humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 17 mars 2020

PFOA

« Dark waters » est un film de Todd Haynes, celui du musée des merveilles et Carol, ce qui déjà annonce de bonnes choses. Dans la lignée d’une Erin Brockovich, on donne dans le « le gentil (écolo) vs les méchants (capitalistes pollueurs) ». En l’occurrence, Mark Ruffalo incarne l’avocat Robert Bilott, qui était initialement du côté des pots de fer, mais qui par un concours de circonstances s’est retrouvé du côté des pots de terre. Celui de paysans dont les animaux commencent à devenir fous et à montrer des symptômes plus qu’inquiétants.

Il faut des années pour dérouler la pelote que DuPont lui a refilé pour noyer le pois(s)on. Sa femme (Anne Hathaway, mochifiée en mode années 90) et son boss (Tim Robbins, méconnaissable, il a pris de l’âge et perdu de la rousseur !) menacent plusieurs fois de le lâcher, dans son obsession, mais se révèlent finalement être ses premiers alliés dans une quête qui va accoucher d’un énorme scandale, conté dans un article du NY Times qui inspire le film. De l’atelier du petit chimiste en milieu auto-régulé jusqu’à la révélation fracassante — dont j’avais effectivement entendu parler, quoique sans plus, et qui nous affecte tous. Avec au passage tout ce qu’implique le clientélisme en milieu corrompu (comme quoi, ça ne concerne pas que les mairies communistes). Un film prenant, passionnant et fort bien mené.

Mahler de Jukka-Pekka de Paris

L’Orchestre de Paris accueillait le chef Jukka-Pekka Saraste pour un programme double-Mahler. D’abord, Lieder eines fahrenden Gesellen : le jeune Mahler est très Schubert-like, et quand on lui brise le coeur, il écrit la boîte à outil de ses futures oeuvres. Mais Stéphane Degout, baryton fort réputé, y met malheureusement peu de trippes : c’est très mélodieux, mais ça manque de puissance romantique. Dommage.

L’entracte est une bonne occasion de fuir la saleté de sonotone qui a pourri une partie de la première partie — manifestement le vieux du rang devant, au parterre, qui avait enlevé l’appareil au tout début du concert. La Philharmonie a décidément l’art d’attirer les pénibles. Fuite de l’autre côté, donc, où je trouve une place (il n’y en avait plus des masses !), assez devant, pour mieux profiter encore de la superbe 6ème symphonie "Tragique" de Mahler — celle avec les cloches de vache et le gros marteau (particulièrement grand à l’OdP ! Bam !). La 6ème est dépourvue de mouvement vraiment particulier qui permette d’en garder un souvenir vif, mais il y a quelques phrases musicales typiques de Mahler (qu’on retrouve aussi dans d’autres oeuvres), et le tout est, comme toujours, fabuleux. De grands bravoooooooo ! (Et encore un départ à la retraite)

mardi 10 mars 2020

plus qu’un an

Le dernier Sam Mendes se déroule, comme l’indique le titre, en 1917 et semble inspiré d’une histoire contée par son aïeul. Il fait partie de ces films de guerre qui marqueront probablement l’histoire du cinéma du genre. Et il est à placer, je pense, dans la veine réaliste de Dunkerque (auquel on avait reproché d’être tant réaliste qu’il ne pourrait plus faire la moindre torsion historique) : on est embarqué dans la boue, en temps-réel, en immersion.

Cette fois cependant, on suit deux héros dans une sorte de voyage initiatique qui n’est pas sans rappeler un ouvrage de Tolkien : dans les tranchés, puis la verte prairie, puis le Mordor français de la Somme, on traverse l’horreur ordinaire de la première guerre mondiale. Comme disent les rosbifs, c’est « graphic ». Garanti avec cadavres dans tous leurs états, plus ou moins décomposés et bouffés par les rats (obèses), ça n’a jamais été aussi réaliste. Âmes sensibles s’abstenir. On y meurt pas souvent bien élégamment.

Et c’est ainsi que l’on est confronté à l’absurde de la guerre, et la déshumanisation qui va avec (même quand elle pourrait pointer son nez : entre jeunes gens, peut-être pourrait-on arrêter un bref moment de se trucider ? Ça n’arrivera pas). Dans ce périple postal contre la montre, quasiment exclusivement masculin (seule la Française Claire Duburcq rappelle qu’il n’y a pas que des Anglais et des Allemands en France), où l’on croise quelques grands acteurs (Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch), on se dit à pas mal de moments que tout ce beau monde n’est vraiment pas doué. Mais depuis son fauteuil (pas forcément bien confortable de l’UGC Montparnasse, l’une des rares salles à encore diffuser le film sorti il y a plusieurs semaines), c’est probablement plus simple pour réfléchir que sous la mitraille et les rats. On n’a pas vraiment envie de vérifier.

