humani nil a me alienum puto

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mardi 4 septembre 2018

forme de la voix

« Koe no katachi », traduit assez librement par « Silent Voice », est l’animé du moment de Naoko Yamada, une réalisatrice manifestement sortie d’assez nulle part, mais dont la finesse d’analyse est fortement remarquable. Si sur la forme ce n’est parfois pas tout à fait sec — et ça dure tout de même 2h09 —, aborder autant de thèmes sensibles est impressionnant : harcèlement scolaire,, suicide, amitié, solitude, amour naissant… Cela va bien au-delà du handicap de la principale protagoniste. Les jeunes en formation sont paumés comme il se doit : violence entre eux, morale et physique, et cette pulsion de mort caractéristique des rapports malsains de cet âge, le tabou absolu.

Et puis il y a cette culture japonaise particulièrement étouffante, où l’on passe son temps à s’excuser d’exister (« gome nasai » est la réplique la plus entendu, même avec l’accent des sourds), et où quand le héros (ex-anti-héros) doit sauver l’héroïne, il se déchausse d’abord pour entrer dans l’appartement.

C’est bien fait, sensible et intelligent.

lundi 27 août 2018

852ème semaine

Du prêt immobilier, du réseau, du dev (enfin !), une semaine aux interactions sociales fort réduites…

ellefanningstein

Initialement, la bande annonce du film de Haifaa Al Mansour faisait peur. Du genre : tract féministe assumé. Et puis la critique n’était guère clémente. Mais un passionnant papier d’une experte était bien plus clément avec l’oeuvre : certes le trait féministe-emporté de Mary Shelley a été assez forcé, ou du moins « modernisé » ; mais mis à part quelques personnages au destin trop dramatique passés sous silence (et puis, il y en aurait eu pour trois heures : on est bien obligé de simplifier), tout y est dans le bon ordre.

Quand on a Elle Fanning, on ne boude pas. Surtout qu’elle enchaîne les films qui lui font plaisir et tiennent peu l’affiche (totalement raté l’avant-dernier, qui a été fort éphémère !). On a Douglas Booth, Tom Sturridge et Bel Powley comme respectivement Percy Shelley, Lord Byron et Claire Clairmont. Les jeunes gens sont grunges et paumés, ils font un peu nawak. Mais ils ne sont pas sots : et c’est ainsi que Mary fit une autobiographie métaphorique et inventa la science fiction — à base de roman gothique pour jeune fille. Le génie, à quoi ça tient.

Le film n’est peut-être pas si exaltant que son propos aurait voulu le faire entendre, mais il fait bien le travail et se regarde avec plaisir. Après tout, c’est l’essentiel.

quatre rois perdus

Le Sherlock Holmes chinois est de retour pour un 3e épisode : « Detective Dee : la légende des rois célestes ». Suite du deuxième, c’est toujours le prequel du premier — avec une référence finale qui rattache les wagons. On y retrouve Mark Chao dans le rôle-titre de Di Renjie, tandis que Feng Shaofeng (le général-ami Yuchi Zhenjin) a encore amélioré son jeu des gros yeux (ce qui n’est jamais trop aisé quand est Chinois). Carina Lau continue comme impératrice perturbée et pénible, tandis qu’on découvre sous nos contrées une divinité telle qu’on n’en avait certainement pas vu depuis Zhang Ziyi : Sandra Ma Sichun, 30 ans (et dont les origines ethniques musulmanes n’empêchent pas de nous gratifier de quelques visions enchanteresses).

Il faut probablement avoir une idée du sens du devoir chinois, encore plus en pleine époque de mandarinat, pour être sensible à ces intrigues. Tsui Hark relève le tout à coup d’effets spéciaux kitsch jusqu’à l’overdose, même s’il veille à ne point nous rendre malade grâce à une nouvelle technologie qui dépasse les 24 images/secondes. C’est gentil. La critique adore — il y a parfois de ces mystères qui dépassent l’entendement. Comme : quels sont ces rois célestes, au juste ? Il a dû y avoir du rififi dans la traduction. Ça se laisse regarder, il y a de très bons moments, mais moins de kitsch n’aurait pas nui à l’ensemble…

le coupable

Dans la catégorie des traductions étranges, et après deux cas ces derniers jours de traduction de l’anglais vers l’anglais pour le marché français, voici une traduction du danois (« Den skyldige ») vers l’anglais : « The guilty ». Un plan-séquence de Gustav Möller (seul ce film recensé, à 30 ans ?), qui dure 1h25, avec deux éléments qui ne quittent pas l’écran (ni l’affiche) : Jakob Cedergren et son téléphone (combiné ou portable). Cela permet un traitement hors-caméra exceptionnel : les autres personnages et l’action principale se situent hors champ. Pas d’effets spéciaux, simplement deux pièces attenantes peuplées d’autres policiers qui doivent avoir en tout moins de douze lignes de dialogue. Tout se passe à travers le retour son partagé (excellent travail !), en immersion : ça détonne ! Parce que l’effet sur le spectateur, lui, est impeccablement maîtrisé : c’est stressant au maximum. Justement parce qu’on n’y voit rien, mais aussi parce qu’on sent l’impuissance que la distance fait ressortir de la manière la plus violente qui soit.

