On nous avait vendu "La Gioconda" de Ponchielli comme LE chef d'oeuvre méconnu par le maître oublié de Puccini — mais qui doit avoir sa statut à l'opéra Garnier comme Auber, j'en suis sûr. Déception ! Il faut faire confiance à l'histoire : cet opéra est un brouillon, le chaînon manquant (mais qui ne nous manque pas vraiment) entre le baroque et ses histoires complexes et le bel canto italien à beaux chants et livrets neuneus. Nous avons donc : du beau chant qui ne marque pas, sur un livret archi-complexe très neuneu — un exploit, il est vrai.
Heureusement que Daniel Oren est brillant dans la fosse ; que la mise en scène de Pier Luigi Pizzi est d'une beauté à couper le souffle, en noir et rouge, en ombre et lumière de Venise, avec un système ingénieux et très simple de ponts sur canaux ; que les chanteurs sont vraiment bons ; et qu'on a en bonus une chorégraphie de Gheorghe Iancu, pour la Danse des heures (par une compagnie extérieure bariolée, un comble : on n'a pas de compagnie de danse, à l'opéra ?), avec deux remarquables solistes (Letizia Giuliani — très beaux seins — et Angel Corella). D'ailleurs, ce long (15 minutes ?) moment de danse était aussi le meilleur moment musical (fort étrange, puisque non chanté, en plein milieu de l'action...). Pour une coproduction Gran Teatre del Liceu et Teatro Real de Madrid, avec des costumes de la fondation des arènes de Vérone, on a mis les petits plats dans les grands — et ça tombe bien pour un gala AROP (dont étaient absents tous les présidents, étrangement).
Mais voilà : il manque un livret. Celui écrit par Arrigo Boito, d'après "Angelo, tyran de Padoue" de Victor Hugo, est un stéréotype de tout ce qui peut être à chier dans l'opéra. Ça ne tient pas de bout ! Et c'est long, mais long... 50 minutes, puis 40 et enfin 1h15. Alors qu'il ne se passe rien ! Et que tout est absurde : on passe du coq à l'âne, les personnages se lamentent un temps fou au lieu de se parler simplement, on en vient à prier pour que quelqu'un se fasse descendre — de préférence l'héroïne. Le tout dans un préchi-prêcha absolument intolérable.
La Gioconda (Violeta Urmana, quand même !) aime Enzo Gimaldo (Marcelo Alvarez — tu m'étonnes que ma place à 90€, heureusement payée moitié-prix, n'était qu'à deux rangées du fond du parterre de Bastille !). Mais Enzo aime Laura Adorno (Luciana d'Intino), tandis qu'il considère la Gioconda comme sa soeur. Laura est justement la femme du terrible Alvise Badoero (Orlin Anastassov). Ce dernier est très jaloux. Il a, par le passé, chassé Enzo, le faisant passé pour traitre. Mais Enzo est revenu incognito, par amour pour Laura. Le duc Badoero est aussi conseillé par l'intrigant Barnaba (Claudio Sgura). Évidemment, celui-ci est amoureux fou de la Gioconda, qui le déteste. Et il veut se venger d'Enzo, qui justement doit rencontrer en secret Laura. La Gioconda, qui ne sait pas que Laura est Laura, veut la peau de sa rivale. MAIS, Laura est pieuse (même si elle veut tromper son mari), et elle a sauvé (en intervenant auprès de son mari), pendant le premier acte, la mère de la Gioconda, la Cieca (très remaqueable Maria José Montiel), sans que l'on ne comprenne trop ce qui s'est bien passé, d'ailleurs (la foule tout à coup trouve que c'est une sorcière, alors qu'elle passe son temps dans les bondieuseries, elle aussi). Alors du coup, alors que la Gioconda allait trucider Laura, la reconnaissant, elle décide de la sauver, puisque Barnaba avait anonymement prévenu son maître Badoero. MAIS Badoero décide quand même, par amour, de tuer sa femme, parce que ça ne se fait pas, quoi, de voir des inconnus le soir (il ne sait pas encore que c'est Enzo, en plus, ah ah !). La Gioconda, de son côté, déclare à Enzo que Laura l'a largué comme une sous-merde, mais celui-ci ne la croit pas et se fâche. Mais la Gioconda décide quand même de sauver Laura de son mari, en remplaçant la fiole de poison par un philtre à la Roméo-et-Juliette, qui l'endort. Cependant, elle n'arrive pas à avouer à Enzo qu'elle a sauvé Laura, parce que c'est vraiment trop trop trop dur de perdre son amour qui ne l'a jamais aimé. Celui-ci, perdant patience, pense très fortement à trucider la Gioconda, parce que faut pas pousser quand même. MAIS tout à coup, Laura se réveille. Bon sang, l'amour l'emporte, c'est beau. Sauf que la Gioconda, pour sauver Enzo des griffes de Badoero, le premier s'étant publiquement déclaré fameux amant de l'ex-femme du veuf dans un acte de désespoir héroïque, avait demandé une faveur auprès de Barnaba, celle de libérer Enzo, en l'échange d'elle-même. Barnaba, la queue frétillante, avait donc pris les devant en trucidant sa future belle-mère (astuce !), la Cieca, aveugle et passant son temps à prier et à se faire traiter de sorcière, qui commençait à lui courir sur le haricot. Mais la Gioconda est pure et veut le rester — sauf avec Enzo, déjà parti sur une gondole locale avec Laura —, et ne pouvant décemment pas se donner à Barnaba, atteint à son étanchéité tout en demandant le pardon à Dieu — comptons : jalouse + suicide VS sauver une femme adultère ; je ne sais pas où elle finira, mais en tout cas, Barnaba la maudis.
Rideau. Sponsorisé par Doliprane. Je viens de vous faire économiser 190€. Ne me remerciez pas.
(Sinon, le bidule a été filmé avec des caméras pénibles partout — dont une juste derrière moi, m'assurant une absence de voisin —, le tout apparemment supervisé par une Kaptation de retour avec sa taille de jeune fille — ouf ! — mais en civil cependant ; en toute rigueur, ça devrait bientôt passer entre 23h et 2h du matin, ou alors dans vos cinémas favoris)
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