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lundi 21 juillet 2014

où est donc Vivian Maier ?

"À la recherche de Vivian Maier" ("Finding Vivian Maier") a été porté à ma connaissance par Hinata-chan, et puis j'ai oublié ; jusqu'à ce que la souris me le propose comme soirée ciné. 1h24, dont il ne fallait pas plus, mais qui ont leur mérite certain. C'est l'histoire de John Maloof, un chineur éclairé, qui tombe sur un carton de pellicules de Chicago, un jour, lors d'une vente aux enchères. Et c'est apparemment le gros lot : les clichés sont excellents, même s'il met un bout de temps pour s'en rendre compte. C'est lui qui filme et qui raconte, comment il est parti à la recherche de la photographe, Vivian Maier, après avoir collecté dans les 100.000 négatifs non développés. Il découvre rapidement... qu'elle est décédée. On a peu de repères temporels, le long de ce documentaire romanesque, mais toujours est-il qu'elle a en fait vécu 83 ans, jusqu'en 2009. La recherche sur le mystère Vivian Maier commence...

En parallèle des excellents clichés de rue, pris d'en dessous avec un vieux Rolleiflex qu'elle avait tout le temps au cou, nous est conté l'histoire d'une femme très mystérieuse et fermée, entretenant un accent français assez artificiel, ne parlant jamais d'elle, sans attache autre que les quelques gamins qu'elle a élevé au début de sa carrière de gouvernante — les autres ayant un avis plus mitigé, si ce n'est traumatisé, car il est à peu près clair que l'absence totale de vie sexuelle l'a rendu acariâtre et paranoïaque, passé la quarantaine. Cataloguée étrange, puis "très étrange", promenant "sa vie" dans des cartons, c'est-à-dire tous les clichés qu'elle a pu prendre, dont une partie durant son tour du monde, mais qu'elle a très fort peu fait développer, faute de finance, les témoignages s'enchaînent et parfois se contredisent totalement, ce que le montage nous montre avec malice. Toute la complexité d'un personnage atypique, dont l'oeil acéré voyait à travers les autres, mais qui l'empêchait de se voir elle-même, est ainsi exposé post-mortem.

Le documentaire de Maloof est aussi un plaidoyer pour la reconnaissance de l'art de sa trouvaille, proche de Diane Arbus ou autres photographes de rue reconnus : cependant, les musées n'acceptent de photographies que du vivant de leurs photographes (contrairement aux peintres ?), pour "connaître leur intentions". Étrange que tout cela, Maloof a pris le pari d'expositions dans des galeries de beaux tirages qu'il a fait réaliser, se finançant par le mécénat (le film est ainsi produit via un kickstarter) et un livre qu'il a fait éditer. En attendant la reconnaissance "officielle". Toujours est-il que les portraits de petites gens, de SDF, de scènes urbaines, d'enfants, sentent l'identification d'une femme hors-sol.

Intéressant à plus d'un titre, "Finding Vivian Maier" est finalement l'épopée banale d'une femme aux pouvoirs cachés qui n'aura jamais su les exploiter, bien au contraire, mais qui aura fini par laisser quelque chose, à la grande surprise de tous.

dimanche 20 juillet 2014

Caillbotte d'Yerres

Aller à Yerres, il faut le justifier. Certes il y a l'un de mes meilleurs amis-ninjas, qui fait donc le trajet presque tous les soirs. Mais le RER D traverse des zones dont la qualification de "pourri" serait encore un euphémisme. Dire que c'est là que peignaient les impressionnistes, sur les bords sauvages de la Seine — savage est à présent la défiguration industrielle et ferroviaire, ainsi que la ségrégation des populations immigrées. Quand on arrive à Yerres, on est au fond du trou. Ce n'est pas antipathique, que ce bout de province fief de Dupont-Aignan, fortement résidentiel, mais il y a cette impression de bout du monde désertique. Mais quand on traverse patiemment, on tombe sur la résidence Caillebotte, son parc, sa rivière, et finalement on n'est pas si mécontent du voyage : c'est plaisant, c'est un havre de paix, un coin de nature non-oppressant.

On a un peu ri des dispositions pour gérer la foule, mais en fait le midi est le meilleur moyen d'entrer rapidement : le public a été au rendez-vous, dragué depuis la capitale et ses alentours à coups de renforts publicitaires, pour un safari de banlieue. Cette exposition Caillebotte est à l'image de l'endroit : on en fait vite le tour, mais au moins ce n'est pas envahissant, on n'en sort pas écœuré mais léger, prêt à renouveler son regard sur le parc voisin, même s'il n'y a plus de périssoire — pour un témoignage historique de cette sorte de grand canoë en bois que l'on retrouve sur de nombreux tableaux (dont un superbe en haut de forme, d'une collection particulière : quelqu'un a ça dans son salon !), un exemplaire a été posé à l'étage.

