humani nil a me alienum puto

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dimanche 19 février 2017

le chant de Goerne

Il est manifestement de coutume de donner trois pièces pour piano de Schubert avant d’attaquer le plus court et composite Schwanengesang.

Cette fois, on a gagné au change avec le très remarquable Leif Ove Andsnes, dont la qualité de jeu a été extraordinaire toute la semaine. Au programme, la D. 946. Et puis la fin de cette semaine exceptionnelle de triplet Matthias Goerne/Schubert, qui de nouveau était peu courue, en tout cas a permis de se replacer facilement. Pourtant, dans mes mémoires, je ne vois sinon qu’en 2010 une interprétation par Dietrich Henschel. Bref, c’est pas tous les jours !

Et là, je retrouve le morceau qui me court dans la tête depuis des jours, la fin où l’on frissonne de partout, toute la qualité de l’alliance de deux superbes interprètes, Matthias Goerne, ahurissant, et Leif Ove Andsnes, magnifique pianiste. Ça aurait valu de leur déclarer notre amour en face, mais pour la première fois, pas de séance dédicace : on a trop repoussé en croyant avoir le temps. Le drame de nos vies.

petit coréen rusé

Mais où donc est passée Lola ? J’ai l’impression de ne plus l’avoir vu depuis des mois. Elle me manque terriblement. Certains ont émis une hypothèse affreuse, concernant une MST qui entraîne une inflation non-contrôlée abdominale. Je n’espère pas. Bref, orchestre de Paris sans Lola, encore. Alors qu’il y avait en plus une version en suite (remix revu par le critique Mackerras) de La Petite Renarde rusée de notre bienaimée Leoš Janácek — mais j’ai eu du mal à la reconnaître, à vrai dire. Orchestre de Paris en forme.

Et puis juste ensuite, de quoi expliquer que toute la Corée parisienne était dans la salle, exultant en mode introverti : un petit génie tout petit, 23 ans, avec un très, très beau doigté, nous a régalé d’un Concerto pour piano n°1 de Chopin. Seong-Jin Cho. On va essayer de retenir. En bis, il nous a fait un Debussy, ou un truc du genre — j’aurais dû mieux noter, le CM de la Philharmonie n’a pas bien mis à jour le site web cette fois.

Il ne restait plus qu’au chef Tomas Netopil de nous faire après l’entracte (où j’ai pu rester en plein centre de parterre, le couloir pour mettre les jambes : meilleur plan) un Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss du tonnerre. Parce qu’enfin on a un orgue, un vrai. Bah c’est frissonomètre garanti de A à Z (je dois faire la remarque à chaque fois, mais il y a bien un morceau de rosenkavalier et/ou de Don Quichotte, bref des auto-citations dans tous les sens, dedans, non ?).

Que d’orgue, que d’orgue !

Goerne hivernal

Hinata-chan a une mémoire remarquable. Ou alors, faite de traumatisme. Elle se souvenait n’avoir pu assister à aucune Schöne Mullerin. C’était fin 2011… Et puis que l’ancien partenaire de Matthias n’était pas optimal, non plus. Et enfin que l’an dernier, il avait encore chanté le Winterreise différemment. Épatante.

Beaucoup de monde, sur cette deuxième session de la trilogie, le TCE était même totalement plein. Difficile de fait de voir la scène, on se contente des surtitres en se tortillant un peu (mais mon binôme connaît tout par coeur, pour la peine). Matthias Goerne et Leif Ove Andsnes sont bouleversants de bout en bout.

mélancolie de l’ordinaire

Manchester by the sea de Kenneth Lonergan a été étiqueté « très bon film qui fout le cafard ». Ça méritait d’aller vérifier avant qu’il ne disparaisse. Certes, ça commence par un mort : Kyle Chandler ne verra plus demain à la Une. Justement, on suit les Chandler, et donc le frère restant, incarné par le mutique Casey Affleck, dont on dit beaucoup plus de bien que son frère (qui semblerait réussir sa reconversion derrière la caméra, mais je manque de temps pour tout voir ces derniers temps), et qui n’a pas à trop à forcer sur son introversion. On sent en lui une violence dont on ne trouve l’explication dramatique que plus tard. Il y a de l’épaisseur psychologique et du refoulement particulièrement bien étudié dans tout ce drame du très ordinaire — montrer ce qui est caché par la pure suggestion, on imagine bien le talent qu’il faut. Lucas Hedges tient un rôle qui lui permettra sûrement de continuer une belle carrière.