Outre les prestations de George MacKay et de Dean-Charles Chapman qui portent le film (malgré une maigre expérience cinématographique), on est happé par l’excellente BO de Thomas Newman et quelques scènes dingues (notamment de course, surtout la finale) et des images dans l’ensemble incroyables. Ce qui en fait un film à la fois stressant, peu ragoutant, beau et prenant. Non seulement tous les héros ne portent pas de cape, mais en plus ils finissent souvent en hachis parmentier. Un film assez exceptionnel.

nous et Marcel

« Mahmoud, Marcel et moi », tel était l’intitulé de la soirée dominicale marquant le retour quasi-annuel de Marcel Khalifé, au oud et chant. Le « moi » étant le fils de la star libanaise, Bachar Mar-Khalifé (piano, chant, conception), tandis que l’autre fils, Sary Khalifé, est au violoncelle. Pour compléter le groupe : Nenad Gajin (guitare électrique), Anthony Millet (accordéon), Aleksander Angelov (contrebasse) et Dogan Poyraz (percussions) ; Pologne, Hongie, Serbie, France…

Le « Mahmoud » en question est Mahmoud Darwich, le poète palestinien qui a écrit les textes des principaux hits — et dont le WE entier était dédié à la philharmonie. Textes vidéoprojetés, par dessus des animations bien faites. La construction des différents morceaux est généralement similaire : d’abord une longue montée purement instrumentale, puis le chanter, en ajoutant toujours du volume, crescendo, culminant alors dans une sorte d’orgasme, avant une redescente assez rapide.

Il faut voir le public, à fond. Toujours bien présent pour ce soirées, connaissant par coeur les chansons dans les multiples rappels (faisant passer le concert de 1h15 à quasiment deux heures). Mon binôme attend Rita (et le fusil) (comme la dernière fois ?), et ça chante là encore. Le groupe est plusieurs fois rappelé, d’abord avec du succès, mais à un moment, il faut bien arrêter. Public déchainé.

Marcel Khalifé le communiste a réussi à mondialiser une musique où il excelle, sans y avoir apporté grand chose de bien original diront les spécialistes (si ce n’est quelques hérésies pianistiques, rajouteront les mêmes grincheux ?), comme tant d’autres restés dans l’anonymat. Il y a évidemment une sorte de contradiction qu’il ne lui est pas propre — les rockeurs anarchistes qui finissent dans l’industrie musicale et n’ont pas le bon goût de faire une overdose sont de cette eau-là. Il n’empêche qu’en prêchant ce style musical typique au quatre coins du monde, amenant la joie dans les coeurs d’une diaspora très probablement fantasmé (le mélange palestinien n’y étant probablement pas pour rien), le rôle du musicien est bien tenu. Il serait dommage de bouder son plaisir.

lundi 2 mars 2020

NHKhatia

Une fois par an, Paavo Järvi revient avec son NHK Symphony Orchestra Tokyo à la Philharmonie. Paavo le toon et ses sérieux Japonais pas mangas du tout. Pour le folklore local, on commence avec du Toru Takemitsu, « How Slow the Wind ». J’ai eu l’impression de l’avoir déjà entendu. En réalité, c’est là où le blog est bien pratique, c’est mon cinquième Takemitsu (une seule fois réellement apprécié), mais première fois pour cette oeuvre, qui utilise une grammaire musicale contemporaine devenue tellement classique qu’on a l’impression de l’avoir déjà entendu plein de fois. Phrases courtes, suraigus de temps à autre, base de percussions, c’est une sorte d’impressionnisme musical visuel — ce qui est peu étonnant étant donné le CV de musiques de films japonais du compositeur nippon.

Mais l’astuce pour bien remplir la salle, bien plus que d’habitude, outre les habituels nombreux Japonais, c’était de faire venir Khatia Buniatishvili au piano, pour le fort classique troisième concerto de Beethoven, dont on oublie régulièrement la teneur. Khatia romantique arrive avec une robe à sequins multicolores, et regarde régulièrement le plafond pour l’inspiration (capillaire). C’est quand même beaucoup de cinéma. Khatia dérive, je trouve, et j’en ressors un peu déçu, outre que l’orchestre n’était pas forcément des plus inspiré (« en creux », comme dira l’ami berlinois). Pas fou fou. 

