Après avoir vu le film, évidemment, il fallait lire le livre, et comprendre cet engouement surnaturel. Problème : l'auteur Patrick Süskind est encore vivant, ce qui déjà viole une première règle de non-lecture (que j'avoue outre passer de temps à autre), mais de là à acquérir un roman, il ne faut tout de même pas pousser. Heureusement, Nawal était là, puisse-t-elle être louée de m'avoir prêté son livre, vieilli comme je les aime de surcroît.


Allons-y : ce livre est une excellente oeuvre... de bibliothèque verte. Je ne dirais pas rose parce qu'il y a des scènes avec des gens qui font des tucs pas convenable et que tout le monde il dit qu'il faut pas en parler aux nenfants sinon ça les traumatise. D'un autre côté, j'ai lu à 10 ans des bouquins autrement plus érotisés, vous pouvez me croire... Je ne dirais pas bibliothèque rouge non plus parce que je n'ai lu exclusivement que cette section depuis toujours (à l'exception d'un en vert, en fait), entre mes 8 et 10 ans, et c'était autrement plus ardus à lire (aaahh, les grands auteurs :) ). En fait, ça me fait penser un peu à cette collection accessible aux enseignants dont j'avais quelques exemplaires par ma tante : c'est un peu fantastique, totalement irréaliste, parfois téléphoné (ça louche vers le conte, ni plus ni moins), mais passionnant, enfin, quand on est jeune et naïf, ou que l'on a pas grand chose à faire.

Disons-le tout de suite : le film est bien meilleur. Déjà, il supprime les passages inutiles, et en 275 petites pages au format poche, il y en a. Ensuite, parce que c'est énormément plus fétichiste, je comprends mieux comment tous ceux qui ont lu le bouquin avant sont totalement passé à côté ! Quel gâchis littéraire, heureusement que Tom Tykwer était là pour en tirer quelque chose. En fait, c'est effroyablement grand public, quand j'y pense, il ne faudrait surtout pas choquer...

La narration est typique de ce que l'on fait en cette fin du XXème siècle (et c'est encore pire maintenant) : des phrases courtes (certes c'est traduit, mais tout de même), un tas de petits chapitres (une cinquantaine) bien calibrés sur les arrêts du métro (y'a qu'à compter le nombre d'arrêts pour connaître sa progression dans la lecture), 4 parties dont la dernière est ridiculement petite (il aurait pu l'appeler "épilogue", mais bon, on perd même l'usage des termes corrects), on va pas traumatiser beaucoup de monde avec ça, idéal pour les enfants en bas âge.

Reste ce mystère du parfum. C'est tellement grossier, ce champ lexical récurrent, tout autant que le film qui montrait des narines, si ce n'est plus ; d'ailleurs l'oeuvre cinématographique sauve pas mal de ridicules (souvent incohérents), parce que Süskind a dû faire dans la répétition bien lourde de termes totalement abscons ou de choses qui ne sentent absolument rien (l'odeur du verre ou du caillou, encore et encore, non mais allez vous imaginez ça avec de tels procédés grotesques !), bref, un naufrage littéraire. Le parfum est l'une des choses les plus difficiles à traiter, et doit faire appel à l'imaginaire sublimé et aux sensations associées, c'est pour cela que les publicités pour parfum sont les meilleures, sans que l'on ait la moindre idée de l'odeur (souvent fort mauvaise au demeurant), ni même sans avoir de large plans de jasmin ou autre plante inconnue -- non, ça va, je connais le jasmin, et j'ai bien de la chance d'être né en Provence pour connaître les paysages odorants ; d'ailleurs, c'est peut-être ça la clef : le lecteur a besoin qu'on le sorte un peu de la pollution quotidienne de sa ville, et un simple livre lui parlant de fragances inconnues et sauvages lui donne le tournis.

Je conçois aussi très bien que le public ait été largement féminin. Non pas parce que c'est le moins exigeant (entre Dan Brown et Weber, lequel est le pire ?), mais parce que leur sens de l'odorat est plus développé, c'est un fait (scientifique, je précise, il y a eu des études). Alors peut-être que. Mais ça reste médiocre, il ne faut pas abuser. Ça se laisse bien lire, mais je sens que ça se serait bien laissé oublier sans Rachel Hurd-Wood.

À conseiller à vos enfants (ou si vous prenez le métro, c'est donc ce genre de trucs qu'ils lisent tous, hhhmmm).