humani nil a me alienum puto

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lundi 16 avril 2018

shoot again

« Ready player one » est l’adaptation par Steven Spielberg d’un bouquin à la première personne et à l’écriture un peu facile mais assez épais. Et ça se veut une synthèse de culture geek : on confirme. L’immersion dans la réalité virtuelle est un thème récurrent (qui puise dans de la philosophie bien ancienne…). Le grand public connaît Matrix ; mais concernant le jeu, il faudrait plutôt voir du côté d’eXistenZ (à la différence que les personnages savent bien quand ils sont dans le jeu) ou de Hunter X Hunter sur l’arc narratif Greed Island (la manière de choisir les items stockés est d’ailleurs très similaire dans le film). Mais les références sont extrêmement nombreuses et si une bonne partie est largement explicite, d’autres sont plus subtiles et échapperont à tous ceux nés avant la moitié des années 1980, grosso modo. C’est donc une sucrerie pour trentenaire ou un peu plus (d’où certaines critiques qui parlent d’un revival de l’esprit Goonies, une référence qui ne parle qu’à une certaine classe d’âge précise). Les plus gros hommages sont faits à Back to the future — produit en son temps par Spielberg —, et cela va bien plus loin que la DeLorean, la coiffure du Doc ou le prix Zemeckis. Ce sens de la nostalgie s’était déjà retrouvé dans Super 8, après tout. L’aspect dystopique en moins.

Dans le monde réel, deux acteurs principaux tiennent le film, Tye Sheridan (Wade aka Parzival) et Olivia Cooke (Samantha aka Art3mis). Mais on passe bien plus de temps dans de la pure 3D, et le générique fait la part belle à toutes les petites mains du Unity. C’est bien fichu et efficace, du grand spectacle, comme on dit.

jazzoud

Concert-suprise du dimanche, qui a tout de même coûté 25€ la place. Il faut dire que pour la première venue d’Anouar Brahem pour un concert en France, dans une philharmonie en mode salle de concert (scène reculée à la place de l’arrière-scène et sièges positionnés là où se trouve usuellement la scène), il n’y avait que trois tarifs allant jusqu’à 45€. Pourtant, la salle était bien pleine. Deux catégories : les locaux maghrébins ; et les bobos. On rangera Hinata-chan, qui attira mon attention sur cette date d'après-midi, dans la deuxième. Quelque part, ça réussit là encore la fusion de deux mondes. Car si Anouar Brahem joue divinement bien du oud, avec ses compères Dave Holland (contrebasse), Jack DeJohnette (batterie) et Django Bates (piano), il crée un pont entre jazz et musique arabe des plus intrigant et réjouissant. C’est simplement très beau.

prophète Matthias

J’avais gardé un souvenir intense mais diffus de Elias de Felix Mendelssohn. Intense au point de retarder d’un jour mon arrivée à Nantes, et devoir prendre le train du samedi matin fort tôt. Diffus car je ne savais plus où et quand c’était : TCE, janvier 2009. Quand même.

Autant dire que quand c’est aussi peu donné, il ne faut pas faire comme le public parisien relativement absent (arrière-scène de la Philharmonie vide !). Elias, c’est un gros choeur (en l’occurrence RIAS Kammerchor), plus le gros coeur de Matthias Goerne, baryton, dieu, pardon, prophète. Le Freiburger Barockorchester sous la baguette de Pablo Heras-Casado est simplement superbe, et les trois autres rôles-titres-tournants, Sophie Karthäuser (soprano), Marianne Beate Kielland (alto) et Sebastian Kohlhepp (ténor) parfaits de bout en bout.

Une très grande oeuvre, pour une très grande interprétation. Ça terminait malheureusement extrêmement tard dans ce trou paumé de Paris où s’est crashé le vaisseau spatial philharmonique, et je n’ai pu applaudir autant que ça le méritait. À savoir énormément.

concert anti-économique

Date unique du jeudi 5 avril, ce concert à la Philharmonie était passablement un gouffre. Trois orchestres, justifiés par le grand nombre de musiciens nécessaires à la dernière pièce. Et donc trois autres pièces avant, pour que chacun puisse participer, sans qu’il n’y ait vraiment de cohérence. En commençant avec du fort méconnu Jean-Féry Rebel, « Les Elémens », oeuvre de maturité fort sympathique, qui monte et descend régulièrement (un seul bémol : on entendait assez peu les flûtes traversières), Paul Agnew ouvrait la soirée en empruntant Les Arts Florissants de bien intéressante manière.

