Ceci est le 1000ème billet de ce blog, le jour même de ses un an et demi. Double symbole, en somme. Enfin, je dis 1000, mais je ne suis pas certain, c'est ce que dit mon outil de statistique, le vrai décompte prendra un peu plus de temps ; en fait, un billet a perdu son texte, et un autre a été publié deux fois, dont la première sans titre et non effaçable, bug de mon hébergeur. Donc peut-être 998 ou 999, mais qu'importe, un an et demi quand même.

C'est peut-être le temps voulu pour une rétrospective, j'en fais à chaque fois, enfin je crois. Mais je n'ai pas le temps, ou pas le courage. À la place, je fais autre chose, d'ailleurs autant l'annoncer tout de suite, il risque d'il y avoir un temps de latence ces prochains jours. Oh, pas grand chose, enfin, j'espère, on verra, mais bien plus que le record actuel de vide bloguesque, établi à un peu moins de deux jours me semble-t-il.

Ces temps-ci, j'ai l'impression que l'on me reproche beaucoup mon approche des choses qui ne va pas avec le dos de la cuillère, dirons-nous à grand recours d'euphémismes. Je l'ai pourtant dit et répété, je n'aime pas le tiède, ni le moyen, n'en déplaise à Aristote. On pourra évidemment mettre cela sur le compte de la passion de la jeunesse, celle qui faisait fumer de la drogue et arracher des pavés en 68, à ceux-là même qui à présent défendent les systèmes de stock options, surtout lorsqu'il s'agit de s'acheter la BM qui va si bien avec le nouvel appart' dans le XVIème. Au contraire, c'est en m'appuyant sur eux que je réagis.

Je fais assez souvent figure de ma grande adoration de Confucius. Mais il y a quelque chose que je n'hésite pas à lui reprocher : la fuite. Celle qui, alors qu'il est en compagnie d'un prince qui se révèle homme de peu, lui fait prendre l'avis d'aller dans le royaume voisin, et de fausser compagnie à son hôte. Le comportement inverse d'un Socrate agitateur, qui dénonçant les méfaits de la cité, se fait condamner par la démocratie populaire (le fameux jury, tiens), mais ne s'exile pas et préfère se donner la mort pour ses idées. Créant Platon qui va opposer la chose publique (Res publica) à la démocratie, créant Aristote par contraste avec Platon (lire la réflexion sur les différents régimes politiques et leurs formes dégénérées dans l'"Éthique à Nicomaque" ), créant la philosophie, l'amour de la raison.

Vous n'allez peut-être pas le croire, mais l'une des raisons qui m'ont poussé à travailler là je travaille actuellement est son emplacement géographique. Derrière la rue Galois, à quelques centaines de mètres de l'endroit où il est né, quel bonheur de voir sa photo en prenant le RER. Évariste Galois, le plus grand mathématicien de tous les temps, tué pour ses idées réupublicaines, à n'en pas doûter, à 22 ans.

Vaut-il meiux être un mouton, une fourmi, comme dirait Montaigne, concluant qu'il en était mieux pour être ainsi heureux ? Peut-être. Très sérieusement, après tout, il a été montré que les personnes pratiquant une religion vivaient plus longtemps que les athées ou autres agnostiques. Moins de soucis, apparemment. Remplacer une névrose par une autre, tel est le mode de fonctionnement de l'être humain, y compris le mien, évidemment. Le tout est de savoir si l'on veut en prendre conscience ou non. Mieux : si l'on veut ensuiter lutter contre, améliorer les chose, ou en profiter. Adopter le mode de pensée cynique, en somme.

