humani nil a me alienum puto

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dimanche 31 octobre 2010

la ratp, la flicaille, l'association de malfaiteurs

En remontant l'escalator du métro 4 à St-Michel, je vois trois flics en tortue ninja. Pour protéger la population ? Croyez-vous... Car une fois arrivé en haut, parmi les premiers, ça bouchonne déjà méchamment. L'escalator est le seul moyen de remonter par là, pas moyen de redescendre, vous voilà coincé pour un contrôle du samedi soir par six agents RATP planqués dans un angle mort depuis l'escalator, devant les portes de sortie. Devant le flux des voyageurs, ils sont évidemment débordés, et comme l'escalator ne cesse de cracher du monde, c'est clairement dangereux.

Une fille ne trouve pas son ticket, elle est mise de côté avec une contrôleuse, je m'engouffre dans le trou, mais me fait agripper par un contrôleur (au moins, y'a pas délit de faciès : c'est vrai qu'avec un jean à 300€, j'ai vachement l'air délinquant, tiens), qui tient à vérifier que je suis un bon citoyen (je me demande quelle est le cadre légal et la véritable portée juridique, d'ailleurs : il me semble qu'ils héritent d'une autorité de police -- ce qui en soit est déjà assez fort --, mais conteste-t-on devant le tribunal administratif, par exemple ?). Je lui lance :

_ Vous auriez quand même pu vous mettre autre part !
_ je ne comprends pas...

Je répète. "Je ne comprends toujours pas". On dira que c'est le bruit ambiant. Poussé par la pression, je réponds un dernier "c'est bien ça le problème !".

Combien coute un tel contrôle mettant en danger la sécurité des voyageurs ? Pour quel résultat ?

Quelqu'un pense-t-il, à la fin, dans ce pays ?

jeudi 14 octobre 2010

Youhou !! La France est condamnée !!

Ça devait bien arriver un jour, voilà c'est fait, première condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour la garde à vue !

Petit résumé : un gus est accusé par un autre d'avoir commandité un groupe d'homme pour le tabasser violemment. En l'occurrence, explique notre accusé à la police, il a effectivement payé (cher) des gens peu recommandable pour lui "faire peur" (apparemment, la victime ne serait pas très claire, mais peu importe). Notre homme est condamné à 5 ans de prison dont quatre fermes, malgré appels et pourvoi en cassation : on lui reproche toujours d'avoir voulu commanditer un assassinat, et pour cela on s'appuie sur ses "aveux". Le problème, c'est qu'il a été entendu comme témoin, et non en GAV (où il a été placé juste ensuite), avec une ambiguïté sidérante. Et en tant que témoin, on lui a fait jurer de dire toute la vérité, rien que la vérité. Forcément, c'est ce qu'il a fait (jurer ET raconter).

Il reproche donc à l'État français de n'avoir pas respecté son droit à garder à le silence, et à ne pas s'incriminer. D'ailleurs, la loi a par la suite (l'affaire s'étale sur 12 ans !) modifié la loi par rapport à ce point. Le gouvernement lui réplique des arguments d'une mauvaise foi confondante : dire que ces gens sont aussi garants de nos libertés ! Au secours !

Évidemment, la CEDH retient que notre homme ("le requérant", dans la décision, qui est très lisible : pas de règle de la phrase unique pleine de point-virgules et de considérant, mais de beaux paragraphes titrés) était largement suspect (la plainte portait exclusivement sur lui !), et qu'il était hautement douteux de l'entendre comme témoin, et non comme gardé à vue. Et au passage, on a ça :

45. La Cour rappelle également que la personne placée en garde à vue a le droit d’être assistée d’un avocat dès le début de cette mesure ainsi que pendant les interrogatoires, et ce a fortiori lorsqu’elle n’a pas été informée par les autorités de son droit de se taire (voir les principes dégagés notamment dans les affaires Salduz c. Turquie [GC], no 36391/02, §§ 50-62, 27 novembre 2008, Dayanan c. Turquie, no 7377/03, §§ 30-34, 13 octobre 2009, Boz c. Turquie, no 2039/04, §§ 33-36, 9 février 2010, et Adamkiewicz c. Pologne, no 54729/00 §§ 82-92, 2 mars 2010).

Et pan dans les dents, au cas où l'on objecterait que "ouiiiii, mais c'est pas pareil que les histoires d'avôôôcat à la première heure". Si, c'est du même tonneau : la GAV française ne respecte pas les droits de l'homme parce que les droits fondamentaux dans leur ensemble ne sont pas respectés. Clair et net.

