humani nil a me alienum puto

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lundi 18 juin 2018

842ème semaine

Damned SNCF, à cause de qui, de retour d’Angoulême dans un des seuls trains non annulés mais trop tardif, j’ai raté ma Yuja. Quelle misère. L’an passé, c’était à cause de l’enterrement de ma grand mère. Et dire qu’on s’est ratés, avec Yuja, à Toronto puis Montreal, d’à peine quelques jours ! Quelle tristesse…

lundi 11 juin 2018

841ème semaine

Pendant la séance de Solo, quelques d’jeunz étaient bruyants, comme souvent à l’UGC Bercy. Rappelés à l’ordre par un spectateur devant, le générique s’est soldé par un début de règlement de comptes. Devant la violence de l’altercation, je suis intervenu avec d’autres personnes, mais c’est sur moi que l’imbécile a choisi de déplacer sa colère. Bref, fight au générique en attendant l’arrivée de la sécurité et la non-intervention de la police… Une façon originale et désagréable pour finir la séance ! Mais surtout, l’occasion de constater deux choses : les gens de la sécu ne sont pas bien éclairés, mis à part leur chef qui était très bien ; la police ne sert strictement à rien (il faut qu’il soit trop tard pour qu’ils interviennent). L’individu dangereux est reparti surveillé de loin ; les agressés ont été raccompagnés en catimini, pour se cacher de l’éventuel fou.

On sent que tout va bien, dans ce pays. On accepte beaucoup trop l’inacceptable.

mardi 5 juin 2018

840ème semaine

Limoges, c’est pas dégueu, mais on s’ennuie rapidement. Londres, c’est toujours exceptionnel, mais c’est six fois plus cher. Aïe. Alors on reste condamné au Paris déclinant, au milieu de tout ça. En attendant de s’enrichir assez…

mardi 29 mai 2018

839ème semaine

Mon Macbook est ressuscité ! Allelujah ! Bon, totalement amnésique. Quelle misère… L’occasion d’apprendre que les données ne sont décidément pas dans la matrice juridique actuelle : même quand il serait possible de les récupérer physiquement, légalement on ne peut exiger le retour du support lors de la réparation ! Et l’expertise pourrait bien détruire le matériel mal agencé pour ledit recouvrement, ce qui… ferait sauter la garantie d’une machine pourtant reconnue comme bien défaillante. C’est de la folie. Comme si l’on achetait un ordinateur pour le plaisir de l’engin électronique, et non par rapport aux données contenues. Un total non-sens, dans une civilisation âgée qui peine à comprendre le fond des choses — cela m’a rappelé une anecdote sur les ingénieurs chargés de reconstituer « l’électronique » d’une voiture crashée de manière « inexplicable » (un bug, évidemment ; ils n’avaient donc rien trouvé de suspect, et personne n’était allé voir le code). Il y a encore du chemin à parcourir…

Et en même temps, j’avais fait une sorte d’accord avec moi-même sur la perte potentielle de ces données — essentiellement des films qui n’étaient pas sur mon Time Machine (coup de bol, mon remplacement récent par un NAS Synology ayant marché, ce que je ne pouvais savoir avec certitude en étant au Canada), car trop gros à sauver et lents à restorer. Il n’empêche qu’il a fallu parcourir toute la courbe de deuil, et qu’en deux ans j’avais emmagasiné des perles qu’il faudra des années à retrouver… Cette perte immatérielle subie, pour quelqu’un de très perceptif qui collectionne jusqu’à l’absurde, archive sur des temps très long, stocke encore et encore, accumule patiemment mais utilise finalement peu (en comparaison), est peut-être aussi un petit sel de la vie, un nettoyage printanier et un momento mori, une relativisation des choses importantes. Mais faudrait pas que ça se reproduise trop souvent non plus…

