humani nil a me alienum puto

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vendredi 22 juillet 2016

Kieslowski 9-10

Dernière session de décalogue, au MK2 Odéon décidément largement plus confortable que le Beaubourg. Épisodes 9 et 10. “Tu ne convoiteras pas la femme d’autrui” renoue avec le triangle, mais est-ce bien la seconde fois que l’on aborde l’adultère (le deuxième épisode n’était pas si clair, ça pouvait être un triangle consentant). Adultère pas vraiment immoral : le mari, devenu totalement impuissant, a bien autorisé sa femme. Mais il s’enferme dans une souffrance de jalousie qui le fait basculer. Un couple aimant dans la tourmente.

“Tu ne convoiteras pas les biens d’autrui” clôt le cycle d’une manière tout à fait originale, tordant le cou à tous les fantasmes si occidentaux de voir une trame cyclo-thématique ou je ne sais quoi. Tandis que l’épisode 9 reprenait beaucoup les trois notes au piano du générique (lui rajoutant même de la voix, et un compositeur — au nom flamand inconnu, qui cacherait plutôt l’excellent Zbigniew Preisner qui a tout réalisé), le dernier film donne dans le hard rock aux propos blasphématoires et immoraux, jusqu’au générique final. Deux frères héritent de leur père qui s’était enfermé (littéralement) dans sa lubie : la collection de timbre. En archéologue, ils découvrent tous les trésors amassés au détriment de la vie familiale de ce père qu’ils ont détesté et qu’ils ne voyaient plus. Ils comptaient tout bazarder, et du coup se ravisent, et tombent par sentimentalisme — qui aura le mérite de les rapprocher — dans le même cycle maudit. Une histoire timbrée, une comédie dramatique, une fable douce-amère.

Kieslowski rentre dans mon panthéon cinématographique par la grande porte. Au-delà de l’excellence et de l’intelligence. Du très grand art.

Kieslowski 7-8

Après une semaine de pause, retour au Décalogue de Kieslowski. Le 7ème film — “Tu ne voleras pas” —, est encore une très large interprétation puisqu’il parle de la relation mère-fille, traitée sur deux étages. Une histoire encore complexe, de ces drames ordinaires que ne renierait pas un Almodovar. On suit une jeune fille qu’on qualifierait de nos jours de border-line, et avec ses airs de Sissy Spacek — peau très pâle, blond vénitien, grande bouche pulpeuse qui tranche, de ces beautés fascinantes qui frôlent la laideur —, on se dit qu’il doit y avoir une veine. “Peut-on voler ce qui vous appartient déjà ?”, se demande cette mère spoilée et en manque d’amour… Tout cela ne peut pas bien terminer, les intrications du passé ne jouent pas en faveur de ceux qui souhaitent s’en extirper trop tard. Les acteurs sont formidables (il ne faut pas sous-estimer la Pologne !) et on découvre aussi une petite fille adorable qui vaut bien tous les enfants-stars d’Hollywood. J’ai noté la première erreur de réalisation de tout le cycle (un champ/contre-champ avec la gamine, mains sur un manège).

“Tu ne mentiras pas”, épisode 8 du Décalogue, est ouvertement un traitement éthique. En échange, le scénario est plutôt cousu de fil blanc, avec une rencontre invraisemblable. On remarque une référence, lors d’un cours d’éthique mené par l’héroïne âgée, à l’histoire du deuxième épisode du décalogue (comme quoi, c’était quand même mieux de les voir dans l’ordre). Et puis voilà une histoire de petite fille juive, sacrifiée durant la guerre car il ne faut point mentir. Mais est-ce si simple ? Quarante-cinq ans après, la vérité se fait savoir. Ce n’est pas la première fois, il me semble, que Kieslowski aborde le thème de la construction de l’individu sur une incertitude, qui trouve un dénouement finalement plus ordinaire que ce qui était fantasmé. Et quelque part, ça aussi, c’est une fine observation du genre humain…