Notre héros est policier, il répond aux appels d’urgences. Alors qu’il arrive à la fin de son service et de la routine, il prend un appel bien plus grave. La personnalité complexe de notre introverti de service va se révéler au fur et à mesure. On le sent de plus en plus border line… Et en même temps, dans le jeu des téléphones arabes de ces services d’urgence, qui bureaucratisent (donc annulent l’empathie et mettent du délai dans l’urgence, mais aussi rationalisent les décisions, qui peuvent paraître être bien insuffisantes au regard des enjeux — l’actualité a été cruelle avec le Samu de Strasbourg), comment ne pas craquer ? Surtout quand on veut se dédier au bien commun, coûte que coûte. Mais les apparences peuvent aussi être trompeuses…

C’est brillant. Et cela montre qu’on peut encore faire de l’original, en huis clos des plus classiques, avec un budget certainement ridicule. Un grand nom du thriller serait-il né ?

dimanche 19 août 2018

amours nippons précoces

Après « Printemps tardif » de Ozu, toujours au Champo, toujours blindé, « Printemps précoce ». Est-ce le prequel ? Que nenni. Ozu a parcouru les saisons, il a certainement dû en conclure qu’il n’y en a pas assez et qu’il fallait faire des sous-catégories. Quelque chose de ce genre.

C’est en tout cas encore une fois un conte moral — avec plus grosse scène de sexe : un baiser presque volé du personnage féminin principal sur la bouche du héros que l’on suit intimement, un homme trentenaire vertueux mais alors « fautif » (avec une jeune épouse assez pénible). D’une durée de bien plus de deux heures, c’est le plus long des films d’Ozu, et probablement le plus dans le narratif, donc le plus plat (d’après ma studieuse accompagnatrice qui achevait là son cycle après une semaine d’introversion). Nous sommes dans le Japon de 1956 après la guerre — qui est assez souvent évoquée ! —, avec la nouvelle vie de bureau qui s’impose comme idéal déjà au contre-effet déprimant. On y parle donc de choix (subi) de vie. Un témoignage dans un espace-temps charnière qui reste, au-delà du thème traité assez banal, fort intéressant.

851ème semaine

La reprise à une certaine dose des activités culturelles masque un acharnement sur la re-terraformation de cloud. Réseau et devops à haute dose : technologies branlantes et peu déterministes au rendez-vous. L’horreur. Quand ça finit par marcher, on a envie de recevoir un Nobel.

l’intérêt supérieur des INFJ

« My Lady » est un film anglais sur le mode : BBC++. C’est-à-dire que c’est la version améliorée d’un téléfilm BBC, qui est déjà le haut du panier du téléfilm en règle générale. Richard Eyre derrière la caméra (il fait plutôt de l’opéra au ciné). On y ajoute Emma Thomson (qui patine délicieusement), et hop, la mayonnaise prend ! « The Children Act », en VO, s’est vu relégué en sous-titre avec l’allusion à « l’intérêt supérieur de l’enfant » — ce dont cela traite, tout autant que la psychologie particulière de notre héroïne, sur lequel le film est entièrement centré. Gravite autour d’elle un mari philosophe délaissé qui en a un peu marre (Stanley Tucci), un greffe (?)/secrétaire fort efficace et sans aucune fantaisie (Jason Watkins) et un gamin sur-intelligent quasi-majeur mais témoin de Jehovah qui va y passer s’il continue de refuser les transfusions (Fionn whitehead).

My Lady est donc juge pour enfants. Genre juge qui a l’air d’être d’un haut niveau de juridiction, mais il faut probablement être plus familier avec le système anglais — j’avais regardé ça après avoir dévaliser la librairie à côté du palais, qu’on voit souvent, et qui est d’un certain luxe, d’après ce que l’on voit à l’écran, qui ferait pâlir les Français… Son approche ne fait pas l’unanimité, mais elle est fort respectée : elle a un mélange de rigueur extrême et d’amour pour autrui, un talent artistique et une haute intelligence, mais une psychologie en proie à une opposition entre son introversion, son métier (et désir) de contact avec l’humain, et sa froideur par défaut. Bref, c’est une parfaite INFJ. Les moins enclins à pratiquer cette race peu commune (qui a tendance à se concentrer sur certains métiers, notamment RH, d’éducation, d’avocature, donc beaucoup dans les grandes villes) ont été surpris, notamment de l’espèce de nervous breakdown qu’elle fait à un moment — quelque chose de très typique de ces personnages contradictoires qui paraissent forts mais n’en demeurent pas moins fragiles.

