humani nil a me alienum puto

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vendredi 12 janvier 2018

vers l’hikari

« Vers la lumière » (Hikari) est le dernier film de Naomi Kawase, dont on avait récemment beaucoup apprécié les Délices de Tokyo. Et puis la bande-annonce présageait de quelque chose de beau. La toile de fond est originale : l’audio-description, et plus précisément le processus de mise au point autour d’un film qui se met lui-même en abyme de celui que l’on voit. Le personnage principal, par la très jeune, jolie et polie Ayame Misaki (qui a manifestement commencé sa carrière encore plus jeune par des photos très dénudées, ce qui la rend encore plus formidable), aime les descriptions du monde qui l’entoure. Elle s’approprie ainsi le temps et l’appréhension du réel, d’une manière généralement très positive. Elle entre ainsi en conflit avec le taciturne Masatoshi Nagase, qui finit de perdre la vue après avoir été photographe ; ils ne trouvent pas la même perception des choses (la cécité n’étant finalement qu’une explication partielle ?).

Naomi Kawase emboîte les réflexions, très allégoriques, sur la disparition des choses, sur les philosophies de vie, sur ce qui unit aussi. Car c’est une romance, qui se noue, entre ces êtres qui vont peu à peu se comprendre, et arriver à un sensible compromis, qui va leur permettre tout deux de grandir, de surpasser leurs états. Un film très sensible, donc, mélancolique (sur la musique d’Ibrahim Maalouf au piano très nymanien) malgré son propos finalement optimiste. Certains critiques reprochent à l’oeuvre d’être trop intellectualisante et en dessous des précédentes réalisations de Naomi Kawase : c’est fort étrange ! Évidemment que le trait est forcé, mais que diable, pourquoi bouder quand c’est simplement beau, émouvant et intelligent ?

Maria et Callas

« Maria by Callas », c’est Fanny Ardant pour lire quelques lettres, Tom Volf pour tout faire, et des documents (dont quelques témoignages) exclusivement centrés sur Maria Callas. La diva Callas (malgré elle, promis) qui raconte Maria, la femme — à la vie qu’on sent un poil compliquée, quand même, et en tout cas éternellement frustrée. Garantie 100% INFJ ? Perfectionniste dans son travail et très bosseuse, aimant fort peu les approximations (y compris chez les autres, qui devraient savoir à quoi s’en tenir), elle suit d’abord les instructions maternelles, elle fait un mariage qui se révèle assez peu heureux, puis se trouve un ami-amant-goujat milliardaire, Onassis, qui la laisse tomber au bout de dix ans avant de la reconquérir — mais elle sait alors que le Prince charmant n’existera jamais.

Elle, elle aurait voulu être mère de famille au foyer, grosso modo. Étrange fantasme sur ce qu’elle n’a jamais été, au fond. On sent la psychologie peu stable, jamais satisfaite, à la fois attachante mais qu’on devine pas forcément facile à vivre — cependant pas une diva égocentrique mégalomane comme les imbuvables (on a quelques noms, dans le milieu) : elle est trop introvertie pour ça. On sent le conflit entre la personne publique (Callas) et la vraie Maria qui se cache, qui s’échappe. Le monde public est particulièrement ingrat avec elle (les journalistes créent une image impropre, et le monde musical est parfois bien trop ingrat), alors que les fans lui vouent un culte quasi-sourd. Et pourtant, c’est une légende. Personnellement, je n’ai pas tout de suite apprécié sa tessiture. Mais les extraits fabuleux passés tout le long des presque deux heures de documentaire (liste impressionnante au générique) confirment que je suis à présent tout à fait conquis.

Un documentaire bien troussé, respectueux (trop ? On ne parle pas trop de sa voix perdue, sur la fin…), un hommage pour les 40 ans de la mort (probablement médicamentée, mais on s’en tiendra à « crise cardiaque », après tout c’est même mystérieux post-mortem) de ce qui incarne la référence des artistes-interprètes, certainement parce qu’elle avait cette capacité innée de générer des passions, si ce n’est des mythes.

