humani nil a me alienum puto

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lundi 2 décembre 2019

Tchaïkov Bychkov

Le samedi 23 novembre était un triste jour. Le jour des adieux de Muriel Zusperreguy. Qui oserait déclarer que l’immortelle, superbe, intemporelle Muriel pourrait être mise à la retraite ? Honte ! Bref, j’avais un autre concert, ça tombait mal, j’ai séché.

La Sérénade pour cordes op. 48 de Piotr Ilitch Tchaïkovski est l’un des tous premiers morceaux de musique classique que j’ai découvert — j’étais à la fin de mon école primaire, il me semble, c’était dans le coffret de dix CDs que m’avaient offert mes parents — pour Noël ou mon anniversaire, c’est presque pareil, ça valait 100 Francs, quand même ! Bref, j’avais adoré, et c’était l’un des disques que j’ai le plus écouté. Et puis depuis toutes les années que je cours les salles de concert, la seule fois où je l’ai entendue jouée sur instruments était dans une fosse, avec Mathilde sur scène, pour la version Balanchine (pas super excitante) (tout le contraire de Mathilde) (qui est une femme remariée) (oh mon dieu on va finir vieux).

Donc, cette sublime sérénade par un Czech Philharmonic dirigé par Semyon Bychkov, c’était vraiment immanquable. Et ça a tenu ses promesses. Suivait ensuite, pour cette soirée full-Tchaïkovski, les Variations sur un thème rococo pour violoncelle et orchestre, avec Gautier Capuçon. Superbe aussi, quel jeu de Capuçon ! Il nous donne un joli bis en collaboration avec les autres violoncellistes de l’orchestre, « Après un rêve », extrait des Trois Mélodies (op7) de Gabriel Fauré. Le public assez nombreux et donc un peu pénible compte notamment derrière moi deux femmes ordinairement bruyantes, qui déclarent : « ça m’a gavé » ; on ne les reverra plus après l’entracte.

La cinquième symphonie avec son thème entêtant finit par donner de bons frissons, ce qui est rare à la Philharmonie. Désolé Muriel.

bande d’illuminés

« Les éblouis » de Sarah Suco, dont c’est le premier long métrage après une carrière d’actrice, s’attaque au sujet des sectes, et en l’occurrence d’une du côté d’Angoulême (dont on voit à peine le centre-ville — le pôle Magelis est cité comme ayant été de la partie), tendance faux-cathos, style témoins de Jéhovah/pentecôtistes, qui recrute toute une famille composée d’une mère fragile colérique (Camille Cottin, inattendue dans le rôle), d’un père effacé passif vaguement plus rationnel (Eric Caravaca), de deux jeunes garçons et d’une jeune ado sensationnelle, révélation du film, Céleste Brunnquell.

On commence tranquillement, avant de donner dans la secte bon teint (où l’on bêle telle la brebis pour accueillir le berger-gourou Jean-Pierre Darroussin), qui dérive peu à peu pour se révéler dans ce qu’il est : un enfermement psychologique, une coupure du monde, un gouffre financier, un adversaire redoutable. Comment on peut perdre les pédales sans crier gare, quand tout semblait bien ordinaire.

C’est très bien tourné et montré, une vraie réussite. La souris a été bien inspirée de repéré ce film à l’affiche.

dimanche 1 décembre 2019

ballet remixé du temps passé

À l’occasion de l’ouverture salle dédiée à Pierre Henry au musée de la Cité de la Musique (dont j’avais relaté le pré-vernissage, ayant par ailleurs ouvert trop tard l’enveloppe contenant l’invitation au vernissage officiel), la salle a programmé l’oeuvre iconique qu’est la messe pour le temps présent de Béjart. En l’occurrence, la chorégraphie est de Maurice Béjart, et la musique de Pierre Henry, le super-célèbre (à travers ses très nombreux remix) Psyché Rock. Mais comme ça dure une trentaine de minutes, la grande inconnue était de savoir comment le reste était meublé. Enfin, la première inconnue a été de savoir si l’on pourrait avoir une place, parce que ça s’était rempli à une telle vitesse qu’il avait été impossible d’en avoir une, et encore moins deux. Finalement, la bourse a suppléé au soucis, à condition d’une séparation physique.

