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samedi 13 avril 2013

méchants nazis

"Au nom de la race et de la science" était le film en avant-première diffusé à l'école militaire, devant le champ de mars. Entrée gratuite sur inscription libre, mais il faut être sur la liste, prouver son identité, puis traverser l'immense zone qui sert à faire tourner à rond des chevaux d'officiers en plein centre-ville à 15.000€ le m², zone par ailleurs fort boueuse en temps de pluie. C'est avec surprise qu'on arrive enfin à un bel amphithéâtre, où est installé l'écran. Les officiers arrivent pour camper sur les places réservées ; petits discours habituels, et déjà la dimension morale qui arrive : nous sommes tous frères, et à la maison de prod, il n'y a pas de directeur (quelque chose comme un responsable délégué désigné, on voit le délire).

Ce reportage retrace un aspect-méconnu de l'histoire (avec un petit "h"), au sein de la grande Histoire, celle de la guerre 39-45, dont décidément on n'a pas fini d'en explorer les détails, pour n'en tirer rien de bien exploitable. Au sein de l'université de médecine de Strasbourg, il y a une rumeur, selon laquelle on dissèque des cadavres juifs. On commence par cette rumeur (belle mise en scène en trois dimensions, il faut faire du beau !), qui s'avère en réalité seulement fondée sur des faits largement révolus... et qui étaient connus à l'époque, apprendra-t-on finalement à la fin du reportage, avant d'en conclure sur l'habituel "n'oublions jamais, on a mis une plaque" — qui précise d'ailleurs que les vrais universitaires strasbourgeois s'étaient fait délocalisés et remplacés par des nazis, histoire de ne pas les mélanger à tout cela, ce qui était la raison de leur frilosité sur ces évènements, avant le reportage.

En résumé : 86 juifs ont été sélectionnés dans le camp de concentration local (Natzweiler-Struthof, passablement oublié et pourtant en territoire français), remplumés, gazés assez artisanalement (au Zyklon B, mais dans une chambre de 3 x 3 X 2 m, en lots), puis promis au formol, dans le cadre d'un projet digne d'un musée de sciences naturelles, puisque le professeur en médecine local de l'Institut d’anatomie (j'ai déjà oublié son nom...), nazi assez typique pour ne pas dire stéréotypé (ancien grand blessé de la guerre de 14, personnage rude et antipathique, travailleur, revanchard, manipulateur, peut-être un brin mégalo), avait vendu à Himmler l'idée de garder une trace de la race juive en cours d'extermination.

L'approche est donc scientifique. Pardon : "pseudo-scientifique", nous répèteront les différents intervenants. Car outre le fait de rapporter un fait assez négligeable vu l'ampleur des crimes nazis (ou est-ce le fait d'avoir voulu faire disparaître les corps concernés en les mutilant et coupant en tranches qui doit être plus choquant que la moyenne, justifiant le qualificatif de "l’un des projets les plus inconcevables" ?), le reportage a un très fort relent de moraline qui fait parfois bien peur. D'une manière générale, on reste sur le désormais fortement ancré "devoir de mémoire" et sur les qualificatifs de "crime", "barbare", etc. Tout est de la faute de quatre ou cinq hommes, au final, que l'on aura pris soin de qualifier de médiocres et autoritaires ; d'ailleurs, mis à part un qui s'en est sorti avec une peine assez rapidement expurgée, ceux qui ne se sont pas suicidés auront été vertueusement pendus par les alliés, après leur jugement (une manière civilisée de tuer les gens, prenons-en de la graine). Pire que cela, une intervention pour porter au pinacle ces "atrocités" : le régime nazi, nous dit-on, fondé sur son fanatisme de race supérieure, est un instrument de mort fondamentalement mauvais ; ce n'est pas le cas d'autres régimes totalitaires. J'entends : tuer des gens par eugénisme, c'est le mal absolu ; mais tuer le même nombre de gens (quelques millions) au nom de l'égalité, là ça se discute (à la Rousseau : je vais te libérer malgré toi, qui à t'envoyer dans le goulag). C'est pas gagné...

Le problème du régime nazi, c'est que c'est l'arbre idéal pour cacher la forêt : ils ont tout du méchant idéal pour ne pas voir que sans administration, on n'aurait jamais pu monter un camp (invention anglaise, rappelons-le), gérer 86 personnes quelques mois, puis en expédier les cadavres, et les stocker dans du formol plusieurs années. C'est inouï de vouloir faire croire que ceci est l'oeuvre d'assassins (de serial killers, dirait-on à présent), isolés, seuls responsables ! Par la petite histoire (que l'on voudrait encore étoffer : il faudrait, nous a-t-on dit avant la projection, faire un film sur chacune des 86 personnes), on masque non seulement la grande, mais surtout la véritable réflexion sur l'humain, qui tombant de son piédestal des Lumières, se rend compte qu'Homo homini lupus est (après 2200 ans d'hésitations à ce sujet), et influence l'école de Francfort tout autant qu'un Zygmunt Bauman qui montre que le régime nazi s'inscrit parfaitement dans le monde moderne.

Faire de la dissection de cadavres juifs ("générés" pour l'occasion, avec l'aide de quelques circulaires) serait donc de l'anti-science à dénoncer, puisque s'en servant de prétexte (horreur !), mais balancer une deuxième bombe atomique aux fin de tests en grillant quelques dizaines de milliers de personnes, ça c'est de la vraie science. Tant qu'on restera sur des dogmes pareils, je ne vois pas très bien quels "enseignements" on pourra tirer. En attendant, l'idée implicite est que le génocide a été inventé par les nazis (le mot n'existait pas avant, nous dit-on), alors même que les Anglais et avant eux les Espagnols avaient des idées assez artisanales pour zigouiller des peuples entiers (non européens, certes : ils ne nous ressemblaient pas tout à fait). Ce qu'il faut voir, c'est qu'avec les nazis, on industrialise le processus, selon des méthodes managériales naissantes, selon une administration enfin rodée, signe de la toute-puissance de l'État technicien, organisateur, procédurier, légal. Ce qui est intéressant de penser, ce n'est pas seulement le classique "mais pourquoi est-ce que les juifs ne se sont pas rebellés ?" — ce que se demandaient mes compagnons avant projection, et qui ont tout aussi ressenti le malaise idéologique du film qui refoule bien des aspects trop proches de nous —, alors même que les techniques sont connues (division, peur continue, violences extrêmes, espoir de fin non tragique, etc.), mais plutôt : "comment des personnes lambdas peuvent tout à coup se mettre au service d'une telle folie ?".

Cela nous entraînerait sur deux aspects : d'une part, considérer la raison en tant que telle, et s'apercevoir qu'elle se forge dans le creuset de la déraison (terme legendrien) ; d'autre part, se pencher sur l'organisation administrative et la segmentation des tâches qui dans notre monde moderne permet d'avoir une machine de guerre étatique (un Léviathan, dirait l'autre) capable de tout faire dès lors qu'on sait la manier. Très concrètement, je pense clairement qu'aujourd'hui même, on pourrait toujours facilement mettre en place une infrastructure et une gestion de transport pour exterminer une partie de la population, sans qu'aucun des acteurs ne se sente trop responsable (voire même pas du tout). Cette horrible vérité-là est refoulée, pour laisser place, au lieu même militaire où l'on apprend à tuer pour le bien, à une indignation mesurée sur commande, entre deux petits fours de fort bonne qualité.

samedi 29 septembre 2012

digressions juridiques sous le tapis

La semaine dernière, j'ai fini de lire "Introduction générale au droit" de Pascale Deumier chez LGDJ, que j'avais acheté mi-octobre 2011. Je l'avais entamé au trois quarts avant de devoir l'abandonner pour d'autres lectures plus urgentes au regard de mon cursus. Ce qui n'est pas sans ironie, puisqu'étant en première année, une introduction devrait se lire au début. Mais en réalité, l'introduction au droit, dès qu'elle dépasse les 400 pages, est bien plus qu'introductive (à tel point qu'on devrait lire une intro à la fin de ses études, ou même une fois en activité ! La faute à l'absence d'enseignement de philosophie du droit qui structure le tout...). D'ailleurs, n'y a-t-il pas que le bon vieux Terré (9ème édition), en face ? L'introduction de Pascale Deumier vise large (sans arriver à Pierre Legendre pour arriver à une définition correcte du droit — reconnue dans l'ouvrage assez impossible à atteindre pleinement, après bien des recherches du sens), et l'exercice de rédaction est probablement l'un des plus difficile qui soit, plus que pour une expertise juridique obscure.

Ce bouquin est donc très bon, soyons clair sur ce plan. Il va même au-delà de l'Univers français, ce qui pour un juriste français défrise : la common law et la charia sont évoqués, on cite aussi Mayotte. On parle à plusieurs reprises de l'opposition entre les monistes et les dualistes. Même si pour la majorité du temps, on en revient au système français ; quoique l'on ne s'aventure pas dans l'implémentation effective du droit civil français (ce qui semble être le cas du Terré), qui serait hors sujet à mon sens. On y parle bien du droit de manière générale, en exposant les vues des uns et des autres, un vrai respect du contradictoire (du dualisme en deux parties, deux sous-parties et deux sous-sous-parties ?). Et c'est fort bien (en plus il y a pas mal d'humour de juriste, qui est vraiment très très bon). Et on finit même sur une partie à propos de la jurisprudence et de la doctrine. C'est là que ça devient drôle...

À la note 141 de la page 373 (je précise que la numérotation des notes recommence à chaque chapitre), on trouve un grand moment. Le texte dit : "si tout juriste peut se consacrer à l'étude d'une question de droit, seuls les universitaires y consacrent l'essentiel(141) de leur activité". Et donc :

(141) Les universitaires ont aussi l'importante mission d'enseigner le droit, mettant au service des étudiants leur activité doctrinale. La diversité des autres tâches dévolues aux universitaires, et particulièrement l'ampleur prise par les responsabilités administratives, a malheureusement conduit à réduire 'Le temps à penser de la doctrine' (expression de M. Gobert, Droits, n°20, 1994, p. 97). Les universitaires ont également parfois des activités de pratique du droit, en tant que consultant, avocat ou arbitre. [...]

