humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 5 février 2018

démocratie de papier

Steven Spielberg réalise encore des films. Voilà le fort bon Pentagon papers, qui retrace l’histoire (avec grand H) d’un lanceur d’alerte sur le Vietnam, ayant sorti des documents confidentiels qui vont changer le cours de la guerre en réveillant enfin la population (quand on pense à la guerre en Irak pour des armes fantômes, on se dit quand même que le peuple américain, dans son optimisme niais usuel, est quand même très facile à embobiner…). Mais il le fait à travers le travail journalistique. Et plus original encore : celui des seconds. Les premiers sur le coup, c’est le NY Times, toujours naturellement véhément. Le Washington Post est en revanche un papier local de rombière (Meryl Streep), qui hésite entre le très classique léchage de botte et une ligne plus agressive — celle de Tom Hanks, qui en a eu marre d’être le larbin des politiques. Il y a le moment clé. Le choix décisif. La charnière, qui a fait du Post le Post. Et du journalisme un véritable quatrième pouvoir. Il existe toujours un peu, ce journalisme, noyé dans la médiocrité journaleuse bas-de-gamme. Peut-être qu’on mesure moins les enjeux et les risques encourus, quarante ans plus tard, même si on comprend que Nixon était un con fini dangereux (tiens donc… Rebelote ?). Spielberg rajoute une épaisse couche de féminisme (pas si facile d’être héritière). Mais le tout tient bien la route. Du cinéma d’investigation.

exceptionnel classique

J’ai pris l’habitude d’ignorer les concerts trop dans la rediffusion ou le pur classique du classique. Un Concerto pour piano n° 1 de Beethoven suivi d’une toujours très entraînante Symphonie n° 9 "La Grande" de Schubert — que je peux tout autant que Jonathan Nott diriger sans partition —, par l’Orchestre de Paris, ça n’a rien de bien extraordinaire, même si ça fait toujours du bien par où ça passe. Ceci étant, il y avait l’élément exceptionnel : Piotr Anderszewski derrière le clavier. Super Piotr.

Juste avant l’entracte, il nous a d’ailleurs fait un bis exceptionnel : Sur un sentier recouvert, Livre II, de Leos Janáček. Pas tous les jours qu’on entend ça ! Cahier des charges remplis.

mardi 30 janvier 2018

822ème semaine

Retour de Côte d’Ivoire à l’heure cette fois, mais Malarone tous les soirs.

Brahms-Brahms

Duos et duos de duos de Brahms à la Philharmonie : c’est deux pour le prix d’un ! On a d’abord du piano à quatre mains (Valses pour piano à 4 mains op. 39), puis aux quatre mais se joignent quatre chanteurs, en mode deux fois deux. Ça nous fait donc :

_ Philippe Cassard : piano (de Besançon, précise mon binôme) ;
_ Cédric Pescia : piano ;
_ Natalie Dessay : soprano (sur le retour) ;
_ Karine Deshayes : mezzo-soprano (étrangement employée aussi) ;
_ Werner Güra, ténor émérite du Lied ;
_ Laurent Naouri : baryton-basse, fourni en binôme.

Au programme :  Liebeslieder Waltzes op. 52, puis Neue Liebeslieder op.65

Bon, il n’y a que Werner Güra qui sache chanter du Lied. Production « les grandes voix », ça remplit la salle avec une belle affiche sur le papier, mais il ne faut pas être trop demandeur côté rendu. Le plus improbable étant Dessay, toujours en fin de course (et qui a sûrement retardé la fin de l’entracte comme l’attestait quelque toux ostentatoire), qui donne dans le lyrique maniéré, et non dans le Lied : mais pourquoi ? On lui pardonne quand même, parce que c’est elle. Qu’on l’aime. Et que c’est du chant d’amour après tout.

Bref, c’est un peu tape à l’oeil dans l’ensemble, mais bon, plaisant tout de même, si on fait abstraction du vibrato et du yaourt germain. En somme, plus du divertissement que du Lied. Mais à ce niveau, le spectacle était bien assuré, jusqu’au bout, avec ces deux bis dont un de dos, pour l’arrière-scène (étrangement on n’entend alors pas si mal : cette salle est bizarrement fichue…).

Gergiev poétique

Une soirée de poèmes symphoniques et de Lieder poétiques à la Philharmonie, sous les doigts délicats de Valery Gergiev, et par l’orchestre du Münchner Philharmoniker. Le peuple parisien est au rendez-vous : pas facile pour les ninjas de se faire un trou. Finalement, ce sera de côté, au parterre. Ce qui a eu deux impacts : d’une part l’acoustique est ingrate avec Anja Harteros sur les côtés de la salle ; d’autre part j’ai hérité de jeunes voisins de devant type 16ème BCBG absolument intenables (bavardages, coupes de champagne post-entracte…), sans compter un autre plus devant encore avec son smartphone — bref, la racaille des beaux quartiers.

Mais avant le chant, il y avait comme belle entrée une Francesca da Rimini que j’ai régulièrement dans la tête depuis plusieurs mois — mais j’hésitais pourtant à la rattacher à Tchaïkovski (bug du cerveau) : le livret nous dit qu’effectivement, ça emprunte à droite à gauche, notamment clairement chez Wagner. Après un début bordélique (dantesque ?) vient le fameux thème, dans une interprétation envolée.