En bis, l’Impromptu No. 3 in G-Flat Major (Op. 90, D. 899) de Schubert, qu’elle joue toujours très bien, un grand classique khatiesque. Entracte. Décision est prise de fuir les pénibles. Mais en fait, les pénibles fuirent d’eux-mêmes. L’occasion de s’avancer plus, avec plusieurs sièges libres tout autour, et même un couloir. Bref, c’était blindé d’invitations et de gueux venus seulement voir Khatia, qui ne vont pas se taper un truc inconnu de plus d’une heure pour terminer après 23h !

En l’occurrence, nous, les vrais, on ne venait que pour ça : la septième de Bruckner. Alors bon, c’était pas toujours bien synchro ni propre, mais il y avait de la volonté, de l’huile de coude et des moments-frissons. Pas la meilleure interprétation (ça ne vaut pas les Allemands, les Hollandais, les Londoniens…) mais quand même de la bonne. Et puis il y a le plaisir de voir la petite japonaise à frange au tuba wagnérien qui balance du gros son.

En bis, le spleen nippon en action, très beau, la Valse triste de Sibelius. Et si c’était ce répertoire qui correspondrait le mieux, comme les Japonais se sont révélés redoutables avec du Bach ?

dame de fil blanc

Qui a remarqué que l’Opéra Comique est domicilié au 1 Place Boieldieu ? De François-Adrien Boieldieu.

Avec son 26e opéra-comique, Boieldieu enthousiasma Rossini : « Vous avez accompli un tour de force, êtes resté spirituel et vrai, animé et dramatique », Weber : « Depuis Les Noces de Figaro, on n’a pas écrit un opéra-comique de la valeur de celui-ci » et Wagner : « C’est la plus belle qualité des Français qui s’exprime dans cet opéra ». La Dame blanche fut le premier titre de l’Opéra Comique à atteindre 1000 représentations et connut un succès mondial et durable, jusqu’à inspirer la fin du Trésor de Rackham le Rouge à Hergé.

Et puis : plouf. Comme toutes ces rues qui mènent à l’opéra Garnier, décoré de bustes d’illustres inconnus. D’ailleurs, le livret de « La Dame blanche » est d’Eugène Scribe, une autre célébrité de l’époque quasiment disparu de l’histoire. En 1825, c’était une tuerie, donc. Quid en 2020 ? Alors que je dégustais quelques petits fours gratuits philanthropiques à la philharmonie, après quelque présentation de la prochaine saison de l’orchestre de Paris, un homme charmant avec qui j’ai lié discussion me recommanda chaudement ce revival, dont je m’aperçus qu’il était justement programmé sur la soirée où mon binôme usuel d’opéra avait récupéré une place. Pourquoi ne pas regarder s’il en reste, dès lors ? Pas grand chose, mais de quoi faire pour peu de pécule : tardant trop pour Internet, un coup de fil m’assura d’une place a priori pas trop mauvaise, que je n’eue pas même à rejoindre physiquement…

Une très bonne position pour admirer une mise en scène de facture classique par Pauline Bureau, en vieille fausse pierre, en tartan (comme les ouvreuses) (dont une mini super mignonne, premier balcon cour), qu’un ponte universitaire qualifia à l’entracte de « provinciale » (bingo : coprod avec Limoges, comme quoi j’aurais peut-être pu l’attraper là-bas), et en tout cas d’âgé. Bon, au moins, on évite les nazis (quoique, on y a échappé de peu avec les simili-juges en simili-cuir noir — des simili-nazis ?) et la vidéo a apporté une originalité certainement absente de l’original en 1825.

Le problème est que le livret oscille entre le tarte et tartan, ou autrement dit, c’est une dame blanche cousue de fil blanc. On y trouve tout le bingo de l’opéra d’époque : masque, enfant perdu, tuteur tortionnaire de jeune fille, amour contrits et multiples des mêmes personnes sous différentes identités, vente de château, paysans aimables folklorisés, etc. Et puis l’intrigue qui se veut compliquée alors qu’elle ne l’est point des masses. Au bout de 1h50, au moment de la fin de la première partie, on se demande en choeur : « quel est ce mystère ? » Une partie de la salle n’attendra pas les dernières quarante minutes pour le savoir. On les devine, depuis, transis d’interrogations qui les poursuivront jusqu’à la tombe.