Priceless, je vous la refais au ralenti : les universitaires ont aussi l'importante mission d'enseigner le droit — entre autres activités plus ou moins rigolotes, mais principalement, ils servent à penser des bulles de savon. Ah oui, parce qu'il y a quand même une prise de conscience : il n'y a que bien peu de toute cette pensée qui ne serve réellement à quelque chose au final, c'est-à-dire à influencer le praticien ou le législateur... D'ailleurs, il faut rendre hommage au tout dernier chapitre, "le droit né de la pratique", qui avoue que l'universitaire s'intéresse très peu à cet aspect du droit. Traduction : le droit comme système, ça excite le penseur docteur doctrinaire ; à la rigueur, on va zieuter la jurisprudence, enfin les grands arrêts (surtout si on est publiciste, là il n'y a pas le choix puisqu'il n'y a que de ça, mais les publicistes n'écrivent pas de bouquin d'intro au droit, ils vivent sur une autre planète, un autre plan d'existence, même) ; mais oh mon dieu, le droit pratique, celui est qui est appliqué pour de vrai, interprété et réinterprété, qui gouverne au final tout un chacun, ça c'est saaaaale. Pas touche.

Les digressions sur la jurisprudence donnent lieu aussi à des demi-aveux assez savoureux : il est difficile de ne pas voir les nombreux errements dont la jolie mécanique juridique est victime (problème de pratique, justement), et il est en fait assez courageux de traiter le sujet, dans le milieu, ai-je l'impression. Mais tout l'art est de dire sans trop dire. La note 98 de la page 364 est ainsi savoureuse :

anecdote célèbre contée par A. TUNC, préc. [ndlr : "La Cour de cassation en crise", Archives de philosophie du droit, tome 30, 1985], sp. p. 165 : 'Un jour, [M. Touffait] lit une décision et ne la comprend pas. C'est déjà quelque chose d'assez frappant de penser qu'un des deux plus hauts magistrats de la nation peut ne pas comprendre un arrêt de la Cour de cassation. M. Touffait téléphone donc à l'avocat général qui avait présenté des conclusions dans cette affaire pour lui avouer son embarras. Il s'entend répondre : "Naturellement, M. le Procureur général, vous ne pouvez pas comprendre cette décision puisque vous ne participiez pas au délibéré".'

Ultime (comment trouve-t-on ce texte ? Rien sur le web, on repassera pour le "célèbre"). Le Alain André Tunc (je ne trouve pas [update: beaucoup] d'info sur lui...) et le Adolphe Touffait (1907-1990, qui a aussi été footballer à Rennes et un quart d'heure en équipe de France) ont ainsi écrit sur le fait qu'il faudrait simplifier l'écriture des arrêts de la Cour de cass', qui restent sinon passablement sibyllins. Ça c'est un peu amélioré, notons, ces dernières années : on est passé de la phrase unique avec des points-virgules et des considérant jusqu'à la nausée, à une grammaire bien française. Je me souviens encore qu'en 2004, on étudiait en cours de droit (en école d'ingénieur) des phrases uniques, tandis qu'à présent il y a une vraie ponctuation. Le progrès est en marche — en vrai, ça résiste encore beaucoup. Ceci étant, il faut toujours trois heures pour commenter un arrêt en partiels, et généralement trois ou quatre lectures pour comprendre de quoi il en retourne exactement quand on n'a pas suivi l'affaire (ni les travaux préliminaires) ; déjà, comme la présentation de l'affaire est en ordre chronologique inverse, deux lectures minimum sont indispensables. Essayez avec n'importe quel arrêt de la Cour Européenne des Droits de l'Homme : on comprend tout du premier coup. Tout est clair à Strasbourg, avec de vrais résumés, des bullets points, une numérotation de paragraphes, un vrai exercice d'édition en multilingue. Oulah, des décisions de justice compréhensibles par le justiciable, en France c'est caca ! (Moins vrai pour le CE, qui fait de vrais efforts — Bernie est quelqu'un de bien, de toute façon)

C'est que le snobisme, chez les juristes, c'est quand même quelque chose de première catégorie — il n'y a qu'à voir comment est considéré le cursus d droit à Science Po, alors qu'il ne font que reproduire un schéma standard d'apprentissage dans le monde entier sauf la France. Alors il faut que la Cour de cass' écrive de façon compliquée (en latin serait mieux, satanée Villers-Cotterêt !) et dise beaucoup de chose (enfin, on croit, mais on n'est pas trop sûr) en peu de mots (ça c'est certain — sauf pour l'Erika, là c'est 341 pages... Moquons-nous de la Cour suprême après ça). Même notre bon Eolas trouve ça (régulièrement) fantastique. Et comme ça, on peut occuper les étudiants à se casser la tête sur ces arrêts (puisque c'est ainsi qu'est enseigné le droit, totalement à l'envers, en commençant par la fin — parce que sont les juges du droit, je sais, mais pour un logicien, il paraît très clairement la Cour de cass' module son jugement en fonction des affaires, donc du fond, surtout la chambre sociale, le tout noyé dans les 29 mille arrêts annuels dont seulement quelques uns sont étudiés par le peuple juridique), occuper tout un tas d'universitaire à se secouer la nouille sur leur doctrine, occuper des éditeurs juridiques à mâcher le boulot pour des avocats qui n'ont pas que ça à fiche que de lire en permanence tout ce qui sort, etc.

Encore une fois, dans notre beau pays, on a réussi à créer de la croissance : des snobinards heureux écrivent des choses incompréhensibles mais extrêmement importantes, qu'essaie de déchiffrer tout un écosystème très riche. On pourrait directement faire des choses compréhensible, mais ça mettrait tout le monde au chômage ou presque (après les universitaires devraient se reconvertir pour se pencher sur la pratique du droit, par exemple, beurk quoi). Et puis tout un chacun pourrait comprendre les décisions, il n'y aurait plus de flou artistique qui permet de dire à peu près tout et son contraire (bonne vieille méthode mise à profit par toute religion qui se respecte), vous imaginez ? On n'est pas à la CEDH, ici !!

Ah, le monde juridique français, il n'y a pas à dire, c'est quelque chose... Sinon, je lis à présent The changing constitution, et je vous invite à cliquer sur le "look inside" d'Amazon pour voir à quel point le droit outre-manche n'a strictement rien à voir (hint : pas de deux parties/deux sous-parties). Sans à dire si leur système est mieux ou moins bien (parce qu'au final, le pragmatisme mène à un joyeux bordel tout british... Mais jamais hypocrite : tout est reconnu, discuté, avec de vrais prises de positions argumentées après avoir exposé les vues des uns et des autres !), un autre monde est possible, passé les frontières françaises. Et rien que ça, ça fait du bien... (Il faudrait que je conseille le bouquin à Garance, qui thésardise sur le sujet Ô combien original de "la compétence du législateur", et qui n'entend rien à ce qui se passe au Royaume Uni — ce qui peut être gênant dans le cadre d'un cour de droit européen, à mon avis)

Allez, j'arrête là, je crois que j'ai encore rhabillé les sodomiseur de mouches juridiques pour l'hiver. Qui aime bien...

dimanche 17 juin 2012

l'affaire Kerviel, les limites de la justice, le miroir et le théâtre

Pendant longtemps, j'ai dénigré le droit : construction purement humaine, donc non-scientifique, cela ne m'intéressait pas. Et puis il y a eu l'affaire Guillermito, qui touchait profondément à l'informatique, à ce que nous, informaticiens, geeks, qui ne demandions rien à personne si ce n'est à faire fructifier notre esprit dans le respect de la morale, avions le droit ou pas de faire, quitte à nous condamner fortement, pour un rien. Et j'ai lu Eolas, et de plus en plus, j'ai aussi pris des options de droit en école d'ingénieur, en parallèle (ce n'était pas que Guillermito en tant que tel qui m'a fait basculer), et ce n'est donc que sept ans plus tard, et cinq ans après l'appel auquel j'avais assisté (mon premier procès !) que je me suis inscrit en fac de droit. Mais il y a des choses que l'on ne dit pas, à l'université, des choses qui touchent pourtant à l'essence même de la discipline. Le droit est absolument fondamental, c'est ce qui lie les hommes entre eux en donnant un cadre à leur parole ; c'est donc le fondement même de la société ; sa structure, très différente selon les peuples (ce que l'on refuse de considérer, en occident, en rejetant la Charia par exemple — à tel point qu'on n'en parle qu'au mieux très rapidement dans les introductions les plus complètes, et jamais en cours), reflète aussi, tel un miroir, ce qui constitue l'identité de la société.

Ces choses-là, les thésards de bibliothèque ne les voient pas : il faut aller dans les prétoires. L'affaire Kerviel est exceptionnelle en ce qu'elle est démesurée : des milliards d'Euros, une surmédiatisation, des parties civiles que sont à la fois une des banques les plus puissantes du monde (la SG, qui a porté plainte) et des représentants de ses actionnaires et de ses salariés, qui tous n'ont pas forcément les mêmes intérêts. On ne s'y trompe pas : quand on arrive à la première chambre de la Cour d'appel de Paris (après s'être battu contre les touristes — en fait, mieux vaut passer par l'entrée de la Cour de cassation), les caméras sont en faction devant la massive porte, gardée par un gendarme qui demande à voir une pièce d'identité (celle-là même qui n'est pas obligatoire selon la loi). Dans la grande salle sonorisée (quoique le micro n'est utilisé que par celui qui est à la barre), des sièges supplémentaires ont été installés ; au balcon, une quarantaine de journalistes se pressent et prennent les mêmes notes (tout comme l'escadron de caméras au dehors prendront les mêmes secondes d'images), pour en tirer quelques lignes qui se voudront originale (les plus talentueux y arriveront, au prix de sacrées coupes, en maniant les points de vue). Mais tout ce monde voit-il réellement le drame qui se passe ?

