On retiendra déjà deux choses qui sont autant de bonnes nouvelles, à propos du "Shortbus" de Mitchell : l'interdiction aux moins de 16 ans malgré un explicite jamais atteint au ciné (ou alors je ne m'y connais pas, mais ça m'étonnerait fort), et le fait que la salle était aussi pleine qu'apparemment assez ignare.

J'ai été assez surpris que l'interdiction ne soit pas plus élevée, en moins de 18, puisque cela avait été remis au goût du jour après "baise-moi", mais aussi appliqué à "9 songs" ; ce dernier était en fait purement érotique, contrairement à "Shortbus", dont je ne pourrais finalement pas citer une seule scène réellement super lubrique. Et pourtant, on en voit des choses, dans ce milieu de freaks libertins et SMs sur les bords, des pénétrations, des éjaculations (certainement au lait et au sucre, mais depuis le faux sperme de "l'empire des sens", je ne suis pas certain de ne plus en avoir jamais revu), des fellations en gros plan (se rappeler du récent "In the cut" qui avait fait scandale pour deux secondes dans le noir), mais tout reste cependant très propre, il faudra rester sur du Pausolini pour éprouver quelque sensation (tellement plus soft que le livre, pourtant). Finalement, "last tango in Paris" (la thématique est plus proche de "Innocents: the dreamers", quand j'y repense) est plus érotique que notre "Shortbus" qui ne se censure pas le moins du monde. Avec un peu de chance d'ici une centaine d'années il n'y aura enfin plus aucune interdiction et on le passera en prime time (espérons très fort).

Parce qu'il y en a vraiment besoin, de ce genre d'oeuvre. Qui parle d'amour, et de sexe, de relations, et d'épanouissement. Avant de prendre mon billet, j'entends dans la queue un gars dire : "ah ouais, y'a 'Shortbus', c'est chaud, il paraît que y'a une scène d'autofellation", et la fille l'accompagnant de découvrir (toute excitée) totalement ce nouveau mot (et de penser que ce doit être pratique quand elle n'a pas trop envie de se mettre au turbin ; elle déchante vite après que son ami lui révèle la souplesse supposée dont il faut faire preuve) ; plus tard dans la salle, ça gloussait pas mal (parfois même trop, il faut interdire ça aux moins de 16 ans, et aux filles aux moins de 28, question de maturité constatée). En fait, le public est à l'image de Sofia (Sook-Yin Lee), il pratique mais il n'a pas la moindre vague idée sur ce qu'il fait au delà du minimum syndical ; un peu comme lorsque ma momon a découvert à 43 ans l'existence des boules de geishas à la télé (attention, LA grande découverte.... Tout un programme). Alors forcément, puisque je ne vois aucun antécédent dans le cinéma "grand public", il est temps d'ouvrir les yeux sur des choses aussi banales ; ou sur l'homosexualité tout aussi bien, car le message sur le sujet est vraiment fort, et beau.

L'exploration dans le monde du "Shortbus" est donc aussi celle du spectateur, emmené dans des endroits qu'il ne connaît qu'extrêmement peu, à l'intérieur de ce qui le constitue finalement, de manière non raccoleuse, quasi clinique, sécurisée en somme, un véritable voyage initiatique dans la découverte de l'art de jouir. Sous la forme d'une balade emmenée par le couple James&Jamie (Paul Dawson et PJ DeBoy), ou encore la mordante Severin (Lindsay Beamish), au sein d'un casting amateur plus que réussi, avec apparemment un scénario écrit au fur et à mesure. Une grande réussite, une belle oeuvre avec un beau message, qui dédramatise dans nos sociétés névrosées l'acte sexuel et le montre dans toute sa splendeur épanouissante. Une véritable ôde à l'hédonisme, en somme.

Bon, reste à passer au niveau supérieur maintenant : qui s'y colle pour expliquer le reste au grand public ? Nous avons : la zoophilie, l'urophilie, la scatophilie et l'émétophilie (pour commencer, on verra le reste ensuite) ; un volontaire ? :D  (ça risque d'être moins "propre", pas demain la veille...).