humani nil a me alienum puto

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lundi 13 août 2018

amours nippons

Retour chez les hétéros. Au Champo, il y a une rétrospective Ozu. Queue incroyable au dehors — pour Ozu, ou pour le frais ? C’est le « Printemps tardif » (Banshun), la saison des mariages. Mission : marier Noriko (Setsuko Hara), en 1949. Un conte moral sur la famille japonaise, en mutation, à la charnière des époques (on parle de divorce, d’ailleurs — sujet devenu fort tabou dans les récents Senses). Longues scènes quasi-contemplatives. Et toujours une grande sensibilité, et un humour subtil dilué. C’est joli tout plein.

contre-éducation de Chloë

Hasard total du calendrier — d’autant que le précédent a été visionné fort en retard, dans une des rares salles le diffusant encore —, les films de lesbiennes contrites s’enchaînent. Cette fois, c’est la choupie Chloë Grace Moretz qui roule des pelles et pelote des jolies demoiselles, mais se fait pincer, et ça tourne mal avec les religieux locaux — après les Juifs, les Chrétiens (épiscopaux) ; ça pourrait presque être le prequel dans une réalité alternative. The Miseducation of Cameron Post (traduit en « Come as you are ») est aussi adapté d’un roman (Emily Danforth). Desiree Akhavan est moins subtile sur le plan psychologique, même si le film traite des centres de rééducation américains, où l’on pratique de la psychanalyse à la petite semaine à coup de Jésus, pour remettre dans le droit chemin hétérosexuel les brebis égarés (notons la capacité extraordinaire du monde chrétien, héritée des Romains, pour assimiler leurs ennemis : la psychanalyse, c’est comme le rock).

Bienvenue chez les fou plein de bonnes intentions (les pires). Ce n’est pas non plus aussi schématique qu’on a pu reprocher au film. 1h30 qui se regardent très bien.

Rachel au carré

« Disobedience » commence par un prêche. Celui d’un rabbin fort respecté. Il explique que la place de l’homme, création divine entre les anges et les bêtes, est singulière par son accès unique au libre arbitre — autrement dit, la possibilité de désobéissance. Et alors que Dovid l’assiste, il meurt tout à coup.

Ronit, photographe à NY, s’avère être sa fille. Son retour à Londres n’était pas attendu, et sa présence provoque des malaises en série. Elle avait décidé de fuir l’étouffement local de cette communauté de juifs orthodoxes. La religion relie dans l’homogénéité, mais Sebastián Lelio ne cache pas la violence extrême exercée contre les membres qui oseraient s’en détourner, ne fut-ce que par un comportement jugé non standard. Disobedience dépasse clairement le sujet des relations entre Ronit et Esti — Rachel Weisz et Rachel McAdams, deux sublimes Rachel complémentaires jusqu’au nez concave et convexe.

Dogmes, contradictions et non-dits très forts. Le livre de Naomi Alderman a inspiré Rachel Weisz comme productrice, et co-plein-de-choses dans ce film qu’elle porte merveilleusement bien. On démêle le passé au fur et à mesure, avec une grande délicatesse, dans l’inconfort de cet environnement trop formaté et réactionnaire pour être pris au sérieux quand il parle de liberté et d’amour, pour enfin envisager le futur (finalement incertain, ou plutôt : enfin incertain !). C’est très bien mené.

MI6

Pour un 6ème mission impossible, 22 ans après le premier opus, aucun hommage n’a été prévu pour l’agence anglaise du même nom. Il faut dire que ça ne marche pas très bien en VO, cette amusante allusion qui ne pouvait arriver qu’avec une longue série de films issus d’une série qui avait déjà connu une série de séries… Mais on revient en France, comme pour le premier épisode, à Paris ; et beaucoup à Londres aussi, comme pour Rogue Nation, 5ème opus dont on tient là la suite directe. Ce qui implique de revoir Sean Harris en Solomon Lane et Alec Baldwin pour Alan Hunley — mais on a perdu Jeremy Renner (et donc les costumes de Timothy Everest ? Il tirait à l’arc chez Marvell). Surtout, on retrouve la sublimissime Rebecca Ferguson, qui outre ses innombrables qualités, n’est que de un mois et demi mon aînée (je suggère qu’on lui construise des temples et qu’on lui voue un culte). On retrouve aussi Ving Rhames (qui ne servait pas à grand chose la fois précédente, me semble-t-il), et surtout, surtout, on peut enfin comparer Michelle Monaghan à Rebecca — quel étonnante ressemblance ! Mais Rebecca est réellement la perfection incarnée. Et parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne, Tom Cruise, qui ne vieillit plus (hum), est associé à son néo-réalisateur-fétiche Christopher McQuarrie.

