Je ne savais vraiment pas que ça se faisait, en France. "Électroconvulsivothérapie", ou "sismothérapie". De premier abord, je pensais que c'était un mot politiquement correct, un euphémisme, pour "électrochoc". Car c'est bien de cela, qu'il s'agit, 110V par électrodes directement sur le crâne, et même si ce n'est que 0,25A tout au plus durant quelques dizièmes de secondes, le principe reste le même... Au début, j'ai pensé aux fadas du International Trepanation Advocacy Group ; mais en fait, c'est tout à fait sérieux. La maîtrise du truc, et c'est toute la différence, c'est que outre l'optimisation de la fréquence (apparemment le courant continu serait meilleur) et du placement des électrodes (de chaque côté, ie bilatéral, c'est plus violent que du même côté, mais bon, on l'aurait facilement deviné...), entres autres études, afin de se concentrer sur le cerveau seul, et d'éviter les spasmes musculaires, entre autres désagréables effets de bord, la méthode consiste à tout simplement pratiquer l'opération sous anesthésie générale, en ayant pris soin de bien "désactiver" tous les muscles, au curare, ce qui inclus donc les muscles respiratoires (comme tout bon lecteur d'Agatha Christie l'aura remarqué). Je ne sais pas si l'on peut faire plus gore, dans le genre... Ceci est tout de même réservé à des cas pathologiques graves, où les drogues habituelles, car les anti-dépresseurs sont de véritables drogues, avec leurs lots de dépendance et d'accoutumance, ne font plus effet.

Pourquoi je parle donc de ça. Parce que j'ai lu ceci, chez Paupière, et qu'encore une fois, j'en suis autant retourné que je ne sais quoi répondre (ce qui doit être le cas de pas mal de monde, puisqu'il y a 10 fois de commentaires que d'habitude, et que personne n'y a fait allusion). Je sais très bien que dans cette maladie, ça tatonne, ça teste, personne ne trouve de solution ; beaucoup se traînent ce boulet toute leur vie, tandis que certain(e)s connaissent une illumination, une prise de consience, et sont guéri(e)s du jour au lendemain ; bref, on patauge grave. En attendant, 5% de la population féminine touchée, 10% de mortalité, soit la maladie psychiatrique connaissant le plus de mortalité (rarement par dénutrition : il s'agit soit de suicide, soit d'arrêt cardiaque dus à l'hypokhâliémie, càd un taux très faible de potassium, souvent lors des vomissements, qui font augementer le rythme cardiaque en même temps qu'ils entraînent une baisse brutale dudit potassium ; pas très poétique tout ça).

Et les médocs n'ont aucun résultat. C'est assez connu, d'ailleurs, mais comme on ne sait pas faire autrement, tout dépend du psy, on y a droit ou non. Sachant que certains cas sont vraiment désespérés (si cela a un sens, mais il semblerait que oui, malheureusement), avec automutilations notamment (ce qui est de toute façon assez courant chez l'ado, alors cela est-il en étroite relation, une conséquence de la maladie, ou une conséquence de la même cause que la maladie, allez savoir...), et tentatives de suicide, parfois. Alors entre le shoot aux neuroleptiques, avec une inefficacité qui ruine la santé autant qu'elle ne résoud pas le -- très grave -- problème, et les chocs électriques droit dans le cerveau, je crois vraiment que l'on échange un (moindre) mal curatif contre un autre...

Ceci dit, cela prouve bien qu'on joue aux apprentis sorciers, là, en 2006. Quand mon grand-père donnait un grand coup sur le dessus de la télé pour la réparer, et que ça marchait, ça nous faisait bien rire ; ici, il s'agit légèrement d'autre chose, et l'on sait depuis longtemps que Descartes avait beau être gentil, il avait fumé la moquette avec son analogie de l'homme avec la machine... Je dis ça parce que je lis sur ce forum (qui dans l'ensemble dénote les bons résultats de la méthode) le docteur-modo qui compare ça à un ordi que l'on reboote, pour que ça marche mieux ; ça sent l'utilisateur de windaube ça, sous unix le précepte est "on ne reboote jamais pour résoudre un problème" ; pour poursuivre l'analogie malheureuse, je crois vraiment que ça ne changera pas grand chose sur le long terme, mais juste sur le moment, puisque de toute façon, le but premier est de soigner les pathologie de type "forte mélancolie" (vous prendrez bien un coup de jus, vous vous sentirez joyeux après, arg) ; et si on s'atelait plutôt à réparer le système de base, au lieu de le patcher ?

Vraiment, je ne sais pas quoi répondre. Rien que l'idée du truc, je trouve que ça donne tout à coup envie d'aller mieux, perso. On est dans le brouillard, et on teste... Quand on voit la liste des effets secondaires, ça donne pas trop envie ; mais il en est de même avec les médocs. Quoi qu'il en soit, je suis content que mon amie n'en soit pas là... J'attends mercredi pour avoir des nouvelles, en espérant que personne n'ait l'idée de la shooter, ou de profiter de quelque nouvelle installation électrique. Et puis, je ne sais pas, je suis peut-être encore naïf malgré tout ce que j'ai pu lire, mais je crois que pour s'en sortir, il faut tout simplement avoir envie de vivre ; pas encore pu tester ma théorie, j'espère que Lucia pourra m'y aider, un peu. Parce qu'après tout, qui n'a pas peur de la mort ? C'est livré de base avec le cerveau humain, justement, à la fois notre ultime force, et notre plus grande faiblesse...


humeur du moment:
anorexia nervosa, je te hais.