humani nil a me alienum puto

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lundi 19 octobre 2020

Koenanov

e ne sais pas comment j'ai pu rater les films précédents de Adilkhan Yerzhanov. Peut-être qu'ils sont sortis pendant que j'étais à l'étranger : les films kazakhs, c'est pas du genre à tenir à l'affiche. Mais la salle était pourtant bien pleine pour "a dark, dark man", un film noir en plein jour, qui louche vers le western des steppes avec des gus corrompus au dernier degré et pas forcément bien brillants. Moi, ça me fait penser aux frères Coen. Le Coen kazakh. Koenanov ?

Le film tourne principalement autour de trois personnages : Daniar Alshinov, jeune policier corrompu, sur l'affiche ; la magnifique Dinara Baktybaeva (le type kazakh, testé sur place, merveilleux), journaliste poil à gratter (ça revêt manifestement une certaine acception en pays en didacture-soft : elle est envoyée par le gouvernement et peut faire des rapports) ; et Teoman Khos, le débile de service à qui on veut faire porter un chapeau. On frôle toujours l'absurde, avec un accès à l'ultra-violence latent. Quelque part, c'est très proche du cinéma coréen.

Ce n'est pas tous les jours qu'on entend parler le kazakh (surtout que ça commence à faire un bout de temps que je n'y ai pas mis les pieds) ; quand j'ai vu le nom des artistes sur Allociné, j'ai tout de suite fait le lien, il y a un truc typique de là-bas, une ambiance qu'on retrouve dans le film — même si je n'ai pas fait de sortie en cambrousse. Chainon entre la Russie et l'Asie orientale (et ce mélange improbable d'ethnies peu miscibles issues des goulags locaux). On se demande comment on peut tourner un film pareil en dictature (ça ne fait pas beaucoup de publicité touristique…), mais apparemment le réalisateur qui n'a pas encore 40 ans jouit déjà d'assez de crédit pour être co-produit par la France et gravir des marches de festivals. Une vraie chance à saisir, parce que c'est un fort bon film !

963ème semaine

J'avais un billet de prêt, mais je vais le garder sous le coude.

Cette semaine, c'était l'annonce du couvre-feu. Sauve qui peut, les extravertis (et les introvertis alcooliques) se contaminent entre eux, et vont ensuite contaminer les vieux. À Paris, les fiestas semblent se multiplier. C'est quelque peu absurde de taper sur toute l'île-de-France, outre quelques autres villes étudiantes, mais bon, faire dans le détail, c'est très complexe. Encore une fois, le Français montre son peu de compréhension scientifique et une discipline fortement lacunaire. Tout en rejetant évidemment la faute sur autrui, en premier lieu le gouvernement. À titre personnel, sur mon entourage étendu, je n'ai recensé que deux cas — mais plus de cas contacts, surtout parmi mes étudiants en coloc. Il semble en revanche que dans le second cercle, il y a des milieux bien plus touchés que d'autres. Clairement, l'analyse sociologique a dû être plus éclairante que l'investigation des clusters (finalement marginaux). Mais on reste encore et toujours à demi aveugle — euphémisme. C'est assez effrayant de voir le désarroi technique autour de cette affaire. Heureusement que c'est très peu mortel, on imagine sinon le carnage. La réactivité des différentes organisations est aussi extrêmement variable. Il y a clairement des sous-doués. On s'en doutait avant, à présent on en est certains. In fine, en regardant tout cela, bloqué seul chez soi dès 21h, on se dit : mais bon sang, quelle plaie, quand même…

Vivement qu'on trouve un vaccin et/ou des tests rapides pour cette merde !

samedi 10 octobre 2020

cirque du roi soleil

19h30 : j'ai failli me faire avoir. 3h30 que ça dure ! En fait, c'était sans compter l'entracte. Quatre heures en tout. Sur des sièges tape-cul du TCE, ça fait presque near death experience. En même temps, il n'appartenait qu'à nous de mieux nous replacer après l'entracte (d'autant que ça s'était bien vidé, ou réparti ?). L'idée de la jauge de 1000 places est la suivante, comme à la Philhar : on fait un gros cluster central, et on laisse plein de places libres en bas (à 180 balles). Pas sûr qu'on ait tout bien compris…

