humani nil a me alienum puto

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lundi 11 juin 2018

841ème semaine

Pendant la séance de Solo, quelques d’jeunz étaient bruyants, comme souvent à l’UGC Bercy. Rappelés à l’ordre par un spectateur devant, le générique s’est soldé par un début de règlement de comptes. Devant la violence de l’altercation, je suis intervenu avec d’autres personnes, mais c’est sur moi que l’imbécile a choisi de déplacer sa colère. Bref, fight au générique en attendant l’arrivée de la sécurité et la non-intervention de la police… Une façon originale et désagréable pour finir la séance ! Mais surtout, l’occasion de constater deux choses : les gens de la sécu ne sont pas bien éclairés, mis à part leur chef qui était très bien ; la police ne sert strictement à rien (il faut qu’il soit trop tard pour qu’ils interviennent). L’individu dangereux est reparti surveillé de loin ; les agressés ont été raccompagnés en catimini, pour se cacher de l’éventuel fou.

On sent que tout va bien, dans ce pays. On accepte beaucoup trop l’inacceptable.

Daphnis et Toulouse

Même si c’était Tugan Sokhiev et son Orchestre National du Capitole de Toulouse dont il a fait une référence incroyable, la salle de la Philharmonie était franchement vide. Elle s’est en revanche mieux remplie après la première pièce, une création (commande de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse et de la Philharmonie de Paris) de Bruno Mantovani, « Quasi lento, pour orchestre », très inutile, dans cette mouvance de la musique contemporaine plutôt désagréable à l’oreille, qui semble suivre des aventures cinématographiques sans le support. Bref, je pense que ces spectateurs avaient prévu leur coup. Le temps que le compositeur monte saluer sur scène depuis un rang assez central et de côté jardin, couloir, du parterre (où l’on met usuellement les compositeurs, esseulés du reste de l’ex-rang E, qui se retrouve plutôt au premier rang de premier balcon…), je repère la ch’tite violoncelliste, pile en face de mon remplacement (6ème rang de parterre côté cour) : ça faisait longtemps que je n’avais point vu Sophie, ancienne héroïne de ce blog, tantôt aperçue du côté de l’orchestre de Paris ou de l’opéra.

L’orchestre s’étoffe, se reconfigure, un piano au centre, Nicholas Angelich derrière le clavier (démarche Droopy maladroite), et un Concerto pour piano n° 3 de Prokofiev super punchy comme on les aime. Top. On se demande si les applaudissements répétés ne vont pas avoir raison du pianiste qui titube de plus en plus, et fini par nous offrir un rappel beaucoup plus calme que le pyrotechnique Proko précédent : Mazurka Op.22 de Chopin. Problème : après quelques secondes, il se fait accompagner d’une machine à vent/aspirateur/machin bruyant, qui agite les ouvreurs à la recherche de l’origine du bruit soudain, alors que le directeur Laurent Bayle (au 1er balcon, donc) était en mode ¯\_(ツ)_/¯. Voilà voilà…

Entracte, j’envoie un petit SMS à la ch’tite violoncelliste, qui sociabilise déjà avec de jeunes gens du balcon. Tout à coup, appel : c’était sa mère, qui avait récupéré sa carte SIM ! Il y a fort longtemps, manifestement… Hhhhmmm… Oups. Bref, nous serons heureux d’apprendre qu’elle avait beau être marquée parmi les musiciens de l’orchestre, elle est toujours en mode surnuméraire éternelle (par choix), faisant des allers-retours en pleines grèves. Donc, toujours parisienne.

Reprise des festivités sur une sublime La Mer de Debussy, pendant qu’au parterre juste derrière moi, ça finit de s’engueuler entre un monsieur et une dame, que ça se parle à voix haute encore derrière, bref que c’est le bordel chez les gens propres sur eux (à 50€ la place, certes). Fatigue, ce public, fatigue… On finit sur super sympathique Daphnis et Chloé / Suite n° 2 de Ravel, qui donnait d’ailleurs son nom à la soirée (« Daphnis »). Traditionnellement, Sokhiev nous gratifie d’un bis. Et puis il n’était que 23h, avec une demi-heure de retard, alors bon… L’Arlésienne, Suite (Farandole), de Bizet évidemment. Un peu de Sud. Tandis que la ch’tite violoncelliste finit de transmettre autant la joie et la bonne humeur autour d’elle, comme l’orchestre du Capitole.