renflouer Molly

« Le grand jeu » est un biopic en abyme d’Aaron Sorkin, qui nous avait déjà écrit d’excellents Steve Jobs, Le Stratège et Social network. Ça partait d’autant bien que Jessica Chastain est en tête d’affiche — avec Idris Elba et Kevin Costner (oui !). Mais forcément, quand on dégaine une telle rousse alors que l’originale Molly Bloom est une brune-cagole-artificielle, ça sent l’hagiographie. Whatever. L’histoire à l’écran semble suivre la vraie, à quelque ordre près peut-être. On garde pudiquement le voile sur le trou-du-cul hollywoodien « joueur X » (apparemment Tobey Maguire, IRL), et le film s’épanche d’ailleurs sur la rigueur morale de Molly qui ne trahira jamais son ancienne clientèle, coûte que coûte. Car aux « Molly’s game » (titre VO), on flambe au poker entre gens du beau monde. En toute clandestinité légale — up to a certain point. Aventures et mésaventures de Molly qui au bord du volcan finit par se brûler — et ruinée, écrit un bouquin qui ne rapporte pas assez, mais fini sur la toile : renflouons Molly !

C’est jubilatoire comme du Sorkin, même si ça appuie trop pour être tout à fait subtil. Le personnage principal est assez captivant, elle interroge les limites bien-mal à l’insu de son plein gré. Un véritable entrepreneur, en somme. Sorkin est aussi assez malin pour imbriquer les niveaux de narration (et éviter que la voix off personnalisée de l’héroïne ne soit trop pesante), là où une chronologie trop linéaire aurait probablement suscité l’ennui sur les 2h20 que ça dure. Première réalisation non exempte de maladresses ampoulées, c’est un bon film de spectacle vivant, finalement.

mardi 2 janvier 2018

the dream of Lola

The Dream of Gerontius est clairement un Edward Elgar que je ne connaissais point alors que j’apprécie énormément ce compositeur, et qu’il semble que cette oeuvre est vénérée outre manche. En France, elle n’aurait pas été donnée depuis… 1904. On est souvent surpris par l’épaisseur de la Manche. Mais même l’importé Daniel Harding ne l’avait jamais dirigé. Tout cela justifiait donc une diffusion en live, mais seulement de la rediffusion du 22 décembre. Pas de bol, c’était celle où nous étions. Et donc, comme trop souvent, la captation faisait un bruit de dingue : le travelling incessant (mais pourquoi ??) en fond de parterre générait un bruit aigu qu’évidemment les deux personnes à la manoeuvre, casque sur les oreilles, n’entendaient point. Voilà de quoi rendre fou.

Heureusement, il y avait THE distrib : ma bienaimée (mais qui commence à accuser les années) Magdalena Kožená, Andrew Staples (ténor) et John Relyea (basse). Il ne manquait toujours que Lola dans l’Orchestre de Paris au grand incomplet — on attend toujours un communiqué du Ministère de la Culture qui décidément ne sert à rien… (Apparemment, elle quitte son immense baraque en janvier, a commencé à bosser à Francfort et à Aix, je comprends rien, mis à part qu’elle n’est plus à Paris — elle nous fait une mathildite, c’était évident que ça allait arriver, des filles comme ça, ça bouge, ça crée, ça fait 36.000 trucs, c’est la génialité…)

Revenons-en à Géronte. C’est pas vraiment qu’il rêve : c’est qu’il divague pendant deux heures avant de mourir — d’ailleurs, on ne sait pas trop bien situer à quel moment il meurt. Le choeur, les solistes, le texte qui se laisse aller comme dans un tableau flamand (le passage sur les saints !), c’est vraiment quelque chose, cet étrange monument musical !

dimanche 31 décembre 2017

projet Malthus

« The Florida project » est un film-projet de Sean Baker (46 ans, plutôt inconnu au bataillon) sur la contraception. Pourtant, à voir la gentille bouille de Brooklynn Prince, on penserait que tout va bien se passer. C’est mésestimer sa lignée : Bria Vinaite, actrice sortie d’on ne sait où mais qui n’a pas l’air de trop forcer pour incarner une fille grunge à la ramasse totale, et donc mère célibataire. Ensemble, elles habitent un motel semi-glauque à l’américaine dans la ceinture d’astéroïdes de Disneyland, managé tant bien que mal par un Willem Dafoe (toujours sur les bons coups expérimentaux, et probablement à l’origine de la diffusion de ce film pas forcément bien fignolé dans l’ensemble) qui en voit de toutes les couleurs. On découvre aussi une petite Valeria Cotto très rousse qu’on espère revoir plus tard, mais ce genre de film reste souvent une première et dernière — mais parfois, on ne sait jamais… Bref, c’est « pas mal », comme on dit, mais le générique à filmer le mur violet annonçait une fin toute aussi WTF où l’on a senti le manque de budget (tourné en caméra amateur, je ne pense pas que le réalisateur avait pu demander l’autorisation à Disney de filmer…). Curiosité, certainement oubliable, se laisse quand même bien regarder. On est en faveur de l’euthanasie et de l’avortement y compris post-naissance, à la fin.