Dire que le CC a donné un an pour modifier la loi... Je me demande ce qu'il adviendra des plaintes, pendant ce temps-là (théoriquement, dans les tribunaux, on tient compte de la jurisprudence de la CEDH : donc les cours devraient invalider toutes les GAV ne faisant pas intervenir un avocat dès le début de la procédure, sans attendre !). Ce qui est sûr, c'est que lorsqu'on voit ce qui est accordé comme dédommagement, on se dit qu'il ne vaut mieux pas que ça nous arrive, ce genre d'histoires malheureuses...

(ça va jaser sur les blogs juridiques : je citerai en commentaires les liens au fur et à mesure)

mercredi 13 octobre 2010

baby lost in babyloan

Le microcrédit me laisse quelque peu perplexe. Il faut dire que si Attali me laisse toujours un peu méfiant, des espèces de gaucho-écolos sponsorisés par HEC me laissent tout aussi bien dubitatif. Pour avoir rencontré la (très, très sympathique) fondatrice du microcrédit pour femmes (car de part le monde, il y a des individus qui cumulent : pauvres ET femmes), j'ai bien compris que bon, c'est pour le bien de l'humanité, mais ça rapporte tout de même gros (de quoi rembourser un EMBA en pas beaucoup de temps).

La philanthropie lucrative, ça me dépasse un peu. Et à lire wikipedia, le pire, c'est que si ça empêcherait les pauvres de devenir plus pauvres, ça ne leur permet tout de même pas de devenir plus riche. Bref, ça ne leur apprend pas à pêcher (et puis d'ailleurs, comment les trouve-t-on, ces pauvres ? N'est-ce pas l'inverse du commerce équitable qui réduit les intermédiaires ?).

Je reste très circonspect quant aux notions de "solidarité" prônées (il faut dire que si j'ai bien compris, certains microfinanceurs vous remboursent votre microprêt avec un taux d'intérêt de... 0%), pour une activité somme toute commerciale. C'est mon côté chrétien, sûrement.

En tout cas, si une caractéristique est commune, c'est la difficulté à trouver ces sites de microcrédit : le référencement Google, c'est pas encore rentré dans les moeurs...

mardi 12 octobre 2010

pourquoi Thalès est typique de la bêtise française

Thalès s'apprête à sacrifier 10 à 15% de ses effectifs, pour économiser 1,4 milliards d'Euros. Les chefs de division ont pour mission de tailler dans les effectifs. Mais quels sont-ils ? Chez Thalès, au moins 50% est composé de prestataires. Dans mon ancien openspace, ça devait même taper dans les 75%. Pour ceux et celles qui ne seraient pas au courant des méthodes ubuesques de l'informatique et de l'électronique, un prestataire est un ingénieur payé par une SSII, qui va travailler "chez le client". Le problème, c'est que ça se transforme souvent en interim ad vitam aeternam. Ce qui est strictement illégal (délit de marchandage), puni de deux ans d'emprisonnement et 30.000€ d'amende pour la personne qui a signé le contrat, et de 150.000€ d'amende pour son entreprise. À l'heure actuelle, il y a donc des milliers d'ingénieurs qui sont ainsi exploités, notamment par une entreprise détenue à 30% par l'État, Thalès, à tel point que certaines SSII ont même leurs bureaux (trois ou quatre pièces tout au plus : de quoi faire passer les entretiens et maintenir un lien fictif tous les trois mois avec ses moutons ingés) dans les locaux même ! (par exemple, à Colombes, je le sais fort bien, j'y ai passé un entretien)

Certains ingénieurs sont ainsi embauchés depuis plus de 10 ans, toujours au même poste, totalement oublié de leurs entreprises véritables, qui ont automatisé la paie. À leurs postes respectifs, ils sont absolument indispensables, car ils ont su développer des techniques, et ont une vision, que eux seuls possèdent. Mais ils ne sont pas embauchés : parce que chez Thalès, on embauche pas après 30 ans. Il suffit donc d'être resté en moyenne 5 années dans la même SSII au même poste, et voilà, fini, condamnation à vie. À noter que ces ingénieurs pourraient se faire embaucher automatiquement : il suffit d'aller aux Prud'hommes ; mais un ingénieur, c'est aussi con que pas syndiqué, alors ça ferme sa gueule.

Un ingénieur de SSII ça coûte trois à quatre fois plus cher qu'embauché pour de vrai. Bah oui, faut nourrir tous les commerciaux de la SSII, et payer plusieurs fois les taxes (à 19,6%, pour rappel). Alors pour économiser du pognon, c'est simple : il suffit de respecter la loi.

