humani nil a me alienum puto

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mardi 4 août 2020

952ème semaine

Me voici bien embêté pour ce log de la semaine (qui court du 22 au 29 juillet 2020, selon la règle immuable de ce blog qui a passé les 15 ans…). Pas même une petite diversion pour causer d’autre chose que ce dont je ne veux pas encore parler. Tant pis, pour le moment, je passe ! (De toute façon, spoiler : rien de spécial la semaine suivante, ça pourra toujours servir) (Et puis pour le moment, pas beaucoup de monde a été mis au courant — à peine moins que le nombre de lecteurs résiduels ?)

lundi 27 juillet 2020

951ème semaine

Recherche d’escaliers, rencontre d’avocate pour mon bras, activités sociales plaisantes, restos, ciné, serait-ce la première véritable semaine post-covid ? Une semaine très rapidement passée, en tout cas. Comme beaucoup d’autres.

foutus cocos

Le film pré puis post-confinement à ne pas rater est « L’ombre de Staline » (Mr Jones, en VO). Il n’est à l’heure actuelle (quasiment) plus diffusé, j’ai pu avoir l’une des dernières séances à l’Odéon, dernière salle parisienne à diffuser. La grande question reste donc de savoir si les petits cinémas d’art et d’essai de banlieue rouge vont en assurer le relai en décalé, comme cela arrive avec les films gauchistes/engagés. Je suis prêt à parier que non.

C’est que le biopic polono-britannico-ukrainien de la réalisatrice Agnieszka Holland sur un scénario d’Andrea Chalupa (100% féminin !), qui débute par la rédaction d’Animal Farm par Orwell (campé par Joseph Mawle), tape exactement là où ça fait mal. Il nous conte l’histoire de Gareth Jones (James Norton, parfait), que j’ai découvert moi-même assez récemment (impossible de retrouver le lien, à présent enterré par le film au-delà de la 12e page Google), justement comme influenceur d’Orwell ; ce dernier, encore plus que le journaliste, était pour le moins séduit par le système communiste, avant d’infléchir son opinion (restant socialiste et de gauche) contre le totalitarisme (et plus précisément le communisme) et rédiger Animal Farm, 10 ans plus tard, puis 1984. À l’époque, le doute pouvait être encore permis : la révolution russe avait une quinzaine d’années, la crise sévissait dans le monde occidental capitaliste. L’URSS affichait des résultats extraordinaires (et déjà bidonnés).

C’est justement parce que les chiffres ne collent pas bien que le jeune Gareth Jones, hyper doué, conseiller de Lloyd George, venant tout juste d’interviewer Hitler en compagnie de Goebbels dans un avion, alertant en vain de la seconde guerre mondiale qui arrivera moins de six ans plus tard, décide d’embarquer pour Moscou et de tenter d’y interviewer Staline. Il va assez rapidement comprendre qu’il est plus simple de se promener chez les Nazis que chez les cocos, ce qui n’est guère bon signe. On contrôle, on muselle et on assassine. Il comprend qu’il se passe des choses en Ukraine ; ça tombe bien, sa mère en vient (le film ne précise pas qu’il s’y était déjà rendu par le passé). En embrouillant la fierté d’un cadre, il s’y fait emmener, mais loin de se faire promener dans un village Potemkine, il s’échappe lors d’un arrêt et prend une correspondance pour la vraie vie.

Et là, c’est le choc. L’enfer. C’est que la population n’est pas seulement réduite en esclavage : elle crève littéralement de faim. C’est l’Holodomor. Des morts jonchent le sol, des cadavres dans les fermes, des orphelins partout. Il se fait voler par les uns, aide quelques autres qui l’invitent à déjeuner d’un bout de viande. D’où vient-il ? De Kolya. Qui est-ce ? Notre grand frère. Il chasse ? Regards gênés des enfants… L’avantage de l’hiver, c’est que ça fait congélateur géant en plein air.

