humani nil a me alienum puto

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jeudi 4 juillet 2019

douloureuse gloire

Le dernier Almodovar n’a pas eu la palme, mais Antonio Bandera a été très justement récompensé. « Dolor y gloria » (Douleur et gloire en VF) allie sans surprise les deux thèmes d’un réalisateur qui après 30 ans suivant son succès qui l’a amené à la gloire dans la douleur, vit dans la douleur (physique) avec moins de gloire ; mais surtout, le passé ressurgit en peu de temps, et pour une fois, il ne s’agit pas de démons, mais plutôt des résolutions et réconciliations. C’est un film sage en cheveux grisonnants — comme ceux d’Antonio Banderas. Il y a une recherche de paix avec soi, dans ce qui constitue apparemment la fin d’une trilogie un peu improvisée, comptant la mala educacion (ce serait donc le même petit garçon). On devine des accents autobiographiques, et il est donc peu surprenant d’apprendre que l’appartement du héros est une parfaite réplique de celui du réalisateur.

Il ne faut pas oublier Penélope Cruz dans l’histoire, toujours magnifique, même si on on peut deviner qu’elle vient de passer la trentaine. On découvre un petit bonhomme assez formidable, Asier Flores, qui porte lui aussi une bonne partie du film en jouant le passé du héros. On trouve les thèmes de l’addiction à la drogue et à l’homosexualité, mais c’est tout naturel ; surtout les couches mal sédimentée du passé, entre les non-dits, les déceptions et la brouille un peu stupide. La seule séance un peu psychédélique est la très belle animation sur les douleurs corporelles que subit le héros — connaître la biologie de son corps à travers la douleur, je commence à bien comprendre ça avec mon bras en kit.

Un excellent film sensible à fleur de peau et rudement intelligent.

coucouréen

Je ne me rends compte que maintenant que j’avais raté l’avant-dernier Bong Joon Ho, en 2017, avec Tilda Swinton en plus. Étrange. Avant ça, c’était Snowpiercer, que j’avais moyennement apprécié, moins que The Host. Et évidemment, 2003, Memories of Murder, excellent.

Et donc en 2019, « Parasite » obtient la palme d’or. Il y a plein de Palme qu’on oublie, et même un bon paquet très médiocre. Celle-ci est un fort bon film, qui ne marquera pas l’histoire du cinéma, mais qui est de cette lignée de la catharsis à l’asiatique où l’on prend un plaisir malsain à suivre de complets antihéros, en l’occurrence une famille de paumés mal élevés qui ont un talent indéniable pour l’arnaque. Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi la critique ne fait pas plus référence à « Une affaire de famille », le film japonais qui avait reçu la palme en 2018 ! (Et sortie en fin d’année, en plus, donc il y a 6 mois)

La différence principale est que nos bidochons coréens vont se trouver un don extraordinaire pour l’arnaque et le parasitisme, tel le coucou, d’une famille riche dont la naïveté permet de dresser un portrait-au-vitriol qui frise la lutte des classes. On rit jaune devant les aventures cocasses, on est épaté par le brio d’entourloupe, et ça se déroule finalement comme du Park Chan-Wook, où le burlesque n’est jamais loin d’une violence volontiers démonstrative.

Moins de sentiments que la palme de l’an passé au grand coeur, clairement moins authentique, plus dans le grand guignol intelligent à la coréenne, ça ne révolutionnera pas le cinéma, mais ça fait fait passer un très bon moment. En plus il y a deux actrices à mourir de beauté : ChoYeo-Jeong et Park So-Dam (auxquelles on pourrait adjoindre la jeune Jung Ziso, pas moche non plus).

G-Woman

Presque deux mois sans faire tourner ma carte UGC illimitée : cette année, si l’on tient compte en plus des déplacements, il ne m’étonnerait pas que je sois un peu créditeur dans cette affaire. Bref, le vendredi étant encore prévu comme journée de chaleur intolérable en camisole, c’était l’occasion de faire un truc incroyable depuis le 17 mai dernier : prendre le RER. Mission accomplie : en journée, il y a peu de monde, une station, stable. Rattrapage par ordre de retard : le dernier X-Men ! Dark Phoenix.