Caillebotte n'a finalement eu qu'une assez courte période à Yerres (il est mort assez jeune, aussi, faut-il dire, à 45 ans — une habitude familiale), mais cela lui a laissé le temps de s'exercer sur une vingtaine de toiles des environs, auxquelles lui ont été adjointes d'autres de sa période Gennevilliers. Des périssoires et des baigneurs en bas, dans la première et meilleure pièce, puis des bottes de foin ou autres inspirations impressionnistes classiques, de cette nature myope et floue qui s'apprécie avec la distance. La collection était centrée, nulle rétrospective complète, mais cohérente. Les œuvres sont à rechercher essentiellement aux USA, probablement parce que le musée d'Orsay n'avait pas accepté tout son héritage — marquant la première entrée de l'impressionnisme au musée, après de vifs débats. Beaucoup de collections particulières, pour des œuvres portant majeures. On en fait le tour en une heure environ, et on se sent heureux en sortant. C'est déjà bien.

gala san franciscain d'été

San Francisco à Paris ! Pourquoi prendre l'avion quand on peut nous apporter les petites ballerines de Californie ? Le SF ballet avait ouvert la première édition des étés de la danse, celle dont me parle souvent la souris car elle fut fort déçue de s'être pointée pour rien un jour où il faisait froid. Depuis, ils ont rallié l'intérieur du théâtre du Châtelet, ce qui permet de fêter tranquillement les 10 ans du festival alors qu'il fait mauvais dehors. La présidente Marina de Brantes reste toujours assez discrète, habituellement, mais pour l'occasion, elle a pris le micro pour un discours à son image, sympathique et fantasque, auquel le directeur Valéry Colin n'a trop su quoi ajouter. Que le show commence !

Jeudi 10 juillet était donc la soirée de gala, et pour la peine Helgi Tomasson nous a concocté un panaché de ce que la troupe sait faire. On aurait dit un repas chinois : plein de petits plats sur une table tournante. Souvent, ça s'expédie en moins de 10 minutes, pour un pas de deux. Et justement, les extraits de "Alles Walzer" (Renato Zanella, 1997, sur du Johann Strauss), avec Taras Domitro et Pascal Molat (le Français de la troupe), "No other" (Val Caniparolli, 200, sur du Richard Rodgers), avec Lorena Feijoo et Victor Luiz, le Pas de deux de Concerto (Kenneth MacMillan, 1966, sur le concerto pour piano et orchestre n°2 de Chostakovitch), avec Sarah Van Patten et Tiit Helimets (ainsi que trois autres couples), la Chaconne pour piano et deux danseurs (Tomasson, 1999, sur la Chaconne pour clavier en sol majeur de Haendel), avec Frances Chung et Davit Karapetyan sont autant de courtes pièces à deux, dont il est difficile de se souvenir avec précision. C'est l'apéritif qui décontracte, où l'on découvre par échantillons, des chorégraphes et des ambiances que l'on ne voit jamais sous nos longitudes. Ce n'est pas le summum de l'excitation, c'est de la mise en bouche après tout, mais ça met à l'aise et dans de bonnes dispositions. Et puis on commence à visiter la troupe — et pour moi à la retrouver, car après les avoir seulement vu quatre fois, je sais déjà bien les repérer, surtout les filles.

Il faut dire qu'ils ne sont que 75 dans cette troupe, contre 200 à l'ONP, et qu'ils ont des physiques différents, des attitudes différentes, des personnalités marquées et des spécialités aussi. Dans "Classical Symphonie" de Yuri Possokhov (2010), sur la symphonie n°1 de Prokofiev, on peut ainsi comparer Maria Kochetkova/Hansuke Yamamoto, Sasha De Sola/Carlos Quenedit et Dores André/Jaime Garcia Castilla (huit autres danseurs du corps pour étoffer et faire groupe). Sasha De Sola est toujours celle qui a une sorte d'aisance fluide et mesurée qui touche malgré sa blondeur. Dores André est élégante. Masha s'amuse à mouliner et à se déhancher encore plus — elle n'a pas trop le choix, parce qu'en fait elle est très, très petite... Cette Classical Symphony, c'est juste du fun, de l'entertainment : mouvement de bassin et de poitrine en avant, sauts synchronisés avec l'orchestre, ça ne nous fera certainement pas pleurer, mais ça nous divertira certainement. Ça résume l'état d'esprit de la compagnie : pas de prise de tête, du show, du feu d'artifice technique sans trop en faire non plus.

En même temps, il faut à un moment garder un peu de sérieux et avoir un tampon classique. Aux États-Unis, ça signifie un renfort balanchinien. Pour la 2e partie, donc, il y avait du Balanchine. D'abord à petite dose : sept minutes de Pas de deux de Agon (1957, musique d'Igor Stravinsky), avec Sofiane Sylve (la française expat') et Luke Ingham. Heureusement que Sofiane Sylve a fait le NY city ballet et qu'elle est toute en longueur gracieuse, pour donner de l'intérêt à toute cette froideur sur fond bleu... Tomasson alterne avec du comique, "les lutins" de Johan Kobborg (2009), où deux danseurs entrent en concurrence de virtuosité (Esteban Hernandez et Gennadi Nedvigin), sur un duo endiablé piano/violon de trilles intensives (du Bazzini et du Wieniawski), sur la scène, avant d'être rejoints par un troisième larron, qui s'avère être une larronne (Dores André), attisant alors la convoitise des deux hommes ; mais la belle ne s'en laisse pas compter, et faisant monter les enchères techniques, finit par porter son intérêt sur... le violoniste bedonnant. C'est léger et intelligent, le public est régalé !

