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lundi 14 octobre 2019

Baal au feu

TCE très vide pour un Elias par Masaaki Suzuki. Soit que l’oeuvre toujours peu connue de Mendelssohn n’attire pas les foules, soit que Suzuki soit trop marqué « Bach sur instruments anciens » pour que cette incursion séduise. Ou les deux à la fois. Il est vrai que les instruments anciens de l’Orchestra of the Age of Enlightenment, au début, sonnent assez étrangement. On s’y habitue.

Le Choir du même orchestre compense les faiblesses de l’exécution instrumentale (Bachtrack, comme toujours, livre la critique la plus précise). Le cast vocal repose essentiellement sur Roderick Williams (Elias, baryton) et Robert Murray (Abdias / Achab, ténor — en remplacement, si j’ai bien compris). On trouve aussi la soprano Carolyn Sampson (La Veuve / Un Ange) ; la mezzo-soprano Anna Stephany (La Reine / Un Ange) ; et encore Emma Walshe (L'Enfant, soprano). La partition est toujours aussi bonne, même si la confusion du livret en seconde partie me laisse toujours… confus. Pour venir écouter cet Elias, j’ai dû sacrifier une soirée Syntec et une grosse 2e partie de soirée d’une autre association de startupers. Mais il faut bien ce qu’il faut ! Et le binôme était ravie de découvrir cette oeuvre relevant clairement d’une inspiration de Bach. Elias sait bien réaliser des miracles.

madrigaux 3

La saison dernière, il y avait eu les deux premiers épisodes des Madrigaux par Les Arts Florissants et Paul Agnew dans le double rôle de direction et de ténor. Mais ça ne tombait pas forcément bien, et c’était pas donné non plus. Motivé par mon binôme dix-septiémiste, le troisième épisode s’offrait à nous à la Cité de la Musique. D’autant que si l’oeuvre date d’après le zigouillage par Carlo Gesualdo de sa femme (et son amant) en 1590, c’est qu’on est bien au XVIIème.

Mais d’abord, nous annonce notre hôte, du Nicola Vicentino avec Passa la nave mia, extrait de Mellange de chansons, fort joli, six voix (Miriam Allan et Hannah Morrison, soprano ; Lucile Richardot, encore et toujours, contralto ; à droite avec Paul Agnew, Sean Clayton, ténor, et Edward Grint, basse). En fait, nous explique-t-on (assez longuement) ensuite, l’auteur est aussi inventeur d’un clavecin à 31 touches à Ferrare, permettant de jouer du chromatique, ce qui inspirera les deux autres compositeurs au programme. J’avoue ne rien y comprendre… (Et pour une fois, concernant la musique, je préfère rester dans l’ignorance : ça me permet d’apprécier en total amateur, sans être empêtré des détails techniques, qui ne peuvent que gâcher le plaisir)

Premier inspiré, Roland de Lassus, dont on a Prophetiae Sibyllarum : belle musique, aussi polyphonique-chromatique (annoncé au 1er vers ! Surprenant !), encore avec 3 hommes et 3 femmes, mais un texte épouvantable, qui parle de vierge restée pure et autres bondieuseries pudibondes. Dur.

En revanche, Carlo Gesualdo, personnage manifestement assez épouvantable, donne pour sa part dans le texte profane dépressif — du genre suicidaire. Comme le livre 3 des Madrigaux est long, les 1a, 1b, 2 et 3 sont donnés avant l’entracte, et le 4 et suivants après. Ça se chante à 5, donc il y en a un qui est puni en alternance (souvent l’une des deux sopranos, qui alternent). Il faut reconnaître que c’est du très bon son, ça s’écoute très bien, mais ce n’est pas non plus transcendent, et ça s’évapore assez facilement. On verra si l’on revient ou pas pour l’épisode 4…

favorite du maire

« Alice et le maire » est le dernier film avec Fabrice Luchini, qu’on essaie de ne pas trop rater. Nicolas Pariser, derrière la caméra, ne s’est pas encore réellement fait un nom, et j’ai manifestement raté son « Le Grand Jeu » en 2015 dont le synopsis est pourtant appétissant. En réalité, c’est Anaïs Demoustier (Alice) la véritable héroïne du film. On sent que Pariser crapahute dans les milieux intellectuels lettreux-science-pôteux, à gauche toute. Il brosse un portrait qui serait plus vrai que nature s’il ne synthétisait parfois pas trop de choses (du milieu).

