humani nil a me alienum puto

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lundi 20 janvier 2020

ascension de mini-Palpat

À présent que quelques semaines ont passé (assez pour que ce ne soit plus diffusé dans les salles les plus grandes, me faisant définitivement perdre cette opportunité — la version 3D n’aurait jamais dû y avoir cité en premier lieu), je peux me permettre de spoiler ce dernier Star Wars — sinon, on arrête de lire tout de suite !

On en a lu de bien méchantes critiques. Je ne comprends pas. J’avais dit que j’attendais de revoir, pour être sûr : ça se revoit très bien. Avec une petite rediffusion de l’épisode précédent juste avant, on peut bien voir la cohérence parfaite de l’ensemble. Pas de contradiction, tout a bien été pensé dès le début. En reprenant les différents axes narratifs des huit épisodes précédents (plus incursions), L’ascension de Skywalker fait une sorte de grande synthèse de clôture en reprenant beaucoup d’éléments de l’univers.

La révélation en mode « je suis ton grand-père » (cette fois) ne fait que conforter un schéma (avec Mara Jade en fille adoptive de Palpatine) qu’on avait déjà vu avec Jacen Solo/Kylo Ren. Donc même sans l’avoir trop vu venir (bon brouillage de piste ! Qui a perdu pas mal de monde en contrepartie), la filiation de Rey n’est pas absurde ou totalement inattendue. Tout comme le fait que Palpatine soit de retour (il l’était déjà dans l’univers étendu déclaré hérétique — et la référence à l’épisode 3 et la lutte mode Sith contre la mort, avec cette tirade mot pour mot et prononcé de la même manière par l’admirable Ian McDiarmid (qui aura tenu le rôle depuis l’épisode 6 !), « The dark side of the Force is a pathway to many abilities some consider to be unnatural. ». On se doutait déjà bien d’une entourloupe Snoke/Palpatine comme il y eut Darth Sidious/Palpatine (ce qu’avaient deviné les vrais fans lors de la première trilogie — mon pseudonyme ayant été choisi bien avant, et dès lors beaucoup trop éventé, mais tant pis).

Les références comme le duel dans l’ancienne salle du trône, ou les parallèles comme l’appel de Palpatine à Rey de le foudroyer et ainsi embrasser le côté obscur de la force (et a priori prendre sa place, véritablement cette fois ?…) en lui montrant l’axe rebelle qui se fait laminer (par la fenêtre), se succèdent avec une grande acuité. C’est très pensé et référencé, on retrouve la logique mythologique du ressassement de l’histoire sous d’autres formes pour atteindre un nouveau dénouement. L’arc narratif du 1er épisode (recherche de la balance de la force) est, selon moi, clairement achevé avec cette jeune fille d’ascendant Sith, formée par des Jedis, tiraillée par les deux côtés de la force (elle reste impulsive, émotive, pire qu’un Skywalker père ou fils, mais toujours très morale), lançant des éclairs foudroyant (sans faire exprès, encore un effort et on sera bon !) et finissant par détruire les Siths (bref, la prophétie dans son entier, après le faux espoir d’Anakin).

En réalité le seul réel ajout (outre le corps astral introduit dans l’épisode 8, qui est une suite logique de la « réincarnation » sauce Jedi initié par Qui-Gon) est cette « dyade dans la force » (expliquant les phénomènes exceptionnels liant Rey à Ben depuis l’épisode 7), autrement dit un phénomène rare de deux individus très liés ; ça m’a rappelé la conclusion de Naruto (avec Sasuke) qui se révèle être des réincarnations exceptionnellement synchronisées ; on sait que Star Wars louche beaucoup du côté asiatique et notamment Japonais (le signe le plus évident et plus typique encore que l’usage du sabre, étant l’accoutrement de Darth Vader), et il ne m’étonnerait donc pas qu’il y ait quelque chose de ce genre qui ait été emprunté quelque part. Le thème principal reste et demeure l’héritage. Et j’ai enfin la preuve de ce que j’avance depuis très longtemps (1998 ou 99 ?) : Palpatine est le véritable héros de tout Star Wars. Na.