Et puis encore Balanchine... Pas de deux du 2e mouvement de Brahms-Schoenberg Quartet (1966, le quatuor pour piano et corde n°1 de Brahms, orchestré par Schoenberg). Pour compenser, on a droit à un binôme spécial : Carlos Quenedit et... Mathilde Froustey ! Pardon : Mathiiiiiiiiiilde !!!! Ah que Mathilde est belle ! Même quand on l'embête avec du Balanchine. Un petit mot sur Mathilde, peut-être, parce qu'encore une fois, une de mes prophéties s'est réalisée (un jour on me fera un procès en béatification). Depuis qu'elle a quitté Paris pour un autre pays où prophétiser, elle était regrettée par les balletomanes, mais n'a pas plus influencé la vie de la compagnie de l'ONP plus que ça (si ce n'est l'épisode croustillant de l'invitation au Japon). Et puis, pour son retour, alors qu'il y a deux autres Français dans la compagnie, la voilà dans le magazine du Monde, dans Paris Match (j'avais participé au shooting en face du Golden Gate bridge ! :)  ), dans quelques autres canards encore, et même à Télématin (qui rappelons-le est l'une des émissions télé les plus regardées de France). Elle est partout. Il faudrait faire une comparaison avec la couverture médiatique de l'étoilisation récente d'Amandine Albisson... Et le plus drôle est que cela n'aurait certainement pas marché si elle était retournée à l'ONP cette année : elle a gagné l'aura de la petite Frenchy qui a traversé l'Atlantique pour vivre son rêve américain (et puis, contrairement à Guillem, elle n'était pas au firmament en France : du coup, ça permet de faire soit de l'élitisme à la française — sujet ici, c'est principal là-bas, mais ne le disons pas trop fort, les pauvres —, soit de l'anti-élitisme à la néo-française — ici tu pourris avec un management débile à base de concours, là-bas on te reconnais tes qualités intrinsèques et on révèle tes capacités au top niveau). À tous les coups on gagne : c'est beau. Et comme Mathilde est intrinsèquement une balletomane passionnée qui n'a pas sa langue dans sa poche mais a appris la diplomatie (et l'humilité malgré le narcissisme) à force de tôles (on a un profil similaire...), ça donne un côté frais et équilibré à l'opération. Carton plein.

Bon, en attendant, on l'avait sur du Balanchine... Alors que Masha avait droit juste ensuite à une vieillerie kitsch de Frederick Ashton, Voices of Spring (1977), qui sur une musique de Johann Strauss a pu faire montre de son goût naturel pour le troisième degré. Se servant de Davit Karapetyan comme support de fortune, elle a distribué des fleurs sur scène pendant cinq minutes. Il faut bien reconnaître à Maria Kochetkova un génie de la communication absolument inégalé — alors même que sa danse manque assez cruellement d'expressivité (peut-être parce qu'elle est petite, ou qu'elle bouge trop brusquement). Outre sa présence accrue sur les réseaux sociaux, elle est elle-même une affiche vivante, avec des tenues complètement extravagantes (et des chaussures de messieurs, j'adore). Totalement fantasque, c'est l'élément idéal pour transformer une pièce gnangnan en OVNI fun emportant l'adhésion du public. C'est là l'une des facettes du SF ballet : savoir mettre à profit les talents individuels pour augmenter les effets de chaque pièce. Chaque danseur est toujours à sa place dans chaque œuvre programmée : le casting est maîtrisé.

Ainsi de ce pas de deux de After the Rain de Christopher Wheeldon (2005), sur du Arvo Pärt (Spiegel im Spiegel) : il aura fallu attendre longtemps avant que le joker Yuan Yuan Tan, qui tient l'affiche partout en ville, soit sorti pour ces dix minutes en compagnie de Damian Smith. Seule apparition de la soirée, mais laquelle ! Une botte secrète, en somme. La pièce est magnifique, et il faut à la fois un grand sens artistique et une technique sans faille. La longueur de Yuan Yuan Tan est parfaitement mise à profit. Danseurs formidables en perfect match. Séquence émotion. Soufflé coupé.

Et encore du Balanchine. Il faut bien finir par quelque chose, alors pourquoi pas le quatrième mouvement et finale de Symphony in C (1948), qui est théoriquement, sur la symphonie n°1 de Bizet, à peu près la même chorégraphie que ce que l'on a récemment pu voir à Bastille. en théorie, parce qu'en pratique, comme on s'en doutait un peu, il n'y a pas que les costumes qui y font : il y aussi le fait de comprendre ou pas ce que l'on danse. Et pourtant, au SF ballet, on est majoritairement européen (une véritable auberge espagnole, apparemment on a parfois du mal à s'y comprendre quand les différentes nationalités commencent à se parler entre elles dans leurs langues respectives). Mais on est sur place, à domicile, comme le directeur de la maison qui y réside depuis trente ans. Alors on a ça qui rentre, on le voit déjà avec Mathilde en à peine un an. Tout le corps de ballet et quatre couples : Sasha De Sola (ah !!)/Jaime Garcia Castilla, Simone Messmer/Vitor Luiz, Sofiane Sylve/Tiit Helimets, Frances Chung/Joseph Walsh. Alors on pourra dire que "c'est pas techniquement parfait", etc., mais on s'en fiche, parce que dans l'ensemble, avec ce vieux machin, on arrive à en faire quelque chose. Et peut-être même qu'il y aurait quelque chose (c'est dire). Alors on regrettera surtout de finir sur l'habituelle caution académique américaine.

