Il y a des queues qui réussissent, et d'autres pas. Dans les échecs, on pourra compter le casse-croûte de ce midi, à l'opéra, à la rencontre de Natalie Dessay ; arrivé naïvement à 12h50 (j'ai dû partir du boulot à 12h10), je me retrouve devant un buffer overflow, que dis-je, un DoS, puisque devant l'afflux de personnes, l'ouvreur s'est transformé en videur interdisant l'accès pour ne pas déborder une salle déjà bien pleine (paraît-il, je ne l'ai même pas vu de fait). Adieu Natalie, elle ne signera point mon DVD... :(

Mais le soir venu, une seconde queue va elle amplement réussir : place de dernière minute à Pleyel, pour 10€ je me retrouve au rang D, du bon côté du couloir cette fois (si le RER A ne s'était pas encore chié dessus, j'aurais pu espérer une meilleure place, le rang D est trop bas, tandis que le E est deux marches plus haut, permettant de bien mieux voir l'orchestre). Je me retrouve sur un rang comportant 5 Japonaises sur les 7 places à ma droite, notons (ces temps-ci, c'est une invasion, incroyable !).

J'ai la très forte impression que l'orchestre de Paris s'amuse à associer les oeuvres par thème de composition. Et que cette fois-ci, c'est en quelque sorte le poids de l'héritage, de l'attente suscitée, et du coup de la difficulté de composer, qui a donné ce programme. On commence par la symphonie n°3 de Schumann, "Rhénane", composé fin 1950, dernière grande oeuvre avant de sombrer dans la folie et se jeter dans le Rhin (février 54 ; il meurt en 56), alors même que l'allegro vivace initial est censé évoquer le fleuve. Si celui-ci est fort beau, j'ai préféré le maestoso ("Feierlich", solennel), qui a malheureusement été un peu gâché sur la fin par une sonnerie de portable (encore une femme : avec leurs sacs à main stupides, le mode vibreur ne sert à rien, et comme en plus le truc est perdu au milieu d'un foutoir sans fond, non seulement c'est le meilleur moyen d'oublier le bidule -- on ne parle pas d'ado mais de quarantenaire -- mais en plus de mettre trois plombes pour le retrouver, histoire de l'éteindre enfin). Au passage, il n'y avait pas que moi qui avait besoin de Fervex :D (j'ai pris tellement de trucs pour pas tousser que j'en ai encore les muqueuses toutes sèches, arg ; mais au moins, pas fait de bruit ! :p).

On continue sur du Poulenc, l'oeuvre centrale de ce concert. Pour la peine, on commence par amener un pupitre à notre chef d'orchestre, Gilbert Vargas, ce sera la seule fois d'ailleurs, le reste du temps il aime bien avoir son espace pour faire des bonds (assez incroyable, en plus il fait ça en arrière ; il y a un moment où il a dirigé les violons avec des mouvements du bassin, c'est assez space aussi ^^). Et puis on met l'orgue en place. Alors, me dis-je, je vais enfin savoir où sont planqués les tuyaux ! (à Pleyel, tout est caché : il y a des salles avec des portes secrètes, et même des ascenseurs pour amener sur scène un piano super rapidement) Las, il n'y en a tout simplement pas : c'est un orgue électronique (un synthé ? :p ). En fait, je connais bien la chose : ma tante est organiste (et en fait, je me demande si elle ne bosse pas sous les ordres de notre organiste de la soirée, d'après sa bio, dans l'éducation nationale, à vérifier tiens), et elle a effectivement le même type de console chez elle, qui a une sortie effectivement sur hauts parleurs (il y en avait tout deux pans de mur avant, soit plus d'une vingtaine, y'a de quoi faire trembler la barraque :D ), voire sur casque, tout simplement. En l'occurrence, des cables partout, et qui grimpent vers deux fois cinq hauts-parleurs de chaque côté. Quand bien même la qualité est au rendez-vous, je préfère largement de vrais tuyaux. Ah oui, je n'y ai peut-être jamais fait allusion avant : l'orgue est mon instrument préféré, j'ai chez moi une collection assez importante d'oeuvres pour orgue, d'ailleurs. Mais (je viens de vérifier) c'est bien la première fois que j'entends Jacques Taddei, qui a un parcours absolument hallucinant. Alors, ce concerto de Poulenc, pondu en 4 ans au final, pour 22 minutes de musique, que vaut-il ? Je reste assez mitigé. Il est vrai qu'il n'est pas simple de mélanger orgue et orchestre, le premier ayant largement les capacités de couvrir le second. Et puis il y a le problème de la place, un orgue se trouve dans une église, et il faut faire tenir beaucoup de choses ; souvent on se retrouve donc avec des ensembles réduits, et essentiellement des cuivres (saxos, trompettes, cors -- j'ai assisté à mon premier concert classique comme ça, à Roquevaire, qui a une toute petite église, mais l'orgue le plus grand et moderne de France, avec une console par fibre optique qui se trouve au bout de la nef) en accompagnement. Allez, j'avoue : je préfère les concertos pour orgue de Handel. Mais, là où Handel nous fait de l'assez léger (quoi que le premier mouvement du concerto en ré mineur op7 n°4 HWV 309 est par exemple bien triste), Poulenc nous fait du lourd, du noir, du tourmenté, et ça j'aime beaucoup, surtout la fin de la partition, où il y a moins cette impression de ping pong (plus que de dialogue à mon sens) entre orchestre et orgue, et une espèce de collaboration dans le mélancolique, si ce n'est plus (le programme s'aventure à commencer à entrevoir une relation avec l'instabilité politique du moment, puisque ça a été donné en 1939, au final). Bon, je crois qu'il va falloir que je réécoute ça (d'un autre côté, l'orgue est loin d'être pleinement exploité par la partition, aucune des clefs sur les côtés n'a été tirée ; apparemment, Poulenc ne connaissais pas bien l'instrument, et c'est Duruflé, alors simple interprète, qui l'a aidé à terminer l'oeuvre).

Après l'entracte, on reprend sur du Ravel, "Daphnis et Chloé", première (1909 à 1911) et deuxième (1909 à 1912) suites (il s'agit d'un ballet, à la base) données bout à bout ; là encore, pas facile pour Ravel, on va passer sur l'aventure qu'a représenté l'écriture de l'oeuvre, ce serait bien trop long. J'ai franchement accroché, ça commence toujours assez lentement ("nocturne" pour le premier, "lever du jour" pour le second) pour finir dans du très fort ("danse guerrière" et "danse générale" respectivement), à tel point que j'en ai vu une se boucher les oreilles (pendant que la voisine, tout aussi derrière l'orchestre, prenait discrètement des photos, sauf qu'elle avait oublié l'horrible loupiotte orange qui aveugle...).

Ah tiens, j'allais oublier de mentionner l'impro de Taddei juste après sa prestation de Poulenc, après les applaudissements interminables : un mélange de "il court le furet" ou autre "frère Jacques", ça nous a fait bien rire :p  (l'orgue c'est quand même le meilleur instrument pour l'impro, à mon sens, notamment parce que c'est un mini-orchestre à lui tout seul, les imitations clarinette, cor, trompette, etc sont très ressemblantes, et il y a assez de clavier sous les mains et les pieds pour jouer pour quatre).


(oh, en cherchant le programme de Pleyel pour demain, je vois que je me suis planté d'une semaine, j'avais déjà une place pour ce concert, quel âne ; rang B en arrière-scène, 5€ de perdus, bon, pas grave... Catégorie 4 contre catégorie 1, pas fait un si mauvais deal)