En arrivant dans la salle, le tas d’enceintes sur scène donnait un début de réponse : manifestement, pour la première partie, ça ne dansera pas. Ambiance aqua alta avec Carnet de Venise, « Promenade dans Venise en compagnie de Monteverdi », pour une première audition à Paris, Thierry Balasse à la « projection sonore » depuis le fond de parterre — de fait, est-ce lui qu’il faut applaudir, ou le CD, ou les enceintes, se demande-t-on à la fin de la cinquantaine de minutes d’écoute étrange, où Monteverdi se fait découper et plaquer sur des sons divers, parfois des enregistrements extérieurs (avec des enfants qui jouent/crient), et beaucoup d’eau qui fait floc-cloc (que d’eau !)… En fait, c’est une certaine poésie qui finit par bercer, à la longue…

Entracte (perte d’une partie du public, je me retrouve très à l’aise : ils ont bien compris pourquoi on venait tous ?…), et double messe : l’originale par Béjart (1967) et son remix par Hervé Robbe (2016, élève de Béjart). Sur scène, les étudiants de l'école Supérieure du Centre National de Danse Contemporaine d’Angers. Des pioupious, quoi. Les jeunes manquent encore de nervosité (par exemple quand ils tombent), pas assez sec et précis dans les mouvements, mais ça reste très bien dans l’ensemble, très communicatif. Et surtout, il faut avoir une pèche d’enfer, surtout quand on doit envoyer sur scène, en groupe, pendant une heure, à courir partout et adopter des positions étranges…

Pour l’original, l’extrait le plus connu de psyché rock, le thème avec les cloches, est plutôt au début (et on ne le ré-entend plus). C’est très électro-vintage. Les danseurs sont en t-shirt/jean/baskets blanches, mode désordonné sur scène, ça secoue. Beaucoup d’énergie.

Pour le Grand Remix de la Messe pour le temps présent, la musique est beaucoup plus techno, moderne, ressemble à du Fatboy Slim (qui a aussi remixé Psyché rock), plus dark, et cette fois le thème aux cloches revient plusieurs fois sous différentes formes. Les danseurs sont en sweats noirs à capuche, il y a plus d’effets synchronisés de groupe — en ligne, en rotations, etc. —, mais aussi quelques références à l’original (positions genous pliés, mains secouées, par exemple). Ça semble plus long, aussi, et c’est très, très punchy.

Forcément, à la sortie, la souris a dansé sur les cloches pendant un bout de temps !

mardi 26 novembre 2019

le fou

Les prequels sont très à la mode, mais s’attaquer au Joker, dont un historique avait été donné chez Burton mais pas chez Nolan (quid des comics ?), reste osé. C’est justement très clairement l’héritage du 2e épisode de la trilogie de Nolan — The Dark kight, 2008, déjà ! — qui est revendiqué, avec le même look, le même maquillage, les mêmes attitudes et les mêmes mimiques que l’incroyable Heath Ledger. Premier soucis cependant : l’âge de Joachim Phoenix ne correspond pas, il est clairement trop vieux pour être raccord. La fin ambigüe (pour ne pas dire mal fichue) pourrait être invoquée pour expliquer le trou béant d’une vingtaine d’années (puisque Bruce Wayne est encore assez jeune pour avoir ses parents).

Ce n’est pas la seule chose qui ne colle pas vraiment. Le film se rattache de manière encore plus explicite que chez Nolan à une Gotham qui est New York en décrépitude (dans les seventies, grosso modo). Ça donne un attachement au réel fort, là où Burton avait opté pour le conte. Mais Todd Philips, à qui l’on doit les Very bad trip, n’est pas l’intellectuel Nolan. Il se noie dans son propos, à portée très anarchiste-nihiliste loin d’un traitement auto-destructeur et critique d’un Fight Club ; et le soulèvement populaire, spontanément rallié derrière le masque, ne peut se prévaloir d’un V comme Vendetta. Parce que ce que semble oublier la frange gauchiste et la frange rebelle-facho (les mêmes, en différent) qui encensent l’oeuvre (on voit fleurir des PP sur Twitter, notamment), c’est que le Joker, Arthur Fleck, est avant tout totalement fou, psychopathe ultra violent, et que ça ne va pas s’arranger… Voilà donc un bien mauvais symbole facile pour les opprimés professionnels qu’exacerbe l’époque actuelle — et qui permet de remplir les salles les plus grandes après cinq semaines de projections !

La politique apolitique brouille ainsi totalement un message qui n’aurait simplement pas dû exister pour ce qui reste avant tout le parcours mégalomane d’un psychopathe qui perd de plus en plus les pédales en milieu violent. La lutte des classes paraît fort malvenue, et ça fait fouilli. Par ailleurs, sachant qu’il faut, par politique hollywoodienne (dont on prétend que le film s’extrait, quelle blague), que de toute façon le méchant ne s’en sorte pas, mais qu’il ne peut pourtant pas mourir (puisque pré-Batman : adieu Scarface !), on se retrouve coincé. Alors la réalisation est très bonne, oppressante comme il faut (alors qu’il n’y a pas tant de morts violentes que cela), Joachim Phoenix amaigri y excelle, mais le sentiment d’inachevé tendrait plutôt à démontrer un exercice pas bien réussi, là où la critique s’est généralement esbaudie. Étrange phénomène.