Avec leurs non-dits, les Polonais de peu de mots semblent des éprouvettes idéales pour les expérimentations d’un réalisateur-scénariste particulièrement observant. Les fables morales se succèdent, toujours difficiles, un peu glauques, comme pour renverser les refoulements sociaux du banal inavouable.

gros pois technicolor et petits carrés N&B

C’était la dernière, et il y avait @odette9. Alors j’ai claqué 30€ — bordel de tarifs, mais bon, on est éduqués par le théâtre de la ville et Chaillot ; et puis Bastille est malin, normalement les tarifs sont quatre fois pires, mais bizarrement c’était vide, alors on nous a fait cette faveur budgétaire…

Vingt-cinq minutes de Justin Peck pour commencer. De mémoire, jamais vu. De mémoire, déjà vu. Comme dit la miss : c’est du Robbins ! (En moins bien) Comme elle n’aime pas Robbins, elle n’a pas aimé. Comme j’aime beaucoup Robbins, j’ai bien aimé. Mais il vrai qu’on retiendra surtout, avec le temps qui passe, les gros points colorés devant les têtes des danseurs — avant qu’ils ne se démasquent —, la couleur changeante du décor abstrait de derrière, et les jolis costumes peut-être.

L’affaire reposait sur Sae Eun Park, qui reste très coréenne, et même asiatique. Ce sont des gens de peu d’expression, ou plutôt d’une autre expression. De manière fort amusante, @Alliocha, catholique au haut sens moral, l’a trouvé bouleversante ; tandis que mes amies, souris en tête, la trouvent mono-expressive. On ne peut pas plaire — et surtout parler — à tout le monde. En tout cas on lui reconnaît de très jolies jambes, et une joie naturelle introvertie à la sortie des artistes (moi je l’aime beaucoup. Mais peut-être moins sur scène, en effet). Très jolie musique de Francis Poulenc, concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur (1932).

Seconde partie : Balanchine. Celui qui fait beaucoup parler de lui à cause des costumes de Lagerfeld, que j’ai trouvé très bien — à part le moment meringue rose, qui a le mérite de mettre tout le monde d’accord dans la détestation, et qui s’est vu qualifié de barbie, kitsch immonde, et de couleur PQ par moi-même. En réalité, ce qui jurait le plus, c’était le décor vieillot de derrière, une image poussiéreuse de vieux bâtiment à coupole, inintéressant au possible. Il aurait fallu aller dans le total-trip-Buren, à la rigueur, ou mettre une abstraction, ça aurait fini de dépoussiérer les ensemble balanchinien, que j’ai trouvé en tout cas plus intéressant que d’habitude — sans être exaltant, évidemment. Agréable quatuor pour piano n°1 de Brahms orchestré par Schoenberg. Et puis il y avait Alice Renavand. Comme elle n’a pas allumé de cigarette à la sortie des artistes, elle a peut-être corrigé le seul défaut qui lui restait : on peut donc l’épouser les yeux fermés (mais ouverts).

lundi 18 juillet 2016

triple-Bill

Cela faisait longtemps, vraiment longtemps, que je n’étais point retourné à Garnier pour de la danse. Au premier essai, ce fut la déception — sans compter l’ouvreuse très désagréable. Au second essai, il fut en revanche fort facile de trouver une place de dernière minute au parterre (elle a pris 10€ en quelques années, bel exploit d’inflation parisienne). Les voies de l’Opéra de Paris sont impénétrables. Soirée triple-Bill : trois William Forsythe.

