humani nil a me alienum puto

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mardi 7 février 2017

771ème semaine

Le bon sentiment exonère de toute moralité.

Ayant manifestement, totalement par mégarde, réservé un billet d’Eurostar sur la mauvaise semaine, ceci étant le billet de retour, il a fallu procéder à un échange de dernière minute. Or, tous les billets sont mis à 243€. J’avais pris un billet échangeable avant départ, en plus d’une assurance. Cela fit « seulement » £155 à payer en plus de 49,50€ déjà déboursés. Soit le prix d’un rachat à 10€ près — c’est-à-dire environ le prix de l’assurance. Pour un train qui n’était pas plein du tout, en pleine après-midi : rendons hommage à Zygmunt Bauman, récemment disparu, et déclarons que la bureaucratie, émanation moderne, est le meilleur moyen de dissoudre totalement toute responsabilité et toute moralité. Car il est immoral, il me semble, de profiter d’une erreur, rarissime, pour extorquer quatre fois le prix initial, faire 90% de marge au bas mot. Je ne parle même pas de la relation client totalement niée. Et le Community Manager, pauvre ère payé à ramasser les morceaux — cela me fait penser aux dépenses de fonctionnaires payés à conseiller les startups pour gratter quelques sous, très largement moins au total que ce que eux-mêmes coûtent —, closent le ban d’un : « désolé de votre mécontentement ». Merci pour l’empathie. Ça me fait une belle jambe. On apprend normalement aux enfants (en tout cas, avant…) que ce n’est pas tout de s’excuser d’avoir fait une connerie qui porte préjudice, encore faut-il ne pas la faire (ni la refaire).

Mais comme nous vivons dans le monde des bons sentiments, d’ailleurs dans cette mouvance protestante (le hugging généralisé, même virtuel), mêmes protestants à la « morale » si hautement perché qu’on punit allègrement quiconque a un comportement qui paraîtrait financièrement déplaisant (des murs de famine à l’Allemagne vs la Grèce), au total opposé du pardon catholique (les vrais, les seuls qui essaient encore un peu d’être Chrétiens, mais il n’y en clairement pas beaucoup), ayant exprimé son empathie, la personne individuelle se sent exonérée de rectitude morale. Ainsi, l’organisation, groupe social, a divisé la responsabilité jusqu’à dédouaner l’individu de morale, puisque la règle lui ai supérieure (fusse-t-elle absurde et/ou immorale), et quand on voudrait retrouver un peu d’humanité là-dedans, il n’y a qu’à sortir la carte du sentiment empathiquement partagé. Redoutable.

Avec cela, 2700 ans après Confucius et 2000 ans après le Christ, le monde n’a toujours rien compris et vaque à creuser sa propre tombe. Homo sapiens sapiens est vraiment une sale bête d’une profonde bêtise. Je ne pleurerai pas beaucoup plus sa disparition que de celle d’un Eurostar, ou dans le même genre (puisqu’ils ont le même comportement), d’un Air France.

En attendant, plus immédiatement et prosaïquement, on s’étonnera de voir apparaître en force un Benoît Hamon (précisément celui de la loi Hamon, remarquerons-nous, qui tentait — vainement — de remettre un peu d’équilibre entre grands groupes privés féodaux et clients esseulés — mais le problème est socialement structurel !).

KW

On se pose toujours la question : comment Yuja Wang arrivera-t-elle ? Le concentré chinois qui défie les lois de la génétique locale pour nous offrir l’un des minois les plus talentueux du piano, essaie de se refaire une image : de robot made in China du clavier, montrer une sensibilité dans des pièces plus romantiques, originales et en tout cas moins purement acrobatiques, et de sex symbol de poche, assagir un peu son image en allongeant la robe — certes semi-transparente et à dos nu, relevé par un carré plongeant à mèche qui lui sied toujours.

