humani nil a me alienum puto

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lundi 19 juin 2017

Alien -2

Retour de la suite du passé d’Alien, dont le mystère s’éclaircit pour un certain déplaisir, parce qu’un mythe c’est aussi le mystère ; mais qu’après tout, on veut savoir, aussi. Et puis dans l’art aussi de faire du neuf à partir du vieux — l’alpha et l’oméga du récit — notre Ridley Scott fait de larges références explicites pour qui n’est pas inculte (un gros problème en soi, notons) à la décadence divine du créateur (via Wagner) et à la création un peu aléatoire de créatures (Frankenstein). Certes. Un humanoïde (création humaine originelle de la perte) sous forme janusienne avec un double Michael Fassbender, et toujours comme à l’acoutumée, un personnage féminin fort, ici la toujours sublimement british Katherine Waterston.

Les images, quelles images… Et puis c’est stressant comme avant, aussi. Ça saigne bien, mais pas que, ça le fait bien. Alors on a des ingrédients, mais un alibi mal né (cette manie moderne hyper-explicative, une culpabilité scientifique ? Une obsession d’un Ridley Scott très vieillissant métaphysiquant sur la mort donc la vie ?) qui entraîne quelques péchés textuels un peu trop basiques pour totalement satisfaire l’appétit. Malgré une assumée reprise mythologique, qui part probablement un peu trop dans tous les sens, on regrette quand même les anciens…

rétrospective tharaudienne

Alexandre Tharaud a ce toucher léger et poétique qui sied particulièrement au programme best-of concocté pour le Théâtre des Champs Élysées. Cinq sonates de Scarlatti suivis des Impromptus op. 90 D. 899 de Schubert en première partie, puis les si poétiques Gnossiennes 4, 5 et 1 de Satie, que j’affectionne si particulièrement (je me souviens comme si c’était hier du week-end de la Cité de la Musique où j’avais découvert notre pianiste national, que j’avais fait dédicacer…). Et enfin Ravel, Miroirs, avant quelques bis tout aussi délicieux, le Valse en la mineur n°17 (opus posthume) de Chopin, encore du Scarlatti et les sonates en ré mineur K. 141 puis K. 32 et finalement, pour réellement terminer, tout autre chose, The Man I love de Georges Gershwin. Délicieux, le mot qui convient le mieux à la soirée, en clôture de la saison musicale.

dimanche 11 juin 2017

789ème semaine

Avec la fin du périple à Osaka, on atteint un mix entre Tokyo et Kyoto, l’avantage étant donné au premier. Immeubles uniformément de dix étages à quelques exceptions — et deux ou trois bâtiments remarquables tout au plus —, un château central typique impressionnant et un parc attenant fort sympathique, et pour donner le change un quartier à-la-Shibuya (Namba) totalement allumé et nocturne. Mais encore une fois, l’anglais est déficient, et ce n’est qu’un des multiples indices trahissant que l’on a oublié qu’être une île ne dispense pas d’être un minimum ouvert, surtout quand on a dû sa puissance à son exportation. Voilà que les Chinois se distinguent : leur niveau d’ouverture (échange universitaires, maîtrise des langues étrangères…) s’est grandement accru ces dernières années. Il semblent qu’ils aient pris la mesure des erreurs nippones. Car la stagflation n’est guère surprenante. Certes on bosse, dur, tardivement dans sa vie, quitte à faire l’un des très nombreux bullshit jobs comme tenir une pancarte, agiter un bâton lumineux, faire un peu de circulation à la sortie les voitures d’un parking, peu importe, il n’y a pas de salaire minimum, on automatise très peu.

C’est là la plus grande surprise, d’ailleurs, au pays du robot : mis à part quelques Pepper rachetés par l’omniprésent SoftBank, qui servent à faire des bullshit jobs encore plus bullshit que d’habitude (c’est dire), le Japon est le royaume de l’électro-mécanique poussé à l’extrême, tel que cela ne nous est jamais parvenu, parce qu’on n’était pas aussi riche (les chiottes délirantes…) et que l’informatique est arrivée. L’informatique, le Japon est totalement passé à côté. Ils ont commencé à faire quelques interfaces tactiles, ce genre de choses basiques, mais on a une grande impression d’être dans le futur du passé, dans la continuité non avenue des années 1990, dans une branche morte de l’histoire. Le Japon a mené à son terme une logique qui était en réalité une impasse, et se reposant enfin de son ancienne hyper-activité, devant à présent maintenir l’existant mais ne pouvant plus innover dans une société fortement convergente, pyramidale et introvertie, idéale pour l’industrie mais catastrophique pour le nouveau paradigme du XXIème siècle. Le pays profite de son ancienne avance à périmètre équivalent sans rien inventer de nouveau — même les mangas de référence restent très âgés, tel Dragon Ball ! —, et cumule un certain retard qu’il sera probablement impossible à rattraper dans l’enfermement : quel paradoxe ! Le Japon a dû être extrêmement impressionnant dans les années 1990 et jusqu’au début des années 2000. Les images de Shibuya étaient impressionnantes. Elles font à présent sourire face à Hong Kong, Shanghai ou les villes de la péninsule arabique.

