humani nil a me alienum puto

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dimanche 21 décembre 2014

métapuzzled

« Puzzle » était en fait « third person » dans son titre VO, et cela était BEAUCOUP plus intéressant : le dernier film de Paul Haggis, injustement proposé « aux amateurs du genre », de celui où les destins de personnages qui n’ont a priori rien à voir se croisent, révélait une prise de risque scénaristique (narrative) qui sauve les quelques défauts de lourdeur du genre habituel auquel l’affaire était réduite (condamnée, même). C’est que c’est bien plus malin que cela, et tout bascule à un point du film où l’on se dit justement « WTF ? », et que ceux qui n’ont pas compris ont retenu comme simples « invraisemblances » — sans revoir l’affiche du film ?

« Third person », c’est l’indice-chez-vous de Question pour un champion. Avant la question érudite, justement. Pour patienter, on a un casting de rêve : Liam Neeson, Maria Bello, Mila Kunis, Kim Basinger, Adrien Brody, Olivia Wilde (MON DIEU CETTE FEMME. On en voit tous les détails, qu’on lui file un award, n’importe quoi !), James Franco et Moran Atias. 2h17 était un peu long, mais le risque pris mérite d’être salué : ce n’est pas tous les jours que l’on voit ça au ciné, et pour faire une critique sans écrire le mot fatidique de ce dont il s’agit et qui spoilerait l’affaire, ce n’est vraiment pas simple non plus !

doux wondeful agneau

Le Messie annuel est une tradition. Cette année, ce fut au TCE, avec Nathalie Stutzman, toujours en reconversion intensive. La salle était tellement blindée qu’il fut quasiment impossible de se replacer, à peine un petit décalage au fond de premier balcon pour donner un peu de place aux jambes, après l’entracte. On connaît la partition de Haendel jusqu’aux derniers recoins, inutile de s’étendre. Hinata-chan a trouvé que ce n’était pas le meilleur qu’on ait entendu ces dernières années, mais qu’il était de fort bonne facture : j’abonde en ce sens.

Nathalie Stutzmann  direction
Susan Gritton  soprano
Sara Mingardo  alto
Benjamin Bernheim  ténor
Andrew Foster-Williams  basse
Orfeo 55
Chœur de Chambre de Namur

À midi, j'avais mangé (par pur hasard) une souris d'agneau. Journée thématique.

adieux Lemieux

Marie Nicole Lemieux, si j’ai bien compris son discours final, faisait sa tournée d’adieux — pour ce que cela vaut dans les métiers artistiques… Ou alors j’ai très mal compris, et c’était la dernière de sa dernière tournée (?). Au TCE samedi dernier, la salle était suffisamment pleine (assez rare ces temps-ci pour être noté), mais permettait cependant un recentrage fort opportun. Au programme, « Viva Vivaldi » :

Sinfonia extraite de Il Giustino
« Dite, che v’ho fatt’Io... Dividete O giusti Dei », air extrait de Farnace
« E morto si, tiranno... Svena uccidi », air extrait de Bajazet
Concerto pour deux violons et basse continue RV 516
« Amorose a’rai del sole », « Così potessi anch’io », airs extraits d’Orlando furioso
Sinfonia pour cordes et basse continue RV 157
« Brami le mie catene », « Infelice Griselda... Ho il cor lacero », airs extraits de Griselda
Concerto pour quatre violons et basse continue RV 580
« Aure lievi che spirate... », air extrait de La Fida ninfa
« Come l’onda », air extrait d’Ottone in villa

Au retour de l’entracte, les deux premiers violons de l’ensemble Venice Baroque Orchestra ont voulu donner dans le virtuose, mais étaient tellement désaccordés que cela blessait les oreilles — mais manifestement pas d’une grande partie de la salle, seule une minorité restant interloquée, comme pour les concerts nouveaux de Malgoire qui écorchent aussi les tympans. Et au détour d’un « réaccordement » de l’orchestre, tous les violons finirent désaccordés de même. Mais quelle est cette histoire-là ?