Et c’est donc ainsi qu’on la retrouve pour un duo habituel avec Kavakos, car à toute belle, il faut une bête. Et allez savoir si ce sont les oeuvres de la soirée ou cette toujours aussi surprenante association, mais le violon était bien plus intéressant, et la salle bien peu garnie (et même si les pianos 4* ne sont pas réputés pour leur sens commercial, les tarifs étaient fort abordables). Bref, ça commence avec un Janacek mélancolique (Sonate pour violon JW.7/7), enchaine sur un Schubert sautillant (Fantaisie en ut majeur pour violon et piano, op. 159, D. 934), reprend par un Debussy chantant (Sonate pour violon et piano) avant de terminer dans un Bartok acrobatique (Sonate pour violon et piano n° 1). Yuja semble toujours aussi rapidement fuir la scène, et après un dernier fameux salut où l’on se demande toujours si elle s’exerce en moine Shaolin à briser le tabouret d’un coup de tête, elle nous servit avec Leonidas un petit rappel synthétique (du Schubert ?).

On reviendra.

lalalalalalaland

To be honest, je me demande combien de spectateurs sont venus à cause du tapage aux Oscars, où l’on adooooooore, en bons nombrilistes, tout ce qui tourne autour d’Holywood. Parce que des comédies musicales où ça chante à moitié, comme au bon vieux temps de Fred Astaire (et encore, ça chantait plus !), ça faisait longtemps qu’on n’en voyait plus, et je n’aurais pas naturellement parié qu’il y avait encore un public autre que d’aficionados pour cela, même à Paris. Entre des films qui ne passent que sur TCM Cinéma à pas d’heure, et quatre salles simultanées dont les deux plus grosses au MK2, je me demande combien de temps La La Land va tenir à l’affiche à ce rythme.

Mais voilà, Emma Stone ne se boude pas. Emma Stone, même, se vénère. Emma Stone rend stone. Et Ryan Gosling a décidément la classe. Le jeune Damien Chazelle (dont j’avais raté Whiplash, qui avait une excellente critique) a un fluide de caméra absolument bluffant, dès la première séquence. Je me souviens avoir écrit à mes sous-traitants indiens de vidéo que la différence entre une bonne vidéo et une excellente vidéo, c’est la maîtrise de la transition entre les plans. Hé bien là, c’est parfaitement parfait. Le scénario est aussi bien construit et évite autant le pathos que la tarte à la crème romantique. Et puis plusieurs jours plus tard, on a encore la rémanence des chansons dans la tête. Tout y est, et pourtant, il y a un petit quelque chose qui nous dit que, si on aura plaisir à le revoir de temps à autre, on ne tient pas un chef d’oeuvre qui fera date. Mais on ne peut être qu’heureux que cela tombe au bon moment au bon endroit, quand il ne se passait plus grand chose.

Barbe-Bleue à l’orgue

La philharmonie, on a de cesse de le dire, est une déception architecturale de premier plan. C’est ainsi qu’on a à présent quelques agents (type pompiers) qui font la circulation devant les escalators, à cause du tournant de la mort, où les personnes s’entassent mollement et finissent par se chevaucher violemment. Il faut dire aussi que l’intelligence aurait commandé de mettre les deux petits escalators post-tournant en mode ascensionnel, afin d’écluser le petit vieux mou au plus vite. Mais rien d’intelligent ne peut être aperçu Porte de Pantin (ni vraiment ailleurs, quand on y pense…).

Première mission : se repositionner de face. Cette fois, et pour une représentation ex-cep-tion-nel-le, avec la souris. L’ami berlinois a eu peine à masquer sa surprise — nous croyait-il donc divorcés ? C’est que le programme, voyez-vous, attirait tous les désespérés du classicisme, et en ce samedi soir, la salle était étonnamment remplie, surtout au parterre (où quiconque a déjà testé l’acoustique auparavant sait qu’il valait mieux acheter).