Cluster sur scène aussi : une bonne quarantaine de personnes pour à peine deux représentations (avant mi-tournée de province) de ce Ballet royal de la Nuit repéré par mon binôme. Une bizarrerie de base : spectacle unique en mode propagande pour Louis XIV (aka "jeune Louis" à plusieurs reprises dans le livret), c'est un très long pot-pourri de Jean de Cambefort, Antoine Boësset, Louis Constantin, Michel Lambert, Francesco Cavalli, Luigi Rossi, sans aucune cohérence narrative, passant du coq à l'âne, ponctué de longs ballets à l'intitulé disons baroque (dont un "tango des renards"), qui n'avait plus jamais été donné et a été reconstitué par Sébastien Daucé, aussi à la baguette. On lui fera confiance. De toute façon, on n'ira pas vérifier.

En revanche, cela ne vaut que pour ce qui se passe en fosse — avec l'orchestre Ensemble Correspondances, accompagné de son choeur. Sur scène, c'est très libre, et Francesca Lattuada (complétée d'Olivier Charpentier et Bruno Fatalot aux costumes) ne manque pas d'idées. Ça fuse ! Son petit plaisir est d'avoir mis Sean Patrick Mombruno, très noir de son état, dans le rôle de Louis XIV, et la plupart du temps en mode drag queen ou dénudé (quel corps de danseur !) : mon binôme penche pour une mise en scène Paris 8 (côté Paris 3/Arras/PCF, on a ça — avec des vidéos). Le sens de la scène "la transe de Louis" prend un sens un peu inattendu. Outre cela, il y a moult acrobaties, on aime se grimper les uns sur les autres et tomber pour se rattraper in extremis ; ça jongle, il y a du feu, ça danse pas mal aussi, quand même. Tout un bestiaire, avec beaucoup de travestissements (dont des sirènes barbues).

Ça n'empêche pas d'être trop long. Les ballets sont répétitifs, à force. Less is more, comme dirait mon tailleur. Il faut une distribution pléthorique alors même que ça ne chante que de manière minoritaire au cours de la nuit :

Lucile Richardot | La Nuit / Vénus
Violaine Le Chenadec | Une heure / Cintia / Une grâce française
Caroline Weynants | Eurydice / Une grâce française / Une grâce italienne / Une ombre errante
Ilektra Platiopoulou | Junon
Caroline Dangin-Bardot | Vénus / Le Silence / Une grâce italienne
Perrine Devillers | Pasitea / Mnémosyne / L’Aurore
Deborah Cachet | La Lune / Déjanire / Une grâce française / La Beauté / Une ombre errante
David Tricou | Apollon / Une ombre errante / Une grâce italienne
Etienne Bazola | Le Sommeil / Un suivant de Vénus / Une ombre errante
Renaud Bres | Hercule
Nicolas Brooymans | Le Grand Homme

Il est impressionnant de voir tout ce beau monde très en forme jusqu'à la fin, en apothéose. L'hymne au sommeil vers les 4/5ème de l'oeuvre aurait pu avoir quelques conséquences fâcheuses sur le public, en revanche. On applaudit fort, mais on n'a pas envie d'attendre que tous les étages se vident avant de filer (une idée géniale pour éviter les clusters dans les escaliers. Faut pas chercher, chacun sa lubie… Nombre assez impressionnant de personnes âgées habituées, qui libèreront bientôt le parterre, je pense).

symphonie du nouveau masque

Quand on voit un Orchestre de Paris dirigé par un chef du nom de Jakub Hrůša, avec le rond sur le "u" et l'accent à l'envers sur le "s", on sait qu'on aura une interprétation d'Antonín Dvořák AOC. 39 ans, mais je ne pense pas que nous ayons déjà eu à l'entendre. Quid du Edward Elgar avant, plus anglais que tchèque ? Hé bien avec Gautier Capuçon, le Concerto pour violoncelle fut fort bien réussi, et en bonus, la variation Enigma n°9 (Nimrod), en arrangement Jérôme Ducros (qui joue au piano avec Gautier Capuçon, et a donc créé une sorte de violoncelle plus orchestre pour cette variation : malin !).