Bref, le chef des anarchistes refait des siennes. On le fait même rapatrier au Minefi, sur les toits de Bercy : c’est dire si l’on a envie de le torturer très fort (entre le water boarding et la DGFIP, mon choix serait vite fait !). Ça part vite en course-poursuite (encore à cause d’une jolie blonde — Vanessa Kirby), où l’on voit très peu de palissades de travaux vertes et grises, grâce à une série ingénieuse de téléportations (après tout, on peut couper au montage ; mais tomber depuis Étoile dans le canal sous l’avenue Voltaire, c’était surprenant). Mission : Impossible. Le rôle de Henry Cavill (aussi un 1983, nous sommes légion), que l’inconscient associe à Superman alors que sa barbe jette le trouble, reste bien ambigu, comme le scénario sur-compliqué qui finit par nous paumer quelque peu. Mais le reste de la recette qui fait le succès de la série demeure, avec une émouvante morale — on ne laisse jamais personne derrière (surtout pas Rebecca, même quand elle nous embête. Mais Rebecca, quoi. Elle peut venir me tirer quand elle veut).

Ça marche rudement bien, quand même, et pendant 2h30. Et Rebecca.

sous le palais

La plage ? Limoges. Je lis mes tweets au réveil, par hasard, une page de mon navigateur étant restée ouverte. Le Grand Palais annonce qu’il y a des visites ouvertes au public d’une découverte récente, pendant les travaux : un puits très profond, destiné à l’exposition universelle, pour entrer en compétition avec la hauteur de la Tour Eiffel. Vidéo de l’exploration à l’appui. 5€, mais il ne reste plus beaucoup de créneaux. Activation de demoiselles acompatrices, problème de réservation sur un site web un peu pourri, 5€, deux jours plus tard et une grosse galère pour trouver le lieu avant 11h, nous voilà à l’entrée, prêts à être briefés avec le téléphone en mode avion. Guide sympathique, explorateur (mais blessé), parle le français en seconde langue. L’équipe est belge — comme les frites et autres. Vidéo, passage dans la nef, histoire de l’architecte (lequel, déjà ?). Belle histoire : dans le petit ascenseur pour descendre, on était censé se retrouver dans la fraternité. Mais attention aux gaz et à la claustrophobie !

Le petit groupe est dirigé vers l’ascenseur, dans le jardin derrière. Attention, comme annoncé, ça secoue ! Le guide retire un petit cache pour montrer la vitesse de descente. Il fait rudement chaud. Je fronce un sourcil. On est arrivés ! Dans les 200 mètres de profondeur. J’esquisse un large sourire — l’ambiance est plutôt stressée, dans la cabine. Évidemment, on ne sortira pas : on va lire un poème fort niais tous ensemble, à la place. Ah si, finalement, on va voir du trou : ouverture de la trappe sous la table autour de laquelle nous sommes, et là, surprise, un profond conduit, avec deux personnes en rappel dedans ! On discute un peu, l’un d’eux descend — et patatras, une explosion, quelques gaz échappés. On doit remonter un peu en urgence. Le groupe est tendu ; sauf une dame, qui me parle de baleine belge dans la Seine.

Ça s’engueule un peu, au dehors. Une très, très, très jolie jeune brune engage du stagiaire motivé. Ne nous faisons pas trop de soucis, le problème est maîtrisé. Merci au revoir. Well done.

dimanche 5 août 2018

homme-fourmi & guêpe

Chez Marvell, ils se sont rendus compte que ça manque de super-héroïne. C’est vrai qu’à part Scarlett (dont on montre abondamment le fessier vengeur), qui n’a d’ailleurs pas vraiment de super-pouvoirs, on est un peu court — dans l’écurie d’en face, qui commence à peine et péniblement sa propre mythologie, alors qu’ils étaient partis avant, on a de la wonder woman, au moins. Bref, Antman (Paul Rudd), pour le 2e opus, fait apparaître sa Wasp — Evangeline Lilly. Particularité supplémentaire : ce n’est pas vraiment la suite du précédent mais plutôt de Captain America : après le dernier avengers, qui se déroule donc en parallèle (avec une convergence très tardive post-générique !), voilà encore une fois un regret d’avoir raté ce Marvell : ils sont très forts, maintenant il ne faut plus en manquer un seul si l’on veut correctement comprendre (ce qui risque aussi de limiter de plus en plus le public, aussi. Mais c’est aussi rudement bien relié qu’un comic).

