humani nil a me alienum puto

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mardi 7 septembre 2021

bourgeoise sous endorphine

Passion simple a bénéficié d’une grosse couverture publicitaire. On ne comprenait cependant pas, à la bande-annonce, qu’il s’agissait de film intello-para-érotique (mais pas même interdit aux moins de 12 ans). On avait surtout compris qu’il s’agissait de l’adaptation réputée-impossible d’un mini-bouquin de l’adulée (par les lettreuses parisiennes) Annie Ernaux, par la réalisatrice-scénariste Danielle Arbid (6 longs métrages en 20 ans, pas vu un seul jusqu’alors). Mais le plus amusant, finalement, je ne l’ai perçu qu’au générique : l’amie d’Hélène (anciennement Annie, dans le livre, comme d’hab), interprétée par une Laetitia Dosch qu’on voit aussi souvent totalement nue (et en frontal, c’est la mode !) qu’habillée, n’est interprétée par nulle autre que Caroline Ducey, qui a pris 20 ans depuis Romance de mon adorée Catherine Breillat. De fait, certaines répliques et autres échanges prennent une saveur gourmande — mais trop tard, et admettons que c’est un petit plaisir de cinéphile. On troque donc Rocco contre Sergei Polunin, aka le bad boy de la danse, qu’on voit de plus en plus sur grand écran. Il se tape régulièrement Laetitia Dosch, blonde diaphane (au même bonnet parfait que Caroline), qui en perd les pédales — très beau travail d’actrice.

Annie, heu Hélène, a beau être prof de littérature à la Sorbonne, avant de s’encanailler avec le mauvais garçon alpha de l’Est (qui fait des affaires, via le consulat, on sait pas trop), ça réfléchit moins que chez Breillat. Ça baise, ça attend que ça appelle (sur téléphone portable : on a évolué depuis 1989), ça cause un peu, à l’amie (jamais plus de 3 minutes, on débat un peu féminisme, vite fait) et une fois à un psy (mais pour un arrêt de travail, normal). Notre héroïne, qui découvre la dépendance aux endorphines sur le tard, est déjà une MILF — Lou-Teymour Thion dans le rôle du gamin centre-de-ma-vie abandonné pour la gaudriole. Faut faire gaffe aux systèmes de récompense qui partent en couille — mais ce n’est pas vraiment analysé non plus, on reste dans le naturalisme narcissique.

Le film est centré sur l’attente entre les séances orgasmiques, et même le spectateur commence à se languir assez désespérément quand le plan cul régulier n’est pas là ; s’ennuyer un peu sur 1h39 de film n’est jamais très bon signe. Ça vaut une quasi-disparition des écrans au bout de 20 jours à peine, et une critique des spectateurs significativement plus basse que celle de la critique-bobo amatrice du style plat d’Annie (la vraie), qui peut-être a été finalement un peu trop retranscrit aussi — on aura compris que j’en suis peu fan, et que je préfère les critiques ironiques.

Donc un film transgressif à hauteur de maître-de-conf-bobo (de banlieue ?), c’est-à-dire finalement assez peu, intéressant sur l’aspect de la dépendance (affective et sexuelle), mais dont on fait vite le tour aussi, et qui ne rentre jamais au fond du sujet (seulement au fond d’Hélène, hum. Ou du narcissisme exacerbé d’Annie, cette préblogueuse qui s’ignore). Ça aurait pu être à la hauteur de Rohmer (pour le côté intello-moral) ou Breillat (qui donne l’impression de plus mouiller la chemise, qu’on l’aime ou la déteste), et finalement, j’en tire un sentiment surtout mitigé. Dommage.

lundi 6 septembre 2021

blue shirt guy

Free guy est la très bonne surprise du moment : aucune publicité d’aucune sorte, et pourtant le blockbuster remplit manifestement les salles et jouit d’une très bonne réputation auprès du public (côté critique, ça dépend de la sensibilité, mais généralement très positif), ce qui a fini par attirer mon attention. Hé bien c’est tout simplement jouissif, drôle et intelligent, franchement bien documenté côté technique (allez, sauf le C:> reboot — aucune chance que le truc tourne sous Windows Server, pour commencer). Le plot : un personnage non jouable (PNJ dans le jargon ; NPC en anglais) déroge à sa routine et s’auto-affranchit, sans même s’apercevoir qu’il vit au milieu d’un jeu vidéo, particulièrement violent — un MMORPG à la GTA, grosso modo.