Mihhail-Matthias

Initialement le concert de la Philharmonie marquant le retour à dix jours d’écart de Matthias Goerne dans un programme faisant aussi figurer du Chostakovitch, devait être dirigé par Mikko Franck, dont on devine une santé fragile by design. C’est donc l’Estonien Mihhail Gerts qui a assuré la direction de l’Orchestre Philharmonique de Radio France au débotté. C’est toujours l’occasion, ces remplacements de dernière minute, de découvrir les grands talents demain. Le jeune chef a de la bouteille, mais il est encore très démonstratif dans son maniement de la baguette.

Il n’est en réalité pas immédiatement sollicité, car le concert débutait fort originalement par le Quatuor avec piano d’un jeune Gustav Mahler de 16 ans, 1 an de conservatoire, avec une forte teinte Schubert. Très beau, et très belle exécution (Alexandre Kantorow, piano ; Juan Fermin Ciriaco, violon ; Daniel Vagner, alto ; Nicolas Saint-Yves, violoncelle). Puis, du même, et après un long changement pour installer l’orchestre, Totenfeier, poème symphonique. Une très belle découverte (mon binôme, facilement replacée dans la salle plutôt vide, m’assurait que nous avions déjà entendu cela, mais ça ne me disait rien — au blog non plus). Cette fête des morts reprend la grammaire des symphonies de Mahler, avec des moments surprenants qui m’ont semblé au goût d’un Bruckner.

Entracte, et un Dmitri Chostakovitch tout aussi original, Suite sur des poèmes de Michel-Ange. Il s’agit d’une assez longue série de poèmes obscurs paraît-il fort célèbres outre-Alpes, ici traduits en russe et interprétés par notre baryton préféré, notre Michel-Ange de l’art lyrique, Matthias Goerne. Comme le veut la coutume, l’ensemble orchestral est très conséquent, le timbre ténébreux, avec la grammaire usuelle de Chostakovitch, mais cette fois une touche atonale assumée à la Messiaen. Cela donne un aspect mystique supplémentaire. Matthias, 52 ans au compteur et lunettes chaussées, nous guide dans cette complexité. Une oeuvre à ré-écouter pour l’apprécier pleinement, je suppose.

Un concert dans tous les cas au programme qui n’aurait su être manqué. Juste à côté des chemins usuels, il y a des surprises qui méritent le détour !

Khatia appassionata

Les retours de Khatia Buniatishvili sont de plus en plus prisés : son plan comm’ à la télé a pour effet de ramener un public aussi nombreux que pour les très grands noms mondiaux du piano, même si je doute fort que cette stratégie remplisse autant à l’étranger. Ce serait peut-être d’ailleurs une bonne idée pour retrouver une écoute apaisée. Car les ventes de billets à la Fnac ramènent certes du monde jusque sur la scène de la Philharmonie (de quoi admirer notre héroïne de très près), et limitent le replacement à quelque trou opportun en fond de parterre (j’étais fort heureux des places libres à droite et à gauche, quelle aubaine !), mais que c’est bruyant… Passons sur le voisin de gauche qui respire naturellement en ronflant et celui de derrière avec sa doudoune synthétique maléfique qu’il tripotait trop régulièrement. Toussements, téléphones, bips divers, et ce bruit de fond pénible et incessant, qui donnait l’impression d’être en AAD (voire AAA).

La Philharmonie me semble vraiment peu adaptée au piano. Lorsque Khatia pousse et commence à taper le piano, ça peut aller, mais quand elle veut faire dans la dentelle (comme sa robe rouge flamboyante, assortie à sa tignasse toujours magique), on entend mal. Pour être poli. Et donc, pour des Beethoven romantiques tout doux tout mous, pianissimo, l’écoute était au delà du bof. Il faut attendre la fin de la Sonate n°17 « Tempête » (un hit) pour que ça décolle enfin. Khatia tempétueuse. Khatia à la pédale, aussi, qu’il paraît — la robe empêche de vérifier.

