humani nil a me alienum puto

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vendredi 12 septembre 2014

dans les limbs

Le premier spectacle de la saison aura été du total pied levé : je n'avais pas du tout vu ce "Limb's Theorem" au théâtre du Châtelet. Vendredi soir, c'était annoncé complet. Soit. Retour samedi après-midi, pour la seconde représentation : on nous propose un reste de places paumées et plutôt chères. On passe. On part déjeuner. On revient : peuple monstre dans la file des derniers-minutards. Ciel ! La souris occupe le devant du théâtre à la recherche d'une revente ; je me mets en file. Après déduction, je devine qu'il y a de la place libre. Et combien ! Tout le monde est servi, et plutôt fort bien. À notre tour : à droite, au guichet, la femme qui nous avait renseignée engueule une jeune touriste parce qu'elle a demandé si elle pouvait payer par CB (réponse : oui). À gauche, une jeune femme qui a l'air beaucoup plus sympathique. Croisement de doigts : bingo. Places au fond de corbeille, de 3/4. Et puis "ah non, attendez". Suspense. Places 5 et 7, plein centre, premier rang, corbeille. Places de ministres. 15€ l'unité. Cherchez pas.

Trois pièces, 2h15 avec entractes. Du pur Forstyhe comme on aime. Fluide, techno, rapide, construit, parallèle, obscur et clair, interagissant avec des formes et panneaux (je présume que la moitié de la salle côté jardin a raté pas mal de la troisième pièce...), fourmillant d'idée, avec sa grammaire propre. On a eu envie de crier notre amour à William. Assis place 3, avec son bob sur la tête. What?? Is it Bill?! Finalement, la seule interaction, outre de parler de la musique un peu forte de Thom Willems avec la souris (il était encore plus au point niveau bouchage d'oreilles), aura été d'échanger nos places pour lui permettre de mieux s'échapper avec son acolyte (Michael Simon, scénographe ?) pour les saluts — provoquant quelques déplacements qui ont perturbé puis amusé JF Zygel et son ami (j'ai donc, au final, pris la place de William Forsythe et pris comme quasi-voisin JF Zygel...).

Il paraît que Forsythe, après s'être égaré dans le nawak, revient à ses vieilles amours. Pour le festival d'automne, on avait un peu peur. Mais avec Limb's I et Limb's III, entrecoupés de Ennemy in the Figure, trois pièces de 1990, on ne pouvait pas se tromper. Le ballet de l'opéra de Lyon est toujours aussi brillant dans ce répertoire. On retrouvera tout le monde au théâtre de la ville, en face, avec très grand plaisir !

retour des gros bourrins

Expendables 3 est dans la lignée des précédents : de bons vieux gros bras qui font de la sauce virile. Mais Sylvester Stallone tombe sur son vieil ennemi mystère (cousu de fil blanc) Mel Gibson, pour une fois dans le rôle du méchant. Il décide pour l'occasion de changer son équipe. On devine le rythme ternaire : les vieux, les jeunes, et enfin les vieux avec les jeunes. De l'ancienne équipe autour de Jason Statham, il ne reste cependant plus grand monde. On rappelle donc Arnold Schwarzenegger avec un rôle bien plus étoffé, Jet Li in extremis, et Harrison Ford qui fait plus que remplacer Bruce Willis (sorti), pour prendre part à l'action. En guest inattendu, Antonio Banderas en très bavard (ça nous rappelle Desperados...).

Expendables, c'est comme une équipe de foot, mode dream team du film d'action. Sylvester reste le capitaine, il y a eu des sorties, un peu d'entrée, beaucoup de sang neuf dont une fille (blonde mais fatale). Patrick Hughes (II) tient le rôle de coach, au milieu des obus qui pleuvent sur nos protagonistes. Ça tire partout, c'est à peu près ce qu'on demande : du défouloir pas bête, mais pas prise de tête non plus.

lundi 1 septembre 2014

Eva fatale

Avec le retour d'Hinata-chan, voici aussi le retour des séances ciné rétro : "Eva" de Joseph Losey, sorti en 1962, à l'époque où Jeanne Moreau, 34 ans, était hyper-baisable (même si j'avoue que si j'avais quatre-vingt balais, je lui courrais après dans la maison de retraite). Eva est la femme fatale brune. Pas blonde, brune. Parce qu'il ne saurait en être autrement. En Italie, entre américains aisés consentants.