Mais c’est après que ça s’est gâté. Jörg Widmann a eu droit a de la bonne pub de la part de Daniel Harding, qui a finalement préféré être malade et se faire remplacer par George Jackson à la tête de l’Orchestre de Paris. Peu importe : « Echo-Fragmente, pour clarinette et groupes instrumentaux », qui donnait aussi le titre de la soirée, est un magma horrible à l’écoute, au mieux ennuyeux et prétentieux, au pire pénible. L’ami berlinois a beaucoup aimé. J’ai plus que détesté. La souris a souffert. Quand il y a l’ensemble intercontemporain, en même temps, on peut commencer à avoir peur… Jörg Widmann lui-même en solo clarinette, quand même, me rends-je compte à présent. C’est gentil d’être venu. Mais non.

Et après l’entracte, ce n’est pas le machin méga-bof de Jonathan Harvey, « Wheel of Emptiness pour seize musiciens » (titre bien trouvé…), qui a pu arranger les choses. On reste sur de l’inutilement compliqué, où ça ne termine jamais une phrase musciale, ou ça change tout le temps de pied, du faux original vu et revu. Le tout avec un équipement de bricorama. Ça ne laissera pas non plus de trace dans l’histoire, ni dans nos mémoires. Naze, en somme.

Tout cela pour en arriver à Charles Ives, qui justifiait notre venue pour sa Symphonie n° 4. Il y avait donc l’Orchestre de Paris et son choeur, plus l’Ensemble intercontemporain, plus les Arts florissants. Dans cette oeuvre gigantesque qui fait notamment figurer trois pianos, un sous-orchestre se détache de l’orchestre et joue sa propre partition sous la baguette d’un second chef placé au milieu — mais que personne ne semble regarder, tellement la partition est complexe, en tout cas au début, avant de se démêler avec de grandes pages lyriques. Voilà autre chose ! On peut être inventif sans faire de l’horrible. Mais ce n’est pas le meilleur Ives, malheureusement. Pas de quoi sauver la soirée, donc.

bande d’idiots utiles

La mort de Staline (« The Death of Stalin ») est un film complètement génialement barré sur le soviétisme par le réalisateur Armando Iannucci, d’après une BD française. En pleine purge, le premier cercle du dictateur général prend le relai à la mort de celui-ci. Épisode de l’Histoire entre Nikita Khrushchev (Steve Buscemi) et Beria (Simon Russell Beale) où le pouvoir suprême est en jeu. Mais surtout, affrontement au sein d’une bande d’idiots utiles au sein d’un système qui marche totalement sur la tête. L’humour est noir, le rire jaune. Nageons joyeusement dans l’absurde hyper violent. Jubilatoire. Évidemment les cocos seront choqués et trouveront le tout vulgaire, alors que c’est certainement le meilleur film sur le soviétisme jamais réalisé. Creuset délirant de la raison, comme dirait Pierre Legendre. L’humour tuera-t-il le soviétisme au-delà de Staline ?

dimanche 8 avril 2018

le Bell Joshua

Joshua Bell était en duo avec Sam Haywood au piano. Il commence par un Mozart jovial, Sonate pour violon et piano en si bémol majeur K 454, que mon binôme philharmonique trop en retard doit suivre sur la téloche du hall, ce qui n’arrange pas son humeur déjà plutôt précaire en temps normal. Post regroupement familial, on continue sur un Strauss romantico-héroïque, Sonate pour violon et piano en mi bémol majeur op.18, apparemment fort rare.

Mais c’est surtout post-entracte que l’on a un Schubert romatico-magnifique qui nous magnifie aussi, qui nous rend bien et Bell, avec une Fantaisie en ut majeur pour violon et piano, op. 159, D. 934. Fabuleux.

