humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 28 mars 2017

778ème semaine

Le salon systèmes embarqués, anciennement RTS quand on faisait du temps réel, est THE évènement incontournable annuel de la profession. Cette année, il était fusionné avec M2M, et Display a totalement disparu. Avant, c’étaient des stands séparés, mais le même badge pouvait servir ; à présent, la même chose est faite avec le salon IoT world, qui mesure trois rangées de quatre stands dans sa version française pas très worldwide. Et comme ce salon était plutôt du cloud l’an passé, il a été fusionné avec le salon Data Centers. Au total, on a donc quatre salons de métiers très divers, et l’on peut remonter la chaîne des ondes à l’onduleur pour baie. Ce qui fait un équivalent, tout ajouté, d’un quart de hall de Nuremberg — Embedded World. Sachant qu’il y a sept halls, à Nuremberg. On en déduit donc que la France est à un ratio de « 30 fois plus insignifiant que l’Allemagne ». Et ça dure deux (petits) jours, et non trois (grands).

Sur mes quatre tables rondes, j’ai compté une cinquantaine de personnes dont une partie qui revenait régulièrement. L’ambiance était chaude bouillante, il y a un moment où la pression sanguine moyenne a dû dépasser 9,2. Il y avait un peu de monde dans les allées, qui heureusement faisait un petit mètre de largeur pour donner désespérément cette impression.

La France est un pays mort. Y’a plus de business, y’a plus d’envie, y’a plus de jus. Il y a de l’existent, et on va vivre dessus en faisant le strict minimum. Ça se casse la gueule et on espère juste que ce soit assez lent pour qu’un miracle advienne, ou pour que la génération suivante fasse le job, on ne sait trop comment. La génération suivante, je lui dis de se casser, et les quelques pioupious qui sont venus, ahuris de constater que j’avais raison (les pauvres, on les a tellement lobotomisés… Heureusement ils ont fait six mois d’échange à l’étranger, et découvert que même en Lettonie on a le WiFi dans le bus…), commencent à calculer leurs plans de repli dans des contrées civilisées où ça bosse.

Mon petit coeur est fendu en deux. Je m’y attendais.

enfers philharmoniques

La Philharmonie nous avait réservé une belle surprise avec la mise en espace d’Appolon (??), qui avec les costumes d’Alain Blanchot et les décors de Christophe Naillet donnait une allure très Astrée et Céladon  de Rohmer. Y’avait du pastore sur scène. Cette Favola in musica de Claudio Monteverdi, ça faisait longtemps qu’on attendait son retour. Les Arts Florissants, direction Paul Agnew (planqué sur le côté en toge ?), très bien. Même déguisés, au moins ça a le mérite de l’originalité — et du kitsch assumé.

Au début, j’ai cru qu’il y aurait beaucoup de places libres, mais en réalité pas tant que ça : le Crédit Agricole était en force. Bref, de face, vers le milieu du parterre, côté couloir, je me suis dit que si l’Orfeo de Cyril Auvity devait passer avec un peu de peine, ça n’était pas forcément la même chose pour les autres bergers très directionnels (Carlo Vistoli, Sean Clayton, Zachary Wilder). Pluton (Antonio Abete) ou Charon (Cyril Costanzo) devaient être meilleurs avec l’acoustique compliquée du lieu (idem pour Miriam Allan en Proserpine et Lea Desandre en Messagère). Je ne parle même pas de l’arrière-scène, qui bénéficie à présent (enfin !) du surtitrage, mais qui avec les rochers sur scène devait autant entendre que voir…

Il n’est donc pas très étonnant que parti chercher mon Eurydice aux enfers du second balcon de côté (accompagné du Charon Agricole dans l’ascenseur), je la trouvai fort marrie. En tout cas pour le moins déçue. De face, c’était mieux, mais je concède que ce n’était pas le meilleur des Orfeo : a minima, il manquait quelque chose de l’ordre de la passion et de la vibration de l’anima. Et puis les cuivres était souvent assez compliqués, dira-t-on.