J'entendais récemment (était-ce dans une interview de Catherine Breillat que j'ai revu ?) que l'homme a peur de la femme qui peut le mener à sa perte — et notamment de la courtisane, encore plus elle que tout autre, qui peut ruiner jusqu'au dernier sou un homme puissant. L'homme ne peut que perdre face à la femme. La femme sait ne pas être amoureuse et sait jouer de ses effets — la réputation diabolique, la peur viscérale et la fascination, ne viennent pas de nulle part. Jeanne Moreau fait tourner la tête de Stanley Baker, lui le charmeur, au grand bagou, à la légèreté désinvolte, qui consomme les femmes et ne saurais se fixer : il tombe sur plus fort que lui à ce jeu.

Le drame se noue, mais c'est plus fort que lui, plus fort que tout, même de l'amour inconditionnel et infini de la magnifique Francesca (Virna Lisi). Même quand il se remet, c'est pour mieux retomber. Eva est pire encore que L'Ève tentatrice, elle révèle ce qu'il y a de mieux et de pire dans un homme jusqu'à son autodestruction : seul celui qui n'a rien à se reprocher peut espérer survivre.

jeux de doubles

"Sils Maria" est l'histoire par Olivier Assayas de ce qui aurait pu être, de ce qui a été, de ce qui sera, et difficilement de ce qui est — c'est-à-dire une allégorie filmée du théâtre, du cinéma, de l'interprétation. Il est porté par un trio d'actrices, qui elle-même sont dans une sorte de mise en abyme : Maria Enders (Juliette Binoche) est une star incommensurable dont la carrière a commencé en incarnant au théâtre une jeune fille de 19 ans, Sigrid, dans une relation destructrice avec Helena, personnage de vingt ans son aînée. Elle se voit proposer d'incarner à présent le rôle d'Helena, avec Jo-Ann Ellis (Chloë Grace Moretz) dans son ancien rôle. Celle-ci est beaucoup aimée de l'inséparable assistante Valentine (Kristen Stewart), mais ses frasques inquiètent... Simultanément, l'auteur de la pièce et grand ami disparaît, alors qu'on lui rendait visite dans les montagne suisse perdue, à Sils Maria.

Tout n'est pourtant pas si simple dans ce jeu de doubles : l'acteur incarne un personnage, mais pas forcément en le comprenant, compréhension qui peut venir de l'âge, de la maturité intrinsèque, du vécu, ou du miroir. Val est justement le miroir de Maria : indissociable, confidente, affairée à gérer la vie de son omniprésente employeuse, un peu dans l'ombre. La compréhension de la pièce, sa réception première ou seconde, différée dans le temps aussi, finit par les opposer, ou plutôt les séparer. On ne comprend pas bien ce qu'a voulu dire l'auteur, fraichement disparu, mais chacun(e) y va de sa franche interprétation. Où est la vérité dans la fiction ? Pis encore, il est bien dit que le rival/double de Maria n'est que meilleur comédien lorsqu'il ne comprend pas vraiment le texte...

Quel niveau de lecture, quelle incarnation ? Comment rattacher l'extraordinaire — apparitions et disparitions — et l'ordinaire — le drame — au réel ? Le métier de comédien déborde sur le jeu de la vie. Un film sensible qui repose surtout sur trois actrices, vraiment formidables.

lundi 25 août 2014

à l'affut

Le film de Thomas Cailley est de ces bonnes surprises auxquelles on ne s'attend pas du tout : un jeune gars de la Fémis qui signe son oeuvre, totalement originale. La bande annonce de "Les Combattants" annonçait un film intrigant, parce que trop léger mais a priori trop inclassable aussi — avec un prix de la quinzaine des réalisateurs. Adèle Haenel était là pour nous convaincre de remplir la petite salle du MK2 (entrée BNF et son abominable escalier). Et rapidement, la surprise s'installe, entre esprit affuté et tendresse pour des personnages aussi barrés qu'attachants.

