humani nil a me alienum puto

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mardi 5 septembre 2017

en proie au remake

Un remake d’un film très côté, et sans trop le citer nulle part, voilà qui était osé de la part de Sofia Coppola, qui s’est attirée quelques foudres par là-même des plus cinéphiles — et de ceux, plus rares encore, qui ont lu l’original de Thomas P. Cullinan (1966). Mais la presse féminine comme Cannes qui a décerné un prix de la mise en scène ont été bien plus séduits par ce nouveau « The Beguiled » (Les Proies), cependant alors sans faire référence au Don Siegel de 1971, que j’avais vu un an auparavant sur Arte, par un heureux hasard.

De cette nouvelle version lissée et ambigüe par son manque d’ambiguïté, je dirais que c’est pas mal (qualificatif honni par ma prof de développement personnel), mais on est effectivement loin du film noir brutal, chargé, cynique, violent, porté par Clint Eastwood. Colin Farrell fait beau gosse un peu disputé par un gynécée d’exception — Nicole Kidman, Kirsten Dunst et Elle Fanning aux avant-postes —, en mode fleur-jupon éthéré et gazeux, à qui Coppola semble toujours trouver un contre-poids quelconque à leurs actions, histoire de ne pas trop prendre parti, et adopte d’ailleurs plutôt le point de vue féminin en général (on ne se refait pas !), tout en suivant pourtant bien strictement le déroulé des évènements.

Comme tout le monde est doué, qu’on a une Kidman à la fois magnifique et statique (attaque au botox…), une Dunst qui a mûri (dans tous les sens du terme), une voluptueuse Fanning sous-employée, et quelques gamines prometteuses, l’allégorie magnifiée dans un bain de lumière et une grande bâtisse blanche donne quand même quelque chose.

Mais clairement, ça ne fait pas vraiment le poids face à l’original…

lundi 28 août 2017

800ème semaine

Pour faire original : boulot boulot boulot ?

(800ème semaine ?! C'est fou... C'est fou.)

guerre des peluches

Les deux premiers épisodes de la dernière mouture de la Planète des singes étaient surprenants : l’intelligent Matt Reeves remettant le couvert pour une dernier volet de trilogie, allons-y gaiment. « War For The Planet Of The Apes » s’avère être un traité de géopolitique entre pas des gens bien malins, mais après tout dans un monde post-apocalyptique ravagé par un virus, où des singes qui n’ont toujours pas tous appris à parler — ce qui nous vaut un vague langage des signes tout le long, ou un signe peut donner 3 lignes de texte à lire en dessous — tentent toujours de trouver leur place. Et si on a du mal à deviner Andy Serkis une fois sous les poils numériques de César (très belle réalisation de singes !), on reconnaît sans peine Woody Harrelson en Colonel, homme impitoyable un peu fanatisé, mais rudement intelligent. Et d’ailleurs, ça fait un peu supémaciste-blanc sur les bords, cette affaire (on remarque qu’il y a encore moins de non-blancs que dans Dunkerk), et c’est un peu étrange, quelque part, ce point de vue racial. Pourquoi pas, après tout…

Mais il y a déjà l’espoir d’une entente avec les humains, sous la forme d’une petite fille récupérée suite à bévue (au moins, on est assez clair que les signes peuvent être aussi cons que des humains, ce qui était déjà évoqué dans le 2e épisode, et là aussi à travers la traitrise de l’ancienne faction extrémiste). C’est donc Amiah Miller, qui devait avoir 11 ou 12 ans au moment du tournage, qui s’y colle sans trop de dialogue puisque muette (mais pas si imbécile, petite incohérence du scénar ?), et sur elle on dira surtout : pedobear loves this. D’ailleurs, cette petite morveuse chez les monstres qui va éveiller une humanité perdue par les humains eux-mêmes, ça m’a franchement rappelé très très fort l’arc Chimera Ants de Hunter X Hunter : non ?

Fort bien.

Bunuel de chambre

Cet été, il y a une rétrospective Tarkovski et une autre Buñuel qui tournent dans les cinémas parisiens d’art et d’essai, surtout du quartier latin, mais aussi au MK2 Beaubourg (le tout avec des horaires pas terribles). Et c’est là que pour une fois, la souris a détecté le « journal d’une femme de chambre » dont elle avait par ailleurs oublié que nous avions vu il y a peu une interprétation par Léa Seydoux. Dans deuxième adaptation française de Mirbeau (après celle de Renoir), c’était la récemment regrettée Jeanne Moreau, ce qui assure d’une interprétation splendide, dans un jeu très fin de nuances et d’ambiguïtés. Mais Jean-Claude Carrière, au scénario en 1964, force le trait de la satire sociale et politique, pour parler plus de l’antisémitisme, lever quelques doutes quitte à tomber dans le manichéen, et sauve quelque part son héroïne, beaucoup plus ambigüe et attirée par le côté obscur de la force autant chez Mirbeau que chez Jacquot (apparemment le Renoir est aussi très libre… Mais avec Paulette Goddard…). Bref, à un moment, ça commence à devenir un peu étrange, plus soft, moins dérangeant moralement. Ça restait à voir.