Jean Grey gone wild — c’est évidemment elle, le phoenix, qui ressuscite régulièrement. On la savait quasi-déesse, là voilà déesse complète. Un peu too much, la cocotte minute à tendance à exploser. L’épisode va plus dans le psychologie. Psychanalysons Jean avant qu’elle ne détruise l’humanité en éternuant, pendant que les X-Men se déchirent (il faut tuer le père…). Dommage collatéral et alliances contre-natures au programme.

Il est vraiment pas mal cet épisode avec ces étranges aliens un peu brouillon (qui sont-ils, quels sont leurs réseaux ?), mais de là à le malaimer, surtout avec cette séquence délirante de l’attaque du train sur fond de remix du requiem de Brahms par Hans Zimmer, j’ai du mal à comprendre. Simon Kinberg n’invente pas de grande réalisation pour grosso modo son premier film derrière la caméra (mais après avoir bossé sur bon nombre d’épisodes des X-Men). Certes c’est un peu appuyé, mais pour un épisode où Stan Lee figure encore au générique de la production, ça fonctionne toujours très bien. Est-ce parce que je deviens un inconditionnel de la série ? Et qu’il y a de la meuf qui tabasse ? Je n’ai pas bien compris si ce serait le dernier du cycle ou l’avant-dernier. Mais faudra penser à ressusciter la demoiselle.

zombi grandchild

Le dernier Bonello, « Zombi child » est comme d’habitude sous-côté. Apparemment j’ai raté les deux précédents, et c’est plutôt un coup de bol que j’aie pu voir celui-ci, diffusé à peu près nulle part trois semaines après sa sortie, si ce n’est à mon bon vieux ciné de quartier juste à côté de chez moi, qui souffre toujours de ne pas accepter la carte Ugc illimitée, sécession communiste oblige. Voici donc comment j’ai pu reprendre une activité cinématographique par grande chaleur, avec mon bras en momie, pour 6,50€, dans une salle rénovée (nouveaux sièges) de 400 places entièrement vide…

Le scénario de Bertrand Bonello suit sa co-production : on commence à Haïti il y a 55 ans. Pour continuer rapidement dans un lycée en internat, et pas n’importe lequel : la Maison d'éducation de la Légion d'honneur. Jeune filles à croquer, en uniforme avec bandeau. Nos deux héroïnes amies : Louise Labèque (fascinante beauté) et Wislanda Louimat (éclatante beauté), la seconde étant haïtienne, ce qui aide pour ses séquences en VO (si on tend bien l’oreille, on peut comprendre la moitié sans le sous-titre). Le lien franco-haïtien est un peu tiré par les cheveux mais assure une originalité certaine qui tire vers le fantastique (vaudou) au fur et à mesure qu’avance le film, malgré un thème principal pourtant bien ressassé. Mais « de nos jours tout va plus vite, donc c’est normal que les zombies aillent plus vite aussi ! ». En réalité, ça parle essentiellement d’adolescence — amourette pour l’une, lien aux origines pour l’autre, et pour toutes la vie en gynécée et la sororité qui a ce petit goût de ridicule touchant de ces années d’éveil.

C’est donc déséquilibré par essence, mais très esthétique et fort original ! Ça aurait été dommage de passer à côté. Et Bonello a toujours un grand talent pour filmer les jeunes filles…

mardi 28 mai 2019

piano de verre

Une intégrale des études pour piano de Philip Glass à la Philharmonie, encore plus quand le maestro lui-même est présent, ça attire du monde ! Même la souris, ce qui n’est pas peu dire. On trouve quand même à se replacer au fond du parterre.