La plus barrée, c'est Madeleine : jeune bourgeoise encore chez ses parents, au milieu d'études de macro-économie, elle rêve d'apprentissage de la survie pour affronter "la fin" (du monde). Quoi de mieux que l'armée pour ça ? Arnaud (Kévin Azaïs) est un menuisier lui aussi post-ado, mais pas un intellectuel. Décontenancé par la va-t-en-guerre qui pique des tuiles de son chantier pour nager au fond de sa piscine, il va évidemment s'attacher : une difficile romance, forcément musclée, au milieu des biffins dont la précision intellectuelle n'est plus à démontrer. Clash de cultures et humour à plusieurs degrés.

Sur des sons technos, personnages épris de paradoxes entre liberté et services, avec Adèle Haenel en caméléon hyper-présente (on la voit aussi autant que Scarlett, ces temps-ci), on croirait revivre les débuts de Céline Sciamma. Un excellent premier long, aux dialogues épatants, qui montre la naissance rapprochée de deux êtres avec une rare sensibilité et pertinence. Aussi le témoignage d'une génération qui n'a plus beaucoup d'espoir pour l'avenir.

(Excellente critique de mon accompagnatrice murine, qui pour une fois m'a devancé)

mercredi 20 août 2014

deux fois un

Étrangement, "The double" semble diviser la critique. Je fais partie du camps de "ceux qui ont beaucoup aimé". Ce n'est pas parce que Richard Ayoade va apparemment piquer du côté du locataire de Polanski (atmosphère, couleurs, appartement et chutes), qui ne fait pourtant pas partie de la longue liste d'inspirations assumées, qu'il faut bouder son plaisir. Du roman de Dostoïevski je ne connais rien ; mais effectivement, des doublons au cinéma, il y en a eu un certain nombre.

Celui-ci est dans une veine 1984-Brazil, dans un futur-du-passé où la bureaucratie (soviétisation ?), la nuit et l'ennui remplissent de vide. Jesse Eisenberg est un garçon timide, se laissant écraser par la machine. Son secret espoir fantasmatique, c'est Mia Wasikowska (de qui n'est-ce pas le fantasme, se demanderait-on ?), petite fleur qui dénote dans le paysage morne. Dans l'absurdité kafkaïenne d'un monde modernisé parallèle (car il faut un miroir pour se voir, et cela marche mieux quand on sait sans doute aucun qu'il s'agit d'un miroir), le sens de la vie semble vidé de sa substance, et le suicide n'est jamais bien loin. Une dichotomie s'opère après une énième vexation : l'anti-héros se fait de plus en plus broyer, son double mystérieux exploite la machine pour se hisser — celui qui maîtrise les codes et comprends les faiblesses peut en tirer partie. Le premier va de déconvenues en pire déconvenues, le second enchaîne les conquêtes. Les deux conversent et marchandent, aussi...

Un film assez court, 1h33, intelligent, très bien fichu, qui crée une atmosphère oppressante et esthétique (empruntant tout autant aux séries Z qu'à la culture japonaise — qui participe activement à la BO), pour porter un propos pertinent au milieu de l'absurde et de la psychose. Avec un excellent Jesse Eisenberg et une Mia Wasikowska irrésistible. Que demander de plus ?

mardi 19 août 2014

l'hommage au Maître Rohmer

"Maestro" est un film jubilatoire pour tout bobo doté d'un grand sens de la dérision. Le film de (l'assez rare) Léa Fazer conte la rencontre d'un jeune premier un peu flemmard et de son ami tout aussi peu mature, embarqué dans un film hautement intellectuel de Cédric Rovère (Michael Lonsdale) — comprendre Éric Rohmer. Henri (Pio Marmai), c'est en réalité plus ou moins Jocelyn Quivrin, qui avait poussé l'idée du film suite au tournage d'Astrée et Céladon, où il interprétait un rôle secondaire (de berger en toge pastel, forcément). Il a clairement forcé le trait, mais on vit 1h25 totalement jubilatoires, avec ses moments de "choc des cultures", de grand ridicule intellectuel (qu'on ADORE, en plus, bougre de dieu !), mais surtout sa malice bienveillante...

