humani nil a me alienum puto

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lundi 2 juillet 2018

l’amour du coin

« The Shop Around the Corner » a été radicalement traduit en « rendez-vous ». Comme quoi, même en 1945, on était assez radical dans les titres quand on ne trouvait pas quelque chose qui sonne aussi bien que l’original. Le film d’Ernst Lubitsch, en 1940, reprenait déjà une pièce de Miklós László, « Parfumerie », ce qui explique qu’on retrouve Margaret Sullavan, 

James Stewart et Frank Morgan en Hongrie (où l’on parle un anglais distingué, même parmi les petites gens). Et si l’histoire nous semble se dérouler comme si tout était attendu, c’est peut-être parce que l’inconscient avait déjà « You’ve got a mail » avec le duo Tom Hanks/Meg Ryan, sur la même matrice…

Et pourtant, qu’est-ce que ça marche bien, ces 99 minutes ! Quel charme, quelle classe, quel film ! Ça se regarde en flattant l’oeil, tellement c’est beau et bien fait. Une rediffusion du quartier latin qu’il ne fallait certainement pas rater, pour un rendez-vous !

lundi 25 juin 2018

843ème semaine

La semaine à l’ancienne, avec tout qui s’enchaîne non stop, du culturel tous les soirs ou presque, même la fête de la ville a été compressée. J’ai quand même pu y insérer une journée à Eurosatory, le Disney du militaire où un large choix de missile et de char d’assaut est proposé, et une autre pour AWS, ou quand Amazon envahit le Palais des Congrès à coup de Cloud.

opéras immoraux au second degré

C’est la fin de saison, les salles sont plutôt vides, mais pour ce diptyque L’heure espagnole de Ravel et Gianni Schicchi de Puccini, Bastille était particulièrement vide, et les ninjas ont pu exercer leur art en toute sérénité — quoique concurrencés par les spectateurs lambdas ! Une très bonne critique, un air hyper connu au programme, une excellente double mise en scène de Laurent Pelly, une distribution top, un super Maxime Pascal à la baguette, et l’Opéra de Paris arrive à se tirer une balle dans le pied avec des tarifs inabordables. Heureusement qu’il y a encore quelques places à 5€ ! C’était la dernière, le dimanche aprem.

L’heure espagnole, c’est le classique vaudeville de l’amant dans le placard (ou plutôt : dans l’horloge). La mise en scène foutraque est géniale, avec ses tours de magie (hop, dans la boîte !) et ses petits détails drôlatiques (le squelette qui salue à la fin, perdu dans le bordel côté jardin). Le livret de Franc-Nohain est écrit en langue châtiée, parsemé de références espagnoles folkloriques, pour donner une comédie très assumée. Concepcion (Michèle Losier) a le feu aux fesses : une fois débarrassée de son fade mari horloger Torquemada (Philippe Talbot), elle est rejointe par son stupide amant poète Gonzalve (Stanislas de Barbeyrac), ayant auparavant occupé le client muletier Ramiro (Thomas Dolié) dans le transport interne d’horloge ; le caché-croisé se complique encore plus avec l’arrivée du lourd Don Inigo Gomez (Nicolas Courjal), qui fait la cour à la belle volage. Au bout de 55 minutes, elle préfèrera évidemment les biceps de l’efficace muletier ! Savoureux.

Entracte. Quasiment une heure aussi : une chute de spectateur, nous apprend-on finalement… Il ne valait mieux pas que ce soit plus grave, avec ce temps d’intervention là. La souris s’impatiente. Mais elle aurait eu bien tort de rater Gianni Schicchi, cette fois un vaudeville sur le classique testament. Une famille unie autour d’un mort qu’elle détestait de son vivant mais qui avait de l’argent, beaucoup d’argent… qu’il a légué aux moines. Comment se dépêtrer de ce malheur ? Rinuccio (Vittorio Grigolo), amoureux de Lauretta (Elsa Dreisig), propose d’appeler du très détesté mais malin Gianni (Carlo Lepore) ! Qui finira par tous les rouler, évidemment, mais les amoureux (qui cumulent toute la panoplie des clichés) pourront convoler. Encore le placard, mais cette fois pour y stocker le cadavre. Inspiration de chez Dante (à qui il est fait allusion dans la morale finale, d’une même manière que l’opéra court précédent), mais en mode cynique à souhait et à la limite de l’auto-parodie permanente. La famille infernale nécessite beaucoup plus de chanteurs que l’opéra précédent de Ravel, composé sept ans plus tôt (1911 contre 1918). Le second degré y est aussi totalement assumé, et Laurent Pelly trouve une mise en scène toute aussi simple et efficace, qui marche impeccablement bien (dans les mêmes tons, pour garder l’homogénéité).