mardi 22 mai 2018

838ème semaine

Après Toronto, Montréal. Ce n’était initialement pas prévu, mais ayant compris que je risquais fort de m’ennuyer sévèrement à Toronto avec une pleine semaine, et ayant repéré que finalement il se passait plus de business concernant mon activité startupienne à Montréal, le shift prenait sens. D’autant plus que le billet d’avion interne, aussi cher (si ce n’est plus) que le billet Paris->Toronto (une belle erreur de prix !), pouvait être amorti sur la baisse des coûts d’hôtel : à Toronto, c’est cher pour de la merde ; à Montréal, on a l’embarras du choix à prix très décent. De Toronto, on regrettera le bord de mer (heu, de lac) extrêmement agréable ; à Montréal, le côté port n’est pas tip-top. Pour tout le reste, Montréal est bien meilleur.

La question est de savoir pourquoi. La patine. Ça ne tient à pas grand chose. Un peu de vieille pierre, une meilleure organisation, le Mont Royal en fond de toile, c’est plus agréable, on lutte beaucoup moins pour manger, c’est presque même à un niveau parisien, ou plutôt comme à SF (car il y a de vastes zones avec quasiment uniquement de l’habitation à un ou deux étages, avec des escaliers extérieurs très caractéristiques), où il vaut aussi mieux réserver pour être certain de pouvoir manger… Le réseau sous-terrain est aussi vaste que mal fichu, assez similaire dans l’idée aux passerelles de Hong Kong, reliant des centres commerciaux. C’est agréable dans l’ensemble, même si on en fait rapidement le tour : hors du centre-ville, les zones d’habitation s’étendent à perte de vue, sont sympathiques à traverser, mais se répètent beaucoup (heureusement, le plus souvent les formes et couleurs sont diverses, mais il peut aussi y avoir des rues de gros copier-collers).

On n’aurait pas forcément idée de retourner volontairement, pour le plaisir, à Toronto ; c’est en revanche pas totalement exclu pour Montréal, même si on se demande s’il restera assez de musées (beaucoup moins qu’à Toronto) et de salles de concert et opéra (il n’y a pas forcément l’air d’y avoir de très nombreuses représentations chaque soir) pour s’occuper. À la rigueur, il faudra mixer ça avec Québec. Chose surprenante, les montréalais, qui parlent pourtant assez majoritairement anglais (autre surprise !), ne vont jamais du côté de Toronto, à peine à une heure d’avion. Même pas un petit week-end, ou juste pour voir, ou en passant pour les chutes du Niagara (certes survendues, mais quand même !).

Comme à Toronto ou aux USA plus largement (dont le Canada est une grande banlieue riche avec la Reine d’Angleterre sur une partie des billets), à Montréal on affiche les prix HT et on mendie le tip obligatoire qu’il faut négocier pour l’intégrer sur la note de frais, parce que de retour en France, on retombe sur une administration moins sympathique pour les affaires. Deux différences au niveau de la population : beaucoup moins d’asiatiques, beaucoup plus de jolies filles (même si à Toronto, il y avait quelques exemplaires formidable, mais même sur ce segment élitiste, Montréal a des ressources incroyables), et comme le veut leur réputation, d’une gentillesse assez incroyable (sans en arriver jusqu’au stade des Ivoiriens, mais même en voiture ils restent civilisés : c’est simple, on peut marcher des kilomètres sans s’arrêter — quoiqu’à Toronto aussi), ce qui compense leur point commun d’une incroyable mollesse, qui rend un peu fou à force (j’ai remarqué les mêmes mimiques de gêne que les Ivoiriens quand il faut annoncer une mauvaise nouvelle, d’ailleurs ; autre point commun improbable, avec les taxis Toyota).

Ça reste de la province, où l’on peut se promener en tongs dans la rue, où l’on a oublié de construire le bout de métro pour rejoindre l’aéroport (inutilement compliqué, comme souvent dans ce pays), où l’on ne se stresse pas trop, où l’on se réveille tôt et se couche tout aussi tôt, où l’on croise une Lamborghini garée au coin d’une rue résidentielle lambda. C’est étrange, ce qu’a pu donner l’Occident opulent…

mercredi 16 mai 2018

837ème semaine

Mon MacBook est mort. D’un coup, comme ça, rupture d’anévrisme. En plein atterrissage pour Toronto, alors que j’allais arrêter de coder et refermer la bête. Couic. Et après avoir vu des médecins, galéré comme un dingue, parcouru toute la ville, appelé partout, rien à faire. Une semaine de boulot perdue. Visites obligatoires.

