humani nil a me alienum puto

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 24 septembre 2019

grande Jeannette

Les critiques crient quasi-unanimement au génie et chef d’oeuvres. Côté public : quelques uns sont totalement sous le charme, beaucoup cherchent où est le bouton pour mettre des étoiles négatives. Initialement, je comptais sauter l’épouvantable chaleur surprise du dimanche après-midi à Limoges en allant voir Une fille facile (ça fait des semaines que ça tient à l’affiche, bonne critique, ça ne doit pas être si mal ?). Mais j’avais oublié ma carte UGC à l’hôtel. Plan B, donc, pour le Lido, le cinéma d’art et d’essai du coin, près de la gare.

Jeanne, c’est entre le chef d’oeuvre contemplatif à la Tarkovsky (un plan d’en haut de Bruno Dumont qui doit durer bien cinq minutes, avec Christophe qui chante les pensées de la pucelle regardant le ciel — cf l’affiche du film), le théâtral à trois bouts de ficelle de Rohmer (une moitié de scènes sur la plage normande au milieu des bukers en béton — autre anachronisme avec les chaussures en semelle gomme —, l’autre moitié dans la cathédrâle de Rouen), texte de Charles Péguy plus ou moins déclamé, par des acteurs, mis à part  Lucchini qui a une courte scène, manifestement souvent très amateurs (comme dans Ma Loute ?). En même temps, avec tous ces visages étranges, ces tocs, ces manies, ces dents manquantes, ça sonne presque plus vrai que nature ! C’est le film quantique qui est à la fois le truc réalisé par caméscope en projet de fin d’étude et le monument de 2h15 hyper esthétique et profond. Plus qu’étrange, aride, poétique dans la langueur, ça rappelle vaguement un sentiment éprouvé devant cet autre film moyenâgeux OFNI, Michael Kohlhaas, aussi distribué par Les films du Losange. Poétique dans sa beauté et sa laideur.

Évidemment, tout le monde est épaté par la gamine, qui jouait déjà dans Jeannette, le prequel téléfilm (manifestement moins bon ?), Lise Leplat Prudhomme. Elle a à peine grandi, pré-ado quand les Jeanne usuelles sont au contraire trop vieilles, mais elle est impressionnante de diction et d’expression. Comme au théâtre, on a l’ellipse narrative facile. Donc soit ça ne parle pas du tout (longue séquence de ballet équestre, par exemple…) soit ça parle beaucoup, parce que l’action est pour le moins très absente. En revanche, on saisit très bien la psychologie épaisse des personnages — qui justement en tiennent de sacrées couches, Jeanne comprise (elle serait pas très INFJ, dans son genre ?). La mécanique de la broyeuse ecclésiastique est très bien montrée — c’est apparemment un trait principal de la pièce de Péguy que Dumont a bien voulu montrer. Comment brûler des gens au XVème siècle : un hobby usuel de l’oeuvre civilisatrice.

lundi 16 septembre 2019

906ème semaine

"Il y a moins de gris." Hé bien avec ça, on fait tout un programme. La lecture de radio, c'est entre le marc de café et les entrailles de piafs. Moi je vois un os qui n'est juste pas super solidaire. Surtout qu'en changeant un peu le profil avec le radiologue plus vieux que d'habitude pour la rentrée (l'hôpital était aussi bien plus plein !), en me faisant simplement mettre la main derrière le dos, on a eu une nouvelle vue bien flippante. Jusqu'alors on voyait le haut ; là on voit toute la longueur et un vide entre les parties blanches. Mais c'est vrai qu'il y a moins de gris : ça veut dire que ça se consolide. Hop, permission de torturer ! Mes deux kinés, qui après s'être relayés pendant leurs vacances désynchronisées ont à présent ma garde alternée, restent plus dubitatifs devant le cliché. C'est que contrairement aux jolies internes, eux me tripotent plusieurs fois par semaine, et sentent bien qu'on ne va pas trop trop forcer non plus, surtout en rotation. Perso, je suis aussi de cet avis. Mais alors que parfois je fais certains mouvements sans réfléchir qui m'auraient fait hurler de douleur il y a peu, je me surprends à gagner de nouvelles capacités, comme de pouvoir translater sur un couchage en me supportant sur les deux bras. Quel superpouvoir. Spiderman, me voilà ! J'ai moins de gris !

