humani nil a me alienum puto

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mardi 23 avril 2019

885ème semaine

En sortant du ciné, lundi soir, pour une séance choisie en fonction de la maximisation de l’exposition au Soleil, on aperçut au loin de la fumée blanche. À quel hasard cela tient-il. D’où cela pouvait-il venir ? Hésitation. Allons voir, en trouvant un meilleur angle de vue. On se tâte, serait-ce ?… Confirmation via twitter : c’est Notre-Dame, qu’on voit brûler, et pas qu’un peu. Il est autour de 19h15. En fonction du vent, le nuage se dissipe encore plus de côté et laisse voir de sacrées flammes rouges. Les badauds s’agglomèrent sur le trottoir de l’avenue de France, où l’on voit le dessus de l’édifice à quelques kilomètres, dont la flèche, qui se consume, et finit par tomber. On la voit très bien. Stupeur.

Et colère. Cela fait des années que l’entretien est lamentable, et que l’on fait des travaux trop tard, dans mauvaises conditions, qui régulièrement donnent des incendies ravageurs. Comme c’est espacé de quelques années, seuls ceux qui ont de la mémoire — ou qui s’intéressent d’assez près au quotidien de l’art et du patrimoine — font le lien. C’est honteux. Dans un pays qui a un taux délirant de prélèvement et de dépense publique, avec un ministère de la culture obèse, avec un tourisme extrêmement massif qui vient parce qu’il y a justement ce patrimoine, c’est digne de la gestion des pires pays bananiers rongés par la corruption. Scandaleux. J’en avais rapidement eu l’intuition, et les révélations s’accumulent depuis. Et pourtant, une fois encore, cela risque de passer sans que rien ne change. Parce que se rendre compte de l’indigence généralisée serait trop douloureux. Alors on va rafistoler avec (pour une fois) les larges moyens du bord, on va guérir en je ne sais combien d’années et peut-être fort mal là où l’on avait largement la possibilité de prévenir (ne serait-ce qu’un véritable système interne et externe de protection incendie d’un monument aussi sensible, et pas une vague alarme manifestement pas si bien ficelée malgré son prix et deux gus apparemment pas bien réveillés, serait-ce trop demander ?).

Quelle misère. L’humanité est capable à présent de détecter et « photographier » précisément un trou noir, et se retrouve incapable d’arrêter le feu sur une charpente quasi-millénaire. Certains y verront un rappel à l’humilité. J’y vois surtout un oubli des fondements, des strates historiques, qui font ce que nous sommes. L’imprévisible est une fatalité. En l’occurrence, c’est simplement le signe de la décadence larvée de riches de notre temps.

Chine éternelle

On a souvent des problèmes à trouver un titre. Pour « Jiang Hu Er Nü » (nous dit Allociné), ça a donné en VF « Les éternels (ash is purest white) ». Parenthèse en anglais d’origine. Jia Zhangke avait eu plus d’inspiration pour « A touch of sin », qui était dans la même veine de la face obscure de la Chine, avec aussi comme héroïne l’actrice Zhao Tao, qui avait par ailleurs déjà joué dans un film sur la transformation du pays (24 City, que je n’ai point vu). Cette fois-ci elle est complétée de l’acteur Liao Fan et d’une affreuse frange lorsque les deux étaient deux jeunes étoiles de la pègres locale du fin fond de l’empire du milieu, au début des années 2000. Une peine de prison écopée pour protéger son amant la fait sortir en 2006 (et au bon tiers du film de 2h15) dans un pays transformé qu’elle a de la peine à reconnaître. Les choses ont changé. Vraiment ? La troisième partie, en épilogue ouvert sur la rupture (définitive ?) est contemporaine. Pourtant, elle boucle sur le même espace scénique, la salle de jeu miteuse — seulement, on y accède maintenant en CRH2 —, avec les mêmes personnages, les mêmes dynamiques entre eux, mais une grosse quinzaine d’années plus tard.

Mêlant histoire d’amour et histoire du pays, Jia Zhangke parcours deux sillons entrecroisés côté revers sombre de la médaille. C’est osé, et je suis quelque peu (agréablement) surpris que les autorités chinoises ne s’y soient opposées. Est-ce aussi là le génie du réalisateur ? La prestation de Zhao Tao (qui est aussi sa femme) est aussi superbe que les prises de vue. Du très bel ouvrage !

