humani nil a me alienum puto

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lundi 24 décembre 2018

868ème semaine

Carlos Ghosn n’en finit pas d’être en prison. Au-delà de la grande question des patrons-tous-voyous-par-défaut vs le coup bas nippon qui recouvre violemment sa souveraineté (et à mon sens se tire magistralement une balle dans le pied, car plus personne ne voudra risquer mettre ses affaires dans un tel danger avec pareil arbitraire pour un pays qui prend l’eau de toute part…), je me pose la question du pouvoir. Le pouvoir s’exerce comme une position sociale, une reconnaissance, qui peut prendre plusieurs formes. Il y a de grands managers qui perdent leur poste à un moment ou à un autre (je pense à un exemple de lanceuse d’alerte, récemment) et ne retrouve plus de travail : en réalité, leur expertise était au mieux très intérieure à un milieu donné. J’ai vu d’anciens PDG de grandes boîtes (donc non-fondateurs) autrefois craints rester le bec dans l’eau, ou remonter assez difficilement une entreprise. La capacité de rebond est donc consubstantielle du vrai pouvoir. Les gens qui ressuscitent alors qu’on les pensait perdus ne montrent qu’une seule chose : au-delà du mandat apparent, ils avaient su tisser suffisamment de quoi amortir une chute et revenir. Je pense que plus on intrigue, plus on a de réseau, d’influence masquée, de liens amicaux profonds, d’ascenseurs à se faire renvoyer, etc., et mieux c’est. Forcément, les bien nés sont là encore les plus avantagés.

J’attends donc de voir si le surpuissant Ghosn, réduit à néant temporairement, parviendra à prendre sa revanche. En soi, il a de quoi être fort remonté, mais en aura-t-il les moyens ? Pour le moment, on voit qu’il n’avait pas tout prévu : il paie pour sûr sa vanité, et il n’avait pas tout verrouillé (la facilité avec laquelle il a été démis de Nissan puis Mitsubishi me laisse songeur sur les statuts de ces deux boîtes…). Arrivera-t-il à reprendre le contrôle tel un Napoléon ou un Steve Jobs exilés, qui ont su tisser des stratégies complexes de retour ? Devra-t-il se reconvertir comme simple expert de bien moindre envergure comme un Strauss Khan (on remarquera les similitudes de l’abattage moderne en règle !) ? Prendra-t-il une retraite après avoir subi le Japon, ou fuira-t-il le pays (qui irait l’extrader pour des accusations aussi légères ? Ils pouvaient être sûrs de sa présentation tant qu’il avait encore des choses à perdre, au contraire !) ? Ça s’annonce passionnant…

Charpentier de Noël

Paul Agnew, qui prend de plus en plus la direction des Arts Florissants, fait lui aussi des discours, comme Marc Minkowski quelques jours auparavant à la même Philharmonie, alors qu’avec mon binôme usuel Hinata-chan, nous étions encore une fois dans les hauteurs (et un peu dans les microbes résiduels). Je ne sais plus trop ce qu’il nous a dit, mais il avait pas mal de choses à nous raconter, probablement sur le programme sur-mesure concocté autour d’oeuvres de Charpentier, qui faisaient intervenir les solistes (Elodie Fonnard, dessus ; Natalie Pérez, dessus ; Nicholas Scott, haute-contre ; Thibaut Lenaerts, ténor ; Cyril Costanzo, basse), tandis que les oeuvres intercalaires portaient parfois le même nom. Pas tout compris, et difficile à suivre durant le concert. À un moment, on lâche l’affaire et on se laisse porter. Ça vaut mieux.

Pour « La nuit de Noël » (avant l’heure), on commence donc par du Marc-Antoine Charpentier, Noël pour les instruments / H.534/4. Puis du Guillaume Bouzignac, Dum silentium — compositeur franchement inconnu qui est arrivé à surclasser notre héros. Encore Charpentier, Noël pour les instruments / H.534/3. Puis un chant anonyme, "Joseph est bien marié" à 4 voix. Encore Bouzignac, Ave Maria. De nouveau Charpentier, Noël pour les instruments / H. 534/6. Tout à coup, une thématique pucelle, par Eustache du Caurroy : « Une jeune pucelle », suvi de « Fantaisies sur une jeune fillette ». Encore Bouzignac, « Noé, noé, pastores » (« Noé » étant une sorte d’interjection). Et on termine logiquement par Charpentier, trois oeuvres : Magnificat / H.79, Messe de Minuit pour Noël et enfin Ave Regina caelorum.

