humani nil a me alienum puto

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dimanche 25 novembre 2018

Singapour affichée

Petite expo nichée dans les étages supérieurs (entre 10ème et 15ème, je ne sais plus) de la grande bibliothèque nationale, en plein Bugis, avec vues magnifiques et balcons végétalisés surplombant la ville. Expo gratuite sur les pubs vintage à Singapour. L’occasion de constater que le développement extraordinaire de ce caillou, dû au génie du business anglais (Raffles, en particulier, qui y jouit d’un culte !), ne date pas d’hier. Le contenu n’est pas extraordinaire, mais le contenant est très british : scénographie brillante, ludique, interactive, une vraie réussite. Et c’est gratuit.

dimanche 18 novembre 2018

queen of the hill

La sortie de « bohemian rhapsody » au cinéma, biopic du groupe Queen fort centré sur Freddie Mercury, annoncé quelques semaines en avance avec force diffusions de la bande-annonce, était une surprise pour quiconque n’avait point suivi les aventures méandreuses du projet initié, de ce qu’il me semble comprendre, par Brian May, la tête pensante du groupe, quelques années auparavant. Le casting a mainte fois changé, mais là encore, seul le résultat compte, et finalement Rami Malek emporte le morceau et la critique (et aussi Lucy Boynton, la découverte, qui joue Mary Austin, la femme-de-sa-vie de Farrokh-Freddie — dont les relations deviennent un peu plus compliquée à la mi-1970s, quand l’évidence se fait plus évidente, à savoir un penchant fort gay du chanteur).

En revanche, la réalisation de Bryan Singer (aussi dans la douleur ?) emporte moins la critique, mais totalement le coeur du public, certainement emballé par la narration claire (et évidemment simplifiée pour que ça rentre dans 2h13, et ce quand bien même on s’arrête en 1985 — exit Highlander et show must go on, mais We are the champion de justesse), et forcément, la mise en scène et la musique très bien mise en valeur, outre les nombreux moments croustillants qui émaillent le scénario. Et force est de constater que ça marche ! Peut-être pas du grand cinéma, mais ce n’était pas forcément non plus dans le cahier des charges — et l’exercice n’est jamais très aisé en soi.

Ce qui est cependant le plus ironique est que le chef d’oeuvre Bohemian Rhapsody — que j’ai découvert avec Queen quelques années après l’album solo posthume de Freddie Mercury, apporté par je ne sais plus qui à l’école primaire en 1992 ou 1993, et qui a été immédiatement un des premiers chocs artistiques de ma vie —, dont il est bien raconté comment sa longueur et complexité était un handicap marketing qui lui avait aussi valu de très sales critiques, n’est jamais diffusé en entier le long du film, pas même au générique !

up in the space

Avec « High life », Claire Denis renoue avec le genre du film d’auteur spatial. Un huis clos, un environnement hostile, un enjeu qui dépasse une humanité (difficilement à la hauteur), bref de l’extra-terrestre pour parler de terrestre, le tout enveloppé avec une grosse touche de poésie et de mortalité (brutale, de préférence). Ce n’est pas pour rien qu’on y trouve une vague inspiration de Solaris (plus que de 2001… ou 2010 ?) (on parle aussi de Stalker, chez les critiques enthousiastes, carrément… Pourquoi pas).

Je dirais plutôt que ça ressemble à du Sunshine, plus récent, peut-être parce qu’il y a tout un équipage et qu’il est vaguement question de sauver l’humanité, en l’occurrence en envoyant des missions habitées de condamnés à mort instables et quelque peu trompés (what could possibly go wrong?), qui devront se reproduire malgré les radiations cosmiques — la station qui nous intéresse étant scientifiquement dirigée par Juliette Binoche, sorte de docteur Mengele lubrique de la PMA. Le film s’auto-spoile rapidement pour jusqu’à la quasi-toute fin, cependant, en révélant dès le début que seul Robert Pattinson a survécu, et montrant par flashbacks pourquoi et comment. L’art de se désamorcer.