Le programme nous annonçait qu’il y aurait une suite, et Joshua fait des annonces explicites. Il ne doit pas beaucoup aimer les surprises… Danse hongroise n.1 d’après Johannes Brahms, revigorant. Puis Schumann (qu’attendait impatiemment Hinata-chan), mais… Clara ! Trois romances pour violon et piano (n.1). Et enfin, un violoniste inconnu au bataillon, Henri Wieniawski, pour une polka punchy, et sans la partition cette fois : « Polonaise brillante ».

Bell et brillant.

play Bach

Ce programme du dimanche « Bach fest » était dans le week-end « flash Bach ». Je vous jure que je n’y suis pour rien. Bref, c’était de l’orgue, comme l’an passé à la Philharmonie, mais pas le même organiste : Bernard Foccroulle. Le programme était aussi fort différent. On sort de la messe pour aller dans les préludes, fugues, fantaisies, passacailles, choraux, bref, tout ce qui flatte l’ouï d’un son riche (Hinata-chan s’est demandée à un moment s’il n’appuyait pas un peu partout sur toutes les touches pour le plaisir).

Prélude et Fugue en mi mineur, BWV 533
Fantasia sopra « Christ lag in Todesbanden », BWV 718
Cinq chorals extraits de l’Orgelbüchlein, BWV 617, 621, 622, 628, 625
Passacaille et Fugue en ut mineur, BWV 582
Quatre chorals du recueil Schübler, BWV 645, 646, 648, 649
Vor deinen Thron tret’ ich hiermit, BWV 668
Fantaisie et fugue en sol BWV 542

Quel plaisir, mais quel plaisir ! De l’orgue comme j’aime, qui décrasse en profondeur. Enlève les peaux mortes, retour de l’être aimé.

passion selon saint-Jordi

Jordi Savall est le spécialiste ès Jurassic Park de la reconstitution d’oeuvres disparues. Pour la Passion selon saint Marc de Johann Sebastian Bach, le problème est qu’on n’a que le livret, et des sources pas bien directes qui disent à propos des deux fois où ça avait été donné que c’était du recyclage. Avec ça, Jordi rajoute de l’ADN de grenouille, de la levure, et nous fait une Bwv 247 reconstituée.

Il prend le Choeur d'enfants Amics de la Unio, La Capella Reial de Catalunya et Le Concert des Nations, mais en fait c’est plutôt réduit comme ensemble. Il sélectionne aussi Marta Mathéu (soprano), Raffaele Pé (contre-ténor), Reinoud Van Mechelen (ténor), Konstantin Wolff (basse et accessoirement Jésus, timbre auquel il a fallu s’acclimater) et enfin Dávid Szigetvári (ténor, Evangéliste — das Beste, maître du show).

Bon, c’est intéressant mais pas transcendant. On reconnaît des choses, mais forcément, il ne peut pas piquer le meilleur et faire un best of, ça ce serait trop voyant. Le livret est intéressant, entre Jean et Matthieu, avec tous ces témoignages recoupés (et un peu approximatifs), on finira bien par trouver qui est le coupable (avec le chandelier). Ça s’écoute bien, mais ça fait un peu Bach d’ascenseur. Ça peut être pas mal pour ne pas se sentir coupable en faisant autre chose en même temps.

En bis, Jordi Savall redonne le choral « Ich will hier bei dir stehen ». Nous aussi, Jordi, nous aussi.

clémence de Mahler n°23

L’orchestre de Paris par Thomas Hengelbrock, ça donne un programme chargé, qui commence par un apéritif, donc une ouverture : La Clémence de Titus K 621, Mozart. Avant d’enchaîner sur plus intéressant, le Concerto pour piano n° 23 ultra-connu avec son passage qu’on attend tous, superbement rendu par Nelson Goerner, l’équivalent de Yuja en terme de proximité physique avec les pédales. Mini-pianiste mais maxi-fortiche. Il nous fait même un bis superbe de dix bonnes minutes, le Prélude livre 1 n°4 de Debussy. Un vrai poète.

