humani nil a me alienum puto

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lundi 11 décembre 2017

815ème semaine

Plus un an. Donc j’ai dépassé l’âge du Christ. Moche — enfin bon, ça m’arrange, quand même. Et je n’ai pas reçu ma soutane remixée à temps. Remoche. J’ai vu une photo de moi récemment et on voyait clairement que mon dessus de crâne était clairsemé. L’angoisse. Ça fait 4 ans que je suis sur mon projet de startup, et la soutenance de mon EMBA est à peine (ou déjà ?) soutenue. Terrible. Il y a des ami(e)s à Paris que je n’ai pas vu depuis des années.

D’ailleurs, départ pour Hanoï. Y’a un truc qui se passe, là-bas, dans le brouhaha que personne n’entend. Dans une sorte de cagibi, en tong, le long de deux murs, en grande banlieue, un mec plutôt jeune me présente à son équipe tout juste sortie de l’école, onze gamins qui en deux ans ont réalisé ce que des gens en occident mettent bien plus de temps, de ressources humaines et surtout d’argent (allez, au moins deux millions de levée ?) pour réaliser la même chose. Et pour l’instant, ils n’ont traduit qu’en anglais, vite fait, pour les démos. Une centaine de millions de personnes avec un âge médian à même pas 30 ans. Ils commencent à sous-traiter à pas cher pour le reste du monde. Mais ils ont la fibre des entrepreneurs, des commerciaux, ils ont faim. Ils aiment créer. Il va se passer quelque chose, il se passe quelque chose…

Parfois, laisser filer le temps, c’est aussi accepter de voir les choses grandir. C’est le côté rassurant de l’affaire.

variation d’anniv enigmatique

Évidemment, prendre une place (deux, même) pour la date de son anniversaire, c’est toujours délicat. Si c’est mauvais, on a tout perdu. Mais un Edgar Elgar, ça ne se refuse absolument jamais. C’est même criminel de le rater. Donc, tentons ces Québecois, tabernacle ! Orchestre métropolitain de Montréal fort féminisé, d’ailleurs : aux cordes, on peine à trouver un mâle… Mais Yannick Nézet-Séguin à la direction.

On commence par Les Nuits d'été de Berlioz, avec Marie-Nicole Lemieux en contralto pour les poèmes en musique. Je pensais qu’il n’y aurait pas grand monde, mais en fait la belle programmation, le dimanche et les tarifs assez bas ont eu tôt fait remplir la salle — notamment avec beaucoup de ninjas (et même Laurent ! Un week-end !). Venant avec la souris, il était dès lors délicat de se replacer. Depuis le second balcon, on n’entendait cependant pas si mal : la multiplication des réflecteurs et le retour de la politique des fermetures de portes a certainement eu un gros impact sur l’acoustique.

On a dit que la programmation était excellente : juste après, Concerto pour violoncelle n° 1 de Camille Saint-Saëns avec Jean-Guihen Queyras au violoncelle. Yummy. En plus (changement d’ambiance), il nous gratifie d’un bis de choix : extrait de 3 Strophes sur le nom de Sacher, Dutilleux (annoncé, tant qu’à faire).

Et après l’entracte, les fameuses Enigma Variations d’Edward Elgar. 2007. Septembre 2007. C’est la première et dernière fois que j’ai pu entendre les variations en vrai, à Pleyel. 10 ans ! Incroyable. Mais cette fois, c’était avec l’orgue, et j’étais positionné dans l’alignement parfait. Du grand art. Sublime.