Ce qu’on retiendra surtout, c’est la superbe Musica/Euridice d’Hannah Morrison, et la superbe Hannah Morrison elle-même. Un brin de fille blonde qui m’a enchantée de bout en bout avec une voix claire et puissante. Et quel regard visuel, en plus… Clairement, pour elle, on est prêt à habiter aux enfers (pas loin de Porte de Pantin, là où les escalators en panne aléatoire sont pratiques pour pousser les vieux sous-réactifs de vie à trépas).

lundi 27 mars 2017

quête éperdue

Percival Harrison Fawcett était prédestiné aux quêtes impossibles. Arpentant la terrible forêt amazonienne, où il y a plus de raisons de mourir subitement que d’en revenir entier, il tombe sur un début de mystère qui vire à l’obsession : retrouver une cité mystérieuse qui montrerait définitivement le relativisme de la civilisation occidentale (je crois qu’on a le même type psychologique en fait : je l’ai jugé trop vite extraverti, surtout au milieu du grand rien vert).

Charlie Hunnam interprète le rôle pour le compte d’un James Gray qui sait nous faire de la poésie visuelle. Il nous absorbe dans les aventures entre les Indiens dégénérés de Londres et ceux d’un abord complexes de l’Amazonie (le réalisateur s’en est tenu à la Colombie pour ses plans). On ne se rend même pas compte que Henry Costin est interprété par Robert Pattinson au milieu des piranhas. Plus qu'un film d'aventure (ce n'est pas Indiana Jones !), c'est une exploration psychologique en profondeur, autant que la jungle.

« The lost city of Z », adapté de la biographie (romancée ?) de David Grann, c’est l’histoire de quêtes qui dépassent la raison pour entrer dans la passion. La passion du mystère extérieur qui trouve un écho interne. Mais le seul mystère insondable, c’est comment quitter par autant de fois Sienna Miller (Nina Fawcett) ? On ne voit pas passer les 2h21 qui s’étalent sur vingt années de vie — et peut-être de mort, car le mystère est bien total.

Tchaïko d’Arc

Qui savait que Tchaïkovski avait écrit la musique et le livret d’un opéra sur Jeanne d’Arc, d’après du Friedrich von Schiller, mais bien en russe ? Sur notre sol national, il aura fallu attendre 1976 pour la première ! Et à la Philharmonie, la salle était assez bien remplie sans l’être tout à fait : c’était facile de se replacer en 4A, premier rang (sur invitation d’une ouvreuse stressée au parterre, qui trouvait la salle très pleine — il n’y avait que plusieurs rangées libres en plein milieu, c’est vrai que ça allait être très très compliqué, au moins…).

Là, on apprécie la saturation sonore par l’Orchestre et Chœur du Théâtre Bolchoï de Russie, dirigé par notre adoré Tugan Sokhiev. Mais aussi le volume sonore impressionnant d’Anna Smirnova en Jeanne d'Arc — qui n’a pas la tête de l’emploi, mais un coffre ahurissant. J’ai plusieurs fois vu la souris se boucher un peu les oreilles pour atténuer le son. Le reste de l’équipe était aussi de fort bon niveau : Oleg Dolgov en Roi Charles VII ; Bogdan Volkov en Raymond ; Anna Nechaeva pour Agnes Sorel ; Andrey Gonyukov en Dunois ; et Stanislav Trofimov pour L'Archevêque (quelques autres encore, plus mineurs).

La première partie de 1h35 était assez fascinante, mais j’ai eu plus de mal avec la deuxième de pourtant seulement 1h05. Il faut dire que des retardataires (la chose commençant à 19h00…) avaient récupéré leurs places, nous repoussant en fond de premier balcon, plus de face, mais aussi plus loin, avec un son atténué, quoique mieux positionné pour apprécier l’orgue (parce qu’il y a un orgue, en plus !!). Bref, cumulé avec l’oreille droite bouchée (perte de pression suite à injection de fièvre jaune & hépatite A dans l’après-midi ? Ça a duré jusqu’au dimanche…), c’était plus compliqué.