Vous savez ce qu'ils vont faire, ces pignoufs ? Je vous le donne dans le mille : ils vont virer les prestas. Pari tenu.

vendredi 8 octobre 2010

de l'inutilité du Conseil Constitutionnel

Le CC a encore une fois... servi à rien. On se souvient de Hadopi, qui avait été à peine amochée, sans que l'on comprenne trop pourquoi ça n'était pas allé plus loin (au second passage, tout est passé, et c'est le décret qui a pris la partie anticonstitutionnelle, en attente de recours devant le Conseil d'État) ; puis de la garde à vue, où de longs débats avaient dû être tenus, tandis qu'il était absolument évident et indéniable, au vu des décisions de la CEDH, que la position était intenable, mais qui n'a finalement été déclarée anticonstitutionnelle qu'à retardement (un an pour changer la loi) et pas en totalité (le terrorisme peut rester en dehors des clous, en attendant certainement... une décision défavorable de la CEDH) ; et donc, maintenant, la burqa (ou plutôt, le niqab, mais ça passe moins bien à la télé).

Le Conseil d'État avait dit que ce texte était de la merde. Ce que le bon sens indiquait d'ailleurs clairement. Les deux présidents de l'assemblée (parlement et sénat) avaient saisi par eux-mêmes le CC, ce qui était assez ironique, étant donné que les molles tapettes du PS n'en avaient pas eu les couilles. On hésitait à savoir si c'était pour saborder un texte à la con, ou si c'était pour parer toute éventuelle contestation future (par QPC) en faisant examiner la loi avant sa promulgation.

Eh bien voilà, les sagement guignols (au complet sauf un) ont torché une argumentation contradictoire pour se coucher gentiment, tout en mettant une réserve absolument ridicule : celle de pouvoir faire ce que l'on veut dans un espace religieux public. Car c'est avec la plus parfaite hypocrisie que ce texte a été écrit, voté, et justifié. À aucun moment ne parle-t-on de religion :

I. Pour l'application de l'article 1er, l'espace public est constitué des voies publiques ainsi que des lieux ouverts au public ou affectés à un service public.
II. L'interdiction prévue à l'article 1er ne s'applique pas si la tenue est prescrite ou autorisée par des dispositions législatives ou réglementaires, si elle est justifiée par des raisons de santé ou des motifs professionnels, ou si elle s'inscrit dans le cadre de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles.

Vous pouvez vous masquer le visage pour le carnaval, la grippe, le vol de banque (bah oui, motif professionnel, non ?), la moto, mais... c'est tout, enfin, vous voyez, quoi, on interdit "tout le reste", tout ce qui n'est pas judéo-chrétien. On ne va pas vous faire un dessin, si ? Ce serait discriminatoire, donc clairement anticonstitutionnel. Là on vous fait une jolie pirouette. À se demander ce que vient faire ensuite la réserve du CC sur les lieux religieux. Ou alors... on veut tendre une perche à la CEDH, qui prendra appui sur cette décision pour montrer la véritable intention du texte (ce que Montesquieu appellerait "l'esprit" de la loi, mais y a-t-il vraiment de l'esprit, c'est-à-dire de l'intelligence, dans tout ça ?), et donc condamner une fois de plus la France. C'est vrai que niveaux infractions aux droits de l'homme, on n'a pas encore le record, la Turquie nous dépasse d'une courte tête : allez, encore un effort, on peut le faire !

Si l'on se balade sur un repère de la droite (dans les commentaires), tout va bien, c'est tout à fait logique. Je suis révolté par ces gens, qui vivent dans le mensonge, qui nous font croire à la fois au désir de sécurité (surveiller, punir ; surtout, ne lisez pas Foucault, vous risqueriez d'ouvrir les yeux) imposant de découvrir son visage, et en même temps de faire montre de relents xénophobes d'une basicité néandertalienne. Je suis dégoûté, enfin, de voir le lendemain même, aujourd'hui, notre Président de la République, qui se targue de laïcité pour faire interdire le port du voile intégral (sans le citer et pour des raisons sécuritaires), aller procéder à une fellation sur le Pape (aller à Rome faire oublier les Roms, pour draguer le catho qui n'en peut plus de voir ses principes humanistes piétinés), puis... aller se recueillir, prier, à St-Pierre, sur l'autel de Sainte Pétronille, "fille spirituelle" de Pierre. "Patronne secondaire de la France", se justifie-t-on ; plutôt patronne des rois de France, pour être précis ; au cas où l'on n'aurait toujours pas compris que nous sommes en monarchie.

En attendant, le Conseil Constitutionnel, garant de la constitution, l'une des plus hautes instances de l'État, gardienne de son intégrité, nous prouve deux choses : d'une, ils ne servent à rien ; de deux, ils sont la meilleure preuve que même à 67 ans, la retraite est trop tardive. Il faudrait peut-être revoir le système : donner autant de pouvoir à des vieillards, proches de la mort, qui n'auront pas à vivre dans la société de merde qu'ils laissent être construite par les demeurés au pouvoir, n'est peut-être pas une si bonne idée.