Ligeti, Kurtag, Bartok. Avec les accents : György Ligeti, György Kurtág, Béla Bartók. Full hongrois par les as. Jusqu’au clap de fin, Ligeti nous promène à San Francisco (Polyphony) et son vallonnement. On voit du paysage. Kurtag opte dans Stele (ΣΤΉΛΗ) pour les vagues sonores qui nous emportent, toujours avec le gros orchestre d’un ensemble intercontemporain boosté aux petits jeunots du conservatoire — dirigé par Matthias Pintscher, qui malheureusement a placé les contrebasse côté cour et fusionné les premiers et seconds violons, mauvaise habitude qui avaient tendance à disparaître ces derniers temps. Et puis le Chateau de Barbe bleue…

Tiens, une console d’orgue ! Il y a un orgue ? Les machins sur haut parleur, ça ne laissait pas beaucoup de souvenir. Mais là, Michelle de Young, John Relyea (quelle grosse voix !), l’orchestre vrombrissant et l’orgue de la Philharmonie qui souffle — ou l’inverse, ou les deux —, on a les cheveux en arrière et les oreilles débouchées pour longtemps. On n’entend pas cela tous les jours — faut dire que sinon, bonjour les acouphènes, peut-être. Ouch. Une sacrée expérience…

Liederkreis

À la suite d’une aventure des plus désagréable — et en tout cas ruineuse — qui fera le billet de la semaine, c’était là l’une des représentations les plus chères de la saison : la Cité de la Musique (de nouveau renommée ainsi après une expérience des plus hasardeuses) est en effet réservée à une certaine catégorie bobo-sociale ; mais même le ninja met 25€ pour Christian Gerhaher.

Mon binôme de barytonage était un peu plus remise, et quoique non encore totalement fréquentable, elle a recouvré son humeur très variable (mais cette fois plutôt positive). Laissons-lui donc cette remarque tout à fait pertinente que j’aurais certainement présenté ainsi : Gerhaher est certes fort précis en diction, mais il perd en émotion ce qu’il gagne en horlogerie. C’est beau mais prévisible. Ça manque probablement de la passion qui nous anime, avec Matthias Goerne — bientôt des plans à trois, pour sa semaine, d’ailleurs ! Mais ne boudons pas notre plaisir : il demeure clairement l’un des meilleurs interprètes vocaux du moment.

Très beau programme cependant, tout de Robert Schumann : Drei Gesänge (op. 83), Fünf Lieder und Gesänge (op. 127), Sechs Gedichte und Requiem (op. 90), Romanzen und Balladen (op. 49), Liederkreis (op. 24, Heinrich Heine), Vier Gesänge (op. 142). Et deux rappels, avec son Gerold Huber au piano : Warnung (op 119 n2) et Mein Schöner Stern! (op 101 n4). Que de Schumannitude ! Très belle soirée.

mardi 31 janvier 2017

770ème semaine

À chaque fois que je retourne à Londres, je me pose la question : pourquoi en retourner ? J’ai par exemple de plus en plus de mal à sortir habillé à Paris. L’atmosphère ne s’y prête que de moins en moins. Les sorties de qualité se font rares, tandis que les rats, le pavé vengeur, la circulation intense et le trottoir rabougri sont autant d’obstacles à une vie que l’on voudrait plus distingué. Après les invasions de touristes Disney-compatible, la ville nouvellement vidée n’a plus le dynamisme que je lui trouvais, et que je retrouve encore à Londres, quoique je sens que ça souffre aussi, là-bas — cinq sans-abri croisés sur la dizaine de kilomètres parcourues à pied, c’est autant que sur un Philharmonie-Austerlitz de la ligne 5, mais c’est carrément inédit à Londres.

J’y fais mon shopping en devant me retenir de tout acheter, alors qu’à Paris j’ai de plus en plus de mal, et il n’y a qu’à voir ce que devient Kenzo, dont j’étais une ancienne égérie de la tête aux pieds, pour se rendre compte à quel point on est au creux de la vague. La comparaison tient de moins en moins. Outre manche, on s’inquiète réellement du Brexit — rappelant peut-être que Londres est autant l'Angleterre que Paris est la France. Mais pour une fois, j’y ai peut-être une opportunité de délocalisation, sitôt que l’immobilier sera redevenu plus abordable (c’est stratosphérique, mais un Whitechapel m’irait fort bien, déjà !). Alors chaque année, je retourne sur LE salon (éducatif), et je travaille les opportunités d’aller sur ce marché singulier, pour un jour ne plus avoir à y aller mais seulement à y rester. À deux heures de Paris on peut être à Alger, mais on peut aussi être à Londres. Saisissants contrastes dans les deux cas.