Au programme, c’était un best of de Beethoven. Suivait ainsi la Sonate n°14 « au Clair de lune ». Khatia lunaire. Mais clairement, c’est quand ça commence à décoller d’une manière générale qu’elle devient bien plus intéressante que dans les mouvements romantico-éthérés, qui donnent une impression nuageuse, floue, pas bien définie… La suite, post-entracte (pendant lequel la précieuse relique du bout de robe rouge froufroutant arraché sur un pied de tabouret a disparu) était du même goût pas très convainquant. Sonate n°8 Pathétique puis Sonate n°23 Appassionata. J’en vois dans le public qui remue la tête de désapprobation. Standing ovation. Hhhmmm…

En bis, on a d’abord la Rhapsodie n°2 de Liszt (arrangement Horowitz), et c’est carrément plus sa tasse de thé : explosif ! Puis l’Impromptu n°3 de Schubert, en mode fleur-jupon, des bisous et coeur sur le public (à moitié parti, à moitié en stand up ovation). Clairement plus son répertoire. Beethoven, qui paraît pourtant plus mainstream, c’est pas ça ; je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai eu un sentiment encore plus confus que la dernière fois. Le star system, c’est bof. « C’était mieux avant ».

lundi 18 novembre 2019

recherche de moignon

« J’ai perdu mon corps » est l’oeuvre animée complète et premier long métrage du graphiste Jérémy Clapin. Mais comme base, il y a « Happy Hand » de Guillaume Laurant, roman d’un scénariste et collaborateur très régulier de Jean-Pierre Jeunet, dont les droits d’adaptation sont achetés en 2011 par Marc du Pontavice, le fondateur de Xilam animation, dont j’ai des actions qui s’étaient un peu cassé la figure (j’ai acheté en 2018 avant la crise, deux ans avant l’action valait 20 fois moins !). Bingo, le film est un grand succès, acclamé par la critique, remplissant les salles, faisant remonter le cours de l’action.

Il faut bien avouer que c’est une très belle réalisation, très sensible, très poétique, originale, sur un substrat de bleuette d’introverti pourtant fort commune — et un traitement sur le destin, jusqu’à la chute éludée et la rencontre qui n’aura pas lieu (?). C’est lyrique, nostalgique, mélancolique, mordant, mais le spectateur est laissé sur sa faim avec une coupe finalement un peu brute : à lui de terminer.

couture chez les barbus

Mounia Meddour a réussi à gagner le prix festival film francophone d’Angoulême, avec un film aussi vaguement francophone que l’arabe coupé au français de l’Algérie peut l’être. Mais « Papicha » coche toutes les cases du film qu’on ne peut pas laisser passer. Bienvenue chez les fous barbus de l’Algérie des années 1990, ceux qui voulaient imposer Allah à la Kalash (après certes avoir été éconduits des élections). Le film retrace fort bien la mauvaise ambiance de l’Islamisme montant dans la population qui se radicalise, chez les hommes machos pénibles comme chez les femmes bigotes — les deux étant tout aussi violents. Mais il y a aussi le pendant : j’avais déjà vu un entretien, diffusé à pas d’heures sur Arte, où une écrivaine disait qu’on vivait à fond, à l’époque, de manière très libérée, parce qu’on pouvait se faire massacrer par les ennemis intérieurs à tout moment. Alors il valait mieux profiter…

Lyna Khoudri interprète une jeune fille pleine d’entrain qui ne s’en laisse pas compter, jusqu’à l’inconscience. Étudiante, elle est la reine des « papichas » la nuit, à qui elle confectionne des robes sexy dans les boîtes de nuit. Une héroïne pareille ne peut qu’attirer la sympathie. À l’heure du retour insidieux des voilées et des barbus, chez nous comme chez eux, la dissonance cognitive du public visé (et nombreux, dans le microcosme parisien) est aussi épatante que pour le récent film d’animation en Afghanistan — le scénario étant cette fois moins cousu de fil blanc. On s’assimile fort bien à l’héroïne (admirable) et même à ses amies, c’est une vraie réussite (co-produite par le Qatar…). Il y a quelques moments d’une très grande force émotionnelle, et d’une manière générale, on ne se sent pas bien à l’aise.

Et Lyna Khoudri, qu’on a vu aussi dans Hors Normes (l’orthophoniste mignonne) et que j’ai failli voir dans le long métrage tourné au bout de ma rue (et qui y était récemment diffusé en avant-première, malheureusement dans une pièce qui sentait trop fort la peinture pour y rester plus de quelques minutes), est ici pleinement révélée. On espère beaucoup la voir souvent, parce qu’elle a ce truc communicatif qui met immédiatement en joie, et ça c’est aussi rare que précieux.

dimanche 10 novembre 2019

Manfred et Matthias

Pour débuter le concert du Pittsburgh Symphony Orchestra, il y avait la création française de Mason Bates, « Resurrexit ». Une partition très ricaine, du genre synthèse déjà fort entendue, avec un point d’originalité relative sur les chinoiseries du début (rappel de l’orient chrétien…) et le tapage de bouts de bois sur planche suspendue. Ça s’écoute très bien, ça donne dans les cuivres qui tachent sur la fin, mais on se dit que maintenant qu’on a la BO, il ne reste plus qu’à tourner le film. En l’occurrence, ce serait Jésus 2, le retour.