Ce blog s'appelle "humanum nihil alienum puto". La citation de Terence, esclave romain auteur de la pièce "Heautontimoroumenos" (I, I, 25) commence exactement par "homo sum". L'étude passive de l'Homme, voilà un sujet passionnant, mais pour quoi faire, pour rester soi-même passif ? Et quand bien même, quelle "influence" (mot adoré de la caste commerciale), dès lors que l'on partage ses pensées ? Confucius ou Socrate ont-ils réussi ? Montesquieu et son "Esprit des lois" tout autant que ses "lettres persanes" ont-elles modelé la pensée de tous ? D'une partie, sans doûte, mais cela n'est pas suffisant, surtout dans un régime de partage apparent, où seule la majorité a le pouvoir, indépendamment de toute vérité. L'idée des juries populaires a soulevé beaucoup d'émoi parmi les gens de loi, ceux qui ont fait tant d'année d'étude pas seulement à apprendre par coeur des textes, mais à en connaître le sens, le sens de l'Homme. Pourtant, que penser de l'absolu pouvoir politique donné à tous, n'y a-t-il pas la même incompétence a priori sur ces questions de la première importance ? N'est-ce pas de l'hypocrisie de remettre en question ce pouvoir, celui-là même dont nous jouissons, moi y compris ?

Revenons-en au titre de ce blog, je m'égare. Beaucoup de mes lecteurs ont moins de six mois, précisons-leur que cela ne vient pas directement de la pièce de Publius Terentius Afer -- que je n'ai toujours pas lu, honte à moi, je préfèrerai apprendre le latin avant, idéalement -- mais d'un livre, de la préface de son édition en ligne plus exactement, qui m'a baucoup touché, d'un cynisme absolu, le vrai, celui hérité de Diogène : "Les 120 journées de Sodome", dont je recommande fortement la lecture. Je lisais ce livre au moment où ma Grande Amie -- que je dois voir demain, je suis actuellement à Marseille -- est rentrée à l'hôpital, anorexie, maladie terrible, malheureusement toujours présente. J'ai aussi déjà expliqué que c'est alors que m'a pris le goût pour l'écriture, pour lui écrire. C'est drôle, on ne fait rien, et tout à coup, tout part, tout explose. Après tout, Aristote a bien dédié son oeuvre à Nicomaque (si tenté que ce soit bien lui qui l'ai écrit, et non qu'il s'agisse de discours rapporté comme pour Confucius, mais qu'importe). Et Descartes n'a-t-il pas écrit son discours de la méthode pour sa Princesse (de je ne sais plus quoi) ?

Et puis "Palpatine", mon pseudonyme depuis tant de temps, cinq ans et demi, un peu plus. D'abord un empereur, parce que c'est le régime qui se rapproche le plus de la République, Kant sera le premier a vous le confirmer par l'exemple je pense. Du côté obscur, ce côté sombre en chacun, que l'on fuit, ou dont on apprend à se servir ; la colère, la haine, mais surtout, le froid. PAs très humaniste tout ça, j'en conviens. Citez-moi un Grand Homme (Hégélien, cf l'inscription sur le fronton du Panthéon, dont le nom veut déjà tout dire) de pouvoir humaniste dans son oeuvre, on en reparlera ; même Robespierre a voulu imposer la vertu, à coups de guillotine ne pouvant faire autrement. Tout passe par l'éducation, évidemment ; plus de 2300 ans qu'on le sait, je pense que l'on peut qualifier cela d'un échec total.

Il nous reste donc la communication. C'est évidemment vain. Sauf pour les choses dont il reste à se forger une opinion. Les choses nouvelles, essentiellement, avant corruption de l'esprit, aider à l'éclairer, avant qu'il ne sombre, pour éviter qu'il ne sombre -- toujours ce fameux côté obscur ; au fait, il y a un grand poster de Yoda, chez moi, je l'indique à tout hasard. Bref, ce domaine qu'est le mien est une branche des mathématiques, qui recoupe aussi la sociologie de par son intéraction nécessaire à son essence même, mais pourtant fortement affilié à l'art : l'informatique. Mon créneau d'évangélisation, celui qui est aussi la meilleure illustration de l'application des points précédemment cités. Celui par lequel la vérité éclate. Ou disparaît. Dans l'incompréhension. Les Lumières voulaient expliquer, veillons à continuer leur oeuvre, aussi vaine soit-elle, au moins aurons-nous tenté. Cela donne d'ailleurs des choses parfois remarquable de contre-sens, en parfaite illsutration de cette accomodation dont peut se faire l'Homme -- encore une fois moi y compris, je n'en doute pas -- de ses contradictions, en voyant des capitalistes aux idées égoïstes vanter les mérites du Libre, du partage désintéressé.