Si la direction musicale de Julien Leroy de l’Orchestre National d’Île-de-France est solide, et la partition plaisante, on n’en garde guère de souvenirs rapidement. Les chanteurs sont aussi tous très bons : d’abord Philippe Talbot qui tient le premier rôle de Georges Brown, brave soldat ; et Elsa Benoit en Anna, qui cache bien son jeu, et doit souffrir de l’intendance de Jérôme Boutillier (Gaveston). Sophie Marin-Degor (Jenny) forme avec Dickson (Yann Beuron) un couple de fermier accueillant et fan de soldats. Complètent la distribution Aude Extrémo (Marguerite), Yoann Dubruque (Mac-Irton) et le choeur Les éléments. Tout cela est bien et bon, historiquement intéressant, à voir sans doute, mais on comprend aussi assez facilement pourquoi ça a sédimenté par dessus.

tant que dure la guerre

« Lettre à Franco » est le dernier Alejandro Amenábar qui a divisé la critique, une moitié voyant un téléfilm, à tout du moins un film de facture fort classique, indigne des précédents chef d’oeuvres de la filmographie. Étrangement, on ne trouvait pas cette critique acerbe pour le dernier Polanski ; ça se joue à pas grand chose… Il n’empêche que dans la catégorie des films historiques traitant de sujets a priori connus mais en réalité pas tant que ça, ça fonctionne fort bien : on comprend enfin, dans les grandes lignes, comment on est arrivé au franquisme en Espagne, et ce à travers le parcours politique et philosophique d’un vieil écrivain, philosophe et universitaire fort célèbre, un intellectuel extrêmement respecté de l’époque, Miguel de Unamuno.

Karra Elejalde, vieilli, interprète cette sommité égarée dans ses propres fantasmes politiques. Il a commencé bien à gauche et en a payé le prix par le bannissement sous la monarchie, mais avec l’âge, il a appris à chérir l’ordre et la stabilité de la jeune République autant que la syntaxe. Et pour sauver la République menacée de tous les extrémistes, il a décidé de soutenir fortement la junte militaire… qui va en précipiter la chute (Star Wars 1 à 3 était donc inspiré du franquisme ?). Bref, il est cocufié, et la dissonance cognitive peut être forte, même chez un intellectuel ; en voyant ses propres amis, avec qui il aime à disputer politique, se faire arrêter et disparaître un à un, il comprend enfin. Dure est la chute dans la désillusion au crépuscule de sa vie.

Amenabar montre cette période bordélique, ce tripot de l’histoire où cela s’est joué entre la république, la monarchie, le communisme et le fascisme déguisé, avant que ces derniers ne gagnent, avec un général introverti, illisible et pieux, prenant par la ruse la tête des autres généraux de la junte militaire — suivant une procédure où ça se tient par la barbichette. Voilà comment on devient le dictateur sanguinaire à la plus longue durée en Europe occidentale : dans la discrétion, et en se faisant voter les pleins pouvoir « Mientras Dure la Guerra » (titre original).

Concernant la traduction française du titre, c’est qu’au-delà de montrer comment la lutte contre l’oppression a amené à l’oppression (plus terrible ? On ne saura pas, les communistes n’ont guère montré plus de vertu à l’Est), notre héros va adresser un discours final inspiré par une lettre qu’il aurait dû remettre. Pour remettre les pendules à l’heure — et notamment montrer que « viva la muerte » est essentiellement une stupidité meurtrière folle. C’était évidemment vain. Peut-être pas un chef d’oeuvre cinématographique, mais un film salutaire à voir, surtout en cette période où la population se centralise de nouveau par les forces centrifuges extrêmes. La pulsion de mort.

victoroncelle

Pour la 2e session du Grand week-end violoncelle au TCE, la nouvelle étoile montante Victor Julien-Laferrière, précédemment entendu assez difficilement sous une chaleur étouffante et un soleil brulant au parc floral. Cette fois, dans une salle peu remplie où l’on pouvait se replacer assez aisément avec sa souris, c’était plus agréable.

Au programme, quatre pièces. D’abord, Beethoven, Douze variations pour piano et violoncelle, sur un air super connu… de Mozart ! Que je n’avais point reconnu, un morceau de Flûte. Ça alors ! Puis Mendelssohn, Sonate pour violoncelle et piano n° 2 op. 58, c’est plus sérieux, mais aussi moins passionnant — reposant, dira-t-on. Justin Taylor, au piano vintage (pianoforte ? Pas totalement sûr), laisse alors place à Jonas Vitaud, sur un piano Steinway plus classique. Plus invisible : Victor a aussi échangé son violoncelle, passant des boyaux au cordes modernes.