Et quelque part, le Japon est une illustration différente de ce qu’il se passe en Europe. La stagnation sur les acquis, et la dette d’un passé trop glorieux. La pente descendante est douce…

lundi 5 juin 2017

788ème semaine

Kyoto est réellement radicalement différent de Tokyo, si ce n’est qu’on y parle aussi bien Japonais (on y entend seulement un « kowai » qui rappelle que plus de 500km sépare les deux villes, au cas où l’on aurait oublié en 2h30 de Shinkasen omnibus). Les costards-cravates-tailleurs sont tout à coup remplacés par la tenue traditionnelle de kimono, avec chaussure en bois et chaussettes à pouce séparé, totalement pas idéal pour arpenter les multiples temples autant en ville qu’en forêt très inclinée, car Kyoto est bordé de montagnes, ce qui achève de rendre le cadre charmant, malgré la multitude d’immeubles tout aussi insipides qu’à Tokyo, mais cette fois toujours de taille miniature. Le dynamisme est assez absent : on se sent en province, tout est tranquille. Il faut absolument dîner avant 20h30 si l’on veut éviter d’être à la diète — et les restaurants sont plus chers pour moins bons. Les transports sont calamiteux (une grande croix de deux lignes à peine de métro et de quelques trains de différents compagnies, en doublon, laissant tout le reste de la ville vacant, avec des bus lents sans correspondance de ticket (notons au rayon étrangetés que l’on rentre par l’arrière et que l’on sort par l’avant en payant !), faisant errer des touristes beaucoup plus nombreux. Le taxi est encore donc partout, mais apparemment à des prix non comparables avec l’Asie du Sud-Est.

Le Japon folklorique est plus reposant et attrayant, pour sûr. Mais là encore, quelque chose manque pour emballer le coup de coeur auquel on était pourtant préparé. Ou peut-être trop préparé, en fait. Ce sera tout de même une destination à refaire, un jour, mais le rapport qualité-prix reste en faveur d’autres destinations.

lundi 29 mai 2017

787ème semaine

Tokyo me faisait un peu rêver. Non que j’imaginais des choses fantastiques, ayant bien repéré dans quelques mangas réalistes l’organisation inégale de la ville. Je pensais que les bâtiments tous petits et serrés étaient en périphérie : que nenni, il y a plusieurs centres d’affaire et de shopping, aux immeubles uniformément carrés et sans fantaisie aucune — qui se subliment à peine la nuit venue par des éclairages tapageurs —, et entre ces différents centres, comme Shibuya, Shinjuku, Nibomashi, Ueno, ou même Mita/Shibaura (ou encore Roppongi) où nous étions, il peut y avoir des étendues de rien (du parc avec ou sans tori, du parc impérial immense et totalement privatisé, du petit parking, du temple…) et des maisonnettes alignées, avec fils électriques qui courent partout. Ce n’est pas le seul point commun avec Bangkok : le nombre de bullshit job tel que tenir une pancarte ou agiter un baton lumineux de travaux, ou même encore faire un peu de circulation à la sortie des véhicules est impressionnant. Pas de salaire minimum, certes, et assez souvent des retraités, mais aussi extrêmement peu de sans-abris (une demi-douzaine recensées dans la semaine, soit moins que ce qui fait la manche à Paris sur la ligne 5 en une seule prise). On comprend très rapidement les points forts et les points faibles dans ce centre industrieux où défilent bien ordonnés les hommes tous en costards, les femmes en robe longue ou tailleur, chacun de son côté à de rares exceptions près (surtout le week-end), qui jusque tard vont encore dîner ensemble dans l’un des extrêmement nombreux restaurants, car on suspecte que l’immobilier ne permet pas de disposer d’un espace suffisant pour un micro-onde, alors que la hauteur des immeubles dépasse rarement la trentaine d’étage, encore plus rarement pour du logement.