Précipité légal. La philharmonie n'est pas bien remplie, conformément à la nouvelle politique ; mais surtout, elle est disposée en clusters internes, c'est-à-dire qu'il y a de larges zones totalement vides, mais plein de monde agglutinés aux mêmes endroits. Mais ça chasse la répartition libérale, nouvelle politique aussi. La France, faut vraiment se la taper… En attendant, j'avais une rangée libre devant, une derrière, et j'étais tout seul sur ma rangée. Mais c'est parce qu'on est sympa…

Reprise, et la symphonie n° 9 "Du Nouveau Monde". Forcément, le Hrusa, c'est son rayon, disions-nous. Je pensais à mon paternel qui n'écoute quasiment que ça. C'est quand même autre chose, au concert. Ça dépote. Le spectacle vivant, la vibration, le souffle, le volume, rien à voir. Un grand plaisir.

mercredi 7 octobre 2020

962ème semaine

Quelque chose de dingue s'est produit : je n'ai plus de retard sur ce blog. Cela est certainement dû au quasi-arrêt des travaux sur la startup, tout autant qu'à une vie sociale nulle sur la période. Mais tout de même, cela fait plusieurs années que le billet du mercredi n'était pas tombé un mercredi, et que je ne chroniquais plus les concerts juste après y avoir assisté. Incroyable. Pas sûr que ça dure….

mardi 6 octobre 2020

covid-19 in pace

On s’est demandé si c’était bien le pianiste Lars Vogt qui était initialement prévu, et si c’était bien aussi l’orchestre de chambre de Paris. En fait seul le choeur a changé : de letton, il est devenu Accentus. La philharmonie a là aussi procédé à des remboursements sélectifs pour les derniers arrivés, ce qui donne une salle étonnamment vide pour un Requiem de Mozart — avec le titre bien kitsch « immortel requiem », pour la soirée. Facile de se replacer à trois, avec Christian et mon binôme retrouvé (elle n’avait pas trop vieilli depuis notre dernière rencontre, mais avec le masque h24, on peut cacher la marchandise).

Mais quand ça commence, on se dit que c’est pas vraiment du Mozart, cette affaire. Ça sent encore l’arnaque. On nous a refourgué une oeuvre contemporaine ! C’est fourbe, surtout pour mon voisin… Alors, ça vaut quoi, sur une échelle de 1 à Covid-19 ? Ma voisine initialement est rassurée en voyant « 2min30 », mais elle n’a pas bien vu que c’est là la deuxième pièce : la première fait 19 minutes. Le masque cache mal l’hilarité. Clara Olivares a 27 ans et Pascal Dusapin semble être son mentor de prédilection. « Lebewohl », marqué inédit, est dans la lignée des trucs contemporains marginalement pénibles, oubliables et sans beaucoup de saveur. N’est pas Ligeti qui veut. Ce n’est pas en tapotant sur les pistons des trompettes sans souffler dedans ou en torturant les cymbales (avec notamment un « bol japonais non accordé », la précision est d’importance) qu’on va révolutionner quoi que ce soit, et encore moins se faire plaisir. C’est le genre de musique un peu prétencieuse par petites touches qui ne mènent nulle part. En revanche, après une petite pause, la Coda pour choeur, qui fait manifestement partie de la même oeuvre, avait bien plus de potentiel. On ne comprend pas bien de quoi il s’agit (il y a un livret caché ou c’est juste des notes ?), mais a cappella, c’est franchement bien maîtrisé. Il y a de l’espoir pour Clara, venue saluer après la première partie, puisque comme une fois précédente, si mes souvenirs sont bons, le requiem a été immédiatement enchaîné (parce que « Lebewohl est donc un espace expérimental, d’inspiration rituelle, dans lequel les textures instrumentales — puis vocales — se veulent être une préparation à l’écoute apaisée du Requiem » — si on veut, on se dit surtout que Mozart, c’est autre chose, mais on le savait déjà).