Quand on arrive à Toronto, dire qu’on vient visiter est suspect. Contre-interrogatoire à la sortie de l’avion. Le Canada surprotège parce que le Canada attire. Il attire parce qu’il est riche. Mais Toronto, ce n’est pas très beau ni très agréable, et encore moins moderne. C’est très américain, en revanche. Franchement, à vouloir émigrer, mieux vaut aller en Asie. Ce qui est ironique est qu’il y a des Chinois partout, à Toronto — jusqu’à deux chaines de télé locales en chinois sous-titrées en anglais, Omni1 et Omni2. Dans le métro, près de la boîte à sel avec l’agent dedans, il manque un tourniquet. Il y a une petite urne, dans laquelle on peut glisser un “token” préalablement acheté au guichet humain (par trois minimum), ou directement l’appoint ; et le guichetier fait alors un signe de la tête. Dans l’épouvantablement lent tramway, dont aucune indication ne renseigne les temps d’attente et où il faut attendre qu’il arrive pour savoir où il va, mais pas par où il passe, l’intérieur n’aide guère non plus : aucun plan de ligne.

Tous les 3km, on peut espérer trouver de quoi manger le matin. Toronto, c’est six fois la taille de Paris, pour un peu plus d’habitant, parce que s’il y a beaucoup d’immeubles géants, composés essentiellement de penthouses de luxe qu’on imagine immenses, il y a essentiellement des maisons qui atteignent parfois deux étages et s’étalent à perte de vue. Le tissu urbain est ainsi étrange, homogène par grumeaux, avec des lots de gratte-ciels, suivis de zones d’habitation dont on ne voit pas le bout, avant de passer sur un monument paumé, toujours un peu en toc. Il y a une folie architecturale que seule Londres ou Hong Kong, voire Berlin, peuvent dépasser, et en même temps, rien ne va avec rien. On peut trouver une aire semi-abandonnée qui sert vaguement de parc, sans être emballé. Mais ce n’est pas aussi hostile que New York : déjà parce qu’on peut manger pas trop difficilement jusqu’à 22h (après ça devient quasiment impossible !) dans le centre-ville ; c’est pas génial, souvent de l’asiatique repassé, mais ce n’est pas compliqué. Ensuite parce que même si c’est bruyant et que les hôtels sont très chers et minables, ça n'arrive pas au niveau de NY non plus. On peut survivre plus correctement, à Toronto ; on a un peu Brooklyn dans la ville, en somme. Quand on est en avion ou en haut de l’immense tour CN (qui paraît moins immense que ce qu’elle est à cause des gratte-ciels autour), on est surpris par la quantité de végétation ; et par les grappes d’immeubles, très distantes les unes des autres. Elle est étrange, cette ville. Elle n’est pas détestable, mais elle n’est pas particulièrement sympathique ou agréable non plus. Il y a tous les ingrédients, y compris culturels, mais ça ne fonctionne pas, ça grippe.

Aller aux chûtes du Niagara a été la plus grosse galère épouvantable. Un seul train à aller — que j’ai réussi à attraper malgré la lenteur atroce des vieillards aux guichets —, un seul train au retour, mais là j’ai pris le bus, aussi rapide et affreusement cher. C’est lamentable. Pourtant, sur place, c’est la débauche de casinos et autres. Pas cohérent. Ça marche de travers, en somme.

lundi 7 mai 2018

836ème semaine

Après Angoulême, Marseille. Bon, RAS. Petite sœur prend juste du bide, livraison d'alien dans quelques mois... Peuchère !

