humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 30 juin 2020

947ème semaine

Il y a en ce bas monde des illogismes qui me laissent pantois. Échangeant sur Twitter avec quelques professeurs fort remontés, j’ai compris que ce qui les gênait (euphémisme) était finalement d’avoir travaillé a posteriori pour rien. Mais a priori, on n’en savait rien. Il est toujours aisé de refaire l’histoire une fois que l’on a la solution. En entreprise, c’est tous les jours qu’il faut prendre des décisions en étant à moitié aveugle. Parfois pour rien. Mais il est vrai que le corps professoral aime la régularité, ce n’est pas le genre de psychologie adepte des surprises, dirons-nous.

Le confinement a montré que demander à des personnes de ne pas bouger de chez elles, pour ne pas courir un risque assez ridicule (taux de mortalité fort bas et très concentré), était une violence psychologique incroyable. Pire qu’être en guerre : ne pas être en guerre. Il y a des Juifs qui ont dû rester cachés des années pour ne pas terminer en camp dans des souffrances atroces. Relativiser un peu aiderait bien…

Bref, l’incertitude, ce n’est pas pour tout le monde. On s’en doutait un peu, mais à ce niveau, c’est assez dingue. Et là, je me penche deux secondes sur ma situation : pas de client, moins de 10k€ facturés depuis le début de l’année au lieu de 30 les années précédentes, aucun client jusqu’en septembre assez sûrement, ma startup qui s’est fait prendre en ciseau par le confinement (donc encore un an perdu, ça ne fera que la 4ème), et un client salopard contre qui j’ai enrôlé une affaire urgente en octobre concernant une facture d’avril sur un boulot de mars (2019) et où j’aurai (enfin !) mon audience en septembre (2020). 4000€ en jeu.

Le capitalisme rémunère le risque, c’est-à-dire la propension à savoir gérer l’incertain pour en produire de la richesse. Tout ce beau monde psychologiquement fragile a bien le droit de l’être, c’est embarrassant, mais on ne peut pas être bon partout. Par exemple, me concernant, mes aptitudes sociales et empathiques sont pour le moins limitées — mais je ne prétends pas le contraire. Qu’il constitue une bonne partie des légions anticapitalistes me dépasse en revanche. Je crois qu’ils n’ont rien compris au film. Un « vis ma vie » de 15 minutes les mèneraient au bord du suicide. Ne pas comprendre que cela mérite un petit bonus me laisse totalement dubitatif sur les capacités intellectuelles d’une bonne partie de cette population… Et très embarrassé sur la manière de faire comprendre ce qui constitue la vraie vie de ceux qui ne vivent pas sous protection des bontés de la modernité (parce que quand tu ne savais pas si tu allais mourir de faim ou occis ou pestiféré l’année d’après, c’était quand même un niveau d’incertitude un peu plus fort que même faire faillite…) ; bontés elle-même apportés par ceux qui ont pris des risques dans l’incertitude pour faire avancer l’espèce humaine dans la maîtrise de son environnement (toute l’histoire de l’humanité).

Vraiment, je l’admets : il y a des choses humaines qui me dépassent — en même temps, cela fait longtemps que j’ai décelé qu’homo sapiens sapiens n’était pas bien sec.

lundi 22 juin 2020

946ème semaine

Radio-pioupious va bientôt achever ses transmissions, mais peut-être que cela reprendra dès septembre prochain (avec l’aide des extravertis qui se sentent obligés de partager leurs fluides corporels en permanence). J’ai même trouvé des jingles sur le net. J’ai eu un coup de bol : les cours que je dispense sont essentiellement théoriques. C’est d’ailleurs un reproche que parfois on me fait : on me commande un cours de l’architecture, ce qui est la chose la plus complexe (et sous-estimée) à concevoir, car il y a besoin de simuler dans son esprit tous les tenants et aboutissants d’un projet, ce qui nécessite une maîtrise et expertise élevée, outre un esprit scientifique affuté (fonction intuitive à son maximal), et ensuite on vient me dire « ah mais on aurait voulu manipuler des légos ». Soit, mais pour ça, il faut beaucoup de matériel (heureusement devenu peu cher, même si ça reste beaucoup en environnement pauvre français) et beaucoup d’heures. En quatre heures, on arrive à peine à allumer une diode sur un système qu’on n’a même pas recompilé — avec 20 millions de lignes de code pour allumer ladite diode, un record (marginalement absurde). C’est une contradiction tellement fondamentale que ça en dit long sur l’incompréhension du métier par les écoles censées y former — même si je comprends le soucis de la mise en pratique, mais enfin il faut sortir des carcans, et notamment des ECTS stupides, à l’heure actuellement on tente de faire rentrer des pièces rondes dans des trous carrés plus petits.

