humani nil a me alienum puto

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lundi 20 octobre 2014

550ème semaine

Une grand messe du Syntec, un colloque d'avocats entreprenants, de la boustifaille chez Kenzo, un vernissage express dans un grand hôtel plein de gens bizarres, et puis une tournée chez les geeks linuxiens à Düsseldorf : encore une bonne semaine de repos, pardi ! Allez, bientôt le calme...

yuja et la mèche

Beaucoup plus de monde au deuxième concert de Yuja Wang, qui affichait complet samedi de la semaine dernière : avec des prix de 45€ maximum (division par trois par rapport au mardi...) ou avec un Gautier Capuçon au violoncelle, allez savoir, la salle était pleine à craquer et il a été aussi difficile de se replacer qu'un jour de Barenboim. C'est dire. Le programme n'était pas bien complexe :

    Claude Debussy
    Sonate pour violoncelle et piano
    Sergueï Prokofiev
    Sonate pour violoncelle et piano
    Entracte
    Sergueï Rachmaninov
    Sonate pour violoncelle et piano

Plus quelques bis dont je n'ai plus souvenir, mais qui était fort bien (il m'en reste au moins le sentiment). Nous découvrîmes essentiellement pendant cet agréable concert où Yuja était forcément bridé, que le métier de tourneur de page est absolument merveilleux, car il a la meilleure vue. En l'occurrence, la mini-robe sous long voile (même astuce que précédemment, mêmes difficultés pour ne pas se prendre les pieds dedans, mais moins de cuisse émouvante en vue), et puis tout le reste.

Capuçon était impeccable, et on peut dire sans faire insulte à notre héroïne haute comme trois pommes à croquer que c'est surtout lui qui a assuré la soirée.

mardi 14 octobre 2014

549ème semaine

Une semaine de retard dans mes billets, et une écriture depuis un hôtel de Düsseldorf : on va passer pour cette fois encore…

Yujite pour le meilleur et le pire

Yuja Wang a trouvé un savant moyen de raccourcir encore sa couverture corporelle tout en faisant mine de se plus se couvrir : en optant pour une mini-robe avec large ouverture entre le bas et le haut, laissant apercevoir de larges pans de son parfait petit corps, contre-balancée par une longue traine que ses talons (sur lesquels elle ne sait toujours pas marcher) aidait à peine à ne pas tout le temps écraser, elle a réussi cet exploit.

Quid de la performance pianistique, depuis un rang E impair savamment calculé pour un aperçu du frottement des cuisses ? (Que la nature nous prodigue de merveilles, tout de même…) Cela valait-il le tarif prohibitif qui fit fermer le second balcon pour un replacement massif à des places vendues dix fois plus cher ? Première déception pour un public venu écouter le programme originellement prévu, très espagnol : seulement la dernière pièce gardait un goût d’oriental.

Franz Schubert
"Liebesbotschaft" extrait de Schwanengesang D 957, transcription de Franz Liszt
"Aufenthalt" extrait de Schwanengesang D 957, transcription de Franz Liszt
"Der Müller und der Bach" extrait de Die schöne Müllerin, transcription de Franz Liszt
Sonate D 959
Entracte
Alexander Scriabine
Prélude pour la main gauche opus 9 n° 1
Prélude op. 11 n° 8
Fantaisie op. 28
Prélude op. 37 n° 1
2 Poèmes op. 63
Sonate op. 68 n° 9 "Messe noire"
Mili Balakirev
Islamey (fantaisie orientale) op.18

Mais bon sang, quelle idée aussi, les pianistes changent autant d’habits que de robes, on vient écouter l’artiste, jamais une oeuvre particulière (et pour Yuja, on vient surtout la mater, pour célébrer qu’un aussi jolie petit bout de fille puisse être aussi doué). Bref, Yuja dans Schubert tout triste (la D959… Aaahhh…) ce n’est pas forcément l’idée du siècle : encore trop jeune. Scriabine a moins besoin de (mal-)vécu, et fait plus appel à la technique brillante — en plus Yuja vient de l’école russe. Balakirev vient injecter de l’originalité dans la soirée, avant un festival de bis, certains classiquement yujesques, d’autres totalement yujesquement déjantés, bref c’était probablement la meilleure partie. Et puis c’est toujours pareil : on ne sait pas jusqu’où ça ira, c’est la fille qui choisit ce qu’elle offre, et ça, c’est rudement excitant. Yuja aussi, dans son ensemble.

sens dessus dessous

L’exposition de la Pinacothèque sur Kâmasûtra pouvait être tout et n’importe quoi. Mais l’amie guide-conférencière devant en assurer bientôt la présentation, nous devions bien y faire un tour — un dimanche après-midi, quelle idée… Tarif toujours aussi indécent, mais trois heures de parcours, tout de même, pour 300 oeuvres environ, dont trente sont sélectionnées par l’audioguide.