Pour terminer en toute beauté, pur bonus, Pavane pour une infante défunte de Ravel. Pas de la poutine, tout ça, Christ !

maison des remorts

Parfois, il faut persévérer. Je le sentais bien : on ne peut être déçu par un Janacek. Mini-Brunnhilde, qui en est à sa 5ème de la même production à Bastille, le confirme : au début, elle n’avait pas accroché. Mais en y retournant, miracle ! Et depuis, c’est à chaque fois l’occasion de comprendre quelque chose de plus dans cette oeuvre touffue qu’est la maison des morts. C’est sûr que lorsqu’on est un peu préparé, qu’on a aucune idée de ce que l’on va voir, une succession de scènes de Dostoïevski certes avec un suivi des personnages et un ordre chronologique, mais pas d’intrigue, plutôt une illustration par touches de la misère humaine, ça aide. La dernière était bien plus rempli que les autres, c’était presque compliqué de se replacer au premier balcon — il faut dire aussi que le samedi joue certainement. Hinata-chan choisit de faire sécession au parterre — et n’en a été que plus ravie, alors tant mieux. Je pense qu’il ne faut pas se priver de la vue sur Salonen, l’orchestre (qui l’acclame aux saluts !) et notamment cet instrument unique, de grosses chaînes — si seulement Chéreau avait pu éviter les « chaînes » en plastique qui font un bruit épouvantable et perturbateur (car très artificiel !) au début puis à quelques moments de l’opéra…

Bref, j’ai beaucoup plus aimé. Pas transporté non plus (pas de frisson), mais j’y vois plus clair. La troisième fois sera-t-elle la bonne ? (Avec une mise en scène qui bouffe moins l’attention en mettant trop de choses partout, jusqu’à des levrettes entre prisonniers lors de la pièce de théâtre — l’alpha et l’oméga du scandale à pas cher, en attendant qu’un jour on donne dans l’éjac faciale)

super Paavo

Retour de Paavo Järvi à la direction de l’Orchestre de Paris : je crois même que c’est mon premier OdP de la saison — et toujours pas de Lola, et toujours pas d’intervention du ministère de la culture ni de communiqué, c’est totalement dingue cette histoire. Il n’y avait pas qu’un seul come back : Akiko Suwanai et son Stradi étaient de retour après six ans (quasi pile poil) d’absence. Mon dieu. Je finissais l’édition de mon bouquin, à cette époque, qui me semble aussi lointaine que proche. Elle avait donc 39 ans : ça lui en fait 45 au compteur et toujours 10 de moins en visuel. Quelle beauté… Avec toutes ces années, on s’est demandé avec Christian si on l’avait déjà vue, mais elle me disait pourtant quelque chose : c’est bien sûr, le coup de la corde cassée ! Bref, cette fois, c’était du Jean Sibelius et son Concerto pour violon (évidemment). Ah la la. Superbe Sibelius à japonaise — une friandise ramenée de Tokyo ?

Après le Bach attendu, la grosse, puissante, envoutante Symphonie n°7 "Leningrad" de Dmitri Chostakovitch. J’ai toujours du mal à les retrouver quand je n’ai que le numéro — mais ensuite, je peux co-diriger dès que les premières mesures sont enclenchées, c’est étrange le cerveau… Donc, la 7ème, note pour moi-même : c’est celle avec le crescendo, les pizzicati et Stargate à la fin. Je me demande même si ce n’est pas ma préférée, en fait…

samedi 2 décembre 2017

814ème semaine

Assises de l’embarqué, cours à Laval, attaque de paperasse épouvantable. Résumé de la semaine. Un jour, le repos. Peut-être.

tuyaux de cadeaux

Le week-end était dédié à l’orgue, mais la programmation était difficile à déchiffrer. Avec la souris, le choix s’est porté sur le samedi soir, avec l’Orchestre national de Lille, pour un concert intitulé « Offrandes ». À la direction, Alexandre Bloch, et à l’orgue l’indispensable Olivier Latry. On commence avec du contemporain très écoutable, une très jolie oeuvre moderne, « Concerto pour orgue » avec des thèmes bien choisis et menés, par Éric Tanguy, qui vient d’ailleurs saluer.

Court intermède avec Les Offrandes oubliées d’Olivier Messiaen, oeuvre de jeunesse sous-estimée à son époque, toujours superbe. Et après l’entracte (à la fin de laquelle un spectateur nous engueule, avec Christian, parce qu’il trouve pas admissible que l’on parle alors qu’il est resté assis devant nous… Au secours), un magnifique Saint-Saëns, la fort classique et parfaitement adaptée à la salle Symphonie n° 3 « Avec orgue ». Très belle soirée.

