humani nil a me alienum puto

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lundi 8 février 2016

dorayaki sugoi

“Les délices de Tokyo” est un autre film sensible du moment, par Naomi Kawase, sur une histoire toute japonaise sur la lenteur, les mystères douloureux du passé et leurs conséquences d’un drame sourd sur le présent — inclusion et exclusion sociale, préjugés, rachats, dettes —, sur les senteurs et le goût, sur la vieillesse et la jeunesse. 1h53 où l’on suit Sentaro (Masatoshi Nagase), pâtissier improvisé de peu de mots qui n’aime pas le sucré mais se fait bien adorablement rouspiller par les collégiennes du coin, rencontrer Tokue (Kirin Kiki), vieille dame sortie de nulle part qui connaît le secret de comment faire une merveilleuse pâte de haricot rouge, le an, qu’on trouve dans tout dorayaki. Le secret, c’est de parler aux haricots, et de les écouter — et les haricots, ça fait de bonne métaphores. Instant animiste.

Un film doux et triste, qui réchauffe le coeur.

lesbien vintage

Il y a une grande mode du film lesbien, ces temps-ci. “Carol” est dans la foulée. Un film sensible de Todd Haynes, dont la véritable héroïne magnétisée, dans ce milieu des années 1950, est la jeune et ingénue Therese Belivet, une Rooney Mara au goût délibéré d’Audrey Hepburn. Elle tombe amoureuse de Carol Aird, en instance de divorce, une Cate Blanchett qui a toujours ce goût distingué (avec la souris, on a reconnu aussi que notre voisine coïncidentielle de derrière au MK2, @bellafigural, était de cette veine-là).

Les victimes de cette histoire sont les hommes. Parce qu’ils s’en prennent vraiment plein la gueule, surtout Richard (Jake Lacy), qui est la vraie fille fleur bleue de l’histoire — un friend-zoné à l’insu de son plein gré alors qu’il était si près du but (le mariage, non moins que ça — mais sans sexe avant, moche). Mais même Harge, le mari (Kyle Chandler, sans son journal), ne sait plus à quel saint se vouer : doit-il ou non détester sa femme qu’il adore (l’ex-maîtresse amie d’enfance de Carol, Abby — Sarah Paulson —, n’aide pas trop…).

Une vraie histoire d’amour qui ne répond pas aux clichés, mais à la complexité des sentiments et à l’impossibilité des situations de la vie inattendue. Très beau film.

dimanche 31 janvier 2016

Gardiner son Mozart

C’était complet nous jurait-on, mais en réalité il restait une rangée entière pour ninjas au parterre. Je n’y étais point : Hinata chan était au 5ème pair comme moi, et si j’avais une moins bonne place, la chance nous (m’) a souri pour mieux voir Sir John Eliot Gardiner diriger son English Baroque Soloists et le Monteverdi Choir pour un programme tout Mozart. D’abord, la Symphonie n° 40 avec musiciens debout. Puis la Messe en ut mineur avec organiste debout — peut-être un détail pour vous. Quelle belle messe ! De quoi entrer en communion, se repentir, ou tout à la fois.

deux rhapsodies pour un pigeon

Si la souris ne me piquait pas mes titres trop rapidement (depuis que je la délaisse, elle écrit plus vite !), je ne serais pas obligé de donner dans l’étrange…

Bref, il y avait de la plaisanterie mythologique en apéritif : Rhapsody est une demi-heure de défilé en ligne, en duo ou en solo de danseurs entre les colonnes en carton et sur du Rachmaninov d'amour. Plaisant, donc, et oubliable — sauf les bondissements de Steven McRae, vu au préalable dans une expo photo non loin du ROH, au repos et sur fond bleu.

