humani nil a me alienum puto

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lundi 29 septembre 2014

547ème semaine

Avec un nombre d'heures de cours démentiel à dispenser dans la semaine, le blog a encore accusé du retard. Passons donc vite sur l'activité annuelle de ce début septembre : les journées du patrimoine. Au programme cette année, le ministère de la défense (que je ne savais pas dans un hôtel dont la cave servait d'abri), celui de l'éducation, l'hôtel de Vogüé où s'élaborent tous les plans soviétiques de la France, un autre hôtel encore, rue de Varenne, où réside le Préfet de Paris (très sympathique, serrant inlassablement les mains avec sa femme toute la journée), avec un très chouette hôtel... Lieux de pouvoir, lieux aussi extrêmement agréables, dans les ors et la verdure, en pleine capitale. Visite ensuite des Invalides, un peu au pas de course, mais pour une rétrospective de la Première guerre mondiale depuis la tombe de Foch jusqu'au taxi de la Marne conservé dans l'immense musée de la guerre dont je me suis rendu compte que je le connais fort mal. On aura même pu porter un casque (lourd !) et approcher de très près un fusil d'époque (long et lourd !).

Le dimanche, tout autre chose, à la BNP, près des grands boulevards, dans l'ancienne fédération d'escomptes — grosso modo, de l'affacturage ! "Solution" trouvée à la crise sous Louis-Philippe, de mémoire. Immense bâtiment qui recèle une verrière avec une hauteur sous plafond démente, un plancher en verre (invention Saint-Gobain bien avant le béton translucide), des marbreries de folie, un ascenseur paléolithique, des boiseries luxueuses et j'en passe. Les banques et les institutions, ou le pouvoir toujours aussi bien loti — surtout les banques, clairement.

mam'zelle rousse

"Miss Julie" de Liv Ullmann, 74 ans et ancienne égérie de Bergman, est l'adaptation de la pièce de Strindberg dont on se disait qu'on aimerait en connaître les exacts ressorts depuis l'adaptation dansée à Garnier. Voici 2h13 de travail psychologique, où la fille aristocrate tourmentée depuis le décès de sa mère, alors qu'elle était jeune (et interprétée par la très mignonne Nora McMenamy, qui en bonne écossaise perpétue le gène roux pour assurer le futur de l'Univers & de l'humanité), a tourné en une demoiselle étrange, qui passe outre quelques convenances, tout en tourmentant un peu son monde. Naturellement cruelle, humiliant facilement, faisant montre de peu de pitié, elle joue dans son petit monde : mais ce complexe de supériorité ne cacherait-il point un complexe d'infériorité, lui-même corrélé à une profonde dépression typique de la gent féminine aisée de cette fin de 19ème siècle ?

Le huis clos cinématographique ressemble à du théâtre filmé digne de Rohmer. Jessica Chastain, en miss Julie, réussit à donner vie au moindre sentiment ; elle est fascinante, avec sa rousseur, sa force et sa fragilité, faisant évoluer le personnage d'un extrême à l'autre. Colin Farrell (John), sourcils taillés pour accentuer l'air de chien battu permanent, oscille entre sa maîtresse, qui le fascine et qu'il voudrait posséder sans que sa condition ne lui permette réellement plus que de lui baiser ses bottes boueuses, et la domestique cuisinière, une femme simple mais bonne. Samantha Morton (Kathleen) est justement de ces Irlandaises solides et pieuses, respectant à la lettre l'ordre du monde, car un jour, pour l'éternité cette fois, les derniers seront les premiers.