Je trouve que JJ Abrams a fait de l’excellent boulot dans l’ensemble, du même niveau que ce qu’il avait déjà réalisé avec Star Trek (sauf que Star Trek revenait de loin, là où SW est devenu une sorte de vache sacrée romantisée à l’excès). Ce n’était clairement pas aisé. Je me ferais bien une troisième diffusion !

Rossini sous acide

« On dirait du Mozart sous acide ». Mon fidèle binôme de TCE aura ainsi tout simplement résumé avec la perspicacité cinglante qui la caractérise. Déjà, le livret de L’Italienne à Alger de Rossini est un peu perché : un sultan local en ayant mare d’avoir une femme trop docile décide de la refiler à son esclave italien en échange de sa liberté, tandis qu’il rêve d’une femme caractérielle, qu’il va effectivement trouver en l’amante dudit Italien. On rajoute encore quelques rôles et péripéties pour le bordel, et l’affaire est dans le sac. Avec un Jean-Christophe Spinosi surex, bondissant et survolté à la direction de son Ensemble Matheus — et Choeur de chambre Mélisme(s). 

Très bon cast dans l’ensemble : Margarita Gritskova (Isabella), Veronica Cangemi (Elvira), Peter Kálmán (Mustafà), Maxim Mironov (Lindoro), Christian Senn (Taddeo), Rosa Bove (Zulma), Victor Sicard (Haly). Et une mise en espace costumée qui est finalement bien meilleure que beaucoup de mises en scène, avec un humour omniprésent bien adapté à la pièce légère mais néanmoins solide de Rossini.

petites femmes

Si j’avais vu plus tôt que Greta Gerwin préparait un remake des quatre files du docteur March, je n’aurais pas raté la rediffusion récente sur TCM de l’adaptation de Gillian Armstrong, qui date de 1994 — bim le coup de vieux. Pourquoi un remake, d’ailleurs ? On remarque le même escalier, la même chambre… Mais il n’y a plus de Winona Ryder. Triste. C’est Saoirse Ronan (qu’on aime beaucoup) qui reprend le rôle. Emma Watson remplace Trini Alvarado (qui n’a plus fait grand chose) ; Florence Plugh, Kirsten Dutch ; Eliza Scanlen, Claire Danes (quel casting de dingue, quand même, cette version de 1994 !) ; et si Laurie fut Christian Bale (faisant ses premières expériences de Bruce Wayne à la ville), c’est devenu le jeune premier Timothée Chalamet (abonné aux rôles de jeune premier décontracté).

« Little women » est le titre original. Je ne savais point. C’était l’époque pré-VO, tout ça… Gillian Armstrong n’a plus tourné grand chose d’intéressant, et sa filmographie aura été bien terne — on y remarque Saoirse à 13 ans dans « Au-delà de l'illusion » qui n’a pas laissé un grand souvenir (je pensais l’avoir peut-être vu, mais non). Greta Gerwin commence à avoir pas mal de bouteille, en revanche, et Saoirse c’est sa copine. Dans la veine « film de filles » (dont mini-Coppola était jusque là une sorte de gardienne du temple — en embauchant Emma Watson, par exemple).

J’ai trouvé que l’adaptation made in Gerwin louchait clairement du côté de The age of innocence de Scorsese (récemment revu pendant le mois Winona Ryder sur TCM, manifestement plus diffusé que Little Women), avec par exemple la lecture de correspondance par l’auteur de la lettre, avec un cadrage et un procédé clairement identique (et en fait, on retrouve dans cette histoire un peu le même triangle amoureux — mais au mauvais timing inversé !). Je ne me souviens plus de si Little women original version était déjà de la mise en abyme au bord de la métalepse…

Toujours est-il que l’on alterne entre scènes d’une mièvrerie épatante (dans la veine « petite maison dans la prairie ») et une bonne quantité d’humour corrosif. Ça ne vaut pas un Jane Austen, mais ça fait bien passer le temps. Gerwin nous ajoute une grosse louche parfois poussive de féminisme, mais dans l’ensemble ça reste fort bien. On a Louis Garrel en bonus, qui devant la concurrence de Chalamet sur le même segment marketing du beau branleur, s’assagit. Finalement, on n’échappe pas vraiment à son destin de feel-good movie, quoiqu’en pense l’héroïne rebelle garçon manqué.