Pour la deuxième soirée d'affilée, j'ai raté la troisième mi-temps de petits fours. Il y avait Bernadette, qui après avoir squatté le mari de Brantes, a été prise en photo avec Mathilde. Il y avait une énorme pièce montée aussi. Pour une bonne mise en bouche des deux semaines de danse à venir, avec une combinaison de programmes complexe dont le gala a offert un aperçu, avec un certain nombre de pièces données pour cette seule occasion. Début de gourmandises dansées.

jeudi 17 juillet 2014

danse (in)disciplinée

"Jimmy's Hall" est un Ken Loach digne de ce que l'on attend de Ken Loach : une partie de la critique est ainsi restée très mitigée, taxant même de manichéisme ce qui révèle pourtant une analyse plus fine (involontaire ?). Si les cahiers du cinéma ont détesté, la Croix a adoré, alors même que la première lecture montre un anticléricalisme latent. Jimmy (Barry Ward) a été ostracisé dix ans aux USA, laissant même son grand amour Oonagh (Simone Kirby) se marier avec un autre. Son adversaire privilégié était le Père Sheridan (Jim Norton), sur fond de guerre civile irlandaise, après l'accord avec l'Angleterre. Au début du XXème siècle, l'Irlande se divise définitivement, sur fond de tensions nationales et religieuses (qui n'ont toujours pas été résolues).

Il faut considérer que le catholicisme irlandais est plus particulier que ce que l'athée continental peut imaginer (c'est de là qu'est issu, par exemple, la confession, ensuite généralisée, vers le 13ème siècle il me semble) ; et de même, les instances catholiques romaines ont toujours refoulé le rôle de chef de village qu'ont pu revêtir les ecclésiastiques irlandais. De fait, le Père Sheridan défend avec force à la fois son bout de gras, mais aussi sa vision de ce qui est le bon contrôle et dressage des corps, par le monopole qu'il s'est consistué sur la danse. Jimmy avait en effet ouvert un dancing, et plus que cela encore, une sorte de centre éducatif de campagne, avec leçons d'art et club de lecture, concurrençant frontalement l'Église. En revenant, il compte au début se ranger, mais sollicité par la population (qui attend donc un homme-providence, leader), notamment la fille de son meilleur ennemi (un notable local très religieux — et forcément violent —, participant à la corruption religieuse du pouvoir local, d'autant qu'il tient un rôle militaire dans le conflit qui divise le pays), il réouvre le dancing (avec au programme, cette fois, du jazz importé, encore plus ostentatoire).

L'ancien monde et l'ancien ordre contre le nouveau monde. Le propos de Ken Loach paraît cette fois-ci fort mélancolique et désespéré, car dans cette histoire, le pot de terre cèdera forcément contre le pot de fer (le pouvoir étant concentré). Mais nous savons, en tant que spectateur, l'issue du combat, soixante-dix ans plus tard. À un mariage catholique, une semaine auparavant, j'ai pu constater que la jeunesse ne sait plus danser qu'une seule chose : le rock. La véritable puissance de l'Église catholique héritière de la Rome antique est d'assimiler les moeurs de la population et de les civiliser à sa sauce pour mieux les discipliner. Mais ce faisant, nous savons aussi que l'Église catholique a été déshabillée de son pouvoir, même si l'Irlande résiste mieux. Le jeune Père Seamus (Andrew Scott) annonce, par sa foi plus proche de celle des paroles du Christ, d'ouverture et de tolérance, de rapprochement des pauvres, la contradiction qui mine l'Église et ne pourra l'amener qu'à sa perte. Le Père Sheridan le ressent aussi sans doute, car sa bonne foi se traduit par le respect qu'il éprouve (ou finit par éprouver, lorsqu'il comprend) vis-à-vis de Jimmy martyrisé. Au-delà de l'aventure avortée, et de la crispation, on touche du doigt, via ce média de la danse, mettant le corps au centre des attention (c'est un régal pour un lecteur de Legendre, d'autant que l'Irlande est plusieurs fois mentionnée dans "Le désir d'être un autre, étude sur la danse"), toute une organisation sociale dont les effets perdurent et se résolvent peu à peu à présent (sous l'influence de la nouvelle discipline libérale, héritière et première menace du catholicisme, et qui comporte ses propres contradictions elle aussi).

Une lecture profonde n'est cependant pas immédiate, et peut-être même cela est-il inconscient dans l'œuvre de Ken Loach (quoique nombre d'indices, relevés plus haut, semblent prouver qu'au minimum une bonne intuition était présente). Il ne faut donc pas voir la seule surface d'un énième film historique convenu de Ken Loach.

Note interne : exceptionnellement, ce film est mal intégré dans l'ordre des billets de ce blog ; il aurait dû se placer avant l'archipieds de dimanche.

riche soirée

J'avais décidé de rester stoïque. La soirée Nicolas Le Riche du 9 juillet était dans tout agenda balletomane qui se respecte. Mais la course à la place ridicule et abrutissante, digne des heures les plus sombres du management commercial à la française, m'avait assez soigné. J'avais donc pris la position de rater la soirée, par défaut, sauf si une occasion se présentait. Deux jours avant, un miracle, le dernier rang de l'amphithéâtre ayant été mis à la vente une semaine auparavant (je ne le savais même pas... Tout comme les possibilité de réservations par l'AROP, à l'arrache aussi comme il se doit), un flot de places s'est retrouvé sur le marché, et Strapontine fut ma bienfaitrice d'un soir. Dernier rang, plein centre, préparez vos kinés.