Le drame, car c'est du théâtre. Chacun a un rôle, et étrangement, ce rôle n'est pas si bien assigné. Dans la salle, il faut être expert pour savoir qui sert à quoi. Il y a la présidente, au milieu de ses magistrats, un petit bout de femme brune énergique, qui n'hésite pas à sermonner (parfois violemment), participe, essaie de deviner ce qu'on essaie de lui dire, surnage dans les nuages de fumée déployés, garde le cap mais se fait parfois déborder, devant alors gronder tout le monde en se ressaisissant. C'est le personnage le plus intéressant, car les autres sont muets, ou presque. Il y a Koubbi, un animal étrange, l'avocat médiatique qu'a choisi Kerviel, parce que le seul ténor (mais quels faits d'arme, au juste ?) assez casse-cou pour aller plaider l'innocence jusqu'au bout, pour aller persuader du complot ou de je ne sais quoi. Il irrite la présidente, mais en même temps, il sont très similaires : sans lui, elle s'ennuierait à mourir. Il met de l'animation, du drame, de la tragédie, des éclats, du suspense. À eux deux, ils soutiennent la pièce qui se joue devant un public tantôt interloqué, tantôt amusé, souvent perdu sous la masse déployée d'une partie civile qui a sorti les grands moyens accusatoires — et son propre ténor, Veil, qui reste discret, s'anime fortement, et se remet en veille.

Et le procureur ? Avec sa myriade d'assistants muets (dont on n'arrive pas à savoir à quoi ils servent, plus ou moins jeune, une jolie fille, qui prend des notes sur un ordinateur, qui a fait passer une note papier à un moment...), il intervient peu. Et à vrai dire, on ne peut différencier son propos de celui de la présidente : ce n'est pas qu'une (fameuse) "erreur de menuisier", les deux corps n'en font qu'un. Quant aux avocats des autres parties civiles, ils restent discrets, ils assistent plus qu'autre chose. Ils n'interviendront qu'à la fin de ce jeudi dernier, et cela sera un moment hautement savoureux et révélateur.

La séance de jeudi était exceptionnelle : on attendait le témoin surprise. En fait, le seul employé de la SG qui a bien voulu témoigner de son plein gré et indépendamment des ordres de sa hiérarchie. On aura vite compris que c'est un Don Quichotte professionnel : homme consciencieux et droit, il a été révolté par "l'injustice du premier jugement" (mais il est toujours en instance de divorce difficile), a décidé de mener son enquête, a patiemment compté, recoupé, fouillé ; mais de sa carrière peu évoluée pour son âge, on retient surtout que c'est le poil à gratter, celui qui parle, celui qui s'oppose à la bêtise manageriale, et qu'il le paie en permanence. Qu'importe : il met la morale par dessus tout. Cet homme est à la fois capital dans ce procès (parce que voix libre !), et dérisoire par son statut professionnel, il est l'incarnation du paradoxe non résolu de ce procès.

Avant lui, à la barre, il y a eu deux personnes : le premier, Maxime Khan, a débouclé les positions de Kerviel sans qu'on lui dise ce qu'il faisait en réalité ; la seconde est Claire Dumas, plus ou moins responsable de ces gens, qui comprend en global mais pas en particulier. Khan, c'est un trader avec ses licences et ses explications obscures : ne savent-ils pas faire des explications simples de ce qu'ils font (Kerviel a le même défaut, après tout), ou cherchent-ils à embrouiller ? Un homme qui gagne des millions de bonus, il parle, non sans une certaine franchise naïve, mais on ne comprend rien, noyé dans un jargon technico-commercial, miroir du délire financier où plus personne ne comprend rien, pas même les chefs. L'impression d'assister à "Margin Call", à deviner les relations sociales entre les différents participants, mais sans mettre un mot dessus ; pourtant, c'est là que tout se joue.

Claire Dumas est de la même eau, mais comme un chef : c'est moins précis, mais elle jargonne comme un informaticien sait le faire quand il veut justifier des sur-couts à son client, parce qu'il faut masquer son incompétence (qui peut être irréductible : qui sait tout ?) et divertir de la méconnaissance d'en face par des artifices que l'interlocuteur est prêt à entendre (seul compte le résultat, au final). Je détecte cela, sans comprendre tout le discours emberlificoté. Et là, notre petit comptable qui gagne 41K€ par an, tout dérisoire, sort ses carnets, simplifie le discours, schématise, et se moque bien avec un naturel déconcertant de l'exercice d'enfumage de la SG. La lumière fut.

Que lui oppose-t-on, en face ? Qu'il lui manque des éléments ; ce à quoi il répond tout naturellement, en bon comptable, que si l'on fait des additions pour arriver au même résultat, peu importe les petits détails, le raisonnement est le bon. Tout à coup disparait la complexité, et avec un vocabulaire que l'on reconnaît pourtant, on comprend. Mais Philippe Houbé est plus que cela : il le dit dès le début, tous ses collègues, dans sa filiale de contrôle de la SG, ont réagi comme lui. Et on imagine bien radio-moquette marcher à plein tube après Kerviel ! Mais il faut avoir travaillé en entreprise pour cela : ce n'est pas le cas des gens de justice. Il leur manque tout un pan d'expérience humaine de relations.

En fait, peu importent les chiffres, précisément. Ce que dit Houbé à la fin de sa déposition est encore plus clair que le début : les "petits", de la SG, qui pensent profondément, dans leur chair, être la société, contrairement à des N+x (avec x compris entre huit l'infini...) qui valsent, et même à un middle-management à la botte, ces petits ne se sentent pas écoutés, ils sont écrasés, et même méprisés par un discours des dirigeants de la SG (et non de la SG, notons) qui ont choisi comme ligne de défense de discréditer le travail des contrôleurs, de dépeindre une société où l'on ne sait pas très bien ce qui se passe. C'est à ce moment-là que c'est savoureux : lorsque la voix de l'ombre, de la majorité, des sans-grades, de ceux qui font le boulot à la mine (en costard-cravate aussi, certes, mais pour 41K€ et autant de bonus il y a dix ans, plus rien maintenant, au bout de 19 ans — en face, c'est "plusieurs millions", on ne compte plus, la comparaison démesurée est extrême), décident de défendre leurs valeurs... qui rentrent en contradiction totale avec la ligne de leurs chefs. On sent la tension sociale. Houbé va même plus loin : si le contrôle s'est détérioré, c'est qu'on a délocalisé à Londres, où il y a moins d'impôts et où l'on peut virer plus facilement (le droit social, nous y voilà — c'est le vrai nom du "droit du travail") ; mais les très bons peuvent aussi changer très facilement de travail, et finalement la substance a été vidée rapidement ; il avait averti sur ça, mais cela n'a fait qu'augmenter sa placardisation.

C'est à ce moment du procès, que l'on dit pivot (même si l'on s'attendait à un retournement à l'américaine, dans l'ennui total de la propagande techno-commerciale à verni scientifique), que le drame prend toute son épaisseur, toute sa véritable dimension : ce n'est pas de technique, dont il s'agit, d'opérations obscures dans des logiciels étranges (à la fois infaillibles et faillibles, visibles et invisibles — la finance quantique), il s'agit bien de social. Tout comme on sentait bien, dans les compte-rendus journalistiques, que la présidente passait à côté de quelque chose, dans ses questions naïves, de tout ce qui font les relations au travail en environnement fortement concurrentiel où le résultat est extrêmement importante, au moins autant que la pression manageriale, en négligeant toute la sociologie et toute la psychologie, et le fameux "facteur humain". Tout comme on le sentait aussi lorsqu'elle cherchait la rationalité de tout ça : pourquoi avoir fait ceci ou cela, agit de telle ou telle façon ? Les évènements, dans une organisation, dépendent d'une multitude de facteurs, de la connaissance de l'environnement, de son interprétation par les acteurs plus ou moins expérimentés et informés (rationalité limitée), surtout sous la pression et en temps contraint, mais aussi par les stratégies et les intérêts de chacun, et enfin par l'articulation de la prise de décision dans son ensemble (lire Christian Morel, "les décisions absurdes"). Tout ce que l'on appelle la sociologie des organisations, et c'est rudement complexe, toujours à l'étude, pourtant fondamental pour comprendre.

Au moment où l'on aborde ce volet social, il se produit justement des esclandres à répétition, et notamment une crise parmi les avocats des parties civiles (les journalistes ont retenu l'invective adressée à la mère de Jean Veil — Simone — par l'avocat représentant des salariés — le CE ?), qui a cristallisé la scission entre les intérêts et vision des salariés, et celle du management. Mais la justice peut-elle voir cette fracture sociale, cette lutte des classes moderne qui se joue dans ce théâtre réglé ? La justice juge un homme, il est innocent ou coupable, plus ou moins coupable le cas échéant. Elle n'est pas pensée pour accepter le miroir inconscient, involontaire, qu'elle a fait apparaître en déclarant vouloir chercher le fond de choses. Elle n'est pas prête à gérer cela, elle en est embarrassée. Bientôt, les discours convenus, à sens unique, reprendront, et elle pourra mieux se reposer. Car il faut des certitudes. C'est avant tout cela que Kerviel paiera.


Lire le compte-rendu d'Aliocha de cette journée, qui a le droit d'être au balcon pour le spectacle.