Warli MacBeth de Bastille

Cela faisait 10 ans que je n’avais vu ce grand Chostakovitch, dans le même opéra Bastille : Lady MacBeth de Mzensk. Vive le blog pour faciliter le souvenir ! J’avais dit à l’époque qu’il faudrait un carré rouge d’avertissement : opéra gore. 10 ans plus tard, je suis pris au mot : le site web de l’opéra prévient que « Certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes ainsi que des personnes non averties. » Il faut se méfier de ses bons mots, ils pourraient devenir réalité…

Il y a 10 ans, c’était du Kusej, et je faisais allusion à Krzysztof Warlikowski. Et là, c’est justement Warlinounet à la mise en scène. Ce blog aurait-il un épouvantable aspect prophétique ? Mille excuses. Comme il y a 10 ans, cela donne quelque chose de pas bien beau, qui ne rentre pas en conflit avec le livret violent des bas-fonds de l’humanité, mais peine à sublimer la riche partition dirigée par Ingo Metzmacher (qui n’est pas le génial Hartmut Haenchen, devenu extrêmement rare, mais qui a très bien fait le job !). Il y a 10 ans, c’était place de dernière minute ; depuis leur prix presque a doublé, et celle des différentes catégories aussi (quelques unes ont triplé, à vrai dire), il vaut mieux donc prendre à 5€ et se replacer assez facilement puisque cela attire toujours autant de monde (les plus mélomanes, en clair). Finalement, c’est moins cher. Sur la même 3e rangée de premier balcon, on retrouve tout ce que la conception nous offre de ninjas. J’étais de nouveau en couple, mais avec la souris ; à côté d’elle, David/Fomalhaut. La première a peu été impressionnée par les ondes amoureuses pour Warli du second. Au contraire, les décors et costumes de Małgorzata Szczęśniak lui ont plutôt piqué les yeux. Il faut bien avouer qu’il faut une certaine endurance pour ne pas être distrait par les choses hideuses qui peuvent se passer sur scène, entraînant naturellement une fâcheuse dissonance avec ce qu’il se passe en fosse.

Mais sur scène, il y avait aussi une fine équipe d’interprètes. Avant tout Aušrinė Stundytė, pour l’anti-héroïne Katerina Lvovna Ismailova. Elle évolue essentiellement, en première partie, dans un parallélépipède mouvant représentant un appartement ; à l’extérieur, l’entreprise familiale est une boucherie. On y trouve (seulement en première partie, le temps de se faire zigouiller) Dmitry Ulyanov pour le beau-père Boris Timofeevich Ismailov et John Daszak pour son fils Zinovy Borisovich Ismailov. L’amant Serguei (Pavel Černoch) est affublé d’un chapeau de cow boy et se retrouve fesses nues très régulièrement. Warli donne un rôle (muet) plus important à Aksinya (Sofija Petrovic), qui se retrouve donc plus souvent sur scène que pour la seule scène du viol, au bras de divers notables (à commencer par Boris).

En seconde partie, la scène du mariage redouble de kitsch qui pique, costumes rouges pour les mariés, et balourd bien miteux par Wolfgang Ablinger‑Sperrhacke (Krzysztof Baczyk pour le Pope qui se reconvertira en gardien ; Alexander Tsymbalyuk en chef de la police qui veut sa commission, et deviendra ensuite un vieux bagnard — il y a de la suite dans la distribution !). En prison, pour la dernière partie de l’oeuvre qui dure 3h25 avec son entracte, retour du parallélépipède (une cellule, vaguement) et Oksana Volkova dans le rôle de Sonietka qui finira aussi à la bâille, comme le spoilait déjà depuis un certain temps les vidéos projetées au fond.

Aušrinė Stundytė était heureusement remise de sa blessure (à l’orteil, dit-on, à cause des grilles de la mise en scène — elle était donc chaussée, cette fois), qui avait interrompu en plein milieu la représentation du mardi. Moralité : mieux vaut venir un samedi. En plus, comme les places sont plus chères, il y a encore moins de monde. On se retrouvera donc dans 10 ans pour la prochaine mise en scène de ce monument opératique — et on vérifiera s’il est bien traditionnel de positionner des cuivres dans les balcons latéraux !

vendredi 12 avril 2019

884ème semaine

Abidjan-Angoulême-Limoges. Ah, via Paris. Plus ou moins. Petite pause, à présent.

if I persist in gazing

Un nouvel Haendel ? Ciel ! Semele (Louise Alder, soprano) est une donzelle promise à un mariage avec Athamas (Carlo Vistoli, contre-ténor), qu’aime en réalité sa soeur Ino (Lucile Richardot, mezzo-soprano), alors qu’elle en bave pour Jupiter (Hugo Hymas, ténor), ce qui énerve fortement Junon (aussi interprétée par Lucile Richardot). Alors une fois enlevée dans les cieux pour être mieux culbutée, mais s’ennuyant fortement, provoquant le rapt de sa soeur pour lui tenir compagnie, Junon décide de prendre les traits de cette dernière (ce qui explique l’usage de la même chanteuse, en tenues différentes), afin d’attiser son péché mignon, la vanité, et provoquer sa chute. If I persist in gazing, myself I shall adore! (Ça me rappelle quelqu’un) Avec une cabriole mythologique on arrive quand même à un happy ending post-chamallow grillé.