Après l’entracte, on enchaine sur la symphonie n° 4 de Mahler, celle où il faut changer de violon (c’est Roland Daugareil qui s’y colle), et où ça reprend le chant des petits anges bouchers-boulangers-charcutiers du cor merveilleux — c’est Camilla Tilling qui s’en charge, et j’ai trouvé que sa merveilleuse voix avait du mal à passer (elle était en cour et moi jardin, au parterre), mais apparemment la veille et au premier balcon, ça allait très bien.

lundi 2 avril 2018

sprout Croft

Un reboot de « Tomb Raider ». On échange Angelina Joly et ses mimiques contre Alicia Vikander, certes, mais encore ? Plus qu’un reboot, c’est une sorte de prequel : comment la magnifique Lara est devenue une héroïne de jeux de vidéo. Heu, de l’archéologie façon Indiana Jones — et c’est une référence qu’on trouve clairement plusieurs fois dans la trame de cet opus. Donc, on s’intéresse aux origines de l’héritière qui aurait tout pour se la couler douce, mais qui suite à la disparition de ses parents, ou plus exactement du seul qui restait, son père, va vivre marginalement, s’entraîner, refuser argent et pouvoir qui ne sont pas le sien (oui, c’est du Batman — surtout façon Nolan —, jusqu’à la toute fin et l’annonce de la suite).

C’est ainsi que Lara livre à vélo avec une bande de joyeux drilles. Un vrai garçon manqué, avec son teint halé et sa fine silhouette (elle taille du 12 ans ou quoi, Alicia ? La perfection de cette fille est sans limite — elle vient du ballet, voilà le secret !), à jouer les casse-coût alors qu’elle est simplement brillante (grosse référence à Dark Angel, dont le personnage semble totalement pompé). Lara ne veut pas signer les papiers qui enterreraient son père disparu. Et au dernier moment, elle découvre même que la solution serait en Asie : direction Hong Kong ! (Largo Wynch/Tomb Raider 2) Un HK qui nous rappelle que c’est une fiction : déjà parce que le port à Aberdeen ne ressemble plus à l’image d’Épinal qu’on s’en fait sur fond vert, ensuite parce qu’elle tombe sur les seuls brigands en 150 ans qu’il n’y ait jamais eu là-bas.

Peu importe, l’aventure continue, pompe sur Alan Quatermain ou un truc du genre (esclavagisme de tout ce qui traine pour trouver du trésor à la petite cuillère), et dévie enfin, ralalalah, sur du Rambo. Alicia, un arc, des flèches, et des vilains à occire. Que demande le peuple ? On voit Lara tuer son premier méchant gros bras, à mains nues (trop chou !), Lara se suspendre au dessus du vide (j’avais l’index gauche qui restait appuyé sur la touche Shift de mon siège, quelle frayeur !), Lara qui bondit au dessus du vide (control ? En revanche elle ne saute pas encore en arrière — alt ? Je ne me souviens plus bien —, et donc pas de saut périlleux arrière, ma cabriole favorite pour flinguer des dinos — mais les flingues n’arrivent qu’au générique, et les dinos pas du tout).

Ah, j’oubliais : il y a du puzzle et de l’énigme (japonaise) — Lara juste super intelligente. Et la tentation du surnaturel vs le rationnel. Je vous laisse deviner la dernière référence : Sherlock Holmes. Je crois que niveau synthèse, on n’avait jamais fait mieux. Et en plus, il y a Aliciaaaaaaa, qu’on sent lutter, mais qui reste toujours forte (une seule petite larmichette recensée. Pour montrer qu’elle n’est pas aussi insensible qu’Angelina Jolie, non mais).

Lara Croft est le fantasme absolu. Alicia Vikander y est donc parfaite. Roar Uthaug devrait cependant passer la seconde pour la suite, car le ronron que je suis près à largement excuser pour une introduction-apprentissage n’est déjà pas pardonné par une partie de la critique peu patiente ni sensible à Alicia (ils ont tort).

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