motion on arrival

Au théâtre des Abbesses, il a fallu recommencer le cinéma du duplicata. Cette fois, j’avais appelé la veille pour sécuriser la chose. Mais au guichet, on me dit qu’il n’y a rien ; puis au bureau des retraits, non plus, et on me renvoie au guichet ; pure bureaucratie. Alors on dégaine le nom de la chef du chef de la chef de la guichetière, qu’on a eu au téléphone, et sans rien vérifier, tout à coup, cela vous débloque une imprimante — non sans râler évidemment. Et l’on découvre qu’il y a même un label « duplicata » apposé au billet, ce qui prouve donc que cette possibilité a toujours été prévue…

Au balcon, de côté, on se dit que ce n’est pas forcément idéal, mais finalement on est bien content : Lucy Guerin a choisi pour Motion Picture de synchroniser sa chorégraphie avec le film noir D.O.A. (Dead On Arrival, en version longue) de Rudolph Maté, un plaisir de cinéphile paraît-il, qui est diffusé sur deux écrans de côté. Donc, nous avions une vue privilégiée à la fois sur l’écran et sur les danseurs, sans trop avoir à se tordre ; tandis que le reste du public n’en apercevait que des bouts, ou même rien du tout. L’expérience est donc radicalement différente selon la position : pour nous, c’était d’observer la continuité scénique, la construction contre une oeuvre, faire des aller-retours ou du simultané. Pour le reste de la salle, c’était à mon avis un peu comme quand j’annote un slide projeté sur un tableau blanc, puis que j’éteins le vidéo-projecteur. Il faudrait tester, pour comparer. Mais je n’ai pas été mécontent de voir le film simultanément… (Et pas seulement l’entendre)

La première moitié de l’oeuvre suit mimétiquement l’action, d’ailleurs — les danseurs recopient, font du playback, miment. Mais ensuite elle s’en sépare de plus en plus, alternant les idées originales (faire la bande-son en chantant par exemple, ou des onomatopées vocales), jusqu’à ce que vers la fin, le film ne soit totalement maltraité (il nous manque donc, à nous spectateurs, la fin de l’affaire… Qui a donc empoisonné — au Polonium ? — notre malheureux héros ?). On a parfois bien ri de l’incongruité. Le travail est au moins des plus original. Et puis on a découvert Lauren Langlois, qui comme Alisdair Macindoe porte l’oeuvre plus particulièrement dans la troupe, et dont la sensibilité est une bénédiction de bout en bout.

Haendel en trois actes incompréhensibles

Rodelinda est un opéra en trois actes aussi long qu’incompréhensible de Haendel. Parfois on se dit qu’il faut être un p’tit vieux surentraîné à Santa Barbara pour pouvoir suivre du baroque, avec ses intrigues hyper compliquées à tiroirs, avec des personnages aux noms alambiqués, et l’absence de mise en scène aide autant que le fait d’être placé de côté (donc on ne sait pas trop qui chante, parfois). Si les microbes n’avaient eu raison d’Hinata, partie se réfugier dès la première quinte de toux non maîtrisable, je pense qu’elle aurait achevé une boîte d’aspirine. J’ai pris le pari de suivre à moitié, de me replacer de face pour la seconde moitié, de tenter de raccrocher les wagons, et finalement, ça se termine de manière assez compréhensible — et seul un mécréant est occis, sinon ça aurait été compliqué pour le choeur final. On remarque que David DQ Lee (Unulfo) a une super jolie veste sur mesure très asymétrique, et ventilée sur les manches. C’est probablement ce qui marquera le plus de la soirée, même si la direction de Maxim Emelyanychev depuis son clavecin d’Il Pomo d’Oro, et les prestations des chanteurs (Karina Gauvin en Rodelinda, son mari Bertarido par Marie-Nicole Lemieux, Romina Basso pour Eduige, Konstantin Wolf en Garibaldo à ne pas confondre avec Grimoaldo par Juan Sancho) étaient aussi au niveau.