lundi 30 avril 2018

835ème semaine

Avec le vol au départ de NY retardé de deux jours, faisant passer le low cost de Norwegian Airways à une excellente affaire (sous condition d’avancer force monnaie pour les frais afférents dans cette ville ultra-chère, en attendant les remboursements et autres dédommagements), ce fut l’occasion d’explorer plus en avant la ville et son histoire. Et de se rendre compte définitivement que l’empire américain décline lentement mais sûrement. Déjà, il est à présent clair que si NY est leader — on avait déjà un sacré doute avec SF —, cela veut dire que bien des villes asiatiques dépassent ou sont en passe de dépasser le fleuron des USA. Je mettrais dores et déjà le Japon devant, mais ils ont eu les mêmes problèmes de perte soudaine de vitesse et de plongée — le processus a simplement été plus accéléré. Je dirais donc plutôt qu’entre Singapour, HK, Shanghai-Beijing et même Bangkok (dont l’aéroport est cent fois meilleur), l’indice de modernité est largement supérieur à celui des USA, qui brasse pourtant toujours beaucoup plus d’argent (sauf pour les cités-États, qui sont devant en PIB/habitant, avec ou sans PPA).

Alors les USA vivent clairement de la rente du dollar, et encore un peu d’une avance technologique confortable héritée de la seconde guerre mondiale : cela paraît évident. Ils repoussent ainsi ce qui apparaît bien comme la fin d’une civilisation, a minima d’un cycle majeur. On sent bien que ça se tasse, en Occident. Il y a les hyper-riches, extrêmement peu, souvent rentiers capitalistes d’une manière ou d’une autre, car le travail rapporte à présent peu ou est au pire fort taxé, de telle sorte qu’on égalise vers le bas, et qu’il n’y a pas beaucoup d’intérêt à travailler plus que de raison, puisque le gain marginal est très décroissant. En Asie, au contraire, les inégalités s’accroissent comme lorsqu’un adolescent grandit : une partie de la population profite fort bien, une autre est plus à la traîne (la question étant de savoir comment eux anticiperont le mouvement de balancier qui ne manquera pas d’arriver comme en Occident, d’ici quelques années — et pas forcément en dizaines, car tout s’accélère). Ce que l’on voyait comme des économies de rattrapage, qui passent directement au neuf (mais qui n’hésitent pas à sacrifier le vieux), sont probablement des affamés qui ne subissent pas (encore ?) la bureaucratisation sociale à outrance — un principe de Parkinson létal qui arrive en phase terminale.

Toujours est-il que si l’on veut voir du moderne, ce n’est définitivement pas chez les héritiers du leadership qu’il faut aller. Ça se passe en Asie, et fort bientôt, à ce rythme, ça ne se passera plus que là-bas.

lundi 23 avril 2018

834ème semaine

New York, New Yooooork !! La ville vend du rêve et émerveille. Elle illumine les pages Facebook de la famille et des amis qui sont enfin allés à la découverte de l’autre côté de l’Atlantique, voir du mythe en action. New York fait partie d’un cercle restreint avec Paris, Rome, Londres et peut-être Tokyo. Alors ?

Alors non. On connaît l’effet parisien de la déception quand au lieu de la ville romantique, on tombe sur les rats, les Rroms et les cafetiers, tout en se bouchant le nez, perdu dans le métro. Le Japonais, qui a son Tokyo aseptisé jusqu’à manquer de saveur (première déception d’anthologie), en fait souvent les frais. L’arrivée à NY est déjà digne de celle à SF : on tombe sur la douane la plus incompétente du monde, que seule la Colombie ou certains pays d’Afrique peuvent arriver à concurrencer dans l’inefficacité, peut-être. Après une bonne heure et demi d’attente, on peut enfin tenter de rejoindre la ville. Les transports en commun existent mais sont d’une nullité abyssale, surtout lors d’une première arrivée. On prend donc le taxi, qui est en revanche bien organisé une fois qu’on a sauté les rabatteurs, avec des frais fixés en avance — $52, plus frais divers qu’on ne connaîtra qu’au dernier moment et pour lesquels on peut toujours rêver d’une facture, car c’est comme ça là bas : on parle presque toujours hors taxe, hors service, hors tip obligatoire, et donc si l’on croit au départ que c’est simplement très cher, on s’aperçoit rapidement que c’est affreusement hors de prix.