Demoustier, qui est abonnée aux rôles de l’intelligente ingénue pas si vierge, devient à l’insue de son plein gré la favorite du maire (Luchini). Elle a une formation en philosophie mais ne se définit pas comme philosophe. Lui, il a besoin de penser, à nouveau. Maire PS très reconduit de Lyon, il est trop dans l’action, il a perdu la réflexion au fil du temps, et s’en retrouve à cours de jus. Elle, vigoureuse et idéaliste, reste une théoricienne, une penseuse, lettreuse, du genre à vouloir un cadre bien structuré, à être bien ordonnée, à faire des notes claires avec des tirets dedans. Bref, c’est une INFJ. Ça tombe bien, c’est justement le type psychologique des conseillers. C’est juste qu’elle ne le sait pas encore.

Là où le film commence à pécher, c’est qu’il mixe notre jeune héroïne avec un profil INFP qui doute de soi, a le syndrome de l’imposteur, et plus encore : ne sait pas trop où elle va, sans plan de carrière, et déprime à cause de cela. Non, il faut choisir, ou dédoubler l’héroïne, mais pas les deux à la fois, désolé, c’est pas les mêmes (une INFP serait d’ailleurs plus originale, voire délurée et probablement plus prude aussi). C’est comme quand on va voir un film sur les favorits MAIS avec Luchini : on peut pas y aller avec ses deux accompagnatrices à la fois, INFJ ou INFP, il faut choisir. Bref, y’a deux ou trois trucs qui ne collent pas dans ce personnage-valise.

Je me demandais combien de fictions évoquent la figure du maire. En documentaire, on a Edouard mon pote de droite, guère plus ? J’ai pensé à L’arbre, le maire et la médiathèque, de Rohmer, mais c’est dans un village. Ici, ça ressemble plus à l’Exercice de l’État (les coulisses du pouvoir), mais au niveau de la ville : on pense à la portée de l’action politique vaine et nécessaire. Il y a quelque chose qui relève de la vanité, d’ailleurs — et Alice de pondre une note sur la modestie (« conseil de lecture : Rousseau »).

À mon sens, le maire demandait plutôt de la prospective. Il se retrouve avec une gauchiste bon teint qui ne comprend pas grand chose au monde réel (problème commun, surtout chez les philosophes), de cette espèce qu’on multiplie en France depuis longtemps, qui sait faire de la théorie et méprise la pratique. Tout en faisant des discours sur les ingénieurs remplacés par des banquiers — et pourtant, des ingénieurs, il n’y en n’a pas un seul, dans ces instances du pouvoir qui se reproduisent sur le même profil. Comme très souvent (tout le temps ?) dans les films politiques, seule la vision de gauche est exposée (on parle de ce qu’on connaît, après tout…), avec ses excès, ses caricatures, ses espoirs idéalistes et ses interrogations, mais in fine, on ne sait toujours pas vraiment où l’on va (avant même de savoir comment).

À mon avis, Alice, c’était pas le bon recrutement dès le début — quand elle n’a même pas trop compris ce qu’elle fichait là, alors que c’était évident —, malgré son parfait profil de conseillère de l’ombre (qui se moque à la fois de la taille de son bureau et du fait que cela fasse jaser dans le petit monde mesquin élististe). Non qu’elle ne soit pas nécessaire, mais ce fort bon film nous montre, probablement sans le vouloir, le problème premier de nos sociétés bureaucratiques vides de sens : ça manque rudement de pragmatiques. Alice, vous me faites une fiche sur ça svp ?