Janacek mortel

Il était prévu d’aller voir « De la maison des morts » (Z mrtvého domu) le mardi. Mais nous avions sous-estimé que les tarifs prohibitifs, à peine compensés par une baisse sur les premières catégories, déporterait le monde sur les places à 5€ : malgré un horaire de 20h, il fallait arriver tôt pour espérer avoir un ticket. Le vendredi suivant, donc, ce fut juste, mais c’est passé ; une fois à l’intérieur, évidemment, beaucoup de vide, et donc replacement avec la souris au premier balcon, centré, deuxième rang. Royal. Parfait aussi pour bien profiter des surtitres, aussi intelligemment projetés en fond de décors, ce qui facilite la lecture.

Il valait mieux, parce que si l’oeuvre ne dure que 1h40, elle n’était clairement pas aisée à découvrir. J’étais déjà tombé une fois dessus, sur Arte, mais je n’aime pas trop l’opéra à la télé, et encore moins pour une première fois. Donc, j’avais attendu. Mais j’avais déjà noté que ça avait l’air un poil hermétique. En fait, Wozzeck, à côté, c’est limpide. Peut-être était-ce dû à la mise en scène de Chéreau (réchauffée puisque post-mortem) : ceux qui connaissaient étaient soit épatés (de retrouver l'original, comme David et mini-Brunnhilde qui en étaient à leur troisième, en une semaine), soit très déçus (de voir l’ancien mal restitué et passer à côté). Je ne sais pas. Peut-être même que revoir l’oeuvre dans les mêmes circonstances pourrait aider, à présent que je sais qu’il s’agit effectivement de scènes d’un Dostoïevski éponyme coupées-collées à escient.

Parce que outre Salonen à la baguette (exceptionnel !), on avait des chanteurs tout ce qu’il y a de fort bon : Willard White (Goriantchikov), Eric Stoklossa (Alieïa), Štefan Margita (Filka Morosov), Peter Straka (Le grand prisonnier), VladimÍr Chmelo (Le petit prisonnier), JiřÍ Sulženko (Le commandant), Graham Clark (Le vieux prisonnier), Ladislav Elgr (Skuratov), Ján Galla (Tchekounov). Bref, normalement, on avait tout, et pourtant, je ne sais pas, ça n’a pas pris. Étrange.

tennis sexuel

Pour aller voir « Battle of the sexes », il me fallait d’abord une tenniswoman — Hinata-chan. À l’écran, Emma Stone prouve qu’on peut mochifier n’importe quelle fille avec une coupe de cheveux et des lunettes pré-années 1990 (en l’occurrence, on est en 1973). Elle reste cependant toujours plus sympathique à regarder que l’original qu’elle incarne, Billie Jean King, ce qui trahit au passage l’une des limites du cinéma — la nécessaire beauté (même dans la laideur, parfois) du miroir. Numéro 1 du tennis féminin assez indéboulonable, elle n’entend pas se faire compter et syphonner par tous les machos en costard-cravate de service. Pour la fois de trop, elle déclare sécession, avec ses copines, et fonde la WTA.

Et puis il y a le trublion Bobby Riggs (Steve Carell, criant de vérité), joueur à la retraite et parieur maladif dans la vraie vie. Il a tout à coup une idée : se confronter à la numéro 1, et faire un show mode « catch féministe », pour le fun et l’exhib. Elle décline, parce qu’elle perçoit le danger en cas de perte, et le peu de gain à espérer en cas de victoire. Changement de stratégie de notre bonhomme, qui l’aura par revers, tandis que notre héroïne découvre l’autre face de sa sexualité (malgré un mari extrêmement conciliant, mais avec une honte typique de ces années de fausse libération) et s’y égare un peu.