Il y avait aussi Laurent, à cette représentation. Et évidemment, la souris avec moi (je précise avoir eu l’idée du titre du billet indépendamment. Mais est-ce étonnant ?). La première pièce,”Of any if and”, faisait figurer Léonore Baulac avec Adrien Couvez. Je ne fais jamais assez de déclaration d’amour à Léonore — qui en plus d’être belle, douée, munie d’un grand sens artistique et d’une vraie présence scénique, possède un grand esprit ; c’est mon palliatif à la disparition de Mathilde. Lors de cette pièce de 20 minutes, des mots tombent aléatoirement (?) des cintres (on est content d’être au parterre, à l’amphi ça doit être gênant) alors que deux personnes déclament au fond, sur la musique techno de l’habituel Thom Willems. C’était très beau — très belle.

Seconde oeuvre, “Approximate sonata” : cette fois-ci, bien plus de danseurs, et notamment la superbissime Hannah O’Neill, qu’on mangerait bien. La puissance de la génétique. Comme c’est la seule non-étoile féminine du truc, elle a droit à un pantalon vert fluo immonde, qui masque ses cuisses — alors que c’est plutôt celles de la pourtant magnifique Alice Renavand (dont on ne dira jamais assez de bien, alors ça va) qui était, d’aussi près de la scène, moins yummy. D’ailleurs, Alice, comme d’hab, elle a tout compris. Elle a ça dans le sang, la danse contemporaine qui envoie. Elle est arrivée en premier avec Adrien Couvez (infatigable ! Quel heureux homme), sur le tout devant de la scène qui enjambait l’orchestre couvert. Marie-Agnès Gillot était avec Audric Bézard, Eleonora Abbagnato avec Alessio Carbone, et enfin Fabien Révillion pouvait batifoler avec Hannah, pour une oeuvre qui était apparemment devenue moins approximative qu’avant cette nouvelle version.

La troisième partie, après le second entracte, était la création de la soirée, pour l’opéra de Paris, parce que Forsythe a été ramené par Benjamin Millepied — et donc il s’est déjà tiré avec ce dernier aussi… “Blake Works I”, sur une musique de James Blake. Changement total d’ambiance : ça swingue, sur une musique entraînante dont seul Laurent a dû écouter les paroles (forcément hyper niaises). On balance des hanches, on retrouve beaucoup de monde sur scène, essentiellement Ludmilla Pagliero, Hugo Marchand et Fanny Gorse, et même Léonore avec son François Alu, qui était cette fois-ci celui se détachant du groupe (on retrouve souvent, dans les chorégraphies contemporaines, ce motif : tout le monde habillé pareil sauf un, tout le monde répétant les mêmes mouvements sauf un…), en jogging-baskets. Fort plaisant !

Kieslowski 5-6

L’épisode cinq du Décalogue, “Tu ne tueras point”, va plus loin dans le glauque moral. Forcément, pour illustrer il nous fallait soit un meurtre qui ne devait pas s’accomplir — référence à Abraham et son fils —, soit un meurtre où l’on serait poussé (une vengeance assez moralement justifiable par exemple) mais auquel on résiste, soit un meurtre crapuleux. La dernière option est celle choisie par Kieslowski, et nous suivons pas à pas un jeune homme un peu voyou jusqu’au meurtre assez épouvantable d’un autre homme pourtant très antipathique. En parallèle, on suit aussi un autre jeune homme, qui devient avocat. On ne sait pas ce que pense réellement le premier, mais on sait ce que ressent exactement son futur avocat. La rencontre deux deux est le génie de cet épisode, où survient le second drame qui s’est patiemment noué, le meurtre d’État, institué. Extrêmement fort.

Le sixième film suit aussi un jeune homme, qui espionne sa voisine. “Tu ne seras pas luxurieux”. Voisine très libidineuse au demeurant — une belle longue Polonaise blonde, bref, une princesse-salope. D’un côté le niais, petit chérubin naïf, dont la frustration amoureuse mène à une forme de perversité de jeunesse, de l’autre la froide femme chaude d’expérience. Il l’observe et se rapproche jusqu’à ce qu’il ose réellement passer le cap de la rencontre, dans une témérité désespérée (après une scène à la Poste nous rappelant qu’il existe pire que les entreprises étatiques françaises : celles purement communistes). La relation étrange de ces deux-là démasque les faiblesses inavouées. La fin est aussi banalement cruelle que juste. Kieslowski est un aussi bon observateur de la nature humaine que Rohmer, mais le drame ordinaire sonne encore plus juste.

