humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 10 février 2019

spidermanimé

Enfin ! Je crois que j’étais à Kuala Lumpur, ou peut-être au Vietnam, quand « Spider-man: new generation » est sorti en Asie, en avance sur la France. La bande-annonce avait l’air fun, mais encore aucune critique sur Allociné. Et puis les deux cinés en Asie étaient pour tester les lits et les fauteuils vibrants. Autant amortir sa carte illimitée de retour. Retour dans le rush. Bref, heureusement que c’était annoncé excellent, car il me semble bien que c’était la 9ème semaine de diffusion.

Et effectivement, excellent c’est. Excellente narration, excellente animation, excellent scénario, et en bonus une spider-girl Gwen alternative (et un spider-cochon…). C’est drôle à souhait, bourré de clins d’oeil (jusqu’après le générique !), intelligent, et surtout extrêmement original, alors qu’on tourne sur un personnage passé et repassé. Vraiment du grand art par un trio de réalisateurs-scénaristes — Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman. Il aurait été bien dommage de rater ça !

mardi 5 février 2019

la révolution du bounty

Omar Sy incarne un acteur célèbre de comédie d’origine africaine de troisième génération — jusque là ça ne doit pas être trop compliqué à interpréter —, qui va (plutôt que retourne, car c’est sa première fois) au Sénégal, la terre-de-ses-ancêtres. Lui est plus curieux qu’autre chose. Yao, jeune garçon intrépide aux portes de l’adolescence, traverse la moitié du pays par ses propres moyens pour rencontrer son idole et lui faire dédicacer son autobiographie à moitié mangée par la chèvre du village, mais qu’il connaît par coeur.

Philippe Godeau a réussi a faire un vrai film sur l’Afrique subsaharienne. Ce n’est pas facile, pour un Européen. J’ai découvert l’Afrique il y a peu. Il paraît qu’on aime ou qu’on déteste. C’est sale, c’est le bordel, c’est du n’importe quoi en permanence, c’est lent, y’a des maladies immondes, les routes sont à moitié finies, certes. C’est corrompu, aussi, et de temps en temps, il y a un génocide ou quelque chose du genre (ils sont quand même très, très racistes, depuis longtemps). Mais étrangement, il y a une sorte d’humanité débridée extraordinaire. Je n’arrive pas à l’expliquer. Il y a des pays où les gens sont généralement d’une gentillesse extraordinaire — le Québec, la Malaisie ou le Vietnam. Mais personnellement, en Côte d’Ivoire, j’ai vu des choses que je n’ai vu nulle part ailleurs. Des comportements où j’ai envie de voir et revoir ces gens, juste par passion et amour — ce qui n’est pas peu dire pour moi, qui suis plutôt misanthrope de base. Malgré tous leurs défauts — et il y en a une liste extraordinaire, il n’y a qu’à voir l’état du machin dans lequel ils vivent…

« Yao » c’est un road movie d’un gars qui est noir, physiquement, mais qui a la culture d’un blanc. Il est pressé et stressé comme un blanc. Il a la culture du résultat et du confort comme un blanc. Il n’a pas cette nonchalance et cette sorte d’hédonisme décomplexé qu’on peut trouver là-bas, où la relation humaine prime (même avec une machette ou une kalash — cf la scène où une femme repousse Yao en le traitant de voyou simplement parce qu’il vient d’un village éloigné, ou celle où dans le marché où un voleur se fait tabasser par la foule). Ce film est l’un des très, très rare à montrer l’Afrique comme elle est, et en plus à travers ce prisme de quelqu’un qui pouvait se croire « physiquement » du lieu mais qui en fait n’y était pas du tout (un entrepreneur noir, une fois, m’a raconté toutes ses nombreuses mésaventure qui l’on mené à la ruine, parce qu’il avait par exemple complètement négligé un gardien du port où il faisait livrer, et que ce dernier lui avait bien fait payer par revanche… Il s’était encore plus fait avoir que s’il avait été blanc : il aurait alors plus fait attention à ces détails !).