Sir John Eliott Gardiner (Monteverdi Choir/English Baroque Soloists) aime bien les mises en espace. Ça donne du relief, et il s’amuse comme un fou. Ici on joue avec les tabourets, un fauteuil et un collier dans sa boîte. Et une bicyclette. Souvent, on se dit qu’il y a quelqu’un qui va se casser la gueule dans les escaliers des différentes estrades de la scène de la Philharmonie ou sur le public. Pas très safe.

Très bonne distribution, qui s’est améliorée au fil des 3h20 d’opéra (avec entracte), de telle sorte que l’anglais Lucile Richardot se fit plus précis (très beau jeu de scène, sinon), la voix de Carlo Vistoli plus portée (heureusement que la salle était moyennement remplie, ménageant des places dans les premiers rangs), et le jeu de Louise Alder, héroïne de la soirée, plus développé — petite ovation méritée. Mentions spéciale pour le basse Gianluca Buratto (Cadmus/Somnus) et le jeune charmant Jupiter Hugo Hymas (comme quoi, il n’y a pas que Macron) — j’ai suspecté mon binôme de vouloir se faire ravir dans les cieux. Très belle partition de Haendel, avec deux ou trois airs cannons.

Excellente soirée.

expo électro

Invitation in-extremis des Amis de la philharmonie auxquels j’ai récemment adhéré : mail à midi pour une entrée au vernissage de la nouvelle exposition « Electro » à 18h30. Et une queue de dingue. Relecture du mail : il y a une entrée dérobée, quelque part, en suivant un panneau. Pas clair. Le gardien n’y connaît rien et raconte n’importe quoi. En fait j’étais arrivé un peu trop tôt. On rentre par une porte invisible qui donne sur un couloir glauque, qui donne sur un couloir moins glauque, qui fait traverses les salles d’activité, qui fait enfin entrer dans le hall en béton ciré sans faire la queue. La bière coule déjà à flot — au moins un truc un peu mieux organisé.

On attrape un casque, jack à la main, et c’est parti ! L’expo débute par de l’historique : on part du début du XXème siècle, avant même l’invention de l’électronique, mais où les sons artificiels ressemblaient déjà furieusement à ce qui allait se faire. Machine étranges parmi lesquelles ne figurent pas les ondes Martenot (1928, pour qui voudra aussi vérifier), et donc Messiean — ni Ligeti, quand j’y repense… Ça donne le ton de la petite expo : c’est riche et c’est plein de trous. Étrange !

Des machines vintage (passionnant !) puis des installations, graphiques, délurées (le beat électro-mécanique vaut le détour !), lumineuses, super cool. Il y a du très bon son qui passe dans l’ensemble de l’espace, et parfois on doit se résoudre à en rater un morceau pour écouter au jack — on peut se brancher jusqu’à 5 devant un panneau. Il y a quelques espaces vidéo où l’on peut s’asseoir. Rapidement ça devient du cherry picking, entre expérimental un peu pointu (Étienne de Crécy a manifestement fait un fort bon lobbying) et historique (disco, un peu de Bowie, Berlin et la scène gay) ; hommage appuyé à Jean-Michel Jarre. Pas eu l’impression que ça parle explicitement de rave parties (petit stand « dancefloor » ? C’était un sacré phénomène à l’époque, la une des JT tous les deux jours, avec les paysans effrayés) ou de techno parade (Dahool a été oublié ? Peut-être trop épiphénomène comme Pills, Mr. Oizo, Kavinsky ?). On parle Daft Punk (jolie installation) mais adieu The Chemical Brothers, Prodigy (qui est un peu à la boutique) ; on a (vite fait) Vitalic mais ni Scooter, Gigi d’Agostino ou David Guetta (trop commercialo-main-stream ? Pourtant, il y a Air). On oublie totalement la dream, mais on frôle la transe, sans aller dans le hardcore (aucune mention, pourtant Thunderdome a connu bien des opus !). Bref, dans le plutôt mélodieux, mais avec du pointu.