Ce qui distingue Antman, que j’ai découvert je ne sais plus sur quel écran (dans un avion, certainement), c’est l’humour très 2e degré, et très geek en fait — du genre à régulièrement digresser très sérieusement sur une parfaite connerie. Mieux que chérie j’ai rétréci les gosses (ou agrandi le bébé, c’est selon), ça part joyeusement dans tous les sens. Et dans les rues de SF, ça m’a donné rudement envie d’y retourner. Bien joué. Ça fait très bien passer le temps, et la seule séance VO de la semaine à Limoges était donc fort bien venue.

mardi 17 juillet 2018

Don Pantalone

La magie de l’opéra est de nous faire avaler avec plaisir un livret pondu en 11 jours comme savait le faire si bien Donizetti, à partir d’une farce amoureuse sur laquelle il ne faut pas trop se poser de questions, et que le metteur en scène Damiano Michieletto essaie éperdument de compliquer ou de lire à l’envers en faisant s’embrasser les mauvais personnages (Norina et le Dottor Malatesta, au lieu d’Ernesto). S’il y avait d’ailleurs bien défaut de cette version de Don Pasquale donnée en fin de saison à Garnier, c’était bien encore une fois la mise en scène, mélangeant trop d’idées foutraques, entre l’appartement des années 1970 (par radinisme, mais ça n’a pu se deviner qu’après l’entracte), les scènes filmées sur fond vert en direct (et avec costumes moyenâgeux de préférence), le neveu wesh black (Lawrence Brownlee pour Ernesto), le papi charentaise (Michele Pertusi en Don Pasquale), le gangster beauf (Florian Sempey pour Malatesta) et la vamp manipulatrice (Nadine Sierra, Norina), certains ayant leurs marionnettes, ça donne un gloubi-boulga bien indigeste, et toujours côté jardin (pas de bol, c’est le côté que j’avais choisi pour ma place, après une mésentente avec JoPrincesse pour justement ne pas se tromper, car les metteurs en scène médiocres ont toujours une fâcheuse tendance à choisir un côté et tout s’y faire dérouler… Même soucis concernant le haut de la scène, invisible d’une bonne partie du théâtre).

Heureusement que les chanteurs était fort bons, et Evelino Pidò toujours efficace à la baguette. Finalement une fort bonne soirée, pour 25€ perchés en 4e loge (pas très confortable, mais à ce prix-là, à Paris, on n’a plus grand chose… À se demander qui se fait vraiment duper, dans l’histoire !).

garder MOB

Y aura-t-il jamais meilleure fille mal gardée que Mathilde Froustey ? Probablement jamais — la preuve, elle s’est enfuie loin. Mais clairement, la deuxième meilleure mondiale, c’est bien Myriam Ould-Braham. Comment se fait-il que celle qui a accédé au statut de MILF puisse encore être aussi crédible dans ce rôle ? Mystère de la longévité extraordinaire des danseuses… Cette soirée n’étais pas prévue à mon agenda, et puis je devais rejoindre la souris, et puis j’ai carrément fini par lui piquer sa place. Surtout que si MOB était Lise, Mathias Heymann était Colas. On sait qu’à l’opéra de Paris, ce genre d’alignements de danseurs compétents est assez rare pour ne pas justifier de se jeter dessus. D’ailleurs, ma saison dans les murs de Garnier a été rachitique, et ce n’est pas totalement pour rien.

Mais de fait, j’ai raté plein de new faces. Certes, en poules, c’est difficilement reconnaissable. Et si l’on a une nouvelle Mère Simone en Alexis Renaud, c’est en l’occurrence pour Axel Magliano en nouvel Alain (rôle jusqu’à présent affecté à Allister Madin, qu’il a alterné avec Adrien Couvez jusqu’à cette prise de rôle non lâchée jusqu’à la dernière), que la souris comptait assister à cette soirée. Car c’était le petit bonhomme de son cours de danse. Le petit poulet parmi les poulettes, en somme. Qui deviendra grand, et qui a recueilli un très franc succès auprès d’un public tout acquis, manifestement découvrant l’oeuvre, et marchant à fond — autant aux blagues qu’à l’âne.

Et puis il y a aussi les new faces dans le corps de ballet, une fois déplumé, et manifestement de danseuses « racisées » très miamesque, ce qui change de plan-plan blanc-blanc-blanc, pour le plus grand plaisir de nos mirettes. Comme quoi, on penserait avoir affaire à du classique abattage quand on se retrouve avec du jeune jeune, et des jeunes anciens toujours très talentueux, bondissants et à croquer. Et après une énième rediffusion (j’ai arrêté de compter), se rendre compte que ce ballet on ne peut plus niais mais malicieux marche toujours autant.

