humani nil a me alienum puto

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mardi 23 août 2016

trekking sans limite

Dès que l’on aperçoit que les fonds trouvés par JJ Abrams l’ont été auprès (notamment, mais probablement principalement) d’Alibaba, on se dit qu’un tournant a été pris. Troisième épisode post-reboot, le deuxième étant une reprise maligne d’un des films originaux, la passation de caméra à Justin Lin, méconnu pour des films-à-spectacle, marque une certaine vitesse de croisière comme un méta-épisode de la série. On est dans l’espace, on explore, on tombe sur un truc bizarre qui fout dans la merde. Idris Elba incarne l’extra-terrestre va-t-en guerre qui se nourrit de la puissance organique de ses ennemis et qu’on va devoir combattre grâce au génie de l’ingénieur (Simon Pegg de retour dans son rôle), le courage grunge du chef (Chris Pine en Kirk, toujours) et la rationalité éprouvée de Spock (Zachary Quinto). Ça fait penser à du Stargate Atlantis, entre le méchant et l’esprit ultra-haute-techno vs débrouille (ce qui est aussi l’esprit Star Trek original, après tout).

Finalement l’intrigue se déroule bien, avec le coup de théâtre-inattendu-de-rigueur. La psycho est fouillée juste ce qu’il faut (les doutes des uns et des autres, la dérive de la solitude, les rapports amoureux un peu complexes, etc.). Et puis dans la tradition de progressisme, on découvre rapidement et furtivement un couple gay (Hikara Sulu, qui arrive 3e dans la chaîne de commandement) avec un petite fille, et il y a toujours des personnages féminins forts, entre Uhura (Zoe Saldana, hyper-magnifique-à-tomber) et le nouveau personnage de Jaylah (Sofia Boutella), avec trois tonnes de maquillage qui la rend fascinante de beauté entre deux coups de pied retournés.

Le film est dédié à Leonard Nimoy, Spock historique récemment décédé, mais aussi à Anton (Yelchin), qui a eu le malheur de passer devant sa jeep il y a deux mois (cumulant deux erreurs : avoir une jeep en espace urbain, et faire confiance à un système automatisé qui met le frein à main quand on est au point mort). Au final, Justin Lin s’en sort bien, avec du très classique de fort bonne facture et quelque chose qui tient la route. Il fera partie de ces épisodes de la saga qui font passer un fort bon moment, quoique rapidement oubliable.

mardi 16 août 2016

trahissez-vous les uns les autres

On suspecte un manque d’idées nouvelles pour le nième titre de la série des Bourne : “Jason Bourne”, tout simplement — marquant aussi le merging franco-VO des “mémoire” quelque-chose qui étaient des inventions VF. Faut-il déjà oublier l’espèce d’épisode hors-série juste avant, le quatrième, que j’ai aussi séché ? En tout cas, on nous promettait un retour de Paul Greengrass avec l’irremplaçable (on en est sûr à présent) Matt Damon. Las, il n’y avait pas forcément que le titre qui arrive à épuisement.

Mais d’abord, soyons choqués. Choqués par le grand n’importe quoi de l’informatique magique. Scénariste totalement fucked up en roue libre. Ça a commencé par le “piratage par SQL” (WTF) en Islande, avec sur le bureau un magnifique Atari ST (apparemment il y avait aussi un Amiga, la séquence est hyper courte, on se demande si c’est un easter egg, très peu d’infos sur le net, mais s’il y avait un geek dans la salle, pourquoi n’a-t-il pas empêché le reste du naufrage ?). Passons sur le hacking visuel (il y a une UI pour tout, dans la vie… Avec des labels “top secret” et des noms de répertoire correspondant aux missions — dire qu’il avait fallu un épisode entier rien que pour ça !), qui d’ailleurs ne peut se faire que depuis l’Islande (BUT WHY?), ou encore sur la clé USB sans buffer, qui ne se corrompt pas lorsque la salle d’informatique sans onduleur (hein ??) voit son courant soudainement coupé à distance (la CIA sait faire de l’effacement, l’Islande est pionnière du smart city), malgré un chiffrage magique à la volée (allez savoir…) qui nécessitera pourtant d’aller à Berlin pour le déchiffrement.

