humani nil a me alienum puto

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samedi 2 mars 2019

Ian et l’ironie romantique post-#MeToo

Comme le pianiste norvégien Leif Ove Andsnes était pris avec Matthias, Ian Bostridge (qui a enregistré avec lui Voyage d'hiver) a changé de compagnon. Ou alors, c’est Brad Mehldau, censément pianiste de jazz (mais qui fait aussi du classique), et de plus en plus en binôme avec Iaaaaaaaan qui l’a casté. Ou alors, entre intellectuels, ils se sont plu. Ça doit être ça. Car c’est bien Mehldau qui a rédigé le programme, et composé le premier cycle de la soirée, « The Folly of desire », sur un choix de poème à la thématique bien définie. Extrait :

« Les agresseurs dans les comptes #MeeToo et l’Église catholique cautionnent leurs actes par une fiction délibérée, se mentant essentiellement à eux-mêmes, ce qui n’est pas sans rappeler le héros des Dichterliebe au XIXème siècle. Un peu de distance autocritique à la Heine aurait pu leur éviter ce chemin de destruction. L’ironie romantique donnait une liberté potentielle aux écrivains. Ils pouvaient momentanément échapper au cadre imposé de leur narration, comme dans la vie réelle où chacun peur échapper à la fiction qu’il se raconte en boucle au sujet de l’objet du désir. Et qui sait — si nous censurons de temps à autre la polis, nous pouvons conserver notre droit à la vie privée et à la liberté de parole. »

Voilà. Ma voisine opine. Bref, ça gamberge beaucoup. Le « Dichterliebe » de Robert Schumann après l’entracte (où Ian peut moins déployer sa singularité), mais qui devait initialement se trouver en introduction (inversion marketing ?), est dans la même veine. Autant dire que ce n’était pas simplement fort original — surtout la première partie aux accents jazz très légers, sur des textes anglais et allemands (dont un de Brecht non traduit pour cause de droits…) —, c’était quasi-philosophico-poétique. Mais il n’est pas improbable que la philharmonie assez pleine (sauf l’arrière-scène) est passé à côté du message.

Toujours est-il qu’en bis, « Every time I say googdbye » et « Night and day », tous deux de C. Porter, étaient formidables et accessibles.

Schubert, singles

Chaque artiste, à un moment, fait un album avec des singles « hors série » rassemblés. Pas forcément un best of, mais un peu de ça quand même. Dieu Matthias Goerne, maître du Schubert, a ainsi compilé un pot-pourri (comme disent les vieux) pour une soirée à la Philharmonie. Pour le seconder, et comme de plus en plus souvent, Leif Ove Andsnes au piano.

Der Wanderer D 489
Wehmut op.22, D 772
Der Jüngling und der Tod D 545
Fahrt zum Hades D 526
Schatzgräbers Begehr D 761
Grenzen der Menschheit D 716
Das Heimweh D 851
Drei Harfner-Lieder :
- Wer sich der Einsamkeit ergiebt (Harfenspieler I) D 478
- Wer nie sein Brot mit Tränen aß (Harfenspieler III) D 480
- An die Türen will ich schleichen (Harfenspieler II) D 479
Pilgerweise D 789
Des Fischers Liebesglück D 933
Die Winterabend D 938
Abendstern D 806
Die Sommernacht D 289
Die liebliche Stern D 861

Et en bis, An Den Mond D. 296. Autant dire qu’il avait été mis de côté mais qu’il était tout autant au programme.

Une bonne heure quarante de chant, sans interruption — si ce n’est pour boire. Évidemment, c’était magnifique (dans une philharmonie remplie aux deux tiers). Quel dieu, ce Matthias, quel dieu…

guide du racial

Je n’avais vraiment aucune idée de ce dont parlait « Green book », mais à force d’en entendre parler, et une fois une séance non trop complète trouvée, la surprise pouvait enfin être dévoilée. On a un loubard bon à tout faire, rital de New York, Tony Lip, incarné par Viggo Mortensen. Il est raciste comme tous ses congénères. Il se voit proposer un poste par le Dr Don Shirley (le très élégant Mahershala Ali), pianiste renommé (de classique, mais condamné au jazz par le marketing), qui vit au milieu d’un amas d’objets luxueux posé sur le Carnegie Hall, reçoit sur un trône, et… se trouve être tout à fait noir.

