Hier soir, c'était la tant attendu "Messe en Si" de Bach (BWV 232). C'est l'une des toutes premières messes que j'aie entendu (si ce n'est la première), et même ma découverte avec le baroque orchestral. En tout cas, avec la missa Solemnis de Beethov' et la messe de Ste Cécile de Gounod, c'est donc l'une de mes trois messes préférées (et la messe n°6 de Schubert, allais-je oublier) ; car il faut savoir que mon grand amour premier, c'est la musique religieuse, j'en ai une collection assez impressionnante dirais-je (de l'ordre d'une vingtaine de requiem, des messes, des magnificats, des Stabat Mater, des passions, et j'en passe). Et la messe en si de Bach (que j'ai découvert il y a fort longtemps en écoutant tous les mp3 du cd de l'encyclopidia universalis, puis en retrouvant un par un tout ce qui m'avait trop plus -- le requiem de Gounod par exemple --, avant de m'ateller à trouver le cd à la fnac locale, opération qui en province prend plusieurs mois...), c'est aussi long que spécial. Composée entre 1724 et 1749, ça annonce déjà tout : l'oeuvre dure deux heures, selon deux parties (soit l'occasion d'une entracte), "Missa" et "Symbolum Nicenum".

Arrivé au théâtre des Champs-Élysées assez tôt, je me rend compte que j'ai certainement fait une bêtise en prenant une place trop tôt : certes il y a du monde, mais effectivement, cela ne remplit pas la salle. Zut, j'ai un deuxième balcon, la meilleure... des moins bonnes places. Ça me permet ceci dit de ne pas avoir trop de remortds en fermant les yeux pour l'écoute, et c'est absolument sublime. On commence par le Kyrie, qui est l'un des meilleurs qui soit, au choeur ; une merveille. Qui va être suivi par un Gloria tout à fait réussi. Il faut que j'explique quelque chose aux non-connaisseurs : l'orchestre est de type baroque (le concerto Köln), beaucoup de cordes (avec des archets d'époque), des flûtes (dont deux traversières) baroques aussi, dirigé par Pierre Cao ; et outre le choeur (Choeur Arsys Bourgogne), il y a un certain nombre de solistes, qui interviennent tour à tour : Sibylla Rubens en soprano (nom mal orthographié dans le programme, "teste David cum Sibylla", tout le monde connaît...), Brita Schwartz en mezzo-soprano, Markus Schäfer en ténor, Klauss Mertens en basse (le seul placé à droite). Tous exceptionnels. Je me rends compte aussi que j'aurais dû apporter les paroles, parce que si toutes les messes ont la même base, c'est toujours bien de pouvoir suivre (le texte est très court, mais très répétitif, une messe quoi).

Entracte, durant laquelle je cherche M et Koz' (qui a force d'avoir été mailée et commentée a bien fini par céder :p ), en vain, avant de tomber dessus par le plus pur des hasards en remontant à mon balcon : je demande s'ils n'auraient pas repéré des places libres, et hop, je suis replacé par un coup de baguette magique (on peut bien faire un miracle, dans ces cas-là) ; soit au sixième rang, en face du chef d'orchestre et aligné avec l'orgue miniature ; génial en somme. Et ça tombe bien, parce que si la première partie de la messe en Si (au fait, j'ai oublié de dire : le fait d'être en Si est une particularité unique, on compose essentiellement en ré, c'est moins aigu) est extraordinaire, c'est la seconde qui est divine. Et l'on commence du le Credo, qui est réellement inspiré : Credo in unum deum, Patrem omnipotentem, Et in unum Dominum, Et incarnatus est... Et le magnifique Crucifixus arrive ; ça, c'est le summum de la musique religieuse, et il était parfait hier soir (c'est avec le crucifixus que j'ai découvert cette oeuvre, d'ailleurs). Et resurrexit, Et in Spiritum, Confiteor, Et expecto. Et là, on arrive à la seconde sous-partie, alors que dans le public quelqu'un ne tient plus et s'exclame "bravo !" ("cchhuuuutttt", lui répond le reste du public ^^). Le Sanctus, qui voit une réorganisation du choeur : d'une disposition basique, les graves à droite et les aigus à gauche, on passe à une organisation symétrique, les graves au centre et les aigus sur le côté, et ce qui tombe super bien, c'est que je suis pile poil au milieu à présent. On achève l'oeuvre par le quatrième chapitre, Osanna, Benedictus, Agnus Dei et Dona nobis pacem, l'Agnus Dei de Brita Schwartz étant une pure merveille. Quelle soirée !

Autant le dire très simplement : hier, le théâtre des Champs-Élysées était touché par la grâce. France Musique a enregistré le concert, ils devraient donc en toute logique le diffuser, ne le ratez pas, c'est de l'art divin interprété... divinement bien !