Évidemment, une fois qu’on lui a mis la main dessus, ça ne se passe pas terriblement bien. Mais il s’en sort, et on le fait chanter — son silence contre la vie de sept ingénieurs compatriotes. Orwell, rencontré pour la première fois au retour, conseille de tout balancer. Il faudra une légion d’idiots utiles aussi corrompus qu’idéologisés, dont le Pulitzer Walter Duranty (Peter Sarsgaard) du NY Times, pour que les salopards de communistes fassent efficacement contre-feu. On est en 1933-1934. Les rapports de Malcom Muggeridge sont ignorés, les photos d’Alexander Wienerberger pas encore publiées. Ce seront les trois seules sources directes, in fine. Les communistes, ça a toujours été ça : pour certains aspects (politiques), ils sont d’une efficacité incroyable ; mais pour la gestion, ce sont des sombres merdes. À l’heure actuelle, ça débat encore pour savoir si Staline a explicitement voulu se débarrasser des paysans ukrainiens, faisant 2,8 à 7 millions de morts (avec une côte mal taillée à 3,5 — c’est ça la magie des totalitarisme, on n’est plus à un ou deux millions de morts près !), auquel cas c’est un génocide, ou si oups, pas fait exprès, désolé (surtout que bon, apparemment, ça a aussi tué un tiers des Kazakhs, et que pour la peine, il n’avait pas vraiment de grief contre eux). On est chez les fous, et il y a toujours, en 2020, une armée d’idiots utiles en France, et notamment plus précisément dans ma propre ville — où ils ne prennent même pas la peine de se cacher sous un autre nom, comme « EELV », non non, les purs descendants de ceux qui avaient affichés en 1955 une énorme bannière sur la mairie « merci maréchal Staline ».

Gareth Jones est un génie des langues et de la géopolitique, un homme vertueux, un journaliste extraordinaire. Il sera assassiné, lors d’un reportage en Mongolie, par les services secrets soviétiques en 1935, à pas même 30 ans.

950ème semaine

Premier véritable conseil municipal. J’ai toujours voulu y assister, mais j’avoue que je n’avais jamais pris le temps de me renseigner sur les dates et horaires. Ce n’est pas comme si mon emploi du temps n’était pas déjà bien trop chargé. Mais là, j’avais un rôle à jouer, alors ça valait le coup. D’autant que j’ai beaucoup bossé dessus.

Une tonne de documents à avaler en une semaine. Voilà comment ça marche, la démocratie locale : 400 pages de documents techniques essentiellement financiers, autant de morceaux d’AG pré-écrits où l’on en apprend des vertes et des pas mûres, noyé au milieu des trucs classiques et chiants de type nomminations à la tripotée de commissions diverses et variées. On y voit en action le plus pur clientélisme communiste et la gestion dans l’à peu près des finances publiques, avec une partie non négligeable qui ne doit pas être bien légale, mais comme il n’y a aucun contrôle, tout va bien. L’opposition réduite à peau de chagrin ne peut que faire dans le vaguement symbolique, et n’est souvent pas au niveau — d’un point de vue technique (connaissance, analyse et synthèse des données) que politique (synthèse et prise de parole percutante — déjà, prendre la parole tout court est un challenge hors de portée).

L’affaire est d’une diabolique efficacité dans l’inefficacité. 65 points discutés en 3 heures, dont 30 votés d’un seul coup. Des conseillers de la majorité qui ne comprennent rien et lèvent le bras quand on leur dit de le lever. Même quand il s’agit de voter sur la base de documents qu’ils n’ont pas vu (plusieurs centaines de pages à analyser en quelques minutes, un exemplaire pour 49 posé sur une table que personne n’a ouvert). La blague intégrale. L’argent s’envole ainsi. 50% du PIB bouffé par l’État : on lui donnerait 100%, à ce niveau, ça se démerderait pour être encore en déficit à la fin de l’année. Hallucinant. 180 millions d’euros fumés par des incompétents notoires, mais bêtes politiques nées.