Et c’est ainsi qu’on attaque la seconde partie intéressante, avec Britten, Sonate pour violoncelle et piano op. 65 : très beau et d’une grande originalité, qui n’est dépassée que par Thomas Adès, Lieux retrouvés, pour violoncelle et piano. Un feu d’artifice d’inventivité, avec un mouvement désynchronisé, suivi d’un mouvement qui chuchote à peine… Une sacrée découverte !

En bis, une pièce avec violoncelle et piano à quatre mains, dont je crois me souvenir que c’était du Brahms, mais je ne retrouve l’information nulle part et j’ai oublié de noter… Au dehors, dans le hall, une petite exposition de violoncelles — mode luthier en kit — et d’archets, et puis notre héros qui signe. Je ne doute pas qu’avec nos connaissances communes, je finisse bien par pouvoir lui demander quelle était cette dernière pièce du programme.

arlequine

« Harley Quinn: Birds of Prey » brille par la présence de Margot Robbie  <3, qui prouve encore une fois que les plus belles putes d’Angleterre ont été exportées en Australie (ils auraient dû les garder). Moins par le travail de réalisation de Cathy Yan (qui a pourtant tout pour plaire : née en 83, Princeton, un MBA…), mais en même temps, les scénarios et films des DC sont généralement très en deçà de ceux de Marvel. Justement, Harley Quinn (orthographe folklo d’arlequin, apprend-on durant le film — la révélation) est issu de Suicide Quads, 2016 déjà, vu dans un avion — un format idéal. C’était probablement le personnage le plus intéressant de ce spin off dont on dérive donc encore un autre spin off, espéré plus ou moins féministe. Certes du girl power violent, avec une sorte d’ENFP border line, ça ne peut être que du positif. D’où ma présence dans une salle de trois personnes à Limoges pour de la VO mélangée de VF (eurg).

Mais avec un scénario toujours fini à la hache, avec trop de WTF et de la voix off à gogo, on se hisse au dessus du médiocre malgré de très bons moments — trop épars. L’art d’Hollywood oblige à être tout de même moral : ce sera donc filles bafouées vs bad boys (mené par un Ewan McGregor vaguement psychopathe — vague ref à Batman absent, Joker out). C’est acidulé, regardable mais marginalement raté, bref ça fonctionne difficilement malgré beaucoup d’efforts et de bonne volonté. Mais moins pire qu’une Wonder woman, par exemple : les psychos sur-intelligentes délurées, c’est quand même intrinsèquement bien meilleur !

lundi 24 février 2020

ombre pour autrui

Cela faisait très longtemps que je n’avais vu de femme sans ombre. Die Frau ohne Schatten, du duo bénéfique Richard Strauss/Hofmannsthal, c’est un mix entre La flûte (parcours initiatique), Faust au féminin (le contrat avec les petites lignes damnées) et la gestation d’ombre pour autrui. Un livret métaphorique un peu dingue, et une composition superbe. Mais cette fois sans la mise en scène de Wilson, seulement quelques disposition de chanteurs dans la salle, de temps à autre, pour donner du relief.

Le TCE, où tous les ninjas de la création ont convergé pour l’occasion, et où Laurent, ne pouvant arriver pour 18h30, a pu upgrader nos places (avec mon binôme baroque en mode découverte et absolument ravie) pour un premier rang de première loge dans le tournant pair (j’en ai profité pour donner ma propre place à une revenante opportune, Léa !), a programmé une distribution sans faille. L’Impératrice par Elza van den Heever, l’Empereur par Stephen Gould et Michaela Schuster comme Nourrice ; Lise Lindstrom pour la Teinturière et Michael Volle pour Barak, son mari. Et Katrien Baerts, la voix du faucon. Les renforts (Bror Magnus Tødenes - L’apparition d’un jeune homme ; Andreas Conrad - Le Bossu ; Michael Wilmering - Le Borgne ; Thomas Oliemans - Le Messager de Keikobad ; Nathan Berg - Le Manchot) sont eux aussi impeccable, tout comme le Rotterdam Symphony Chorus agrégé de la Maîtrise de Radio France.

La baguette de Yannick Nézet-Séguin (qui est vraiment minuscule, quand il embrasse le cast féminin il est à hauteur de seins !) est à la hauteur de sa réputation. Je ne sais pas si j’avais déjà entendu le Rotterdams Philharmonisch Orkest, mais force est de constater que la partition de Strauss a été sublimée. Une soirée très attendue et superbe comme espérée.

- page 1 de 304