On en redemande !

cendres opératiques

Je crois que c’est bien la « Cenerentola » de Rossini qui a été interdite d’Opéra de Paris pendant bien des années. J’avais raté sa programmation sous la nouvelle ère de direction (je ne pense pas me tromper), mais pour cette représentation unique et de concert mis en espace au TCE, j’avais mon binôme — et un replacement assez facile. En fait, c’est de l’opéra porno : l’histoire est franchement grotesque, et on pourrait dire très 4ème degré, mode théâtre de boulevard assumé. De la Cendrillon, il ne reste plus grand chose. À côté, Hollywood ou Disney, ce sont des conservateurs très sages. Chercher à comprendre est vain, il faut se laisser porter — mais l’opéra souffre de n’aligner aucun hit.

Le chef de l’Orchestre National d’Ile-de-France (et Ensemble Aedes), Enrique Mazzola, était brillant. Littéralement. Comprendre veste noire à paillettes, effet disco. C’est qu’il fait partie de la fête, tout comme le claveciniste, totalement intégrés à l’action. C’est malin, drôle, savoureux. Plus tard, lors d’une file d’attente à Bastille, j’entendais des lyricomanes louer ce procédé, plutôt que d’avoir des mises en scène vilaines et chères. Là, on va dans l’économique : le peignoir de bain cache tant bien que mal les robes à paillettes pour le bal. Et finalement, tant que ça chante bien, et qu’on se permet un selfie de groupe final, tout le monde est heureux.

Karine Deshayes Angelina (Cenerentola)
Peter Kálmán Don Magnifico
Cyrille Dubois Don Ramiro
Vito Priante Dandini
Luigi de Donato Alidoro
Hasmik Torosyan Clorinda
Alix Le Saux Tisbe

le scénario trouve toujours son chemin

Un cinquième Jurassic Park ! Ou un deuxième Jurassic World. « Jurassic World: Fallen Kingdom ». Le 4 rebouclait le 1 (construction du parc, finalement), le 5 est donc une synthèse du 2 et 3 (promenons-nous sur une île à dino avec le méchant garde-chasse et faisons visiter le continent aux dinos). Avec de grosses références au premier épisode, chèvre à T-Rex comprise. Bref, de la bonne vieille technique scénaricienne Star Wars : faire du neuf avec du vieux, à l’envi. Et ça marche ! Juan Antonio Bayona suit les pointillés, derrière la caméra. Le problème est quelque peu la surenchère — dont le nombre de dents. On se demande ce que donnerait un 6ème épiosde, avec la fin de ce dernier opus, qui en outre donne de plus en plus ouvertement sur un discours philosophico-moral (y compris dans ses contradictions), du démiurgisme au féminisme (mais pas le véganisme). On se prend aussi quelques petites incohérences. Au passage : que sont devenues les autres îles ?…

La vie trouve toujours son chemin, nous dit Jeff Goldblum aka le sage Docteur Malcom lors de son audition (joli clin d’oeil), et avant de retrouver Bryce Dallas Howard (miam) et Chris Pratt, secondé pour l’occasion par la petite Isabella Sermon (il faut une mini-blonde débrouillarde, en plus ça rentre dans des boîtes pour se cacher), et face aux méchants capitalistes & mafieux (dont une partie sera engloutie). Mais le scénario, le trouvera-t-il ?

ah qu’elle rit de se voir si belle

Le Faust de Gounod a beau être réputé, il est peu donné d’une manière générale. Déjà, peut-être, parce qu’il dure longtemps — le TCE a dû avancer l’horloge à 19h30, pour finir après 23h. Ensuite, probablement, parce que même avec une belle distribution, ça ne remplit pas la salle. Replacement quelque peu dans la douleur, entre des ouvreuses locales au haut niveau de corruption et d’incompétence, et l’humeur massacrante d’une Hinata en pleine tentative de diversification — et après Debussy, encore raté.