Inversion des rôles entre le blanc qui termine difficilement ses fins de mois, fait un travail physique, a bénéficié de peu d’éducation ; et le noir raffiné, éduqué, génie de la musique mais pas seulement. Étrange symbiose poussée par des conditions particulières de température et de pression, ou plutôt de latitude et de longitude : le docteur veut aller dans le Sud, en plein dans les années 1960, chez les racistes (ex-)esclavagistes. Qui savent le célébrer et le recevoir… comme un nègre de maison. Mais il encaisse, il est là pour ça, il a son agenda, plus politique que culturel. Tony, son nouveau chauffeur (qui « résout les problème »), qu’il éduque pour une compagnie de meilleure qualité, commence à prendre conscience, pendant qu’il suit les conseils du livre vert pour trouver les lieux safe (souvent trous à rats) pour les Noirs en terrain hostile. Et pourtant,tout en se réveillant de son racisme culturel, il se considère quand même comme plus noir que son patron. « Ne pas trahir sa classe » (ni sa race !), dans toute sa splendeur. Identités brouillées.

Un excellent film, de bout en bout. D’autant qu’il est tiré d’une histoire toute à fait avérée. Une véritable oeuvre humaniste.

odp funèbre

Je ne sais pas comment je vais faire pour retenir qu’à l’occasion, il faudrait que j’étoffe ma discographie d’un peu de Witold Lutoslawski, qui avec sa Musique funèbre a offert à l’Orchestre de Paris une sublime et déprimante introduction toute aux cordes du Requiem, op. 5, d’Hector Berlioz, sa Grande Messe des Morts. Car Pablo Heras-Casado à la direction a choisit d’enchaîner les deux oeuvres, et je n’ai saisi la réelle jonction qu’à quelques toussotements et une apparition soudaine des vents. Et aussi des choristes (Choeur de l'Orchestre de Paris, Choeur Orfeon Donostiarra), tout à coup mis à profit, alors qu’ils étaient plus nombreux encore que lors de la Symphonie des Mille le dimanche précédent, remplissant encore plus l’arrière-scène de la philharmonie, avec en renfort rapide (et placé en hauteur) le ténor Frédéric Antoun.

L’Orchestre du Conservatoire de Paris ajouté à l’orchestre de Paris, ça donne dix percussionnistes devant 15 timbales disposés en arc de cercle au fond de la scène, plus deux gongs et deux autres grosses caisses : autant dire qu’il y a de quoi faire vibrer ! Évidemment, on ajoute encore neuf cuivres tout au fond de l’arrière-scène (avec un effet de réflexion ? Ou y en avait-il encore d’autres derrière que je ne voyais pas depuis le parterre ?). Moments de frissons intenses garantis. Une petite mort pas forcément en paix.

Canada corrompu

Tabernacle ! V’là t’il pas que Denys Arcand, 77 ans, me ruine ma bilogie DVD en donnant une suite à Le Déclin de l'empire américain (1986) et Les Invasions barbares (2003). Quelque part, ça garde le rythme des sorties. Reprenons : il nous faut des gens de intellectuels cultivés bavards de gauche et un élément féminin raffiné et de petite vertu. La différence cette fois est que le tout est emballé dans une sorte de film policier, entre banditisme à l’ancienne et fraude fiscale. On a la thématique : La chute de l’empire américain, c’est avant tout dû à l’argent qui s’évapore quand il y a du monde qui dort dans la rue (même au Canada ! Contrairement à ce que laisse penser l’affiche, rien ne se déroule à New York, on est bien à Montréal).

Mais comme on ne donne pas non plus dans le manichéisme, notre bon héros (Alexandre Landry) type Mensa déprimé (pléonasme), ancien prof de philo reconverti livreur, sur qui tombe des monceaux d’argent louche et ensanglanté, INFP dernier degré, va user des stratagèmes des vilains pour faire le bien. Enfin, c’est le programme. Pour cela, il lui faut un repris de justice (Rémy Girard) et une escort girl millionnaire (Maripier Morin, qui a une génétique extraordinaire comme on en croise là-bas…). Un couple de policier (Louis Morissette/Maxim Roy) ne l’entend pas de cette oreille.

C’est fin, comme d’habitude, et assez redoutable. Un polar parabolique, mais surtout une satyre grinçante. Un brin donneur de leçon, forcément, mais en même temps, un traitement moral nuancé — finalement, c’est le truand et la pute qui vont grâce à l’avocat semi-verreux blanchir un pognon sale qui sinon aurait mal fini… dans les caisses de l’État et de la police qui ne sont pas si blanc (en même temps, le gauchiste de base n’aime pas beaucoup la police ni l’État, quand on y pense). L’humour corrosif est quand même ce qui ressort le mieux.