Oh oui, en tant que spectateur, j'en ai vu des choses. "Modo video", certaines fois, je les ai vu trop tard, mon amie en est la preuve. Par mon aveuglement, j'ai compris que l'on se cachait toujours des choses. En permanence. C'est aussi une lutte interne contre soi-même, ce blog. Du moins en théorie. Enfin, cette entrée dans le monde du blog, que je connaissais que très mal au début, et dont j'en découvre à présent le plein potentiel. Je lis des gens qui sont de droite, ou modérés, catholiques ou protestants. Je ne suis peut-être pas d'accord avec eux, mais leurs idées sont argumentées, quand bien même elles ont forcément des failles puisque Platon et Aristote ne peuvent avoir simultanément raison sur des conclusions contradictoires, l'effort de pensée est primordial. Celui de chercher la vérité plus important que la vérité elle-même, peut-être hors d'atteinte pour nous, pauvres humains, qui sait. Évidemment, soutenir en permanence cet effort est immensément difficile. Avez-vous lu Descartes ? Avez-vous noté le nombre de fois où il se réfère à des oeuvres où il dit avoir démontré un point de la plus grande importance sur lequel s'appuie tout son raisonnement, alors même que ladite oeuvre ne renferme en rien l'argumentation évoquée ? Tout le monde se laisse aller, tout n'est qu'une question de proportion.

Alors bien sûr, on me reproche de n'avoir su argumenter quelques fois, et d'y aller un peu fort, à la manière d'un empereur du côté obscur de la force peut-être, il est vrai que l'on n'aurait pu s'en douter une seconde. Mais a-t-on lu avant cela l'intégralité des 999 billets précédents ? Il y en a quelques uns du même acabit que celui que vous lisez en ce moment même, à vous de décider cher lecteur de la qualité de la teneur argumentative que vous y trouvez. Il y a quelque chose d'amusant avec la démonstration, quelque chose que les matheux savent bien : le but d'une démonstration est de convaincre. Il faut donc avoir le niveau suffisant pour comprendre les hypothèse de départ, et comprendre le raisonnement en lui-même, par ce mécanisme d'implications, de cause à effets dépecé et étudié. Et ainsi faire éclater au public assistant à notre démonstration l'absolue vérité qui s'expose à ses yeux. Notre ami Galois précédemment cité a écrit son oeuvre en une nuit, et n'a pu être lu par Poisson lui-même, qui n'en a absolument pas compris le sens. Aujourd'hui encore, les plus grands mathématiciens se penchent dessus, et en tirent des conclusions de la plus grande importance. Alors, quel doit être dans ses conditions l'attitude de l'orateur qui vise à démontrer, tel le philosophe, une vérité (ah, ce mot !) qui ne veut s'imposer aux yeux de tous ? Comment ne pas douter de cette vérité, d'ailleurs, après des années d'erreur, tout comme les mathématiques ont erré pendant quelques milliers d'années dans la fausse approximation ? Y aura-t-il un théorême de Gödel de la philosophie, puique l'on refuse de voir la main mise de la mathématique sur toute chose, le déterminisme étant le pire ennemi de la prétendue liberté et autodétermination tant en vogue ? Tout ne serait alors que réthorique. Les cyniques auraient raison. Sade auraient raison. Innacceptable, introduisons plutôt une contradiction, au point où nous sommes -- mais peut-être avons-nous alors raison, peu importe, le but est d'avancer.

Bienheureux celui qui sait. Descartes est parti du doute pour construire son modèle, "cogito ergo sum", personne n'a-t-il donc remarqué que c'est exactement à cette contradiction de celui qui a déduit que le coeur battait grace à un phénomène de chaud et de froid, et non quelque chose d'auto-alimenté (ce que détruira le biologiste Harvey peu de temps après) ? Descartes n'a jamais remis en doute sa foi, ainsi que quelques autres hypothèses. Dont celle s'attelant à la forme même de la démonstration. Retout à Gödel. "L'essence des mathématiques réside dans leur liberté", nous disait Cantor ; douce illusion.