Mais passons : coup de chance, que des cours plutôt théoriques, où il n’y a guère besoin de prendre de notes au tableau. Il valait mieux, parce que les seules fois où cela devait arriver, quelle galère ! À jongler avec les systèmes de visio, on voit bien que tous ne se valent pas. Fiable sur la transmission mais aucunement adapté pour donner cours, Microsoft Teams a eu les beaux yeux de la grande majorité des écoles françaises. C’est désespérant. D’autant qu’elles ont dégagé de beaux budgets en ne faisant pas déplacer les profs (autour de 200€/jour en moyenne pour ma part ! Soit presque autant que mon salaire…). Mais ça ne doit pas être la même ligné budgétaire. La « crise » a révélé ce que l’on soupçonnait fortement depuis longtemps : la bêtise collective est largement supérieure à l’intelligence collective. Le mieux qu’on m’ait proposé, d’ailleurs, dans une école privée qui a repoussé tous les cours de deux mois pour mieux se préparer, c’est de commander une tablette graphique à 89€ sur Amazon, qu’on pourrait me rembourser, mais il faudra évidemment la retourner à l’école ensuite. Dans un pays civilisé, on aurait fait du side-car entre un iPad et un Mac, avec un stylet pour prendre des notes sur l’iPad qui projette les slides. Dans quelques siècles, on devrait y arriver — ah non, pardon, la pente est descendante, on sera largement morts d’ici là.

Côté profs, à l’ère des cours en blended proposés par les écoles de commerce et les vidéos Youtube chiadée sur toutes les disciplines (et de quelques précurseurs faisant des Facebook live depuis longtemps), ça n’a pas non plus beaucoup percuté. Il est vrai que se réinventer prend du temps. Du temps payé pour les titulaires. Personnellement, je reste un intermittent du spectacle, payé au lance-pierre, avec énormément d’heures d’administratif et de gras non payé — même si j’ai économisé les déplacements, on a tôt fait de m’emmerder pour un tas de tâches supplémentaires gratuites. Rien n’est fait pour, mais personne ne veut trop se fouler non plus. Ça attend essentiellement que la caravane passe, comme toujours. Pas très encourageant.

Comme je disais la fois dernière, le bilan est plutôt mitigé. Il y aura cependant eu une école où j’ai transformé le projet initial très peu ambitieux en projet hyper ambitieux possible grâce au distanciel — puisque j’ai pu étaler mes séances et profiter des trous apparus dans l’agenda. Les pioupious, pris de cours et peu habitués aux sollicitations, ont été au début assez mitigés — ou plutôt, la frange des râleurs qui se fait toujours la plus entendre était certes minoritaire mais assez épaisse. Une peur de ne pas y arriver, alors que depuis que je donne le même sujet depuis six ans dans plusieurs autres écoles, sujet correspondant à ce que moi-même j’avais réalisé quand j’étais en première et non deuxième année (et en beaucoup plus complexe, et en étant beaucoup moins nombreux…), donc garanti faisable — mais ambitieux. Excellent résultat au final, mais l’impression d’avoir dû bien lutter. C’est vraiment problématique, le niveau d’exigence. Ça dessert tout le monde, aussi. Mais la fin est heureuse, on est sauvés. Il n’empêche que par deux fois, dans deux écoles, ce cours (nonobstant le projet associé) a été programmé alors qu’il y avait un gros trou dans les connaissances des élèves. Non maîtrise du cursus. On m’a dit dans une des deux écoles, publique, que ce serait corrigé pour 2022, parce que la plaquette pédagogique 2020-2021 était déjà finalisée — super agilité de l’école publique universitaire. C’est un peu délirant. J’ai eu un responsable pédagogique au téléphone qui me disait que le C avait un moment été totalement éliminé de tout le cursus informatique — alors qu’il restait le C++. Invraisemblable. On se demande où l’on va, mais ce qui est sûr, c’est que c’est avec une sacrée myopie !

mardi 16 juin 2020

945ème semaine

Le temps passe tout à coup bien vite sans trop d’explication. De mercredi à mercredi, c’était la semaine aux sept anniversaires ! Vite, à la suivante — presque achevée le temps de publier avec presqu’une semaine de retard…

mardi 9 juin 2020

944ème semaine

C’était là une semaine sans concert prévu et donc annulé, mais avec en échange de nombreux cours, qui vont d’ailleurs s’enchainer dans un tunnel d’une vingtaine de jours. Les reports de mars s’accumulent sur l’articulation mai/juin, dans une sorte d’embouteillage : les services administratifs en panique ont fait dans la grande improvisation. Autant dire le grand nawak. Le temps économisé dans les transports a été remplacé par du temps à palabres. Apparemment, c’est même devenu en interne encore pire qu’avant, en terme de coûts de transactions (ceux victimes de réunionites sont ainsi passés du stade « aigu » au stade « morbide »). La distance n’a pas que du mauvais. Il faut réadapter un bon bout de pédagogie, mais on peut en tirer partie, en terme de flexibilité, de diffusion live des contenus. Les outils ne sont globalement pas encore au niveau, non plus. Mais clairement, par rapport à là où l’on en était il y a quelques années, le progrès technique est immense ; à mon époque, on utilisait des news, on s’envoyait des PDF par mail et on faisait du SSH, guère plus (et c’était largement plus que partout ailleurs). Je serais curieux de savoir comment ça se passe, ailleurs. À mon avis, bien mieux : l’équipement numérique des écoles françaises est naze depuis trop longtemps, c’est quelque chose que je suis bien placé pour voir et savoir. Comme d’hab, ça rame. Étant donné à quel point tout est tendu, mal agencé, mal organisé, mal financé, ça devrait rester en mode amateur pour un bon bout de temps. Les pioupious sont passablement blasés. Je crois que moi aussi…