Cette soirée exceptionnelle me semble être assez unique en son genre — même Manuel Legris n'y a pas eu droit, mais peut-être que Noureev si, pas très clair. Nicolas Le Riche jouit d'une ora exceptionnelle, c'est certain. De huit à quarante-deux ans dans la même maison, plus de vingt ans étoile, danseur admirable sur tous les plans. La foule était au rendez-vous, Arte a sorti sa présentatrice blonde de cérémonie, au balcon, tandis que les voitures ministérielles bloquaient une partie de la place de l'Opéra Garnier — force tortues ninjas assurant la sécurité, avec ses effets secondaires comme le filtrage par un seul portail, alors que la météo était peu clémente et le public assez peu disposé à être une nouvelle fois humiliée par des pratiques dégradantes d'accueil. La compensation pour les malheureux perdants de l'aventure, mise en place encore une fois à la va-vite (du moins annoncé comme tel) par l'opéra, fut une retransmission dans des salles de cinéma et en streaming sur Arte. Pour une fois, une bonne idée, même si beaucoup ne furent pas au courant, ou se virent refuser une place pour motifs fallacieux (ainsi de la Pythie qui a pris un abonnement Champ libre pour mettre un peu de diversité — de l'opéra ! — dans son adhésion de fait plus onéreuse, plutôt que de prendre l'habituel et seul éligible abonnement danse... La France dans toute son absurdité).

Mais ne boudons pas trop notre plaisir, une fois à l'intérieur avec la balletomanie. L'introduction est mystérieuse : Matthieu Chédid nous demande avec sa guitare ce qu'il va devenir, pendant que notre héros descend du fond de la scène esquissant quelques pas que les experts ont déchiffré comme des références à quelques unes de ses oeuvres fétiches. Et puis on enchaine sur une première partie un peu étrange, un pot-pourri un peu nostalgique et bizarrement ficelé, d'une consistance assez molle malgré ses bons moments. "Les forains" de Roland Petit, mettent à profit les pioupious de l'école de danse depuis 1990, et l'enchainement avec "le bal des cadets" de David Lichine (1940, au répertoire depuis 1979) s'est fait tout naturellement — il n'est pas sûr qu'on retienne quoi que ce soit de ces deux pièces théâtrales, si ce n'est la prestation du solo du petit tambour (dont le nom reste mystérieux, non crédité), annoncé par Nicolas Le Riche lui-même, après avoir fait de la figuration.

De Raymonda, interprétée par Dorothée Gilbert accompagnée de Stéphane Bullion (en plus de Sae Eun Park ou Pierre Arthur Raveau), il a été choisir des extraits de l'acte II avec beaucoup de scènes de groupe et aucune variation, ce qui a fait l'effet d'une tapisserie, distrayante mais peu ravissante. C'étaient là les alibis classiques pour une soirée dont la consistance était bien plus contemporaine. "L'après midi d'un faune", que Nicolas Le Riche a porté à un niveau digne de Nijinsky en 1912, a été pour sa part juste ensuite malmené par Jérémie Bélingard, qui nous a fait une sorte de promenade de ouech, draguant la nymphette bonnasse Eve Grinsztajn, qui pour sa part était magnifique. On sait ainsi ce que l'on perd... Vingt minutes d'entracte pour s'en remettre.

Une petite demi-heure de première partie, et seulement dix-sept minutes de Jeune homme et la mort avant l'entracte suivante. Mais quelle interprétation ! L'effet du départ en retraite ? Magnifique Eleonora Abbagnato, une nouvelle fois en brune, pour LE Roland Petit du répertoire, depuis 1990, lors de sa rencontre avec Nicolas Le Riche (ou plutôt l'inverse, cela a mainte fois été relaté). Encore vingt minutes pour s'en remettre, mais d'émotions cette fois.

La troisième partie était tout aussi longue que la première, un peu moins d'une demi-heure. Le pas de deux de la porte, extrait d'Appartement de Mats Ek, a marqué le court retour de Sylvie Guillem à l'opéra Garnier, qu'elle a quitté avec pertes et fracas en 1989. Autant dire que l'évènement est historique (d'autant que le ballet a été créé par l'opéra de Paris en 2000 : était-ce donc une première ?). Pour raisons mystérieuses et hypothétiques ("Mademoiselle Non", pas à son meilleur avantage, pas d'images non-contrôlées sur Internet, etc.), cette partie n'a point été diffusée en streaming, faisant même croire aux spectateurs qu'elle avait été déprogrammée (d'autres se demandant pourquoi une rousse apparaissait aux saluts finaux). Vraiment dommage. Et assez contreproductif étant donné les potentielles vidéos pirates qui ne manqueront pas de circuler... Cinq petites minutes, mais magiques.