SW8.2

Deuxième Star Wars 8, The Last Jedi. Cette fois en France, au MK2. Plus grand écran, moins confortable, binôme à ne pas enrhumer. Pourquoi diable cette traduction française en « dernierS JediS » ? À la revoyure, ça passe très bien (même les Porgs ! Alors que Jar Jar Binks fout toujours la honte, lui), et pourtant, nombre de critiques acerbes et fort négatives se sont accumulées, au point qu’on en arrive à 2,9/5 sur Allociné. Alors que l’épisode 2 repassait sur TF1 la veille, la comparaison avec le 8 est pourtant très en faveur de ce dernier, et pas seulement parce que les effets spéciaux ont très bien évolué (sauf cette scène où Snoke tend le bras de manière si peu naturelle, je ne comprends pas comment ça a pu passer…).

 Il y a toujours ce problème de la relecture : quand on se relit, on prévoit ce que l’on a voulu dire, et on voit très mal ses erreurs. Il en va certainement des films. On voit mieux les petites erreurs, mais reprendre la trame de fond est plus complexe. Il y a aussi ce que se repasse très bien, et ce qui ennuie quand on redécouvre ; et inversement, ce qui passe pas très bien au premier coup, mais embellit avec l'âge. Prenant tout cela en compte, je subodore que la déification des précédents Star Wars mène à un phénomène d’attente complètement irrationnel de la part d’une population en réalité devenue fort jeune (impressionnant de constater que nous étions les plus anciens de la salle, à croire que le 4 ne sortait pas il y a 40 ans et que le dernier épisode de la première trilogie datait de notre naissance !), fort inexpérimentée et gavée aux scénarios prémachés qui marchent à tous les coups, et que même si un travail complexe aurait pu rendre ce 8ème épisode « acceptable » au premier regard (c’est sous-estimer le nombre de remix de films devenus cultes — prenons Blade Runner, par exemple…), il s’agit très probablement d’un film qui vieillira très bien.

Et ce déjà parce qu’il refuse de servir la soupe. Mark Hamill a fait part de son désarroi sur l'évolution de son personnage (pourtant très similaire à celle d'Obi Wan Kenobi). Tout comme les « fans » qui ont reproché tout et son total contraire, notamment que leurs théories prospectivistes (d’où vient Rey, d’où vient Snoke, que va faire Luke, etc.) sont non vérifiées (d’où frustration par l’inattendu), tout en reprochant un manque d’originalité, sur un exercice convenu ! Il faut savoir… La réalité est que sur une trame très identique (jusqu'à Kylo Ren qui reprend l'idée d'un Anakin/Darth Vader du 3e épsiode que comme rien ne va plus, il faut faire un tabula rasa et ramener l'ordre par la force), le « shift » est assez fort pour faire balancer et sortir du ronronnement. C’est un geste aveugle créateur, et pour une saga à son 8ème opus, c’est franchement nécessaire pour ne pas s’embourber (il y a des Star Treks hautement anecdotiques pour illustrer ce propos). C’est donc bien couillu. À mon avis, c’est un grand cru. Le temps décidera.

En tout cas, je le reverrais bien encore. Ne serait-ce que pour cette scène incroyable à la Matrix de Luke qui débarque en mode messie, qui aurait pu être ridicule, mais qui est trop bien filmée pour cela.

mardi 26 décembre 2017

oratorio à point nommé

Un Oratorio Noël à Noël, c'est du marketing de Bach ! Ou de Philharmonie. Cité de la musique, puisqu'elle a retrouvé son nom d'origine — enfin ! Quoique, quand on n'ouvre pas la boutique, on peut se poser deux ou trois questions... C'était pourtant la place la plus chère de la saison, au dessus de 30€. Et pour ce prix-là, on est en dernière catégorie, tout en haut derrière des vitres. Mais on entend bien, on a des siège-fauteuil-canapé (ambiance Mk2 biblio), et avec un rhume en rémission, c'est parfait. Marc Minkowski, comme mon binôme, danse en dirigeant les Musiciens du Louvre Grenoble. On a une soprano puissante, Lenneke Ruiten, secondée par une autre non moins puissante, mais aussi : sublime, superbe, fantasmatique, j'ai nommé Hélène Walter, qui à un moment nous est passé derrière pour faire effet écho avec la première (émouvant. Je la mets sur la TOMARRY list). On a aussi : Christopher Ainslie, contre-ténor ; Helena Rasker, alto ; Paul Schweinester, ténor ; Valerio Contaldo, ténor ; et James Platt, basse hipster (on est fan).