Après l’entracte et une entrevue lapinesque (Hugo ayant poussé la coïncidence jusqu’à réserver non seulement des places non loin de notre rangée d’amphithéâtre, mais ensuite juste de l’autre côté du couloir de l’Eurostar !), c’était le gros morceau, tellement gros qu’il a fallu un entracte entre Les deux pigeons. Encore du Ashton, encore du kitsch, encore du mignon tout plein. On sent l’expérience acquise sur la Fille mal gardée pour mettre en scène une danseuse polissonne (heu, honi soit qui mal y pense, hein). Son p’tit ami parisien peintre essaie de la croquer, mais elle gigote. Deux pigeons passent (Paris…). Il a moins d’humour qu’elle, et commence à voir ailleurs, une Gypsie elle aussi maquée. Ménage à quatre. Ça chauffe en parallèle. Mais tout le monde terminera comme la morale l’éprouve. Comme deux pigeons.

mardi 26 janvier 2016

Hilary viennoise

Les Wiener symphoniker ne sont pas les philharmoniker : ils sont donc deux ! J’ai compris avec le contre-basson. Bref, ceux-là, ce sont bien ceux de Philippe Jordan, mais il était malade. Donc c’est l’assez jeune Lahav Shani qui a pris la relève, et qui a bloqué sur le mode forte-allegro-envoie-la-patate. Le Carnaval de Dvorak s’y prête bien. Le Concerto pour violon du même profitait de la présence de la belle Hilary Hahn — aussi à inscrire sur la liste des MILF qui ont pris du poids, mais pas autant que Julia, alors ça va, et puis elle a toujours cet air tellement drôle, elle est tellement brillante, bref… Je ne me souviens plus de ce qu’était le bis — on dira que j’étais absorbé.

Le programme a été modifié pour faire place à un Brahms viennois des plus classiques, la symphonie n° 4, aussi un peu boostée. Avant deux rappels que le site de la Philharmonie n’aide pas à retrouver — une reprise de mouvement puis une valse en mode survitaminé, de mémoire.

Addendum:

Grâce à la souris et philharmonie, pour historique :

Bis @violincase 
- Giga, Partita n.3 & Loure, Partita n.3, Bach
@viennasymphony 
- Danses Slaves, Dvoràk
- Polka Tritsch-Tratsch, Strauss

aller aux putes

Aller aux putes en faisant la queue et en public, c’était permis jusqu’à il y a peu au musée d’Orsay. L’expo Courtisanes, c’est dans la lignée des autres putasseries que nous a offert le musée Orsay depuis quelques expos. Avec toujours Robert Carsen pour la jolie scénographie, qui souffre toujours d’une exiguïté incroyable, avec la traditionnelle police 6 pour les commentaires fournis.

Au début de l’expo, on est dans un mode : “toutes des putes”. Si seulement ! Las, on se demande si telle fille de boutique ou tel modèle s’adonnait réellement à un hobby lucratif certes très couru à cette belle époque par les filles plus ou moins jeunes et fermes. C’est mal de nous donner ainsi de faux espoirs. Heureusement, rapidement, on arrive à de la vraie jambe légère : les danseuses. Quelques oeuvres qui mettent l’eau à la bouche, entre deux citations moralisantes de mal-baiseurs.

Et puis une grande partie porno, enfin, mais forcément moins picturale — ici, les tableaux sont photographiés ou filmés, mode gonzo, plusieurs possibilités et agencements, même homosexuels et à trois, corps lambdas rarement excitants, imagination fertile. Les salles sont noires de monde, on a du mal à mater son porno vintage tranquille (perdu la souris et Melendili à ce moment-là, juste avant pour être précis, dans la salle où il y avait les cartes de visite de massage suédois, médical et autres). Il y a plein de jolies filles dans les salles. C’est cool de mater des ginettes se faire trousser dans le jardin en compagnie de mignonnes bourgeoises apprêtées.

C’est ensuite qu’on a Olympia (qui a servi de support à nudité IRL par une artiste qui n’a pas froid aux yeux, mais on en a eu que le vacarme généré, déception — comme la 3D est encore très choquante, seule la 2D N&B étant devenue acceptable en attendant que Katsuni et Rocco n’entre au musée dans 70 ans, l’artiste qui avait déjà montré son origine du monde s’est rapidement faite dégager), et d’autres courtisanes bien réelles, mes préférées, celles qui étaient à l’origine d’une grande bulle spéculative de la chair (d’autant qu’une bonne partie d’entre elles étaient franchement banales… Mais très salopes, donc super-héroïnes). Quelques reliques immobilières (notamment un meuble pour le Prince de Galles, décidément un grand homme même nu). Et des registres — du lourd avec les courtisanes de luxe, du médical outré avec la collection de saloperies transmissibles.