Allez, détendons-nous un peu avec la jeunesse. À 20 ans, on trouve des demoiselles plus intelligentes que neuf vieux mollasons réunis.

vendredi 17 septembre 2010

fiscalité

En ce jour mémorable, nous avons enfin les chiffres précis du bouclier fiscal : pas seulement les 18.764 contribuables à qui on a remboursé 678,99M€ (ce qui fait déjà un peu beaucoup, n'est-ce pas), alors qu'ils étaient 3000 de moins pour 563M€ l'année précédente (avec la crise, les riches gagnent moins d'argent ?), soit une moyenne de 36.186€ (en baisse), mais des informations sur leur distribution. Et c'est là où ça fait vraiment, vraiment mal. Voici ce que l'on apprend :

_ 9.789 bénéficiaires (environ 50%) ne paient pas l'ISF, avec un revenu moyen de 3.428€ (on imagine à quel point ils sont rentiers, pour être tout de même assujettis à l'impôt), se sont partagé 5,4M€ : ça fait 550€ chacun
_ les "plus riches", avec un revenu moyen de 43.761€ (ie des gens qui touchent 55.000€/an brut, un ingénieur de 33 ans, en somme, mais dont la famille a su manifestement "capitaliser"), ont touché 91% des sommes allouées (623,50€)
_ 1.169 contribuables des plus aisés se sont partagé 62% des sommes, soit 423 millions, c'est-à-dire en moyenne un chèque de 362.126€

Je vois mal comment on pourrait encore prétendre défendre ce système. La franche naïveté, les agriculteurs retraités de l'Île-de-ré ou autres conneries du genre, une fois confronté à la réalité des chiffres, ça fait mal. Vous me direz, on peut toujours tenter de l'esbrouffe (ou comment faire "visuellement" disparaître les disparités énormes dans le pays). Encore faut-il évoluer idéologiquement.

Tout à l'heure, OlivierJ m'envoie ce papier, écrit par un avocat fiscaliste : en shorter, l'Oréal va devenir suisse et causer un cataclysme dans notre économie nationale parce qu'on n'arrête pas d'embêter les riches qui fraude juste un peu, alors qu'ils sont déjà vraiment sympa de rester payer des impôts en France, d'ailleurs on devrait à tous leur donner la légion d'honneur pour ça. Écoutez, c'est tellement scandaleux, immoral, et salopard, surtout quand on prend la défense de purs héritiers (et je ne parle même pas de la bêtise profonde en terme d'économie : encore un qui croît que Total est français), que les bras m'en tombe d'apprendre que l'on peut trouver ce que ce type raconte d'encore acceptable. Pas quand la moitié de la population française ne paie pas d'impôt sur le revenu parce qu'elle n'en a pas les moyens. Heureusement, en commentaire, le rigolo se fait gentiment démonter par 90% des lecteurs (comment peut-on publier papier pareil dans le Monde ? Le Figaro, qui n'a parlé de l'affaire Woerth en tout et pour tout pour clamer son innocence, à la rigueur, mais là...). Pour rappel, les riches (les vrais, hein, parce qu'il y a une sacrée différence entre un patrimoine de 1 millions d'Euros et un autre de 100 millions : un facteur 100 ; et je ne vous parle par de 10 milliards -- d'ailleurs, qu'est-ce qu'on ne peut pas faire avec 9 milliards que l'on pourrait avec 10 ?) paient grosso modo 9% d'IR (les avocats fiscalistes, justement, ne servent pas à rien), alors que la "classe moyenne" tourne autour de 12% ; depuis qu'un collègue a appris ça ("quia cæcus cum essem, modo video"), il a arrêté de soutenir le bouclier fiscal, comme quoi il y a une marge de progrès.

On peut très bien accepter une société comme la nôtre : il s'agit d'une monarchie (inégalités à la naissance) en cours de corruption (Montesquieu nous le dit bien : la fortune doit être constante d'une génération à l'autre). Mais avec un régime démocratique sous forme de république, on crée un système extrêmement mauvais : dès que le peuple comprendra qu'on s'est foutu de lui (et de sa bêtise, mais ça... Même les meilleurs, voyez), ça risque de faire fichtrement mal.

jeudi 9 septembre 2010

le beau pays

Un médecin de Vitry (banlieue pauvre pas bien éloignée de ma propre banlieue de pauvres) est poursuivi pour avoir permis à ses patients atteints de maladies longues durées de bénéficier de remboursements plein tarif sur l'ensemble de leurs médicaments. La CPAM lui réclame 2600€, plus 4000€ d'amende. Il exerce depuis 34 ans auprès de populations très défavorisées, pour qui 5€ représentent le budget bouffe d'une partie de la semaine.