On passe d’Une journée sans fin virtuelle à du Truman show sur Twitch. Si Matt Lieberman est le scénariste-à-gags (de films d’animation), Zak Penn était aussi co-scénariste sur Ready Player One ; ça a dû bien aider le réalisateur Shawn Levy, qui habituellement pond plutôt de La nuit au musée en série. Le film mêle donc franche comédie (avec des jeux de mots intraduisibles avec le nom du héros « Guy » et son/sa « skin ») et en contrebande une réflexion sur le libre arbitre (mode Matrix/eXistenZ mais du point de vue de l’IA qui ne pourra jamais s’échapper ; du Pleasantville 2.0 !). Avec tout un tas de thèmes abordés, mine de rien : dans le désordre, le patron startuper dingo toxique, la contrefaçon (de code), les geekettes & geeks, les gamers actifs ou passifs (et leur vraie vie) (j’ai réalisé que je commençais à devenir vieux quand j’ai entrevu à quel point mater du jeu vidéo chez les jeunes était devenu aussi endémique que le sport chez les beaufs), l’ultra-violence virtuelle récréative vs le monde des licornes, et enfin les histoires d’amour plus ou moins possibles.

Si Ryan Reynolds (aussi à la coprod) donne dans son deuxième, voire troisième degré si rare au cinéma (ça élimine beaucoup de public potentiel…), la trame est en réalité riche, et ça marche fort bien. Jodie Comer (qu’il faut apparemment voir dans la série Killing Eve — ce nouvel engouement pour les séries, aussi…) crève aussi l’écran (les écrans ?), complétée de Lil Tel Howery (agent de sécurité qui en pince manifestement pour le héros), Joe Keery (le geek), Utkarsh Ambudkar (co-geek) et Taika Waititi (qu’on voir un peu partout ces temps-ci, même derrière la caméra), le tout pour un casting qui marche très bien. De ce que je vois, rendez-vous pour Free Guy 2 en 2023 !

red waters

Farid Bentoumi (accompagné de Samuel Doux comme coscénariste) a fait, avec Rouge, un Dark Waters à la française. Une usine (malicieusement nommée Arkalu), un écocide (comme on dit maintenant), des travailleurs et un patron au milieu (Olivier Gourmet). La différence principale, c’est que les travailleurs maquillent le pot aux roses. Ils sont totalement complices du non-dit, du tabou sur la nature des rejets dont ils sont parfois silencieusement victimes.

Tout le monde sait et couvre. C’est de tradition, essentiellement par paresse en réalité, parce que lorsque Nour (formidable Zita Hanrot et toujours sa gueule incroyable), infirmière, est embauchée dans l’usine via son père délégué historique du personnel (Sami Bouajila), on ne prend pas la peine de la briefer sur les petits arrangements avec la législation ; tout le monde laisse faire, traditionnellement. Forcément, ça surprend un peu, quand on est intègre et qu’on cuve sa culpabilité d’une demi-faute professionnelle létale. Le cas de conscience, c’est les marmottes et une pollution des sols épouvantable (mais supposée, notamment par une journaliste coriace — Céline Sallette), versus un peu plus de 200 emplois dont la famille (qui colle pour les écolos tant qu’on couvre l’usine).

