humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 21 mars 2017

jeune ballet mortel

Il faisait chaud, très chaud même, à Chaillot, et sombre, avec une voisine qui refoulait un peu : idéal pour dormir à moitié devant la chorégraphie sans queue ni tête à la Prejlo des ballets de Montréal. Cette Jeune fille et la Mort de Stephan Thoss était surtout mortelle. Un abus de Glass — mixé avec du Nick Cave et Warren Ellis, Alexandre Desplat, et j’en passe… —, pour arriver enfin tardivement sur Schubert (remix Mahler). À boire et à manger. J’ai aperçu des trucs très bien, dissout dans beaucoup d’inintéressant. Les danseuses ont les cuisses épaisses typiques de contempo mais sont fort jolies. Dans l’ensemble de bons danseurs qui souffrent d’une oeuvre vraiment pas passionnante. Une soirée bof, perte de temps dans l’ensemble.

mardi 14 mars 2017

à la recherche de Pénélope

« Il Ritorno d'Ulisse in patria », ça donne toujours l’occasion d’un petit pèlerinage Monteverdi. Avec peu de replacement, mais assez pour apprécier la mise en scène Mariame Clément, totalement délirante, qui m’aura fait bien rire. Si rien ne va trop avec rien, c’est assumé et certaines trouvailles font oublier le côté un peu cheap.

Ulisse doit retrouver Penelope, et ça se comprend, parce que loin d’être fictive, c’est Magdalena Kožená. Ulisse en a bavé, et on comprend que Rolando Villazón ait parfois un peu du mal, surtout vers la fin. Outre Emmanuelle Haïm à la baguette (avec son son concert d'Astrée), le reste de la compagnie était de fort bon niveau — Katherine Watson (Giunone), Kresimir Spicer (Eumete), Anne-Catherine Gillet (Amore/Minerva), Isabelle Druet (La Fortuna/Melanto), Maarten Engeltjes (L’Humana Fragilità/Pisandro), on va arrêter là le name dropping parce que la distribution est une véritable armée.

Une armée de prétendants, d’ailleurs. Mais au final, le meilleur des prétendants est celui qui bande le plus. Ulisse massacre (un moment BD-Lichtenstein très bien trouvé), on sort à pas d’heure, mais heureux.

Lola p’tite Japonaise

Je soupçonne Paavo Järvi de choisir ses orchestres en fonction de la contre-bassoniste. Mais avant de m’apercevoir que c’était la plus mignonne de l’orchestre du NHK, un peu par défaut certes, j’étais au dernier rang pour cause d’arrivée un peu tardive (il faut dire que ça bouchonnait sévèrement à l’entrée). Peu importe, mais il y a eu la dame grabataire qui est arrivé après les premières mesures Ô combien délicates du concerto pour violon de Sibelius, interprété par la Ô combien délicate Janine Jansen. Mais c’est surtout vers la moitié de l’oeuvre que je me suis dit que les Japonais ne se départissaient décidément pas de leur fétichisme photographique. Sauf que ce que je pensais être une petite japonaise totalement rivée derrière son imposant objectif à trépied, prenant pensais-je trois portraits de chaque interprète — tous Japonais, l’immigration est toujours quelque chose d’inconnu là-bas —, était en fait Anne ma soeur Anne. Paavo voulait se faire tirer le portrait — de dos ?

Pour se consoler de ce très beau Sibelius où la violoniste a un peu surclassé l’orchestre, faut-il avouer, un Bach-bis règlementaire. Et la robe incandescente de Janine disparut avec elle — et le téléobjectif de Anne aussi. Apercevant Serendipity et Andante con anima au loin, une belle brochette de place idéalement positionnée pour observer des violonistes s’est avérée désertée : occasion idéale de replacement, d’autant qu’un couloir permet d’être moins stressé par la toux naissante. Et d’aussi près, cela donne l’occasion de mieux apprécier un orchestre talentueux avec la 15ème symphonie de Chostakovitch. En tout cas, on serait bien aise chez nous de jouer aussi bien de la musique japonaise ! Le chef peut s’en donner à coeur joie sur les « pom pom pom » — sa spécialité. Aux applaudissements, il tente de faire comprendre par le mime à l’orchestre de se retourner pour saluer l’arrière-scène, mais ça marche moyennement. Finalement, ça donne l’occasion d’un moment de complicité. Tout comme à la fin du rappel, une très belle valse triste de Sibelius. Le public retient religieusement son souffle, pour une fois : le chef nous fait signe qu’on peut respirer.