Encore deux superbes films.

lundi 11 juillet 2016

Philiiiiiiiippe à Venise

D’abord, c’est Philippe Jaroussky qui a déclaré forfait — méchante bronchite. Alors le récital a été décalé d’une bonne semaine, et passé d’un samedi à un lundi. Et c’est Hinata-chan qui a dernier moment a déclaré forfait. Rater volontairement le pèlerinage annuel au TCE. Hérétisme !

Le tout Paris et le tout ninja était pourtant au rendez-vous pour un programme vénitien affichant de la rareté ancienne — avec tambour, donc. Ensemble Artaserse pour des musiciens en majorité jeunes et enthousiastes.

Cesti - Sinfonia et air « festeggia mio core »  extrait de Le disgrazie d’amore

Cavalli - Recitatif  et aria d’Endimione  « lucidissima face » extraits de La Calisto

Rossi - Lamento d’Orfeo « lasciate averno» extait de L’Orfeo

Meali - Sonate pour violino « la cesta » 

Cavalli - Aria di  «all’armi mio core»  extrait de Statira, principessa di Persia

Marco Uccellini - Sinfonia quinta a cinque stromenti 

Legrenzi - Grande scène de Giustino: « O del ciel ingiusta legge! » extrait de Giustino

Marini - Passacaille

Rossi - Air « M’uccidete begl’occhi » 

Steffani - Air « Sorge Anteo »  extrait d’Alarico

Uccellini -  Sinfonia sesta a cinque stromenti op. 7 

Monteverdi - « Adagiati, Poppea » (Incoronazione di Poppea)

Cavalli - Airs « Delizie contente » extrait de Giasone  et  « Che città» extrait de Ormindo

Steffani - Marco Aurelio, ouverture - Récitatif et air d’Anfione « dal mio petto», extrait de Niobe - Regina di Tebe

Legrenzi - Sonata a due « La Spilimberga »

Cesti - Lamento de Polemone  « Berenice » extrait de Il Tito

Steffani - Aria ciaccona « Gelosia, lasciami in pace » extrait de Alarico

Originalité et excellence au rendez-vous. C’est rythmé, c’est emballant, le public assez nombreux — on pouvait se replacer, mais pas si facilement que ça non plus (j’ai dû fuir un chinois renifleur, ça faisait longtemps…) — en a redemandé.

Alors Philippe nous parla, nous fit un peu rire, et annonça le-plus-grand-génie-du-baroque, Monteverdi, avant d’entamer un très beau “Si dolce”. Alors le public applaudit de plus belle, et il annonça un autre Monteverdi, cette fois de l’Orfeo, “pas pour contre-ténor mais je m’en fiche !”. Public forcément emballé, on termina avec un rappel de la chaconne finale. Belle soirée.

Kieslowski 3-4

Enchaîné le lendemain, les épisodes trois et quatre ont continué la série du décalogue au MK2 — encore Biblio, parce qu’on y est bien, dans une salle plutôt bien rempli (quoiqu’il y avait aussi des gens bizarres…). Ça commence par une histoire simple mais étrange de femme que l’on soupçonne assez rapidement comme mythomane. Mais qui est-ce, quelle relation avec le personnage principal, dans quel but ? En pleine veille de Noël, “Tu respecteras le jour du Seigneur”, voilà un commandement bien violé — si on veut, l’interprétation à la Kieslowski est toujours très large.