Philip Glass a peut-être 82 ans, il joue encore régulièrement du piano. Et c’est en toute logique que ce petit grand monsieur est venu ouvrir le bal, et est resté pour les saluts presque trois heures plus tard. Il y a 20 études, numérotées de 1 à 20, divisées en deux parts égales autour de l’entracte, réparties par paires successives à différents pianistes, quelques uns s’aidant de partitions, disposant chacun d’un tabouret pré-réglé. Lesdits tabourets ayant été positionnés tout autour de la scène, la succession des pianistes a été entrecoupée d’un machiniste venu faire les interversions de siège ; mépris pour un interprète, la running joke de la soirée a été de l’ovationner comme tel.

Avec deux études chacun, la liste de pianistes est la suivante : Aaron Diehl, Timo Andres, Célimène Daudet, Thomas Enhco, piano ; Maki Namekawa (en kimono !), Nicolas Horvath, Anton Batagov, Marielle Labèque, Katia Labèque (vendues par paire aussi).

Et c’était fort bon, parce que les thèmes répétitifs minimalistes enivrants de Glass sont ainsi qu’on peut difficilement y résister (et mal l’interpréter ?). Il y a quelque chose d’universel, de fascinant, de l’ordre de la transe. On pourrait taxer cela de facilité, et pourtant, c’est probablement ce qu’il y a de plus compliqué à faire, la facilité. Il faut savoir gouter son plaisir et les joies simples dans le laisser-aller ou le laisser-voguer.

war rest in peace bis

Bis ! Jamais un sans deux. Changement d’accompagnatrice : souris mercredi, Hinata jeudi. Sauf que… arrivé à la bourre (saleté de ligne 4 !), ouvreuse stressée (elle a réussi à interdire une demi-rangée en plein centre du parterre qui est restée vide toute la soirée !), SMS obscur de la miss (pas très douées pour les indications fiables et efficaces, les filles, en général…), je me rends compte assez tard de son positionnement près d’une caméra, mais la place voisine est interdite (la sienne aussi, probablement) : voilà comment la guerre déchire. Je me retrouve donc au dernier rang, pas bien calme non plus, avec comme voisin un ami-mélomane qui respire bien plus fort que prévu. Décidément, c’est difficile de réunir toutes les conditions idéales d’écoute, à la Philharmonie… Un voisin âgé plus au centre de la rangée décide même de quitter sa place, au beau milieu de l’oeuvre, pour rejoindre les places des retardataires juste derrière, où l’on peut déployer ses jambes. Et cette fois un sonotone part en sifflement bien fort pendant plusieurs secondes, à tel point que les ouvreurs sont partis en chasse…

Pour la deuxième session de War Requiem de Britten par l’orchestre de Paris et son choeur, je trouve enfin la réponse au mystère du mini-orchestre côté cour : ils ne jouent uniquement lorsque les deux hommes solistes chantent (en anglais). On y trouve, conformément à la configuration voulue par le compositeur pacifique, un Anglais, le ténor Andrew Staples, et un Allemand, le baryton Christian Gerhaher. Excusez du peu. La divine voix d’Emma Bell assure le rôle de soprano au milieu du choeur et arrive à s’en distinguer clairement. On regrette seulement, comme toujours, que la salle de la philharmonie si précise dans le son ne vibre que très peu malgré l’énormité des moyens déployés.

Daniel Harding réussit encore à maintenir un silence d’une trentaine de secondes à la fin du chef d’oeuvre. Formidable.

war rest in peace

Le War requiem de Britten est l’une des plus belles oeuvres qui soit. À la fois puissante et toute en finesse, mettant en branle un énorme orchestre (orchestre de Paris survitaminé, dirigé par Harding), figurant même un orgue, on remarque que les solistes sont rassemblés en groupe tout devant côté cour, sans qu’on sache trop pourquoi — j’ai pu trouver le lendemain en observant mieux. La salle de la philharmonie était très pleine le mercredi, et cela reste tout de même surprenant, même si en réalité il s’agit probablement les familles des choristes, fort nombreux, et notamment du choeur d’enfants qui chantait manifestement depuis le couloir côté jardin…