Ouf. C’était très beau. Troisième concert de la Philharmonie pour nous convaincre que rester dans ce pays pourri a quand même des avantages (même avec une accompagnatrice en mode « biological hazard »).

motets de Noël

Mon binôme était toujours malade, et donc aucune tentative de remplacement : soyons heureux soyons planqués tout en haut derrière les vitres, juste au dessus de l’orchestre (32€ quand même, cette dernière catégorie de la Cité de la musique !). Le lundi, c’est motets de Bach ! Avec l’Ensemble Pygmalion, dirigé par Raphaël Pichon, dont l’allure eut tôt fait d’émouvoir mon enrhumée — avec un effet thaumaturge limité cependant.

Au programme, six motets de Johann Sebastian Bach. Sublime. Il y avait un grand nombre de chanteurs (une trentaine !), pour les différentes voix des motets (par exemple « 8 voix » — 30 divisé par 8 ?). En bis, Domine Deus de Mendelssohn, dont on nous dit auparavant qu’il doit beaucoup à Bach. Sublime aussi.

plouf

Quand on part 5 semaines en Asie et qu’au retour, un film est encore à l’affiche, c’est que finalement, ça vaut peut-être la peine d’aller le voir. Il y avait encore bien du monde dans la salle pour « Le grand bain », le succès français du moment par l’improbable Gilles Lellouche à l’écriture et la réa.

Il faut d’abord une belle brochette d’acteurs emmenée par un Mathieu Amalric complètement dépressif : Guillaume Canet (en mec vénère), Benoît Poelvoorde (entrepreneur décadent), Jean-Hugues Anglade (rockeur trop vieillissant), ou encore Philippe Katerine (un espoir pour tous les gens moches : le mec a épousé Philippe Katerine, il saute Julie Depardieu, et dans le film on sent bien que Virginie Efira n’est pas indifférente ; je vais me mettre à pousser la chansonnette). On rajoute encore quelques messieurs dans la bande de natation synchronisée masculine, et deux autres éléments féminins avec Leïla Bekhti comme tyran en fauteuil roulant et Marina Foïs comme femme de notre héros à famille de beaufs.

Thématique : la province et les paumés. Genre gilets jaunes en devenir. Un Full Monty des classes moyennes à la dérive (la ressemblance est évidente). C’est fort bien mené et mordant à souhait, avec une belle dimension d’absurde et de critique sociale. Et tout de même moral, donc on est sauvés.

messe en Minkowski

J’ai calculé mon retour de Hong Kong pour ne pas rater ce concert à la Philharmonie. Ode à Sainte-Cécile de Haendel, suivi de la Messe en ut mineur de Mozart. Quand même. Inratable. Même quand on n’a pas dormi après une nuit dans l’avion. Surtout quand c’est Marc Minkowski qui dirige ses Musiciens du Louvre Grenoble. Le chef prend d’ailleurs la parole pour nous causer des deux oeuvres. La première a été justement orchestré par Mozart, et il a rajouté une petite coquetterie : un glass harmonica ! Vue plongeante dessus. Et comme pour la seconde, il n’y a pas de choeur mais force solistes : Ana Maria Labin (soprano), Ambroisine Bré (soprano), Owen Willetts (alto), Stanislas De Barbeyrac (ténor), Norman Patzke (basse) ; et pour le ripieno, Constance Malta-Bey (soprano), Léa Frouté (soprano), Sophie Garbisu (soprano), Marie-Andrée Bouchard Lesieur (alto), François Pardailhé (ténor), Lisandro Nesis (ténor), Antoine Foulon (basse) et enfin Sydney Fierro (basse). Voilà pour le name dropping.

Et pour la soirée : sublime de bout en bout.

mardi 18 décembre 2018

867ème semaine

La périphérie du vieux centre de Hanoï, et dans une certaine mesure le vieux centre lui-même aussi, a le potentiel d’une petite San Francisco en devenir pour l’Asie du SE. La boboïsation rampante et visible, les touristes nombreux (attirés par les paysages spectaculaires en rayonnant à partir de la capitale), le fait que le centre économique soit plutôt Saïgon, avec ses grands hôtels, laissant à Hanoï pléthore de boutique hôtels de fort bonne qualité pour des prix bas, permettent l’éclosion de petites boutiques sympathiques et de petits cafés dont le Công Café, toujours aussi agréable, aura été l’annonciateur. Les Japonais et Coréens, qui multiplient les Miniso et Mumuso, ne s’y sont pas trompés. Starbuck ne fait plus office que de chaîne confortable parmi d’autres, tout comme le local Highland Coffee.