Le tourment, le désir, et l'ordre du monde. Les trois vont se frotter, s'affronter, se séduire, se détruire. Au-delà du drame amoureux, psychanalytique et social qui se joue, dont la trame pourrait paraître simpliste (le culte de la virginité), il transparaît des thématiques plus profondément intéressantes encore : l'érection de l'idéal, au corps prétendument parfait, de ceux, peu nombreux, qui doivent jouir pour les autres ; en dessous, ceux qui doivent s'efforcer d'y ressembler et doivent les servir ; lorsqu'il se rend compte de la supercherie ("vous avez les ongles sales", etc.), John — qui en tant que domestique évolue dans l'ombre et observe la vacuité, la normalité, la ressemblance intrinsèque — évolue vers une schizophrénie qui le pousse à détruire ce qu'il a adoré, mais adore toujours. Miss Julie n'est pas parfaite, mais il la rêve toujours ainsi, et une fois possédée, celle-ci l'est-elle encore ? Conscient et inconscient s'affrontent, joutent. Le jeu social montre les ressorts artificiels mais nécessaires : Miss Julie est à bout de souffle, John perd ses repères, Kathleen tient grâce à la foi aveugle qu'elle s'impose. L'organisation de ce monde miniature et représentatif ne peut tenir que par le mensonge accepté par tous : si l'on y casse quoi que ce soit, fut-ce dans l'espoir d'une redistribution espérée (égoïstement) meilleure, plus rien ne tient debout. Qui n'est pas assez solide tombe, surtout depuis les cimes : Miss Julie paie sa position par sa faiblesse toute humaine qu'elle s'est épuisée à cacher.

Triste sort (surtout pour une rousse aussi magnifique).

destinée littéraire

"Gemma Bovery", ça ressemble trop à Emma Bovary pour ne pas laisser présager un malheur. C'est ce que se dit Fabrice Luchini, lettré reconverti en boulanger de Normandie, quand il voit arriver ses nouveaux voisins. Et qu'elle est belle, Gemma Arterton (oui, Gemma aussi IRL) ! Quelle volupté, de ces Anglaises qui échappant au sort commun de la défiance génétique généralisée de l'île, n'arrêtent pas d'être belle : le visage, les taches de rousseur, la taille épaisse mais ferme, cette jeunesse effrontée, curieuse de vie et timide, renfermée à la fois... Forcément, Gemma attire les regards, les hommes, même dans un trou normand où elle s'ennuie rapidement.

Anne Fontaine va plus loin que le triangle amoureux (on arrive à quatre hommes autour de Gemma, tout de même : le mari Jason Flemyng, Luchini, le jeune châtelain local et l'ex réapparu...), et joue avec des codes anglais : le comique et le dramatique mélangés ; tout en n'oubliant pas l'érudition et l'esprit bien français. Le mélange est étrange est détonnant, léger et sérieux. Le tout marche très bien, alors même que le scénario est pour le moins fantaisiste. Une réussite (la souris est d'accord).

samedi 27 septembre 2014

AMEN A-MEN Rossini !

Il faut toujours une ouverture pour un concert, et a fortiori pour une tardive ouverture de saison : celle de Guillaume Tell, étrangement, est plutôt rarement donnée, et c'est donc avec plaisir qu'avec la souris nous avons pu nous replacer de manière plus centrale au premier balcon, profitant de tarifs prohibitifs contre-productifs. Sur la scène, l'Orchestre du Teatro Regio Torino dirigé par Gianandrea Noseda.

Pour la première partie, entre deux Rossini, un riche Respighi a été glissé : Rossiniana. Très agréable, avant un petit entracte, et le plat de résistance, le Stabat Mater de Gioachino Rossini, avec Erika Grimaldi (soprano), Daniela Barcellona (mezzo-soprano), Piero Pretti (ténor), Mirco Palazzi (basse) et le Chœur du Teatro Regio Torino (direction Claudio Fenoglio). Non seulement c'est très beau, mais en plus puissant, et l'apothéose finale à coup de "Amen !" emportant tout sur leur passage.

Bonus chocolaté à la sortie : ils savent emporter l'adhésion du public !

ouest danois

Il a eu le western spaghetti. Voici le western danois. En VO au début — avec de la très très très jolie danoise pour compenser la langue. Le western explore la zone de non-droit de l'humanité, celle où l'institution devient vacillante : que devient alors l'humain ? Certes il y a la violence. Mais surtout, "The salvation", c'est la lâcheté. La lâcheté absolue d'un village au milieu du désert que dépeint Kristian Levring pendant 1h33. John (Mads Mikkelsen) et son frère sont des anciens de la guerre : ils ont appris à éviter la violence et cherchent la tranquillité au milieu du désert. Delarue (Jeffrey Dean Morgan) et son acolyte Le Corse (Eric Cantona) sont à l'opposé : après avoir aidé un village à exterminer des indiens locaux, ils ont vendu leur âme au capitalisme pétrolier naissant pour exproprier par la peur les habitants. Au milieu, Eva Green, ambigüe muette, magnifique défigurée.