C’est une fausse suite aux deux autres, et c’est moins bien. On a un fort bon film, agréable, mais pas de chef d’oeuvre cette fois (même s’il semble que les deux premiers soient toujours largement sous-estimés).

mardi 26 février 2019

877ème semaine

Encore une semaine bien remplie, entre les projets, les cours, Angoulême, Paris, Cergy, concerts, heureusement que février, c’est court ! Qu’il paraît…

symphonie des 200

Cela faisait dix bonnes années que Paris n’avait accueilli de symphonie des mille de Mahler, la n°8, certainement la plus rare, car il faut rentrer 1000 choristes. En théorie. Car on est peut-être dans la géante philharmonie, mais sur les 400 places d’arrière-scène, ça ne rentre pas. Je dirais même plus : j’ai compté, ils étaient 200, du Philharmonischer Chor München, de l’Orfeón Donostiarra et du Augsburger Domsingknaben. C’est pas si mal (ça remplit quelques avions !), et après tout, avec l’histoire des décibels, ça ne peut-être qu’une importance toute logarithmique.

Au-dessus du choeur, des cuivres savamment postés par Valery Gergiev pour un effet Dolby surround (et aussi des placements ponctuels de solistes dans le public). Sous le choeur, de nouveau le Münchner Philharmoniker, qui aura donc enchaîné quatre heures de Mahler dans le week-end. Bel effort.

Sept solistes (Simone Schneider, Jacquelyn Wagner et Regula Mühlemann chez les sopranos ; Claudia Mahnke et Katharina Magiera pour les altos ; Simon O'Neill, ténor ; Michael Nagy, baryton ; et pour finir en beauté, Evgeny Nikitin, basse). Un (vrai !!) orgue (Johannes Berger), un piano, un célesta, et encore un harmonium, tout ce qui est passé sous la main de Mahler a pu être mis à profit.

Commencer à 16h m’a certes permis d’attraper facilement mon train ensuite, et de me replacer pas si difficilement aussi, alors que c’était tellement plein que je n’avais initialement pas de place. C’était sans compter sur les retardataires fort nombreux, arrivés par lots jusqu’à une heure après le début ! Pas forcément très discrètement, du reste…

Sublime. Des frissons, et encore des frissons. Dans cette salle, ce n’est pas donné ! Quelle oeuvre, quels interprètes ! L’éternel gergévien nous mènera aux cieux.

lundi 25 février 2019

Mahler, fromage et dessert

Qui d’autre, se demandait-on avant le concert et pendant l’entracte, que Valery Gergiev, pour proposer une soirée avec la symphonie n°4 de Mahler ET Das Lied von der Erde (le chant de la Terre). Les deux. Normalement, c’est l’un ou l’autre, complété par une oeuvre plus courte (au mieux). Là, non. Allons taper dans la sortie à 23h, avec le fromage ET le dessert (ou encore deux plats de résistance). Deux gros bons Mahler, et un petite entracte au milieu.

La n°4 est facile à repérer avec son violon désaccordé délicatement posé sur son tabouret, devant le premier violon et le chef. La salle était bien remplie, il a bien fallu se rabattre sur le côte du parterre. Las, mon voisin aussi replacé respirait fortement. Les bedonnants représentent toujours un risque. Mais pis encore, une fois les retardataires installés après l’entracte, les possibilités se sont réduites à un tel point qu’il ne resta qu’une place certes centrée, un peu en arrière, censément idéale pour profiter des chanteurs (Genia Kühmeier, soprano ; Claudia Mahnke, alto ; Simon O'Neill, ténor) et du Münchner Philharmoniker qui déborde de partout, tout comme mon voisin, énorme, respirant tel une machine industrielle essoufflée, et somnolant régulièrement. Aïe.

orchestre de Paris chantant

L’orchestre de Paris concocte de temps à autre des concerts originaux et de grandes qualité, qui arrivent même à motiver la souris pour se rendre dans le grand Nord philharmonique. En l’occurrence, un Samuel Barber fort méconnu, Knoxville, Summer of 1915, sur un poème de James Agee, sur un mode de flot de pensées nostalgiques-mélancoliques, avec beaucoup de cordes, très beau, et une Renée Fleming en forme (mais à laquelle la salle ne rend pas tout à fait justice, même depuis le parterre d’une salle assez remplie). Puis du Britten, la Sinfonia da requiem, toujours magnifique, beaucoup de sonorités et de couleurs. Et même quand on va vers du plus classique Schubert, avec un rapide best-of de trois des Lieder les plus connus (Nuit et Rêves, La Truite, Marguerite au Rouet), c’est pour les versions orchestrées par de nouveau Benjamin Britten et Max Reger. Renée Fleming assez longuement ovationnée. Entracte, et retour du chef Jaap van Zweden pour diriger la toujours efficace 5ème de Beethov. Qui allait fort bien après Schubert (team romantiques), d’ailleurs. Une excellente soirée malgré les toussements et le sonotone maléfique mal réglé.

lundi 18 février 2019

876ème semaine

Le mois de février est toujours de la folie, mais avec six fers au feu, cela commence à devenir un peu compliqué — je ne compte pas les cours et les déplacements hebdomadaires en province dans ce lot de projets en parallèle. Pas facile de correctement bloguer avec tout cela.

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