Si l’on pouvait enfin marcher correctement sur les trottoirs (ce qui est le cas dans la périphérie du vieux centre, assez compliqué dans le vieux centre lui-même — mais moins qu’avant tout de même —, et quasi-impossible dans la zone assez étendue qui mène aux nouveaux quartiers échappant totalement aux touristes, mais qui est en voie de hong-kongisation/singapourisation, avec des bâtiments immenses et des malls hyper-modernes de plus en plus prisés), ce serait parfait, surtout s’il y avait des moyens de se déplacer depuis la périphérie intérieure de la ville, de plus en plus étendue, de telle sorte qu’il faut une bonne heure pour partir du centre et arriver aux derniers immeubles construits par Vincom ou Capitaland (les Singapouriens, de plus en plus actifs !). J’ai vu une rame de métro passer, certainement un test ; mais ça manque encore cruellement de voies, et le métro de Saïgon, qui sera prêt d’ici trois à six ans, sera certainement bien meilleur.

Clairement, les cieux de Hanoï s’annoncent bien cléments. Vinfast (énième filiale de Vincom) promeut ses scooters électriques, et on en voit des modèles chinois plus basiques (donc sous les 1000€ ?) à l’extérieur de la ville : peut-être que d’ici trois ou quatre ans (car c’est plus lent que la Chine, moins top-down, plus post-Français), on pourrait avoir une agréable surprise auditive. Restera les klaxons (surtout si on n’entend plus les moteurs), mais une nouveauté arrive : les feux tricolores ! Très indicatifs actuellement, ils pourraient rentrer dans les moeurs et être plus respectés. Une fois qu’on a goûté à la civilisation, c’est dur d’en revenir : en atteste le succès immense de la piétonnisation du week-end autour du lac de la tortue, qui avait été mis en place de manière un peu amatrice l’an passé, et qui est à présent un évènement attendu, fort bien organisé (et sponsorisé !). Il y a un potentiel immense dans cette ville, bien plus que partout ailleurs. Croisons les doigts !

bestioles fantastiques de retour

On a attendu… Singapour, Kuala Lumpur, Hanoi : aucune salle avec fauteuils vibrants. Hong Kong, enfin ! Mais plus beaucoup de séances, horaires pas terrible. La première idée était d’aller le voir à The Grand, à l’ICC, où j’avais vu Star Wars l’an passé ; mais la séance était sans fauteuil vibrant (mauvais affichage sur le site web !). Direction l’autre côté sur Hong Kong (en bateau, c’est plus fun), au Palace IFC, séance de 17h20, un seul guichet, salles tout aussi réduites, luxe partout, sièges tout aussi confortables, une rangée sur deux vibrantes, à peu près personne dans la salle (et encore, c’était toujours un peu trop : le cinéma n’est pas encore bien rentré dans les moeurs en Asie, malgré toutes les annonces publicitaires, et rester silencieux est encore un problème). Nous voilà préparés à vibrer devant Eddie Redmayne (surtout la souris) : « Fantastic Beasts: The Crimes Of Grindelwald ».

Problème : c’est la suite directe du précédent, aussi de David Yates, dont on n’avait plus beaucoup de souvenirs. Une rediffusion rapide dans l’avion de retour de Hong Kong montre que l’affaire a été rondement menée : le méchant est le même, Grindelwald, et on sent fortement un pré-Voldemort (ça ne serait pas étonnant que ce cycle narratif s’achève sur son recrutement comme apprenti nazi). Les gentils aussi sont les mêmes, et l’histoire s’embrouille un peu avec qui chasse qui et pourquoi — jusqu’à la scène finale, dans un grand moment de « WHAT ?!? ». Il y a de l’embrouille amoureuse, aussi, et les introvertis INFJ (Katherine Waterston) et INFP (notre héros) n’arrivent toujours pas à copuler (mais on garde espoir pour l’épisode 10). Après New York, l’action se situe essentiellement à Paris — depuis HK, un comble. Dans le prochain épisode, on devrait voir Johnny Depp (Grindelwald) affronter Jude Law (Dumbledore).

Certes c’est moins bon que HP, les bestioles fantastiques sont de plus en plus un lointain alibi, mais ça se laisse très bien regarder, en espérant que la suite encore plus directe (c’est clairement en deux parties, cette fois !) n’arrive pas dans des délais qui nous fasse oublier cet épisode, encore. Sinon, sur fauteuil vibrant, ça le fait très bien : ça améliore de beaucoup l’expérience !

engins mortels

Il y a des films pour lesquels on est embêté : vendredi soir ou samedi ? Normalement, c’est vendredi soir, mais comme il fallait faire pas mal de taxi pour arriver à Royal City et que c’était plus intéressant d’y être le samedi plutôt que le vendredi, l’affaire a ainsi été décidée. Direction le CGV de Hanoï du mall royal géant, le même où j’avais vu Star Wars en 2015. Avec un alibi important : tester « L’amour cinéma » (). Qu’est-ce donc que cela ? Le cinéma dans un lit !