Les hôtels sont les plus chers du monde, bien devant l’Islande et la Norvège, et même le Japon. Et pour un prix délirant d’un minimum de 200€/nuit si l’on veut éviter les punaises, les chambres sales, le service déplorable et autres joyeusetés que l’on découvre sur Internet quand on se renseigne un peu, on n’évitera quand même pas le bruit. Même à 200 balles, il ne faut pas trop espérer dormir. Car NY, c’est la ville du bruit intense inutile — jusqu’à la clim ! On est à égalité avec le centre de Hanoi en terme de pénibilité, mais c’est tout le temps, et encore plus invasif. Il y a les klaxons, les travaux permanents à toute heure (mais pas discrets comme au Japon : on n’hésite pas à attaquer de la plaque métallique au marteau-piqueur, parce que c’est ce qu’il y a de plus bruyant), les bip bips stridents divers (depuis les engins qui reculent jusqu’à l’ascenseur), la population qui crie en permanence pour se faire entendre et les camions inutilement gros et pollueur. D’ailleurs, tout est gros. Une partie de la population bourré aux hamburgers (organic, comme tout ce qui se fait de chimique à NY, temple du bobo Ricain : même les flavors des abominations trouvées en supermarché, whole food inclus, sont déclarées organic…), certes, mais aussi les voitures qui sont toutes des SUV vulgaires de 5,5 mètres de long minimum (et après ça doit construire des parkings en plein air moches pour les accueillir à $20 les 2 heures). Il faut dire qu’on roule régulièrement sur des routes défoncées, en plein Manhattan.

Ce qui choque le plus, je pense, c’est la vétusté. L’équipement général est vieillot (sauf quand une startup de la côte Ouest a réussi à refourguer un bon technologique typique de SF, qui souffre des mêmes problèmes), et le pire du pire reste le métro, qui arrive à être encore plus obsolète que celui de Paris. Déjà, parce qu’il est mal construit, avec des structures métalliques à très nombreux poteaux juste en dessous de la rue, qu’il faut souvent traverser pour passer du côté « uptown » à celui de « downtown » (il faut bien avouer que le quadrillage de la ville est pratique). Ensuite parce qu’il fait rouler des rames qui ont probablement plus de 40 ans. Enfin, parce qu’entre la petite boutique crade avec une personne enfermée dedans qui surveille à peine les sauteurs de tourniquets (qui servent à la fois à entrer et sortir, une stupidité économique sans nom), vendant péniblement quelques billets spéciaux que ne connait pas la machine automatique usée et peu pratique, billets par ailleurs magnétiques qu’il faut glisser comme une carte de crédit américaine (ce qui évidemment échoue une fois sur deux : plus aucun pays dans le monde ne me semble encore user d’une telle technologie antédiluvienne), le manque de cartes sur les murs usés et labyrinthiques dès qu’on est sur une station un peu complexe de correspondances, et l’équipement interne des rames de métro rafistolées à l’indicateur de stations rare et souvent inopérant, sans compter le bruit dément des rails et les vibrations, c’est simplement lamentable. Une belle allégorie d’un pays fatigué, sur la pente descendante.