À Berlin, c’est justement le festival : l’injection du “malware” dans les fichiers enregistrés (et chiffrés), va se déclencher ensuite tout seul (le mec a une sécurité daubesque, ou un Windows, ce qui revient au même, pour un hackeur ça craint), qui renvoie l’IP (parce que le portable était connecté à Internet, bloody hell??), mais qui va voir ses données effacées à distance (en un instant, la flash la plus rapide de l’univers) à travers un téléphone portable “proche” détecté dans la pièce (??) en passant 3 firewalls (dont on sait à l’avance qu’ils sont trois, va savoir sur quel port, de toute façon ça a déjà émis vers l’extérieur ; et évidemment avec une barre de progression pour ça…).

À ce niveau de nawak, on n’est plus surpris de voir un beau tapage de commandes en root (ou alors quelqu’un a merdé sur le prompt du shell), au moment de débloquer en temps réel (depuis un avion) le passeport de Jason qui passait la frontière (le tout étant loggué). Ni les fameux satellites à redéployer à la volée, qui n’a été noté par aucun bêtisier, contrairement à l’exaspérant “enhance” d’images à l’infini (toujours plus de pixels pour toi, baby), alors que quelque part, c’est beaucoup plus infaisable techniquement (on ne sait jamais, c’était peut-être une caméra avec une résolution de fou, qu’il y avait en Grèce, et donc l’affichage de base faisait baisser la résolution…).

D’ailleurs, il y a un usage de dingue des caméras, à distance. Alors, petite précision : dans “CCTV”, le “CC” tient pour “Closed Circuit”, donc inaccessible depuis l’extérieur. La France a ainsi le record (de loin) des caméras accessibles par le gouvernement (même si le film suggère que les USA peuvent accéder à n’importe quelle caméra dans le monde) alors que les Anglais en ont plus : mais pour y accéder, il faut une décision de justice et saisir les enregistrements (s’ils existent encore), parce que le flux n’est pas connecté. Et même en France où c’est connecté et où il y a une obligation de garder en mémoire les images, la quantité de données est tellement énormissime (de l’ordre du millier de To par jour, de mémoire, j’avais noté ça sur Twitter — oups, la NSA aurait-elle une sauvegarde, parce que Twitter et retrouver ses propres archives, c’est quasi-impossible), qu’en réalité ce n’est pas tellement respecté. Alors faire de la reconnaissance faciale sur les aéroports d’Islande sur une semaine, peut-être dans quelques dizaines d’années, mais là tout de suite, on oublie.

J’ai bien compris l’intention louable de Greengrass, cependant. À l’heure où tout le monde sait enfin avec certitude que la NSA fait des copies de tous les mails qui peuvent passer sur les câbles qu’ils écoutent en permanence (mais la quantité de données est plus facilement stockable et exploitable !), il convient de sensibiliser sur le pouvoir exorbitant de ces agences de renseignement Big Brother. Mais il tombe un peu à côté. Quand on suit les aventures parallèles du CEO (qui devrait être CTO suivant la tradition selon laquelle un gros investisseur ricain ne laisse jamais le fondateur jeunot aux commandes) d’une boîte nommé Deep dream, aux 1,5 milliards d’utilisateurs, qu’on devine être Facebook, on sent qu’il veut évidemment parler du petit problème de la NSA qui investit via son fonds dans Google et Facebook et en a fait ce qu’ils sont. Mais comme il ne le dit pas vraiment explicitement, à moins d’être renseigné, on peut tout à fait passer à côté (et si on est renseigné, on le savait déjà… Le danger est réel parce que ces entreprises sont contrôlés justement par la Stasi locale, avec une vision automatisée sur le monde entier).