Tokyo est donc uniformément banal sur la forme extérieure, et compense par un fond de délire latent : salles de jeux vidéos plus que bruyantes, des mangas un peu partout mais surtout dessins d’illustration rigolos absolument partout, de la J-pop débile au coin de la rue ou à la télé, des magasins qui regorgent de fantaisies indescriptibles, et de la nourriture à profusion, diverse, proposées par des hôtesses en costume, lançant des « arigato gozaimaaaaaaas » ou des « sumimasen » en courbettes, de préférence sous une enseigne en français suspect (première langue préférée mais pas pratiquée, devant l’italien, l’anglais japonais, le fameux, l’incompréhensible, restant la seule vague pratique hors-nippone).

Tokyo n’est pas charmant. Tokyo est surprenant de diversité et contradictions uniformes, c’est l’anté-Hong Kong (forme impressionnante mais vie conventionnelle), que je préfère. À Tokyo, malgré l’ordre apparent, on se perd trop facilement, et on ne sait plus trop quoi y chercher. À part un restaurant pas cher et délicieux : pour ça, on est servi !

dimanche 21 mai 2017

Toulouse d’Orient

Si j’ai bien compris, le week-end avait pour cycle à la Philharmonie les Mille-et-une nuits. Et comme il fallait donc trouver un titre à la soirée du samedi par l’Orchestre National du Capitole de Toulouse dirigé par son Tugan Sokhiev retrouvé, le nom de la première pièce s’est trouvé tout à propos, quoique réducteur. Mais il faut avouer que "Aladdin" de Carl Nielsen est une suite absolument fabuleuse que, si peu de fois données, il aurait été bien dommage de rater. Les première et dernière pièces justifie d’ailleurs de posséder cette oeuvre dans toute bonne discographie : il faudra que je m’y emploie !

Après cette première partie de toute beauté, il fallait une pièce toute aussi ambitieuse : "Shéhérazade", de Ravel, avec le timbre envoutant de Marianne Crebassa, qui remplit bien la salle quand on est de face au parterre — l’inconvénient de cette place du fond étant d’être devant les retardataires, arrivés en nombre juste au début du concert, décidant seuls de trouver leurs places pendant la pause entre deux oeuvres sans rien connaître de la salle, bavassant sans cesse, bref dissipés au delà du possible (Serendipity a cette brillante idée : les interdictions de concert comme il y a des interdictions de stade !). Sur trois poèmes de Tristan Klingsor, Asie déploie une grande musicalité lyrique, La flûte enchantée me semble avoir été réutilisé maintes fois, et L’indifférent est court, en laissant une traine en oreille. Très beau.

Après l’entracte, "la Danse des sept voiles", extrait de Salomé de Richard Strauss, file de manière très à propos la thématique orientale, tout en correspondant au format 10-25 minutes de la soirée. On termine en revanche assez loin de l’Arabie, avec un Oiseau de feu (suite n°2) de Stravinski, qui a certes quelques accents musicaux apparentés — Russie et Islam, en fait l’Oiseau est kazakh ?

Et puis il y a un trio de jeunes filles devant moi, dont un clone de @odette9, avec nez plus court mais légèrement plus retroussé, et des lèvres plus pulpeuses, le tout caché derrière de grosses lunettes. Tugan célèbre alors cette découverte : « Jardin féérique » de Ravel (dernier morceau de Ma Mère L’Oye), annonce-t-il en premier rappel. Très beau. Alors que le public commence à s’enfuir dans le brouhaha, un deuxième bis : Carmen de Bizet, certainement pour nous rappeler que les Maures étaient en midi-Pyrénées.

Délicieuse soirée d’Orient occitan !

farandoles deux par deux

Maladain et son ballet de Biarritz font une halte à Chaillot sous un déluge d’applaudissements pour une arche de « Noé », sur la Messa di Gloria de Rossini (du lourd !), qui fait la part belle aux farandoles de tout types, travaillant les effets de groupe autant que la patience, car ce n’est pas parce que c’est bien fait que ce n’est pas lassant à force. Mais surtout, pour un tel calibre de chorégraphe, c’est un peu décevant : on peut mener le spectacle de fin d’année à son paroxysme, ça n’empêche pas de passer un peu à côté de son sujet et de son niveau. De l’ambition, que diable ! Ça arrive tardivement. Pas désagréable, un peu longuet pour 1h10 (eurg !?), il faudra surtout que je m’abstienne de regarder le prix de la place pour ne pas gâcher un non-déplaisir. En fait, c’était assez à l’image de toute la saison cette année. À se demander si c’est bien la peine de renouveler l’expérience de l’abonnement pour l’an prochain, très sérieusement… (Ah, j’ai vu : 12€. Avec la réduction, ok. Sans, la saison prochaine, faudrait pas pousser)