Pendant ce temps, Xavier de Maistre recevait la légion d'honneur, à titre de gestionnaire de la première fortune héritée de France, ou comme leveur de fonds plus ou moins illégaux d'un certain parti de droite.

Ce matin, on apprenait que le marché de l'immobilier ancien (on ne parle même pas du neuf, tellement il est dans un délire absolu) avait bondi de 10% à Paris, 6% dans la France. À Paris, le XVIIIème, arrondissement particulièrement pourri, atteint les 5900€/m². Pour un ingénieur, il s'agit de passer 25 ans de salaire pour une trentaine de mètre carrés ; pourtant, sur 36 millions de foyers fiscaux, toujours moins de 20 millions sont imposables (au passage, intéressante courbe qui ne mérite pas même commentaire).

Toujours aucun journaliste pour mettre un mot dessus : société de rentiers, d'héritiers. Quelqu'un pour dévaluer ou pour donner un coup d'inflation ? Non, toujours personne.

On dépasse tout entendement. La patrie de Montesquieu ; elle est belle, l'égalité. J'en ai un peu marre, de ce pays, pour tout dire...

samedi 24 juillet 2010

liberté mon cul (dans le drapeau)

On sait, entre gens intelligents, à quel point l'extrême droite peut être profondément débile. Surtout lorsque, comme moi, on possède plusieurs amis ou membres familiaux qui versent dans l'idéologie : on peut mieux observer les rouages de la mauvaise foi. Le problème est qu'il s'agit ensuite de faire comprendre aux amis simplement conservateurs de droite que malgré eux, ils cautionnent aussi ce genre d'idées (et que la différence avec les précédents, c'est qu'ils sont au pouvoir et les mettent en application). Parce qu'après tout, mon temps étant limité, je ne le perdrais pas à m'offusquer pour partager avec les gôchistes mon aversion pour le gouvernement en place et son action liberticide. Non, ce que je vise, ce sont les lecteurs de droite "traditionnelle" (j'ai toujours du mal à comprendre ce concept, où beaucoup d'idées contradictoires semblent s'agréger par la seule opposition aux "gôchistes", à présent que les fameuses "valeurs de la droite" ont toutes été bafouées par leurs représentants), et ceux qui pensent que la politique, ça ne sert à rien (et parmi ceux-là, sans blague, il y a du philosophe...).

Reprenons l'ordre chronologique des événements. Le 6 mars, la FNAC récompense une photo, qu'il m'est à présent (depuis minuit) INTERDIT de diffuser, dans le cadre de son concours sur le "politiquement incorrect". La photo, en l'occurrence, est... politiquement incorrecte. Il s'agit d'un homme se torchant avec le drapeau tricolore.

Le politique est en émoi : MAM (rappel : ministre de la justice) et Brice (rappel : ministre de l'intérieur) promettent des poursuites pénales. Pas de bol, ce n'est pas possible, comme quoi, pour être ministre, il faut avant tout être incompétent. Brice déclare : "Personne ne peut accepter que la liberté d'expression soit détournée au mépris de l'emblème de notre pays." Personne ? Brice, s'il-te-plaît, parle pour toi (et réfères-en à la justice quand tu dis des conneries racistes, Ô donneur de leçon...). Le Grand Guillaume Didier (porte-parole de la Chancellerie très célèbre pour ses sorties) renchérit :

Bien sûr, les personnes qui relaient cette dégradation ou utilisation indécente à titre d'information ne sont pas visées, le devoir d'information n'est pas touché. L'idée est de combler le vide juridique de la loi.

Comme je n'informe pas forcément, je ne me sens pas visé. Et puis, j'aimerais bien savoir sur quels fondements approximatifs se fonde cette assertion. Dans tous les cas, il ne me semble pas qu'il n'y ait que l'aspect "juridique de la loi" qui soit vide.

Premières victimes de la connerie ambiante : la direction de la FNAC licencie deux des employés ayant validé la fameuse photo (élue par un jury indépendant). Évidemment, ça leur coûtera très cher, devant les prud'hommes, et je me demande toujours comment on peut être aussi profondément imbécile pour risquer pareille chose (comme j'ai un peu le même modèle dans ma propre entreprise, je vois à quel genre ça se rapporte un peu). Déjà, ils perdront à coup sûr, et ça leur fera très mal (je pense à trois années de salaire pour chacun) ; ensuite, ils se mettent à dos des salariés qui auront la forte impression d'être considérés comme de la merde (surtout que la responsable de la communication de Nice est enceinte : quitte à être ouvertement ignoble, autant l'assumer jusqu'au bout) ; enfin, les clients comme moi seront certainement sensibles à ce genre d'éthique qui pousse encore plus loin la connerie de son ex-PDG (Olivennes, l'enarque qui vend sa sensibilité politique au plus offrant).