Explorons toutes les voix. "L'avenir d'une illusion", de Freud, connaissez-vous ? À lire absolument, je ne comprends pas pourquoi celui qui qualifiait les religions de névroses obsessionnelles compulsives, et qui ramenait tout au sexe, a été autant décrié ; à moins qu'il n'ait raison, mais voyons, comment accepter cette idée, voyez-vous la contradiction ? On préfère penser qu'un être suprême existe et est à l'origine de tout ce qui nous arrange plutôt que de comprendre tout les fils de causalité qui font ce que nous sommes, quitte à nous tromper. Tellement plus facile, et au moins, cela évite le mal de crâne et la dépression ; tout autant que la désillusion. Retour à Montaigne.

Ce billet ne se veut pas fondateur mais refondateur. Une sorte de pallier de la pensée. Parce que je veux bien accepter toutes les critiques, mais si elles se basent sans rien connaître d'autre que l'instant présent, sans considérer tout ce qui a été fait avant, comment y attribuer le moindre crédit ? L'étude n'est pas facile, j'en conviens. Elle nécessite beaucoup de temps, je dors fort peu. Les efforts que je fais sur ma santé -- drogues alcooliques et enfumées proscrites en premier lieu -- sont quelque part ruinées par la vie surmenée que j'ai depuis bien lontemps. Mais qu'est-ce qu'une vie conformiste, formattée, conservatrice, irréfléchie, incultivée ? Une vie inutile, cela est certain -- oh évidemment, cela ne prouve pas que la mienne ait plus d'utilité, j'en conviens tout à fait, si cela en encore un sens en soi.

On trouve toujours à redire et à critiquer. Freud ou Feuerbach en sont d'éclatant exemples, trop excités, trop révolutionnaires. Irrespecteux, paraît-il. Parce que l'acceptation rime avec l'abandon de la lutte avec le fait établi. "Cela est comme ça, tant pis". J'appelle irrespect le fait de ne pas lutter pour pour tenter d'éclairer. À sa manière, quelques uns comme je disais essaient de faire croire à la libre pensée, tout en étant doctes, scientifiques, et déterministes, Ô cruelles contradictions de l'âme. Peu importe si j'ai raison ou si je suis dans l'erreur, mon devoir est de le faire. En espérant qu'il y ait une quelconque participation à ce grand mécanisme de causalité déterministe. Tout comme les philosophes ont écrit, en sachant fort bien par avance qu'ils avaient certainement tort, du moins je l'espère.

Démontrer c'est convaincre. Convaincre contre persuader, la raison contre le sentiment. On n'aime peu mes sentiments, j'en conviens. J'espère que l'on appréciera plus ma raison, c'est elle seule qui importe, vous pouvez faire fi de mes envolées, elles ne sont là qu'à titre de toile de fond, pour expliquer d'où viennent les mécanismes de ma pensées sous-jacente, celle plus froide, plus obscure, plus profonde, dont essaie de sortir la lumière. Et au milieu de toutes ces questions, une tentative de réponse. Le reste importe peu, il s'agit juste de moi, et ma passion, et mes névroses personnelles. On est sur un blog, après tout, une sorte de biographie instantannée. Merci de m'avoir lu.

"Voici un livre nauséabond, à tel point qu'il semble voué à finir comme il fut écrit, sous forme de feuilles volantes clouées au mur d'un cabinet d'aisances, et qui ne seront lues qu'avant un usage plus définitif. Un livre à peine ébauché, dont seul le squelette, fossilisé sous des boisseaux d'excréments, nous est parvenu. Un livre criminel, et pourtant empreint de la plus froide raison. Un livre commis par un captif dans le but de se masturber, mais qui ne saurait être qualifié d'érotique. Un livre, enfin, sans lequel une bibliothèque, privée ou publique, ne saurait se dire complète, et qui pour toutes ces raisons est un irréfutable témoignage de la force irrésistible, au siècle du multimédia, de l'écrit."

    (extrait de la note pour l'édition en ligne des "120 journées de Sodome" de Donatien Alphonse François Marquis de Sade)

                "Homo sum, et nihil humanum a me alienum puto"
Publius Terentius Afer, aka Terence ("Heautontimoroumenos", I, I, 25)