Wes mordant

J’ai mis pas mal de temps pour me faire à la loufoquerie de Wes Anderson, et si j’étais fort peu convaincu initialement, je pense que The Grand Budapest Hotel a fini de me convertir. Cet Isle of Dogs est dans cette tradition de l’aventure animée (totalement, cette fois) ; de l’aventure insulaire Moonrise Kingdom aussi. C’est à la fois délirant et rondement mené, et on pourrait même reprocher d’être trop parfait/propre (pour une fois Samuel Goldwyn serait content — « Well, this slum cost a lot of money. It should look better than an ordinary slum. »). On se retrouve chez les Japonais (des amoureux des chats, forcément), qui décident de bannir leurs chiens sur une île-poubelle — il y a du complot derrière tout cela. L’ambiance nippone est extrêmement bien rendue, pour grande partie grâce à l’excellente musique rythmée d’Alexandre Desplat. Il y a de très bons moments, sans rien ne se détache trop du lot non plus. Cela donne finalement un sentiment assez étrange entre l’originalité et le produit répétitif. Ça n’empêche pas de passer un fort bon moment, et c’est surtout ça qui compte.

Solo en solo

« Solo: A Star Wars Story » est le 2e épisode intermédiaire et intercalaire : c’est donc le numéro 3.5, si l’on admet que Rogue était 3.25. Il a été quelque peu descendu par la critique, et il a rapidement été relégué dans de plus petites salles. Peut-être parce que tout cela préparait à du modérément raté, j’ai été plutôt agréablement surpris. Et de « pas si pire », je dirais même : franchement bon ! À se demander, en fait, si les critiques s’attendent toujours à des fantasmes projetés. Entretenir un mythe, c’est compliqué. Et pourtant, il y avait Lawrence Kasdan au scénario, celui des épisodes 5 et 6 (et même de retour sur le 8, avais-je remarqué ?), avec ce qui semble être sa progéniture, Jonathan Kasdan (qui côté étoiles s’est déjà fait la main sur quelques Stargate, dans le passé). Et même à la réalisation, c’est Ron Howard : quand même pas le premier venu…

Côté acteurs, on fait le plein côté new faces (à l’exception de Woody Harrelson en Tobias Beckett — le père symbolique à tuer —, et Paul Bettany en Dryden Vos — le méchant de l’histoire), à moins de suivre Games of Thrones et d’y reconnaître Emilia Clarke en Qi'ra, qui n’est probablement pas la meilleure actrice de la galaxie, mais qui a le sérieux avantages d’une bouille SW-compatible. C’est Alden Ehrenreich, de Beautiful Creatures (et quelques autres rôles très mineurs), qui reprend le rôle-titre de Han Solo, et il a la même allure que Harrison Ford junior, poussant le vice jusqu’à refaire les mimiques de ce dernier (essentiellement au début du film).

Comme le scénario a été bien travaillé, tout s’intègre bien dans l’histoire générale de SW, tout en ménageant du suspense, ce qui n’est pas aisé étant donné que l’on sait à l’avance que les deux protagonistes principaux (dont la rencontre fait partie des aspects surprenants), Han et Chewbacca (repris par Joonas Suotamo depuis l’épisode 8), s’en sortiront bien. On attendait par exemple la partie de cartes pour gagner le Falcon Millenium (puisqu’il en est question dans l’épisode 6, avec Lando — repris par Donald Glover), et là encore, le scénario ne cède pas à la facilité linéaire. On a même un petit détail pour ravir les fans de la première heure, avec une prise de position enfin claire qui résout un vieux débat : HAN SHOT FIRST !!! (Accessoirement : en français, on dira définitivement Han et pas Yan)