Très belle bande originale à base de Haendel et de Bach, pour parfaire l’ambiance plombée.

lundi 13 février 2017

philharmonie orgasnique

Olivier Latry est manifestement une superstar. Avec des billets pas cher, en plus, on pouvait en ce dimanche après-midi post-messe se positionner au second balcon de face de la Philhamonie pour 10€. En face de l’orgue, donc, mais moyennant un gros réflecteur au milieu. Pas sûr que c’était idéal, au final. Ça gênait un peu la vue, en tout cas. Mais la seule console blanche sur scène (vive la fibre optique !), laissait entrevoir le jeu de l’organiste, et ça, c’était génial. Mais le pékin moyen plutôt très âgé et tuberculeux, ça, c’était pénible. On ne peut pas tout avoir.

Ces « Cathédrales sonores » ressemblaient à un pot pourri, mais c’est un peu le jeu de l’orgue, avec les impros que l’on n’a malheureusement pas eu. Claude Debussy, La Cathédrale engloutie (tr. Léon Roques), plaisant. Gabriel Fauré, Sicilienne (tr. Louis Robilliard), belle retranscription qu’on garde en tête. Louis Vierne que j’adore, Symphonie n°4 (Finale). Charles-Marie Widor, Symphonie gothique (Andante sostenuto), quelque chose (de pas gothique) ! Richard Wagner, Prélude et Mort d'Isolde (tr. Edwin Lemare), pour frissonner, même si je me dis que ça marche mieux quand on l’a déjà en tête avec un vrai orchestre (ça devient compliqué, à un moment, de faire toutes les voix).

Entracte, on retrouvera Serendipity plus tard parce que la salle est anti-sociale (sauf quand on est au même étage, et encore !).

Franz Liszt, Fantaisie et Fugue sur "Ad nos, ad salutarem undam », une assez longue oeuvre que l’on sent bien écrite pour l’orgue ! Quand on commence à tripoter les différents sons loufoques de cet instruments, c’est que ça devient sérieux. Ai-je déjà dit à quel point j’adore l’orgue, pour moi le meilleur instrument de tous ?

Et puis du rappel ! Nikolaï Rimski-Korsakov, Le vol du bourdon (évidemment). Johann Sebastian Bach, enfin, Sinfonia de la Cantate BWV 29 (il faudra penser à nous faire un full-Bach, vraiment. VRAIMENT. Y’a pas tout le temps ma tante à l’église pour m’en régaler — heu, c’était quand la dernière fois, il y a 10 ans ? Plus ?). Et reprenant un titre du disque gravé selon le concert que j’avais raté l’an passé (un mélange d’agenda, alors que j’avais une place…), La danse du sabre d’Aram Khatchatourian en retranscription des plus ludiques.

Une signature sur mon programme (plus aucun disque, totalement écoulé malgré son prix prohibitif), et on se dit à l’an prochain ?

meunier vert

La salle du TCE était peu pleine pour cette première session de Dieu Matthias de la semaine. Die schöne mullerin, premier du cycle Schubert sur des textes tourmentés de Wilhelm Müller, raconte l’épopée amoureuse malheureuse d’un jeune voyageur et de sa meunière verte le long d’un ruisseau. Forcément, c’est cyclothymique. Matthias Goerne et Leif Ove Andsnes rendent merveilleusement tout cela. On arrête parfois de respirer, tant la passion débordante transparaît. On est hyper fan. Matthias, c’est le meilleur.

wanna be stooge

« Gimme danger » est le documentaire de Jim Jarmusch (encore lui !) sur les Stooges et plus particulièrement Iggy pop. On revient sur la formation du groupe, le grand n’importe, la drogue, les morts, le temps qui passe. On évite de trop trop passer « I wanna be your dog », parce qu’ils ont fait d’autres trucs, certes avec un champ lexical assez réduit, mais on comprend pourquoi, faut que ça percute, comme les coups de pieds au cul que se donnent les Three Stooges à qui ils piquent le nom. L’aventure d’un groupe de trubillons qui fout la panique, que personne ne sait gérer, qui vont s’autodétruire avant de grandir enfin (l’un d’entre eux va même devenir ingénieur à la Nasa…), mais qui vont inspirer plus ou moins tous les groupes de rock à venir.

Beau montage pour un bel hommage.

Lohengrin vanupied

Cela faisait bien longtemps qu’il n’y avait eu un Lohengrin à Bastille, et celui avait bonne presse. Face A, Jonas Kaufmann ; face B, Stuart Skelton. Et plein d’autres combinatoires encore : à peu près personne n’a pu écouter deux fois la même distribution — un anti-mauvaises-critiques-potentielles ? Martina Serafin en Elsa, Tomasz Konieczny pour Telramund et Michaela Schuster en Ortrud, en comptant bien. Philippe Jordan dans la fosse.