super-Zubin, seconde

Round two pour super (vénérable) Zubin Mehta et l'Israel Philharmonic Orchestra, yoda-like, lancer de canne compris. De nouveau trois oeuvres. D'abord la Symphonie n° 3 de Franz Schubert. Mignon, mais pas un méga-hit. En revanche, La Valse de Maurice Ravel correspond plus à cette description ; servie bien puissante. Et après l'entracte, alors que la salle est plus remplie que la veille mais que je repère un peu moins de ninjas (mais je croise l'ami russe en mode Desproges — on m'a dit que des Juifs sont dans la salle ?), la Symphonie n° 6 « Pastorale » de Beethoven. On chantonne bien. Cadeau bonus, Ouverture de Die Fledermaus (La Chauve-Souris), Johann Strauss II. On en sort fort heureux. Quelle belle et longue symbiose d'un chef et son orchestre !

super-Zubin, première

Quand l’Israel Philharmonic Orchestra se déplace, ce n'est pas sans son Zubin Mehta. À  moins que ce soit l'inverse. En tout cas, c'est manifestement la dernière fois, pour le chef de 83 ans, qui arrive lentement avec sa canne, qu'il jette aussitôt à terre une fois assis. Il est comme ça, le chef indien. Et quand il s'y met, ce n'est pas à moitié. Peut-être qu'il n'entend plus très bien, en fait, mais peu importe. Il sait envoyer la sauce.

Ça ne se sentait pas forcément encore avec la première oeuvre ajoutée en ouverture, par Ödön Pártos, ancien alto hongrois de l'orchestre si j'ai bien compris, qui a composé un fort joli concertino for strings. Malheureusement, il n'apparaît donc pas au programme papier, on n'en saura donc guère plus dans l'immédiat.

Puis il y a la très jolie Symphonie concertante de Joseph Haydn avec la pêche, à tel point qu'on oublie l'âge canonique de notre héros, que les applaudissements poussent à revenir, alors que l'orchestre avait concerté son premier violon qui avait décidé de commencer la migration vers les vestiaires, de telle sorte qu'il y eut un conflit sur le chemin entre l'orchestre et son chef — petit moment assez drôle et inédit.

Après l'entracte, je récupère un autre ninja à côté de moi, qui complète la brochette avec l'ami berlinois, plutôt dans le bas du parterre, côté couloir cour. Idéal pour en prendre plein les oreilles, alors que tout comme Maître Mehta, on dirige tout de tête depuis nos sièges. Pour une fois, d'ailleurs, la cloche n'est pas dans les vestiaires au loin mais à l'arrière de l'orchestre. On remarque que les contrebasses sont à gauche, très bien. On est surpris par un hautbois en effet surround, manifestement depuis le second balcon. Et je remarque, pour activer la cloche, qu'il y a le seul Juif orthodoxe du groupe, avec barbe et kippa, cette dernière étant portée par seulement un autre percussionniste.

Après cette fantastique Fantastique, un petit, que dis-je, un grand bis avec la Polka opus 324 de Johann Strauss II. Quelle générosité !

Tarentino pointu

Le dernier Tarentino, « Once upon a time… in Hollywood » divise le public, beaucoup moins la critique généralement très conquise. Le public voudrait mieux aimer mais il n’est pas assez cinéphile pour cela. Je me demandais combien dans la salle connaissaient déjà l’histoire de dame Polanski et de Manson (pas Marilyn, l’original). Parce que déjà, c’est mal barré — réaction à chaud de « j’ai pas compris », et autres départ dès le générique alors qu’il y avait encore quelques références, jusqu’à la série Batman qui berça en redif mon enfance.

Tarentino fait dans le pointu sans trop qu’on s’en rende compte, en nous comptant l’histoire d’un acteur loser et de son cascadeur-à-tout-faire dans la même impasse (duo DiCaprio/Brad Pitt qui fonctionne à merveille), et comme 2h41 c’est quand même long (mais pour moi, c’est pas si mal passé dans l’ensemble !), ça ne peut pas plaire à tout le monde. Sauf aux érudits qui se régalent dans les remakes, réinterprétations et références à tiroir qu’il nous sort déjà usuellement, mais qui ici constituent l’histoire même, puisqu’on est au centre du nombril, Hollywood.

Certains y voient le plus grand chef d’oeuvre de Tarentino, personnellement je ne sais pas. Encore. Toujours est-il qu’on y révèle ou confirme la belle blonde Margot Robbie, la sensuelle Margaret Qualley (déjà vue dans the Nice Guys et revue dans la pub Kenzo, et en fait fille d’Andie MacDowell, alors forcément…), et la pétillante mini-génie Julia Butters. L’histoire s’écrit, à Hollywood.

maboul Kaboul

Les hirondelles Kaboul est une jolie adaptation graphique d’histoire de femme oppressée (encore plus suite à un mauvais coup du sort), d’une BD écrite par une femme (Yasmina Khadra), par de deux réalisatrices qu’on devine de la veine humaniste-de-gauche (ou assimilés), Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec. Bref, ça part d’un bon sentiment, et il en faut beaucoup face à la connerie islamiste des Talibans. 1998, Kaboul. Bienvenue chez les fous organisés — quelques résistants perdus dans le lot pour garder la foi. Problème principal : c’est cousu de fil blanc. On attend une bonne demi-heure ce qu’on a deviné facilement. Pour 1h20 de film dessiné, c’est un peu long quand même… Ça aurait pu être mieux.

samedi 7 septembre 2019

ciel ma Canellakis !