Mais le film avec sa vieille sauce marche pourtant bien. Caméra à l’épaule, courses poursuites (la première en voiture pourrie étant plus tradi que la dernière totalement sur-réelle dans la surenchère), surveillance généralisée et complot (un peu grotesque cette fois, le dirlo de la CIA, Tommy Lee Jones, étant directement impliqué et acteur…), les tueurs pas gentil des censément gentils (mais cette fois-ci, qu’un seul, Vincent Cassel, qui a la tête du rôle), qui provoque un très haut taux de mortalité chez les siens (spécialité US, dira-t-on, mais ça devient un poil grossier), et évidemment de l’international (Grèce ou autre, sans grand intérêt niveau scénario, si ce n’est montrer des manifs anti-grand capital peut-être ; et Las Vegas est loin du charme de Paris…). Tous les ingrédients y sont, mais c’est moins bon. Réchauffé.

Et puis don’t fuck with the brunette (Alicia Vikander, délectable), trop jeune pour être crédible dans le poste, aux motifs mystérieux, à la psychologie pas si claire (ou alors elle est un peu limitée, ce qui est contradictoire), bref on espère que ce sera plus fouillé la prochaine fois. Au final, c’est bon mais décevant : Greengrass reste meilleur réalisateur que co-scénariste, et sans la trame de Robert Ludlum, c’est quand même bien moins bon…

mardi 9 août 2016

744ème semaine

Baden-Baden était la destination finale, et Karlsruhe l’intermédiaire. On s’est dit que la prochaine fois, on essaierait bien d’inverser. Baden-Baden est surtout utile pour ses bains, ses paysages vallonnés, mais ça reste un parc à touristes, âgés de surcroit. Si l’on exclue les hordes de familles arabes (fort bruyantes la nuit à l’hôtel), nous faisions avec la souris drastiquement chuter la moyenne d’âge. Et nous marchions sans aucune aide particulière — vendeur de déambulateur, c’est l’avenir.

On se sent rapidement comme à la maison, à Baden-Baden, parce qu’il n’y a que de la boutique de luxe, depuis les veste de costumes à 800€ jusqu’à la montre à 10.000 (sans compter les Bovet non étiquetées — normalement autour de 60K), en passant par les souliers à 1500 (il y a un peu de marge, n’est-ce pas, mais une fois en solde, ça devient pas cher, et voilà comment on repart avec une paire de Lobb collector…).

Pour manger, c’est un peu plus difficile, car hors de la Wurst, en Allemagne, point de salut. Le café König est rapidement devenu un point incontournable, malgré une chantilly des plus atroces. Le soir, supérette et picnic sur le balcon, en face des forêts pentues, non loin de la tombe de Boulez (qu’on aura cherché partout, mais c’est l’entraînement pour la chouette d’or). Au très loin, le vieux château et sa vue formidable, que personne n’atteint à pied mis à part deux fous (munis d’une carte particulièrement inutile, et suivant des chemins extrêmement mal indiqués — vive le GPS), et que les vieux ne font que regarder de loin (autant dire qu’on n’est pas trop embêté, on peut y vaquer à diverses occupations sans dérangement).

Tout proche, la Lichtentaler Allee à gauche, charmant chemin aménagé (tout est aménagé, toujours) comme un très long parc jusqu’à la ville, et à droite, la Lichtentaler Straße qui est l’axe routier principal desservant toute la ville. Choix éclairé d’hôtel, quoiqu’à l’opposé de la ville dans le sens pour se rendre à la gare, inatteignable sans bus (mais la plupart des pensionnaires ont une voiture à cinq ou six chiffres, et s’ils ne descendent pas dans un hôtel de luxe, ils ont une résidence secondaire à un prix du mètre carré de luxe digne de la banlieue parisienne pourrie — donc du niveau du centre-ville chic de Berlin).

Mais finalement, Karlsruhe, avec son grand parc rond autour du Schloß, et sa forêt plate derrière, sa vie des rues plutôt jeune et son calme naturel, son zoo géant avec petits bateaux motorisés, ses flamands et ses glaces, Karlsruhe nous a bien séduit. On y retournera, en ICE ou en TGV. Quand on rentre de nouveau gare de l’Est prendre la ligne 5, le choc est abasourdissant.

Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

Voici un musée qui souffle le chaud et le froid : les salles sont très étrangement climatisé, et si l’architecture est très agréable, le climat l’est beaucoup moins. La muséographie est aussi fort étrange, avec ses salles planquées. Alors qu’on est essentiellement sur un seul niveau, on peut passer à côté du tiers du musée en salles aux portes quasi-dérobées, numérotées bizarrement, et c’est ainsi qu’au deuxième passage j’ai découvert quelques Poussin (sous une grande verrière, où il n’y avait personne — il n’y avait déjà pas grand monde dans le reste du musée), et au troisième passage les impressionnistes.

Les collections sont fort belles, avec les vieux christ du XVème-XVIème (dont un Dürer au Christ déprimé), des chefs d’oeuvres de temps à autre, des découvertes surprenantes comme ce Joos van Craesbeeck, Versuchung des heiligen Antonius, digne d’un Jérôme Bosch.

On finit par découvrir les dernières salles planquées au sous-sol, derrière les lockers. Tellement cachées d’ailleurs qu’en premier lieu, on était sorti, pour faire un tour à l’Orangerie — dont l’entrée même n’est pas si évidente que cela. L’Orangerie, c’est du contemporain, il y a donc à boire et à manger — évidemment, la majorité des croutes présentées sont affreuses. On y trouve un peu son bonheur tout de même, dans un très beau bâtiment aussi (beaucoup plus simplement aménagé).

Voilà un musée qui mériterait d’être plus mis en valeur, et avec son entrée payante, pour finalement quelques très rares visiteurs (à vue de nez, en deux heures, on a dû en compter une dizaine grand maximum), alors que les pars avoisinants étaient assez remplis de monde, un mercredi, il vaudrait mieux rendre gratuit et profiter des quelques dons. Il n’y a apparemment qu’à Londres qu’on ait compris cela — l’organisation allemande offre tout de même des abonnements nationaux fort intéressants, qu’on est infichus de mettre en place à Paris.

vendredi 22 juillet 2016

Kieslowski 9-10

Dernière session de décalogue, au MK2 Odéon décidément largement plus confortable que le Beaubourg. Épisodes 9 et 10. “Tu ne convoiteras pas la femme d’autrui” renoue avec le triangle, mais est-ce bien la seconde fois que l’on aborde l’adultère (le deuxième épisode n’était pas si clair, ça pouvait être un triangle consentant). Adultère pas vraiment immoral : le mari, devenu totalement impuissant, a bien autorisé sa femme. Mais il s’enferme dans une souffrance de jalousie qui le fait basculer. Un couple aimant dans la tourmente.

“Tu ne convoiteras pas les biens d’autrui” clôt le cycle d’une manière tout à fait originale, tordant le cou à tous les fantasmes si occidentaux de voir une trame cyclo-thématique ou je ne sais quoi. Tandis que l’épisode 9 reprenait beaucoup les trois notes au piano du générique (lui rajoutant même de la voix, et un compositeur — au nom flamand inconnu, qui cacherait plutôt l’excellent Zbigniew Preisner qui a tout réalisé), le dernier film donne dans le hard rock aux propos blasphématoires et immoraux, jusqu’au générique final. Deux frères héritent de leur père qui s’était enfermé (littéralement) dans sa lubie : la collection de timbre. En archéologue, ils découvrent tous les trésors amassés au détriment de la vie familiale de ce père qu’ils ont détesté et qu’ils ne voyaient plus. Ils comptaient tout bazarder, et du coup se ravisent, et tombent par sentimentalisme — qui aura le mérite de les rapprocher — dans le même cycle maudit. Une histoire timbrée, une comédie dramatique, une fable douce-amère.

Kieslowski rentre dans mon panthéon cinématographique par la grande porte. Au-delà de l’excellence et de l’intelligence. Du très grand art.