travail des seniors

Il y a les grévistes pas encore à la retraite qui rêvent de ne plus bosser, et puis il y a Herbert Blomstedt, 92 ans, qui vient diriger l’Orchestre de Paris à la Philharmonie de sa baguette experte. Comme la veille, on repère Christian Merlin dans le public. La salle est très bien remplie, ce qui est plutôt rare pour l’OdP. Est-ce l’effet Bertrand Chamayou/Concerto pour piano n° 23 de Mozart ? Avec son jeu naturel, ça glisse très bien, un vrai plaisir. Il annonce son bis : « adagio d’une des dernières sonates de Haydn » (en do majeur pour piano n°60). Parfait.

Entracte, et ce pour quoi on est venu. Les vrais savent. La géniale Symphonie n° 4 "Romantique" de Bruckner. Dans la navette du retour, tous les ninjas étaient là. Certains avaient prévu de revenir le lendemain, pour la rediff. Blomstedt dirige de tête ce qui dure plus d’une heure quinze, avec un tempo un peu lent, mais des couleurs extraordinaires. Le travail des seniors, ça a du bon. Toute l’expérience d’un chef d’exception qui magnifie un orchestre.

mardi 14 janvier 2020

Bach-au-piano

Ce n’est pas parce que Sir András Schiff a 66 ans qu’il est à la retraite. En revanche, si l’on considère que se rendre à la Philharmonie est un petit challenge, en repartir après 2h25 de récital, peu après 23h, est la meilleure assurance d’arriver très, très tard chez soi (ou presque).

La salle est cependant bien remplie, mais il reste facile de se frayer un chemin assez près de la scène, côté cour (donc sans clavier — ce qui ne gêne pas trop mon binôme qui déguste essentiellement les yeux fermés). Bach au piano (et plus exactement Piano**** comme le révèle le programme payant), je pratique de plus en plus, dans une attitude d’assagissement — peut-être que les nombreux animés en usant et abusant ont fini par me convertir. Même si souvent, le clavecin me manque. Mais bon.

Concerto italien en fa majeur BWV 971 ; Ouverture à la française BWV 831 ; entracte et Variations Goldberg. Excusons du peu. Du très grand piano, où les notes coulent naturellement, où tout semble en place au bon endroit, naturellement. Un régal. Finalement, on en redemande, du Bach-au-piano.

samedi 4 janvier 2020

passion ordinaire

Avec « A Hidden Life » (une vie cachée), Terrence Malick renoue avec La ligne rouge. La nature, la guerre, la morale, un brin de mysticisme — mais plus du côté religieux, ce qui évite les écueils des derniers opus. Il se raccroche, là encore, à l’histoire commune avec un héros ordinaire, durant la seconde guerre mondiale encore, mais en Europe, chez nous, du côté de l’ennemi annexé. Un homme simple et bon, vivant en Autriche au mauvais moment, qui va suivre sa conscience jusqu’au bout.

Franz (August Diehl, aux faux airs de Michael Fassbender) assiste en premier à la folie collective des hommes. Dans les magnifiques montagnes a priori protégées, où la vie simple est rythmée par le dur labeur, le poison de la haine prend les esprits de bon nombre d’amis de toujours. Ceux qui voient arriver la sourde violence et la mort comme corolaire se font petit. Lui hésite, d’abord, appelle à l’aide le référent de la vertu : le curé, puis l’évêque. Qui se cachent, qui fuient. Y a-t-il une solution ? Peut-être pas, alors attendons que ça passe, limitons la casse. Cette logique, Franz va y être plusieurs fois confronté. « Ce ne sont que des mots ». Lorsque la parole n’a plus de sens, plus de contenu, plus de valeur, que valons-nous en tant qu’hommes ? Mais jusqu’où peut-on aller pour des mots ? Jusqu’à se sacrifier, jusqu’à sacrifier les siens, sa propre famille ?