Probablement pour accueillir de nouveau les spectateurs en vidéo, pendant que l'appartement est déménagé, Guillaume Gallienne a lu un poème que l'on a pu voir qualifié d'excellent comme de pompeux (je penche plutôt pour cette deuxième opinion, quoiqu'il y avait de bons moments ironiques pour initiés). Le petit rat s'est tapée une retranscription. Et puis un petit morceau de Caligula (Mathieu Ganio), quand il fait tourner son cheval Incitatus (Audric Bézard, la souris a henni, quelque part dans les loges). Le Riche chorégraphe a fait figurer un homme pour l'animal, et abolissant la barrière symbolique, a soulevé la folie (je ne sais cependant pas si cela était volontaire et réfléchi en ce sens). Les quatre saisons ont commencé à montrer de sérieux signes de fatigue de l'orchestre, mais c'est pour la dernière pièce, sur le Boléro de Ravel, que les musiciens de l'opéra ont totalement explosé, rappelant les pires heures du Colonne (et même au-delà, c'est dire). Mais que diable nous ont fait la clarinette (qui s'est trompée de clé ?) et le cor ? Un trou d'air ? Massacre total. La honte, ça craint...

Nicolas Le Riche aurait explicitement choisi de montrer la mise en place de l'espace scénique pour souligner le rôle primordial des accessoiristes, et ainsi saluer leur travail. La calibration de la lumière centrale, avec un technicien à la place du rôle principal, a déclenché quelques applaudissements et rires qui ont diversement été interprétés. Sur ce chef d'oeuvre de Béjart en crescendo, il faut aussi saluer la participation des étoiles Josua Hoffalt et Karl Paquette, qui participant au milieu des danseurs entourant le héros dans son dernier rôle scénique sur la scène de l'opéra de Paris (et quel rôle ! Son meilleur !), lui ont rendu un hommage émouvant, continué lors des saluts.

Vingt-cinq minutes d'applaudissements, avec les danseurs de la dernière pièce, puis tous les danseurs de la soirée encore en costume (forte accointance avec Sylvie Guillem, de sept ans son ainée, tout de même), puis ses deux petites filles (Clairemarie Osta, qui les a accompagnée, restant de côté avant de disparaitre en coulisse, avec les autres danseurs du ballet et Bribri), et Claude Bessy, puis lui tout seul sous les confettis collants, et encore tout le monde. Avec tout cela, on a poussé la sortie vers les 22h30 (les 21h30 prévus étant plus que théorique : les cocktails d'entracte pour les aropeux ont fait glisser l'agenda, comme à l'accoutumée).

Une soirée qui a laissé un sentiment étrange, comme ce cocktail privé où il fallait ruser pour avoir un carton ou s'incruster, et où Nicolas Le Riche a prononcé un discours, après une remise de chevalerie d'arts et des lettres, à la fois prometteur et semble-t-il un peu amer (à l'image des interviews qu'il a donné de ci de là). De toute façon, ce n'est qu'un au revoir : délié de son exclusivité intra-muros avec l'ONP, manifestement déçu de n'avoir eu le poste de directeur, celui qui est peu sorti de l'opéra a déjà prévu une tournée, à la fois comme danseur et producteur, et est déjà programmé au TCE en avril 2015...

dimanche 13 juillet 2014

tragédie greque

Lorsque nous avons pris les places au guichet (mes accompagnatrices de ciné semblent souffrir de la même maladie de la carte UGC incompatible avec les bornes), l'hôtesse nous dit de "The Two Faces of January" que c'est un fort bon film... pour un film de genre — précisa-t-elle ensuite. Viggo Mortensen, Kirsten Dunst et Oscar Isaac : Hossein Amini, qui ratisse large mais a touché réellement juste avec "Drive", sait s'entourer. Le trio d'américains en Grèce marche rudement bien, malgré son originalité surprenante. La filiation, l'arnaque et le traditionnel triangle sont au programme de cette adaptation de Patricia Highsmith, sur fond de vestiges en pleines chaleurs et de fuite (de soi). Les images et l'ambiance sont particulièrement belles et réussies. L'affaire est psychologiquement bien menée. Mais il manque quelque chose pour en faire une œuvre réellement marquante.

archipantin

Archipieds a de nouveau traversé le périph, pour se rendre du côté de la Porte de Pantin, chez les pauvres (plutôt très africains) qui deviennent riches à l'insu de leur plein gré. La pluie a malheureusement découragé la plupart des participants habituels, de telle sorte que nous n'étions plus que quatre, notre guide Denis compris, pour arpenter la banlieue en cours de gentrification.

On commence en bas d'un immense immeuble de briques, qui abrite même le consulat tunisien ; des filets le défigurent un peu, à la Marseillaise : le local importé semble user un peu trop de ses fenêtres comme débarras de fortune. Remontée le long du tramway, vers le Nord : après un tennis couvert (paraît-il plus intéressant côté périph, à arpenter pour une session d'archibagnole), on tombe sur un immeuble funky tout neuf, tout maigrichon sur une parcelle de dix mètres de large. Une résidence étudiante, en plein milieu de nulle part, à côté d'aucune université... Pas loin sont les moulins, mais nous avions mieux à faire avant : parallèlement au tramway, dans une rue de logements sociaux, se trouve un immense bâtiment tout neuf, qui en suit un autre plutôt art déco.