Kieslowski 7-8

Après une semaine de pause, retour au Décalogue de Kieslowski. Le 7ème film — “Tu ne voleras pas” —, est encore une très large interprétation puisqu’il parle de la relation mère-fille, traitée sur deux étages. Une histoire encore complexe, de ces drames ordinaires que ne renierait pas un Almodovar. On suit une jeune fille qu’on qualifierait de nos jours de border-line, et avec ses airs de Sissy Spacek — peau très pâle, blond vénitien, grande bouche pulpeuse qui tranche, de ces beautés fascinantes qui frôlent la laideur —, on se dit qu’il doit y avoir une veine. “Peut-on voler ce qui vous appartient déjà ?”, se demande cette mère spoilée et en manque d’amour… Tout cela ne peut pas bien terminer, les intrications du passé ne jouent pas en faveur de ceux qui souhaitent s’en extirper trop tard. Les acteurs sont formidables (il ne faut pas sous-estimer la Pologne !) et on découvre aussi une petite fille adorable qui vaut bien tous les enfants-stars d’Hollywood. J’ai noté la première erreur de réalisation de tout le cycle (un champ/contre-champ avec la gamine, mains sur un manège).

“Tu ne mentiras pas”, épisode 8 du Décalogue, est ouvertement un traitement éthique. En échange, le scénario est plutôt cousu de fil blanc, avec une rencontre invraisemblable. On remarque une référence, lors d’un cours d’éthique mené par l’héroïne âgée, à l’histoire du deuxième épisode du décalogue (comme quoi, c’était quand même mieux de les voir dans l’ordre). Et puis voilà une histoire de petite fille juive, sacrifiée durant la guerre car il ne faut point mentir. Mais est-ce si simple ? Quarante-cinq ans après, la vérité se fait savoir. Ce n’est pas la première fois, il me semble, que Kieslowski aborde le thème de la construction de l’individu sur une incertitude, qui trouve un dénouement finalement plus ordinaire que ce qui était fantasmé. Et quelque part, ça aussi, c’est une fine observation du genre humain…

Avec leurs non-dits, les Polonais de peu de mots semblent des éprouvettes idéales pour les expérimentations d’un réalisateur-scénariste particulièrement observant. Les fables morales se succèdent, toujours difficiles, un peu glauques, comme pour renverser les refoulements sociaux du banal inavouable.

gros pois technicolor et petits carrés N&B

C’était la dernière, et il y avait @odette9. Alors j’ai claqué 30€ — bordel de tarifs, mais bon, on est éduqués par le théâtre de la ville et Chaillot ; et puis Bastille est malin, normalement les tarifs sont quatre fois pires, mais bizarrement c’était vide, alors on nous a fait cette faveur budgétaire…

Vingt-cinq minutes de Justin Peck pour commencer. De mémoire, jamais vu. De mémoire, déjà vu. Comme dit la miss : c’est du Robbins ! (En moins bien) Comme elle n’aime pas Robbins, elle n’a pas aimé. Comme j’aime beaucoup Robbins, j’ai bien aimé. Mais il vrai qu’on retiendra surtout, avec le temps qui passe, les gros points colorés devant les têtes des danseurs — avant qu’ils ne se démasquent —, la couleur changeante du décor abstrait de derrière, et les jolis costumes peut-être.

L’affaire reposait sur Sae Eun Park, qui reste très coréenne, et même asiatique. Ce sont des gens de peu d’expression, ou plutôt d’une autre expression. De manière fort amusante, @Alliocha, catholique au haut sens moral, l’a trouvé bouleversante ; tandis que mes amies, souris en tête, la trouvent mono-expressive. On ne peut pas plaire — et surtout parler — à tout le monde. En tout cas on lui reconnaît de très jolies jambes, et une joie naturelle introvertie à la sortie des artistes (moi je l’aime beaucoup. Mais peut-être moins sur scène, en effet). Très jolie musique de Francis Poulenc, concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur (1932).

Seconde partie : Balanchine. Celui qui fait beaucoup parler de lui à cause des costumes de Lagerfeld, que j’ai trouvé très bien — à part le moment meringue rose, qui a le mérite de mettre tout le monde d’accord dans la détestation, et qui s’est vu qualifié de barbie, kitsch immonde, et de couleur PQ par moi-même. En réalité, ce qui jurait le plus, c’était le décor vieillot de derrière, une image poussiéreuse de vieux bâtiment à coupole, inintéressant au possible. Il aurait fallu aller dans le total-trip-Buren, à la rigueur, ou mettre une abstraction, ça aurait fini de dépoussiérer les ensemble balanchinien, que j’ai trouvé en tout cas plus intéressant que d’habitude — sans être exaltant, évidemment. Agréable quatuor pour piano n°1 de Brahms orchestré par Schoenberg. Et puis il y avait Alice Renavand. Comme elle n’a pas allumé de cigarette à la sortie des artistes, elle a peut-être corrigé le seul défaut qui lui restait : on peut donc l’épouser les yeux fermés (mais ouverts).