C’est (délibérément) perché dans l’ensemble, et pas forcément toujours bien cohérent. C’est à prendre comme les films intimistes et psychologiques : il y a beaucoup de choses qui servent uniquement d’alibi, inutile d’aller chercher plus loin. Mais à force, que reste-t-il ? Beaucoup de thèmes fort intéressants ne sont qu’effleurés (tout ne pourrait pas rentrer en 1h51) : les pulsions sexuelles de l’équipage sont explorées dans leur dimension quasi-pornographique mais l’attitude monastique de notre héros (et son insistance sur le tabou) ne nous dira rien de sa condamnation au nécessaire inceste (qui était pourtant au programme, semble-t-il).

En fait, c’est le genre d’oeuvre en co-production à la longue gestation qui souffre d’être trop recherchée, trop intellectualisée, trop esthétisée, pour ne pas décevoir un peu, parce que less is more et keep it simple, stupid. Outre qu’évidemment, une partie du public est forcément paumé (il y en a peut-être qui cherchait de la « pure » SF, dans le lot ? Et pourtant, s’il y a bien un genre réflexif en soit, c’est bien la SF ! Mais il faut faire attention à la limite fragile de la tarte à la crème philosophique). Bref, ce film est un OVNI pas totalement bien fini — comme le vaisseau spatial container-squat qu’il met en scène.

dimanche 11 novembre 2018

quatre Robbins

Je n’étais point trop sûr de trouver un créneau pour la soirée Robins, sur mon agenda particulièrement rempli. Finalement, le samedi 3 novembre semblait faire l’affaire, et B#2 garantissait une distribution de qualité. À tel point qu’une souris vint s’agréger aussi.

Cela fait toujours plaisir de (re)voir du Jerome Robbins. Mais cette soirée a surtout servi à illustrer un fait : les Français ne sont pas Américains et dansent trop proprement. Ça commence dès Fancy Free, qui est une sorte de semi-comédie musicale muette sur une musique de Leonard Bernstein (ça aide), avec une distribution quatre étoiles (cinq si on compte l’absurdité de la situation de François Alu) : Karl Paquette (que j’ai donc vu probablement pour la dernière fois — avant qu’on ne lui fasse un statut spécial pour qu’il revienne régulièrement sauver le ballet, qui ne se remettra jamais trop de son départ à la retraite), Stéphane Bullion, Alice Renavand et Eleonorra Abbagnatto (rejointes plus tardivement par Aurélia Bellet). Et pourtant, surtout chez les messieurs, moins pour le naturellement cocky Alu, on passe un peu à côté de ce que cela aurait dû être. C’est sympa, mais ça ne swingue pas assez.

« A Suite of Dances » avec Paul Marque (en remplacement de Mathias Heymann, encore en SAV après quelques représentations), sur des suites en violoncelles de Bach qui ne marqueront pas l’histoire des interprétations, est du même tonneau : propre, trop propre. Mais on est heureux de découvrir un interprète soliste de talent (21 ans, sujet, Varna 2016), qui a bien le droit d’être encore un peu vert — on a un problème de RH assez sérieux, à l’opéra…

Après l’entracte et un retour en baignoire (où l’on voit toute la scène, certes écrasé en hauteur, mais où l’on entend fort mal), c’est Afternoon of a Faun, sur Debussy, avec Germain Louvet en gentil Faune et Léonore Baulac qui passait par là (après tout, ça se passe dans un studio de danse, ce sont des choses qui arrivent). On n’a pas trop senti la tension anthropozoophile. Dommage. Joli sans plus. On pouvait en attendre mieux. Du stupre, que diable !

Et enfin, le grand Glass Pieces — avec Ludmila Pagliero et Florian Magnenet pour mener toute la troupe. Quel plaisir, cette pièce… Là encore, quand on l’a déjà vu et revu avec les locaux ricains, on a remarqué que ça a plus de tension et de punch, même si c’est moins propre et tout lisse. Faut nous les dévergonder, les loulous.

obsessionnel compulsif

Le dernier Lars von Trier, « the house that Jack built », a profondément divisé la critique, entre ceux qui adorent et ceux qui déteste — personne au milieu, gaussienne inversée. Ceux qui adorent voient un achèvement de l’oeuvre du réalisateur et scénariste, dans un grand tout cohérent. Ceux qui détestent trouvent soit un manque de ré-invention/une trop grande répétion/des tics-tocs (certes), soit un aspect boursouflé dans l’auto-référence (pas faux, mais encore ?), soit passent tellement à côté qu’on se demande s’ils y compris quelque chose. Et à vrai dire, ce n’est pas la première fois que je surprends toute une frange importante de la critique dans l’incompréhension et le contre-sens total (« l’allusion dythirembique à Hitler » étant un sommet de bêtise). Forcément que LVT se croit obliger de forcer le trait et d’être un peu lourdement explicatif sur le sens et la cohérence de ses oeuvres — c’est raté, mais y avait-il un espoir ?