Il n’empêche que notre flamme a brûlé pour cette russe Jeanne !

humoristisch finois

« L’autre côté de l’espoir » d’Aki Kaurismäki mêle du contemporain et de l’ancien, comme le téléphone portable et filaire des années 80 alors que les migrants ont un portable, et ce parti pris n’est pas que la seule bizarrerie : en fait le Finlandais, c’est comme l’Allemand. D’ailleurs, y’a la même tapisserie, et la même bouffe atroce. Ça fait aussi une sort de conte moderne hors du temps, mais pourtant ancré dans le concret du conflit syrien exporté. Deux histoires parallèles se rejoignent tout aussi étrangement, lorsqu’un migrant sympathique qui attire pourtant les coups de poings et se fait toujours rejeté, rencontre un vieil entrepreneur qui a revendu son stock de chemise pour acheter un resto local. Un peu fagoté de travers, mais pourquoi pas. Cependant, à manier l’absurde, peut-on réellement avoir un discours moral : on ne sait plus très bien sur quel pied danser.

mardi 21 mars 2017

777ème semaine

Après Shanghai, il y avait Beijing. Dix ans que je n’y étais allé : j’avais oublié les distances. C’est démentiellement grand. Et toujours très mal indiqué : clairement, il n’y a pas la même population hétérogène qu’à Shanghai. Et pourtant, le niveau de vie a monté, très très clairement : outre les voitures qui sont toutes flambant neuves, les bouibouis à putes aux alentours de Hutong devenus restos et parfois même boutiques limite bobos, les filles aussi bien habillées qu’à Shanghai, et qui commencent même à être jolies, alors qu’on partait de très très loin, et puis les prix qui grimpent, grimpent à des altitudes complètement inenvisageables il y a dix ans. Mais voilà, je préférais avant. J’ai l’impression d’une ville adolescente un peu en crise. On a troqué le taxi sympa à trois sous pour 18 lignes de métro et des taxis arnaqueurs (y compris à la fausse monnaie !). Il y a un truc un peu décevant, à présent que tout est construit, et pourtant ce n’est pas antipathique en soi, juste déséquilibré entre le vieux et le neuf, l’historique et le commercial, le riche et le pauvre. On ne sait plus trop où se situer. Je m’étais senti comme chez moi la première fois — alors que c’était très, très folklo —, et cette fois j’étais un peu paumé, à chercher des trucs pendant des heures, à galérer à me retrouver… Une certaine appréhension d’une hostilité latente. Finalement, je vote Shanghai — plus proche de Hong Kong dans l’idée, même si on en est encore loin.

jeune ballet mortel

Il faisait chaud, très chaud même, à Chaillot, et sombre, avec une voisine qui refoulait un peu : idéal pour dormir à moitié devant la chorégraphie sans queue ni tête à la Prejlo des ballets de Montréal. Cette Jeune fille et la Mort de Stephan Thoss était surtout mortelle. Un abus de Glass — mixé avec du Nick Cave et Warren Ellis, Alexandre Desplat, et j’en passe… —, pour arriver enfin tardivement sur Schubert (remix Mahler). À boire et à manger. J’ai aperçu des trucs très bien, dissout dans beaucoup d’inintéressant. Les danseuses ont les cuisses épaisses typiques de contempo mais sont fort jolies. Dans l’ensemble de bons danseurs qui souffrent d’une oeuvre vraiment pas passionnante. Une soirée bof, perte de temps dans l’ensemble.

mardi 14 mars 2017

776ème semaine

Shanghai ! Des années, des années qu’il fallait que j’y aille. Mais la pollution, tout ça, hésitation… Et puis aucun alibi autre que la curiosité, ça fait cher la visite. Mais l’EMBA a choisi, à la plus mauvaise période de l’année côté business, pas forcément idéal sur la météo (coup de bol, une seule journée pluvieuse, purée de pois qui rendait la ville pas bien attrayante le premier jour, mais ensuite un beau ciel clair et une température idéale !), mais peu de pollution au final. En tout cas, on y voyait clair.

Shanghai, c’est un peu Hong Kong avec de la place, mais il y a quelque chose de moins sympa, de moins défini, de moins abouti. En échange, il y a la Pearl Tower. Pudong, c’est à la fois impressionnant et réconfortant. Ce qui gêne dans Shanghai, c’est la définition : par où passer, comment rejoindre les étendues ? On retrouve un peu ce problème dans Beijing, moins complexe mais plus étendue encore, entre les points d’importance du moins. Heureusement, le métro marche bien.