Un jour il faudra que je fasse un bingo-Haendel pour voir si je les ai bien tous cochés…

anniversaire tout en choeur

40 ans, ça se fête. Alors on fait même venir les potes pour faire un énooooorme choeur. Mais il faut un apéritif, et ménager des cordes vocales : alors comme c’est l’année Dutilleux, en hommage, l’orchestre de Paris en colle un assez original (comme le reste de la soirée), avec timbales devant et clavecin en renfort, Deuxième Symphonie, « le Double », mais qui se trouve malheureusement totalement écrasé, malgré sa demi-heure, après l’entracte, par les deux oeuvres suivantes.

Parce que si l’orchestre reste tout aussi fourni, se ramène un choeur dément, avec les gosses qui remplissent une bonne partie des places des deux côtés, trois rangées encore sur l’orchestre alors que l’arrière-scène est déjà bondée, bref de quoi faire décoller les décibels, pour une création d’oeuvre, spécialement commandée par l’orchestre pour l’occasion, dont on se demande bien ce que ça pourra être — « La Lumière et l’ombre ». Qui est ce Philippe Hersant ? D’ailleurs, il était dans le public, indétectable. Ça commence par des cadences de violoncelle et contrebasse qui posent une atmosphère grave, empruntée à du Wagner ou à un requiem de Brahms, et puis très rapidement ça devient fabuleux pendant douze minutes à peine, sur un texte mystique alambiqué en allemand. On en est totalement retourné. Une expérience extraordinaire.

Christian, avec qui j’ai pu me replacer, me fait cette remarque intéressante : c’est beaucoup mieux que Dutilleux, on peut quand même faire des choses de nos jours qui sont très belles. Cette comparaison me semble néanmoins un peu hâtive : ça n’a rien à voir ; mais justement, Dutilleux créait du nouveau, alors que Hersant recycle (magnifiquement) de l’ancien. Et on peut se demander : l’Histoire le retiendra-t-il ? Ce serait dommage de perdre ce chef d’oeuvre objectif, qui n’apporte cependant rien de clivant à l’existant (dans ma constance, je note que j’avais déjà fait des remarques en ce sens il y a 8 ans !). Et cette question est d’autant plus pertinente, à mon sens, quand on considère ensuite le fantastique « Te Deum » de Berlioz qui suivait, pendant plus d’une heure, mais qui comme originalité disruptive se résumait à l’emploi de trois tambours, et que je découvrais donc totalement. L’Histoire est peut-être injuste — mais parfois, au fil des siècles, on redécouvre des choses et une centaine d’années ne sont plus rien, vue de loin. Je ne connaissais pas donc pas cette oeuvre, et c’était un tort. Réellement magnifique, sur 50 minutes, c’étaient là aussi des conditions d’écoute idéale, qui pour une fois (encore, mais ça reste rare) ont justifié la Philharmonie.

Paterson in Paterson

« Paterson » n’est pas que le nom du dernier film de Jim Jarmusch ou du personnage principal : c’est aussi celui de la ville fort calme qui a inspiré William Carlos Williams, poète à la Bukowski (en prose rythmée), dont un homage indirect lui est ainsi rendu, ainsi qu’à la poésie ordinaire, mélancolique et triviale du quotidien. Paterson, poète amateur, conduit son bus dans les rues de Paterson, et il ne se passe rien. À un moment, c’est le bouleversement le plus total : le bus tombe en panne ; mais tout rentre rapidement dans l’ordre. Le ménage à trois des personnages principaux du film s’établit avec la femme de Paterson, sorte d’antenne empathique qui colorie tout ce qu’elle trouve en noir et blanc, et le mini-bouledogue Marvin (auquel le film est dédié, donc « feu la chienne » serait plus correct), qui établira à la fin une allégorie de la disparition et de l’éphémère grâce à son appétit pour les belles lettres et le carnet qui les contient. Autant dire que c’est aussi contemplatif qu’un Jarmusch ordinaire. Il faut se laisser bercer.

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