"The salvation" est un western violent où l'on n'est jamais tranquille. L'ennemi est partout, et l'allier peut être inattendu. En ce sens, la psychée couarde générée par la terreur et la réduction de l'homme en loup pour l'homme, sont particulièrement bien exposés : on déteste bien plus ces villageois imbéciles, fuyards et surtout complices collabos de leur propre drame, que le méchant officiel. Intéressant, et fort bien réalisé !

ciné pictural

"Shirley" ("voyage dans la peinture d'Edward Hopper") de Gustav Deutsch est un étrange film introspectif et pictural venu d'Autriche, faisant figurer dans tous ses états une magnifique & magnifiée Stephanie Cumming, dont on ignore à peu près tout (quelques courts, "performer" et chorégraphe canadienne à Vienne... Mais quel âge ? Une belle fin de trentaine à n'en pas douter). L'idée est la suivante : on reprend de célèbres (mais pas les plus célèbres non plus) tableaux de Hopper, et on raconte une histoire contemporaine — étalée des années 30 aux années 50, donc, mais avec une actrice intemporelle, elle-même comédienne dans le film. Un magnifique travail de lumière et de plastique, dans de petites scènes se succédant durant 1h33, perdues dans les pensées de l'héroïne (parfois complétée d'un second rôle masculin par Christoph Bach). C'est statique et poétique, une expérience très originale, quoique pas totalement enthousiasmante.

dimanche 21 septembre 2014

546ème semaine

Semaine très remplie de boulot, déplacements, journées qui finissent à pas d'heure, visites de salons pro, forcément il n'y a pas grand chose à raconter... Encore deux ou trois semaines comme ça...

archipetons par chez moi

L'archpieds de septembre était dans le quartier. Le mien. Ou presque : Sud de BNF et alentours, dans le 13ème, en constante mutation depuis facilement dix ans, mais surtout ces trois ou quatre dernières années, où une université a poussé (Paris 7 grands moulins), un collège entier, des immeubles dont la moitié sont sociaux et pourtant extrêmement convenables, ponctués de bureaux "qui rapportent" pour être certain que jamais la classe moyenne (celle qui a fait beaucoup d'études sous la promesse d'un avenir radieux et se retrouve à galérer) ne pourra y acheter quoi que ce soit.

C'est aussi, jusqu'à la rue de Patay, le quartier d'Hinata-chan qui a préféré bosser et nous a lâchement abandonné. Heureusement, j'ai pu recruter B#5 pour compenser. Denis a toujours les petites anecdotes et suppositions qui vont bien. Ce nid de brindilles entourant le nouvel immeuble tout noir (dont l'intérieur prévu pour être une reprise de la mise en scène de Platée par Pelly a été revu à la baisse en un monticule de terre et végétation, sans eau), ne serait-il pas dû à une nouvelle obligation légale d'utilisation minimale de bois ? L'architecture, au milieu des normes, devient sérielle : l'architecte soumis aux normes invente de quoi s'y soumettre tout en prenant le contrepied. D'autres exemples de ce type suivirent.

Il me semble que dans le name dropping, celui qui est le plus revenu est Rudy Ricciotti, qui sait décidément faire de bien belles choses, même s'il a un goût certain pour le massif. Passé l'université et les méandres d'un quartier dont on se demande comment parfois des mondes construits séparément vont un jour se rejoindre (il va y avoir de sacrés trous, pour sûr...), le bas de l'avenue de France promet deux immeubles historiques bientôt livrés, qui outre leurs caractéristiques originales (l'un qui part en deux sous-immeubles, tours en regard — un pour le social, l'autre pour les très-riche, se regardant avec amour — ; l'autre recouvert de verdure), vont dépasser la fameuse limite des cimes parisiennes. Le périphérique franchi, sans arriver jusqu'à Ivry (approché à moins de quatre mètres), la fameuse usine de retraitement de déchets d'Ivry Syctom. Crochet par la porte de Vitry, remontée rue de Patay, pot, redescente en suivant le lycée de je-ne-sais-plus-qui (mais fort remarquable, déjà aperçu depuis le 132), exploration du nouveau quartier-à-pauvres (pauvres, mais heureux) autour de l'armée du salut de Le Corbusier, qui a fort mal vieilli et subi une longue rénovation (je me souviens du temps où cet immeuble était tout seul au milieu d'à peu près rien... À présent on ne le voit plus).