La souris pensait Paavo Jarvi descendu du toon, mais serait-il en réalité un manga ?

samedi 4 mars 2017

silence pas si silencieux

Ballet du dimanche à Chaillot, place plein centre et devant : heureusement parce que sinon, si ça avait été le soir et loin, j’aurais certainement dormi de bout en bout dans la pénombre. 1h40 de Teshigawara dans le noir, c’est dur. Surtout que si au début on avait du Messiaen (Fête des belles eaux, 1937) avec force ondes Martenot, ça a ensuite dévié vers du Toru Takemitsu qui est, grosso-modo, du Varèse (Air, And then I knew t’was Wind, Toward The Sea, Les Yeux Clos, For Away, Rain Spell). Je ne déteste pas en soi mais au bout d’un moment, c’est assez fatigant. La souris a failli devenir folle, c’est une fille épidermique, quand même (pléonasme ?). Bref, la deuxième partie était d’autant plus longue que si au début c’était assez rapide et fun au niveau des mouvements des 5 danseurs (pour une quinzaine de musiciens de l’ensemble intercontemporain), c’était ensuite beaucoup plus lent et contemplatif, une sorte de butô remixé. « Flexible silence » est censé être le reflet d’une réflexion métaphysique entre la musique et le silence (qui n’arrive qu’une seule fois au final, déclenchant des applaudissements précoces : échec…). Mitigé.

mardi 28 février 2017

concert des disparus

Encore une fois, pas de Lola. Qui a vu Lola ? Je crois que l’ami berlinois suspectait la remplaçante au basson d’être de l’orchestre de chambre de Paris (ses cheveux me disent bien quelque chose…). OÙ EST LOLA ?? Je lance un avis de recherche. Si vous avez des informations, laissez-les moi en commentaires. Sinon, ce sujet grave devrait être au minimum au sujet de la présidentielle qui se profile. Il faut retrouver Lola.

Où est le chef ? Jaap van Zweden a disparu — « raisons personnelles », il ne convole pas avec Lola, quand même ? Suspect. Remplacement par Andris Poga. Heureusement, il restait Truls Mork. J’ai quand même pris un billet de train à l’arrache après mon cours pour revenir à temps — 35 minutes pour faire un Montparnasse-Philhar, défi relevé. Concerto pour violoncelle de Dvorak, forcément ça valait la peine. Un bis mélancolique, la sarabande de la suite pour violoncelle n.2 de Bach.

La salle était bien pleine, et l’étude de marché des places disponibles, en arrivant à 20h34, a été vite réglée : les voisins ne paraissaient pas trop suspects ; mais finalement, les deux avaient des anches aux sinus, surtout le voisin de droite, pourtant plutôt jeune. Déménagement post-entracte, j’attrape l’ami berlinois au vol, « coincé entre deux thons, mais que fait cet architecte ?? Ça gâche le plaisir du concert » — pas faux —, et on se trouve juste après la rambarde sur l’allée centrale deux places. On a plus de place pour les pieds, donc on y voit moins bien. Grosse 5ème de Prokofiev, inventive à souhait, orchestre motivé. Mais la salle ne répond pas ; ça ne vibre pas ; comme souvent, on ressort un peu frustré.

Gergiev-Trifonov-München

Retour de Gergiev, cette fois avec le Münchner Philharmoniker. Au programme, prélude à l’après-midi d’un faune, qu’il avait déjà fait en bis la fois dernière. Il a le sens du marketing, le bougre ! Joué encore une fois en version ralentie, avec toutes les couleurs. Au fond de parterre — beaucoup de monde, on entend des choses étranges venues de derrière à gauche, mais il s’avère que c’est le chef qui marmonne un peu fort, et qu’il n’est pas aidé par l’acoustique de la salle…

Ce sera pire ensuite, avec le concerto pour piano n°3 de Rachmaninov, et le jeune Daniil Trifonov derrière un clavier à la fluidité et la musicalité qui n’avaient d’équivalent que les cheveux de notre jeune héros (surtout pour la fluidité…). Avec sa forte respiration qui ressemblait à un râle, il a failli nous gâcher le plaisir immense qu’il nous procurait, mais finalement, il a rapidement arrêté. Il y a un moment où de toute façon, il était tellement déchaîné qu’il n’avait plus le temps de rien faire d’autre. Nottung, qui avait déjà vu ses doigts glisser sur les claviers du TCE où il est récemment passé en récital, a repéré un certain stress : ceci explique sûrement cela. C’est qu’il est jeune, même si le blind test le donnerait deux fois plus âgé. En regardant dans mes archives, je vois que j’avais apprécié sans plus en 2012 (et noté qu’à l’époque personne ne le connaissait), renoté vite fait en 2012 et 2013, et manifestement raté en 2015. À présent, il remplit les salles et se paie même une standing ovation. En bis, deuxième mouvement de la première sonate pour piano de Rachmaninov — merci @Philharmonie.