mardi 22 août 2017

799ème semaine

Il faudrait écrire sur la dernière polémique, qui se joue comme une farce à répétition, concernant la répartition hommes/femmes dans l’informatique, qui semble plus poser problème que chez les infirmiers, les éditeurs, les pompiers, les militaires, le corps enseignant, ou toute la myriade d'autres métiers déséquilibrés. Et puis ne pourrait-on parler de l’ostracisation des introvertis dans tout un tas de professions — commercial, manager, startuper qui passe à la télé ? Et surtout, du vrai, du seul, de l’unique véritable sujet, la reproduction sociale, extrêmement forte, où même l’éducation ne suffit plus, grâce au ciseau du prix de la vie (plus particulièrement de l’immobilier, un gouffre nécessaire !) et des salaires nivelés à coup de taxes énormes sur le travail (mais jamais sur l’héritage) ? Mais non, allons joyeusement disserter sur le sexe des anges nerds. Au moins, quand on était perçus comme une bande de boutonneux associaux indignes du titre d’ingénieur, on nous prenait moins le chou.

vernaculairissime

La personne qui a fait les petits cartons de l’expo Pompidou sur la photographe Walker Evans était bien moins droguée que d’habitude, et s’est donc permis une lubie, cas assez classique, en l’occurrence sur le terme « vernaculaire ». Mis à toutes les sauces et maintes fois expliqué sans qu’on n’y comprenne beaucoup plus, il faudrait y voir, peut-on penser, une description du langage photographique typique de la banalité locale ordinaire de tous les jours typique des États-Unis (cette formulation hautement pléonasmique plaidant effectivement en faveur d’un raccourci), fétichisme de Evans s’exprimant particulièrement dans l’amoncellement, la collection thématique. Ainsi des répétions émaillent l’exposition de clichés, comme des variations : des panneaux, des affiches, des paysages précis, des gens au hasard dans le métro (fort bon !), etc. Mais on connaît surtout Evans pour ses vues urbaines d’immeubles et de rues entrecroisées devenus des classiques de la vision de l’Amérique des années 1920 ou 1930, et encore plus pour son travail pendant la grande crise, pour la Farm Security Association, notamment en Alabama, où il prit ses clichés les plus célèbres, créant quelques bouchons pendant l’exposition. Les photographies présentées sont souvent miniatures, et leur grand nombre rend la progression un peu complexe, mais difficile de faire mieux pour une exposition parisienne, surtout dans les derniers jours. Au final, une expo intéressante et plaisante sur extrait daté des USA particulièrement illustratif. Enfin... vernaculaire (a-t-on déjà traité le fétichisme vernaculaire intello-perché des expos parisiennes, d'ailleurs ?).

mardi 15 août 2017

798ème semaine

Boulot boulot. RAS.

passager amateur

« Profession : reporter » est une traduction bien aléatoire du film hispano-franco-américano-italien « The Passenger », qui porte bien plus de sens. Si l’on a récemment dit qu’il n’y a rien qui ne ressemble plus à un Besson qu’un autre Besson, je crois qu’on peut dire la même chose d’Antonioni… Lascivité de bout en bout, étirement à l’infini, dissolution de l’intrigue dans quelques méandres, et mouvements de caméra subjectifs à l’avenant qui regarde tout autour et manie le hors champ, on se demande toujours tout du long où cela va nous mener — et ce n’est pas totalement sûr que ça finira pas nous mener quelque part, en fait. Jack Nicholson en ayant marre de crapahuter dans les chauds cailloux africains, il se fait passer pour mort en échangeant son identité contre son voisin fraichement décédé dont il ignore encore que c’est un marchand d’armes. Fuyant son passé (pourtant assez glorieux) et maintenant son présent, arrivera-t-il à construire un avenir avec une regrettée Maria Schneider (trois après le tango au beurre) qui passait par là à 23 ans (1975) et toujours égale à elle-même ? On en doute un peu…

Très antonionesque, tout cela. Une lente esthétique qui ravit toujours autant mon binôme du quartier latin.

mardi 8 août 2017

797ème semaine

La guerre est le lieu où se joue la vie et la mort, on ne saurait le traiter à la légère, comme dirait Sun Tzu. Pourtant, de légèreté, le grand Christopher Nolan, qui a prouvé par sa cinématographie être certainement le réalisateur-scénariste le plus intellectuel qui soit, s’en fait clairement taxer pour avoir omis de montrer dans son dernier film « Dunkirk » les bataillons coloniaux, Indiens en tout premier lieu — du « white-washing ». Certes, on aura remarqué quand même qu’à vue de nez il n’y avait pas 500.000 personnes représentés, et comme le faisait remarquer un commentaire sous l’article, on n’y voit pas non plus les 49 destroyers impliqués, mais à peine un seul (ou deux). On est même allé jusqu’à chercher du côté du Brexit, à plusieurs reprises. Ouais.