Un lit confortable, moult coussins de différentes tailles, de jolies ouvreuses qui apportent à boire (compris dans les ~15€ de ticket, mais le thé a des effets secondaire diurétiques gênants pour un film de plus de deux heures…), il y a même des prises, une couverture, tout ce qu’il faut — sauf des bouchons d’oreille, utiles pour supporter le niveau sonore hallucinant des pubs. On est même invités à attendre sa séance dans une salle d’attente dédiée fort confortable, où l’on sert aussi à boire. Ça marche comme ça, au Vietnam ! Le cinéma y est quelque chose de nouveau, on teste un peu tout. Des salles de luxe, des salles avec un son de dingue, etc. Et donc, ce que je n’ai vu nulle part ailleurs, des salles avec une douzaine de lits (en cuir), tickets en vente obligatoire par paire.

Hé bien pour « Mortal Engines », c’est parfait ! Parce que dans l’absolu, le scénario qui ne manquerait pas a priori d’originalité (une ville, London, qui roule vers on ne sait trop où et avale d’autres villes roulantes plus petites — adaptation d’un bouquin éponyme fort réputé), suit une trame assez classique. Une héroïne balafrée (fort mignonne, avec ou sans cache-nez — Hera Hilmar) veut se venger en abattant une sorte de commandant aux dents longues (Hugo Weaving — personne ne commence à se douter, à force ?). Elle va avoir l’aide non prévue d’un jeune homme (Robert Sheehan) et de hors-la-loi aux grands coeurs (à peu près aussi jeunes), tandis qu’un terminator-robocop-Grevious lui court après pour la zigouiller (mais avec une explication fort inattendue). Ça oscille entre plusieurs genre dystopiques post-apocalyptiques déjà vus, avec force effets spéciaux et peut-être un certain manque de souffle. Peter Jackson aux commandes lointaines mais Christian Rivers à la réalisation, le tout en Nouvelle Zélande évidemment.

Pas mal, mérite d’être vu surtout sur grand écran, si ça rentre dans un abonnement illimité quelconque, ou si vous avez l’occasion de le voir à deux… dans un lit !

dimanche 9 décembre 2018

866ème semaine

Hanoï, le retour ! Et encore un timing plutôt mauvais pour le biz. Quelques rendez-vous, tout de même. Pas de nouvelles ? Hop, une escapade à l’agenda ! Sapa le week-end, Halong le mardi, Tam Coc le mercredi. Magnifique. Un peu la galère (surtout pour l’organisation semi-pourrie de Sapa), mais la récompense visuelle au bout. Quatre fois que je viens au Vietnam (et à Hanoï), et cette fois, enfin, on peut le dire : check !

Et sinon, j’ai encore vieilli, au passage. Décidément…

lundi 3 décembre 2018

865ème semaine

De Kuala à Ho Chi Minh. J’y étais déjà allé en décembre 2015, et ça avait été un succès très relatif, ce qui explique que depuis je n’étais retourné qu’à Hanoi. En ayant réservé très en avance pour profiter de prix fort bas, l’idée était de s’ouvrir quelques ouvertures business si le timing était le bon — et au pire, de parcourir la ville cette fois, parce qu’en n’ayant qu’enchaîné des rendez-vous business un peu partout en taxi, je n’avais rien saisi du lieu… Hé bien le timing étant finalement fort médiocre, les 5 jours se sont transformés en pur tourisme avec option typhon le dimanche (plouf !). HCM aka Saïgon est globalement moins intéressante que Hanoï, je trouve. Le quartier tout neuf tout beau, qui est en train de se faire compléter beaucoup plus loin par le landmark 81 (gigantesque mais maigrichon) et ses tours d’habitation VinHomes (PLU à 42 étages), est somme toute assez concentré autour de la mairie et de l’opéra. Sympa, mais on fait vite le tour. Finalement plutôt du repos — c’est-à-dire, dans mon jargon, beaucoup de code.

Et puis transfert vers Hanoï, avec un vol pur vietnamien organisé comme ils savent le faire (c’est-à-dire : particulièrement bordélique… Mais pour pas cher), et une arrivée dans un aéroport flambant neuf. C’est ça, le Vietnam : chaque année réserve son lot de surprise, tellement ça va vite. Et en même temps, ils ont aussi l’art de ne jamais totalement bien finir les choses. Ainsi, si le métro de Saïgon devrait enfin ouvrir en 2020 et 2021, celui de Hanoï devient de plus en plus critique et augure un futur proche de l’enfer urbanistique de l’Indonésie ou du Nigéria…

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