Au programme : Cantate I, Cantate II, entracte, Cantate IV et Cantate VI. En bonus : Premier chœur de la cinquième cantate (n.54), toujours de l'Oratorio de Noël. Génial. Sublime — comme une Hélène Walter.

messie saisonnier

Le dimanche une semaine avant Noël, c'est le Messie annuel ! (Marche aussi à Pâques) Cette année, c'était à la Philharmonie. Malheureusement très de côté. De fait, si l'orchestre du Concert des Nations s'entendait bien grâce aux nouveaux réflecteurs, il n'en était pas de même de toutes les voix. Malgré un rhume aussi envahissant que ma nouvelle soutane-matrix qu'il était de bon ton de tester ce soir-là, une relocalisation s'imposait en duo : de face, au sixième, c'était mieux, mais peut-être aussi parce que le contre-ténor a changé (pour quelqu'un du coeur) — ce dont on ne s'est pas même rendu compte, à vrai dire. Forces en présence : Rachel Redmond, soprano (qui passe bien) ; Hagen Matzeit, contre-ténor (qui passe très mal, mais malade ?) ; Nicholas Mulroy, ténor ; Matthias Winckhler, basse (ok). Et puis Jordi Savall, La Capella Reial de Catalunya, et le fameux percussionniste pour la 2e partie, qui a égalisé sa barbe avec ses cheveux — devenant définitivement Cousin Machin. C'était certainement fort bien, ce Messie de Haendel, mais ni moi ni mon binôme ne sommes réellement rentrés dedans. On a surtout remarqué qu'on était très en retard tout le long, et qu'on a terminé vers 23h40, ce qui est criminel avec les transports parisiens lamentables. De ce côté, aucun miracle...

banlieue corrompue

George Clooney s'allie aux frères Coen — dont il fait depuis longtemps partie de la bande — pour ce "Suburbicon" qui divise quelque peu la critique, et aussi la mienne. C'est que ça manque clairement de rythme, même si voir Matt Damon en connard fini, au milieu des petits blancs des années 1950 qui se targuent d'une hauteur morale qui craquèle devant le racisme, et alors qu'à leur porte sévit le crime ignoble d'une famille qu'on découvre corrompue jusqu'à la moelle. Bref, c'est une allégorie américaine sur la décrépitude morale, une bonne grosse charge avec de l'absurde mais pas tellement d'humour, plutôt bien mené mais à qui il manque quelque chose pour emporter. En deux-tiers de teinte.

elektrisant

Je serais bien resté plus longtemps à Hong Kong, d'autant que j'avais trouvé une chambre à très, très pas cher. Mais voilà, il y avait Elektra à la Philharmonie. Ça ne se rate pas. Donc, retour au petit matin, sommeil réparateur de jetlag, sur pied l'après-midi, replacement au dernier rang le soir. Distribution de luxe : Nina Stemme en Elektra, superbe, et Waltraud Meier en Clytemnestre, sensationnelle ; Gun-Brit Barkmin pour Chrysotémis et Matthias Goerne, dit Dieu, en Oreste ; pour compléter, Norbert Ernst (Egisthe), Bonita Hyman (La première servante), Yaël Raanan Vandoor (La seconde servante/La porteuse de traîne — je crois que c'était elle, aussi, le canon), Valentine Lemercier (La troisième servante), Lauren Michelle (La quatrième servante), Kirsi Tiihonen (La cinquième servante), Amélie Robins (La surveillante/La confidente), Christophe Poncet de Solages (Un jeune serviteur), Ugo Rabec (Le précepteur d'Oreste) et Patrick Ivorra (Un vieux serviteur).

À la baguette, Mikko Franck, inspiré à la tête de son Orchestre Philharmonique de Radio France. Parfois, il se lève et descend de son estrade — il fait donc la même hauteur, mais tel le Yoda de l’orchestration, il déploie alors une énergie folle, avant de retourner se reposer sur son siège. Le livret de Hugo Von Hofmannsthal mis en musique par le génie Richard Strauss est toujours aussi riche. Quelle oeuvre, que cette Elektra ! Ça valait bien les treize heures de vol précipitées !

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