dimanche 31 mai 2020

943ème semaine

Reprise de la campagne municipale. Au boulot ! Il y a des bouts de confettis à grapiller ! Fini les réunions pas super productives au resto, bienvenue aux réunions plus économiques en visio ! Brainstormings : mais comment qu’on va faire sans faire du porte-à-porte (dont l’inefficacité la plus totale n’est plus à démontrer) ? Forcément, les solutions physiquement envisageables sont plus que limitées… L’avantage d’un second tour une semaine après le premier, c’est qu’au moins ça raccourcit la souffrance. Là, c’est reparti pour un mois. Allez, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise !

lundi 25 mai 2020

942ème semaine

Joyeux anniversaire mon humérus tout pété ! Il y a un an, une simple traversée de rue me coûtait 48 heures d’hosto, 2 mois de morphine, 4 mois de douleurs d’épouvantables à bien pénibles (toujours pas totalement disparues, mais qui demeurent seulement sur l’articulation et plus sur l’os : ça c’est terminé depuis six mois), une perte de salaires d’environ 8000€ (à peine épongée par 2700€ d’assurance, merci Chubb !), des concerts annulés, un confinement pour quasiment deux mois, et j’en passe. Déconseillé. À refaire, je referai pas.

mardi 19 mai 2020

941ème semaine

Libérééééé, délivréééééé. Mais sans cinéééé. Sans concerts. Sans restos. Bon, on peut retrouver des souris à plus d’un kilomètre de rayon, et aller chercher son pain sans se servir de son téléphone une fois toutes les deux semaines. À part ça, ça ne change pas fondamentalement la vie. Il faut cependant profiter des quelques jours avant reprise épidémique : ce sera moins drôle ensuite…

mardi 12 mai 2020

940ème semaine

Dernière semaine complète pré-confinement, et tellement plus rien à dire que j’allais oublier de publier le billet hebdo. Vivement la semi-reprise ?…

lundi 4 mai 2020

839ème semaine

Bientôt la fin du déconfinement, et la TODO list est à peine entâmée. Il y a toujours des choses à ranger, des films à voir, des bouquins à lire, et un tas de choses à coder. Ah, heureusement, va y avoir du rab !… Ou pas ?

Billets pour la philharmonie sécurisés pour l’an prochain. Faut quand même parier sur l’avenir. En plus, les tousseurs risquent d’être encore plus mal vus. Qui sait, on va peut-être avoir la paix. Elle va coûter un peu cher, cette paix, d’ailleurs…

samedi 25 avril 2020

938ème semaine

Le rendement a parfois l’air d’être marginalement décroissant. Mais c’est un peu une illusion : en fait, mixer les activités permet clairement de se rafraichir et regagner son taux d’efficacité. Le problème est alors dans la commutation des tâches : il y a forcément un overhead, une perte dans le changement de contexte. C’est pour ça que je sais que même si ma startup met du temps à être opérationnelle, en réalité, même en étant à 100%, ça ne serait pas forcément beaucoup mieux. On ne peut pas rusher tout le temps les mêmes choses, mais on peut multi-rusher pour repousser son seuil de déclenchement du rendement marginal décroissant (aka : « j’ai besoin de vacances »). Une autre astuce — que j’avais trouvé il y a longtemps — était évidemment d’aller au concert ou au ciné. « Se changer les idées ». Ça permet de marcher, aussi. C’est embêtant pour un péripatéticien comme moi. J’avais dit ça à des nouveaux pioupious, d’ailleurs, alors qu’on donnait avec de larges fenêtre sur un beau parc : la prochaine fois, on fera cours dans l’herbe (le problème, c’est les slides… Les philosophes ont un avantage compétitif certain). Résultat : je les ai eu en cours à distance. Fail. Epic fail, même.

Bref, ça va probablement moins vite qu’au début, c’est même à peu près sûr. Le temps que je passais à rédiger mon blog a été pas mal reversé sur Twitter, quoique, depuis qu’il n’y a plus de transports pour s’occuper avec, ça se voit d’autant que j’y passe des heures… La petite pression rigolote, c’est de se dire que bientôt on pourrait être libéré, alors ce serait mieux de tout terminer avant. Ce serait con de rester enfermé qu’on peut sortir !!

- page 1 de 113