On termine avec encore un peu de porno autorisé, en noir et blanc, et des peinturlures modernes qui font mal aux yeux, où l’on se demande… où sont les putes ?? (Cubistes) Pas mal, mais l'Enfer ou la Mondaine étaient de meilleures expos.

Julia de retour

Comme on sait, Julia Fischer, l’amour de ma Liebe, n’arrête pas de me faire des enfants dans le dos avec son mari. Dur. À force, elle prend un peu de l’épaisseur, et pas que de la poitrine (ciel !!). Mais elle joue toujours aussi bien, avec son pianiste préféré, Igor Levit (car Julia sait tout faire, mais toujours pas en même temps), et en trois séances elle a fait l’intégrale des sonates de Beethoven au TCE (en tournée européenne). J’étais à la seconde session.

Sonate n°5 op. 24 "Le Printemps"
Sonate n° 6 op. 30 n° 1
Sonate n° 7 op. 30 n° 2
Sonate n° 8 op. 30 n° 3

Julia est donc inscrite à présent dans les deux listes “MILF” et “gros seins” avec mention “mais c’est pas grave” (c’est dire).

dies Lola

Habituellement, avant un requiem de Mozart, on met un Mozart. C’est un peu l’apéritif agréable et oubliable, Concerto pour piano n° 19 en fa majeur, K 459 — et en bis, Peter Serkin nous met d’ailleurs un joli Bach. Alors c’était bien, mais ça m’a surtout permis de mater Lola depuis le second balcon de la Philhar’, et de trouver des solutions techniques à l’un des trop nombreux contrats que je dois honorer dans l’urgence.

Et puis donc le requiem de Mozart, de bonne facture, toujours Bertrand de Billy à la baguette et la magnifique Lola au basson — Ruth Ziesak (Soprano), Marianne Crebassa (Mezzo-Soprano, fort mignonne), Maximilian Schmitt (Ténor), Nahuel di Pierro (Basse). Dies Irae en bis (ça se fait, ça ? OK). Requiem de Mozart de la saison : checked.

Partenope nope

Quel bordel. Rien compris. De temps en temps, Hinata et moi, on se fait un porno (on vit un peu par procuration depuis des années). Donc on va au TCE, et on écoute un dirty thing de Haendel ou de Vivaldi. Avec un scénar santa-barbaroque à coucher dehors, parmi des centaines de pièces du même genre, avec des morceaux repompés tels quels, et souvent le performer préféré d’Hinata, Philiiiiiippe Jaroussky — sauf que son paternel est juste décédé avant le concert, et donc pour la première fois de sa vie (nous a-t-on dit), il a dû annuler, remplacé par Lawrence Zazzo.

Maxim  Emelyanychev  direction
Lawrence Zazzo  Arsace
Karina Gauvin  Partenope
John Mark Ainsley  Emile
Emöke Baráth  Armindo
Kate Aldrich  Rosmira
Victor Sicard  Ormonte

Bref, on n’y va pas pour le côté très cérébral de la chose, mais il n’empêche que ça peut être rudement compliqué. Quand on ne voit pas bien la scène et qu’on ne sait pas très bien qui chante (on aurait d’ailleurs été du mauvais côté pour voir le contre-ténor qui émeut mon binôme, qui en aurait sûrement été fort frustrée), c’est encore plus difficile de s’attacher aux personnages — surtout quand ce n’est pas une histoire historique, ou une énième rediffusion. On en arrive donc à une contradiction : d’un scénario qu’on résumerait sur un post-it, on a capté, qu’il y avait une reine pas contente, un mec qui veut la draguer en lui faisant la guerre, une travestie qui se fait draguer, un mec paumé, et encore deux autres qui s’aiment mais ne le savent que par intermittence. Je crois. À revérifier. Mais est-ce bien grave ?…

lundi 18 janvier 2016

reine Élisabeth

Je ne sais plus quand est-ce que j’ai découvert Élisabeth Louise Vigée-Le Brun, mais je suis tout de suite tombé amoureux d’elle. Parce qu’elle peint des femmes avec un tel naturel qu’on a envie de les embrasser. Et ça, c’est extraordinaire. C’est louable.