Addendum : j'oubliais de préciser que la théorie du complot soulevé par Kerviel me paraît typique des "victimes" qui n'arrivent plus à comprendre un enchevêtrement de décisions irrationnelles sans être totalement illogiques ; en réalité, il s'agit invariablement de décisions absurdes (j'ai pu moi-même auditer des situations de ce type, en milieu bureaucratique, c'est passionnant). Symétriquement, du côté de la SG, il n'est pas improbable que l'on assiste à une création de mythologie pour justifier une situation exceptionnelle et surdimensionnée qui n'aurait pas dû arriver, en trouvant un coupable et des explications exogènes (je ne dis pas que c'est conscient : au contraire, c'est un mensonge auquel on veut croire car il faut y croire, sans quoi la raison perd, ce qui est inacceptable ; ce n'est donc pas une question de choix, mais un rejet inconscient de remise en question qui pourrait aboutir à un auto-destruction).
Bref, un refus du miroir là aussi, et délires inventifs de toute part, qui ne posent pas les bonnes questions, et n'auront pas les bonnes réponses. Tout ce qui n'est pas compatible avec la notion d'arbitraire, fondement de la justice (car il faut un responsable). L'action en justice est donc un moyen de faire reconnaître sa propre version (l'une comme l'autre), de mettre un cachet de vérité sur une mythologie.


Addendum #2: en ce lundi matin, le chinois a recommencé à la barre avec l'audition de l'ancien chef de Kerviel. Cet homme est incapable de trouver des mots qui ont un sens pour son auditoire, il parle dans son charabia. Si l'on s'en réfère à la théorie des actes de langage, ou plus philosophiquement encore, la scission entre son monde de la finance et le monde de tous est tellement entamé que le fait d'expliquer simplement n'est plus même une idée envisageable (alors que toute matière technique, que ce soit de la médecine ou de l'informatique, peut parler son jargon à un point tel qu'il soit incompréhensible pour les non-spécialistes, mais cela n'empêche pas de savoir adapter le discours — aussi parce qu'il faut parler à un patient ou à un client, un "autre" qui se doit de comprendre, dans une relation sociale, que l'on peut soupçonner absente dans le trading, ce qui n'est pas sans expliquer une partie de la psychologie "déconnectée des réalités" du trader). Plus encore, cet homme est au chômage depuis 4 ans (théoriquement l'indemnisation est limitée à deux ans), a-t-il déclaré : il est donc exclu de ce monde (ou s'en exclut lui-même !), mais se réfugie toujours pourtant dans son langage, son vocabulaire et sa grammaire. Polytechnicien licencié : quand on sort de l'X, que l'on est censé être l'élite de la nation et tamponné comme tel, ne peut-on rien faire d'autre de sa vie que du trading dans un micro-monde qui se connait (et a donc exclut l'un des siens ?). Révélateur, encore... (autre hypothèse : cet homme est détruit, ce qui révèlerait alors que ce sont bien des incapables sans épaules solides qui sont aux postes de management !)

lundi 14 mai 2012

photos érotiques vintages et mangas

Vendredi à 16h, c'était la dernière édition du cycle de conférences à la NYU (rue de Passy), "approches historiques des sexualités, XIXe-XXe", dont je vous conte régulièrement les aventures. Cette fois, deux intervenants ; mais un public toujours aussi restreint, avec les deux organisatrices (dont Sylvie Chaperon, qui dirige la thèse de la première intervenante, après avoir dirigé son mémoire), le vieil érudit étrange, deux étudiantes (qui doivent passer à l'oral ensuite ; la plus mignonne est perdue dans son mémoire, aidons-la !), trois auditrices libres plus âgées, et deux amies de la première conférencière aussi.

Et pourtant, quel plaisir d'entendre une très jolie fille rousse (cuivrée, une pure !) de son propre âge vous parler d'érotisme trois-quart d'heure durant ! Camille Favre, brillante historienne (civilisations modernes et contemporaines), a écrit un mémoire sur les pin-ups, et s'est spécialisée encore plus dans le monde de la femme et de l'érotisme, sous le spectre de l'histoire et de la société, ce qui lui a valu d'être interrogée par Mediapart sur les soubrettes (retranscription libre d'accès ici). Pin-ups et soubrettes, il en fut question rapidement, mais de manière périphérique. Car le sujet était bien "les mécanismes de genre dans la photographie érotique et pornographie, 1850-1939". À cette époque, on est encore civilisé : on ne mate pas du gros nibard venu d'Amérique, non non, on s'extasie sur les jambes féminines, et on a bien raison (c'est l'époque du french cancan, "ou l'art de monter la jambe", nous dit malicieusement Camille).

Au début, le daguerréotype est chéros, une demi-semaine de salaire médian ! Mais le bourgeois veut déjà collectionner quelques exemplaires de belles qui s'exposent, encore très habillées, certes, mais sachant manier l'art du dévoilement. Et qu'à cela ne tienne, l'alibi est trouvé : l'art ! Il faut bien des modèles, pour sculpter et peindre (en option : se palucher). La maréchaussée n'est cependant pas tout à fait de cet avis, et dès que ça devient un peu trop visible, voilà que l'on met le photographe un mois en prison, le vendeur un an, et le modèle... six mois. Il faut bien choisir son côté de l'objectif, chez les hypocrites ! (pas si civilisés que ça, finalement)

On trouve quelques merveilles, comme ces photos à la manière de l'origine du monde, qui auraient servi de modèle à Courbet. Mais avant cela, le "collant d'amour" est utilisé pour voiler le dévoilement. Il y avait aussi les photos coquines, de soubrettes notamment, mais aussi d'infirmières, tout ce qui a sédimenté comme fantasmes sur pattes à cette époque (la soubrette était par ailleurs fort pratique : sexe-plaisir pour monsieur, en opposition au sexe-repro de madame, elle permettait aussi, entre ses 15 et 25 ans, de dépuceler le fils du maître de maison et d'éviter de ramener des saloperies de l'extérieur par la même occasion — tout ça avec des chèques emploi-services ?). On y voyait aussi un peu de bite, mais plus rarement. Il était en revanche moins rare que les demoiselles masquent leurs visages, eu égard aux peines de prisons encourues — cependant, la chose payant fort bien, le modèle des couches sociales peu élevées (la lavandière type petite prostitution passagère) était motivé.

Après ces émotions et quelques tranches de rire (instants saugrenus et savoureux), c'est Laurent Martin qui a pris le relai. Alors là, encore pire que Camille Favre pour trouver sa bio avec un nom aussi commun ; historien à sciences Po, de mémoire, plus âgé en tout cas (la bonne trentaine dirons-nous). Pas du tout spécialiste du Japon nous prévient-il (je ne savais pas qu'on pouvait ne pas savoir prononcer du Japonais !), et donc découvreur assez récent du hentai et de l'ecchi : "Images et imaginaires sexuels. Le cas des mangas japonais".

Si l'absence d'érudition japonaise l'a empêché de tiquer sur l'orthographe "ecchi" plutôt que "etchi", l'introduction fut de bonne facture ("hentai" c'est la difformité, à la base, et on trouve le mot pour d'autres domaines que l'érotisme pervers à tentacules). Là, on est quelque peu sur mes terres (aussi...) : citer La Blue Girl, c'est très bien, mais c'est un peu court (même pas un p'tit Bible Black, diffusé sur plein de chaines de télé à travers le monde et doublé en anglais !). Intéressant tout de même, à la fois pour le regard du chercheur aguerri (qui peut chercher sur n'importe quoi, pourvu qu'on le prévienne un an à l'avance), mais aussi pour le regard du néophyte qui découvre. On était ainsi censés voir des images très choquantes (et j'attendais de voir avec gourmandise ce qui est censé être insoutenable), mais... rien. Powerpoint en panne, que des carrés blancs, à l'exceptions de quelques rares images.

Et là, autre moment un peu délicieux pour l'informaticien que je suis : voir le beau monde se battre pour essayer de faire marcher la bestiole propriétaire. Est-ce le refus de mettre à jour le flash player ? (rien à voir !) Cela marchera-t-il mieux sur le mini-PC de Camille ou sur le Mac d'une femme du public ? (non — il aurait surtout fallu regarder la taille du fichier pour se rendre compte que les images étaient manifestement liées dynamiquement, et qu'il fallait donc emporter tout le dossier, pas le seul PPT ; ou alors regarder le message d'erreur totalement miniature qui nous disait peut-être que le copier-coller était sur des URLs externes dynamiques, nécessitant une connexion internet...) Finalement, le verdict fut : "y'a toujours un truc de magique dans l'informatique". La science moderne, c'est la magie de l'incompréhension.

Pas de bol, donc, pour une fois que l'on avait deux intervenants qui avaient pensé à un vrai support visuel (tout en lisant des notes, je vous rassure !), ce fut un échec pour le second — ce qui fait un peu penser aussi que l'absence de dextérité révèle que l'exercice est très rare (et faites des PDF, bon sang ! Le b.a.-ba !). Petite séance de questions, et fin presque à 18h00 comme il faut. Aucune idée de ce qui reprendra l'an prochain (l'universitaire ne travaille que la moitié de l'année, c'est ainsi) : il faut se ménager la surprise !

dimanche 15 avril 2012

critique de la critique politique et morale de la pornographie

En ce vendredi 13, toujours de 16h00 à 18h00 (et toujours en léger retard pour ce qui me concerne : Passy, c'est loin...), le séminaire mensuel sur les approches historiques (en réalité sociologiques) des sexualités des XIXe-XXe siècles, était animé par Ruwen Ogien, directeur de recherches au CNRS, principalement sur la philosophie morale ("penser la pornographie", PUF, 2003 ; "L'éthique aujourd'hui. Maximalistes et minimalistes", Gallimard, 2007 ; "La liberté d'offenser. Le sexe, l'art et la morale", La Musardine, 2007 ; "L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale", Grasset, 2011). Le thème : "Qu'est-ce qui ne va pas dans la critique politique et morale de la pornographie ?". De quoi mettre les pieds dans le plat !