C'est que le quartier, une bonne partie de la ville, est le domaine d'Hermès. Et d'ailleurs, un peu plus loin que ces ateliers tout neufs réalisés par l'ancienne décoratrice d'intérieur des boutiques (depuis décédée), se trouve une partie du siège, plus vitrée. On retourne un peu plus à l'Est encore, passant devant un des ces nouveaux logements qui remplacent peu à peu des blocs tout pourris, pour jeter un coup d'oeil sur le chantier de la fondation de l'ancien Président d'Hermès, non loin du Centre national de la danse. Ce dernier, ancien centre administratif reconverti, où j'ai déjà eu l'occasion de pénétrer (il y a pas mal de temps, déjà...), continue sa lente dégradation : le béton armé s'effrite un peu partout, laissant voir des scories particulièrement disgracieuses (on se demande même si quelques parties vont vraiment tenir longtemps).

Juste derrière, il y a le canal, particulièrement bien aménagé. On voit les nouveaux immeubles à bobos qui se construisent, sur sa rive. D'autres sont prévus ou en cours. Sans intérêt pour notre visite des bâtiments remarquables, ils sont tout de même des témoins de la transformation de la ville. Nous passons la mairie, sorte de mini-Fontainebleau/Versailles d'un goût assez douteux (c'était la mode à un moment), puis la gare toute moche du RER E. Là, un point culminant nous offre une vue sur la vaste étendue des voies de chemins de fer, énorme balafre qui sépare encore un monde de friche industrielle, de cimetière immense, d'immeubles de cités au loin, derrière un fort. Les coins pourris de la banlieue parisienne...

Mais juste ensuite, on redescend sur les Moulins de Pantin, qu'occupe BNP ; il paraît qu'au début, les financiers de tout poil étaient bien malheureux, malgré le confort du magnifique bâtiment réaménagé, de se retrouver au milieu des pauvres (noirs, de surcroit, l'angoisse totale ! Incompatible avec les costards). Mais finalement, avec la boboïsation, ça s'arrange. Bientôt, les pauvres seront repoussés plus loin (Noisy ?), et tout ira pour le mieux, rassurons-nous. Il est temps, d'ailleurs, de revenir vers Paris et la civilisation (ah non, c'est le XVIIIème arrondissement), passant un étrange et mystérieux bâtiment rattaché à la Villette, mais semblant servir à des répétitions, puis un chapiteau accolé au périphérique, pour arriver, toujours en suivant les voies du tramway et en se dépêtrant de l'urbanisme foireux typique de ce genre de jonctions ratées parisiennes (on a les mêmes dans d'autres villes, en fait, une maladie courante), devant, ou plutôt derrière... un poney club. Qui l'eut cru : on peut faire du poney à côté de la cité des sciences.

Évidemment, pas même ne jette-t-on un coup d'oeil à ce bâtiment-ci : après un pot en face, ce qui intéresse le joyeux groupe, outre le séchage, c'est l'immeuble blanc en pointe qui est en face. Pour l'anecdote, il logeait là les appartements à louer Maeva (maintenant Adagio ?), que nous occupions, avec ma famille, lors de nos rares passages à Paris, de telle sorte que j'ai eu pendant longtemps une vision bizarrement centrée de la ville pendant longtemps (et ironiquement, je me suis retrouvé ensuite sur la ligne 7, mais à l'autre bout). Bref, on longe la Cité, et l'on s'attarde un peu sur les "Folies", post-modernes (ou quelque chose du genre), qui sont de toute façon inoccupées et parfois même en ruine (vous savez, ces petits bâtiments rouges, qui sont parfois des espèces de sculptures complexes...). On repasse du côté de la Cité de la musique, après avoir très rapidement évoqué les halles de la Villette, qui ne servirent jamais d'abattoirs ultra-moderne comme c'était prévu.

Cité de la Musique d'un côté, et Philharmonie de l'autre. Il semble qu'une certaine histoire lie Christian de Portzamparc et Jean Nouvel, et que le second prendrait quelque peu sa revanche sur le premier en écrasant son bâtiment musical emblématique. Quand on se place du côté du périphérique, on peut d'ailleurs s'apercevoir que la Cité est scindée en deux, avec un axe central manquant ; tandis que la Philharmonie lui répond avec un énorme axe central qui servira d'affichage pour le périphérique, affichant auprès des touristes, venus de Roissy en taxi, notre supériorité culturellement écrasante. En attendant, on s'amuse du peu de transports en commun, de l'accès complexe et sous-estimé, et surtout de l'état des travaux complètement sous-estimé : être prêt en janvier alors que pas toutes les vitres ne sont posées, que la salle principale est loin d'être achevée, que le dessus est à peine entamé, et que généralement tout est en panique, sans qu'il n'y ait personne pour faire avancer le chantier durant le week-end, voilà qui est des idées les plus étranges, digne du retard qu'avait pris à l'ouverture l'opéra Bastille...

Parie-t-on sur la boboïsation de Pantin pour remplir à la fois la Cité de la musique et la Philharmonie ? Voici une question que nous n'avons pas pu résoudre. En attendant, la meilleure et plus économique solution reste les squats le long du périph, dont l'architecture sommaire, quoiqu'efficace n'intéressa point notre troupe. Prochaine étape en septembre, pour la Porte d'Ivry !

vendredi 11 juillet 2014

le dernier Barenboim de Pleyel

Le jeudi suivant, rebelotte pour Staatskapelle Berlin/Daniel Barenboim. Radu Lupu, qui la veille était dans le public, était à présent sur son éternelle chaise banalisée, devant son piano, pour le Concerto pour piano n° 4 de Ludwig van Beethoven — une valeur sûre. Radu Lupu, c'est l'anti-effet de manche : le piano simple, les doigts agiles qui se baladent efficacement sans chichi. C'est net. Il est tellement discret (quels rappels nous a-t-il fait, déjà ? Le deuxième était clairement poussé par Barenboim, qui s'était caché dans l'orchestre lors du premier) qu'après l'entracte, pour la Symphonie n° 2 Op.63 d'Edward Elgar, il est subtilement sorti de la porte des coulisses menant à l'arrière-scène, et j'ai vu un ouvreur négocier avec un spectateur s'il pouvait se décaler pour laisser la légende s'asseoir à côté de lui (tu m'étonnes ! Le gars avait l'air un peu halluciné).