lundi 18 juillet 2016

triple-Bill

Cela faisait longtemps, vraiment longtemps, que je n’étais point retourné à Garnier pour de la danse. Au premier essai, ce fut la déception — sans compter l’ouvreuse très désagréable. Au second essai, il fut en revanche fort facile de trouver une place de dernière minute au parterre (elle a pris 10€ en quelques années, bel exploit d’inflation parisienne). Les voies de l’Opéra de Paris sont impénétrables. Soirée triple-Bill : trois William Forsythe.

Il y avait aussi Laurent, à cette représentation. Et évidemment, la souris avec moi (je précise avoir eu l’idée du titre du billet indépendamment. Mais est-ce étonnant ?). La première pièce,”Of any if and”, faisait figurer Léonore Baulac avec Adrien Couvez. Je ne fais jamais assez de déclaration d’amour à Léonore — qui en plus d’être belle, douée, munie d’un grand sens artistique et d’une vraie présence scénique, possède un grand esprit ; c’est mon palliatif à la disparition de Mathilde. Lors de cette pièce de 20 minutes, des mots tombent aléatoirement (?) des cintres (on est content d’être au parterre, à l’amphi ça doit être gênant) alors que deux personnes déclament au fond, sur la musique techno de l’habituel Thom Willems. C’était très beau — très belle.

Seconde oeuvre, “Approximate sonata” : cette fois-ci, bien plus de danseurs, et notamment la superbissime Hannah O’Neill, qu’on mangerait bien. La puissance de la génétique. Comme c’est la seule non-étoile féminine du truc, elle a droit à un pantalon vert fluo immonde, qui masque ses cuisses — alors que c’est plutôt celles de la pourtant magnifique Alice Renavand (dont on ne dira jamais assez de bien, alors ça va) qui était, d’aussi près de la scène, moins yummy. D’ailleurs, Alice, comme d’hab, elle a tout compris. Elle a ça dans le sang, la danse contemporaine qui envoie. Elle est arrivée en premier avec Adrien Couvez (infatigable ! Quel heureux homme), sur le tout devant de la scène qui enjambait l’orchestre couvert. Marie-Agnès Gillot était avec Audric Bézard, Eleonora Abbagnato avec Alessio Carbone, et enfin Fabien Révillion pouvait batifoler avec Hannah, pour une oeuvre qui était apparemment devenue moins approximative qu’avant cette nouvelle version.

La troisième partie, après le second entracte, était la création de la soirée, pour l’opéra de Paris, parce que Forsythe a été ramené par Benjamin Millepied — et donc il s’est déjà tiré avec ce dernier aussi… “Blake Works I”, sur une musique de James Blake. Changement total d’ambiance : ça swingue, sur une musique entraînante dont seul Laurent a dû écouter les paroles (forcément hyper niaises). On balance des hanches, on retrouve beaucoup de monde sur scène, essentiellement Ludmilla Pagliero, Hugo Marchand et Fanny Gorse, et même Léonore avec son François Alu, qui était cette fois-ci celui se détachant du groupe (on retrouve souvent, dans les chorégraphies contemporaines, ce motif : tout le monde habillé pareil sauf un, tout le monde répétant les mêmes mouvements sauf un…), en jogging-baskets. Fort plaisant !