Alors que Henri, le gamer ado attardé aux coups foireux, bon pote pas très sérieux, cherche à séduire la bourgeoise coincée Gloria (Déborah François), aussi draguée par la meilleure amie Pauline (Alice Belaïdi), Nicoballon (Nicolas Bridet) découvre ahuri, sur le plateau de tournage au milieu de nulle part, que le directeur de la photo a refusé de tourner avec Spielberg une histoire à dormir debout d'archéologue à chapeau, pour tourner avec l'immense Cédric Rovère "la pluie et la Lune" (comprendre "les nuits de la pleine Lune", effectivement la même année qu'Indiana Jones II ? — une référence romancée ?) : "on est chez les fous !" s'exclame-t-il. Plusieurs fous rires pendant le film, au milieu des bergers et bergères au gré des vers compliqués dont il faut bien veiller à marquer la diérèse sans jamais jouer.

Finalement, l'hommage cinématographique posthume à Éric Rohmer/Maurice Schérer et à Jocelyn Quivrin (qui s'est explosé en tuture à réaction trois mois avant le Maître, à 30 ans... Quel gâchis) aura été une comédie légère comme un voile de toge à pas cher, mais tout aussi mordant et pertinent que son oeuvre. Délicieuse ironie, que je le pense lui aurait bien plu. J'avais vu Astrée et Céladon au cinéma mais n'avais réellement enchaîné sur les cycles qu'un an et demi plus tard. Entre temps, j'avais croisé Éric Rohmer à la cinémathèque où j'allais me réfugier, totalement par hasard, l'espace d'un instant. Je ne savais pas qu'il mourrait un an plus tard, non sans m'avoir totalement bouleversé. Une rencontre manquée. "Maestro" nous parle d'une rencontre réussie.

Redevable de cette prise de conscience, Henri finit ainsi par remercier le Maestro, reprenant les mots de Nicolas Bouvier (Ulysse), de lui avoir appris à "payer sans marchander le prix exorbitant de la beauté.” Nous aussi.

vendredi 15 août 2014

malins comme des singes

"Dawn of the Planet of the Apes" souffre d'un problème récurrent depuis qu'on a refait Star Wars et ET pour les rendre "plus explicites". Si le titre était probablement une référence à 2001, en français cela est d'ailleurs devenu : "La Planète des singes : l'affrontement". Expliciter, linéariser. Ça peut aller loin : les singes sont sous-titrés quand ils gesticulent ou communiquent par un langage des signes sommaire... (Ça change de Greystoke !) On file 170 millions de budget à un réalisateur plutôt lambda, Matt Reeves, qui sort un film non remarquable tous les deux à quatre ans. Comme ça, pas de surprise. Et on met des effets spéciaux partout, parce que finalement, à présent, c'est là que se situe la réalisation. Et il faut avouer que faute d'être esthétique, émouvant, ou quoi que ce soit, c'est plus vrai que nature — on reconnait bien tous les quartiers de San Francisco, c'est bluffant. Le singe fait vrai, alors qu'il n'est plus en peluche (le bon vieux costume de l'original de 1968) ni dessiné sur la pellicule (avec une bécane silicon graphics, certes — cf Jumanji, une grande réussite de l'époque, qui fait mal aux yeux en réalité). Non non, on dirait quasiment du vrai singe qui a tourné spécialement. Mais le héros d'être incarné par Andy Serkis, un type bien humain qu'on voit partout, ou plutôt qu'on ne voit jamais : César cette fois, Gollum une autre... Le 7ème art new age sur fond bleu ou vert, avec des pastilles partout sur le corps.