Il est assez incroyable de voir qu’alors que la marie de Paris se creuse la tête pour trouver d’illustres inconnues pour nommer les rues du quartier BNF/Grands Moulins et les stations de tramway, rien n’est nommé d’après notre plus grande peintre, totalement ignorée. D’ailleurs, c’est la première rétrospective qu’on lui dédie en France (et elle vient après une seule autre à New York, il y a des années, de mémoire). On sent le délit de sale gueule parce qu’elle peignait les grands aristos de ce monde, dont elle était tout de même assez proche (notamment de Marie-Antoinette), elle la fille d’un dessinateur et d’une coiffeuse, épouse (plutôt par hasard) d’un marchand d’art aisé mais finalement ruiné. Et encore, l’expo est-elle dans la petite aile du Grand Palais, prise d’assault, trop petite donc hyper encombrée (encore plus pratique avec la police 6 employée partout), tandis que les salles principales sont prises par l’imbécile exposition autour de Picasso, vide — pas même le clarinettiste ne s’y est trompé.

Ça n’empêche pas de se taper des violons féministes à deux balles sur le fait qu’EVLB était déconsidérée parce que c’était une femme, et que c’est d’ailleurs pour cela qu’elle a eu du mal à entrer à l’Académie (où elle a dû se faire coopter par la famille royale, au premier rang de laquelle Marie-Antoinette — ciel, une femme ?). Juste avant qu’on nous dise qu’en fait, c’était parce qu’elle n’était pas d’assez noble extraction. Puis qu’on apprenne (avec tableaux exposés à l’appui, de grande qualité), que sa concurrente de l’époque, Adèle Romany, que l’histoire a certainement tout aussi injustement peu retenue (une noble, pensez-vous !), était entrée en même temps à l’Académie des beaux arts. Manifestement sans problème. Faudrait savoir…

En bas, on a la période de sa jeunesse. La cour française, la famille, les ami(e)s, les inspirateurs, les disciples et les rivales (sur les tableaux ou en tant que peintres). Pratique ces artistes qui ont une chronologie thématique. Parce qu’en haut, c’est l’exil européen après la révolution (dont Elisabeth était peu friande, et je me souviens d’une citation sur le machisme des révolutionnaires et le recul de la place des femmes qui fort étrangement n’a point été mentionné dans cette histoire décidément réécrite par les vainqueurs au stylo rose — une du genre, par exemple : “Les Femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées.”). Elle va en Italie, en Autriche, en Russie, et essaime les chefs d’oeuvres et les commandes, plus ou moins appréciés des têtes couronnées, mais à des tarifs qui lui permettent de mener bon train. C’est une femme indépendante.

Elle avait fait des autoportraits dans sa jeunesse, qu’elle avait laissé un peu partout dans un très grand feeling de self-branding, extrêmement douée qu’elle était pour communiquer et se vendre. Puis on ne sait plus trop à quoi elle ressemble. De toute façon, elle avait aussi un don pour flatter juste assez, que ce soit reconnaissable mais en masquant les défauts. Il semble aussi qu’elle a embelli avec les ans. Et qu’elle a toujours de belles dents — certainement la première à le montrer sur un tableau, une de ses astuces avec le travail en vernis en surimpression (le glacis), les ombres, les joues au blush, la chevelure étonnamment naturelle, l’habillement usuel (même pour la reine, scaaaaandale ! — Faudrait savoir, là aussi… Jamais contents, ces Français).

Mon amour pour Élisabeth Vigée Le Brun n’a pas été démenti par cette exposition que j’attendais depuis longtemps, mais que je n’avais pu aller voir jusqu’à présent, avec mon agenda de fou et tous mes déplacements. Il manquait quelques oeuvres majeures, mais devant toutes celles de collections particulières, on se dit surtout qu’un p’tit Vigée Le Brun dans son salon, ça doit quand même bien claquer…

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