Ou alors, était-ce une annonce de l’arrivée de Matthias Goerne ? Car là était la raison de la présence de mon binôme. Notre héros rejoint le chef Manfred Honeck et entame dans l’ordre : de Franz Schubert, Pilgerweise D 789 puis Im Abendrot D 799 ; de Richard Strauss, Ruhe, meine Seele op. 27 n°1 ; puis de Schubert, Tränenregen D 795 - 10 ; et enfin de Strauss, Morgen op. 27 n°4. C’est évidemment fort beau. L’ami berlinois, fin critique (passé pro !), est cependant moins convaincu : « il nous a fait de l’opéra ». Pas faux. Il n’empêche que Matthias est ovationné encore et encore, faisant un nombre d’aller-retour qui au bout d’un moment amuse la galerie tellement ça fait étonnamment trop.

Entracte, pas bouger de la très bonne place assez isolée aux avant-postes du côté cour du parterre, pour la cinquième de Chostakovitch. Alors, j’ai un problème avec la numérotation des symphonies de Chosta. La 5ème, la 5ème, c’est quoi déjà ? Mais dès que ça débute, triple-ciel, je la connais par coeur celle-là, évidemment ! (C’est la plus donnée, nous dit d’ailleurs le programme) Interprétation d’une énergie incroyable, le frissonomètre à fond, une sensation malheureusement trop oubliée dans la froide philharmonie. Mais l’horaire est déjà assez avancé pour ne pas s’attarder pendant les applaudissements, d’autant qu’il y a une cause légitime de demoiselles ; c’est un peu tard que je me dis qu’il y avait peut-être des bis, comme le veut la tradition des orchestre invités (donc ratage de double-bis de Tybalt mort au matin). En même temps, ça laisse le Chosta tourner dans la tête quelques jours, donc était-ce si mal ?

hercule te prends

Pendant le concert précédemment chroniqueté, l’ami berlinois faisait quelque peu du commerce, et c’est ainsi que j’ai hérité d’une place pour Ercole amante à l’opéra comique pour le lundi suivant. À 6€ seulement, avec un positionnement propice au replacement ninja : et pour cause, s’il a fallu traverser la corbeille pour profiter des trous repérés en jardin, le staff est assez sympathique pour aider à se frayer un chemin. Bingo en côté de 3e rang de corbeille. On ne voit pas tout, mais l’essentiel est là, car la mise en scène est bien pensée pour que le fond de scène puisse être vu de partout.

Mais surtout, le travail de Valérie Lesort et Christian Hecq est à mourir de rire tellement il recèle de trouvailles en tout genre, qui fusent à un débit délirant. Notamment un bestiaire figurant un monstre échappé d’un Disney. Des héros assortis dans une sorte de cosplay. Et encore : un sous-marin (avec Neptune en barbe verte), un oiseau mécanique volant pour déesse, une montgolfière, un ballet de plongeurs, un hercule à gourdin… J’en passe et des meilleures. Évidemment, il y a une interaction régulière entre les chanteurs (très solides !  Avec Nahuel di Pierro, Anna Bonitatibus, Giuseppina Bridelli, Francesca Aspromonte, Krystian Adam, Eugénie Lefebvre, Giulia Semenzato, Luca Tittoto, Ray Chenez, Dominique Visse) et l’orchestre Pygmalion de Raphaël Pichon (dont le choeur est au début incrusté dans une grande étoile dorée : ça commençait très fort, juste après les cuivres derrière la corbeille !) — excellente interprétation qu’on oublierait presque, avec la mise en scène omniprésente.

Ça foisonne d’autant que le livret de Francesco Buti est un sacré bordel, où il est difficile de se retrouver, avec ces amour d’Hercules marié pour sa future belle-fille, alors que les dieux et les servants mettent leur grain de sel dans l’affaire. Pas sûr que cet opéra de Cavalli, avec son apéritif à la gloire de Louis XIV et de quelque mariage couronné, ait été conçu pour autant de rigolade. Surtout, c’est très long (1h55 + 1h10, soit 3h30 en tout avec l’entracte : on sort donc à 23h30…). Heureusement que le ton parodique est irrésistible, ce qui en fait clairement le spectacle du moment à ne pas rater !

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