Le public est quarantenaire (logique), propre sur soi. Apparemment j’ai raté de la drag queen fesses en l’air dans la file d’attente. Mais c’est quand une version un peu édulcorée. On parle substances illicites pour un peu mieux éluder le sujet. L’entrée de l’électro se fait par la grande porte en y perdant des plumes. Étant sur un mauvais timing, je n’ai clairement pu que picorer, en 40 minutes, que quelques extraits sonores (mais tout est bien indiqué sur les play lists). Pour tout écouter, compter facilement trois ou quatre heures. Il y a pas mal de choses que je ne connaissais pas dans le lot (ce qui accroit l’impression étrange de la définition d’un canon selon les goûts discographique du commissaire d’expo). C’est vraiment bien, mais ça aurait gagné à être quatre ou cinq fois plus grand, et je regrette aussi que la filiation avec la musique classique/orchestrale n’ait pas été plus soulignée. Pour la prochaine fois ? Ne serait-ce que pour cela, il faut soutenir cette expo qui me paraît être la première de son genre.

lundi 8 avril 2019

883ème semaine

Retour en Côte d’Ivoire. Comme toujours, il fait chaud, humide, et moustiqueux. Avec deux degrés de moins et des moustiques plus civilisés, ça m’irait bien mieux ! Même si clairement, je préfère toujours — et de loin —, l’Asie. Mais il y a un vrai charme africain qui opère. C’est assez difficile à expliquer. Tout à coup, les bouts de bois artistiques, les patchworks de couleur, le bissap, tout prend des sensations différentes. Il est vrai qu’il y a une fameuse passion africaine, souvent invoquée. Serait-ce cela ? Abidjan semble de plus en plus familière — et moins hostile depuis que c’est plus propre. Et pourtant, on peut le dire : c’est quand même plutôt pourri. Mais les Ivoiriennes-sirènes compensent toujours…

immigration hongroise

J’avais hésité à prendre ce concert, part d’un dyptique de week end avec le Budapest Festival Orchestra, et puis finalement, non. Et puis Laurent a manqué de binôme ; et finalement, Laurent a manqué tout court. Bref, voilà comment on se retrouve à l’improviste dans un concert hongrois (Oh ! Voici Klari ! Elle a retrouvé le chemin de la Philhar !). Dans la catégorie remaniements, le chef Ivan Fischer était malade. C’est d’autant plus embarrassant que c’est lui qui avait tout organisé. Alors on a eu droit à un petit mot pour nous expliquer un peu tout de la soirée.

Nouveau chef, donc : le jeune et handsome Gábor Káli. C’est comme ça que les chefs se font des noms : en remplaçant au pied levé. Et on commence par un Mandarin merveilleux violent et sensuel.

Nous voilà bien préparés pour accueillir une délégation de jeunes filles en fleurs. C’est que Bartok a écrit autre chose qu’un Mandarin et un château barbu bleu. Mais c’est clairement moins connu — pour ne pas dire pas connu du tout. En l’occurrence, des chants à cappella pour voix d’enfants, qui était plutôt des ados, avec robes traditionnelles bien kitsch qui piquent. Pour chanter des niaiseries poétiques élaborées — jeunes filles dans les fleurs. « Choeurs d’enfants a capella », cela veut dire que le Choeur d'enfants Cantemus de Nyiregyhaza était disposé un peu partout parmi les musiciens, mais que ceux-ci ne faisaient rien. En attendant la pièce suivante, Sept Choeurs avec accompagnement d’orchestre Sz. 103, où tout le monde pouvait participer — encore des extraits, pour que ce ne soit pas trop long ? C’est spécial, j’aime bien !

Et après l’entracte (et une découverte d’espaces extérieurs et intérieurs dans le bâtiment compliqué), un ludique et épique (et unique !) Concerto pour orchestre — un monument avant une mort prématurée. Une fort intéressante soirée Béla Bartók !

coeur d’artichaut pour Stacy

« Dernier amour » est un film en costume et en Stacy Martin (qui coûte moins cher en costumes) de Benoît Jacquot. C’est l’histoire de Casanova — Vincent Lindon, surprenant ! — tombé amoureux d’une fille compliquée — Stacy Martin, preuve de l’existence de Dieu. Les filles compliquées, c’est dangereux. Casanova le sait, il ne se laisse pas faire. Mais le charme de la donzelle pré-courtisane, qui entend le mener par le bout du nez comme le reste de son monde, opère. Séisme cardiaque. Casanova découvre sur le tard la passion, qui fait perdre les pédales.

Un très bon et beau film — manifestement assez boudé —, avec une grande justesse sur les sentiments, de manipulateurs se manipulants. Et qu’on donne une médaille à Stacy, bordel ! Quelle fille !

lundi 1 avril 2019

882ème semaine

Le terrible mois de mars touche à sa fin. Le mois du pognon, où l’on bosse pour les six mois à venir. Après, ça va mieux, ça redevient humain. Peut-être même que ça permettra d’écrire les billets moins à l’arrache. Parce que bon, après y’a parfois du SAV à faire. Toujours le problème quand on fait 42 choses à la fois…

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