Ce n’était donc pas une distribution à faire venir les foules pour la somme modique de 210€. L’occasion de se retrouver, pour 35€, au rang des stars, avec une souris éduquée (enfin !) au Wagner. Il y avait la belle mise en scène dépouillée de feu Nikolaus Lehnhoff, il y aura la mise en scène très oubliable Claus Guth. Je ne vois pas à quoi ça sert de refaire les choses en moins bien. Rien à fiche de la modernité de l’ancien ou je ne sais quoi : c’est très bof, et même ça vire rapidement au carrément pauvre, notamment avec l’absurde arrivée et départ de Lohengrin en position couchée, faute de pouvoir nous sortir au moins un schwann à roulettes. Bordel, ça parle de cygnes et le mieux qu’on a, c’est une marre au canard où Telramund va finir par se faire assommer à coup de buche par notre Lohengrin bidonnant pied nus dans l’eau. Flop flop. On voit pas trop ce qui est compliqué dans l’affaire. Ils feraient mieux de m’embaucher, à l’opéra de Paris ; je suis sûr d’être moins cher, en plus.

Notre brave ténor, un peu faible à la fin, était très convenable dans l’ensemble et a bien assuré le rôle, comme ses collègues. Il n’avait cependant pas la tête de l’emploi, et c’est sûr que comparé à Kaufmann, quitte à claquer deux journées de salaire d’ingénieur, on comprend que le public air préféré ce dernier. Mais Lohengrin, c’est bien et bon.

mardi 7 février 2017

KW

On se pose toujours la question : comment Yuja Wang arrivera-t-elle ? Le concentré chinois qui défie les lois de la génétique locale pour nous offrir l’un des minois les plus talentueux du piano, essaie de se refaire une image : de robot made in China du clavier, montrer une sensibilité dans des pièces plus romantiques, originales et en tout cas moins purement acrobatiques, et de sex symbol de poche, assagir un peu son image en allongeant la robe — certes semi-transparente et à dos nu, relevé par un carré plongeant à mèche qui lui sied toujours.

Et c’est donc ainsi qu’on la retrouve pour un duo habituel avec Kavakos, car à toute belle, il faut une bête. Et allez savoir si ce sont les oeuvres de la soirée ou cette toujours aussi surprenante association, mais le violon était bien plus intéressant, et la salle bien peu garnie (et même si les pianos 4* ne sont pas réputés pour leur sens commercial, les tarifs étaient fort abordables). Bref, ça commence avec un Janacek mélancolique (Sonate pour violon JW.7/7), enchaine sur un Schubert sautillant (Fantaisie en ut majeur pour violon et piano, op. 159, D. 934), reprend par un Debussy chantant (Sonate pour violon et piano) avant de terminer dans un Bartok acrobatique (Sonate pour violon et piano n° 1). Yuja semble toujours aussi rapidement fuir la scène, et après un dernier fameux salut où l’on se demande toujours si elle s’exerce en moine Shaolin à briser le tabouret d’un coup de tête, elle nous servit avec Leonidas un petit rappel synthétique (du Schubert ?).

On reviendra.

lalalalalalaland

To be honest, je me demande combien de spectateurs sont venus à cause du tapage aux Oscars, où l’on adooooooore, en bons nombrilistes, tout ce qui tourne autour d’Holywood. Parce que des comédies musicales où ça chante à moitié, comme au bon vieux temps de Fred Astaire (et encore, ça chantait plus !), ça faisait longtemps qu’on n’en voyait plus, et je n’aurais pas naturellement parié qu’il y avait encore un public autre que d’aficionados pour cela, même à Paris. Entre des films qui ne passent que sur TCM Cinéma à pas d’heure, et quatre salles simultanées dont les deux plus grosses au MK2, je me demande combien de temps La La Land va tenir à l’affiche à ce rythme.

Mais voilà, Emma Stone ne se boude pas. Emma Stone, même, se vénère. Emma Stone rend stone. Et Ryan Gosling a décidément la classe. Le jeune Damien Chazelle (dont j’avais raté Whiplash, qui avait une excellente critique) a un fluide de caméra absolument bluffant, dès la première séquence. Je me souviens avoir écrit à mes sous-traitants indiens de vidéo que la différence entre une bonne vidéo et une excellente vidéo, c’est la maîtrise de la transition entre les plans. Hé bien là, c’est parfaitement parfait. Le scénario est aussi bien construit et évite autant le pathos que la tarte à la crème romantique. Et puis plusieurs jours plus tard, on a encore la rémanence des chansons dans la tête. Tout y est, et pourtant, il y a un petit quelque chose qui nous dit que, si on aura plaisir à le revoir de temps à autre, on ne tient pas un chef d’oeuvre qui fera date. Mais on ne peut être qu’heureux que cela tombe au bon moment au bon endroit, quand il ne se passait plus grand chose.

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