Si Tokyo fait figurer le futur électromécanique des années 1980-1990 qui n’est jamais advenu, New York est l’illustration d’un futur des années 1930 à 1950 qui s’est enlisé dans la paresse individualiste. Les immeubles, souvent copiés-collés et peu remarquables, possèdent dans les quartiers chics leurs équipes de majors d’hommes qui ne font pas grand chose de la journée. On imagine le coût délirant de l’affaire. Quand il en sort l’une de ces personnes de l’Upper East ou West Side (surtout West), on se demande comment elle fait pour gagner autant d’argent : il n’y a pas de look de l’homme ou de la femme d’affaire affairée. On dirait plutôt du nouveau riche ou de l’hériter bas de gamme. Des hommes d’affaire, de toute façon, on n’en rencontre pas, même sur Wall Street : où sont-ils donc, sous leurs joggings ou Zara ? Tokyo est le royaume du costard et de la jupe longue ; à New York, on peine à trouver un tailleur, et les réputations des Park, Madison et 5ème Avenue sont assez usurpées : les boutiques de luxe sont très concentrés sur quelques blocs à peine. Rien qui ne tienne la comparaison avec l’Asie ou même Londres. Clairement, Londres surpasse en tout New York, de loin.

Les quartiers riches sont clairement plus agréables que les quartiers « moins riches », même de bobos. Grosso modo, le centre de Manhattan (de Midtown à Little Italy) est très variable entre l’insipide et le plutôt mignon. Au Soleil, ça passe mieux, mais le test du mauvais temps est terrible : on a simplement très envie de fuir. Tout est survendu : Chinatown, ça fait trois blocs de long et autant de large, soit la moitié des quartiers chinois parisiens du 13ème ou du 18ème, et c’est beaucoup moins charmant que celui de SF. On n’y trouve même pas un resto décent. Little Italy est une sorte de Disney de l’Italie, tellement remixé que ça nous rappelle tout à coup que ce sont des descendants d’immigrés quatre ou cinquième génération qui doivent tenir boutique, et qu’ils n’ont donc jamais réellement vu une vraie pizza de leur vie.

Il est d’ailleurs compliqué de manger à New York. Grâce à l’incroyable nombre de Juifs sur place (qui ont évidemment organisé une vie semi-parallèle, avec par exemple leurs propres ambulances en hébreu…), on trouve du bagel, concentré cependant dans certains quartiers (de Midtown aux Upper Sides, jusque plus au Nord si l’on suit les grandes artères), peu cher, standardisé dans son folklore (de la cream cheese à tout et n’importe quoi, un choix de brioche étendu mais similaire partout, surtout avec les chaines). Mais il y a deux difficultés : le reste est de la malbouffe locale dans des carrioles encore plus atroces qu’à Berlin, ou dans des restaurants qui font extrêmement peur, ou de l’autre côté du spectre, dans de plus rares restaurants posh où l’on vous servira du moyen de gamme à prix prohibitif (la salade niçoise à $25 hors taxes-tips-etc.) ; le deuxième problème après la qualité et la quantité de l’offre, ce sont les horaires d’ouverture. Pour faire simple : à NY, on arrête de travailler dès 15 ou 16 heures, et la ville s’arrête quasi-totalement à partir de 17h. Les retardataires ont jusqu’à 20 heures pour manger : après, on ferme ! Hors de Hell’s Kitchen, point de salut — encore, il faut voir la tête du salut, souvent… Certes il y a un peu de boboïtude dans le Sud de la ville, à East Village, West Village, Tribeca et une partie de Lower Manhattan — les quartiers changent très vite, la zone n’est pas si étendue que cela. Mais d’une manière générale, il faut lutter pour trouver quoi que ce soit qui satisfasse nos papilles éduquées. Ce problème n’existe pas à SF, où l’on trouve du bon pour un prix londonien (comprendre : mieux que dans un bistrot, offre qui n’existe pas non plus, pour une vingtaine de dollars).