Mais pire encore, le gouvernement a depuis eu le temps de rédiger le fameux décret manquant, et de raboter notre liberté un peu plus. Eolas (que l'on pourrait très mal taxer de gôchisme) a brillamment écrit dessus, inutile de le plagier, allez le lire si ce n'est déjà fait. Alors, chers amis de droite, chers amis apolitiques, par pitié, il y a des élections, de temps à autres, et les crétins au pouvoir n'y sont pas arrivés par magie, ni même par la force : puissent-ils ne pas y rester (ni même y revenir) dès que l'on aura une occasion. Tout un chacun peut se tromper ; je connais beaucoup de beau monde, et même de sensibilité artistico-bohême, qui ont mal lu le projet sarkozien (mais remarquez bien que c'est l'ensemble de l'UMP qui est concerné, combien y a-t-il d'exceptions dans l'hémicycle ? Tellement peu qu'on en connaît les noms !), qui ont naïvement cru l'inverse de ce qui s'est produit. Il faut apprendre de ses erreurs, inutile de s'entêter, ça ne sert à rien. Si ce n'est à se condamner de manière bien masochiste. D'ailleurs, si vous êtes maso, ou dans le doute, abstenez-vous, cela vaudra mieux. On a aussi le droit de ne pas savoir, il n'y a rien de honteux (c'est même une preuve de sagesse, de savoir ce que l'on ne sait pas). Ce qu'il y a de honteux, c'est de gouverner, de légiférer de cette manière. Rien d'autre.

vendredi 2 juillet 2010

management 2.0

Je viens de terminer avec la plus grande jubilation la lecture d'un article de Frédéric Fréry (paru dans l'Expansion Management Review du mois de juin) : "le management 2.0 ou la fin de l'entreprise ?". Il se trouve que je partage quasiment l'intégralité de l'analyse du nouveau Dean de l'ESCP, et j'en ai même pour preuve que j'ai écrit quelque chose de similaire il y a deux semaines (non publié, mais un jour, j'espère dans six ou huit mois, en version brochée, why not ?). Il part du même constat très visible que moi : l'iPhone a déplacé le business model de l'appareil, de la fourniture d'un outil, au service, le logiciel, fourni non plus au compte-goutte, mais massivement. Pour cela, on utilise un levier formidable, la communauté ; le modèle d'Apple est cependant imparfait, puisque assez fermé (le store est incontournable, et Apple se sucre au passage -- désolé pour le jeu de mot foireux). En revanche, Android (non cité dans l'article) va faire très mal ; Nokia a pris aussi le coup, avec une certaine avance (Maemo en 2005/2006 !), perdue face au rouleau-compresseur Google, payant en réalité les changements d'architectures et le peu de plate-formes sorties (leur business model old school marche encore : ils restent de loin leaders sur le marché des smart phones), mais se réorientant vers une solution qui risque de faire très mal l'année prochaine (MeeGo -- Android ayant déjà montré qu'un fractionnement du marché avec des incompatibilités d'architectures, obligeant à redévelopper les applications, n'est pas forcément un problème insurmontable).

Comme l'article le souligne très bien (vers la fin), le modèle de la communauté est typiquement ce qui fait la force du libre. Le web 2.0 n'est pas à l'origine du développement du logiciel libre, mais Internet a été au coeur de sa mise en place, dès le début (1984 !). Linux (1991) est ainsi né sur Internet, et n'a grandi que grâce à Internet. Les processus de développement n'ont été qu'à peine boostés par l'arrivée du "web 2.0" (essentiellement, je pense aux forges, on m'a récemment fortement vanté github, utilisé pour héberger nos projets professionnels libérés !). La nouveauté est donc en fait, au niveau des entreprises, la redéfinition du business model vers la communauté. C'est du moins ce que j'en ai écrit, à titre personnel (chapitre "Un business model émergeant : les collaborations entre commercial et communautaire", soyons précis).