On suit Jack (Matt Dillon) dans ses aventures assassines, pas forcément dans l’ordre (quoique), et le long d’un dialogue en voix off, très dialectique, avec « Verge », qu’on identifiera tardivement comme une sorte de Charon — apparu physiquement très tardivement dans le film, Bruno Ganz crée avec l’anti-héros anti-christique une véritable porte des enfers rodinesque. Parce que finalement, cet exutoire violent avec un homme plein de tocs (dont celui du nettoyage), aussi réaliste qu’un vrai tueur en série sans état d’âme, qui nous débarrasse au début du film d’une pénible Uma Thurman d’un bon coup de cric (un jack, en VO), reste globalement très moral quand on considère la fin ! Chargeons Jack de tous nos inavouables péchés, il ira en enfer pour nous. Quid de Lars von Trier ?

en free style

En couille ? En live ? En roue libre ? « En liberté ! » Pierre Salvadori a écrit une comédie dans une veine de tragique et de second degré qui est habituellement tout anglais. Le public est dès lors plus divisé que la critique : tous les terre-à-terre passent totalement à côté de l’absurde et de la poésie qui se cache un peu partout.

Yvonne (Adèle Haenel), policière en manque d’action, découvre que son mari policier (Vincent Elbaz), héros mort en service, était ripoux, et que non seulement Louis (Damien Bonnard), ancien coéquipier parrain de leur fils, savait et n’en disait rien, mais en plus un innocent, Antoine (Pio Marmai), a été accusé à tort, brisant son couple (avec Audrey Tautou). Celui-ci sortant de prison, Yvonne va devenir son ange gardien tout aussi paumée ; mais Antoine est bien décidé à user de son forfait cumulé par avance de criminalité payé en prison, et donc devient un voyou (rétro-)actif.

C’est souvent jubilatoire. Ça part dans tous les sens, avec un sentiment parfois diffus d’inachevé, dans le foutraque, mais c’est une vraie réussite inattendue.

lundi 5 novembre 2018

politique amoureuse

Après Ida, on attendait un nouveau Pawel Pawlikowski avec impatience. Il nous refait du noir et blanc ; ça vaudrait le coup de se demander ce que ça donnerait en couleur (on peut être Polonais et en couleur, si si !). « Cold war » est en France un titre à consonance plus internationale que l’original « Zimna Wojna » ; et un prix de la mise en scène à Cannes comme visa.

Pawlikowski dresse encore un très beau portrait de femme, avec une actrice qui crève l’écran, Joanna Kulig. Zula entretient un amour tumultueux avec Wiktor, le chef d’orchestre qui l’a recrutée comme artiste dans une troupe à la gloire de la culture populaire, en plein communisme des années 1950. C’est même essentiellement Tomasz Kot, que le film suit finalement, puisque c’est lui qui attend, qui cherche, qui rattrape et perd une fille compliquée dans la plus pure tradition des ENFP de compétition (à mon avis) (on ne voit qu’elle, elle rit et pleure par phase, border line, tendance à l’emphase, intelligente, douée, auto-destructrice, inutilement compliquée, délurée : ça remplit parfaitement le tableau). Ça dure comme cela une bonne quinzaine d’années, entre la Pologne et la France (avec une petite ellipse slave).