L’oeuvre commence dans le silence et en retard (vers 20h40), d’un seul bloc jusque vers 22h15. Elle réserve d’incroyables moments, avec un texte très fort sur la guerre, l’horreur, la réconciliation. On termine avec trente bonnes secondes de silence — mais le public  était dans l’ensemble plutôt dissipé (notamment un énorme éternuement et un léger sifflement bien pénible).

dimanche 26 mai 2019

NDT sans NDT

Retour à Garnier : ça faisait longtemps ! C’est que le triple bill León & Lightfoot /​ van Manen avait l’air de bien mériter un dimanche aprem en fond de loge. C’est du NDT, mais avec le ballet de l’opéra à la place. Généralement ça présage une meilleure technicité mais un rendu trop propre et moins émouvant. La comparaison avec le vrai NDT la semaine suivante à Chaillot aurait pu confirmer cela, si quelqu’accident n’avait forcé une revente de la place…

Ça commence par « Sleight of Hand », où le couple León-Lightfoot fait tout — sauf danser, et la musique est laissée à Philip Glass (Symphonie n° 2, 2e mouvement, sur-utilisée dans les ballets). Entrée au répertoire. Esprit Pink Floyd « the division bell » : 2 grandes ombres sur échasses, dénudés, avec de grandes capes ; tout en noir & blanc ; et en contrebas sur scène, des danseurs plus nerveux. Fort esthétique ! Et un premier entracte : c’est fort lucratif cette affaire…

« Trois Gnossiennes » de van Manen, sur la musique éponyme de Satie, est un grand pas de 2 (avec Léonore Baulac), avec de beaux portés en gainage. Très beau aussi, avec le piano sur la scène. Encore un entracte, la souris négocie que la voisine arrête de nous illuminer avec son téléphone ; maladie très répandue dans la salle (qui semble être très remplie de touristes). Il ne reste plus que le voisin de devant qui se lève sans trop considérer ce qui se passe derrière lui à gérer.

« Speak for Yourself » est similaire à la première pièce : mêmes chorégraphes, aussi une entrée au répertoire. Cette fois de L’Art de la fugue (contrapunctus n° 1, 19) mais quand même aussi un enregistrement de Steve Reich (Come out). Il y a un danseur fumeux qui me provoque un fort sentiment de déjà vu. Une pluie de brumisateurs ; des glissades en chausson ; décidément tout cela est fort beau et bon !

Ligeti concertant

Une soirée de concertos de György Ligeti, c’est im-man-qua-ble. Mais je ne m’attendais clairement pas à ce que la salle soit si remplie ! Pas si facile de s’y (bien) replacer ; et plus encore, une retransmission en live ! 

Quatre instruments mis en valeur tour à tour, faisant figurer en soliste le musicien principal de l’Ensemble intercontemporain dirigé par Matthias Pintscher. Concerto pour piano, avec Sébastien Vichard (le plus long et endurant) ; Hamburgishes Konzert - Concerto pour cor, avec Jens McManama (quelle maîtrise !) ; Concerto pour violoncelle, avec Pierre Strauch (incroyable commencement de l’oeuvre à peine perceptible) ; et enfin le Concerto pour violon avec Hae-Sun Kang. En bonus à chaque fois, des ocarinas !

Quelles oeuvres formidables ! C’est encore Bachtrack qui en parle le mieux.

lundi 13 mai 2019

Jacob Solemnis

Il est évident que Missa Solemnis est LE chef d’oeuvre de Beethoven qui revêt une place à part. Quand on René Jacobs à la direction (avec le Freiburger Barockorchester et RIAS Kammerchor), on s’y précipite encore plus. Et pourtant, la salle de la Philharmonie était loin d’être pleine. Polina Pastirchak, soprano ; Sophie Harmsen, alto ; Steve Davislim, ténor ; Johannes Weisser, basse. Étrangement, je n’en ai pas grand chose à en dire : c’était parfait. Un de ces grands moments de musique qui passent, sans laisser non plus de grande trace, parce que c’est l’évidence du chef d’oeuvre qui fait sens. Le spa auditif.

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