dernier sang

Mais de quoi diable causait déjà Rambo 4 ? J’ai pourtant dû le chroniquer… Pas moyen de me souvenir. Pas sûr que ce Rambo 5 (après le 4, donc), le der des der, survive aussi beaucoup à la mémoire. Première grosse prod d’Adrian Grunberg, qui avait été premier assistant sur le dernier Jack Reacher, la réalisation est somme toute assez classique, mais n’en demeure pas moins efficace dans l’action. L’action arrive tardivement, après une assez longue mise en place émotive, comme il se doit. En l’occurrence, c’est la jeune Yvette Monreal qui s’y colle — en fille adoptive. C’est pour elle que Sylvester Stallone va devoir sortir de sa retraite (où il fait des trous dans son ranch en continuant de ressasser le Vietnam).

Donc, après la séquence très émotive, ça tourne au Taken. Problème : John Rambo n’est pas un intellectuel, alors forcément, ça se passe moins bien qu’avec Liam Neeson. En revanche, il faut toujours une première séance où il se fait massacrer, voilà qui est fait. Ensuite, Rambo revient et fait cracher quelques viscères à coups de farces et attrapes qu’on voyait beaucoup dans les années 1980 (de MacGyver à Maman j’ai raté l’avion). Ça se termine d’ailleurs dans une boucherie que nous permettent les moyens modernes (même quand le tout ressemble plutôt à un téléfilm à budget, pour être honnête). Ainsi, on a rendu hommage à un peu tous les opus précédents, jusqu’à l’usage final de l’arc, dans une grande synthèse (et pas la peine d’aller se perdre au Vietnam ou Afghanistan : le Mexique suffit pour faire la guerre aux narcotraffiquants).

Last Blood, pour faire référence à First Blood, sera le dernier Rambo par définition. Le générique reprend (de manière un peu kitsch) les épisodes un (le meilleur, mythique, chef d’oeuvre), deux (Vietnam, célèbres séquences pastichées dans Hot Shots 2) et trois (en Afghanistan, le plus drôle post-09-11…). Mais pas le quatre. Sérieusement, y’avait quoi dans cet épisode 4, déjà ??

Teshigawara d’appel

Comme d’habitude ces temps-ci, la Philharmonie n’était pas bien remplie — même si on a vu pire. Avec la souris, exceptionnellement présente, on a pu se replacer dans un bon trou sur le côté. Pourquoi la présence souristique ? Manifestement pas pour Ma mère l'Oye de Ravel qu’elle découvrait non sans déplaisir. Ni pour la création de Qigang Chen, « Luan Tan » — totalement inconnu. Et l’orchestre National de Lyon était dirigé par Xian Zhang, dont je ne m’étais même pas aperçu qu’il s’agissait d’une femme. En réalité, on venait pour la Symphonie fantastique de Berlioz. Enfin bon, il y en avait eu une par Zubin Mehta même pas un mois avant, et elle était meilleure. Mais il n’y avait pas Saburo Teshigawara et Rihoko Sato pour danser dessus (en alternance puis ensemble). Sauf que ça ne suivait pas les tempi qui changent beaucoup durant l’oeuvre, et finalement, on s’est demandé si cette bande en avant-scène avec les deux danseurs n’était pas plus un élément perturbateur qu’illustratif. Ce n’est pas la première fois, s’est-on alors rappelé, qu’on avait été déçu par Teshigawara, et aussi par ce problème de suivi de musique — problème malheureusement assez courant dans le contempo sur-côté.

Autant dire que la soirée aurait pu être teinté d’un échec relatif amer. Mais en réalité, c’est la deuxième oeuvre qui a bénéficié du produit d’appel. En effet, Qigang Chen, qui était présent dans la salle, avait reçu une commande conjointe de HK et Radio France pour s’inspirer des opéras traditionnels chinois. Ça commence avec des faibles « plop plop » de grenouille, avant que les quatre xylophones ne viennent enrichir les percussions, l’orchestre donnant aussi dans les courtes notes, avec une prédominance pour un thème entêtant à quatre notes. En fait, c’est une structure à la boléro de Ravel, avec une ambiance à mi-chemin avec Chostakovitch (aussi adepte du crescendo comme dans Leningrad, après tout), le tout soutenu par des chinoiseries (avec force cymbales traditionnelles). Excellent !