Expédié c’est dépensé !

lundi 20 juillet 2020

musées masqués

Le musée Marmottan est à l’autre bout du monde connu, du côté des très riches parisiens, on a l’impression de prendre un tunnel spatiotemporel et de se retrouver dans un univers différent, captivant et inquiétant. Alors on n’y va pas beaucoup. Je n’ose regarder depuis combien d’années… Il faut dire aussi que ce n’est pas donné — même au chômage. Au moins, avec ces histoires de masques et de covid, on a l’assurance qu’il n’y a pas grand monde. À Marmottan, on trouve de la vieillerie d’empire (dont des séries de mini-portraits accrochés au mur qui donnent envie de jouer à « Qui est-ce ? ») et évidemment les impressionnistes (surtout au sous-sol) qui ont fait la renommée du lieu.

L’exposition temporaire « Cézanne et les maîtres. Rêve d’Italie » aurait déjà dû s’achever, mais finalement elle durera presqu’un an. Le problème que j’ai avec cette partie des impressionnistes, c’est qu’il peignent chez moi. Alors la vue de Sainte-Victoire, ma soeur avait la même dans sa maison provisoire post-inondation, ça m’impressionne guère. Il y a un élément trop familier. Le côté italien n’aide guère : en fait Cézanne n’y a jamais mis les pieds. On y met donc en regard du « Tintoret, Le Greco, Ribera, Giordano, Poussin, et pour les modernes Carrà, Sironi, Soffici, Pirandello sans oublier Boccioni et Morandi ». Bref, ça fait partie de ces expos qui ont un scénario encore plus mince qu’un porno ; mais ce qui n’empêche pas de prendre son pied en matant le festival (comme un porno aussi).

En redescendant la rue de l’Assomption du 16ème arrondissement, qui s’appellerait rue Lénine dans un univers parallèle plus en banlieue rouge, curiosité ethnographique à elle seule, on se retrouve à la Maison de Balzac. J’étais quelque fois passé devant, sans y entrer. Normalement, il faut réserver, mais il n’y a pas foule pour les visites. Encaissé en contre-bas, ce qui laisse voir la Tour Eiffel qui n’existait pas encore, et permettant surtout encore plus bas, depuis une sorte de souplex, de pouvoir s’échapper de ses créanciers, la maison n’est pas très grande, pas très éclairée, mais dispose d’un joli jardin. La décoration est vieillotte, c’est dans son jus. Il y a des citations sur les murs qui font bien rire. Des manuscrits originaux, et le bureau sur lequel ils ont été produits. La myriade de corrections avant le 3e BAT (ça sent le fichier en « version finale 42 », la terreur des éditeurs).

Bref, travaux à prévoir, on fera peut-être une offre.

mardi 14 juillet 2020

949ème semaine

Intronisation des conseillers municipaux dont je n'avais aucune chance d'en être (même si on avait été élu, a priori : vraiment trop loin dans la liste, faite avec les pieds par ma tête de liste). Choix d'une grande salle... insuffisante, il faut être VIP pour pourvoir être dans le public intérieur, sinon c'est avec les familles, à l'extérieur (et là, c'est folklo...). Les VIP, c'est l'aristocratie coco. Tout le monde cherche Assa Traoré, mais elle s'est déjà tirée. Moment tout de même républicain. Geste républicain, à mon sens, de mon opposition — sauf la tête de liste qui n'a pas osé aller aussi loin : vote en faveur du seul candidat à s'être présenté, coco donc (pour un rempilement de mandat). Ça a fait son petit scandale dans nos rangs.