Heureusement, notre héroïne est restée égale à elle-même. Enchanteresse, elle nous fit bien rire pendant son adresse à un public totalement conquis par tant de délicatesse. Elle avait déjà prévu un autre passage fameux d’Orlando Furioso, puis un autre bis, une cantate de Noël je crois (« vous allez reconnaître » — les fans qui connaissent tous ses disques ?). Embarrassée par tant de louanges du public, consultant la vox populi pour connaître son dernier souhait, et après une concertation très improvisée avec l’orchestre, piquant un bout de partition au violoncelliste pour le mettre sur un chevalet unique partagé par tous les violons (un joli petit troupeau), elle finit par entamer un « lascia ch'io pianga  » de toute beauté.

traité d’équarrissage d’orque

Le dernier volet du Hobbit, sous-titré « la bataille des cinq armées », dont le principal suspense est de savoir quelle sera justement cette 5ème armée (avant de se dire « ah mais c’est bien sûr ! »), signe la fin du prequel de Tolkien que ne lisaient que les forcenés du Seigneur des Anneaux, quand j’étais jeunes, qui avouaient invariablement que ce volet était fort ennuyeux. Le film pourrait donc l’être moins que le livre, mais a bien du mal à être palpitant.

Une fois le sort du dragon échappé du volet précédent réglé comme on pouvait s’y attendre, on se demande pourquoi le nain-roi ne se fait pas plus tirer les oreilles par son petit peuple — ce qui dénote peut-être un certain manque de crédibilité à l’ensemble. Les épisodes se succèdent de manière fort linéaire, et si on en arrive à un affrontement Elfes-Nains, c’est surtout l’équarrissage d’orques qui nous intéresse. L’orque, c’est comme le romain dans la série télévisée Spartacus : ça se tue de bien des façons, dont on ne nous épargnera aucune, mais seul le chef est vraiment hyper difficile à battre, les autres étant paradoxalement chacun mortel en soi, mais (facilement) tuable en lot sinon.

Orque embroché, orque grillé au barbecue, orque sauce piquante, orque en lamelle, orque bouilli, orque saignant, autant de façon de préparer son orque. Au final, ça se regarde pendant 2h30 environ, ça n’est pas hyper palpitant malgré ce que veut nous faire croire l’incessante musique (qui s’arrête au moment le plus dramatique, et tout à coup, on se demande même ce qu’il se passe…). Et on se dit : « certes » (comme au jeune ouvreur un peu débile qui nous informe qu’il n’y a rien après le générique…)

mardi 16 décembre 2014

piano mouton

Au TCE, Evgeny Kissin est encore venu faire des miracles. D’abord, avec un bon vieux Beethoven et la Sonate n° 21 « Waldstein » : l’une des mes toutes premières découvertes, que je n’avais entendu depuis une éternité, mais que je connais par coeur tout de même. Pour continuer dans le formidable, un Prokofiev, Sonate n° 4. Et après l’entracte, un défilé de Chopin : Nocturnes op. 9 n° 1, op. 9 n° 3, op. 48 n° 1 ; Mazurkas op. 6 n° 1, op. 6 n° 2, op. 6 n° 3, op. 7 n° 2, op. 7 n° 3, op. 41 n° 1. Quoi de mieux alors qu’un Liszt, la Marche de Rakoczy évidemment, pour terminer tout cela en beauté ?

Quelques bis (trois, de mémoire, ce serait bien de les référencer quelque part, comme avant…), et on quitte le génie mouton Russe, déjà à regret.

au Turner

Mike Leigh raconte pendant 2h30 la vie de « Mr Turner », le peintre célébrissime en Angleterre, moins ailleurs (sauf à l’occasion d’une rétrospective au Grand Palais, par exemple…) : c’est que ses oeuvres sont très concentrées à Londres. Turner, c’est l’ocre. Tiré jusqu’à un point que ça a fini quasiment en art abstrait — mais le film nous révèle donc qu’il ne perdait alors pas la vue.