« Inspiré de faits réels », en réalité il s’agit avant tout de fiction — et c’est rassurant. Il s’est essentiellement inspiré de l’usine d’alumine Alteo à Gardanne (qui, ironiquement, est posée sur un sol argileux dans le coin ; et puis il y avait la centrale à charbon à côté, de toute façon…). Mais le côté lanceur d’alerte, conflit familial, etc., cela reste fictif (quoique plausible), et c’est la différence principale avec les autres films bataille-écolo américains. C’est forcément plutôt balisé, et ça ne dure que ce qu’il faut, 1h28, tout en étant agréable à regarder, pour une petite dose d’indignation montée en neige (rouge).

mercredi 1 septembre 2021

la souffrance

La France, c’est la souffrance ! Et France, c’est l’alibi qu’a trouvé Bruno Dumont en appelant ainsi son héroïne incarnée par Léa Seydoux, pour nommer son film ainsi. Dumont, il nous fait du bizarre, c’est acquis. Entre l’envolée et le semi-raté, c’est sa marque de fabrique (mais il avait fait aussi Camille Claudel, 1915, après tout). Récemment, il y a eu Coincoin et les Z’inhumains sur Arte, c’était un vrai challenge (dans la lignée de Ma Loute, en bien pire) ; j’avais été un des rares à aller voir Jeanne (après avoir raté Jeannette, il va falloir que je surveille Arte), sur la musique de Christophe. Christophe justement a signé la BO de France (« in memoriam », précise le générique).

Il semblerait que la critique adore ou déteste ce portrait médiatique au vitriol, où Léa Seydoux (dont plus personne ne pourra douter du talent) incarne une journaliste vedette adulée, dont la dépression profonde se révèle après un banal accident. Vanité vanité, tout n’est que vanité — Blanche Gardin, en assistante, se fait très plaisir. C’est plus encore que son mariage au point mort (avec Benjamin Biolay). C’est la vacuité qui la ronge. Quand on suit son travail journalistique — dont on se dit que c’est comme les saucisses et les lois : mieux vaut ne pas trop savoir comment c’est fait —, on se dit qu’il y a de quoi.

Sur les 2h14, on pourrait certainement en économiser 30 pour que ce soit plus efficace (il a le chic pour se perdre, le Bruno). Mais dans l’ensemble, je vote très pour. Et pas seulement pour le plaisir de revoir la Seydoux, passée dans le camp des MILF. Un film autant sur les médias que sur la dépression, le miroir de notre narcissisme contemporain à la fois exacerbé et en panne.

lundi 30 août 2021

jeu d’échecs avec le vent

Je n’avais pas du tout prévu ce film parmi les très nombreux à voir, mais en voyant les critiques, je ne pouvais pas laisser passer cette (re)sortie — surtout après avoir raté le triptyque nippon de samouraïs des années 50. Et puis il y avait un fil de films iraniens à constituer : L’échiquier du vent (Shatranj-e baad) sorti en 1976, a été interdit dès 79, et passait depuis sous le manteau, avant que le négatif ne soit retrouvé en 2014 chez un antiquaire, restauré, et donc ressorti en salles en catimini. Avec plein d’étoiles de la critique au compteur : 4,3 ! Mais 3,3 côté spectateurs, aussi sur Allociné. C’est que le film de Mohammed Reza Aslani (réalisation & scénario) est particulièrement lent, très lent. Et qu’au début, c’est franchement compliqué de s’y repérer, entre les différents personnages.

Le film tourne en quasi vase-clos, entre essentiellement la maison des aristos toxiques et quelque fois le lavoir où les commérages servent à se repérer dans le contexte de l’histoire. À tel point que les toutes dernières images (d’autant qu’il n’y a pas de générique de fin) sont fort surprenantes en ce que l’on voit (enfin !) la ville environnante, et qu’on peut mieux repérer l’époque où ça se passe (contemporaine, a priori : pas si arriéré ! Et pré-révolutionnaire…). Les personnages ne sont pas très moraux (tyran, parano, fourbe, calculateur, double-jeu…), et c’est probablement ce qui a valu censure (avant de se moquer, se rappeler que Le Pacha, en France, avait été interdit aux moins de 18 ans — parce que ça montrait de la police border line, d’ailleurs). Il y a de fort belles images (orangées), un énorme travail de composition et de lumière, c’est intello-compatible, mais honnêtement on se languit un peu, même si le dénouement est digne d’un roman noir. Plus une curiosité pour cinéphile, à mon sens.