Comme quoi, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

concert d’intérêt

Usuellement, mon impartialité est assurée par ma totale indépendance. Certes on peut douter de l’objectivité quand il s’agit de Julia, Yuja, Khatia ou Lola — mais gare à quiconque l’évoquerait. D’ailleurs, c’est via Lola que je me suis retrouvé là ; et le Kazakhstan ; c’est compliqué. Là, c’était à la salle Cortot, derrière la fac Paris IV Malesherbes, chez les riches, et je ne savais ni que c’était attenant à l’école normale de musique, ni que c’était Gustave Eiffel son architecte. Munie d’un second balcon, la salle s’étend sur un gradin avec extensions sur les côtés et petites loges ; on est sur des sièges en bois arrondis, avec de la place pour les jambes, sans que ce soit non plus tout à fait confortable.

Généralement, je zappe les petites formations. Avant, je faisais. Les concerts de l’Unesco par exemple (jeunes prodiges, si je me souviens bien). Depuis que mon agenda est soumis à de rudes épreuves, j’ai dû épurer. Mais pour Artie’s (et ses amis), il est évident qu’il fallait que j’y sois. La curiosité aurait pu suffire, sinon. Et quelle surprise de constater que la salle Cortot s’est remplie de bien deux cents personnes ! Alors même que le programme était des plus flous…

Ce programme, il faut dire, était fort spécial. D’abord, il est annoncé au fur et à mesure par le maître de cérémonie et fondateur d’Artie’s (le nom du projet musical de musique de chambre, grosso modo — les amis d’Artie’s étant le soutien financier aux opérations-concerts), j’ai nommé Gauthier Herrmann. Et il faut bien avouer qu’il est très bon dans le rôle ; le lien de complicité avec le public est immédiatement établi. Ensuite, on apprend le thème : la mort (paraît qu’on serait pas venu si on l’avait su avant). Les pièces sont quant à elles annoncées au fur et à mesure, et ça commence par quelque chose de très original, une musique orientalisante portée par des vers de Baudelaire (déclamées en apéritif par Yanowski), « la mort des amants » d’Eros Babylone (j’ai l’impression d’avoir cette info en exclusivité par un lien privilégié… :)  ) Le quatuor au complet est sollicité : Jean-Michel Dayez au piano ; Mathilde Borsarello Herrmann au violon ; Cécile Grassi à l’alto ; et notre héros, Gauthier Herrmann au violoncelle.

Yanowski est ensuite rejoint par Fred Parker au piano : à eux deux, ils composent le Cirque des Mirages, et s’ils sont catalogués dans le jazz, je dirais plutôt que c’est du cabaret. Ça rappelle fortement l’esthétique du Berliner Ensemble. Ils ont des paroles et un show (type théâtre chanté) qui donne dans l’outrance intelligente, où ça parle, bouge et maquille avec beaucoup d’emphase. « L’horrible enfant a gueule de chien » — tout un programme, content quand même de ne pas m’être librement placé au premier rang.

Et c’est le plat de résistance, une bonne demie-heure de Brahms avec le beau Quatuor avec piano n3 Opus 60. Le changement d’ambiance est assez radical avec le retour du cirque des mirages pour « la mort » (quelle histoire !). L’alternance continue avec le Korngold repéré sur l’affiche (petit extrait de la ville Morte, ah que j’aime cette partition !). Et de nouveau le cirque des mirages avec « la véritable histoire du christianisme », qui a dû mettre en PLS interne tous les cathos de la salle (il paraît qu’ils peuvent faire encore pire que cette histoire de Christ poireau qui a inspiré jusqu’aux nazis).