Et effectivement, à mon arrivée, ça parle déjà de l'ambiguïté du rejet : sous des accents de critique morale, venue essentiellement du monde féminin, ne serait-ce pas l'exhibition qui est condamnée ? Il suffit de considérer le porno gay ou queer, sans femme ! (ou avec que des femmes) D'ailleurs, l'arsenal argumentaire a évolué : on parle désormais de l'intérêt de l'enfant, dont on se fichait comme d'une guigne avant, et qui a à présent remplacé l'atteinte aux bonnes moeurs, disparue en 1994. Et ce n'est pas tant que l'enfant voie ces images, mais la possibilité hypothétique que cela se produise ; en même tant que l'on considère que cela pourrait le choquer à tel point que son développement tout entier en serait menacé. Bref, l'enfant a bon dos, son intérêt est toujours très relatif, dans une société qui se cherche sur l'homoparentalité (là où il ne faut aucun permis lorsqu'on est alcoolique et/ou violent ; mais les fous ou les crétins sont subrepticement — pas comme en Suède des années 1930 — stérilisés à leur insu, du moins on s'arrange pour qu'ils ne se reproduisent pas), ou encore où des considérations religieuses (catholiques par exemple) vont déterminer le choix de ne pas avorter alors qu'une échographie montre de graves malformations (intérêt de vivre vs intérêt à avoir une vie non douloureuse : l'enfant en soi est en réalité absent). Et la sexualité de l'enfant est un domaine très fluctuant au fil du temps (voir plus loin la remarque sur l'hyper-sexualisation des jeunes filles). On retrouve ces ambiguïtés hypocrites de la société jusque dans la loi : à 15 ans moins une minute, pas touche ; à 15 ans et une minute, on peut participer à des sodomies de groupe (mais de préférence pas avec des majeurs, ça peut poser des problèmes avec les parents), mais on ne peut pas voir de telles scènes ; pour cela, il faut attendre 18 ans.

Il est important aussi de distinguer les pratiques véritables et les représentations qui circulent dans une société. Ce n'est pas parce que les indiens ont des représentations du kama sutra qu'ils n'en ont pas moins des relations sexuelles, en réalité, tout à fait banales. Et ce n'est pas parce que toute représentation est bridée dans les pays musulmans que l'on n'en tolère pas moins la polygamie. La pornographie, et même parmi ses consommateurs, ne traduit pas une vie sexuelle débridée, loin de là : c'est donc très souvent différent, et une bonne question est de savoir comment cela s'articule.

Face aux détracteurs qui souhaitent la disparition de la pornographie, ne faudrait-il pas tout simplement défendre que le genre en soi est une activité culturelle ? Placer une limite entre ce qui en relève ou non est bien présomptueux : que dire de la biographie de Céline Dion si l'on se base sur une absence de valeur artistique ? (Je note d'ailleurs que cela rejoint la question du copyright : légalement, on peut dire que c'est une oeuvre artistique, protégée par le droit d'auteur, si l'on montre l'originalité ; le problème du format du séminaire est qu'il est bâti autour d'une seule personne, et non en table ronde avec des approches différentes, c'est dommage)

En réalité aussi, le partage entre ce qu'il est acceptable de montrer en public ou ce que la société considèrera que cela doit être réservé à la sphère privée ne dépend pas de l'acte mais des préjugés. Pour étayer cette affirmation, Ruwen Ogien donne un exemple : que l'on considère un couple hétérosexuel de belles personnes qui s'embrassent sur une publicité, en gros plan, tout va bien. Mais que l'on fasse la même chose avec des gays, des vieux, ou pire des gens laids : il n'y a plus acceptation (comme l'a montré l'affaire des pubs pour les matelas, dans le métro).

Une fois cette introduction faite, notre conférencier attaque sur la liberté d'expression. La pornographie pourrait s'en prévaloir, surtout dans les systèmes démocratiques. En réalité, même aux USA où l'on peut défiler en nazi dans des quartiers juifs sans soucis, au nom de la liberté d'expression des opinions politiques, la pornographie est considérée comme une exception, jugée comme non vecteur d'opinion. "Pire" encore : ce ne serait QUE pour exciter, de l'obscène, pensez-vous ! Quelle horreur. Pourtant, une comédie n'est faite que pour rire, un film d'horreur que pour faire peur : aucun problème. Mais exciter, ça non ! Dans un régime démocratique, cela pose tout de même quelques questions...

En réalité, aux USA, s'est joué (et se joue toujours) une grande bataille avec des féministes anti-porno, depuis les années 1980 (que l'on me pardonne de ne pas avoir noté le nom de ces hystériques — connues, j'ai vu plusieurs fois leurs noms apparaître). Leur cheval de bataille est la dégradation de l'image de la femme, avec un message politique d'inégalité homme/femme — tout en rejetant totalement la valeur artistique des oeuvres pornographiques (on rappelle au passage l'étymologie, que j'avais oublié me semble-t-il, "écrit/portrait de prostituées"). Digression philosophique au programme. Ça va évidemment loin, une féministe (et pas une pro-sex...) est même allée jusqu'à émettre l'avis que s'il y a beaucoup de fellations dans les films pornographiques, c'est pour bloquer la voix de la femme, qui n'a pas la même parole que l'homme (évidemment, ça ne dit rien sur les cunnilingus, tout aussi incontournables — et il est tout aussi difficile de tenir aussi une conversation dans cette position ; m'enfin, faisons-nous des bisous, au moins ça c'est égalitaire).

Dans leur bataille crétine, les (non-)excitées de service sont allée faire voter des lois (via quelque député/sénateur — mâle, n'est-ce pas — tout aussi coincés du cerveau et d'ailleurs) ; résultat, du procès qui remonte jusqu'à la cour suprême, et en 1985, elles se font avoir comme des bleues : en argumentant que la pornographie porte le message politique d'assouvissement de la femme, la cour les suit et décide donc de protéger les oeuvres par le premier amendement sur la liberté d'expression ! C'est ballot. Et ça passe au Canada, où une loi anti-porno est votée. Résultat : harcelés par la police, les sex-shops et autres revendeurs d'oeuvres pornographiques se recyclent dans le gay et le queer ; il n'est pas très clair si la loi ne visait au début que les hétéros ou si c'est pas extension jurisprudentielle simple que le périmètre de la loi a été étendu (de toute façon, dans un pays de Common Law, ça revient un peu au même, mais j'ai encore pu noter que nos hôtes avaient des lacunes en juridique), toujours est-il que l'application a visé ce type de matériel, et plus largement tout ce qui pouvait avoir trait au plaisir ou au porno au sens large... même pour le dénoncer ! Et c'est ainsi que les féministes (et plus spécifiquement, entre autres, un bouquin de l'une des lobbyistes qui avait fait voter ladite loi) ont été victimes des douanes ; même Duras a été interdite, puisque prônant le plaisir féminin dans ses livres. Du grand n'importe quoi.

Si l'on en revient à l'essence même des arguments des femmes pourfendant le pornographie, c'est typiquement une forme de paternalisme ; cela transparait tout à fait lorsqu'elles considèrent que si des femmes défendent la pornographie, c'est qu'elles-mêmes sont justement aliénées par la pornographie (je remarquerais par ailleurs que c'est le même type d'argumentation qui est opposé aux prostituées) ; imparable, argument rhétorique s'auto-justifiant et coupant toute contre-argumentation logique. Face à cela, on ne peut donc que contre-argumenter sur une position déontologique forte : pas de paternalisme. À chacun de choisir. Cependant, la discussion post-conférence avec le public, et plus exactement avec ma voisine, montre que le chemin à parcourir est encore long : si elle avoue sans détour aimer la pornographie et se casser régulièrement les dents contre ses connaissances qui y sont opposées (d'où sa présence, pour la première fois, à ce cycle), elle émet cependant de fortes réserves sur le fait que les filles se font tout de même exploiter, qu'elles sont faibles, etc., citant pour cela un extrait de la bio de Coralie Trinh Thi, qui à un moment se fait (littéralement) baiser par un producteur lui promettant monts et merveilles, mais n'arrivant pas à le traiter de connard dans son ouvrage, cherchant plutôt à justifier la situation.

Le débat est alors assez intéressant : pour Ruwen Ogien, très libéral, cela pourrait arriver dans tous les milieux (inégalité de traitement homme/femme, patron/chef qui couche avec ses employés en faisant miroiter une promotion canapé, etc.), alors pourquoi viser spécifiquement le porno ? Ne serait-ce pas, là encore, parce que l'on touche au sexe spécifiquement, plus qu'autre chose ? Le type bizarre et hypercultivé (chercheur lui-même ou maître de conf ou les deux, bref), qui n'arrive pas à penser sans parler (ça n'est donc pas qu'il essaie désespérément de participer sans succès à la conversation qui n'en est pas une : même dans la rue il parle tout seul, mais tout va bien, c'est un brave gars...), fait alors remarquer que si la pornographie que l'on nous propose est machiste, il n'en reste pas moins que la pornographie en tant que telle est un genre tout à fait neutre. Mais fermons là cette parenthèse, j'y reviendrai dans mes propres commentaires.

Ruwen Ogien continue en fait sa démonstration en parlant de la théorie des actes de langage. Là, ça se complexifie gravement — et ça n'a pas l'air totalement sec, en plus on a parlé à la fois de performatif et de perlocutoire, alors que les deux notions se sont succéder sans se recouper entièrement, de quoi se perdre un peu plus, des slides auraient été bienvenues (sinon on se perd dans le discours, pas besoin de théorie du langage pour ça !). Pour faire simple (et sous réserve d'avoir bien compris, parce qu'on a pas mal parlé, comme illustration préliminaire, de condition de félicité soumis au prérequis d'investissement institutionnel — par exemple le non-sens pour lui de me déclaré marié à ma voisine de droite, puisqu'il n'est ni maire ni prêtre —, puis d'illocutoire) : dire (pour nous : montrer du porno, avec son hypothétique message politique) n'est pas faire, est distinct d'une action dans le monde réel (bref, ce n'est pas parce que vous matez du porno que vous devenez une porn star, et ce n'est pas parce que le porno existe que l'on baise ainsi dans la vraie vie).