Je ne sais pas si la critique peut percevoir tout cela, mais il ne m’étonnerait pas qu’elle passe à côté et s’arrête aux bons sentiments et aux clichés (qui ne le sont pas forcément : la voiture avec « merci maman » sur le coffre, c’est un grand classique ! Et oui, on trouve encore du Vaudou mélangé à du catholicisme un peu partout…). C’est un « bol d’humanité »®.

Bach fleuve

Comme toujours, je préfère les variations Goldberg au clavecin, parce que vieux con inside. Mais avec l’âge, au contraire, et la diffusion dans tous les mangas/films nippons de la version de Gould, je commence presque à y prendre goût. Sans compter la présence de Pierre-Laurent Aimard — que j’ai toujours beaucoup aimé. Mais je ne pense pas que j’avais retenu initialement cette date, et que je l’ai ajouté par opportunité d’accompagnatrice — qui elle-même étant aussi une vieille conne à sa façon ne connaissait point PLA, dont la spécialité est plutôt Messiaen.

PLA a choisi de tout enchaîner, dans un torrent de notes musicales — pendant 1h20. Parfois, il y en a peut-être trop (et vraiment trop pour des oreilles gouldiennes qui ne peuvent pas processer ce débit, digne d’un grand orchestre en terme de richesse). Mais s’il y a un Bach fleuve, autant se laisser porter !

lundi 28 janvier 2019

Assayas abymé

Le dernier Olivier Assayas n’a pas beaucoup emballé la critique, ou pour être plus exact : l’a totalement clivé. C’est qu’avec « Doubles vies », qui prend pour milieu l’édition (un peu la politique en satellite) et se concentre sur quelques personnages CSP+ bobo purs parisiens cultureux, dont l’un est écrivain qui raconte sa propre vie à peine maquillée (Assayas est-il en train de faire de même ?) tandis qu’on glose beaucoup sur les blogs qui glosent (et dont Assayas fait un film qui glose sur ces glosateurs), on est entre le Rohmer-like (indice de présence Pascal Gregory) et le miroir hyper parisien, qui donc ne plaît jamais trop.

Exemple : l’un des thèmes du film est le passage au numérique, et l’on retrouve l’exact clivage parmi les cultureux entre les conservateurs (nombreux) vs les néo-numériques (souvent béats), avec au milieu les quelques rares qui veulent y comprendre quelque chose pour ne pas se faire totalement bouffer. C’est quasi-documentaire. La souris a failli craquer parce que (je cite à peu près) c’est exactement ce qu’elle a entendu en permanence, comme discours. Moralité : c’est tellement bien rendu que ça en devient insupportable. On admire ou on déteste, en somme.

Évidemment, les doubles vies parisiennes parlent aussi de polygamie, parce que s’il y a bien quelque chose du cru, c’est cela. D’ailleurs, ce n’est pas de l’hypocrisie mais de la vie normale de couple, nous dit Juliette Binoche, actrice célèbre, qui suspecte son mari éditeur Guillaume Canet d’avoir une maîtresse (pas encore, mais ça arrive : la belle et numérique Christa Théret — qui n’a jamais froid), tandis qu’en réalité, elle-même vie une aventure secrète avec Vincent Macaigne (qui n’est autre que le fameux auteur auto-biographique édité par le mari), ce dont se doute bien Nora Hamzawi, sa compagne assistante parlementaire, mais sans forcément mettre le bon nom dessus. Perdus dans le narcissisme. L’avant-dernière scène, fort ironique, finit de révéler le regard amoureusement moqueur du cinéaste.

Un film dual, finalement, si ce n’est dialectique.

lundi 21 janvier 2019

amour introvertie

La toute jeune Erika Karata, 21 ans, belle comme le jour, n’a pas dû beaucoup se forcer pour incarner l’introvertie de service qu’est Asako. Ryusuke Hamaguchi, adepte du saucissonnage, qui avait déjà découpé son Senses en 5 épisodes de trois films, nomme donc celui-ci : Asako I&II. On ne sait pas même quand termine la partie I et commence la II, mais c’est peut-être lorsque Asako perd son grand premier amour de jeunesse et rencontre le second, quelques années plus tard, sous exactement les mêmes traits — du bel Masahiro Higashide (qui a donc survécu à l’Invasion de Kurosawa).