Ville protéiforme et en constante mutation, on est dans cette impression que le prix de l’immobilier y est délirant, et qu’en même temps on peut y trouver une certaine douceur. Il faudrait y vivre un peu plus longtemps qu’entre deux bus pour rendez-vous business-tourisme pour en être sûr…

à la recherche de Pénélope

« Il Ritorno d'Ulisse in patria », ça donne toujours l’occasion d’un petit pèlerinage Monteverdi. Avec peu de replacement, mais assez pour apprécier la mise en scène Mariame Clément, totalement délirante, qui m’aura fait bien rire. Si rien ne va trop avec rien, c’est assumé et certaines trouvailles font oublier le côté un peu cheap.

Ulisse doit retrouver Penelope, et ça se comprend, parce que loin d’être fictive, c’est Magdalena Kožená. Ulisse en a bavé, et on comprend que Rolando Villazón ait parfois un peu du mal, surtout vers la fin. Outre Emmanuelle Haïm à la baguette (avec son son concert d'Astrée), le reste de la compagnie était de fort bon niveau — Katherine Watson (Giunone), Kresimir Spicer (Eumete), Anne-Catherine Gillet (Amore/Minerva), Isabelle Druet (La Fortuna/Melanto), Maarten Engeltjes (L’Humana Fragilità/Pisandro), on va arrêter là le name dropping parce que la distribution est une véritable armée.

Une armée de prétendants, d’ailleurs. Mais au final, le meilleur des prétendants est celui qui bande le plus. Ulisse massacre (un moment BD-Lichtenstein très bien trouvé), on sort à pas d’heure, mais heureux.

Lola p’tite Japonaise

Je soupçonne Paavo Järvi de choisir ses orchestres en fonction de la contre-bassoniste. Mais avant de m’apercevoir que c’était la plus mignonne de l’orchestre du NHK, un peu par défaut certes, j’étais au dernier rang pour cause d’arrivée un peu tardive (il faut dire que ça bouchonnait sévèrement à l’entrée). Peu importe, mais il y a eu la dame grabataire qui est arrivé après les premières mesures Ô combien délicates du concerto pour violon de Sibelius, interprété par la Ô combien délicate Janine Jansen. Mais c’est surtout vers la moitié de l’oeuvre que je me suis dit que les Japonais ne se départissaient décidément pas de leur fétichisme photographique. Sauf que ce que je pensais être une petite japonaise totalement rivée derrière son imposant objectif à trépied, prenant pensais-je trois portraits de chaque interprète — tous Japonais, l’immigration est toujours quelque chose d’inconnu là-bas —, était en fait Anne ma soeur Anne. Paavo voulait se faire tirer le portrait — de dos ?

Pour se consoler de ce très beau Sibelius où la violoniste a un peu surclassé l’orchestre, faut-il avouer, un Bach-bis règlementaire. Et la robe incandescente de Janine disparut avec elle — et le téléobjectif de Anne aussi. Apercevant Serendipity et Andante con anima au loin, une belle brochette de place idéalement positionnée pour observer des violonistes s’est avérée désertée : occasion idéale de replacement, d’autant qu’un couloir permet d’être moins stressé par la toux naissante. Et d’aussi près, cela donne l’occasion de mieux apprécier un orchestre talentueux avec la 15ème symphonie de Chostakovitch. En tout cas, on serait bien aise chez nous de jouer aussi bien de la musique japonaise ! Le chef peut s’en donner à coeur joie sur les « pom pom pom » — sa spécialité. Aux applaudissements, il tente de faire comprendre par le mime à l’orchestre de se retourner pour saluer l’arrière-scène, mais ça marche moyennement. Finalement, ça donne l’occasion d’un moment de complicité. Tout comme à la fin du rappel, une très belle valse triste de Sibelius. Le public retient religieusement son souffle, pour une fois : le chef nous fait signe qu’on peut respirer.

La souris pensait Paavo Jarvi descendu du toon, mais serait-il en réalité un manga ?

- page 2 de 470 -