La question est intéressante. Les cocos ne sont pas des enfants de coeur. Certains leur refusent le titre de stalinien, mais je ne suis pas loin de penser qu'ils en héritent toujours directement. Ils peuvent avoir des propos et attitudes civilisées qui dérapent très rapidement ; mais surtout, leur structure incroyable hérite d'un savoir-faire catholique repris ensuite par les régime totalitaire, ils forment leur bataillon dès l'enfance, recrutent, formatent, se reproduisent. Il ne faut jamais sous-estimer un communiste, j'aurai au moins appris cela. De là à les considérer comme des ennemis de la nation, il y a cependant une marge. Il y a en tout cas plus extrémiste qu'eux — et je ne pense pas seulement au RN et autres fachos, mais à LO ou le NPA, dont les candidats chez nous ont encore fait un score misérable. Le coco vit du système, son combat est plus d'apparence qu'un véritable souhait révolutionnaire. Le coco français est avant tout français : mettre en place un goulag impliquerait de travailler, et travailler, c'est tout de même horrible. La réalité est que la CGT sabote le pays par flemme plus que par envie révolutionnaire — ça, c'est l'alibi. Et ce n'est pas pour rien qu'il s'entend fort bien avec le patronat tradi catho "social" : il a le même fonctionnement cérébral (le paternalisme lui va d'ailleurs extrêmement bien !). Il ne faut pas trop se perdre dans leurs contradictions : comme chez les cathos encore, tout est mélangé dans leurs cerveaux, donc il ne faut pas chercher de cohérence (en plus, ils n'ont pas de Jésuites. Faut dire que quand on les côtoie un peu, on se rend vite compte que le niveau est plutôt au ras des pâquerettes... Ça fait longtemps qu'il n'y a plus de tête pensante dans le bordel !).

Bref, ce n'est pas seulement parce que par le passé, j'ai moi-même voté coco que je trouve qu'il était inconcevable et horrible que d'avoir donné nos voix (deux) au seul candidat qui s'est présenté, de manière tout à fait républicaine. Il faut plutôt prendre acte que l'on a été manifestement très mauvais — 65% d'abstention. Et pas seulement à cause du choix de la tête de liste, qui a sur-personnifié la campagne, mais à cause d'une dynamique d'équipe qui n'a pas pris. Et du fameux contexte national aussi, à n'en pas douter (le test est plus qu'en double-aveugle, pour la peine : les villes avoisinantes, parfois avec candidate ou candidat bien plus brillants, se sont pris des tôles trois fois pires !). Mais cela appelle aussi à une grande réflexion sur la démocratie et la manière de faire campagne.

Un dernier mot sur ce point : personne n'a pas parlé finance. Hallucinant et révélateur.

mardi 7 juillet 2020

948ème semaine

Et voilà les élections municipales, 2e tour, enfin. À vrai dire, personne n’a vraiment rien branlé nulle part. J’avais plein d’idées, personnellement. D’autres aussi. Rien n’a percollé. Tout le monde s’est contenté de ne pas faire grand chose. Service minimal. Chez les électeurs aussi. J’ai tenu sur huit heures sans interruption, si ce n’est quelques minutes de permutation, trois bureaux de vote. C’était pas très épique. L’occasion de discuter un peu avec les cocos présents pour assesser — eux, ils sont vraiment légion. Ou de les entendre discuter. C’est étrange, le nombre de dissonance. Ça parle école, médecine, on est bien d’accord que rien ne va bien. Mais bon, ça doit être la faute à un bon dieu démiurge local, parce que sinon, aucun rapport avec le quasi-siècle de communisme local. Rien de rien. Il y a de ces mystères…

Ce qui est certain est qu’il n’y a pas d’opposition à la hauteur. Pour avoir vu d’un peu loin à quoi ça devrait ressembler, on n’y est pas. Et toujours cet amateurisme global, de l’à-peu-près, de la non-capitalisation, c’est assez effroyable. Bouts de ficelles partout. Pour gérer ce qui constitue in fine un pays complet. Ouch. On pouvait un peu s’en douter, mais le voir de près, si ce n’est encore de l’intérieur (pour l’instant, je serais plutôt à l’intérieur de la périphérie), c’est quelque chose, entre le fascinant et l’effroyable.

mardi 30 juin 2020

947ème semaine

Il y a en ce bas monde des illogismes qui me laissent pantois. Échangeant sur Twitter avec quelques professeurs fort remontés, j’ai compris que ce qui les gênait (euphémisme) était finalement d’avoir travaillé a posteriori pour rien. Mais a priori, on n’en savait rien. Il est toujours aisé de refaire l’histoire une fois que l’on a la solution. En entreprise, c’est tous les jours qu’il faut prendre des décisions en étant à moitié aveugle. Parfois pour rien. Mais il est vrai que le corps professoral aime la régularité, ce n’est pas le genre de psychologie adepte des surprises, dirons-nous.

