Eh bien, encore tout seul à ce concert, tant pis pour Fûûlion. Il faut dire que c'est elle qui m'a fait découvrir l'année dernière (au jour près !) "l'enfant et les sortilèges", donné ce soir à Pleyel par l'orchestre philarmonique de Radio-France, sous la direction de Kazushi Ono (et juste aujourd'hui, pas une seule Japonaise dans la salle), retransmis en direct sur les ondes, d'ailleurs (peut-être l'avez-vous écouté ainsi ? Ou pas ?). Cet opéra assez étrange (euphémisme) de Ravel mélange assidument les genres, toujours à la limite du surréalisme (on est en 1925), mais aux accents parfois jazzy, ou avec des passages harmonieux (celui du rossignol, clin d'oeil à Stravinski), et j'en passe. À Marseille, on fait fuir les gens avec ce genre de choses ; à Paris, on éduque les bambins avec. C'est que non seulement c'est le premier opéra qu'a écouté Fûûlion, mais en plus une foule étrange s'est ramené à Pleyel, des p'tits gnomes cartable sur le dos, 1m30 maxi, en basket et gros anoraks, en bus scolaire ou accompagnés d'un parent (rarement deux, que des familles monoparentales ?), donnant de mignons spectacles à l'entracte, d'ailleurs (du bambin de même pas quatre an en train de manger sa glace par exemple ^^) ; ce qui m'a fait penser que ma tante (dont je parlais hier) était intéressée par l'enregistrement vidéo de la Dessay qu'elle a découvert récemment en ma compagnie sur le dernier dvd de la sus-citée, toujours à destination des gamins, pour leur éducation (éveil, même) musicale.

Il faut dire que "l'enfant et les sortilèges", comme son nom l'indique, ça parle d'un enfant (probablement une projection de Ravel lui-même, nous apprend le programme) franchement turbulent ("méchant méchant méééééchaaaaant", qu'il dit au début), interprété ici par Valérie Gabail, qui va être confronté à l'animation soudaine des objets et animaux qu'il martyrise sans cesse, et évidemment, ils ne sont pas très contents. Autant dire que c'est mission impossible à mettre en scène, dans la vraie vie ; pour ce soir, c'était juste chanté, de toute façon, pas de place à Pleyel, l'arrière de l'orchestre a même été réservé pour une centaine de choristes (faisant principalement "les bêtes") et une quarantaines d'enfants en choeur auxiliaire (pour l'arithmétique par exemple) ; de fait, non seulement les places n'étaient pas facile à obtenir dès le départ (il y avait deux bus de vieux en plus du scolaire, à la sortie), mais en plus avec la fermeture d'une bonne partie des sièges spectateur, je me suis retrouvé au rang T (dernier rang de la première catégorie à l'orchestre) en étant 12ème de la queue de dernière minute (en venant 1h30 avant, ce qui était une bonne idée : à 19h20, la queue remplissait tout le hall !).

Outre Valérie Gabail (qui jouait aussi la Pastourelle, à un moment, quelque chose comme une ligne de chant), il y avait la sublime Patricia Petibon, dans les rôles principaux (à savoir : le Rossignol, le Feu, et la Princesse ; sur le dvd/best-of de Dessay, c'est la scène du feu qui y est, justement), mais aussi Nora Gubish en Maman, Tasse chinoise, Libellule, Pâtre et Chatte, Karine Deshayes en Bergère, Chauve-souris, Chouette et Écureuil, Jean Delescluse (ténor capable de faire des aigus surprenants) en Theière, Petit vieillard, Arithmétique et Reinette, Nicolas Rivenq (baryton supra-connu, j'ai bien l'habitude de l'entendre) en Chat et Horloge comtoise, et enfin Christophe Fel (basse) en Fauteuil et Arbre. Ça y est, on a fait le tour, 45 minutes de bonheur avec tout ce beau monde :).

Après l'entracte, on continue sur des extraits de "l'éventail de Jeanne", une suite de courts moments musicaux pour ballet, créés en collectif pour faire une surprise à Jeanne Dubost, en 1927, dans le salon de laquelle de nombreux compositeurs venaient se produire. Ça va encore faire éventail à la Prévert, mais ce soir nous avions, dans l'ordre : "Fanfare" (Ravel), "Marche" (Ferroud), "Valse" (Ibert), "Sarabande" (Roussel), "Polka" (Milhaud), "Pastourelle" (Poulenc), "Rondeau" (Auric), et enfin "Kermesse-Valse" (Schmitt). 20 minutes au total, les intitulés correspondent tout à fait aux différents types de ce qui a été interprété (ce qu'auraient dû avoir à l'esprit les étourdis qui ayant mal compté, on crut applaudir à la fin alors que nous en étions à l'avant-dernier). C'est bien, mais l'on sent que c'est du ballet, et ça s'oublie aussi rapidement que ça s'écoute...

Et puis, la dernière oeuvre de la soirée. Si je vous dit que c'est celle qui est la plus jouée dans le monde, alors qu'à la base, c'était une espèce d'expérience de son compositeur pour se débarrasser rapidement d'une commande ? Il s'agit bien évidemment du "Boléro", de Ravel, que j'avoue avoir écouté là pour la première fois, je veux dire en vrai évidemment. Parce que le Boléro, c'est l'un de mes tout premiers disques classique de ma jeunesse, alors autant dire que j'ai bon nombre de souvenirs attachés Notamment celui de tremblements de la maison sur la fin, et de ma mère qui me forçait à baisser le son (parce que voyez-vous, la musique en province, c'est bien du moment qu'on ne l'entend pas, ou du moins pas trop). Ce soir, ça tremblait donc pas mal, sur la fin :). Et au moins, j'ai pu regarder comment tous les instruments se mettaient en place au fur-et-à-mesure. Que j'aurais aimé voir ça quand j'étais jeune ! Et tous les enfants (étrangement, peu d'ados) présents ne se rendent peut-être pas compte de l'immense privilège de baigner dans une atmosphère si banalement cultivée. Si je raconte ça dans ma région d'origine, ils vont encore halluciner. Moi, je me rachète une jeunesse...