Franz Jägerstätter n’est pas un intellectuel, c’est un brave paysan. Il n’est pas bête, mais il n’a pas le bagage, il réplique peu ; il a surtout des convictions, la foi et une forte conscience. Il a une femme (Valerie Pachner, aux faux airs d’Hilary Hahn) qui est toute aussi bonne que lui. Elle a plus de mal à comprendre l’enfermement de son mari, qui commence à connaître la mise à l’écart du village, car après avoir éconduit moult nazis, il ne s’est pas enrôlé par lui-même. Finalement, cela devait arriver, il est conscrit (à nouveau, car il l’avait déjà été mais n’avait pas combattu ; il avait cependant été sensibilisé aux inutiles atrocités). Il ne fuit pas. Il affronte ; sa femme en soutien, partagée avec le désespoir.

Faire ce qui est juste. La scène clé se trouve peut-être dans le court procès (vers la fin du film, qui dure presque trois heures), où il donne la réplique au juge (Bruno Ganz, toujours formidable, presqu’un an après sa mort). L’État de droit nazi juge selon des normes, c’est la civilisation ordonnée de la déraison. Quiconque n’est pas fanatique ne peut que s’apercevoir de l’absurdité de la situation. Si Franz devient une figure christique lambda envoyé à la passion ordinaire, martyre anonyme et intérieur du nazisme, son juge pourra-t-il se défausser comme Ponce Pilate ? La facilité, c’est de dire que ce n’est pas moi, c’est les autres. Il y a les gardiens parfaitement idiots qui sont fort heureux de servir un régime scélérat (on sent que quand ils étaient jeunes, ils étaient de la race des bullies). Il y a les fanatiques colériques qui y croient dur comme fer. Il y a une immensité de gens ordinaires enrôlés dans la machine folle, qui ne font rien, qui la subissent, et donc y participent avec plus ou moins de volonté. Il y a la frange plus intellectuelle qui ne peut pas ne pas voir, et qui par ses moyens d’organisation, est coupable a minima de ne rien faire contre — et surtout donc de faire pour, jusqu’à occire son prochain au nom du Bien.

Et puis il y a Franz. Un brave gars qui va tenir tête jusqu’à l’absurde, jusqu’à la vertu suprême et inconditionnelle, comme un saint qui ne se rend pas compte de sa condition. Tout ce beau monde croit en Dieu, et Franz aussi. Cela s’interroge, mais seuls les vertueux sont tourmentés : la grande majorité de pécheurs vit très bien dans le Mal ordinaire et extrême devenu la norme. Ils croient même, par une de ces pirouettes de l’esprit, que Franz est orgueilleux, que c’est lui en fait qui cherchant son sort malheureux est le véritable vilain de l’histoire. Mais on ne meurt pas par orgueil. Franz va plus loins que Jeanne d’Arc (qui a signé), il va aussi loin que le Christ. Mais il tombe dans l’oubli de l’anonymat qui a toujours été le sien et qu’on ne cesse de lui répéter — mais alors, s’il n’est rien, s’il ne compte pas, pourquoi s’embêter avec son cas, pourquoi lui chercher sa conversion, pourquoi le tourmenter avant de l’éliminer ?

Et ce, jusqu’à ce que Terrence Malick filme selon ses habitudes (la nature, les voix off, les pensées, les correspondances, Arvo Pärt et Bach — et quelques autres splendides aussi —, les mouvements de caméra, les courtes scènes qui se succèdent, la dramaturgie, l’émotion… En anglais et parfois en allemand), reste concentré et évite bien des écueils dont il a plus récemment souffert, et compose ainsi avec brio son évangile, tout du moins son testament, d’un homme qui contribue à nous sauver tous. Sans qu’on le sache — jusqu’à présent ? Ce pourquoi le cinéma existe.