retour de l’être aimé

Un étrange film, à la construction « perceptive » (pour un reprendre un vocabulaire très MBTI), où récit et réalité se mélangent bon nombre de fois, l’un dans l’autre et chronologiquement. « Les fantômes d’Ismaël » d’Arnaud Desplechin, avec un Mathieu Amalric brouillon dans le rôle d’Ismaël, ce sont les tourments passés et présents d’un homme un peu trop sentimental pour supporter tout ce qui lui arrive. Marion Cotillard a disparu depuis vingt ans, et Charlotte Gainsbourg a pris sa place depuis deux : on y gagnerait au change si les spectres n’avaient cette désagréable tendance à la réapparition. C’est souvent trop théâtral (notamment chez Laszlo Szabo) pour être parfaitement crédible, et ça sent la biographie microcosmique, abordant peut-être trop de thèmes pour ne pas se perdre un peu (à escient ?), notamment une thématique fraternelle (Louis Garrel rasé, mode ours) entre diplomatie et espionnage qui ne trouve pas d’aboutissement, mais comme c’est intelligent on y trouve son compte, au fil d’un 15ème quatuor de Beethoven qui fait toujours son effet. Il paraît que la version longue est meilleure parce qu’on y est encore plus paumé — les personnages et les spectateurs. Pourquoi pas.

786ème semaine

On atterrit à Rome, on prend le Leonardo Express qui mène en une demi-heure en centre-ville, puis le métro en passant devant des rangées infinies d’automates dont aucun n’est en panne, et une heure après l’atterrissage, on est dans un charmant appartement d’un palazzio avec vue sur impressionnante cour intérieure. Et quand on voit que le prix du mètre carré en centre historique, avec sa hauteur sous plafond démentielle, qui est certes catégorie G mais ce n’est pas très grave quand il fait aussi tempéré, est aussi élevé qu’en banlieue pauvre parisienne (ou chez les terroristes camés intra-muros, au choix), on se dit que bordel, on est quand même très cons, en France, et surtout à Paris. Même les Romains ont réussi à faire mieux. Leur déchéance est moins pire que la nôtre. Ils restent idiot-compatibles (cette manie de construire des salles de concert loin de tout, par exemple), mais la ville est tellement plus agréable ! Rome, c’est comme à la maison — de vacances ? — qu’on aurait rêvé. La lente déchéance est meilleure au Soleil.

Wozzeck plastique

Avec cette 19ème rediffusion de la même mise en scène que les deux (ou trois ?) fois précédentes, celle de Marthaler aux chaises en plastique, Wozzeck était de retour à Bastille, et ça ne se refuse jamais. Une seule date m’était possible, le vendredi. 150€ la première catégorie, les autres à l’avenant : bizarrement, la salle n’était remplie qu’au fond, les touristes étaient légion, et un bon nombre a découvert Berg dans la souffrance, partant au milieu de la représentation. Et donc, pour 5€, achetant une place au seul guichet automatique prenant la carte bleue (faisant passer les détenteurs de pièces en premier, malgré le numerus clausus et la longue attente au dehors, car la soirée commençait en fait à 20h30, après quelques averses…), j’ai pu me mettre au premier balcon, deuxième rang, bien de face (en premier tiers de cour), avec place libre à côté et escaliers de l’autre. Parce que la salle démocratique était évidemment bien vide (remplissage d’un tiers, je dirais : pire que d’habitude !). Quand on voit les personnages de Wozzeck, d’une grande bêtise ordinaire, on se dit qu’il n’y a pas que la populasse qui soit touché par la pandémie.

Bref, c’était fort réussi, même si Johannes Martin Kränzle est trop vieux pour le rôle, et que Gun-Brit Barkmin nous a fait peur au début en projetant assez mal (idem pour notre héros ; c’est assez habituel dans cette salle fort grande, avec l’orchestre qui couvre trop). En bonus, on aperçoit dans un rôle secondaire le jeune Russe sympathique de l’atelier lyrique qui était le fil rouge du documentaire L’Opéra, Mikhail Timoshenko — qui a très bien assuré sa partition. Michael Schønwandt gère fort bien la partition, dans la fosse.

Un très bon Wozzeck, qui restera encore plus confidentiel que d’habitude et n’effacera pas celui de Londres (ni Keenlyside dans mon coeur) — je vois que c’est mon 6ème Wozzeck depuis mars 2008 ! Mais bon, moi j’aime bien avoir les salles d’opéra que pour moi, ou presque.

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