L’orchestre est de moins en moins masqué (avec le petit logo Orchestre de chambre de Paris !). L’interprétation du requiem est sympathique sans forcer, du soft-Mozart, tout doux. Requiem in pace. Côté solistes, la soprano Mari Eriksmoen a une voix claire, précise, et une robe totalement improbable ; le vibrato de la mezzo Aude Extrémo n’a pas emballé ma voisine ; le ténor Sébastien Guèze a plutôt bien assuré aussi, malgré quelques imprécisions. Mais c’est surtout de Yannis François, la basse, qu’on est fan. Je l’avais déjà remarqué, mais mon binôme en émoi me glisse lors d’une pause qu’il est fantastique et qu’il était danseur avant (découverte après avoir fouillé dans mon programme). « On ne voit que lui ! » (je suggère que l’effet cravate rose sur costume noir quand on a soi-même la peau très sombre a dû un peu jouer aussi). En plus, lis-je, il a été sélectionné par Barbara Hannigan, avec qui il est fort en cheville. J’hésite donc avec la jalousie la plus totale (mais comme, d’après la grande tradition des crushs de la demoiselle, il doit être gay, il serait donc pour moi dans le cadre de ma reconversion pour l’autre bord).

Clairement, ce n’était pas le meilleur requiem de Mozart auquel on ait assisté. Mais en ces temps troubles, on prend tout ce qui passe avec grande joie. Même ma partenaire a vu son humeur s’améliorer, et ça, après les annonces de la journée, ce n’était pas rien !

lundi 5 octobre 2020

la Covidtchina

L'espoir qu'une oeuvre de 3h30, nécessitant un entracte, un choeur, de nombreux solistes et un gros orchestre, puisse se tenir en fin d'après-midi de dimanche à la Philharmonie aurait du être maigre. Plus tôt dans la semaine, un premier Gergiev avait déjà été annulé. Mais parmi les fidèles des fidèles, tous présents, on sait que le chef a le bras long, et si un orchestre allemand ne peut venir, l'orchestre et le choeur russes du Mariinsky le peuvent. Ah, ces Russes…

Ceci étant, les fidèles étaient présents aussi parce que non sacrifiés : avec les nouvelles restrictions en nombre de spectateurs autorisés, il faut écrémer sévèrement. La philhar a choisi de sacrifier les derniers inscrits, peu importe la catégorie, et de replacer les plus anciens en surclassant. Ou comment je me suis retrouvé sur un premier rang de parterre quasi-vide, certes de côté. Comme il n'y avait quasiment personne, je me suis donc positionné juste derrière le chef, légèrement impair (A3, puis A5 après l'entracte, pour avoir un meilleur angle — une dizaine de sièges libres de chaque côté). On voit mal les chanteurs solistes, les surtitres sont praticables modulo un petit mal au cou, mais on peut étendre les jambes et ça protège des réverbérations dans la salle vide qui ont gêné mes camarades mélomanes. En fait, c'est une expérience intégrée, comme partie de l'orchestre, lorsque le son n'est pas encore bien fusionné, et que l'on ressent toutes les vibrations (ce qui n'est pas donné, dans cette salle).

La Khovanchtchina, c'était manifestement ma première fois. C'est dire si cet opéra de Modeste Moussorgski, dont il a écrit le livret et la partition piano, bien plus tard réorchestrée par Dmitri Chostakovitch, est peu donné. Dans le genre fresque russe, on mélange politique, religion, histoires d'amour marginales, et tout le monde zigouille tout le monde. Ah, ces Russes, c'est quelque chose… Ça n'a souvent ni queue ni tête, et il ne faut pas se tromper : on reste très premier degré. Le niveau d'arrogance, d'égocentrisme et d'orgueil est proprement ahurissant, on se dirait qu'un Français, en face, ferait très modeste. La séquence #metoo du deuxième acte, aussi, est quelque chose. Tout ça pour terminer dans un grand bûcher suicidaire façon marshmallow.