Dominikos l’extravagant

J’ai véritablement découvert El Greco (Domínikos Theotokópoulos) il y a quelques années, en remarquant son style tout à fait différent de ce que l’on trouve sur la période XVIème-XVIIème dans différents musées où ses toiles ne sont pas forcément mises en valeur. Cet aspect brossé est tout bonnement fascinant, surtout à cette époque. On reconnaît toujours un Greco au premier coup d’oeil, et quand on tombe dessus au détour d’une salle, on est toujours happé. Il y a une modernité, une présence, une interprétation artistique radicale et fascinante de la réalité (déformée), dont une exposition-rétrospective complète au Grand Palais vient éclairer la genèse avec curiosité et plaisir.

Car évidemment, on ne vient pas immédiatement à un style aussi unique et radical d’un seul coup. Les premières oeuvres sont souvent conservées sur du bois qui a plus ou moins bien vieilli. Au fil des pérégrinations méditerranéennes de notre héros grec, passé par l’Italie (où il vénère Titien mais tue le père Michel-Ange) et enfin bien établi en Espagne (Tolède), on suit l’évolution du trublion dont on ne sait pas forcément grand chose, sinon qu’il ne mâchait pas ses mots. Arrogant ? Peut-être. Génial ? Sûrement. D’ailleurs on reconnaît les génies à ce que leur époque n’y comprend rien ou pas grand chose (il meurt ruiné, fort vieux faut-il dire à 73 ans, à une époque où le système de retraite n’est pas encore au programme), mais que des siècles plus tard, la réputation grandissante, les inspirés (tel Picasso) se multipliant, la légende s’installant, on leur consacre l’attention et la vénération méritée.

La scénographie de l’exposition (qui dure jusqu’à fin février — la période post-grève rallongera certainement plus la file d’attente qui ne paraissait pas si grande, mais à force d’interruptions, a duré une bonne heure le premier janvier férié glacial) hésite entre le chronologique et le thématique. C’est que la tentation est grande d’accoler des portraits, des traitements religieux (qui rappellent franchement Bosch, au début), des séries de saints Jean et Paul, de barbus, de marchands du temple (dont on voit de fait l’évolution sur les quatre traitements successifs !), etc. Trône aussi le fabuleux Cardinal Fernando Niño de Guevara (vers 1600, période des meilleures oeuvres), vu et revu au MET, dont des étuis à lunette ont été merchandisés.

Généralement, l’essentiel y est — dont quelques pièces de collections particulières, décrochés du salon. Une centaine d’oeuvre, il me semble, que l’on peut admirer en une heure quinze ou trente pour 14€ (le tout à 15% près). Évidemment, ça vaut le détour.

film allumé

Je disais à mon kiné le jour même que ça faisait longtemps que je n’avais pas vu de film vraiment bien fucké comme il faut. Heureusement, la souris, attentive, a repéré un film avec Robert Pattison et Willem Dafoe, réalisé par un Robert Eggers qui à 36 ans n’a pas forcément fait grand chose. « The lighthouse » est un huis clos en duo dans un phare entre marins (les deux sus-cités) qui nous font bénir le sous-titrage. Il y a le rookie et le vieux loup acariâtre. Isolés du monde, la folie guette — avec quelques apparitions, dont Valeriia Karaman qui en sirène nous révèle enfin quelque chose qui nous chiffonnait depuis très longtemps : où est le vagin de la bestiole ?

L’opposition entre le nouveau venu plein d’attentes et le croulant autoritaire dégénère et se disparaît alternativement avec de plus en plus d’amplitude. Le noir et blanc devient aussi oppressif que les mouettes et le sel (et la morue) (et le pot de chambre) (et la citerne). La démence prend une telle allure qu’on ne sait plus où l’on est au bout des 1h49 d’expérience. C’était donc l’objet filmé non identifié de l’année pour le réveillon.