Le confinement a montré que demander à des personnes de ne pas bouger de chez elles, pour ne pas courir un risque assez ridicule (taux de mortalité fort bas et très concentré), était une violence psychologique incroyable. Pire qu’être en guerre : ne pas être en guerre. Il y a des Juifs qui ont dû rester cachés des années pour ne pas terminer en camp dans des souffrances atroces. Relativiser un peu aiderait bien…

Bref, l’incertitude, ce n’est pas pour tout le monde. On s’en doutait un peu, mais à ce niveau, c’est assez dingue. Et là, je me penche deux secondes sur ma situation : pas de client, moins de 10k€ facturés depuis le début de l’année au lieu de 30 les années précédentes, aucun client jusqu’en septembre assez sûrement, ma startup qui s’est fait prendre en ciseau par le confinement (donc encore un an perdu, ça ne fera que la 4ème), et un client salopard contre qui j’ai enrôlé une affaire urgente en octobre concernant une facture d’avril sur un boulot de mars (2019) et où j’aurai (enfin !) mon audience en septembre (2020). 4000€ en jeu.

Le capitalisme rémunère le risque, c’est-à-dire la propension à savoir gérer l’incertain pour en produire de la richesse. Tout ce beau monde psychologiquement fragile a bien le droit de l’être, c’est embarrassant, mais on ne peut pas être bon partout. Par exemple, me concernant, mes aptitudes sociales et empathiques sont pour le moins limitées — mais je ne prétends pas le contraire. Qu’il constitue une bonne partie des légions anticapitalistes me dépasse en revanche. Je crois qu’ils n’ont rien compris au film. Un « vis ma vie » de 15 minutes les mèneraient au bord du suicide. Ne pas comprendre que cela mérite un petit bonus me laisse totalement dubitatif sur les capacités intellectuelles d’une bonne partie de cette population… Et très embarrassé sur la manière de faire comprendre ce qui constitue la vraie vie de ceux qui ne vivent pas sous protection des bontés de la modernité (parce que quand tu ne savais pas si tu allais mourir de faim ou occis ou pestiféré l’année d’après, c’était quand même un niveau d’incertitude un peu plus fort que même faire faillite…) ; bontés elle-même apportés par ceux qui ont pris des risques dans l’incertitude pour faire avancer l’espèce humaine dans la maîtrise de son environnement (toute l’histoire de l’humanité).

Vraiment, je l’admets : il y a des choses humaines qui me dépassent — en même temps, cela fait longtemps que j’ai décelé qu’homo sapiens sapiens n’était pas bien sec.

lundi 22 juin 2020

946ème semaine

Radio-pioupious va bientôt achever ses transmissions, mais peut-être que cela reprendra dès septembre prochain (avec l’aide des extravertis qui se sentent obligés de partager leurs fluides corporels en permanence). J’ai même trouvé des jingles sur le net. J’ai eu un coup de bol : les cours que je dispense sont essentiellement théoriques. C’est d’ailleurs un reproche que parfois on me fait : on me commande un cours de l’architecture, ce qui est la chose la plus complexe (et sous-estimée) à concevoir, car il y a besoin de simuler dans son esprit tous les tenants et aboutissants d’un projet, ce qui nécessite une maîtrise et expertise élevée, outre un esprit scientifique affuté (fonction intuitive à son maximal), et ensuite on vient me dire « ah mais on aurait voulu manipuler des légos ». Soit, mais pour ça, il faut beaucoup de matériel (heureusement devenu peu cher, même si ça reste beaucoup en environnement pauvre français) et beaucoup d’heures. En quatre heures, on arrive à peine à allumer une diode sur un système qu’on n’a même pas recompilé — avec 20 millions de lignes de code pour allumer ladite diode, un record (marginalement absurde). C’est une contradiction tellement fondamentale que ça en dit long sur l’incompréhension du métier par les écoles censées y former — même si je comprends le soucis de la mise en pratique, mais enfin il faut sortir des carcans, et notamment des ECTS stupides, à l’heure actuellement on tente de faire rentrer des pièces rondes dans des trous carrés plus petits.