Au-delà du propos autour du droit de l’enfant, des contradictions entre religion et bien commun assuré manu militari par l’État, de l’histoire de ce jeune homme dans des tourments philosophiques (et amoureux, fasciné, phénomène qui arrive souvent !), il y a donc cette femme à observer sous cloche. Le tout est très intelligemment montré.

sous le lac cabalistique

Totalement à l’opposé du film précédent (« My Lady »), nous voici dans le monde bordélique des perceptifs. « Under the silver lake », c’est pour ceux qui ont leurs chakras ouverts. Sinon, le risque de passer à côté est immense. La preuve : les spectateurs ont beaucoup moins aimé que la critique ! On est sur du 3 ou 4ème degré en permanence, avec comme fil rouge un labyrinthe d’exégèses interprétatives qui dans sa forme la plus rationnelle dans le film est entre la numérologie et la Kabbale. Un gros délire paranoïaque conspirationniste par un loser de première incarné par Andrew Garfield (qui à cause de sales gamins se retrouve collé à un magazine de Spiderman : les références en easter-eggs pleuvent !).

Chose amusante, l’un des points de départ (non élucidé par ailleurs) est la disparition de chiens. Où David Robert Mitchell rejoint à quelques semaines près Wes Anderson. Les références volontaires et assumées sont en revanche nombreuses, la plus évidente, outre la trame lynchéenne, étant la Fureur de vivre. Ça part dans tous les sens comme rarement, pour un dénouement que pour une fois, personne ne pourra prévoir. Les gens pas drôles (soit la grande majorité de la population) n’y comprendront rien. Ceux qui ont l’esprit tarabiscoté en revanche s’amuseront comme des petits fous.

impressionnistes à gauche

Le Petit Palais organise l’une des deux expos parisiennes de l’été dont j’ai connaissance (c’est dire si la période est creuse !), mais n’a pas fait cela au rabais, pour ces Impressionnistes à Londres : les oeuvres présentées, leur nombre et la muséographie sont d’une qualité peu courante, surtout pour le dernier point. Serait-ce l’effet anglais ? Le thème est l’exil à Londres d’une bonne partie des impressionnistes ; à cause de la Commune, de Napoléon 3, du succès qui ne vient pas, les raisons sont diverses. La période couverte va de 1870 à 1904. La première partie de l’exposition traite donc du contexte politique, avec des oeuvres peu communes qui illustrent la Commune, aussi bien que la jolie scénographie de ruines — chose difficilement imaginable que ces bâtiments en ruine en plein Paris, autant les Tuileries, la mairie de Paris ou encore la rue de Rivoli.

On passe ensuite la Manche (en bateau depuis le Havre, arrivée directement à Londres). Nos héros vont y connaître succès ou le plus souvent désillusion — en fait il semble qu’il vaille mieux être connu avant de s’exiler. Ils en reviendront quasiment tous, sauf James Tissot auquel une ou deux salles complètes lui sont réservés — mon accompagnatrice d’être émerveillée de ces intrigues qu’on y devine, à travers le positionnement des personnages et les jeux de regard principalement. Certaines oeuvres étaient déjà de l’expo sur les impressionnistes et la mode à Orsay. On trouve : Daubigny, Legros (bof), Pissarro (encore vert), Sisley. Et quelques autres (dont des trucs moche sur la fin de l’expo).

Il y a aussi bon nombre de Carpeaux, et une salle dédiée au Parlement de Monet, en demi-ellipse, venus des quatre coins du monde (aussi émouvant qu’une rencontre de bottes de foin, un congrès de cathédrale ou un meetup de nénuphars) (jouer aux sept erreurs). Il y a des oeuvres qu’on est allé chercher dans des collections un peu paumées ; ce sont aussi souvent celles qu’on ne peut pas photographier, et la milice interne veille scrupuleusement et avec zèle à ce que la loi féodale locale soit bien appliquée. Résultat : je n’ai pas retenu le nom de l’obscure galerie londonienne qui a prêté quelques Tissot des plus intéressants. C’est bête. J’ai noté une très belle statue de MILF par Jules Dalou — le bonhomme est doué, il est bien représenté. Les cartons sont très intéressants, on peut suivre les petites rivalités et les amitiés, on comprend l’articulation de tout ce petit monde. Après vérification : c’est bien co-organisé par le Tate. Il n’y a pas à dire, c’est un autre niveau. Jusqu’au 14 octobre.

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