une époque, à travers lui — on croise d’autres peintres, comme Constable, qu’il défit en défigurant une de ses toiles d’un coup de pinceau rouge, alors que l’autre s’échine à en faire quelque chose de son côté. Tout cela est parfaitement anglais, avec ce mélange étrange de distinction et de porcherie décadente.

Un peu long, mais inattendu. Une fresque vivante, où ça grogne beaucoup.

rare donc cher

L’expo de la BNF "l'éloge de la rareté" est un inventaire à la Prévert des objets rares, parce que vieux, quasi-disparus, pièce (quasi) unique, très ancienne ou franchement récente (donc probablement de l’ordre du nawak). C'est une sélection dans le fond de la bibliothèque, arrangé de manière plus ou moins arbitraire par le commissaire.

Des couvertures en cuir originales, un traité de médecine hyper-célèbre dont il ne reste pourtant presque plus aucun exemplaire, un philosophe évaporé de l’histoire (de La Mettrie, dans la veine Lumières-extrémiste — on regrettera plutôt que ses camarades tout aussi éclairés n’aient pas subi le même sort), une affiche de la comtesse du Barry (presque 50 ans et oubliée dans son château, mais se faisant moins discrète en promettant récompense pour retrouver sa longue liste de bijoux volés indécente en pleine Révolution). Il y a de tout, même une planche peinte à la main originale d’Asterix. Un patchwork intéressant où il faut chiner. Avec un guide (gratuit, pour la journée de portes ouvertes), c’était encore mieux.

En fin de journée, Fabrice Lucchini lisait de la poésie choisie par ses soins, dans une salle blindée ayant dû patienter pour cause de taxi malaimable avec les chiens miniatures japonais (Shiba) : l'alibi rêvée pour le trublion lecteur de laisser libre cours à sa misanthropie, dont le public fut victime collatérale, introduisant par prétexte son auteur fétiche Céline, mais devenant victime de sa propre farce lorsque le public demanda, pour combler la demie-heure gratuite dans l'auditorium de la BNF (à laquelle on accède par un passage en hauteur hallucinant), un extrait du misanthrope. Le tout de tête, le livre servant de support décoratif. Un show d'intellectuel surjouant pour un public forcément déjà conquis.

dans la vague

Ce n’est pas la première exposition Hokusai qui ait eu lieu à Paris ces dernières années. Mais la rétrospective du Grand Palais, par l’entrée de côté, attire bien du monde depuis quelques mois, notamment après la période de roulement des oeuvres exposées, pour raison de conservation. Il faut dire que s’il fait noir, froid, et qu’il faut se pencher souvent, les estampes présentées sont dans un tel état exceptionnel pour leur âge plus que bicentenaire, que l’on se plie bien à ces exigences.

L’exposition a un ordre évident : chronologique, suivant les changements de noms et les phases du maître, depuis sa jeunesse d’apprenti jusqu’à ses 89 ans — il avait prévu vivre jusqu’à 110 ans pour achever la totale maîtrise. Un défilé de carpes (« noires comme celles du Japon de la fin du XVIIIème siècle », nous précise une fois le cartouche…), de personnages animés, de dragons, de paysages splendides dont l’inspiration chinoise saute assez souvent aux yeux (les Chinois ne semblent pas très avares sur la paternité de l’oeuvre japonaise, tandis que la leur n’a pas connu le même succès…).

Mon accompagnatrice Hinata-chan me fit la même remarque que la souris : « c’est beau, mais je n’y comprends rien ! » Il est vrai que sans plus connaître précisément de la technique nipponne, mon exposition personnelle quoiqu’indirecte (puisque n’y ayant jamais mis les pieds, à mon grand damn), je n’en ai pas ressenti le manque ; mais pour le total néophyte, qui ne parcourt jamais Guinée ou l’A&V museum, le dépaysement doit être certain… Nombre d’oeuvres y figurent pourtant au catalogue, comme les 36 vues du Mont Fuji (là encore partiellement présentées), dont la fameuse Vague, ici présente en exemplaire unique (j’en ai déjà vu bien plus… Ne serait-ce qu’au British Museum, dernier étage dans le coin).

Dire que certains kakemono, rouleaux dans des états de conservation parfaits, sont issus de collections privées ! Moi aussi, je veux un dragon dans mon salon, pardi. Quel plaisir de voir rassemblés autant de petits livrets de la série Manga ! Voilà un héritage historique décisif. Une très bonne exposition, attirant un monde fou, avec un ensemble d'oeuvres très complet et plus rare d'Hokusai (mais toujours une absence de « la femme du pêcheur »).

mardi 9 décembre 2014

557ème semaine

Encore une semaine très agitée et remplie à ras-bord, qui me met très en retard. Mais mercredi dernier (le billet hebdomadaire est censé être publié le mercredi...), c’était aussi 31 ans. « Ah quand même ! »

que Dieu vienne en aide aux filles

Stuart Murdoch est vraiment malin : avec sa bande-annonce de « God help the girl », il nous promettait un film léger à base de clip pop sur une musique irrésistible. Et non seulement ladite musique n’y figurait finalement plus, mais voilà que le sujet mêlait tout autre chose de plus grave — et adolescent —, sur des clips certes, mais en forme de comédie musicale. Il y a un goût de revival des années 70, à Glasgow, entre trois jeunes gens à l’orée de leurs vies d’adultes — Emily Browning, Hannah Murray et Olly Alexander.