Mais passons : coup de chance, que des cours plutôt théoriques, où il n’y a guère besoin de prendre de notes au tableau. Il valait mieux, parce que les seules fois où cela devait arriver, quelle galère ! À jongler avec les systèmes de visio, on voit bien que tous ne se valent pas. Fiable sur la transmission mais aucunement adapté pour donner cours, Microsoft Teams a eu les beaux yeux de la grande majorité des écoles françaises. C’est désespérant. D’autant qu’elles ont dégagé de beaux budgets en ne faisant pas déplacer les profs (autour de 200€/jour en moyenne pour ma part ! Soit presque autant que mon salaire…). Mais ça ne doit pas être la même ligné budgétaire. La « crise » a révélé ce que l’on soupçonnait fortement depuis longtemps : la bêtise collective est largement supérieure à l’intelligence collective. Le mieux qu’on m’ait proposé, d’ailleurs, dans une école privée qui a repoussé tous les cours de deux mois pour mieux se préparer, c’est de commander une tablette graphique à 89€ sur Amazon, qu’on pourrait me rembourser, mais il faudra évidemment la retourner à l’école ensuite. Dans un pays civilisé, on aurait fait du side-car entre un iPad et un Mac, avec un stylet pour prendre des notes sur l’iPad qui projette les slides. Dans quelques siècles, on devrait y arriver — ah non, pardon, la pente est descendante, on sera largement morts d’ici là.

Côté profs, à l’ère des cours en blended proposés par les écoles de commerce et les vidéos Youtube chiadée sur toutes les disciplines (et de quelques précurseurs faisant des Facebook live depuis longtemps), ça n’a pas non plus beaucoup percuté. Il est vrai que se réinventer prend du temps. Du temps payé pour les titulaires. Personnellement, je reste un intermittent du spectacle, payé au lance-pierre, avec énormément d’heures d’administratif et de gras non payé — même si j’ai économisé les déplacements, on a tôt fait de m’emmerder pour un tas de tâches supplémentaires gratuites. Rien n’est fait pour, mais personne ne veut trop se fouler non plus. Ça attend essentiellement que la caravane passe, comme toujours. Pas très encourageant.

Comme je disais la fois dernière, le bilan est plutôt mitigé. Il y aura cependant eu une école où j’ai transformé le projet initial très peu ambitieux en projet hyper ambitieux possible grâce au distanciel — puisque j’ai pu étaler mes séances et profiter des trous apparus dans l’agenda. Les pioupious, pris de cours et peu habitués aux sollicitations, ont été au début assez mitigés — ou plutôt, la frange des râleurs qui se fait toujours la plus entendre était certes minoritaire mais assez épaisse. Une peur de ne pas y arriver, alors que depuis que je donne le même sujet depuis six ans dans plusieurs autres écoles, sujet correspondant à ce que moi-même j’avais réalisé quand j’étais en première et non deuxième année (et en beaucoup plus complexe, et en étant beaucoup moins nombreux…), donc garanti faisable — mais ambitieux. Excellent résultat au final, mais l’impression d’avoir dû bien lutter. C’est vraiment problématique, le niveau d’exigence. Ça dessert tout le monde, aussi. Mais la fin est heureuse, on est sauvés. Il n’empêche que par deux fois, dans deux écoles, ce cours (nonobstant le projet associé) a été programmé alors qu’il y avait un gros trou dans les connaissances des élèves. Non maîtrise du cursus. On m’a dit dans une des deux écoles, publique, que ce serait corrigé pour 2022, parce que la plaquette pédagogique 2020-2021 était déjà finalisée — super agilité de l’école publique universitaire. C’est un peu délirant. J’ai eu un responsable pédagogique au téléphone qui me disait que le C avait un moment été totalement éliminé de tout le cursus informatique — alors qu’il restait le C++. Invraisemblable. On se demande où l’on va, mais ce qui est sûr, c’est que c’est avec une sacrée myopie !

mardi 16 juin 2020

945ème semaine

Le temps passe tout à coup bien vite sans trop d’explication. De mercredi à mercredi, c’était la semaine aux sept anniversaires ! Vite, à la suivante — presque achevée le temps de publier avec presqu’une semaine de retard…

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