Bouclage devant l'immeuble de Pink Flamingo qui était censé être rose et a fini orange : un nid à étudiants ! Comme quoi, on y pense un peu, parfois... Avec tout ça, nous zappâmes ironiquement l'école d'architecture. C'était le dernier archipieds de la saison, le suivant étant annulé pour cause de retard de livraisons. Et c'était à domicile, ou presque.

vendredi 12 septembre 2014

545ème semaine

Pour une fois, je ne suis pas trop mécontent de rater le début de la saison musicale, qui ne m'a guère inspiré, ou parfois désespéré avec les tarifs pratiqués (l'opéra de Paris marche sur la tête...). Pas de temps. Trop de boulot. L'impression d'un goulot. Avec une deadline, les cours qui reprenne. Tout cela se calmera bientôt. Mais quelque part, cette reprise fait du bien au moral : les problèmes de riche (riche... si ça facturait mieux, surtout, en fait), c'est tout de même mieux que les habituels problèmes de pauvres...

dans les limbs

Le premier spectacle de la saison aura été du total pied levé : je n'avais pas du tout vu ce "Limb's Theorem" au théâtre du Châtelet. Vendredi soir, c'était annoncé complet. Soit. Retour samedi après-midi, pour la seconde représentation : on nous propose un reste de places paumées et plutôt chères. On passe. On part déjeuner. On revient : peuple monstre dans la file des derniers-minutards. Ciel ! La souris occupe le devant du théâtre à la recherche d'une revente ; je me mets en file. Après déduction, je devine qu'il y a de la place libre. Et combien ! Tout le monde est servi, et plutôt fort bien. À notre tour : à droite, au guichet, la femme qui nous avait renseignée engueule une jeune touriste parce qu'elle a demandé si elle pouvait payer par CB (réponse : oui). À gauche, une jeune femme qui a l'air beaucoup plus sympathique. Croisement de doigts : bingo. Places au fond de corbeille, de 3/4. Et puis "ah non, attendez". Suspense. Places 5 et 7, plein centre, premier rang, corbeille. Places de ministres. 15€ l'unité. Cherchez pas.

Trois pièces, 2h15 avec entractes. Du pur Forstyhe comme on aime. Fluide, techno, rapide, construit, parallèle, obscur et clair, interagissant avec des formes et panneaux (je présume que la moitié de la salle côté jardin a raté pas mal de la troisième pièce...), fourmillant d'idée, avec sa grammaire propre. On a eu envie de crier notre amour à William. Assis place 3, avec son bob sur la tête. What?? Is it Bill?! Finalement, la seule interaction, outre de parler de la musique un peu forte de Thom Willems avec la souris (il était encore plus au point niveau bouchage d'oreilles), aura été d'échanger nos places pour lui permettre de mieux s'échapper avec son acolyte (Michael Simon, scénographe ?) pour les saluts — provoquant quelques déplacements qui ont perturbé puis amusé JF Zygel et son ami (j'ai donc, au final, pris la place de William Forsythe et pris comme quasi-voisin JF Zygel...).

Il paraît que Forsythe, après s'être égaré dans le nawak, revient à ses vieilles amours. Pour le festival d'automne, on avait un peu peur. Mais avec Limb's I et Limb's III, entrecoupés de Ennemy in the Figure, trois pièces de 1990, on ne pouvait pas se tromper. Le ballet de l'opéra de Lyon est toujours aussi brillant dans ce répertoire. On retrouvera tout le monde au théâtre de la ville, en face, avec très grand plaisir !

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