Cet épisode se fait enfin plaisir avec des thèmes féministes, déjà fouillés dans le reboot, tout à la fois avec un personnage féminin qui tabasse (même s’il faut attendre un peu pour la voir en action), et une robote (?) qui est l’élément comique répétitif, dans sa lutte des classes incessante, ce qui relève quand même de beaucoup le niveau par rapport aux gags de Jar Jar (que la lave lui coule sur la tête). Il y a un maniement intelligent du second degré qui n’est pas pour déplaire, en fait. Une dernière surprise pour la route, qui tombe un peu comme ça, tout à la fin, alors que l’exégèse peut totalement exploser avec un truc pareil : il y aurait un autre Sith travaillant pour l’empire, genre petit neveu de Darth Maul. J’ai l’impression que ça travaille déjà sur les épisodes intercalaires entre le 6 et le 7…

vibrations sans vibrato

L’orchestre de Paris dirigé par Sir Roger Norrington, c’est à la bonne franquette. On commence par une Musique funèbre maçonnique de Mozart, une pièce assez courte qui s’avère géniale, avec notamment une partie hautbois/violons centrale magnifique. Si le vieux chef tournicotait sur sa chaise, ne voit-il pas qu’à la fin il se retourne totalement vers le public qui applaudit et nous dit quelque chose comme (en Français) : ce Mozart est fabuleux mais un peu court, j’ai bien envie de le réécouter. Et bis.

On continue avec le Concerto pour violoncelle d’Antonín Dvořák, par Jean-Guihen Queyras et son Goffredo Cappa de 1696.  Extraordinaire (mais le chef fait applaudir entre les mouvements, pourquoi donc ?). On commence sérieusement à se demander pourquoi il y a si peu de monde dans la salle. Le violoncelliste prend la parole lors des applaudissements, pour annoncer le rappel, dédié à son père, dans la salle qui fête son anniversaire — il demande pardon à l’orchestre, car la veille, c’était dédié à sa tante. Il nous gratifie donc tous d’une extraordinaire 4e suite pour violoncelle de Bach, la préférée de son paternel. Évidemment, ça applaudit encore. Et là, il reprend la parole, pour… faire la publicité du disquaire dans le hall qui vend son enregistrement ! On aura tout vu.

Comme on est à l’aise, après l’entracte, une Symphonie n° 1 d’Edward Elgar. Une soirée parfaite.

Mozart en ut

Avant la « messe en ut », au TCE, il y avait un Haydn qui tournicote, avec un passage lent très beau : symphonie n°48. Haydn, c’est quand même toujours une réussite, et l’orchestre du Bach Collegium, par le légendaire Masaaki Suzuki, lui rendait bien justice pendant cet échauffement . Car il faut bien avouer qu’on venait pour le plat de résistance, une messe en ut de Mozart qui envoie qui envoie du bois, à tel point qu’on se demande si c’est vraiment une messe… Ah oui, Osanna tout ça, on reconnaît… Carolyn Sampson (soprano), Olivia Vermeulen (mezzo-soprano), Zachary Wilder (ténor), Dominik Wörner (basse). Parfait.

La salle était fort vide. Le public n’aurait-il pas identifié LE Suzuki de Bach pour du Mozart ? Mystère.

mardi 5 juin 2018

840ème semaine

Limoges, c’est pas dégueu, mais on s’ennuie rapidement. Londres, c’est toujours exceptionnel, mais c’est six fois plus cher. Aïe. Alors on reste condamné au Paris déclinant, au milieu de tout ça. En attendant de s’enrichir assez…

swan of the times

Un british Lac, voilà l’idée souristique pour occuper son lundi soir à Covent Garden. Avec Natalia Osipova dans le rôle du cygne principal black or white, s’il vous plaît. Une toupie, cette fille. Elle tourne, elle tourne… Sauf les fouettés. Ce n’est pas les seules modifications repérées, la plupart étant signées de Liam Scarlett (sur une base déjà remixée par Frederick Ashton, parce qu’on n’a pas de Noureev dans le coin). Souvent, c’est uniquement les fans durs qui pourront repérer (je m’en tiendrai principalement au 2 grands cygnes après les 4 petits — le compte n’y est pas). Parfois c’est franchement surprenant, comme l’apparition furtive en fin du deuxième acte d’un mini-corps de cygnes noirs (pour mieux masquer une entourloupe en fond de scène avec Rothbart). Fin choisie : suicide faute de vouloir rester un cygne de jour (je vois pas le problème, mais bon…).