Il est bien précisé dès le début de quoi il s’agit exactement, loin de l’image sulfureuse qui nous est communément parvenue (mais qui sert aussi d’appât à l’expo, soyons honnête) : un texte complexe de gestion de la vie (moral, en somme), en sept livres, écrit vers le VIème siècle par plusieurs Brahamanes, essentiellement Vâtsyâyana, issu d’une très longue tradition indienne, qui a fait référence pendant plus d’un millénaire — en fait il faut même attendre le XVIème siècle pour des illustrations peintes explicites. Et l’Inde, ce n’est pas simple. Et c’est plus d’un milliard de personnes, ce que l’occidental ignore toujours superbement (après avoir foutu sa merde dans le coin, via les anglais libéraux-puritains, en bons protestants paradoxaux).

J’ai plusieurs fois tenté d’y voir clair dans le bordel indien, sans succès. Par où commencer ? L’exposition se heurte au même problème. Alors on prend les choses depuis à peu près le début, c’est-à-dire Shiva et Pârvati, qui doivent bien forniquer pour engendrer le monde, du moins dès que le premier sera sorti de sa méditation pour faire attention à la seconde, sur-motivée. Il y a Vishnou, aussi, qui sponsorise la rencontre — tout dépend des traditions, il commence déjà à changer de nom, pour Krishna, qui a droit a énormément de culte sous ce nom. Ah oui, parce qu’en plus, les dieux changent de nom au fil des réincarnations, des traditions, du temps, des mythologies locales, etc., et on se retrouve avec des milliers de possibilités. Ils ont leur association avec l’autre sexe (par exemple Lakshmi pour Vishnou), qui peut aussi changer de nom en parallèle. Et pour couronner le tout, les dieux peuvent parfois changer de sexe, par exemple Mohini pour Vishnou. Au secours.

On ne résume pas deux ou trois mille ans de joyeux bordel sans perdre un peu le spectateur. Il faut souvent revenir sur ses pas pour relier les dieux, les écoles, les aventures, les acteurs… Vivement des tablettes interactives avec lexique incorporé ! On comprend les grandes lignes, comme l’importance du Lingam et du Yoni, c’est-à-dire des représentations fantasmées et idéalisées du pénis et du vagin, transformés en statues, amulettes et autres objets divers et variés. Loin de refouler le sexe comme le Texte occidental, l’Inde met la différence au centre d’une philosophie de la complémentarité. Loin de subir nos tabous, la statuaire des temples tout autant que l’art populaire et aristocrate fait figurer la zoophilie (extension naturelle d’une tradition où la femme du prince doit passer la nuit avec un cheval sacrifié pour lui apporter la puissance), l’homosexualité est admise (plus pour les femmes, surtout en harem, parce qu’il faut bien s’occuper en attendant), etc. — mais en échange, le sexe oral est vu comme particulièrement malvenu, plutôt pour les classes inférieures.

C’est dans tout cela que s’inscrit le Kâmasûtra : une fois le Dharma (vie vertueuse), l’Artha (l’assise financière, la prospérité matérielle) assurés, il faut s’intéresser au Kama pour bien réussir sa vie, c’est-à-dire au plaisir et au désir, à ressentir autant qu’à donner. Seulement alors peut-on atteindre le Moksha, c’est-à-dire la libération. Il ne faut pas se tromper, la voie est assez stricte : le Dharma est l’assise à l’Artha — mais inversement pour le prince, parce que ses sujets dépendent de sa prospérité. Exceptionnellement, les prostituées observent le Kama avant le reste, là aussi parce que tel est leur rôle. Et puis il y a ceux qui choisissent l’abstinence pour atteindre un plus grand Kama (dans la lignée de l’idée que retenir sa semence revient à accumuler de la puissance), comme le rédacteur même du Kâmasûtra…

Dans les sept livres, qui servent de fil directeur à l’exposition à partir de la seconde moitié, on a à boire et à manger. On s’adresse aux hommes explicitement, puis à la courtisane (qui a un statut particulièrement valorisant — j’adore, autant que cette secte où l’on se masturbe devant les jolies filles pour les célébrer) et à la danseuse, on exhorte à la fidélité tout en donnant la bonne démarche pour séduire la femme d’un autre (très explicitement…) ou à la femme pour se trouver un amant. Et puis il y a les fameuses 64 positions, manuel de jouissance, illustrées au fil du temps par différentes écoles, dont la première est Moghol (comme quoi !). La précision du trait est aussi surprenante que les astuces pour produire en série à l’attention de riches clients émoustillés.