lundi 30 décembre 2019

messie participatif

Participatif ? Mais non ? Mais si ! Hervé Niquet prend le mic. Devant son Concert Spirituel, il nous explique que le concert de ce soir est participatif. En fait, c’était inscrit sur le programme — comme les dates des trois ateliers de préparation —, mais je n’avais point vu. L’idée, c’est qu’il était frustré quand il était jeune (et moi donc : j’ai trouvé la référence exacte du Messie quand j’avais 18 ans et j’ai dû attendre une commande de trois mois à la Fnac avant de recevoir le CD !). Il ne pouvait point chanter quand il allait faire son pèlerinage annuel en famille. Donc, trois oratorios ont été traduits en français, pour qu’on puisse chanter du Haendel en VF. Le programme a indiqué les passages en question, avec les textes sous partition. Bon, il faut être du cru (anciens petits choristes et culs bénis, grosso modo) ; ça ne fait pas grand monde, d’autant qu’il est difficile d’être juste et pas totalement décalé avec une salle si grande. De surcroît, il ne faut pas se tromper avec les passages qui en réalité étaient réservés aux seuls qui se sont entraînés avant, et ont tous été placés en arrière-scène avec la partition complète. Un peu foutraque, quand même.

Les solistes (Karina Gauvin, soprano ; Sonia Prina, mezzo-soprano ; Rupert Charlesworth, ténor ; Božidar Smiljanic, basse) étaient malheureusement dans l’ensemble un peu trop faibles pour les exigences de la Philharmonie (a priori, certains spectateurs ne devaient pas entendre grand chose. Il valait clairement mieux se replacer de face, même si les opportunités étaient assez réduites — mais un couloir cour derrière la barrière, c’est très bien). En revanche, un allelujah et le tout dernier amen chantés par un ensemble regroupant le petit choeur (agrégé de choristes des choeurs des Grandes Écoles, Sorbonne Université et Oratorio de Paris) augmenté de 250 choristes en civil en arrière-scène, ça reste une expérience awesome qui marque. Je suis souvent injuste avec les chefs de choeur que je ne cite pas, mais pour la peine, on peut supputer que Frédéric Pineau a fait un sacré travail !

mélancoliquement vôtre

L’orchestre d’Ile-de-France s’est spécialisé sur un public du dimanche — venu même depuis la Normandie en bus, ai-je découvert en cherchant désespérément la navette qui n’existait pas, rendant le retour de la Philharmonie épique. En réalité, la phalange ne démérite pas, et l’ami berlinois les trouve même bien meilleurs que le national (que je ne pratique plus, en fait). Ce positionnement marketing leur donne une communication particulière, et notamment une étrange habitude de nommage des programmes. En l’occurrence : amicalement vôtre. Certes. C’était en tout cas d’une excellente cohérence, en plus de belles prestations.

Benjamin Britten, Four Sea Interludes ; j’adore cette oeuvre. Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto pour clarinette, avec Paul Meyer (top !). On sent qu’on est dans la thématique mélancolique-suave. Avant l’entracte, Meyer relance d’un Send in the clowns, de S. Sounheim (merci le CM Twitter). Après l’entracte, nos places tout devant (peut-être cinquième rang, couloir cour) fut pris, et nous dûmes nous éloigner plus au fond du parterre. Ah oui, c’était un concert avec la souris ! Avec un programme pareil… Et un Arvo Pärt : le magnifique Cantus in Memory of Benjamin Britten. Que c’est beau ! Qu’on était trop loin déjà pour que ça résonne comme ça aurait dû…

Pour finir, Edward Elgar, Variations Enigma. Le jeune Joshua Weilerstein à la direction (prometteur !) fait une pré-annonce au micro, parce qu’il trouve le programme papier trop chiche : il explique donc quelques unes de ses variations préférées (la femme d’Elgar qui sifflote, un pianiste qui joue mal, son chien…), avec un accent et un sens du second degré qu’on devine tous britanniques qui emballe la salle très bien remplie. Vraiment, une interprétation au poil.

Et puis encore un départ à la retraite (le hautbois solo Jean-Michel Penot, qui a 42 annuités d’après le discours de sa voisine flûtiste). En cadeau, en plus des embrassades lorsque le chef fait saluer chaque pupitre, l’orchestre lui joue le thème du film « Mission » (de Morricone), ce qui reste bien jusqu’au bout dans la même thématique sonore.

Ne pas sous-estimer les concerts du dimanche aprem.

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