Je sais enfin bien orthographier son nom du premier coup, mais il va falloir que je travaille encore mieux cela pour nos faire-parts de mariage. Depuis que Lola avait quitté l’orchestre de Paris, nous étions en deuil — surtout moi. Et puis la saison dernière est arrivée Karina. La lumière fut ! Quel chef ! (Cheffe ?) Et quel plaisir de la voir de nouveau programmée à plusieurs reprises, et avant toute chose pour le concert d’ouverture de la Philharmonie et de l’orchestre de Paris pour la saison 19-20 ! Orchestre qui d’ailleurs n’a plus de chef à résidence, et je brûle quelques cierges pour qu’on arrive à rapatrier notre héroïne — d’autres ont eu le nez plus creux avant et nous ont déjà grillé…

Un beau programme, mais une salle plutôt vide pour la deuxième session du jeudi — je ne sais pas trop pourquoi je n’avais pas pris le mercredi comme à l’accoutumée, mais comme il était diffusé en direct sur mezzo, je regrette moins (notons que Karina a donc été capturée en HD, et qu’aucun pixel n’est alors jamais de trop). Plutôt vide, donc, mais pourtant, avec trop de monde : à peine 3 secondes après le début de le prélude de Lohengrin, qu’elle nous sert émouvant à souhait (on imagine bien ce que donnera l’ouverture du 3e acte à notre mariage), un faux « clic-clac » d’appareil photo numérique sur téléphone retentit. Puis ce fut le vibreur bruyant de mon voisin (plusieurs fois, y compris après lourde manipulation…). Et lors des Wesendonck-Lieder, avec la soprano Dorothea Röschmann au chant (très bien ! Belle amplitude, beaux graves !), le public s’est mis à applaudir entre les mouvements ! Damnation. Je passe sur la vague odeur de saucisson à l’ail qui régnait aussi dans mon coin…

Mais rien, rien ne pourra entamer mon amour immodéré pour la grande et parfaite Karina (1m68, taille 36 ? C’est pour la robe. Quoique, cet ensemble noir sur mesure qu’elle porte est déjà magnifique). Pas même le fait qu’elle place les contrebasses à droite, bref les aigus à gauche et les graves en miroir, ce qui est une vilaine habitude qui tend pourtant à disparaître. Hormis ce détail qui la distingue de la perfection (elle est blonde, aussi, mais qu’y pouvons-nous ?), elle nous offre un tel Daphnis et Chloé (Suite n° 2) de Ravel, avec le petit choeur qui murmure au dessus, qu’on ne peut qu’être au bord de la pâmoison. Elle se paie un beau finale qui claque, comme pour répéter avant le concerto pour orchestre de Bartok, après l’entracte, qu’elle termine aussi tout en beauté et fracas. L’affreux public est conquis et ovationne. On n’imagine pas la rupture spatio-temporelle si jamais Lola était encore dans l’orchestre et aussi proche de ma nouvelle chouchoute d’amour, Karinaaaaaaaaaaa (Canellakis).

905ème semaine

Six heures trente de train pour 350km. C’était la near-death expérience de la province. Comment peut-on prétendre développer un pays où tout déplacement est une galère potentielle immense ? Pour un rendez-vous de deux heures le lendemain, une société que j’ai rejoint a dépensé dans les 1000€, sans compter la journée et demi pour trois personnes dépêchées. Mais alors, le train qui met presque deux heures à partir, puis reste coincé au milieu de nulle part, et doit enfin voir sa gare d’arrivée changée au milieu de la nuit, tout cela parce qu’un train de marchandise lointain était bloqué, c’est bien digne d’un pays en voie de sous-développement. Lamentable. Jusqu’au bout : ayant pensé à distribuer des « bons taxis », la SNCF a simplement oublié de rameuter lesdits taxis, arrivant au compte goutte à une heure où il n’est pas censé arriver de trains, pour une population dense qui en avait plein le dos, mais que les gros balourds de la sécurité n’hésitait pas à gérer sans ménagement. Après quelques taxis pris d’assaut, même quand ils ne prenaient pas lesdits bons (!!), j’ai fini en bus de nuit. Une belle allégorie de ce pays qui prend la flotte de tous les côtés. En attendant, je comprends mieux pourquoi tous ceux de la région qui montent sur Paris, là où tout se passe, prennent leurs voitures. Désespérant.