Billie Jean King, sur le test de personnalité DISC, aurait été diagnostiquée entre le rouge et le bleu. Elle fonctionne à la colère, fonce, mais ne mène seule que les combats qu’elle est sûre de gagner. Je m’y retrouve parfaitement. C’est une fille qui a la rage, et qui est moins bonne quand elle doute, quand elle tombe dans une phase plus sentimentaliste. Cassez-lui les pieds, et on verra qui a des couilles dans l’affaire.

Le film retrace cette étrange période d’il y a une génération à peine dont on hérite, où l’on peut sortir les pires âneries concernant les dames, même quand les faits auraient tendance à montrer naturellement le contraire. On voit l’intériorisation de ces préjugés dont seule une haute fierté peut défaire. Le match de tennis devient un symbole de lutte contre l’oppression et une forme de bêtise masculine convenue (mêlée à un fatalisme féminin qui ne s’exprime même plus). En réalité, Bobby Riggs ne m’apparaît pas comme un macho de base, bien au contraire : il joue de son image comme un gamin, forçant le trait à outrance (jusqu’à la caricature), sans même sembler percevoir les vrais enjeux derrière (il admet tout à fait dépendre totalement de sa femme, incarnée par Elisabeth Sue, qui a pris en patine, depuis le temps qu’on ne l’apercevait plus…). Il est inconscient. D’autres sont en revanche beaucoup plus nocifs. Quand Billie Jean King les remet tous à leur place, lors d’un match des sexes qui a marqué l’histoire, forcément, on ne peut que jubiler (bon, le problème occulté est qu’il est manifestement rare que les dames battent les messieurs — et personnellement, je ne comprendrai jamais trop les discriminations sportives, à l’exception de l’équitation).

Un film de Jonathan Dayton et Valerie Faris fort bien fichu.

lundi 27 novembre 2017

813ème semaine

La soutenance de délivrance, enfin ! Fin de l’EMBA — enfin, presque, encore un devoir surprise de dernière minute à rendre, parce qu’il faut savoir faire durer le plaisir… La quasi-fin d’une aventure commencée en août 2016, et au bout un diplôme triplement accrédité, mais surtout, un joli panier de connaissances, forcément frustrantes car insuffisantes pour prétendre à un quelconque niveau d’expertise, mais représentant suffisamment de clés et de portes entrouvertes pour fouiller et explorer tous ces champs à peine intuitivement pressentis. Un nouveau départ dans la continuité, en somme.

hors livres

« Ex-libris » est le dernier Wiseman, peu distribué au cinéma, qui fait du hors piste sur le thème de la bibliothèque publique de New York : on verra de tout, sauf du livre. D’abord, cette bibliothèque, c’est un bâtiment principal monumental, mais aussi de nombreuses extensions de quartier, certes moins sexy, mais tout aussi importantes dans la vie hors-livres des activités de vie très diverses proposées.

Déjà, il y a beaucoup de conférences, sur des thèmes qui frisent parfois le ridicule, mais qui sont toujours très engagés. La dimension raciale n’est pas seulement invoquée dans ces réunions savantes, mais aussi dans les sortes de comités de quartier. Cela tranche plus avec les réunions de la direction dont le sujet principal est la recherche de fonds — car la structure reste en réalité privée, et financée autant par des subventions que par du mécénat — dont le gala est enfin l’occasion de voir un peu de l’agent de nettoyage et autres petites mains de l’ombre qu’affectionne Wiseman (on voit aussi, dans la mécanique humaine, le triage des livres, car on peut rendre les livres un peu n’importe où).

Il est question plus que des livres, mais d’un hub, d’un lieu de vie, motivé par l’ouverture à la culture. La digitalisation prend une place importante. Il y a le prêt de livres numériques, mais il y a aussi la formation à l’usage des outils numériques, et même le prêt de modems 4G aux familles pauvres qui n’ont pas accès à Internet — donc à la culture. L’ouverture et la dévotion des équipes restent les principaux sentiments de ces trois bonnes heures de documentaire (on peut aussi y emmener sa souris tôt le matin).

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