Christophe Rousset à la direction de Les Talens Lyriques (et du Chœur de la Radio Flamande en renfort) pouvait faire un trait d’union original depuis le monde baroque. On comptait sinon un Benjamin Bernheim en très bon remplacement de Faust, Véronique Gens impeccable en Marguerite qui rit de voir si belle, Andrew Foster-Williams en superbe Méphistophélès sur ressort (une grande partie du succès de la mise en espace a reposé sur ses bondissements opportuns), et pour les rôles secondaires, Juliette Mars en Siebel, Ingrid Perruche pour Dame Marthe, Jean-Sébastien Bou en Valentin avec son compagnon Anas Séguin pour Wagner (/un mendiant post-mortem).

Une fort belle représentation avec tous les dialogues non chantés originaux. Car le Faust de Gounod est un opéra comique. Tragi-comique, devrait-on dire…

épouser Karina

Le choc. Elle a deux ans de plus que moi, elle maniait l’archet, et manie à présent la baguette. Il y avait le programme de l’orchestre de Paris qui poussait à prendre cette place à la Philharmonie, mais il y avait aussi cette belle photo intrigante. Un an à attendre. Pour voir Karina Canellakis, à la direction. L’amour fou.

En donc, en plus, ça commençait par la Fantaisie symphonique tirée de La Femme sans ombre de Richard Strauss. On connait usuellement la réduction du Chevalier, mais il y en a aussi une de la Femme. Ça me rappelle quand il était dans la superbe mise en scène wilsonienne à Bastille. Formidable opéra.

Et puis Karol Szymanowski, le Concerto pour violon n° 2. Je ne sais pas à quel point le chef influe sur le programme, mais ça pourrait être une raison de plus en faveur de mon rapprochement charnel et émotionnel avec Karina — outre qu’elle est superbe en soi, avais-je précisé ? Ce concerto est tellement riche qu’il y a un piano. Et derrière le violon, une autre wonderwoman, Nicola Benedetti, aka Nicky, avec son Stradi, et cette fille est un concentré Mendelssohn à elle toute seule : origines italiennes et pure écossaise. D’ailleurs, pour le bis, elle annonce une pièce folklorique de chez elle : Auld Lang Syne, de R. Burns — merci @philharmonie de nous fournir tout cela !

Entracte. On perd la violoniste, mais la chef reste. Je me décale un peu plus sur la cour, les occupants légitimes de mon rang de bas de parterre ayant donné signe de vie dans une salle relativement peu remplie (comme d’habitude). Ainsi, j’espère aussi mieux voir Karina, que je suspecte timide, car même lors des saluts je n’arrive pas bien à la photographier, tellement elle ne regarde que très furtivement le public. On reprend avec les Danses symphoniques de Sergueï Rachmaninov. Comme tous les jeunes chefs, Karina fait encore des gestes très amples, perfectionnistes et attentifs. On danse avec Karina, nos coeurs battent à l’unisson, Rachmaninov nous lie à jamais. C’est beau, l’amour.

lundi 18 juin 2018

842ème semaine

Damned SNCF, à cause de qui, de retour d’Angoulême dans un des seuls trains non annulés mais trop tardif, j’ai raté ma Yuja. Quelle misère. L’an passé, c’était à cause de l’enterrement de ma grand mère. Et dire qu’on s’est ratés, avec Yuja, à Toronto puis Montreal, d’à peine quelques jours ! Quelle tristesse…

Paris d’Orient

Cette session du samedi à la Philharmonie (j’ai pas enviiiiiiie) était sous le signe du tapis : au parterre, la moitié contre la scène a été rabaissée et recouverte de tapis, médusant quelqu’ami ninja qui ne l’avait pas vu venir, celle-là. Places à 10€, sympa, mal positionné sur les acariens, mais original — après l’entracte, il y a eu du replacement par là, c’est dire le succès. Avec la souris, on opte plutôt pour un replacement en plein centre de second balcon, séant mieux à notre recherche de confort (certes toujours précaire dans cette salle pour les nains).