Une hyper introvertie dans la tourmente des sentiments, polyamoureuse du même physique malgré elle, tiraillée avec ce passé non soldé qui réapparaît (évidemment), c’est très joli, c’est Nippon, c’est à voir.

cas sociales

« Les invisibles » est un film qui fait dans le social. Mais Louis-Julien Petit est vraiment très fort. Parce que la tentation est grande, dans ce genre de cas, de soit donner dans le pathos, soit dans le militantisme humaniste — et d’ailleurs, si le film a été applaudi, je pense que c’est essentiellement… par les militantistes bobos ! Au contraire, avec sa petite équipe de comédienne professionnelles (Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky) et ses amatrices venues de la rue interprétant quasi-autobiographiquement, il montre toute la complexité des « exclues », non sans humour, ce qui là aussi n’était pas forcément aisé.

Car ce sont bien des « cas sociaux » qu’on est amené à voir. Elles ont connu des « accidents de la vie », comme on dit, mais on sent qu’elles n’ont pas inventé le fil à couper le beurre, qu’elles ont un vrai problème de vie en société, et notamment de relation rationnelle à autrui — ça part très rapidement en violence verbale ou physique, ça rechigne à tout, il faut sans cesse leur courir après et les suivre comme des enfants et non des adultes responsables. Certes il y a de l’espoir, mais quelle bataille insensée, pour un maigre taux de réussite… Le film arrive à ne pas verser dans le manichéisme mais à montrer une vérité crue — à tel point que cela peut de nouveau faire surgir les questions de la pertinence documentaire qui reste une fiction. On y montre tout, même le désespoir ressenti par les travailleuses sociales, plus à cause de leurs protégées que contre l’administration elle-même (qui après tout propose des choses fort sérieuse, mais ne sait pas correctement les promouvoir, avec la violence étatique classique).

Il n’en reste pas moins quelques personnages formidables pour le bol-d’humanité du bobo vivant dans 10k€/m2. Un film fort bien joué.

dimanche 13 janvier 2019

871ème semaine

Un coup à Angoulême, un coup à Limoges, c’est reparti pour la tournée des villages de France, et ce sera pour les six prochains mois ! Après « ma vie dans les avions », ne ratez pas « ma vie dans les trains ». Je préfère l’avion, tout de même…

romance domestique

Ces temps-ci, au cinéma, c’est une série de premiers films « réalisés et écrits par ». Série de films de couples, aussi ! « Sir » (devenu logiquement « Monsieur » en France, ce qui est un mauvais calcul car un autre film au même titre est sorti simultanément !) est donc une première de Rohena Gera, Parisienne, sur une production essentiellement française — ce qui a son importance, car le film est en soi fort critique sur l’organisation sociale indienne, où se déroule exclusivement et avec des acteurs du cru, et plus spécifiquement de la condition des femmes des basses castes (celles de la gentry étant au contraire montrées tout à fait libérées — et même parfois odieuses envers leur propre sexe, du moment qu’il s’agit d’une classe inférieure —, sans compter la figure maternelle qui aurait pu être juive ou italienne sans soucis).

Pour le couple, nous avons le charmant Vivek Gomber, fraichement laissé à l’autel le jour de son mariage, héritier et entrepreneur (immobilier) ; à l’autre bout du spectre social, la captivante Tilotama Shome est l’effacée soubrette d’appartement en sari, toute en retenue, qui hoche la tête à l’Indienne de telle manière qu’il ne fait pas trop de doute sur ce qu’il va arriver… (Qui peut résister à cela, je vous le demande ?) Elle appelle tout le temps son patron « Sir », même quand il finit par lui demander de ne plus le faire (comme mon propre employé ivoirien, avec qui je chattait juste avant le film !).