Il y a du gros volume dans tout cela. De la grosse voix, du gros orchestre, du gros chanteur (physiquement… De près c'est encore plus impressionnant, je pourrais habiter dans la moitié d'entre eux). Valery Gergiev dirige tout cela avec son talent et cure-dent usuel — la main gauche servant à être secouée comme un poulpe à moitié mort qui se contracte parfois de manière erratique. La distribution est pléthorique, et avec le bordel ambiant, a été modifiée en dernière minute façon chaises musicales. Yulia Matochkina en Marfa est le personnage féminin fictif qui encadre le drame sinon tout à fait historique. Yevgeny Akimov joue le Prince Andrei Khovansky, qu'on voit essentiellement pour essayer d'abuser, voire violer (second choix au pire : tuer), Emma (Violetta Lukyanenko). Son père, le Prince Ivan Khovansky, a une partition bien plus généreuse pour un Mikhail Petrenko qui de fait a l'air plus jeune que son fils fictif. Il tient la dragée autre à un autre prince, plus au pouvoir, Prince Vasily Golitzin, Oleg Videman. D'ailleurs il y a tellement de princes dans les environs qu'il y en a même un qui s'est reconverti en ecclésiastique (équipe conservatrice-réac, mais difficile de faire la différence sur le terrain : ils sont tous fous pareil, lui un peu plus sage, ceteris paribus), Dossifeï — Stanislav Trofimov et sa grosse barbe, tête de l'emploi lui aussi. Et puis citons encore : Evgeny Nikitin (Shaklovity), Larisa Gogolevskaya (Susanna), Efim Zavalny (Le Clerc), Andrei Popov (Le Scribe). Et quelques autres bien plus mineurs. Aucune défaillance, tout excellent.

C'est long mais c'est bon, comme on dit. L'entracte devait arriver après l'acte II, qui s'achève brutalement — ça aurait donné un effet "pub sur TF6", couic. Mais finalement, il a été repoussé avec l'acte III, que le livret décrit très extensivement en deux phrases : "Marfa se reproche son amour pour Andreï, qui l'a trahie, quand Dosifei la console. Arrivent des streltsy ivres." Une bonne demi-heure. On va dire que c'est peu équilibré. En acte IV, il y a une sorte de ballet, du moins d'intermède, de bien 10 ou 15 minutes, dont on se demande à quoi ça se rattache dans l'action (manifestement un prince est taillé en pièce pendant que l'autre rival est banni — ça aurait plus de sens en se disant que ça arrive au milieu du bloc 3-4-5), mais qui est là encore exceptionnel sur le plan musical. Le finale, à l'acte V, est d'une impressionnante puissance.

Fin vers 21h50, finalement pas si éloignée de la prédiction du programme que l'on raillait un peu tous. Improbable et magnifique soirée, très copieusement applaudie, alors qu'aucun artiste n'était masqué.

961ème semaine

Je crois que RAS du côté de cette semaine. Mis à part que c'est probablement celle avec le plus de potentiel covidant. Petite reprise de salons pro, ça tire une gueule de six pieds de long. Personne de chez personne sur le premier salon ; à peine du monde sur le second, mais personne en capacité de signer le moindre contrat. Côté industrie, on accuse un gros coup : gros vide de commandes, patrons qui ne se paient plus, devis rachitiques, c'était déjà pas terrible avant, il va falloir un sacré effet rattrapage. Dans un milieu où il faut toujours un grosse masse de capital dans un pays qui n'a rien compris au capitalisme, c'est très très mal barré après l'explosion surprise des BFR. Ça ne dit rien qui vaille, tout ça…

vendredi 2 octobre 2020

heure du thé

Après nous avoir cuisiné des dorayakis chez Naomi Kawase (les délices de Tokyo), voici que Kilin Kiki, 75 ans, nous sert le thé dans un film de Tatsushi Ōmori (à la filmographie recensée rachitique), "Dans un jardin qu'on dirait éternel" — dans la grande tradition des films de bouffe asiatiques, en mode métaphore philosophique de la vie. L'apprentie est cette fois Haru Kuroki, 30 ans au compteur, qui joue donc un intervalle d'âge de 24 ans (de 20 à 44) ; idem pour la sensei du tcha ; on refait vaguement la coiffure pour signifier le temps qui passe : l'avantage des Japonaises, de toute façon, est que ce n'est pas trop la peine d'investir sur les effets spéciaux pour truquer l'âge.