Le quatrième épisode est tout aussi en ambiguïté morale que les deux précédents. Un père, une fille qui entre dans l’âge adulte, une mère disparue à sa naissance et qui a laissé une lettre mystérieuse. “Tu honoreras ton père et ta mère”. Tentation d’une certaine forme d’inceste, amour fusionnel ou fissionnel ? C’est un véritable face à face de deux acteurs extraordinaires. Quelle sensibilité !

Deux autres épisodes superbes.

Kieslowski 1-2

Quelle merveilleuse idée que cette rétrospective Kieslowski à travers le Décalogue, programmé par MK2 en cinq couples de séances, mais malheureusement distribuées de bien étrange façon. De Kieslowski, il ne me semble avoir vu que la Double vie de Véronique, un film très sensible, que j’ai en DVD. C’était donc essentiellement une grosse découverte que ces dix films — six vus au moment de la rédaction de ce billet —, calqués sur les dix commandements.

C’est d’ailleurs la version originale seulement numérotée, qui est présentée, et non la seconde version avec les sous-titres insérés. Ceux-ci sont cependant sur l’affiche, mais il a fallu bien souvent aller vérifier, car ce n’était pas si évident, et il est assez aisé de se méprendre sur certains films — il y a plusieurs versions du décalogue, avec des ordres et même des commandements différents (et encore, ça ne compte pas la première version ramenée par Moïse…). D’ailleurs, j’ai pu tester cela avec mon exégète préférée.

Elle a pu trouver rapidement un lien entre les deux premiers : le liquide symbolique. Puis entre les deux seconds : les femmes mythomanes à escient. Peut-être, ou alors est-ce un hasard inconscient de l’écriture. De la très belle écriture, en l’occurrence.

Le premier commandement — Un seul Dieu tu adoreras — est un des plus beaux moments de cinéma qui soit. Ça a l’aspect et la force émotive d’un Tarkovski. En fait, Kieslowski, je trouve, c’est le meilleur de Tarkovski et Rohmer simultanément — ça me permettrait donc de clôturer ma trinité personnelle. Cette histoire du petit Pavel, un garçonnet adorable qui vous donne des envie de reproduction, que l’on voit pourtant venir, se développer vers le drame, mais avec qui on respire — ou arrête de respirer. C’est simplement fabuleux. La fin est toute en ambiguïté qui explore la complexité des rapports humains à la foi. 

Forcément, le deuxième épisode est un peu en retrait, en comparaison. “Tu ne commettras point de parjure” est l’histoire d’un médecin polonais — donc assez mutique — et de sa voisine polonaise — donc tout aussi mutique, à la limite de ce que nous prendrions pour de l’impolitesse ici, mais on comprend que ces gens de l’Est rugueux sont très similaires aux Russes. On met un certain temps avant de comprendre le noeud de l’affaire, qui se cache dans l’histoire et illustre le commandement. Un cas de conscience, dans une relation complexifiée par les circonstances exceptionnelles. La maladie, la mort, l’impuissance, la limite, le polyamour, l’avortement, c’est absolument étonnant de voir autant de thèmes si bien traités en un peu moins d’une heure.

Ces deux premiers épisodes, dans une Pologne (Varsovie pour les deux, me semble-t-il) moche et confortable — barres d’immeubles insipides de classes moyennes ayant tout le confort de l’époque, quoique parfois des problèmes d’eau chaude, mais des ordinateurs personnels dernier cri aussi ! —, annoncent du très grand cinéma, à partager.

mardi 5 juillet 2016

forêt de n’importe quoi

La “Forêt de Quinconces” m’a été rapidement vendu par la souris, sans que je n’aie trop le temps de mener l’enquête. Un peu comme la lose de la veille, où une série improbable a mené à mon errance au TCE. C’est comme ça qu’on crashe des avions. Donc : une plutôt bonne notation et Grégoire Leprince-Ringuet, valeur montante, ici derrière la caméra, et donc je dois connaître l’un des aînés de sa famille étant donné la rareté soupçonné du nom.