Timothy Spall (Queudver, chez Potter) incarne le génie bedonnant et grogneur. 50 shades of grognements, pourrait-on même dire. Il arrive un moment où le public en rit même (ce qui le décontracte un peu l’atmosphère odorante et tendue après une douzaine de sonneries intempestives de téléphones). Turner était reconnu de ses pairs, apprécié, mais aussi revêche et incontrôlable. On suit toute une époque, à travers lui — on croise d’autres peintres, comme Constable, qu’il défit en défigurant une de ses toiles d’un coup de pinceau rouge, alors que l’autre s’échine à en faire quelque chose de son côté. Tout cela est parfaitement anglais, avec ce mélange étrange de distinction et de porcherie décadente.

Un peu long, mais inattendu. Une fresque vivante, où ça grogne beaucoup.

rare donc cher

L’expo de la BNF "l'éloge de la rareté" est un inventaire à la Prévert des objets rares, parce que vieux, quasi-disparus, pièce (quasi) unique, très ancienne ou franchement récente (donc probablement de l’ordre du nawak). C'est une sélection dans le fond de la bibliothèque, arrangé de manière plus ou moins arbitraire par le commissaire.

Des couvertures en cuir originales, un traité de médecine hyper-célèbre dont il ne reste pourtant presque plus aucun exemplaire, un philosophe évaporé de l’histoire (de La Mettrie, dans la veine Lumières-extrémiste — on regrettera plutôt que ses camarades tout aussi éclairés n’aient pas subi le même sort), une affiche de la comtesse du Barry (presque 50 ans et oubliée dans son château, mais se faisant moins discrète en promettant récompense pour retrouver sa longue liste de bijoux volés indécente en pleine Révolution). Il y a de tout, même une planche peinte à la main originale d’Asterix. Un patchwork intéressant où il faut chiner. Avec un guide (gratuit, pour la journée de portes ouvertes), c’était encore mieux.

En fin de journée, Fabrice Lucchini lisait de la poésie choisie par ses soins, dans une salle blindée ayant dû patienter pour cause de taxi malaimable avec les chiens miniatures japonais (Shiba) : l'alibi rêvée pour le trublion lecteur de laisser libre cours à sa misanthropie, dont le public fut victime collatérale, introduisant par prétexte son auteur fétiche Céline, mais devenant victime de sa propre farce lorsque le public demanda, pour combler la demie-heure gratuite dans l'auditorium de la BNF (à laquelle on accède par un passage en hauteur hallucinant), un extrait du misanthrope. Le tout de tête, le livre servant de support décoratif. Un show d'intellectuel surjouant pour un public forcément déjà conquis.

dans la vague

Ce n’est pas la première exposition Hokusai qui ait eu lieu à Paris ces dernières années. Mais la rétrospective du Grand Palais, par l’entrée de côté, attire bien du monde depuis quelques mois, notamment après la période de roulement des oeuvres exposées, pour raison de conservation. Il faut dire que s’il fait noir, froid, et qu’il faut se pencher souvent, les estampes présentées sont dans un tel état exceptionnel pour leur âge plus que bicentenaire, que l’on se plie bien à ces exigences.

L’exposition a un ordre évident : chronologique, suivant les changements de noms et les phases du maître, depuis sa jeunesse d’apprenti jusqu’à ses 89 ans — il avait prévu vivre jusqu’à 110 ans pour achever la totale maîtrise. Un défilé de carpes (« noires comme celles du Japon de la fin du XVIIIème siècle », nous précise une fois le cartouche…), de personnages animés, de dragons, de paysages splendides dont l’inspiration chinoise saute assez souvent aux yeux (les Chinois ne semblent pas très avares sur la paternité de l’oeuvre japonaise, tandis que la leur n’a pas connu le même succès…).