nous nous reposerons

Drive my car est la dernière merveille de Ryusuke Hamaguchi à qui l’on devait déjà Asako I&II et les Senses. Décidément, le Japon a une tradition des beaux films lents et psychologiques — et ces temps-ci, on a un joli stock au cinéma. Le réalisateur-scénariste part cette fois d’une nouvelle de Murakami, un extrait Des Hommes sans femmes. Notre homme (Hidetoshi Nishijima, 50 ans, qu’on avait jusqu’alors croisé sous nos longitudes comme voix de mangas) avait bien une femme, avant le générique qui intervient à la 45ème minutes (sur 2h59 de film), jouée par la sublimissime Reika Kirishima (49 ans !!). Lui étant comédien, elle scénariste et… assez volage, avec un de ses acteurs, interprété par Masaki Okada, quasiment dans son propre rôle puisqu’ayant jusqu’alors tourné dans ces daubes kitsch dont les asiatiques ont le secret (comme on ne filtre que les chefs d’oeuvre, on a un biais important, mais Gong est là pour nous rappeler à la réalité).

Notre héros doit monter Oncle Vania pour un festival, où on lui colle un chauffeur féminin — Toko Miura (pas moche non plus, dans son genre. Si on rajoute Yoo-rim Park et Sonia Yuan, ça fait beaucoup de mignonicité à gérer simultanément). La pièce de Tchékov sert de mise en abyme, avec les langues différentes des comédiens (y compris des signes en coréen !), jusqu’à la réplique finale (qui en a déjà inspiré plus d’un). Et deux être vont se rencontrer dans une voiture et dans leur travail de deuil.

Beaucoup de délicatesse, de très belles images, prix du Scénario à Cannes, prix du jury Œcuménique, prix Fipresci de la presse internationale et prix AFCAE (Association Française des Cinémas d’Art & Essai). Hé bien je pense que ce n’est pas encore assez.

dimanche 29 août 2021

au Nord du Sud

Quand on parle de la drogue en Iran, tout va bien — c’est loin, c’est un peu sauvage, ça parle persan. Quand on parle de la drogue à Marseille, en revanche, la critique-de-gauche a du mal. Pourtant, dans Bac Nord, on retrouve nos flics expéditifs face à des voyous sans foi ni loi, et des consommateurs à tire-larigot qui auront tôt fait de s’offusquer ouvertement si l’on venait à critiquer leur mode illégal de récréation (4 millions de fumeurs de cannabis, dont 1,2 réguliers) ; d’ailleurs, avec la loi française, ça permet de mettre à peu près n’importe qui en prison, ce qui est franchement pratique ; mais irait-on reprocher auxdits consommateurs de contribuer fortement à des zones de non-droit et des règlements de compte à gogo ? Bref, je m’égare, mais à peine.

Cédric Jimenez, qui avait déjà tourné La French en 2014, avec la même Audrey Diwan en co-scénariste et aussi Gilles Lellouche (alors côté gangster), revient en s’inspirant d’un fait divers de 2012, qui a défrayé la chronique, et qui neuf ans plus tard en est à peine au second tour (en appel du parquet), après moult relaxes et condamnations légères. La justice française a l’habitude des montagnes accouchant de souris, appel en cours, donc. Et de fait, le film déclare s’inspirer librement du fait divers, tout en s’en réclamant.