Bref, nous voilà après moult errements de cinéma en cinéma aux Halles, dans une petite salle bien garnie. Alors, comment dire ? C’est le truc le plus nul que j’aie jamais vu, je pense. Et pourtant, j’adore les navets. Mais même dans la catégorie navet, c’est franchement raté — on a frôlé le fou rire mais sans y arriver cependant. Je passe sur les problèmes de montage du type : on prend le métro en plein jour à Créteil (ligne 8), qui se transforme en 6 la nuit (toujours dans la même séquence !), blindé, puis de nouveau la 8 à Créteil (vide) et quand il descend, on est à Stalingrad (heureusement toujours de nuit) dans une 2 plutôt bien remplie. Il y a plusieurs séquences qui font tellement toc que ça fait un peu pitié sur les moyens. J’ai vu pas mal de films amateurs et de courts qui étaient mieux fichus.

Ça pourrait être compensé par quelques moments oniriques — pas les passages en vers, ça c’est juste passablement ridicule et on ne sait sur quel ton danser tout le long —, mais c’est essentiellement très prétentieux. En fait, il n’y a qu’à voir les acteurs pour comprendre : c’est le club théâtre de Jansson de Sailly. Même le clochard est comme ce cageot très travaillé et parfaitement veilli que l’on voit dans les épiceries bobo parisiennes. Tout sonne faux — dans le meilleur des cas, dans le pire c’est juste atrocement ridicule.

Il y a quelques idées à sauver, mais c’est 1h50 de long désastre. Le meilleur de l’histoire, c’est la souris.

stabat Palpat

Pont de l’Alma fermé. La plaie. Obligé de faire un détour, j’arrive un peu juste au TCE. Bip de la place : refusée. Ciel, c’est pas la bonne : le Jaroussky reporté à la place du Stabat Mater. Vite, un duplicata ! Bip, ça passe. Monter les escaliers deux à deux. Et là, le drame : on m’a duplicaté Jaroussky ! Donc je ne sais pas où je suis. Si ce n’est à côté de Hinata-chan, qui est… introuvable. Rang Z pair : personne. Impair de l’autre côté : non plus. Peut-être en dessous ? (On a alterné avec le rang U, cette année encore) Rien. Sauf un ouvreur, qui me dit que manifestement, c’est très simple, je suis en haut. Mais regardez la place, mon bon monsieur ! Le voilà tout perdu, il n’y comprend plus rien. Il me renvoie au contrôle le bougre ! Alors que ça va commencer… Un coup à terminer stabat dans un coin. Heureusement, sa collègue est moins paniquée et me replace en fond de premier balcon, plein centre.

Idéal (mais en sueur) pour écouter l’Ensemble Amarillis sur la première partie de concert, dépassant à peine la demi-heure : Scarlatti et son Concerto grosso n°3 en fa Majeur (extrait des six concertos à sept parties), Mancini et une Sonata n° 14 en sol mineur, Durante pour un Concerto grosso en fa mineur.

Entracte, je vois que mon SMS de géolocalisation de mon accompagnatrice éplorée de ma disparition, effondrée de mon absence, n’est point parti. Mais le sien a fini par arriver : victime des mêmes errances de réseau, elle s’inquiétait tout de même de ne m’avoir vu accourir alors que désespéré je regardais partout, en hauteur, à l’endroit où elle n’était déjà plus puisque replacée. True fact. Quelques tests étymologiques du TAME avalés plus tard (Hinata pourrait donc faire chef d’entreprise), deuxième partie. S’avancent la mezzo-soprano blonde Karine Deshayes, à la gauche de la puissante brune Sonya Yoncheva, soprano en robe noire transparente assez immédiatement condamnée.

Hinata s’est plainte de l’absence de grave d’une mezzo qui aurait dû être alto. Pas faux. Mais ce Stabat mater de Pergolesi n’en demeurait pas moins fort beau.

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