Alejandro González Iñárritu m'avait ému avec Amores Perros, que j'avais découvert sur Arte (en VO). Puis, il m'avait bouleversé avec "21 grams", au cinéma cette fois. Et "Babel", donc. Quel film ! Voilà un chef-d'oeuvre, du genre à ne pas laisser indifférent du tout (brave litote). Une oeuvre qui nous parle d'amour avant de sombrer dans la haine. Non, l'incompréhension. Vous savez, les "barbares", ceux qui ne parlent pas Grec, et qui sont devenus au fil du temps "les envahisseurs violents", forcément violents, puisqu'étrangers, d'une culture, d'une langue différente. L'humanité fragmentée, ou sauver une vie nécessite plus de temps que trouver et punir les coupables, y compris à l'autre du bout du monde, incluant en réalité la mollestation et le meurtre gratuit -- y compris d'enfants --, pour ce qui se révèle n'être qu'un fait divers noyé dans la masse. Un monde où l'on peut détruire une vie sur une simple faute, non, pas même, sur un concours de circonstances défavorable. Alors même que Altman est mort il y a quelques jours, lui qui avait inventé le style avec "Short Cuts", voici que la relève est encore bien plus politique en la personne d'Iñárritu. La causalité est devenue mondiale, les circonstances géopolitiques, les conséquences faisant atteinte directement à la vie. À cette vie qui ne demande que l'amour, et qui ne finit par connaître que l'incompréhension, l'indifférence, la haine. À différent niveaux, ce thème est réabordé, au quatre coins du monde. En plein désert ou en pleine ville, la problématique revient, on ne se comprend pas, pire : on ne prend pas la peine de se comprendre. Aucun effort n'est fait envers la différence pourtant si enrichissante, mais certains essaient toujours, avant de connaître l'échec. La Japonaise est sourde, les enfants parlent en espagnol à la nourrice, le guide fait interface tant qu'il peut entre le monde arabe et l'Américain, mais cela ne suffit pas. À la frontière, les gardes sont hyspaniques ou noirs, et traitent ces étrangers envahisseurs, quand bien même ils sont dans leur "droit" le plus légal possible comme la pire des menaces. Cette menace imaginaire, cette suspicion de l'autre. Notre monde n'a pas vraiment évolué depuis les derniers milliers d'années, parce que les individus sont toujours les mêmes. Il semblerait que la psychanalyse ait démontré la chose, cette association entre xénophobie et paranoïa sécuritaire (celle-là même qui crée le véritable danger). Peu importe, le mythe de Babel est toujours actuel.

Palme pour la réalisation à Cannes, ça méritait la palme d'or.


humeur du moment: après avoir maté "Karambolage", ça va mieux, cette émission (qui fête sa 100ème) est réellement extraordinaire !  (au fait, je pense de plus en plus au Japon, elle me conforte une fois de plus dans cette idée :D )