été du Pacifique, suite

Le 2e programme des étés de la danse, qui était donc le 1er, était toujours aussi vide. Avec un meilleur placement, la souris et belle-maman, on se recule un peu pour être un peu plus haut et profiter de la scène en passant sur la grande fosse d’orchestre cette fois vide. Ça débute avec un superbe Christopher Wheeldon, sur la musique de Joby Talbot, « Tide harmonic », avec des mouvements novateurs, désarticulés, des pas de deux, des groupes, le tout dans une ambiance de combinaisons bleu métal sur fond sombre.

Inversement, la deuxième pièce, « Red Angels » d’Ulysses Dove, est très rouge ! Sur la musique de Richard Einhorn, interprétée sur violon électrique sur scène côté jardin, c’est très graphique, aussi très fluide. Après ça, on est préparé pour une tournée des musiques contemporaines « classiques » (Beirut, Andrew Bird’s Bowl of Fire, Alexandre Desplat, Philip Glass, Max Richter, Tom Waits et Kathleen Brennan), qu’Alejandro Cerrudo exploite fort bien dans « Little mortal jump ». Ça foisonne d’idées. On commence par un danseur esseulé qui va du public à la scène avant de se jeter dans la fosse. Puis il y a beaucoup de pantomime, avant de commencer sérieusement… Ou pas. On scratche quand même 2 danseurs sur de grandes boîtes, à un moment. Ça doit certainement raconter quelque chose, de poétique…

Entracte. Cette fois, visite du bâtiment jusqu’au bout (immense, vide, succession de bars sympas accessibles uniquement par le dehors — peu pratique !), et de l’extérieur à l’extrémité, qui donne sur la boule. Pas mal, on aurait quand même pu un peu mieux faire que ce style Palais-des-Congrès toujours un peu froid qui manque de splendeur. Misère des bâtiments modernes.

Bref, retour dans la salle principale (qui n’est donc pas dans la boule) pour un Crystal Pite rempli de bestioles qui grouillent sur la musique d’Owen Belton. Pite est très forte pour les effets de groupe (en l’occurrence une quarantaine de danseurs ! Probablement toute la troupe), et « Emergence » en fait la part belle. Un final en forme de wow, pour un bien meilleur programme que deux jours auparavant, avec une compagnie attachante.

été du Pacifique

J’avais un peu fait mon pré-deuil des étés de la danse. Trop loin, trop cher, pas assez de temps. Même si un jour, aller voir à quoi ressemble la Seine musicale, dont je n’avais aperçu que les fondations, ne serait pas de refus. Et puis l’occasion (et la souris) font le larron.

Quelques euros et une demi-grande traversée de Paris plus tard (même depuis le 15ème, l’Île Seguin est quasi-injoignable, sans compter qu’il faut terminer à pied…), on arrive dans une salle bien trop grande pour ce qu’il s’y joue, qui reste désespérément vide avec les tarifs épouvantables pratiqués (et la distance géographique), malgré les baisses opportunistes via les canaux usuels. Apparemment, c’est habituel. Et si c’est la programme B de la série du North West Pacific Ballet, avec Marina de Brantes et plein d’Américains dans la salle, ça n’a pas suffit. Même avec un vrai orchestre dans la fosse — l’orchestre Prométhée.

La très belle musique de Benjamin Britten en profite d’ailleurs dès le début, avec « Her door to the sky » de Jessica Lang, où les couleurs pastels virevoltent. Un voisin peu content dit que ça fait spectacle de fin d’année. Qu’on le pende. Suit un looooooong précipité, apparemment habituel aussi : manifestement la régie s’entraîne… Le court & beau Forsythe, « Slingerland duet », sur la musique de Gavin Bryars, fait un peu comme ces mignardises dans les grandes tables. Next. Un plat un peu plus complexe à digérer, après un nouveau précipité (et de nouvelles migrations, selon un mouvement gravitationnel), consiste en du Millepied déjà vu à l’opéra, Appassionata, sur Beethoven évidemment (fourni avec pianiste). Le problème supplémentaire est que même en s’étant déjà avancé au maximum de la deuxième partie de la salle, la distance accentue l’effet télévisuel.

Donc, avant l’entracte, c’est plaisant mais peu passionnant. Après l’entracte, la salle est encore plus vide. L’occasion de positionner vers la milieu de la première partie des gradins. Il y a toujours de la place pour les jambes (ce se paie par la distance, étant donné l’absence de balcon), les fauteuils sont toujours médiocrement confortables. Et puis une surprise d’une grosse demi-heure, « Waiting at the station » de Twyla Tharp, une chorégraphe que j’affectionne particulièrement depuis de lointain Étés de la danse (avec l’ABT). C’est une comédie musicale muette (sur du Allen Toussaint), uniquement dansée. Et même si on y comprend rien, c’est fort chouette.

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