Et c’est la fabuleuse Anja dans Wagner qui nous gratifie d’un superbe Wesendonck Lieder, avec un coffre impressionnant, quoique terni sur les côtés quand elle tourne à peine la tête — mais clairement, ce n’est pas de sa faute. Un grand moment musical. Après l’entracte, on termine par un classique Strauss orchestral, Une vie de héros (Ein Heldenleben), poème symphonique qui souffre d’être trop connu ou joué, je trouve, mais qui cette fois avait un très beau souffle épique. Bref, la rediffusion, à ce niveau de qualité, n’était pas inutile. Aucun rappel en fin de concert, assez étrangement.

mardi 23 janvier 2018

821ème semaine

Retour à Abidjan. Toujours pas rencontré de moustique, ouf. Rencontré les gens avec qui je me suis marié il y a six mois — les relations à distance sur catalogue… Tout qui roule. Cocody beaucoup moins crade que Youpougon, mais même la ville en général semble s’être améliorée. Beaucoup de boulot, encore, mais il y a de la bonne volonté. Et le flegme africain…

jours obscurs

Pour Les heures sombres (Darkest Hour), là encore, on ne sait pas trop ce que ça va donner, alors on y va sans trop d’a priori ni d’exigences. Comme dans la Promesse de l’aube, ça cause biopic en pleine seconde guerre mondiale : l’avènement contre-nature de Wilson Churchill, un vieux monsieur taciturne et bougon de la haute, qu’à peu près tout le monde craint, et pour lequel il y a donc une sorte de consensus de respect à reculons de tous bords — puisqu’on lui reproche à peu près tout ce qu’il est et représente, et il a quelques casseroles gênantes. À peine nommé par défaut, on veut sa tête dans son camp, chez les tièdes emmenés par Chamberlain, dont la position branlante qui l’a fait écarter du pouvoir semble être un art de vie. Churchill bouillonne. On dit de lui qu’il est forcément l’homme de la situation car il fait trembler Hitler — le Roi d’Angleterre aussi, en fait.

Gary Oldman est encore plus méconnaissable que dans Dracula. J’ai mis un certain temps à reconnaître Kristin Scott Thomas dans le rôle de sa femme, mais lui, il a fallu que j’attende le générique ! Incroyable interprétation avec la posture, les tics, la langue colérique, hachée, grommelante, tout. Le film de Joe Wright (qui fait des choses très sympas que la critique n’aime pas) est à la fois politique (plongée dans les stratégies à trois bandes alors que la maison brûle), humain (les moments de doute, de compassion), et évidemment historique, concentré sur une période courte — entre la destitution de Chamberlain et le succès de l’opération Dynamo (quelques mois après Dunkerk, ironie des coïncidences) — qui marque l’avènement au pouvoir d’un chef de guerre contre-nature, selon une chronologie précise et ciselée. On pourrait même dire : la (re)naissance d’un (grand) homme à la fin de sa vie.

Passionnant.

aube promise, aube due

On va voir La Promesse de l’aube en connaissant deux données très approximatives : il y a Pierre Niney et c’est du Gary. Alors quand on voit que Charlotte Gainsbourg est le fil conducteur du film — tandis que Niney est le narrateur absent de la première partie de ses mémoires —, et qu’en fait c’est la biographie de Romain Gary lui-même — qui ne s’appelait donc pas du tout comme ça —, c’est une agréable surprise. Quoiqu’on puisse craindre au début que ce sera un peu ampoulé, mais finalement l’humour caustique, très décalé, l’emporte. Un film profondément humain, touchant, drôle, révoltant aussi, de celui qui grâce à son archétype de mère juive va effectivement devenir un grand écrivain ambassadeur de la France. Fort bon biopic d’Eric Barbier.

vendredi 12 janvier 2018

820ème semaine

Une semaine de dur labeur startupien, avec tout ce qui va bien : 50% production, 50% gestion d’emmerdes. OK, j’avoue : je suis en retard sur la gestion des emmerdes, du coup.

vers l’hikari

« Vers la lumière » (Hikari) est le dernier film de Naomi Kawase, dont on avait récemment beaucoup apprécié les Délices de Tokyo. Et puis la bande-annonce présageait de quelque chose de beau. La toile de fond est originale : l’audio-description, et plus précisément le processus de mise au point autour d’un film qui se met lui-même en abyme de celui que l’on voit. Le personnage principal, par la très jeune, jolie et polie Ayame Misaki (qui a manifestement commencé sa carrière encore plus jeune par des photos très dénudées, ce qui la rend encore plus formidable), aime les descriptions du monde qui l’entoure. Elle s’approprie ainsi le temps et l’appréhension du réel, d’une manière généralement très positive. Elle entre ainsi en conflit avec le taciturne Masatoshi Nagase, qui finit de perdre la vue après avoir été photographe ; ils ne trouvent pas la même perception des choses (la cécité n’étant finalement qu’une explication partielle ?).

Naomi Kawase emboîte les réflexions, très allégoriques, sur la disparition des choses, sur les philosophies de vie, sur ce qui unit aussi. Car c’est une romance, qui se noue, entre ces êtres qui vont peu à peu se comprendre, et arriver à un sensible compromis, qui va leur permettre tout deux de grandir, de surpasser leurs états. Un film très sensible, donc, mélancolique (sur la musique d’Ibrahim Maalouf au piano très nymanien) malgré son propos finalement optimiste. Certains critiques reprochent à l’oeuvre d’être trop intellectualisante et en dessous des précédentes réalisations de Naomi Kawase : c’est fort étrange ! Évidemment que le trait est forcé, mais que diable, pourquoi bouder quand c’est simplement beau, émouvant et intelligent ?

- page 2 de 483 -