Au retour de l’entracte, il faut quitter Haydn (de dansomanie, oui) comme voisin du dernier rang parterre pour rejoindre une autre place plus devant mais de côté (et à deux) : une Titan titanesque comme Gerviev sait les faire, avec fort effets de huit contrebasses à gauche, et sept cors à droite qui se lèvent à la fin. Mais l’acoustique de la salle dessert les vibrations corporelles qu’on aurait pu espérer.

Monchichi

Le duo Wang & Ramirez était cette fois-ci au théâtre du Rond Point, mais sous le label théâtre de la ville itinérant (et toujours mon problème de duplicata, mais qui n’est pas du tout un problème en ce lieu civilisé). Ça parle identité dans ce duo, entre l’Allemande d’origine coréenne (pas chinoise !) et le français d’origine espagnol. Plaisant. C’est la souris qui en parle le mieux.

dimanche 19 février 2017

le chant de Goerne

Il est manifestement de coutume de donner trois pièces pour piano de Schubert avant d’attaquer le plus court et composite Schwanengesang.

Cette fois, on a gagné au change avec le très remarquable Leif Ove Andsnes, dont la qualité de jeu a été extraordinaire toute la semaine. Au programme, la D. 946. Et puis la fin de cette semaine exceptionnelle de triplet Matthias Goerne/Schubert, qui de nouveau était peu courue, en tout cas a permis de se replacer facilement. Pourtant, dans mes mémoires, je ne vois sinon qu’en 2010 une interprétation par Dietrich Henschel. Bref, c’est pas tous les jours !

Et là, je retrouve le morceau qui me court dans la tête depuis des jours, la fin où l’on frissonne de partout, toute la qualité de l’alliance de deux superbes interprètes, Matthias Goerne, ahurissant, et Leif Ove Andsnes, magnifique pianiste. Ça aurait valu de leur déclarer notre amour en face, mais pour la première fois, pas de séance dédicace : on a trop repoussé en croyant avoir le temps. Le drame de nos vies.

petit coréen rusé

Mais où donc est passée Lola ? J’ai l’impression de ne plus l’avoir vu depuis des mois. Elle me manque terriblement. Certains ont émis une hypothèse affreuse, concernant une MST qui entraîne une inflation non-contrôlée abdominale. Je n’espère pas. Bref, orchestre de Paris sans Lola, encore. Alors qu’il y avait en plus une version en suite (remix revu par le critique Mackerras) de La Petite Renarde rusée de notre bienaimée Leoš Janácek — mais j’ai eu du mal à la reconnaître, à vrai dire. Orchestre de Paris en forme.

Et puis juste ensuite, de quoi expliquer que toute la Corée parisienne était dans la salle, exultant en mode introverti : un petit génie tout petit, 23 ans, avec un très, très beau doigté, nous a régalé d’un Concerto pour piano n°1 de Chopin. Seong-Jin Cho. On va essayer de retenir. En bis, il nous a fait un Debussy, ou un truc du genre — j’aurais dû mieux noter, le CM de la Philharmonie n’a pas bien mis à jour le site web cette fois.

Il ne restait plus qu’au chef Tomas Netopil de nous faire après l’entracte (où j’ai pu rester en plein centre de parterre, le couloir pour mettre les jambes : meilleur plan) un Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss du tonnerre. Parce qu’enfin on a un orgue, un vrai. Bah c’est frissonomètre garanti de A à Z (je dois faire la remarque à chaque fois, mais il y a bien un morceau de rosenkavalier et/ou de Don Quichotte, bref des auto-citations dans tous les sens, dedans, non ?).

Que d’orgue, que d’orgue !

Goerne hivernal

Hinata-chan a une mémoire remarquable. Ou alors, faite de traumatisme. Elle se souvenait n’avoir pu assister à aucune Schöne Mullerin. C’était fin 2011… Et puis que l’ancien partenaire de Matthias n’était pas optimal, non plus. Et enfin que l’an dernier, il avait encore chanté le Winterreise différemment. Épatante.

Beaucoup de monde, sur cette deuxième session de la trilogie, le TCE était même totalement plein. Difficile de fait de voir la scène, on se contente des surtitres en se tortillant un peu (mais mon binôme connaît tout par coeur, pour la peine). Matthias Goerne et Leif Ove Andsnes sont bouleversants de bout en bout.

- page 1 de 264