On repart, juste ne sais plus trop comment (un peu parce qu'on s'est perdu et que le temps disponible se raccourcit : il faut faire des choix dans les notes), sur l'intérêt de l'enfant, dont on peut voir une apparition avec le débat récent de "l'hyper-sexualisation" des petites filles, qui choque, alors que celle des garçons (jouer à la guerre, sport, etc.) est normale (c'est quelque part la même dissymétrie que pour la conception sociétale de la sexualité féminine débridée contre la masculine du même type). Ça relève plutôt de la catharsis de la société : il n'y a qu'à voir le nombre de tournantes que l'on avait au JT (lorsque Ségolène Royal était ministre de la famille, pour resituer), alors que le phénomène était ancien, et que l'on n'entend plus du tout parler depuis quelques années... Outre l'intérêt de l'enfant, le puritanisme a un nouvel argument pour le moins original : le porno déprime, puisqu'on se sent nul devant tant de prouesses et de puissance sexuelle (à tel point que les sexologues ou autres médecins seraient assaillis d'hommes inquiets sur la taille de leur pénis, qu'il faudrait rassurer en leur montant qu'ils sont supérieurs à la moyenne). Ruwen Ogien s'amuse plutôt du fait que si l'on voit toujours des gros sexes en érection à l'écran, cela traduit certainement des désirs homosexuels refoulés — et il n'y a pas de mal à cela !

Puisque l'on est dans le rayon de l'irrésistiblement pertinent, notre conférencier finit son exposé en faisant remarquer que si le simple fait de regarder de la pornographie rendait violent (argument encore des frustré(e)s), les censeurs seraient les plus atteints, puisque ce sont eux qui passent des heures à en vérifier le contenu !

Ruwen Ogien est une certaine célébrité, mais comme la dernière fois, je reste surpris que l'on puisse organiser un évènement où l'on ne retrouve qu'une douzaine de personnes (dont seulement deux ou trois, en plus des organisatrices, se retrouvent d'une séance sur l'autre). L'invitation s'est faite par mail, auprès d'environ 90 personnes, dont 4/5e d'universitaires à en juger par les adresses mail (il y avait au final deux ou trois jeunes étudiantes qui sont venues). Clairement, il y a un problème de diffusion, et ayant raté l'avant-dernière séance sur les sex-toys vintage (en conflit avec un colloque à l'ENA sur le patrimoine immatériel de l'État), il me sera impossible de la rattraper, alors même qu'après tout, un texte plus ou moins lu, en tout cas des notes, pourraient très bien être diffusées (c'est ce que je fais avec mes propres conférences sur mon site personnel). Je rêve d'une systématisation de l'enregistrement audio/vidéo, alors que Youtube ou Dailymotion permettent à présent une diffusion sans aucune difficulté. Prêcher à des convaincus en mini-groupe a tout de même un intérêt limité !

Au-delà de cela, cette séance m'a encore interpelé sur son aspect très théorique. Je veux dire par là que certes la science (sociale, philosophique) travaille sur des concepts, mais ne parle-t-on pas entre bourgeois de ce que l'on ne fait que se représenter ? J'avais fait parvenir l'invitation, via Twitter, à Morgane Merteuil, secrétaire du Strass (syndicat des travailleurs du sexe, qui explique continuellement que oui c'est un choix, non elles ne sont pas des violées de la petite enfance, et que ce serait chouette d'arrêter de les emmerder pour qu'elles puissent enfin bosser convenablement — parce que là, des protecteurs de ce genre, on s'en passe bien), ainsi qu'à Katsuni, divinité vivante  jeune fille de bonne famille reconvertie  pornstar munie de gros cerveau (mais en déplacement aux US). Las, il n'est resté que des bobos universitaires — il faut regarder la réalité en face. De quoi parle-t-on, précisément, alors ?

La discussion sur "le porno est machiste" le montre : nous n'avons aucune étude sérieuse sur cela. On pourrait par exemple objecter que les femmes sont largement plus payées que les hommes dans le milieu du porno (sans que ça ne choque personne, n'est-ce pas ?), et lire celles qui ont (légitimement) écrit dessus. On pourrait aussi faire remarquer que tout acte sexuel impliquant un homme, donc une pénétration (sauf à ce qu'on filme du soft-sex ou du SM où monsieur se fait expliquer la vie par Madame à coups de fouet et de pinces à linge), il y a forcément domination, comme dans la vraie vie réelle (ou alors vous devez bien vous faire chier, et je suggère le suicide) : peu importe que le/la partenaire, incidemment dominé(e), soit un autre homme, une chèvre ou une femme ! (ça n'interdit pas de faire une amazone, hein, c'est très reposant, faut faire travailler mademoiselle quand même !)

Bref, rien à voir, en soi, avec le machisme, qui s'exerce par définition en dehors de l'acte sexuel (donc l'enquête devrait pour cela porter sur ce qui se passe en dehors des plateaux : certes j'ai déjà entendu une actrice se plaignant, une fois, d'un manque total de considération — on ne lui a même pas donné une serviette après une éjaculation faciale, pour s'essuyer —, mais a priori ça a l'air franchement rare, et vu la concurrence, mieux vaut ne pas trop jouer sur ce terrain-là, les actrices trouveront vite leur compte là où elles sont convenablement traitées ! — et d'ailleurs payées plus). Enfin, dernière remarque (je suis sûr qu'on pourrait en trouver d'autres), il y a une tendance naturelle à se concentrer sur la beauté féminine : si sur l'île de Lesbos les demoiselles écrivaient déjà sur le sujet ("sans forcément pratiquer ce que ces messieurs grecs leur prêtaient de leurs propres pratiques", avait dit mon prof de philo), il n'y a qu'à ouvrir un magazine féminin pour se croire dans un magazine masculin, tellement ce n'est qu'un défilé de jolies filles dénudées (avec peu de mâles au milieu), c'est assez incroyable ! Il ne faut donc pas oublier les données de base de notre société avant de tirer des plans sur la commette.

En fait, cette vision biaisée et étriquée trouve son paroxysme dans ce genre d'article moralisateur sans trop en paraître, écrit dans un style ampoulé et suffisant (ponctué de vocabulaire un peu grossier — Marie-Madeleine, que c'est subversif !), assez typique des "penseurs", qui montent des montagnes sur tout et n'importe quoi (et ont souvent un sur-narcissisme qui se traduit par l'emploi abusif du copyright et de la signature, "c'est MA pensée à MOI", vous voyez ?). En l'occurrence, la "sexologue-écrivaine" nous dépeint son archétype de film pornographique, mécanique, qu'elle critique sans trop assumer sa position idéologique. Je lui ai fait remarqué sur Twitter qu'elle a une vision franchement réductrice du genre, très américano-centrée : la voilà qui me répond quelque chose comme "l'Amérique c'est grand", alors que je visais évidemment les États-Unis. Typique de la suffisance dédaigneuse de "l'intellectuel"©® (moi aussi j'use de "©" à outrance quand je veux). Bref, il existe du porno amateur, comme il existe du porno japonais qui n'a RIEN à voir, mais alors rien du tout, un autre monde. Allez voir, encore, le fabuleux travail de John B. Root et osez me dire que ça ressemble à ce qui passe sur PenthouseTV (je vous résume : un type body-buildé qui se tape une petite blonde, parfois brune — mais toujours blonde à l'intérieur ; là, ça ressemble à la mécanique que dépeint l'autre folasse). Roy Stuart publie autant sur Met-Art que dans des bouquins chez Taschen (et ce sont à peu près les mêmes photos, avec plein de poils dedans). Il y a un nouveau site web (x-art) très évanescent (encore plus que Met-Art, avec des filtres blancs appliqués, mode sublimation) qui est à l'exact opposé de Kinky Thaï (ATTENTION : ne lancez pas de recherche sur le net si vous n'avez pas le coeur très bien accroché, je vous aurai prévenu !!!). Toute une diversité, une complexité, une hétérogénéité qui pourrait faire l'objet de longues études (qu'est-ce qui existe ? Qu'est-ce qui est regardé ? Où/par qui ? Pourquoi ? Quelle diffusion, quels canaux, quels supports ? Etc.), mais qui est balayé par... ignorance (et donc pas schématisation/simplification). J'avais déjà fait une remarque en ce sens la dernière fois.

Je ne sais pas trop si c'était notre cas, ici, mais j'en ai parfois eu l'impression — d'un point de vue philosophique, j'étais bien évidemment totalement d'accord, mais prêcher un convaincu libéral n'a pas un intérêt démentiel, si ce n'est filer des billes et aider à structurer un peu plus la pensée. Je suis de ces ingénieurs qui pensent qu'il faut tout maîtriser, expérimenter, connaître de fond en comble pour pouvoir tenir un discours sur quoi que ce soit. Ou alors on annonce clairement où l'on en est dans sa quête. Mais c'est cela qu'être scientifique.

dimanche 9 janvier 2011

Nemo auditur propriam turpitudinem suam allegans

"Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude". Comme vous ne le savez peut-être pas, notre droit est germano-romain, ce qui implique qu'il se fait à partir de l'interprétation stricte de textes de loi, à l'opposé du droit commun ("Common Law") qui se base sur la jurisprudence des affaires antérieures pour éclairer la loi (souvent vague) ; mais notre droit ne se base pas que sur les textes : les lecteurs de Jules le savent bien, un certains nombres d'adages, en latin, font aussi office de loi. J'ai découvert cet adage dans un bouquin fort intéressant de droit des contrats (matière qui en revanche m'ennuie au plus au point, malgré son aspect utilitaire : je préfère largement le droit public !).

Il est invoqué lorsque la cause est illicite : il y a rupture du contrat, mais il faut savoir qui a droit à des dommages et intérêts au demeurant. Évidemment, pas la partie qui savait pertinemment que la cause n'était pas légale : faute de texte, c'est à cet adage qu'il faut se reporter. Et là, je me demande si par exemple, Axa aurait pu refuser à Guerlain le versement de 300.000€, pour compenser les dommages subis par le groupe suite aux déclarations racistes de son fondateur sénile (la turpitude), ayant entraîné la fermeture des boutiques pour cause de manifestations (d'un autre côté, Guerlain appartient comme tout en ce bas monde à LVMH, cela fait une cause double indirecte) (et puis 300.000€ pour garder un aussi gros client que LVMH, au diable la morale ! -- en supposant que les assureurs en ont une).