éléphant sur serpent

L’affiche de « Thalasso » fait figurer un éléphant (Gérard Depardieu) affalé sur un serpent à la mine fort patibulaire (Michel Houellbecq). Chacun joue son propre rôle, pour cette suite de « l’enlèvement de Michel Houellebecq », par le même Guillaume Nicloux (qui avait sinon fait « la Religieuse », dans un genre radicalement différent), où les deux compères se rencontrent lors d’un séjour de remise en forme en thalasso à Cabourg, qui ressemble à une accumulation de séances de torture pour vieil alcoolique fatigué à vie dissolue.

 On rit bien de voir le célèbre écrivain sulfureux se faire martyriser, et commencer à collectionner les situations absurdes entre deux dialogues un brin savoureux, avec sa mine toujours au bord de l’apoplexie. Mais le film se traîne un peu et l’histoire brodée sous forme de suite du précédent opus (que la salle passablement vide n’avait apparemment pas plus vu) peine à convaincre. Jusqu’à la fin assez absurde parce qu’il faut bien finir 1h33 de film qui malgré ses bons moments commençait à avoir du mal à trouver un chemin. Il n’empêche que cet ofni (objet filmé non identifié) fait passer un moment bien singulier.

à la CPE

« La vie scolaire » est tourné par Grand Corps Malade et Mehdi Idir. Personnellement, ça m’a surpris ; mais pour la souris, c’était bon signe, car ils ont tourné autre chose avant, « Patients », que je n’ai manifestement pas vu, et qui était fort bien apparemment.

Après être flic, Antoine Reinartz est prof (martyrisé sur les bords). Petit rôle, car le principal est déchu à la CPE, Zita Hanrot (qui a vraiment un visage magnifique). Elle prend son poste dans un collège de Saint-Denis, en plein racaille-land, où les parents sévères ont une progéniture en roue libre (paradoxe classique chez les pauvres). On suit plus précisément une classe où peut-être qu’un seul des élèves qui arrive à 12-13/20 pourrait postuler pour une seconde générale. Bref, on dirait ma classe de 3e (il manque juste la « locomotive » sacrifiée — c’était moi). Il y a aussi Yanis (Liam Pierron — ça sonne moins 9-3, tout à coup), dans cette classe, un p’tit con doué qui n’en branle pas une. Le gamin qu’on a envie d’aimer alors qu’il fout un bordel monstre, parce qu’on sait que s’il était né plus au Sud de la région (mais pas trop non plus), il aurait pu faire des étincelles avec exactement le même cerveau. Il est l’élément qui questionne — « à quoi ça sert », question à laquelle la réponse est toujours aussi naze, parce que les profs du public, d’aussi bonne volonté soient-ils, n’ont eu qu’une seule vie, celle des ordres, c’est-à-dire de la fuite, et donc ont une vague idée de la vie réelle.

La démarche se veut naturaliste — et risque donc l’artificiel. Il y en a eu un certain nombre sur l’école, lieu rempli de tabous. Ça reste toujours bienveillant — avec le moment d’épiphanie qui rappelle pourquoi tout le monde garde quand même espoir et du plaisir dans ces métiers de l’éducation/du dressage. Il n’empêche qu’on montre que la classe de zozos n’hésite pas à considérer leurs camarades de Segpa comme des bons à rien à la limite de l’humain (j’ai remarqué chez mes pioupious ces expressions de type : « putain je suis trop un Segpa », ou « ah mais t’es Segpa toi ou quoi ? »).

En réalité, ils disent souvent tout haut ce que tous pensent tout bas, c’est du brut, sans filtre — les profs et surtout les surveillants ne valent souvent pas mieux, si ce n’est pire. Et on se demande bien ce que l’on va en faire — des dealers, s’il y a encore de la place sur le marché, dont une partie de l’équipe fait partie ? (Ça reste d’ailleurs gentil, les surveillants sont concernés, dans la vraie vie il y aurait eu une bonne partie des profs… Mais c’est déjà assez osé d’évoquer la chose, probablement)

Bref, on sourit, on rit, on désespère, on a envie de mettre quelques baffes et de prendre dans ses bras, ça ressemble bien à un collège de cas sociaux. Mais le côté vie scolaire, et dans une moindre mesure enseignants, permet de voir l’autre côté en miroir, tout aussi paniqué et écopant le mouvement brownien de la jeunesse de manière forcément régulièrement maladroite. C’est stéréotypé, donc révélateur, mais pas simpliste. Et ça, c’est beaucoup moins simple qu’il n’y paraît !

- page 3 de 514 -