Alors voilà, ce film est bon, comporte de petites contradictions de scénario (ou alors les types sont vraiment les derniers des amateurs débiles, mais comment organise-t-on une société de survivants avec cette hypothèse ?), ne brillera certainement pas par ses stratégies militaires bas de gamme (mais là encore : jolis effets spéciaux), mais il souffre de la maladie de ces prequels explicatifs qui comblent les trous de manière bien appliquée. Alors forcément, tout va se jouer dans la rencontre entre Jason Clarke (le rôle de Gary Oldman étant finalement assez peu intéressant et celui de Keri Russell aussi secondaire) avec le singe évolué dont on voit la statut dans l'original. Sauf qu'il y a eu Enemy en 1985, alors qu'apporter de mieux entre deux espèces anthropomorphes qui se haïssent par pure différence physique sans se connaître et finissent par s'estimer et s'apprécier ? La morale de l'histoire est que César va découvrir que les singes ne valent pas mieux que les hommes et comportent eux aussi les mêmes travers. Ça aurait pu être pire, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard.

Alors ça se regarde bien, pendant 2h11, mais ça ne laissera pas un plus grand souvenir que le premier volet. Typique du cinéma divertissant à la chaîne, en somme.

jeudi 14 août 2014

ciné sleep

"Winter sleep" promettait par sa belle affiche. Mais comme chacun sait, un prix à Cannes est de l'ordre du quitte ou double — et souvent, on est quitte, pour le cimetière du 7ème art d'ailleurs. Pas de bol : le film de Nuri Bilge Ceylan est aussi poussif que faussement intelligent. Il ennuie pendant 3h16, au milieu des beaux paysages de l'Anatolie — que l'on n'aura pas à aller voir sur place, c'est toujours ça de pris. N'est pas Bergman, Rohmer ou qui sais-je qui veut : c'est trop long, c'est trop vide, c'est raté. Ça aurait pu, mais non. Le bobo cannois aura été enchanté de voir qu'en Turquie il retrouve ses références (et son Tchékov ?). Mais comme il n'a pas compris grand chose de la vie entre deux prises de drogue et de subvention, il se trompe de film à primer. Ah, misère !

Au milieu des chamailleries-de-la-vie-c'est-trop-dur, le spectateur est un peu l'oublié du huis clos. Bof bof. J'en ai surtout retenu que la Turquie dans l'UE, pour moi, c'est définitivement NO WAY.

with diamonds

Lucy fait beaucoup parler d'elle, au cinéma : ce mini-film de Luc Besson, dont TF1 a habilement repassé "le 5ème élément" (une réussite) la semaine précédente ("Lilou Dallas moultipass"), a été assez unanimement qualifié de navet, pour seulement 1h29, ce qui ne démérite pas en soi. Cependant, tout le monde est allé vérifier sur place si c'est aussi mauvais qu'on le dit, et à force le film est en train de casser la baraque. Ironie.

Il est reproché plusieurs choses qui agacent chez ce Besson caricatural : la première, c'est de péter plus haut que son cul (de Scarlett Johansson, ce qui pourrait être pire). Alors qu'on ne reproche pas beaucoup à X-Men de ne pas tenir debout un trentième de secondes avec sa théorie de la mutation génétique qui donne des pouvoir de télékinésie, de magnétisme, de télépathie, de téléportation, etc., il est reproché à Besson de nous avoir ressorti une vieille théorie scientifique fumeuse d'il y a quelques années sur l'utilisation partielle du cerveau humain (qui ne serait utilisé qu'à 10%) ; et dont le dépassement permettrait des merveilles (télékinésie, magnétisme, télépathie, mais pas la téléportation). Je me souviens que lorsque j'étais jeune, cette imbécilité made in Harvard circulait encore, et il est certain qu'avec les airs doctes de Morgan Freeman, que l'on colle régulièrement dans des rôles de vieux-scientifique-qui-sait, la population restera désinformée pour encore longtemps. C'est moche, d'autant que même Besson reconnaît que c'est de la merde.