Le septième livre, qui doit nous indiquer comment atteindre Moksha, bizarrement, cela semble vite expédié avec du tout et n’importe quoi. Pas de bol pour l’ultime secret. Pour se consoler, on a quelques extraits de film, histoire de voir que tout cela est présent encore dans l’Inde moderne, quoiqu’en proie à de sérieux paradoxes (dans une foi totalement éclatée, qui plus est). Et de se dire qu’on testerait bien les 64 positions avec ces mignonnes indiennes…

Au final, cette expo est riche, très riche, et mon accompagnatrice a carrément craqué. Ça ne sera pas facile pour elle d’en faire quelque chose d’approchable. Non, l’Inde n’est pas l’Occident, et l’approcher avec nos yeux n’a aucun sens. Et je dis ça sans vouloir y mettre un pied (évidemment que j’aimerais bien voir les temples et prendre la température locale, mais cela va contre ma philosophie de bien-vivre). Cette ouverture est donc a minima salvatrice. D’autres mondes sont possibles, où la jouissance, loin d’être refoulée, est à sa juste place.

lundi 13 octobre 2014

danse inanimée

J’ai tellement de retard dans mes billets que la souris a le temps de spoiler ce que je voulais écrire… Harald Lander nous a pondu un « Études » qui ne parle qu’aux balletomanes : une répétition, qui évolue en spectacle. Pis encore, cela devient un vrai défilé entre le cirque la gymnastique. Un assemblage de lieux communs . Au moins, on ne peut plus s’y tromper : la danse classique est un exercice combinatoire de positions finies et prédéterminées, appelé chorégraphie. Sans aucune âme, on s’ennuie à mourir la majeure partie de l’oeuvre…

Deuxième partie à Garnier pour Pas./Parts de Forsythe, une valeur sûre (cette fois sur bande enregistrée techno, ce qui évite les mauvaises surprises de l’orchestre de Paris décidément colonnisé). Mais peut-être que notre ballet, devenu somme d’individualités, est à présent trop déformé pour donner une âme à pareille oeuvre : si l’on a repéré quelques danseurs (danseuses, pour ma part, mais je n’ai plus la distribution sous les yeux), si l’on a passé un fort bon moment, ce ne sera pas ce qui rendra la soirée inoubliable…

Décevant, que tout cela. Pour 10€, ça allait.

dimanche 12 octobre 2014

piano piano

Ma saison avec l’orchestre de Paris commença enfin la semaine dernière, jeudi, mais sans Lola. Du coup, pour me consoler, il y avait B#7. Rien que ça. Opération replacement à trois, avec la souris — une quatrième larrone n’ayant pu être interceptée à temps.

Samuel Barber, Adagio pour cordes. La baguette de Long Yu correspond au bon mélo nécessaire. Étrangement, la courte et superbe pièce de Barber est très peu donnée au concert, il ne fallait donc pas rater l’occasion, au cours de laquelle l’OdP lui rendit justice.

Pour la suite du concert, le pianiste à chaîne, veste mesure, chemise ouverte et cheveux décolorés, j’ai nommé Jean-Yves Thibaudet, fit son apparition pour le concerto pour piano « Er huang » de Qigang Chen, l’un des derniers disciples de Messiaen (et probablement pas bien longtemps, si l’on compte sur ses doigts). Effectivement, on retrouve les effets irisés aux cuivres. Mais pas forcément la ferveur. Cela ne manque pas d’originalité, mais ça part comme c’est venu.

Tout autre chose encore, pour amortir le pianiste, George Gershwin, « I Got Rhythm - Variations pour piano et orchestre ». Mais avait-on vraiment le rythme ? La direction de Long Yu montrait probablement déjà des signes de faiblesses, mais il avait le bénéfice du doute. Après un ou deux rappels dont je n’ai plus aucun souvenir (mais il me semble bien qu’il y en eut), et un entracte, nous pûmes souffrir la pire suite (en extraits réarrangés, comme toujours) de Roméo et Juliette de Sergueï Prokofiev : quelle mollesse ! Que d’appuis inutiles ! On conçoit l’effet recherché, mais encore eut-il fallu quelque rubato, ou que sais-je : pas étonnant qu’il y en eut pour une grosse quarantaine de minutes… Un désastre musical total — le pauvre flûtiste, devant tenir des notes trop longues, nous a même un peu salopé le son à plusieurs moments.