Évidemment, le tapis avait une raison : un programme de l’orchestre de Paris, Fabien Gabel, à la direction, concentré sur une période française précise où l’orientalisme était en faveur et vendait du rêve (c’était avant les terroristes et l’immigration, pour remettre en contexte). On commence donc avec les jolies (mais évanescentes) variations symphoniques d’Istar, de Vincent d'Indy, avant de continuer sur la célèbre Shéhérazade de Maurice Ravel (« Asie, Aaaasie » — Measha Brueggergosman comme soprano), puis direction l’Inde avec Padmâvatî (Suite n°2) d’Albert Roussel. On y reste après l’entracte, avec Khamma, musique de ballet que Claude Debussy avait eu bien des peines à accoucher (Charles Koechlin est donc aussi crédité). Avant de terminer tout autre part, mais avec les mêmes sonorités, chez Florent Schmitt et son Antoine et Cléopâtre (Suite n°2), une découverte, et pas des moindres, car c’était excellent (et pourtant pas du tout connu !)

À noter : Lola Descours ne fait plus parti des effectifs listés dans le livret, après un an d’absence (clairement en dispo). Ah Lola ! On devrait écrire un opéra sur ce déchirement, ou quelque chose du genre. Après avoir perdu Mathilde, Paris devient décidément fade, malgré quelques épices sonores de difficile compensation.

escarmouches superhéroïques numérisées

Avec « Avengers : Infinity War », l'affaire devient complexe. Déjà, parce que le nombre de superhéros devient un peu un fourre-tout extravagant, et il faut beaucoup de talent (et 2h36 de film) pour que ce ne soit pas totalement foutraque. Ensuite parce qu’il ne faut plus rater un épisode pour suivre le fil, à commencer par « Captain America: Civil War », que je ne comptais pas rater et qui m’a fortement manqué, ensuite pour le Black Panther que j’ai heureusement pu suivre d’un oeil sur les écrans de mes voisins de vol pour le Canada… Les références croisées sont nombreuses et l’ordre chronologique respecté, mais clairement, ça devient une affaire de spécialiste, pour ce qui reste quand même du grand public, où le divertissement prime toujours sur l’intelligence réelle (il y a quelques contradictions de choix sur l’autel du scénario, surtout avec un Dr Strange qui voit plus de 14 millions de possibilités dans l’avenir avec une seule qui réussit — ou alors, il a juste fumé, ce qui n’est pas à exclure).

Il n’empêche que ça fait le job, avec des acteurs hyper-numérisés où pas une seule image n’est retouchée à grands renforts d’effets spéciaux, qui il est vrai ont fait des progrès phénoménaux en 25 ans. On en sort heureux quand on est amateur du genre, et un peu interrogatif sur les limites d’un genre exploité jusqu’à la corde (dans la grande tradition hollywoodienne), qui vit peut-être son apogée avant son déclin. En tout cas, on voit venir gros comme une montagne le grand retour dans le passé du prochain épisode qui terminera à la fois ce binôme de films (coupé en plein milieu) et l’arc narratif sur Thanos qui était effectivement apparu dans plusieurs films Marvel (sans même que je fasse le lien… C’est que ça s’étend sur des années, et le rythme de diffusion à la télé ne suit pas !). Ou alors ils tuent la poule aux oeufs d’or, mais étrangement, je n’y crois pas beaucoup… À force de vouloir trop faire original, on risque de se contraindre fortement. Paradoxal. Dans la folie des extraterrestres paranormaux (car il ne reste plus qu’eux pour donner le change) qui affrontent des superhéros réunis, ça reste meilleur que chez DC et leur renouveau Batman/Superman (ressuscité, comme c’est étrange !)/Wonderwoman (surtout plastique), que j’ai en revanche rattrapé dans l’avion, et qui était fort médiocre.

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