Ces interprétations biaisées et fort sentimentales, pas bien analytiques et encore moins rationnelles, m’ont fortement rappelé les reproches faits à Swan Lake, sur le fait que la vie des danseurs, ce n’était pas ça. « Dunkirk » n’est pas plus un documentaire sur la guerre, même s’il s’inspire d’un fait historique. C’est une expérience d’immersion, un first person shooter où l’on se fait le plus souvent shooter. Le personnage principal essaie tout le long du film de chier tranquillement — et n’y arrive pas. C’est l’histoire de jeunes gens à peine pubères qui se retrouvent embarqués comme chair à canon et qui veulent surtout sauver leur peau — d’où la peur et l’incompréhension quand il rentrent chez eux. Alors peut-être que finalement, le plus gros défaut du film de Nolan, c’est justement son réalisme, qui fait qu’on lui reproche ce qu’on ne reprochait pas à d’autres films de guerre (je voyais peu après sur TCM Cinéma Le Pont de Remagen, qui retrace les deux côtés américain et allemand, auquel on n’a pas fait ce genre de critique, par exemple). Les partis pris sont en plus assez évident dans un film qui ne montre pas un visage allemand, où l’on ne personnalise point trop, où l’on meurt toujours en un seul morceau et où dans une scène de groupe au fond de la cale d’un petit bateau, on finit de tuer toute illusion d’héroïsme (et il ne valait mieux pas qu’il y ait un Indien dans le groupe, si l’on ne voulait pas recevoir des accusations de racisme…).

Bref, oublierait-on qu’un film est un film, parmi notre intelligence collective éduquée ? Petite astuce : dans un film, par exemple, il y a de la musique de film — particulièrement oppressante chez Nolan —, alors que dans la vraie vie, non. Avec les contresens extraordinaires réalisés sur The Circle, sur la même période estivale, on se pose de grosses questions sur les capacités de compréhension. C’est quelque chose que de faire des critiques, mais encore faut-il que ce soit un minimum légitime. Faire dire quelque chose qui n’est pas dit, puis trouver que ce quelque chose est absurde, voilà une méthode pour le moins curieuse, pour ne pas la qualifier de bien pire en terme de malhonnêteté intellectuelle… Heureusement, les commentaires du Guardian sont autrement plus intelligents (une constante différence, d’ailleurs, entre les journaux en ligne français et leurs homologues britaniques, ai-je remarqué).

cité des mille Cara

« Valerian et la Cité des mille planète » a occulté Laureline du titre pour mieux la faire paraître sur l’affiche : car Luc Besson a mis la main sur Cara Delevingne, pour remplacer Milla Jovovich, et il faut bien avouer que ça claque plus que le Dane DeHaan à jeune tête (pour 31 ans), rescapé bouffon vert du Amazing Spiderman 2, et certes meilleur acteur (les mauvaises langues le disent cependant tout aussi épouvantable). D’ailleurs Clive Owen, embarqué on ne sait comment dans l’aventure, fait office de figure paternelle un peu étrange… Heureusement, les relations Valérian-Laureline (aucune idée de si ça retrace la BD originelle dont je n’ai pas forcément grand chose à faire…) sont très second-degré dans la séduction débridée de la donzelle récalcitrante à sale caractère. Je trouve que c’est plutôt sur la fin qui donne dans le sentimental-mielleux qu’on se perd totalement (et c’est en contradiction avec le caractère des personnages — et leur registre de jeu certes fort limité dans le sentiment).

Le problème Besson, c’est qu’il est devenu une caricature de lui-même au fil du temps, en tournant encore et toujours le même film. Même lorsque Rihanna débarque, c’est pour un moment de show incongru qui ressemble fortement à un mix de la femme en bleu du 5ème élément et de la série de déguisements de Natalie Portman dans Léon. Les bataillons armés jusqu’aux dents tournés en ridicule, les mercenaires, les grands-chefs, on va retrouver tout le bingo bessonien de A à Z. Heureusement, c’est loin d’être aussi mauvais que Lucy — qui péchait avant tout par son message pseudo-philosophique enflé. Mais même à grands renforts d’effets spéciaux made in ILM et autres, faisant exploser la facture (200 millions, record français), et malgré des complications extravagantes de l’environnement scénaristique (qui patauge régulièrement), on est devant le grand calme plat du pop corn, en contradiction avec les efforts d’Alexandre Desplat à la baguette. On ne se fait pas chier, c’est ludique, mais on ne palpite pas non plus. C’est trop réchauffé, je crois. Ça ne marche pas. Alors on passe un bon moment, et comme c’est l’été, qu’on nous fait espérer que Cara est hétéro, qu’il y a des personnages attachants (la moitié du cast étant débauché d’Avatar ?) et qu’on n’en demande pas trop, ça passe

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