On commença dans l’émotion et les larmes, nous finîmes dans l’exaspération… et les larmes aussi. Pas terrible.

lundi 6 octobre 2014

548ème semaine

Mardi, il y avait trophée. Excellencia. Avec de la demoiselle. C'était chouette, j'ai emmené la souris. Quitte à ce qu'il y ait un grand bol d'idéologie post-moderne égalitariste à deux balles, autant que ce soit avec de la jolie gambette de bourgeoises — parce que la supercherie était bien là, à se concentrer sur une inégalité à la rhétorique facile, on en fait oublier une autre beaucoup plus criante. Mais tout cela a été twitté, et je suis fort en retard. Alors passons, passons... (Les petits fours étaient excellents : j'ai appris à beaucoup apprécier le Syntec depuis que mon contrat de travail s'est relativement libéré de sa [non-]convention par la force des choses)

sermenté

"Hippocrate" est un fort plaisant film initiatique d'un Thomas Lilti qui signe certainement sa première oeuvre à large public. Il faut dire que l'hôpital où se joue la vie et la mort moderne est lieu de fascination populaire de nos temps : combien de séries et de téléfilms prennent le théâtre de machines scientifiques manipulatrices de la vie humaine pour décor ? Bizarrement, je ne vois pourtant pas beaucoup de films : serait-ce trop sérieux, ou pas assez ? Il peut y avoir des médecins héros, mais des initiations, pour un jeune médecin, mis à part pour la gaudriole d'un Scrubs, cela ne se voit point. D'autant moins que tout connaisseur un peu de loin du milieu estudiantin hospitalier sait que la réalité se divise en deux extrêmes, d'une part les célèbres orgies, d'autre part les gardes à l'infini de jeunes internes corvéables à merci, en période de disette financière pour se payer quoi que ce soit, à commencer par du personnel soignant et des instruments correct.

L'humain, cela ne se décide pourtant pas vraiment. Tombant de son monde magique du savoir scientifique, Benjamin le nonchalant surdoué de la promo (Vincent Lacoste), intégrant le service de son père, découvre que l'erreur est non seulement humaine mais aussi inévitable, et qu'elle peut se solder par un drame, qui peut parfois être une délivrance. On passe du livre théorique à la pratique non pas de techniques (quoique) mais de la matière vivante, pensante, interagissante. Ironiquement, dans le rôle du guide, se trouve être un vrai médecin, Abdel (Reda Kateb), réduit à être interne parce qu'en cours d'intégration depuis l'Algérie (des fois qu'un corps étranger soit différent d'un français, ou pour être sûr qu'on ne lui aura pas offert son diplôme en son pays, quel qu'il soit d'ailleurs). Les relations son complexes, dans un environnement particulièrement difficile, où pénètre un nouvel élément moderne, le management.

La greffe prendra-t-elle ? Le roman d'apprentissage est toujours semé d'embuches. Métaphore d'une métaphore, le film joue habilement des situations et montre crûment l'humain, dans son erreur nue du non-savoir pardonnable, et dans sa posture de savoir imposée par les circonstances. Les coulisses d'un théâtre qui tient difficilement debout, où l'humain ne peut finalement que primer sur la mécanique corporelle.

Dries oublié

Cela arrive rarement, mais j'ai oublié de chroniquer une expo... 12 septembre, à placer entre la 545ème et 546ème semaine, avant l'archipieds : "Dries van Noten, inspirations" aux Arts Déco. Je n'ai entendu parler de cette expo que parce qu'elle a été prolongée. Le concept est intéressant en soi : les oeuvres vestimentaires d'un maître, et en regard ses inspirations. Fi du mythe moderne de la création ex-nihilo. La scénographie souffre en revanche, comme souvent dans ce lieu, d'être plongé dans la pénombre. Ironiquement, cette exposition met plus en valeur Balanciaga que Noten. On est souvent époustouflé par des pièces à l'origine d'autres plus accessibles mais moins audacieuses de celui qui est pourtant censé être au centre. Quelque part, c'est peut-être aussi une rare preuve d'humilité. Je dois avouer que je connaissais très mal ce créateur, dont la boutique parisienne est pourtant pas très loin du Louvre, de l'autre côté de la scène. Dans la lignée de Kenzo, Dior et Balanciaga, cela vaut le coup d'oeil.

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