Gauthier, qui intervient entre les pièce, nous promet alors avec malice de nous nettoyer les oreilles, et c’est chose faite avec le très beau mouvement lent du premier quatuor avec piano op15 de Fauré. Je pense qu’on peut le dire : ça donne dans l’éclectisme ! Artie’s (dont j’ai encore oublié de demander d’où vient le nom…) s’est donné pour but de dépoussiérer la musique de chambre et de porter cela partout dans le monde. Il reste encore pas mal de mystères autour de cette aventure à laquelle je me retrouve associé (plus encore qu’au simple pot entre artistes post-concert — l’impression de faire ma B#4 !), mais force est de constater que c’est une heureuse trouvaille dans le grand monde musical, qui brille autant par son originalité que par sa débordante sympathie. On ne peut qu’adhérer !

concert de pré-rattrapage

J’avais pris la session de jeudi, mais c’était une erreur : il me fallait le mercredi. Donc, j’ai dû acheter une deuxième place pour la veille : c’est l’avantage de l’orchestre de Paris, on a deux chances. Impossible de revendre et même de donner la place du lendemain. C’est à perdre foi en l’humanité. Parce que Tugan Sokhiev à la direction devrait déjà être suffisant à attirer des foules épaisses. Encore plus si l’on ajoute l’étonnant Vadim Gluzman au violon, méconnu de par nos latitudes mais détenteur d’un Stradivarius (« légendaire », nous dit le programme — ils n’ont pas tous la même côte), pour un Concerto pour violon de Brahms — du très recommandable, donc. Une partita n°2 de Bach en bis, standard.

Et après l’entracte, Symphonie n° 5 de Prokofiev qui est très très bien, je dirais même qu’elle a un certain nombre de sous-hits et de moments de grâce (comme ces pizzicati légers voletants) qui dépasse l’entendement. Une excellente soirée, avec peu de public (c’était bien la peine de construire une si grande salle avec des sièges aussi resserrés… De quoi se replacer au 6ème rang centre avec un ami ninja pas revu depuis très longtemps — il y a de nouveaux ninjas qui décrochent cette année, salle trop galère !).

psyché rockeur

Franchement, en toute honnêteté, pour dire la vérité, je n’avais aucune idée de qui était Pierre Henry ni avant de recevoir l’invitation des Amis de la Philharmonie, ni même en arrivant (en retard, parce que j’avais mal noté l’heure). Le petit groupe (plutôt âgé) a été introduit à feu le maître français du mix, du remix, du sample, bref de l’électro, par celle qui a été à l’initiative de la création de cette salle dédiée (personne au demeurant fort charmante, mon radar à INFP a clignoté).

La Cité de la musique s’anglo-saxonise dans ses scénographies, et c’est très bien : il y a des écrans tactiles où l’on peut écouter ce que l’on veut (du Coldcut entêtant par exemple, avec des arbres qui se font scier comme bruitage-à-techno), des platines de remix (ludique !), un graphe géant d’influences (du Messiaen, du Pink Floyd, du Kraftwerk, ça ratisse large !), même une batterie électronique que je n’ai pas eu le temps de taquiner. En une heure, pour une simple pièce d’une trentaine de mètres carrés perdues après les vestiaires, on n’a donc pas le temps de tout faire.

Il y a une vidéo avec scan 3D de la maison de Pierre Henry, avant qu’elles ne soit détruite (le musée ayant récupéré tout ou bonne partie des affaires — notamment les ordinateurs et autres éléments électroniques musicaux —, en collaboration avec la veuve). Il y a aussi Messe pour le temps présent de Béjart, et le méga-hit recyclé par la moitié du monde musical, Psyché Rock. Ciel, ça venait donc de lui !!

C’est tout nouveau, ça vient d’ouvrir, c’est le studio Pierre Henry, ça fait partie à présent du musée de la Musique, et c’est clairement à visiter !

dimanche 6 octobre 2019

les bosseurs et les autres

« Ceux qui travaillent » serait le premier opus d’un triptyque d’Antoine Russbach, d’après ce que j’ai cru comprendre. Il y a une jurisprudence Olivier Gourmet : tout film dans lequel il apparaît doit être vu, sauf justification motivée (plutôt une présomption, donc). Surtout quand c’est le personnage principal.

