Ma première fois au théâtre ! Enfin, non, mes lecteurs le savent bien, j'y fais une virée tous les six mois. Mais c'est ma première à la Comédie-Française, et aussi ma première pièce classique. Il faut dire que le théâtre c'est pas trop mon truc. Attention, le théâtre joué seulement, je précise, parce que sinon, des pièces, j'en ai lu ! Mes préférées étant les classiques tragiques, mais aussi les romantiques (Musset le premier ; qui d'ailleurs écrivait des pièces destinées seulement à être lues). Ma préférée d'entre toutes reste cependant celle que j'ai lu en 4ème, et dont j'avais dû apprendre quelques monologues, ce qui n'était pas pour mon déplaisir, pour une fois. Quelle bonne nourriture de l'esprit que ces alexandrins dont le rythme n'égale que la forme littéraire emplie de figures de styles. Et de tirades que l'on se doit à tout prix de connaître. "Le Cid" de Corneille, c'est sans doute le plus grand chef-d'oeuvre littéraire qui soit.

Alors pour seulement 13€ au premier rang (vive la carte jeune à l'opéra -- la seconde carte, pour être exact), je me suis bien laissé tenté. Cadre que l'on pourrait bien qualifier de magnifique et de confortable (je crois en outre qu'il n'y a aucune place où l'on ne voit rien), Le public y est aussi beaucoup plus populaire qu'à l'opéra, et surtout : plus jeune, une invasion même. Et puis : plus féminin, j'irais presque jusqu'à dire deux tiers de la salle (jeune et féminin, voilà qui est agréable ; mais malheureusement très littéraire, on ne peut tout avoir).
Que dire de l'interprétation ? Et bien, j'ai entendu quelques gens n'aimer point Rodrigue, ou Chimène, ou que sais-je encore, moi j'ai tout aimé. Et d'ailleurs, je compte bien revenir, ce qui était loin d'être acquis au départ -- j'ai toujours refusé d'aller voir les pièces, même pour le bac (ce qui ne m'a pas empêché d'avoir 17/20 à l'oral sur une pièce de Dario Fo, sachant que je n'aime pas le théâtre surréaliste). On ne va peut-être pas citer la douzaine d'acteurs, mais rendons grâce à Roger Mollien en Don Diège, qui nous a servi un pathétique "Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieilleisse ennemie ! N'ai-je donc tant vécu, que pour cette infâmie ?" (je m'arrête-là, je n'ai pas relu le texte depuis plus de 9 ans, et l'avoir entendu une fois me suffit à le remémorer presqu'entièrement), au sol, franchement magnifique ; à Christian Blanc en Comte (qui postillonne beaucoup à force de transports colériques, encore plus que les autres acteurs ; je ne vous raconte même pas l'état de la scène à la fin, d'ailleurs, les acteurs passent leur temps à se cracher dessus dès lors qu'ils sont à moins de cinquante centimètres) ; à Elsa Lepoivre en frustrée infante que j'ai pu admirer à 30 centimètres de moi pendant une bonne longue tirade (mais pas assez pour me faire mal au cou, heureusement ; j'étais non seulement tout devant, mais le plus au centre possible) ; à Jean-Baptiste Malartre, en Roi de Castille convaincant, qui dois gérer de fort prononcés caractères à sa cour ; à Loïc Corbery en pauvre fougueux Don Sanche, qui devrait penser à devenir gay à force de se faire tant rembarrer (je parle du personnage, évidemment) ; à Alexandre Pavloff en Don Rodrigue, qui pleure sur commande, qui tue sans merci, pfiou, c'est quelque chose que d'être Cid, moi je l'ai bien aimé, au final (je crois que certains lui reprochaient sa voix, mais peut-être étaient-ils trop éloignés de la scène) ; et enfin, à la fabuleuse Léonie Simaga, qui interprète cette --chieuse-- fille (ah ! Euphémisme...) suprême de Chimène (je veux dire : l'emploi de la litote, c'est toute la féminité résumée en une figure de style et six mots), et si je dis fabuleuse, c'est certes qu'elle joue bien, mais qu'en plus elle a un air de Pocahontas qui n'est pas pour me déplaire (bah quoi ?).

Heureuse expérience, donc, beaux décors, costumes magnifiques (ma p'tite miss m'avait dit d'y prêter attention, je confirme donc), mise en scène par Brigitte Jacques-Wajeman, je note le nom pour mieux le retrouver. J'essaierai d'y retourner pour "Cyrano", mais ce n'est pas gagné, tout le temps complet et aucune réduction ; "le malade imaginaire" sinon, mais c'est du Molière, tout autre chose.


humeur du moment: ...la valeur n'attend point le nombre des années