Mon accompagnatrice Hinata-chan me fit la même remarque que la souris : « c’est beau, mais je n’y comprends rien ! » Il est vrai que sans plus connaître précisément de la technique nipponne, mon exposition personnelle quoiqu’indirecte (puisque n’y ayant jamais mis les pieds, à mon grand damn), je n’en ai pas ressenti le manque ; mais pour le total néophyte, qui ne parcourt jamais Guinée ou l’A&V museum, le dépaysement doit être certain… Nombre d’oeuvres y figurent pourtant au catalogue, comme les 36 vues du Mont Fuji (là encore partiellement présentées), dont la fameuse Vague, ici présente en exemplaire unique (j’en ai déjà vu bien plus… Ne serait-ce qu’au British Museum, dernier étage dans le coin).

Dire que certains kakemono, rouleaux dans des états de conservation parfaits, sont issus de collections privées ! Moi aussi, je veux un dragon dans mon salon, pardi. Quel plaisir de voir rassemblés autant de petits livrets de la série Manga ! Voilà un héritage historique décisif. Une très bonne exposition, attirant un monde fou, avec un ensemble d'oeuvres très complet et plus rare d'Hokusai (mais toujours une absence de « la femme du pêcheur »).

mardi 9 décembre 2014

que Dieu vienne en aide aux filles

Stuart Murdoch est vraiment malin : avec sa bande-annonce de « God help the girl », il nous promettait un film léger à base de clip pop sur une musique irrésistible. Et non seulement ladite musique n’y figurait finalement plus, mais voilà que le sujet mêlait tout autre chose de plus grave — et adolescent —, sur des clips certes, mais en forme de comédie musicale. Il y a un goût de revival des années 70, à Glasgow, entre trois jeunes gens à l’orée de leurs vies d’adultes — Emily Browning, Hannah Murray et Olly Alexander.

Jolies images, très jolies musiques, jolie histoire, se traîne parfois un peu, doucereusement mélancolique, des personnages irrésistibles et pertinemment brossés, un premier film réussi.

vers l’infini et l’au-delà

« Interstellar » a souvent un goût de 2001, mais avec cette couche psychologique de Christopher Nolan, même si l’histoire de 2h49 (oui quand même !) peut sembler assez prévisible (au fur et à mesure de la progression) pour tout fanatique de Star Gate qui se respecte (plutôt SG Universe, d’ailleurs). Pourtant, le projet date de 2006, et Nolan l’a intégralement récupéré plus tard. Dans le rôle principal de l’explorateur sacrificiel ayant la responsabilité de trouver un monde nouveau, Matthew McConaughey assure une prestation absolument crédible, sans tête de jeune premier. Anne Hathaway préside aussi au repeuplement de la Terre, rôle tantôt échu à Emma Watson au début de l’année dans un navet cataclysmique, et nous en sommes fort aise. On trouve de la vielle légende — Michael Caine —, de la rousse formidable — Jessica Chastain —, une jeune fille dont la beauté est à se damner — Mackenzie Foy, appeau à pédophile mais bientôt légale —, et même des seconds rôles de premier choix — Casey Affleck, Matt Damon.

Habitué des pirouettes depuis Inception (qui lui aussi allait puiser dans du connu — du eXistenz ou du Matrix), Nolan arrive à reboucler sur lui-même et à justifier ses paradoxes temporels comme il peut (en vrai, ça ne tient pas forcément debout, mais on lui pardonne : ce n’était pas gagné, et c’est plutôt bien trouvé). En plus, pour une fois, on ne raconte pas trop de conneries physiques (et on a une relativité générale appliquée, chapeau !), on sent que la série Stargate a eu des effets bénéfiques sur les scénaristes de science fiction. Pour un film du genre, et allant même convertir des non-habitués, c’est franchement réussi. La musique splendide d’Hans Zimmer y fait pour beaucoup, mais même en se doutant dès le début de l’issue (par un truchement sénaristique qui, reprenant les codes des reportages modernes, nous faisait au début craindre le pire), on se sent souvent pris dans une sacrée essoreuse. Lessivé, mais content.

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