Du vrai bon film romantique tumultueux. À peine 1h27, mais si bien mené qu’on a l’impression que tout est accompli.

dernier des Naharin

Avec Sadeh21, Ohad Naharin confirme définitivement qu’il aurait pu être un grand chorégraphe de génie, mais que finalement, de son oeuvre, il ne restera plus grand chose avec le temps. Encore une fois, les quelques éclairs de génie (comme ce formidable check de fesses de danseuses !) sont dilués dans du remplissage exploitant les mêmes idées générales beaucoup trop longtemps, dans un ensemble fort inconsistant, passant de choses à l’autre, sans trop d’égard pour le rythme — et finalement, ce n’est que vers la fin que ça danse enfin en musique (très entêtante), pour une pièce un peu plus consistante. On y trouve d’ailleurs encore les mêmes obsessions du chorégraphe, comme le fait de compter (ici les différents regroupements de danseurs).

Ce n’est pas tout de choisir avec grand talent la musique (et parfois de la composer sous pseudo, peut-on apercevoir au générique, pendant que les danseurs montent et tombent, nous privant ensuite de saluts dédiés, au grand étonnement du public). Ni de promouvoir de jeunes danseurs — le Young Ensemble, qui ne paraît pas si jeune, même si l’on note que la troupe a été entièrement renouvelée (et partiellement transvidée dans la Batsheva ?) depuis la création de 2011. Ni de tenter des choses étranges comme ce décompte des chapitres qui, avançant trop lentement pour les 1h15 que ça dure, saute tout à coup des numéros à la dizaine pour arriver enfin à Sadeh21. Il manque quelque chose. Quelque chose qui fasse que cela marche. Ce n’est pas déplaisant, mais c’est frustrant, quand on voit tout ce potentiel non achevé. Ça donne cependant de très bons clips.

dimanche 28 octobre 2018

western baguette

« The sisters brothers » invente le western à la française, comme il y eut le western spaghetti. Chez Jacques Audiard, l’assassin rustre qui dort à la belle étoile (et avale une araignée dans son sommeil — mieux valait du whiskey, finalement) est lettré, emploi un vocabulaire châtié, à la limite de l’imparfait du subjonctif. Et ils sont une paire (Joaquin Phoenix/John C. Reilly), les frères Sisters (une sororité confraternelle ? Plutôt l’inverse), à arpenter l’Ouest jusqu’à SF, à la recherche d’une autre paire (Jake Gyllenhaal/Riz Ahmed) — de doux rêveurs, leur antimatière (mais avec force points communs, notamment sur le Père). Les deux frères sont très liés (par le sang, pourrait-on dire) mais s’opposent fréquemment par leurs visions contradictoires de la vie.

On peut donc dire que l’affaire est aussi réaliste que le révélateur d’or chimico-magique dont il est question : ça le fait presque, mais non. Pourtant, en recyclant avec talent les codes du genre, Audiard nous fait quand même du Audiard : c’est fort intelligent, il y a de la castagne et du (très) gore, et finalement, c’est très réussi. Contre toute attente ? Du Audiard, quand même !

fille

« Girl » est l’histoire d’une ado particulière. Partant de là, les ligues transsexuelles remontées contre le film (ou sa popularité, allez savoir) deviennent hors sujet. Certes l’héroïne est un héros biologique ; mais le film de Lukas Dhont n’a semble pas prétention à parler pour tous les cas de ce pouillème de la population se sentant mal né. Même s’il n’est pas bien clair que « l’histoire réelle » qui l’a inspiré n’ait pas une approche extrêmement naïve. En revanche, on pourrait peut-être reprocher un peu la facilité de traitement, avec cette tarte à la crème qu’est la danse (où l’on torture volontiers bien son corps, comme chacun sait — clichés-pas-si-clichés), et l’art d’éluder les clés complexes grâce à l’introversion de l’héroïne, qui permet toutes les scènes semi-contemplatives possibles — sur un fond facilement larmoyant.

C’est donc bien fait, mais un poil frustrant — une fois que l’on dépasse la prime-au-sujet (comme c’est aussi le cas avec les films gays et lesbiens, adorés par la critique par défaut). Le rare épisode sur les violences morales entre ados (on se disait à un moment que la Belgique, alternant entre deux langues, était peuplée de bisounours !) est ainsi expédié assez rapidement. En fait, le film brille surtout par l’exceptionnelle interprétation de son acteur principal, Victor Polster, qui une fois transformé en danseuse accède facilement au statut de bonnasse incontestable (de 15 ans). Il est sûr de vouloir garder son pénis IRL ?

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