D’ailleurs, il n’y a que trois policiers (Gilles Lellouche, Karim Leklou et François Civil — complétés d’Adèle Exarchopoulos, aussi de la maison, et Kenza Fortas, l’indic, côté rôles féminins) que l’on suit depuis leurs aventures de cowboys des quartiers Nord marseillais, avec une apogée par une saisie record dans une séquence à l’américaine — une French Connection franco-française à base d’Africains importés avant leur naissance et stockés dans des cités merdiques —, juste avant de gouter à la roche tarpéienne et la détention provisoire dans le charmant hôtel des Baumettes (filmées pour de vrai : oui, on enferme là dedans, en France, niveau Iran, grosso modo ; réhabilitation des pensionnaires non garantie). Au passage, notons que c’est un joli cas de détention provisoire médiatique bien inutile, aussi une spécialité hexagonale. Après des mois d’écoute, et aucune preuve d’enrichissement personnel, on y va quand même comme des bourrins, pour se rendre compte que oups, ça a merdé (avec un peu plus de 2 mois de détention : ça aurait pu être largement pire !). On imagine des non-policiers dans cette situation de broyage méthodique (notamment par la police judiciaire, ici interne : un sujet d’auto-phagocytage par les mêmes méthodes d’instruction, sujet aussi traité en Iran). Un jour, il faudrait traiter de la question judiciaire (et surtout de l’instruction) en profondeur, aussi… Notons que le film a été tourné 2 ans avant le jugement de première instance.

Il reste un film spectaculaire, non manichéen, dont on se demande comment on a pu trouver autant de figurants et seconds rôles de djeunz criants de vérité, qui montre une France mode Les Misérables — le grand impensé depuis plus de vingt ou même trente ans (tant que ça tient, jusqu’ici tout va bien) —, une police plus que border line, mais une violence institutionnelle étatique dont on se dit que franchement, il n’y a in fine absolument rien qui va. Et quelque part, il suffit de regarder les infos pour constater que l’évolution n’invite gère à l’optimisme. Je me demande d’ailleurs comment on négocie à présent les infos avec les indics. Pas improbable que l’on fasse surtout encore plus de la chasse aux revendeurs de tortues à la sauvette (le sentiment d’inutilité de la police bridée est aussi ouvertement abordé dans La loi de Téhéran). Et côté jeunesse désœuvrée, n’en parlons pas : quelles perspectives au-delà de la vente de produits stupéfiants ? En attendant, mon verdict est donc : très bon film à voir.

6,5 pile

Metri Shesh Va Nim (« Metric balance and below », me traduit Google…), Just 6.5 en anglais, et La loi de Teheran en VF est le film-coup-de-poing du moment qui ne doit son succès qu’au bouche-à-oreille et l’excellente critique. Il mérite effectivement d’être vu, et j’ai bien failli passer à côté. Saeed Roustayi, 32 ans, est à la fois réalisateur et scénariste (ça devient une habitude !), mais plus que cela encore, il a farfouillé pendant un an dans le milieu de la drogue iranienne, et notamment dans la police. Renonçant au pur documentaire, il crée alors un des films les plus réaliste qui soit sur le mal endémique du pays, et en profite pour interroger le mal, la justice, la police, les consommateurs, les vendeurs, explore les motivations, les psychologies. Et même les styles de vie — la pauvreté ou l’illégalité, peu importent les conséquences, même à court terme. Et pour ce faire, Saeed Roustayi oppose, pendant les 2/3 des 2h14 de film, deux personnages monstrueux : Payman Maadi côté police expéditive et Navid Mohammadzadeh côté Scarface local.

En Iran, dès 30g de drogue, on peut être condamné à mort, dans un vague procès qui ressemble plutôt à une décision administrative, de préférence après une instruction toute droit sortie de l’inquisition où l’on pousse essentiellement aux aveux quand on n’a pas une flagrante (quoique l’une n’empêche pas l’autre). Bref, en Iran, c’est grosso modo le système pénal du Moyen-Âge (ça fait passer la France pour un pays des droits de l’homme, à côté !). Et ça en a donc les résultats : totalement déplorable. Il y en a qui auraient dû lire Beccaria (en France aussi, certes, mais ça c’est le film suivant).