Barenboim est capable de diriger la seconde symphonie d'Elgar de tête. Pourtant, elle est déjà bien moins connu que la première, ce n'est pas un répertoire habituel ! La salle était cette fois beaucoup plus pleine (et remplie en retard, pénible...), de telle sorte que je n'ai pu de nouveau agréablement squatter un troisième rang vide de second balcon. J'ai dû subir un voisin nasalement gênant durant la partie pianistique (qui a déguerpi avant les rappels). Pour la seconde partie, il y avait pas mal de places vides en revanche. Tout cela est vraiment étrange...

Heureusement, de la très belle musique ! Et un aveu de Daniel Barenboim, lors d'un discours impromptu : il n'y aura pas de bis, parce qu'il ne peut rien y avoir après cela ; et il nous fit part de son émotion pour la dernière fois qu'il joue, avec cet orchestre, salle Pleyel, avant le déménagement à la Philharmonie. C'était bien beau !

une vie de Barenboim

Lorsque la Staatskapelle Berlin se déplace avec avec à sa tête Daniel Barenboim, on peut être à peut près sûr qu'il n'y aura pas une place disponible. Et ça a donc été la galère pour en racheter une à 10€. Pour s'apercevoir, mercredi dernier, que la moitié du parterre était occupée par la société générale et une foultitude d'invités. Pis encore, une fois à l'intérieur : les tarifs stratosphériques (130€ la 1ère catégorie) ont découragé bien du monde, et seule une moitié de salle Pleyel était remplie. Une vraie réussite commerciale. C'est vrai, quoi, pour de la culture subventionnée, on peut accentuer l'entre-soi en doublant le prix des places pour deux fois moins de monde !...

Heureusement, on sait qu'on va avoir de la très bonne musique. Mais ce premier volet à base de Richard Strauss a tout simplement moins séduit que celui du lendemain (au même tarif délirant). Et malgré cela, pas de rappel non plus (malgré deux solistes aussi, Claudius Popp au violoncelle et Felix Schwartz à l'alto).

Don Quichotte op. 35, et après l'entracte, Ein Heldenleben (Une vie de héros), poème symphonique Op.40. Barenboim sait faire de la grande musique. Pas forcément poignante, noterons-nous, un peu trop parfaite peut-être ? Extrêmement propre. Mais pas bouleversant (en même temps, ce n'est pas forcément le cas de ces deux Strauss-là).

dimanche 6 juillet 2014

QuasiMMs de Paris

"Notre-Dame de Paris" revient de temps à autre à l'opéra de Paris (à présent à Bastile, dont la très grande scène sied particulièrement), mais cela faisait longtemps que le ballet de Roland Petit n'était programmé (on a dit que Bribri a une certaine nostalgie pour ce ballet qu'elle a dansé). La balletomanie attendait donc l'évènement, mais apparemment plus par intérêt historique : il semble que l'œuvre n'ait pas beaucoup conquis, et que bon nombre sont plutôt venus assister aux dernière de Nicolas Le Riche.

Pourtant, au-delà du kitsch daté des années 70, où l'on ose des costumes de garde digne du futur passéiste de Pierre Cardin, au-delà des délires de mauvais goût comme ces prostituées à grosses poitrines greffées, il y a une harmonie tout à fait captivante, notamment dans les effets de groupe, pré-flashmobs des temps anciens, avec tout de même vingt-quatre danseurs colorés tels des M&Ms. Il y a Eleonora Abbagnato en brune (tout de même) pour une Esméralda moderne et revêche, aux mouvement acérés. Un Quasimodo craquant (même bossu Nicolas Le Riche fait rêver la balletomane), dynamisant et omniprésent. Un grand prêtre Frollo sévère — Joshua Hoffalt. Un Phoebus beau-gosse-de-province (ie coiffé comme un plouc décoloré), Florian Magnenet.

Entre la crypte de fond de scène, les plateaux amovibles et les panneaux (dont la façade et surtout la cloche), la scénographie marche plutôt très bien. D'une durée d'une heure plus une demi-heure (sortie à 21h25), ça se traîne parfois (moments soporifiques accentués par la non-climatisation de la salle), mais le second balcon est profitable pour apprécier les effets de groupe, qui avec la variation d'Esméralda et le cochon pendu sur les cloches de Quasimodo, restent les meilleurs moments. Pas déplaisant, mériterait probablement une révision (un Noureev de 2042 nous transformera ça en ballet de 3 heures, peut-être — finalement, y gagnerait-on ?). On a même découvert au passage que Jean-Michel Jarre sait composer du très bon symphonique. Il s'est passé des choses vraiment étranges dans les années 70...

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