Et plus largement, je me plais à croire en un monde où l'adage serait force de maxime, ou mieux, force de loi. Par exemple, lorsqu'un gouvernement incapable, depuis huit ans au pouvoir, se plaint de la hausse de la criminalité (dans les transports, attention loi à venir, c'est gros comme une maison), alors qu'ils en ont fait officiellement leur cheval de bataille, et même gagné toutes les élections sur ce thème (non sans vocabulaire de far west : racaille, karcher, on en passe), on pourrait l'empêcher de s'en prévaloir.

Et d'ailleurs, ce même gouvernement pourrit la justice, depuis tout ce temps. À l'orée de la retraite, l'un des magistrats des plus gradés de France s'emporte enfin (enfin, parce que sinon, sous tutelle du ministère de l'intérieur, ce sont manifestement des mauviettes, qui préfèrent assurer leur tranquillité et leur avancement que de défendre les libertés de leurs concitoyens -- les avocats sont là pour ça, mais le parquet les juges du siège sont interchangeables !). Et comment. Nul doute pourtant que ces bandits gouvernants sauront fort bien l'année prochaine se prévaloir de leurs propres turpitudes...

jeudi 6 janvier 2011

de la laïcité

B#6 et avant elle Valerio ont voulu me chatouiller sur un sujet traumatisant invariablement les franco-français : la laïcité. J'écris donc ce billet comme point central de mes réflexions et lieu de débat. Il servira aussi à rediriger tous les trolls constructifs (oxymore) sur le sujet.

La laïcité à la française®©™ est un concept extrêmement hexagonal. Elle s'énonce selon un faisceau de principes contradictoires entre eux : la France n'accepte la représentation d'aucune religion selon que l'on officie dans la fonction publique ou non, mais les tolère toutes d'après ses droits fondamentaux ; tout en n'en subventionnant aucune, elle est de tradition chrétienne (ce qui explique que ses jours fériés soient très majoritairement chrétiens, et aucunement d'autre religion, tout comme l'organisation de sa semaine de travail), et l'on enterre les grands noms de la République après une cérémonie catholique (le Panthéon ayant de ce point de vue échoué, on y reviendra), tandis qu'on y voit les ministres à la messe, cependant qu'il est toujours hors de question qu'un fonctionnaire ne porte le voile.

Le voile est en réalité constamment le sujet épineux. Depuis près d'un siècle l'Islam fait peur. Aux Français. On ne sait pas trop pourquoi, histoire de colonies ou de Sarasin ; ou peut-être que l'antisémitisme est passé de mode depuis la Shoah, les autres religions sont très négligeables dans le paysage, et le musulman est assez typé pour qu'on le différencie et qu'on s'en occupe en priorité.

Toujours est-il que les affaires de voile deffraient la chronique depuis 20 ans. Ce qui prouve déjà une chose : en 20 ans, rien n'a été réglé (le FN en a en revanche largement profité, à partir de quasiment rien comme substrat), et si Bernard Stirn ("les libertés en question", très recommandable, avec toute la jurisprudence) se félicite par exemple que la solution bâtarde du tribunal administratif n'a mené qu'à quelques exclusions de jeunes voilées de l'école publique, et de quelques autres Sikh (plus quelques juifs aussi, qui ne voulaient pas travailler le samedi), je trouve à titre personnel que cela en fait déjà trop, pour un critère qui aux dernières nouvelles n'empêche pas d'étudier (samedi non travaillé exclu, quoiqu'on pourrait y penser à l'instar des cantines scolaires si promptes à donner du poisson le vendredi mais ayant mis un temps fou à varier ses plats dès qu'il y a du porc au menu), preuve étant que l'université n'est absolument pas soumis à ces règles (cohérence, toujours).

Et pendant ce temps, le débat pourri dès le départ se déplace sur d'autres terrains. La burqa, phénomène négligeable (une étude parlementaire a parlé d'un petit millier -- sur 66 millions de personnes, pour rappel) ayant déclenché de grandes envolées lyriques chronophages (alors que la situation économique du pays et du monde est dans une situation grave...), a donné lieu à une loi manifestement inconstitutionnelle, ce que n'a pas voulu reconnaître le conseil [auto-lien] ; tout cela à partir d'un fait divers ayant abouti, tout de même, à une annulation du PV (je vous invite d'ailleurs à chercher sur Google à quel point cette décision est passée totalement inaperçue). Il fallait le faire.

Le racisme et la xénophobie d'une large part de la population ne fait aucun doute dans ce débat (positionnez votre téléviseur sur TF1 pour vous en convaincre, ou descendez un peu voir des français standard en dehors de vos cercles bobos) ; les meilleurs sont simplement réactionnaires (la France est de tradition chrétienne, c'est aux étrangers de s'assimiler en abandonnant leurs coutumes pour les nôtres -- thèse Zemmour). Le problème, c'est que des personnes tout à fait intelligentes et raisonnées les rejoignent -- alors même que la composition de ce camp devrait justement être un indice sur le fait que cette voie est bien mauvaise. Il s'agit invariablement d'athées, qui tombent dans le même travers que les catholiques du Moyen-Âge qu'ils conspuent pourtant régulièrement.

Il existe un principe fondamental pour l'Homme : la liberté. La liberté est un très lourd fardeau à porter. La liberté est le signe d'un raffinement de l'esprit, elle n'est pas donnée à tout le monde. Il s'agit de responsabilité. J'aime la liberté. Beaucoup ne l'aiment pas : ils peuvent dès lors assumer tout type de gouvernement, qui ne pourra en l'occurrence n'être que despotique, donc basé sur la peur (on sait cela depuis Montesquieu, pour rappel : ça date !). Ce genre d'État est généralement loin des concepts de vertus (les exemples ne manquent pas). Il existe des États où c'est la vertu qui est dictature : Singapour en est un excellent exemple, où macher du chewing-gum ou manger dans le métro donne droit à une très forte amende (plusieurs centaines, voire milliers, de Dollars), où quelques grammes de drogue impliquent la pendaison (voir les rapports d'Amnesty international pour se rendre compte du taux de peines capitales par rapport au nombre d'habitants), et où pour ce qui nous intéresse, regarder une femme "de manière ambigue" mène tout droit en prison, tandis que les prostituées sont bannies dans un quartier extrêment règlementé, tout comme le sont les rapports sexuels (notamment une interdiction de l'homosexualité) et la possession de pornographie (interdite) -- notons au passage que ces lois draconiennes ont été mise en place comme solution à la stabilité d'un pays composé uniquement de fortes minorités.

Je suis un mathématicien qui a lu Montesquieu : on peut choisir les axiomes sociaux que l'on veut (et en l'occurrence, on ne les choisit pas vraiment, par manque... de liberté !), cela donne un système plus ou moins cohérent, avec une certaine moralité. J'ai pourtant ouï dire que la liberté était le meilleur moyen, somme toute, d'être heureux (petit rappel : la fin suprême est le bonheur, pas la "compétitivité de l'État", aussi étrangère à Aristote qu'à tout économiste). Un système a voulu forcer tout le monde au bonheur : l'URSS. J'espère, j'ose espérer, que plus personne ne croît que cela a été une solution ayant atteint ses objectifs. On y a dicté que la religion était le mal, comme on a dicté que le capitalisme ou la musique sérielle étaient contre le peuple. En réduisant les choix, en réduisant les libertés, pour le bien de chacun évidemment, on en est arrivé à précipiter le malheur de tous (avec quelques millions de morts au passage, parce qu'il faut bien faire quelque chose de ces gens qui ne veulent pas comprendre).

On peut aimer ce genre de solutions sociales : le masochisme est un comportement comme un autre, et je donne à tout un chacun le droit de disposer de sa vie comme il l'entend, y compris pour vivre sous une dictature ou pour se suicider. Si cela est votre choix. Ce n'est pas le mien, mais je le respecterai.

J'aime la liberté. La liberté de chacun s'arrête là où commence celle de l'autre : ce principe tout ce qu'il y a de plus simple indique les limites à la liberté que doit fixer la loi ; elles ne saurait aller au-delà sans menacer la liberté elle-même. Au toutes dernières nouvelles, le fait qu'une femme porte le voile n'entre pas en contradiction avec ma liberté. Elle ne m'empêche pas d'aller et venir ; elle ne m'empêche pas de penser. De penser que c'est de la connerie, comme toutes ces manies religieuses qui vont de la dégustation d'un biscuit rance à la procession à l'autre bout du monde sur un lieu sacré, en passant par la diabolisation du saucisson. Mais ce n'est pas ma vie, et cela n'empiète pas sur la mienne. Alors quoi, où diable est le problème ?

Le problème, me dit-on, c'est que ces femmes n'ont pas le choix, on leur impose le voile. D'une part, les enquêtes montre que cela est tout à fait faux, les femmes choisissent tout à fait de se voiler en pays libre (comme l'est censé l'être le nôtre), et toute violence est punie par la loi. Je répète : toute violence est déjà lourdement punie par la loi. Rien à voir avec la laïcité. Je m'étonne d'ailleurs qu'au nom de l'émancipation des femmes, on les considère comme incapables de choix, ou comme incapables de se lever contre un système qui les aliènerait, tandis que tout est présent sur le territoire pour assurer leur protection (non, je ne parle pas du Pakistan). D'autre part, une femme qui travaille, comme fonctionnaire par exemple, me semble tout à fait émancipée : et donc, pour son bien, on lui interdirait d'exercer sa profession ou de s'instruire ? Drôles de valeurs de la République !