Là où je serais moins dithyrambique que Frédéric Fréry, c'est au niveau de la redéfinition de l'entreprise : je ne pense pas que ce soit du management 2.0, mais simplement du business model 2.0 (qui serait à mon avis aussi plus proche de ce que font Google ou Nokia que de ce que fait Apple, ou dans l'embarqué Arm, qui essaie de monter des communautés autour de ses outils fermés : ce n'est pas viable de manière autonome). Au niveau du management, comme cela est d'ailleurs très bien dit dans l'article, nous n'avons pas encore les profils, et nous (la société) ne nous en donnerons probablement pas les moyens, surtout en France (il y a un paragraphe, écoutez, on dirait ce que j'ai écrit il y a deux jours ! Et c'est un pur produit du système -- Centrale Paris, etc -- qui le dit, on ne pourra pas le soupçonner d'être frustré !). Culturellement, il s'agit de lâcher la bride (jeu de mot pour rebondir à l'étymologie justement étudiée dans l'article de "management" -- qui vient du Français !), ce qui est inacceptable ; si je considère par exemple mon patron, qui pourtant fait et promeut du libre (nous ne faisons même que ça !), il n'est pas différent intrinsèquement de tout autre manager (ou leader) d'entreprise "dynamique" (il a, par exemple, un très bon contact naturel -- quelque chose que je remarque assez souvent). La très bonne remarque sur la problématique de la gestion de groupe, et donc de la possibilité de voix divergentes par rapport à la politique de l'entreprise, chose extrêmement mal vue (raison exacte pour laquelle j'écris ici sur mon blog perso et non pas mon blog pro : je ne prends pas de risques), montre que le management actuel n'est pas prêt pour cette révolution. Pour l'instant, il gère la communauté comme il peut, via des "interfaces" que peuvent être des membres d'association embauchés (ce qui ne va pas sans problème pour leurs statuts sur des événements communautaires -- et une communauté a horreur de se sentir achetée), en fournissant des T-shirts et goodies au mieux, mais du travail reste encore à accomplir.

Là où l'on va trouver une différence, c'est au niveau des micro-entreprises, de l'auto-entrepreneur à la société de trois individus. Problématique pour une "entreprise 2.0" ! En bref, nous avons des indépendants (très souvent libristes) qui peuvent intéragir avec la communauté, qui en sont parties intégrante (je pense à FreeElectrons, par exemple), mais qui ne managent qu'eux-mêmes... J'ai déjà pensé à ce problème. Je pense qu'une association d'auto-entrepreneurs peut par exemple être une solution (cependant, j'en ai déjà trouvé vaguement une, elle n'a l'air de regrouper... qu'un seul membre !). Ce qui implique tout de même que tout un chacun devienne ainsi indépendant : ça se fait beaucoup dans les pays "hors-France", mais par chez nous, l'idée refroidit beaucoup : de toute façon, pour être locataire, il vaut mieux un CDI ou trois mois de salaires bien stables. J'ai donc pensé à autre chose (je n'en trouvé qu'un seul exemple, et ils sont deux, dont un fantôche...) : la SCOP. Il s'agirait alors de partager équitablement richesses et pouvoir au sein de l'entreprise. D'ailleurs, on en parle dans le dernier Michael Moore. Et ce n'est pas nouveau : simplement, avec une taille moyenne de 21 salariés, moins de 2000 répertoriés pour moins de 40.000 personnes concernées, ça ne pèse pas bien lourd. Il s'agit avant tout d'une révolution culturelle et sociale pour le manager : penser le partage. Au royaume où les égos prennent le pas sur le narcissisme, ce n'est pas gagné, tant l'apparente contradiction à surmonter est grande.

Le problème est donc principalement que l'adaptation à une nouvelle forme économique (beaucoup plus optimisée : je renvoie aux études sur le logiciel libre) suppose une nouvelle forme de management inadapté aux systèmes de pensées et de formations actuelles. Qu'un directeur de cursus de MBA de l'une des plus grandes écoles du monde s'en aperçoivent me fait chaud au coeur (et me redonnerait presque de nouveau foi en mon plan quinquennal d'évasion sociale). Je suis convaincu que l'on peut adapter le système du logiciel libre, avec sa sociologie particulière, au modèle capitaliste classique, en cassant la pyramide formelle pour reconstruire un système méritocratique où chacun peut choisir son style de vie, son implication, et donc son salaire ; le tout sous contrôle objectif et démocratique de tout un chacun. Ce que je vois actuellement autour de moi, avec bon nombre de partisans du libre, est révélateur : les individus sont frustrés des choix qui sont faits sans les consulter, des investissements qui ne les concernent jamais (ni en salaire, ni en formation), de l'orientation stratégique ou du peu de retour sur les remarques d'optimisation de management (avec à la clé invariablement les mêmes problèmes qui reviennent : il faut lire la discussion d'autistes sur ma plainte d'absence d'audit technique avant chiffrement des charges et de leur répartition en ressources, c'est révélateur). Pourtant, ces individus sont brillants : qu'on leur lâche la bride sous couvert de salaire indexé sur les résultats, et je suis certain que la motivation va monter en flèche (plus d'open space vide à 18h00), et que la productivité aussi (ne serait-ce que parce que ça ne râlera plus deux heures par jour).