En V.O., le titre donne Nichinichi Kore Kôjitsu, soit la formule-mantra qui revient tout au long des 1h40 de film, "chaque jour est un bon jour". C'est beaucoup mieux que cette histoire de jardin qui est peu présent en réalité. La cérémonie du thé est une métaphore du mouvement toujours répété jusqu'à l'absurde perfection. On apprend cela en répétant les gestes des années durant, jusqu'à atteindre un nirvana que ne peuvent manifestement égaler que les petits gâteaux servis avant sur le tatami. Il y a ce côté doux-amer et totalement investi à la japonaise, le dépouillement de la vie comme but ultime, le geste codifié à l'excès pour rechercher le sens (de la vie, comme tout le monde). La durée fort étendue a ici toute son importance (et permet aussi d'aborder le deuil sous multiples formes). C'est une ode à l'accomplissement par la persévérance, en somme. Tout japonais, malgré la modernité des années 1990 qui voient déjà poindre la crise s'étendant jusque dans les années 2010 (et où certes les filles font des études, mais un bon mariage arrangé et deux gosses dans la foulée, c'est quand même mieux) ("entre-tradition-et-modernité"™®©).

Diffusé avec deux ans de décalage en France (et vu à sa cinquième semaine : la seule salle des Halles la diffusant encore était bien pleine, en milieu d'après-midi), ce n'est pas un grand film, mais ça se laisse bien regarder, dans le dénuement relatif du propos — comme un jardin japonais (qu'on dirait éternel, etc.).

dimanche 27 septembre 2020

néo-Rohmer

Emmanuel Mouret continue d’explorer son thème favori avec « les choses qu’on dit, les choses qu’on fait », à savoir la vie sentimentale compliquée des intellectuels. Présent ! Ce qu’il y a de bien avec ces films de marivaudages modernes, c’est qu’on se dit finalement que sa vie est simple. En revanche, au moins, là ça baise. Toujours ça de pris.

Chez Mouret, le triangle amoureux, c’est un peu trop simple, donc on va les croiser. Ça donne du polygone amoureux — bourgeois, cultivé, châtié, un brin surjoué, toujours propre sur soi, bref rohmérien. Au casting, Niels Schneider (central) et Camélia Jordana, avec en périphérie Vincent Macaigne, Emilie Dequenne (petit coup de vieux !), Jenna Thiam (hyper-yummy, catégorie fille-écureuil), Guillaume Gouix, Julia Piaton et Jean-Baptiste Anoumon (aussi Louis-do de Lencquesaing, réalisateur dans le rôle du réalisateur ; et Claude Pommereau, ancien directeur de presse pour cultivés dans le rôle d’un philosophe — apparaissant dans le documentaire du précédent — avec qui je suis globalement très d’accord).

Pendant deux heures, ce beau monde va se croiser avec d’un côté l’histoire du jeune homme (Schneider), de l’autre celle de la jeune fille (Jordana), qui se racontent leurs aventures et mésaventures amoureuses, puis cela converge dans le présent. Que de péripéties et situations où l’on trompe de bonne foi. Comme toujours, on se demande pourquoi l’Occident est toujours monogame si ce n’est pour se pourrir la vie de manière très chrétienne. Finalement, personne n’y arrive, ça fournit du drame à gogo pour pas un sou. Pourquoi faire simple quand on pourrait faire très compliqué ? Même le personnage assez volage et censément amoral (donc a priori libertin), tendance La Rochefoucauld dont elle sert d’alibi pour la citation qui va bien, de Jenna Thiam se met à la dissimulation avec son entourage. Paraît qu’il faut savoir mentir pour protéger, mais juste quand il faut ce qu’il faut. Mon esprit rationnel explose. Chacun pourrait y apercevoir un morceau de sa vie compliquée (gens simples, passez votre chemin, vous finirez comme les râleurs sur allociné pétris d’ennui). Pour ma part : aimer, c’est aussi savoir laisser partir.

J’allais presque dire que des histoires amoureuses hétérosexuelles, par les temps qui courent, c’est assez original. La grande sensibilité d’Emmanuel Mouret lui permet de traiter d’un sujet hautement immoral, tabou, hypocrite tant il est commun en réalité, sans soulever le souffre ou le scandale. C’est dans la lignée de Woody Allen, aussi, finalement. Personnellement, je renouvelle mon adhésion !

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