New York est donc dans l’ensemble une ville hostile, à la fois pour y vivre et pour le touriste, qui à mon sens s’émerveille souvent de ce qu’il n’a jamais réellement découvert la civilisation (réellement) moderne, que l’on trouvera décidément en Asie et nulle part ailleurs. NY ne tient pas la comparaison avec Shanghaï ou HK. La ville était déjà dépassée par Tokyo, je pense, déjà en terme de gigantisme (Brooklin en soi est clairement plus grand que tout Paris — il est amusant de noter que le New Jersey, sur le continent et de l’autre côté de l’Hudson, avec Newark ou encore sa skyline tout à fait comparable, est totalement snobé, jusque sur les plans du métro qui ne mentionnent pas son existence, mais permettent de se rendre compte qu’on est condamné au bus dans l’encore plus gigantesque Queens), et aussi de concentration peu raisonnable d’immeubles rectangulaires copiés-collés, sans trop de saveur ni d’exubérance. On trouve des coins extrêmement sympathiques, dans NY, et dès que le très mauvais temps cesse, c’est même fort agréable. Des petits immeubles travaillés, avec leurs petits escaliers, par exemple, dans quelques rues choisies. Des églises entre les immeubles. L’impressionnant monument du world trade center. Les superbes ponts photogéniques. L’incroyable Lincoln Center. Les cerisiers en fleurs. La Roosevelt Island et Central Park (ça manque de places, sinon, et de Union square à Washington Square en passant par Madison square garden, c’est très bof)…

Pour ma deuxième visite planifiée en septembre, gageons que je vais m’adapter, en évitant naturellement les nombreux quartiers assez pourris ou insipides (point commun avec Paris, une bonne grosse partie de la ville est très survendue), pour ne relier que ce qui est bien et bon, en prenant des chemins qui feront éviter sans trop d’efforts de mourir de faim. Bref, il faut s’adapter à un environnement qui n’a décidément d’équivalent en terme d’hostilité générale que Paris ou Tokyo — les deux ayant des points faibles différents que l’on trouve réunis à NY.

Londres et HK restent au final bien indétrônés dans mon coeur. Times Square ne vaut pas Causeway bay, et la vie culturelle londonienne est plus accessible et riche que celle de NY. Quant à l’art de vivre, au paysage urbain, aux parcs (malgré la beauté de Central Park), là aussi la différence est nette. Et j’ai bien peur, ayant enfin terminé mon tour du monde des métropoles d’importance, que l’idéal ne soit pas de ce monde…

lundi 16 avril 2018

833ème semaine

Plôme ! Et voilà, un (que dis-je, deux !) diplôme de plus. Mon EMBA. La lutte a payé — pas vraiment monétairement, mais au moins de ce côté, ça ne m’aura virtuellement rien coûté, ou plus exactement j’aurai largement récupéré le sur-payé des taux de prélèvements confiscatoires français.

Il y a la remise en même en propre, son décorum, so kitsch, son staff adorable et efficace, mes nouveaux camarades que j’ai eu très grand plaisir à revoir, bref, tout ce qu’il faut. Il faut maintenant le next step, mais c’est là où l’on se rend compte que ce n’était quand même pas si léger que ça, cette histoire : il faut un temps de récupération, ne serait-ce que pour écluser le retard pris sur les affaires courantes. Certains diplômés des années précédentes se sont ensuite senti pousser des ailes. Je pense qu’il en effet facile de se laisser griser quand on est dans un environnement un peu inculte qui ronronne sur des routines traditionnelles peu optimales, construites avec le temps un peu de travers, que personne ne penserait questionner. Mais pour quelqu’un qui doit être partout et tout bâtir à main nu, l’aide est très bienvenue mais toujours largement insuffisante. Le brouillard persiste, même quand on a une boussole — il manque la carte à explorer, en somme. Ça oblige à une grande humilité. Les entrepreneurs qui eux aussi ont pris la grosse tête ne doivent plus s’en souvenir, ou sont tout simplement de l’obédience trop courante des pervers narcissiques ou assimilés à forte aura — et je penche plutôt pour la 2e solution, car j’ai bien peur que la purée de pois ne soit consubstantielle à la vie entrepreneuriale quotidienne. Bref, ma vie n’a pas changé outre mesure. J’ai mis des mots sur ce que je présentais déjà, j’ai eu des clés pour des portes que je voyais ou pas, mais où j’avais déjà l’intuition de ce qui se trouvait derrière — mis à part quelques exceptions. Nécessaire, largement pas suffisant. La route est encore longue.

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