Il y a toujours un bonus exotique à ces films pourtant cousus de fil blanc ; il n’empêche que notre Pretty woman indienne revisitée par les couleurs, la délicatesse et la sensibilité revendiquées d’un Wong Kar Wai, attaque un sujet bien épineux. Peut-être que chez les riches on peut coucher à gauche à droite (ce qui est une très bonne chose : QUELLES BEAUTÉS !) ou encore se tirer le jour de son mariage sans conséquence (et même offrir des bracelets à une veuve, dingue !), mais dans les villages, la femme est moins bien traitée que la vache, le singe ou le paillasson. Autant dire qu’on marche quand même sur des oeufs, et que la production est internationale mais clairement pas indienne. Ce qui est particulièrement intéressant et fort bien rendu, c’est donc l’imprégnation d’une organisation qui s’est cristallisée d’une manière absconse et abjecte, mais tellement bien intériorisée, que même les premières victimes se retrouvent consentantes et même supportent grandement l’injustice et la perpétue entre eux. Le pire de ce que peut faire l’animal social, c’est en Inde qu’on le trouvera — et c’est plus d’un milliard d’humains, tout de même…

La trame de l’histoire est donc peut-être simple, voire simpliste, mais le travail est ailleurs : il est à l’intérieur des personnages eux-mêmes, tiraillés par leur envie de vivre libérés et leur devoir d’être nés d’une certaine manière (et même pour les riches, reconnaît-on, ce n’est pas si simple : d’ailleurs, lui aussi est tenu, contrit, sentimentalement torturé, malgré son grand confort matériel) ; mais aussi entre un monde moderne (symbolisé par la ville en expansion verticale), éduqué, et un monde ancien, traditionnel (le village), s’ignorant et s’exploitant, ne sachant pas trop comment se positionner dans un monde en évolution. Le bordel indien, à travers une romance qui infuse très lentement. Très bon.

pire épreuve

Je ne sais pas d’où sort Patrick Cassir (Allociné non plus, apparemment pub et clips), ni vraiment son couple d’acteurs qui pour le coup ont l’air plus connu : Camille Chamoux (qui co-signe le scénario) et Jonathan Cohen. En route pour leurs « Premières vacances » tout juste après s’être rencontrés sur Tinder. En mode BD à l’écran, miroir des trentenaires/quadras attardés contemporains.

Elle est ENFP à fond, du genre tripotée d’amants, esprit qui fuse, amour du roots et des rencontres bizarres — bref, pourquoi je ne suis jamais parti en vacances avec mon ex (outre que les circonstances et la temporalité auraient de toute façon rendu la chose difficilement envisageable, mais clairement, c’était une incompatibilité entre nous qui me semblait dès le début difficilement surmontable). Lui est très, TRÈS J, et probablement introverti, et certainement pas F — mais son profil psychologique de commercial est un peu plus fouilli, il y a moins de maîtrise, probablement un agrégat de plusieurs personnes existantes. Toujours est-il que c’est une comédie romantique à contre-sens, dans la vague moderne (un peu dans la lignée de Sex friends, par exemple).

Forcément, la critique (assez psychorigide, sinon ce ne seraient pas des critiques payés pour critiquer) aime assez peu ; le public en revanche, plus psychologiquement divers, sait plus décompresser et capter le nième degré (et se sera déjà probablement reconnu dès la bande-annonce, assez explicite et dans le genre best of, avec l’une des meilleures répliques sur « tétanos beach »). C’est bien trouvé, certes parfois dans la facilité (et le cliché) assumés (on va avoir un problème diplomatique avec la Bulgarie…), et on passe un bien bon moment, ce qui est déjà pas si mal ! (Mais si vous êtes J, et surtout FJ, surtout n’y allez pas, vous allez souffrir pour rien…)

lundi 7 janvier 2019

Carey into the wild

Wildlife (inutilement sous-titré « une saison ardente » en VF) est le premier film de Paul Dano, qu’on a plutôt l’habitude de voir dans des seconds rôles deux ou trois fois par an. Il a recruté Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal pour former un couple des années 60, et qui a donc un ado (Ed Oxenbould) alors qu’ils tapent dans la trentaine et l’ennui de la middle class naissante (même si Monsieur n’est pas bien qualifié, Madame peut se permettre de ne pas travailler), en plein milieu de nulle part des USA. Bref, un couple qui ne va pas si bien que ça en a l’air. Carey va-t-elle devenir une desperate housewife ou connaître l’épanouissement ?

Un film sensible, 1h45, bien mené, et entre nous : peut-on épouser Carey, à la fin ? C’est insoutenable (en 10 ans, j’ai vu quasiment tous les films où elle a joué, d’ailleurs).

- page 1 de 288