Aveux mais aussi pressions immorales et violences policières au programme, face à des trafiquants peu scrupuleux, qui n’ont rapidement plus rien à perdre. Et au milieu, la corruption. Rajoutons des mules et des consommateurs dans tous les sens (magie du crack), on obtient le package complet. Finalement, personne ne vaut tripette. On se demande comment Saeed Roustayi a fait pour tourner ça dans la dictature iranienne, et c’est manifestement là encore un de ses nombreux talents. C’est au-delà du film sur la drogue, et pourtant ne serait-ce que dans ce registre-là, c’est déjà excellent.

vendredi 27 août 2021

projection rupestre

Les Baux-de-Provence font partie de ces endroits où la notion de transport en commun n’a manifestement que peu de prise. On y arrive massivement en voiture, du côté des Alpilles, pour s’y presser à moitié sous terre, à flanc de mini-montagne tailladée, où il fait frais : c’est là en effet que l’on trouve les Carrières de Lumières, où l’on projette l’art sur les murs d’une dizaine de mètres de haut et une soixantaine de profondeur, espace de calcaire parsemé d’immenses colonnes. L’idée pompée de l’ex cathédrale d’images (avec épopée judiciaire dont on a le secret) a depuis essaimé un peu partout dans le monde (même à Paris, dont je n’avais jamais entendu parler !), mais c’est bien là, aux Baux, que la chose est née, dans un site impressionnant, qui avait d’ailleurs déjà inspiré Cocteau (pour un film qui a l’air d’être un summum du kitsch — manifestement pas même vendu en boutique, qui préfère donner dans le goodie plus sûr), auquel il est rendu hommage dans une « salle » dédiée avec un film biographique.

Actuellement tourne une double-exposition Kandinsky/Cézanne, et soyons clair : pas grand monde n’a dû entendre parler de Kandinsky avant, dans le public. Et moi-même, je ne suis pas forcément grand fan. Cézanne, de son côté, fait plus local, mais de même, comme il faut aller à Orsay, en Russie ou surtout aux USA pour en profiter, je ne suis pas sûr que le public ait déjà eu l’heur de voir les œuvres originales dans un musée (même les sept mineures restées à Aix). La carrière, de son côté, propose une projection immersive et animée, qui en l’occurrence marche mieux avec l’aspect décoratif abstrait de Kandinsky (j’ose à peine imaginer ce que ça dû donner avec Klimt !). Ça dure une dizaine de minutes pour chaque peintre, avec illustration sonore d’accompagnement (dont un peu de Major Tom, j’approuve).

Hé bien c’est fort réussi, je trouve. Et ça semble emballer un public familial très large, qui se frotte peu à l’art sinon (ou à l’art-kébab, sinon). Alors on ne va pas bouder son plaisir, et même si ça reste en mode léger-léger, c’est déjà ça côté culture, et c’est une manière de plonger dans les tableaux qui est fort agréable. Vendu !

dents de lait

Si j’en crois le générique, Milla a mis deux ans pour traverser la Terre depuis l’Australie (jamais explicitement citée dans le film, même si on peut deviner par élimination) ; ou alors ça a été tourné en 2019 et reporté sans cesse. Le temps, peut-être, de trouver une traduction au titre original Babyteeth. Nulle bande-annonce, mais beaucoup d’affiches dans le métro, avec une fille mignonne à cheveux bleus regardant en l’air. Et quelques récompenses mentionnées. De fait, j’ai failli passer à côté, malgré sa fort bonne critique, et j’ai pas dû être le seul : quasiment plus de salle où voir le film au bout de 3 semaines à peine.

Les Australiens nous sortent de temps en temps des comédies-drames (mais pas tout à fait comédies dramatiques) originales — Première parle de « feel-good tragedy ». En l’occurrence, le film de Shannon Murphy (IV), 36 ans, premier long métrage, est adapté d’une pièce de théâtre par son propre auteur Rita Kalnejais. Milla est une ado cancéreuse (Eliza Scanlen) fille de psy (Ben Mendelsohn) et d’une ex-pianiste internationale bourrée de psychotropes (Essie Davis), qui s’entiche d’un jeune bad boy paumé addict (Toby Wallace). Les relations sont complexes, quoique parfois peu crédibles. Le chapitrale est intense, quasiment chaque scène est titré, de manière souvent cocasse. C’est une sorte de grand cri de rébellion adolescent exacerbé face à la souffrance, la maladie, la mort imminente, l’injustice, trop jeune, trop plein de vie et bientôt pourtant épuisée. Sans pathos appuyé, on en sort tout de même tout chose.

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