Le prince Mattew Ball a très bien fait le job. Le méchant sorcier de service, Gary Avis, avec son splendide manteau, était tout aussi parfait. Pour 17£, on est tout au paradis, au dessus de l'excellent orchestre (toujours Koen Kessels) et des bataillons en formation de cygnes, et c’est très bien (mis à part le voisin de gauche bruyant et la séparation forcée de bienaimée par l’achat de dernière minute). Et pendant ce temps, Osipova n’en fini pas de tourner et faire tourner les têtes…

design Alaïa

Le musée du design est un beau bâtiment du côté de Holland Park à Londres que l’on n’avait point spotté. Mais une expo sur Azzedine Alaïa, ça ne se manque pas. Quoique, à 16£ l’entrée, on peut quand même se poser la question d’une rediffusion. Supervisée par le maître couturier peu avant sa mort, et comportant bon nombre de pièces récentes, cela confirmait qu’il fallait y aller. À l’intérieur, c’est lean : des robes sur mannequins en plastique, une bonne soixantaine tout de même, assez espacées et regroupées en îlots thématiques, aucune explication (en fait, c’était dans le beau livret remis en caisse…), une seule salle de vidéos en continue (dont le dernier défilé, aux accents très années 1980 en terme de réalisation moche). L’essentiel est là : les robes. Uniquement longues. On a quelques indices épars, on (ré)apprend que c’était Alaïa lui-même qui coupait (et pas seulement dessinait), mais comment réalise-t-on ces longues robes en perles resserrées qui font des motifs ? Le mystère reste entier. Il y avait des photos à l’étage, aussi, mais c’était tout aussi mal indiqué. On reste un peu sur sa faim alors qu’on a été régalé. Étrange. Mais comme il y avait peu de monde et que l’on pouvait bien admirer sans être dérangé, ça en valait le détour.

jamais sans mon Euridice

Étrangement, « Orfeo ed Euridice » de Gluck, un de mes opéras préférés qui a même été une sorte de déclencheur (version française du Châtelet, von Otter/Kozená), est peu donné à Paris. Il était passé en version dansante en allemand ; il ne passe quasiment jamais en français. Cette fois, c’était donc en italien, au TCE, pour un coût prohibitif (145€ la 1ère catégorie, et même les places à 10€ étaient à 15€ !), alors que ça ne dure que 1h30. Mais la salle était pleine, à l’exception de deux sièges qui ont permis un replacement splendide (mais peu confortable, faut pas abuser non plus) au premier rang du second balcon, plutôt de face.

Pour une fois, la mise en scène, plutôt simple, était bien fichue et esthétique. Est-ce donc étrange que de découvrir que cela est dû à Robert Carsen ? C’était plutôt du côté de l’orchestre que se trouvait le point faible de la production, avec l’ensemble I Barocchisti sur instruments anciens qui était parfois à la limite du faux, sous la direction de Diego Fasolis qui m’a parfois un peu surpris — mais dans l’ensemble, j’aurais quasiment fait pareil. En revanche, sur la scène, c’était parfait. Même si au début, un contre-alto comme Orfeo m’a surpris, mais on s’habitue vite à Philippe Jaroussky qui joue le rôle à la perfection. Après avoir rencontré Emőke Baráth (Amore), il peut aller chercher aux enfers sa chieuse de service, heu, son amour absolu, Patricia Petibon (méconnaissable). Formidables interprètes, pour un excellent trio supporté par le beau Chœur de Radio France.

Verdict final : très beau. Encore !

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