Et si c'était ça, le management 2.0, faire confiance ? Après tout, la dynamique vis-à-vis du business model orienté communauté est exactement celle-là : des tiers produisent de la valeur ajoutée sans contrôle direct sur leur action (tout au plus peut-on proposer d'infléchir les développement vers une certaine direction ; mais si vous voulez quelque chose de précis, il faudra attendre ou se le payer !). Une confiance réciproque doit donc se mettre en place, pour pérenniser les liens. Sans ça, tout s'écroule. La mode financière n'est-elle pas devenue ces derniers temps "l'économie de confiance" ? Le "management de confiance" : tout un concept...



Tout ça m'agite grandement mon neurone, on me pardonnera le style brouillon (le bouquin est mieux écrit !) à "vacances moins 30 minutes" ; j'aimerais beaucoup m'entretenir avec notre homme, en tout cas ; on peut forwarder mon billet sur son tweeter ?  :p

Dernière remarque : ce type d'organisation n'est à mon avis valable que pour du service ou de la valeur-ajoutée sur de l'industriel (conception ou partie software pour un constructeur) ; c'est essentiellement du NTIC, même si l'on peut étendre à d'autres types de services


addendum:
je l'adore ! Et qu'est-ce qu'il casse bien ! (page 6)

dimanche 20 juin 2010

va te faire... psychanalyser en bleu

Cela deviendrait presque une affaire d'État, et pour cela, un billet taggué "sport" va être créé (c'est un événement en soi). Nicolas Anelka aurait révélé le fond de sa pensée à Raymond Domenech : "va te faire enculer, sale fils de pute". Tel était le titre des journaux il y a quelques jours.

Qu'il me soit permis de me choquer à mon tour : déjà, traiter de Domenech les enculés est le mal, rappelons que si tout le monde s'enculait gaiment, il n'y aurait plus de guerre, et plus de foot, car on aurait bien mieux à foutre. Ensuite, les prostituées sont des files très respectables, leur progéniture ne peut donc que profiter de leur aura positive ; encore une fois, les comparer à un faible d'esprit (je ne dis point "crétin" : c'est une maladie terrible) tel que Domenech est réellement abusé.

Mais disons donc que ce cri du coeur relevait plutôt de l'insulte envers un type aussi inutile et débile qu'il est atrocément bien payé. Domenech est caractéristique du syndrome directionnel de notre temps : il est la catastrophe manageriale réincarnée ; il se fiche des critiques et reste sur ses non-idées, dans son mensonge ; il est toujours en poste depuis des années alors que toute personne dotée de plus de deux neurones objectives sait qu'il est nullissime ; il ne sait pas parler, et encore moins communiquer ; et il accumule les échecs, sauf dans ses négociations d'augmentation.

Concernant Anelka, on ira voir du côté du billet prémonitoire de Jules. C'est quelque peu la ruine du modèle idyllico-utopique black-blanc-beur : non, nos footballeurs sont des gens incultes trouvés dans des quartiers où ils possédaient un certain don, qui les a séparé du RMI par quelques millions d'Euros. Mais qui n'en ont guère fait plus des modèles de dandysme que cela, par magie financière. On a les modèles que l'on se donne. Alors lorsque notre Nicolas "casse-toi pauvre con" Sarkozy intervient sur ce sujet (après une réaction de Anne Hidalgo et de Roselyne Bachelot -- Rama Yade n'a rien dit, cette fois), lors d'une séance officielle en Russie (au milieu de sujets que l'on jugera certainement plus important, comme l'avenir du monde), pour nous dire à quel point il trouve cela "inacceptable" (répété deux fois), on peut largement se gausser. Et les autres joueurs qui lancent la chasse au "traitre" (puisque les termes ont été tenues quasiment en privé !) ne valent pas bien mieux que des collégiens de banlieue (stade où s'est arrêté leur développement, voir les chaudes larmes de Ribery). Cela ne vaut pas beaucoup mieux que de s'en prendre à la presse (les méchants !).

Derrière cette montée de boucliers (contre Anelka plus que contre Domenech, toujours ! Incroyable cette fascination du puissant impuissant), que j'ai dû mal à comprendre comme une "simple" indignation vis-à-vis d'un employé qui ose insulter son patron incapable et idiot (qui ne le fait pas ? Vous me direz, une absurdité n'est pas un obstacle), ni même pour la violence du langage (franchement, on atteindrait un niveau de puritanisme anglo-saxon...), j'y vois un profond malaise psychologique. La société va mal, elle brûle volontiers ses idoles. Et l'équipe implose : si la société est à son image, il est de bon ton de s'inquiéter. Pour une simple raison de ballon non poussé au fond de filets ? Absurde, aberrant. Je partage l'analyse de Jules : le malaise est profond. Une bonne psychothérapie nationale de groupe s'impose.

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