Kieslowski 5-6

L’épisode cinq du Décalogue, “Tu ne tueras point”, va plus loin dans le glauque moral. Forcément, pour illustrer il nous fallait soit un meurtre qui ne devait pas s’accomplir — référence à Abraham et son fils —, soit un meurtre où l’on serait poussé (une vengeance assez moralement justifiable par exemple) mais auquel on résiste, soit un meurtre crapuleux. La dernière option est celle choisie par Kieslowski, et nous suivons pas à pas un jeune homme un peu voyou jusqu’au meurtre assez épouvantable d’un autre homme pourtant très antipathique. En parallèle, on suit aussi un autre jeune homme, qui devient avocat. On ne sait pas ce que pense réellement le premier, mais on sait ce que ressent exactement son futur avocat. La rencontre deux deux est le génie de cet épisode, où survient le second drame qui s’est patiemment noué, le meurtre d’État, institué. Extrêmement fort.

Le sixième film suit aussi un jeune homme, qui espionne sa voisine. “Tu ne seras pas luxurieux”. Voisine très libidineuse au demeurant — une belle longue Polonaise blonde, bref, une princesse-salope. D’un côté le niais, petit chérubin naïf, dont la frustration amoureuse mène à une forme de perversité de jeunesse, de l’autre la froide femme chaude d’expérience. Il l’observe et se rapproche jusqu’à ce qu’il ose réellement passer le cap de la rencontre, dans une témérité désespérée (après une scène à la Poste nous rappelant qu’il existe pire que les entreprises étatiques françaises : celles purement communistes). La relation étrange de ces deux-là démasque les faiblesses inavouées. La fin est aussi banalement cruelle que juste. Kieslowski est un aussi bon observateur de la nature humaine que Rohmer, mais le drame ordinaire sonne encore plus juste.

Encore deux superbes films.

lundi 11 juillet 2016

Philiiiiiiiippe à Venise

D’abord, c’est Philippe Jaroussky qui a déclaré forfait — méchante bronchite. Alors le récital a été décalé d’une bonne semaine, et passé d’un samedi à un lundi. Et c’est Hinata-chan qui a dernier moment a déclaré forfait. Rater volontairement le pèlerinage annuel au TCE. Hérétisme !

Le tout Paris et le tout ninja était pourtant au rendez-vous pour un programme vénitien affichant de la rareté ancienne — avec tambour, donc. Ensemble Artaserse pour des musiciens en majorité jeunes et enthousiastes.

Cesti - Sinfonia et air « festeggia mio core »  extrait de Le disgrazie d’amore

Cavalli - Recitatif  et aria d’Endimione  « lucidissima face » extraits de La Calisto

Rossi - Lamento d’Orfeo « lasciate averno» extait de L’Orfeo

Meali - Sonate pour violino « la cesta » 

Cavalli - Aria di  «all’armi mio core»  extrait de Statira, principessa di Persia

Marco Uccellini - Sinfonia quinta a cinque stromenti 

Legrenzi - Grande scène de Giustino: « O del ciel ingiusta legge! » extrait de Giustino

Marini - Passacaille

Rossi - Air « M’uccidete begl’occhi » 

Steffani - Air « Sorge Anteo »  extrait d’Alarico

Uccellini -  Sinfonia sesta a cinque stromenti op. 7 

Monteverdi - « Adagiati, Poppea » (Incoronazione di Poppea)

Cavalli - Airs « Delizie contente » extrait de Giasone  et  « Che città» extrait de Ormindo

Steffani - Marco Aurelio, ouverture - Récitatif et air d’Anfione « dal mio petto», extrait de Niobe - Regina di Tebe

Legrenzi - Sonata a due « La Spilimberga »

Cesti - Lamento de Polemone  « Berenice » extrait de Il Tito

Steffani - Aria ciaccona « Gelosia, lasciami in pace » extrait de Alarico

Originalité et excellence au rendez-vous. C’est rythmé, c’est emballant, le public assez nombreux — on pouvait se replacer, mais pas si facilement que ça non plus (j’ai dû fuir un chinois renifleur, ça faisait longtemps…) — en a redemandé.

Alors Philippe nous parla, nous fit un peu rire, et annonça le-plus-grand-génie-du-baroque, Monteverdi, avant d’entamer un très beau “Si dolce”. Alors le public applaudit de plus belle, et il annonça un autre Monteverdi, cette fois de l’Orfeo, “pas pour contre-ténor mais je m’en fiche !”. Public forcément emballé, on termina avec un rappel de la chaconne finale. Belle soirée.

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