Alors on me rétorquera que c'est le système social qui lui impose de se comporter ainsi, et que donc son libre-arbitre est biaisé. Deux arguments : d'abord, imposer (ici par la force légale) son ordre moral personnel contre un autre ordre moral est d'une imbécilité n'ayant comme équivalent que son inefficacité -- voyez la pratique de la religion dans les pays de l'ex-URSS pour même vous convaincre que les mauvaises habitudes ressurgissent après plusieurs générations ; sur le même thème, le remplacement de Dieu par les Grands Hommes par la République a tout autant mené à un résultat nul. Ensuite, limiter la liberté vestimentaire d'autrui afin de le forcer à être libre est d'une incohérence intellectuelle totale. Petite note : ne pas interdire une pratique n'est absolument pas l'encourager ; j'espère que personne n'arrivera avec ce genre d'objection rhétorique biaisée.

Ces arguments cachent en réalité une triste vérité : celle de l'intolérance. L'intolérance au différent. La même qui oppose l'hétérosexuel à l'homosexuel, la même qui oppose l'homme à la femme, et la féministe frustrée à l'homme. Vivons ensemble : vivons dans la tolérance. L'intolérance n'est jamais une réponse à l'intolérance. C'est cela que j'ai aimé en Grande-Bretagne : une femme voilée peut être garde de frontière, un homme au turban peut enseigner. La notion de "ostentatoire", à géométrie très variable, donc soumise à toutes les dérives arbitraires et contradictoires, comme on le voit chez nous, n'existe pas. Que l'on ne vienne pas m'opposer la burqa : il est évident que la tenue vestimentaire de n'importe quel professionnel doit être compatible avec la pratique de son métier. Jusqu'à présent, les pays arabes ont des professeurs femmes voilées sans que cela pose autant de problème intrinsèque que des hommes à chapeaux.

Je vois venir encore des objections : le voile islamique est le symbole de l'oppression des femmes. La belle affaire : comme s'il était habituel de s'intéresser aux opprimés, aux démunis de consentement ! Quelle hypocrisie ! Qui se préoccupe de la circonsision masculine ? (imposée et irrémédiable) Mais traitons tout de même le fond. La femme est opprimée dans des pays du monde : c'est indéniable. Il n'y a pas que la femme, demandez aux intouchables en Inde (oui c'est interdit ; mais ça continue ; et les Rroms en sont issus, pour rappel, regardons chez nous un peu avant de donner des leçons !). Mais dans le rapport à la mère, le sujet touche forcément plus. La psychanalyse peut aussi aider à comprendre les comportements dans un sens comme dans l'autre. Peu importe : quelqu'un peut-il me dire en quoi réduire la liberté des femmes dans notre pays censément civilisé réduira les crimes d'honneur de sauvages un peu partout dans le monde ? (aux dernières nouvelles, l'Islam recommande encore moins d'égorger ses enfants que de porter le voile) C'est n'importe quoi. Le rejet n'entraîne que le rejet, la haine n'entraîne que la haine. Et l'extrêmisme. Nous sommes les responsables directs des comportements irrationnels religieux (et politiques, plus profondément) que l'on observe chez ceux que l'on a décidé de stigmatiser.

Et je prouverai mon propos concernant l'hypocrisie par les prétendues raisons de sécurité (ah !) et de trouble à l'ordre public (la belle affaire !) invoquées pour interdire une burqa jamais citée dans la dernière loi à la mode. On n'arrange rien, on s'enterre dans le dogme. Et dans l'intolérance.

Je le répète : je n'aime pas le voile. Je suis très cohérent, j'aime la mini-jupe (et je déteste les tongs). Mais jamais, jamais, je ne cautionnerai des politiques tellement absurdes qu'elles en arrivent à remarier des gens qui ne veulent plus être ensemble, parce que ça choque la bien-pensance bobo ou populaire, les premiers pour un dogmatisme moral bancal, les autres par xénophobie de base. Tout comme jamais je ne soutiendrai les lois d'autres pays du monde imposant, à l'inverse, le voile, le Talion moral étant là encore totalement abscons (le sujet du voile n'est arrivé en GB qu'avec les attentats de 2005 : quel rapport ?).

Et puisque j'en suis à évoquer la moralité géographique, je répète encore une fois aussi que la liberté de la femme à disposer de son corps doit être entière, ce qui inclut de pouvoir se prostituer. Il est extrêmement révélateur que ce soit les mêmes qui s'opposent à la fois au port du voile et à la prostitution (tout comme d'ailleurs la pratique est honnie par les mêmes extrêmistes voilant les femmes de force ! On a les alliers que l'on mérite), selon le "ni putes ni soumises" (on en a vu la ministre que l'on en a récupéré, tiens...), nom d'une association prônant exactement l'inverse de son intitulé. La prostitution en soi (forcer quelqu'un à se prostituer est pénalement et très lourdement puni, je reprécise) ne choque la liberté de personne, et apporte même du bonheur à autrui. Et il faut une très grande force psychologique, au moins équivalente à celle nécessaire pour se lever contre des systèmes sociaux aliénants (ceux des frustrés extrêmistes, toujours -- pour rappel, au passage, ils ont tous eu une mère, ne négligez jamais, jamais le syndrôme de Stockholm générationnel : si la femme française a eu le droit de vote bien après les Anglaises, c'est bien parce que la gauche progressiste craignait qu'elles ne votent, conformément à leur bigotisme avéré, pour la droite conservatrice !).

J'aime la liberté, et c'est ainsi que je conçois ce que devrait être la laïcité (terme par ailleurs intraduisible dans tout autre langue : personne ne se demande donc pourquoi ?). La France, baffouant sans cesse ses principes proclamés (merci la CEDH), est très éloignée de la vertu.

mardi 4 janvier 2011

figaro ne m'aime pas

J'ai déjà commenté sur le Figaro, mais il ne se souvient plus de moi. D'ailleurs, à présent, il faut s'inscrire longuement et décliner son entière identité (quel intérêt de donner sa date de naissance pour s'exprimer ??). Les commentaires du Figaro, pour rappel, est le lieu où l'on trouve la connerie raciste et poujadiste la plus crasse. Voici le commentaire qui m'a fait bondir (le plus), sous un article traitant de la censure immonde des médias en Hongrie (déclaré "pays de merde populiste" par mes soins, pour la peine) :

Louis LeroySincérement, quand je vois et j'entends ce que nos médias diffusent comme émissions portées vers la décadence morale, un peu de contrainte et d'ordre morale ne feraient pas de mal aux cerveaux de nos compatriotes bien touchés par l'abrutissement à la Modernité. Hier soir, j'ai vu Scarface de Brian de Palma, chef-d'oeuvre de la décadence cinématographique, qui rappelle la décadence romaine; n'en déplaise aux origines italiennes du cinéaste. Ce film aurait dû être censuré et interdit, si nos sociétés dites modernes étaient dotées d'institution morale et saine capable de protéger les cerveaux de nos concitoyens des insanités propagées dans certains films. Pensez-vous vraiment que Louis XIV aurait autorisé pareil film à la diffusion? Il avait bien plus de goût et de jugement sain que tout autre politicard de la 5ème république. Si une mère interdit à son enfant de regarder certains films, je ne vois pas pourquoi une société ne pourrait pas le faire pour ses propres citoyens, sans que cela soit tyrannique. Qui a dit que le libéralisme était un système politique vertueux, sans vices?

Ma réponse censurée :

Dîtes, le paternaliste du peuple avatar d'un Stalinisme que l'on croît toujours révolu, pourquoi l'avez-vous regardé, ce film, s'il était si nocif que ça ? D'urgence, avant de relire vos cours d'histoire, consultez un psychiatre !

Je suis très fier d'avoir été censuré, pour la peine.

dimanche 19 décembre 2010

passionnante schizophrénie

Alors qu'hier avaient lieu les fameuses "assises contre l'islamisation" du FN (pour une analyse socio-politique voir ici, et noter aussi le rappel d'Eolas : "Loi du 9 décembre 1905 : Article 1er : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes [...] »"), nous pouvions voir :

* d'une part des anticapitalistes/antimondialistes défilant contre cet infâme réunion contre les peuples du monde ;

* d'autre part des extrémistes de droite se réjouissant qu'en Europe la montée du populisme s'érige contre le "multi-culturalisme".

Assez amusant, n'est-ce pas ? Mais bon, après tout, José Bové (qui s'est un peu beaucoup racheté via Europe Ecologie, certes) ou J-M le Pen sont au parlement européen... Mieux encore, le porte-parole de Laurent Gbagbo, Bernard Houdin, est un ancien président (72) du GUD.

Comme quoi, tout cela relève plus de la psychiatrie que de la politique.

dimanche 31 octobre 2010

la ratp, la flicaille, l'association de malfaiteurs

En remontant l'escalator du métro 4 à St-Michel, je vois trois flics en tortue ninja. Pour protéger la population ? Croyez-vous... Car une fois arrivé en haut, parmi les premiers, ça bouchonne déjà méchamment. L'escalator est le seul moyen de remonter par là, pas moyen de redescendre, vous voilà coincé pour un contrôle du samedi soir par six agents RATP planqués dans un angle mort depuis l'escalator, devant les portes de sortie. Devant le flux des voyageurs, ils sont évidemment débordés, et comme l'escalator ne cesse de cracher du monde, c'est clairement dangereux.

Une fille ne trouve pas son ticket, elle est mise de côté avec une contrôleuse, je m'engouffre dans le trou, mais me fait agripper par un contrôleur (au moins, y'a pas délit de faciès : c'est vrai qu'avec un jean à 300€, j'ai vachement l'air délinquant, tiens), qui tient à vérifier que je suis un bon citoyen (je me demande quelle est le cadre légal et la véritable portée juridique, d'ailleurs : il me semble qu'ils héritent d'une autorité de police -- ce qui en soit est déjà assez fort --, mais conteste-t-on devant le tribunal administratif, par exemple ?). Je lui lance :

_ Vous auriez quand même pu vous mettre autre part !
_ je ne comprends pas...

Je répète. "Je ne comprends toujours pas". On dira que c'est le bruit ambiant. Poussé par la pression, je réponds un dernier "c'est bien ça le problème !".

Combien coute un tel contrôle mettant en danger la sécurité des voyageurs ? Pour quel résultat ?

Quelqu'un pense-t-il, à la fin, dans ce pays ?

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