Pourtant, on pourrait dire : "seul 10% (whatever) du cerveau est utilisé pour la réflexion et nous ne savons pas faire de l'introspection" (comprendre : nous ne pouvons pas manipuler notre propre organisme ni le cerveau lui-même, alors que techniquement, cela pourrait être comme la respiration : le bulbe rachidien par défaut, mais la possibilité de passer en mode "manuel" par le cerveau sinon) ; or, si nous pouvions couper ou activer l'ensemble de notre système nerveux à volonté, on pourrait contrôler notre propre système biologique, ou encore se servir de l'électricité naturelle du corps humain (là nous retombons bien dans la science fiction). Bon, ça devient compliqué. Et ce n'est donc pas le propos : en 1h29, on fait rapide et simple : l'exposé de Morgan Freeman, c'est une conférence TED. Ça fait très docte alors que ça ne vole pas bien haut — tout pareil. On sort des sophismes dignes de Pascal, comme le "choix" de la cellule quant à son mode de survie (l'immortalité ou la reproduction : pas de bol pour nous, l'environnement est favorable à la repro — du coup il faut crever, par diverses manières exposées le long du film avec force explosions et émulsions sanguines, mais comme cadeau de consolation on peut baiser et fantasmer sur la cellulite merveilleuse de Scarlett).

En fait, si l'on déteste Lucy, c'est pour la même raison qu'on fait la guerre à son voisin : il nous ressemble, mais il n'a rien compris, alors il n'y a plus qu'à rejeter violemment. Parce que finalement, en soi, le film une synthèse astucieuse de Matrix, Inception, Léon, Nikita, peut-être même 2001 et probablement Ghost in the shell, bref le seul truc nouveau (et encore ?) ce sont les "illustrations" apposées par incise, comme cette scène quasi-inaugurale de la gazelle chassée par un léopard (ou un guépard, peu importe), alors que les mafieux-de-service-coréens s'approchent de la pauvre proie Scarlett. Et puis on a même le dinosaure de Tree of life qui refait son apparition — le pauvre pourrait mieux choisir ses scripts, en attendant Jurassic park IV, mais que fait son agent ?? En gros, c'est un film de son époque, très explicatif. Rien dans l'ellipse.

Au-delà du simplisme où Lucy est à la fois la femme la plus évoluée du monde avec 100% de son cerveau en éveil et la première femme de l'humanité (comme Ève, mais en mode poilue), que nous raconte le scénario ? C'est l'histoire d'une fille in the sky à Taïwan où un jour, comme ça, tout s'écroule autour d'elle sans trop savoir pourquoi. Enlevée par des mafieux, ils la transforment en mule pour une nouvelle drogue. Désemparée, elle ne baisse pas les bras, mais s'il faut se forcer parfois, et finit à l'insu de son plein gré par prendre une haute dose de cette "drogue de la vie" : tel une future super-héroïne, cela révèle en elle des superpouvoirs... Sauf que Lucy, Lucy dépêche-toi, on vit, on ne meurt qu'une fois et on n'a le temps de rien, que c'est déjà la fin mais... C'est pas marqué dans les livres, que le plus important à vivre, est de vivre au jour le jour. Surtout quand on calcule qu'on n'a plus que 24 heures devant soi. Le temps c'est de la mort...

Alors du coup, elle va employer son temps restant à deux choses : punir les méchants (et, au début, tout ce qui passe devant elle : c'est le côté amoral de l'histoire), mais pas trop parce que sinon ça tue le scénar, alors il faut laisser un peu partout du coréen vénère pour descendre de la flicaille ensuite en plein Paris (il aurait été vache de priver Besson de ces scènes de fusillades aussi bien filmées que totalement absurdes) ; et puis trouver un remède à sa condition pas si enviable. Finalement, elle terminera comme dans "Her", mais non sans avoir livré le secret de la vie, dans une clé USB dont on espère qu'elle ne sera pas vérolée par le premier windows venu. Quoiqu'on pense qu'elle contient en réalité "42" dans un fichier texte. Nous ne saurons pas, c'est horriblement frustrant. Au moins.

Entré avec un petit mal de crâne, alors que Lucy atteignait les 100% de ses capacités cognitives, nous pûmes en toute quiétude en utiliser moins de 1%, et sortir fort détendu de ce n'importe quoi faussement savant. Un vrai bon film du vendredi soir, en attendant le prochain Expendables.

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