On est chez les p’tits Chuiches. Notre héros est un mec hyper efficace, cadre sup, qui prend plein de décisions importantes tous les jours, qui vit essentiellement pour son travail (puis sa grande famille), dans une boîte qui prend un peu l’eau — un comble, parce qu’il gère du fret naval. Au hasard d’une décision assez expéditive qui ferait un bon cas d’éthique des entreprises (hum), il se fait lourder par ses partenaires. Et là, c’est compliqué, parce qu’il n’y a pas de job pour lui, il a du mal à rebondir, il cache sa situation à sa famille, qui finit par apprendre non seulement ce qu’il se passe, mais aussi ce qu’il a fait pour en arriver là — sauf qu’en fait, c’est l’impitoyable monde du travail qui est réellement la cause, tout le monde est immoral dans l’affaire.

Le réalisateur hésite pendant 1h42 : on sent qu’il louche du côté de l’anti-libéralisme/anti-capitalisme un peu primaire (entre appât du gain, thème de la corruption et laïus final du capitaine du navire), à peine masqué ; mais le film est surtout très bon au niveau du portrait-étude psychologique de fond (le personnage principal est une sorte d’ISTJ self made man taiseux, du genre rouge, à fonctionner à la colère apprise en se faisant taper à la ferme, ça fait pousser les dents quand on est plus froidement efficace qu’intellectuel ou sentimental), et un peu plus loin, sur les questionnements RSE & socio-moraux. Il n’y a pas que la corruption des cols blancs. Il y a aussi l’hypocrisie familiale : les saintes nitouches veulent surtout vivre dans l’opulence sur le dos du paternel, et il n’y a que la petite dernière, qui a l’air la plus éveillée (formidable mini-actrice Adèle Bochatay qu’on espère revoir souvent), qui ne soit réellement saine.

C’est cette dernière qui par ailleurs bénéficie d’une démonstration de l’impensé occidental, à travers la logistique, de ce que nos problèmes de riche impliquent. Il n’y a pas de magie. Il y a des producteurs, des bateaux, d’énormes problèmes à gérer quotidiennement, pour qu’à la fin, tout le monde ait de quoi vivre et à bouffer — et pas seulement le dernier iPhone qu’on veut changer parce que l’écran est cassé (tout en se rêvant jeune artiste bohème). L’hypocrisie des privilégiés, voilà un thème moins naïf qui aurait pu être plus fouillé. Finalement, l’équilibre a priori précaire de toutes ces thématiques marche plutôt bien en tant que traitement naturaliste. Sauf que le chômage des cadres, ça n’existe pas — petit problème d’une prémisse déterminante…

toute feu toute flamme

« Portrait de la jeune fille en fleur » est le dernier Céline Sciamma et Adèle Haenel. Revoici le couple en route — depuis Naissance des Pieuvres et leur coup de foudre, elles jouent ensemble de temps à autre, mais les films de Sciamma, qui a constitué une sorte de fan club progressiste essentiellement féministe, restent peu à l’affiche. Et revoici Adèle dans une aventure lesbienne (évidemment) en duo avec son peintre (Noémie Merlant). La peintre et son modèle… la réalisatrice et sa muse ? Le parallèle semble s’imposer.

Nous sommes donc à une époque pré-photomaton — mais très corsets-jupons. Fin XVIIIème devine-t-on (1770 dit le synopsis). Deux jeunes femmes (jouées par des actrices douze ans trop âgées, peu importe) sensibles et volontaires. Sciamma insiste sur les symboliques, probablement trop lourdement comme sur cette métaphore filée d’Orphée et Eurydice (avec un peu de métamorphoses d’Ovide — à la page 28 précisément). Mais elle est toujours aussi douée pour explorer les sentiments, les non-dits, la naissance de l’affection, l’ambiguïté homosexuelle, la passion. Elle a aussi toujours le don de l’esthétisme. Probablement le meilleur pendant à Naissance des Pieuvres, de toute sa filmographie.

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