Jolies images, très jolies musiques, jolie histoire, se traîne parfois un peu, doucereusement mélancolique, des personnages irrésistibles et pertinemment brossés, un premier film réussi.

vers l’infini et l’au-delà

« Interstellar » a souvent un goût de 2001, mais avec cette couche psychologique de Christopher Nolan, même si l’histoire de 2h49 (oui quand même !) peut sembler assez prévisible (au fur et à mesure de la progression) pour tout fanatique de Star Gate qui se respecte (plutôt SG Universe, d’ailleurs). Pourtant, le projet date de 2006, et Nolan l’a intégralement récupéré plus tard. Dans le rôle principal de l’explorateur sacrificiel ayant la responsabilité de trouver un monde nouveau, Matthew McConaughey assure une prestation absolument crédible, sans tête de jeune premier. Anne Hathaway préside aussi au repeuplement de la Terre, rôle tantôt échu à Emma Watson au début de l’année dans un navet cataclysmique, et nous en sommes fort aise. On trouve de la vielle légende — Michael Caine —, de la rousse formidable — Jessica Chastain —, une jeune fille dont la beauté est à se damner — Mackenzie Foy, appeau à pédophile mais bientôt légale —, et même des seconds rôles de premier choix — Casey Affleck, Matt Damon.

Habitué des pirouettes depuis Inception (qui lui aussi allait puiser dans du connu — du eXistenz ou du Matrix), Nolan arrive à reboucler sur lui-même et à justifier ses paradoxes temporels comme il peut (en vrai, ça ne tient pas forcément debout, mais on lui pardonne : ce n’était pas gagné, et c’est plutôt bien trouvé). En plus, pour une fois, on ne raconte pas trop de conneries physiques (et on a une relativité générale appliquée, chapeau !), on sent que la série Stargate a eu des effets bénéfiques sur les scénaristes de science fiction. Pour un film du genre, et allant même convertir des non-habitués, c’est franchement réussi. La musique splendide d’Hans Zimmer y fait pour beaucoup, mais même en se doutant dès le début de l’issue (par un truchement sénaristique qui, reprenant les codes des reportages modernes, nous faisait au début craindre le pire), on se sent souvent pris dans une sacrée essoreuse. Lessivé, mais content.

Petibon et grand bon

Patricia Petibon non seulement bondit sur scène, avec chapeaux, froufrous et mise en espace délicieuse par Olivier Py, mais marquait aussi ma dernière à Pleyel avant un bon bout de temps : voici venu le temps de migrer vers la Philharmonie, fin janvier…

Quel succulent programme qui nous avait été concocté ! Inutile de préciser que la souris fut heureuse de trouver un billet, et que même si nous dûmes régresser de replacement après l’entracte, ce fut une excellente soirée de musique française (mis à part Over the rainbow), essentiellement du début du XXème siècle, entrecoupée de Satie au piano (où un et une pianistes se disputaient régulièrement le clavier à quatre mains).

Erik Satie
La Belle excentrique: Grande Ritournelle
Francis Poulenc
Les gars qui vont à la fête
Voyage à Paris
Hier
Manuel Rosenthal
Rêverie
Pêcheur de lune
Gabriel Fauré
Spleen
Francis Poulenc
Les chemins de l'amour
Stéphane Leach
Ne parlez pas d'amour
Gabriel Fauré
Les berceaux
Erik Satie
Le vaisseau
La statue de bronze
Daphénéo
Air du poète
La Belle excentrique: Cancan Grand-Mondain - Tous
Je te veux
Les courses
Allons-y Chochotte
Entracte
Léo Ferré
On s'aimera
Erik Satie
Désespoir agréable
Reynaldo Hahn
Pholoé
A Chloris
Gabriel Fauré
En sourdine
Erik Satie
La Belle excentrique: Cancan Grand-Mondain - Tous
Manuel Rosenthal
Fido, fido
L'Eléphant du jardin des Plantes
Le vieux chameau du Zoo
David Moreau
Colchique dans les prés
Harold Arlen
Over the rainbow
Erik Satie
Le Piccadilly
Fernandel
C'est un dur
Erik Satie
Le Tango
Fernandel
Le Tango Corse
Agustin Lara
Granada

Et puis quelques rappels. Des classiques comme Je te veux ou À Chloris, des totalement loufoque comme le tango corse (en duo avec Olivier Py ! Qui a eu quelques solos aussi), cette soirée aura été festive, tout en maintenant une grande exigence artistique. C’était filmé, on attend le DVD ! Nous ne fûmes même pas triste de quitter la salle Pleyel : par petits bons, un grand bon devient indolore.

dimanche 7 décembre 2014

allegretto de Khatia inachevée

Voici un concert comme on les aime. Une phalange exceptionnelle : le Wiener Symphoniker.
Un chef qu’on a su énormément apprécier, Philippe Jordan. Et en ce vendredi, un replacement d’abord au rang A, puis au gré d’un riche bonhomme à jeune femme, qui voulait à tout prix récupérer SA place à la première pause, alors qu’il était officiellement recasé au rang E, un superbe alibi pour se positionner au rang des stars, quoique toujours sur le côté, mais idéalement placé pour admirer la chute de rein de la libidineuse Khatia Buniatishvili, derrière le plus heureux des piano tripoté.

Mais en premier, une superbe Symphonie n° 8 "Inachevée" de Franz Schubert. Suivi, donc, de Khatia et le local solo Rainer Küblböck à la trompette : Concerto n°1 op. 35 en ut mineur, pour piano, trompette et orchestre à cordes de Dmitri Chostakovitch, une pièce surprenante comme le compositeur russe sait en faire. On regrette même le bis tout doucereux de Khatia (du Chopin, crois-je de mémoire), mais après tout, cela préparait peut-être, post-entracte, à l’allegretto de la Symphonie n° 7 de Ludwig van Beethoven — quoique ce moment le plus sublimissime de la musique classique est coincé entre quelques chasses à courre et autres moments de bravoure.

Très, très beau concert, terminé par un rappel, un Strauss viennois évidemment.

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