Il y a des jours comme ça, faut croire. D'abord, musée de l'Orangerie, dont on m'a dit tellement de bien, et que je n'avais jamais vu encore. Déjà, ça commence mal, je suis en retard d'une bonne heure sur l'horaire prévu ; mais pire que tout, la queue est énorme, une bonne centaine de mètres. J'hésite, que faire d'autre (ciné ?), sachant que demain l'expo des "peintres et la réalité" se termine, et qu'il s'agit du premier dimanche du mois, donc infernal ; en fait, ça doit moins l'être, parce que si au début, la queue avançait pas mal, au fur et à mesure, ça ralentit, tout simplement parce que ceux déjà munis de billets passent en priorité, et que le portillon de sécurité sert de filtre. Résultat : 1h30 de queue, dans le vent bien froid.

Je file au sous-sol avec mon billet à 5€70 (tarif réduit), et parcours d'abord l'expo permanente. Y'a à boire et à manger, on commence par de l'impressionnisme, courant que j'affectionne, mais il semblerait que les tableaux exposés manquent singulièrement de proportions, on dirait l'effet 16/9 des télés, tout en largeur... Suivent des choses abominables comme le douanier Rousseau, et ça devient de pire en pire, pour finir avec du Picasso ; à vomir. Passons. Ça se visite en moins de 10 minutes, arg. L'expo temporaire (qui finit après-demain, mais la masse impressionnante de vieux préfère venir le week-end, j'capte pas, moi je bosse le lundi, ça ne compte pas, mais là...) est à côté, on ne sait pas trop par quel bout la prendre, mal indiqué ; il manque aussi des explications sur les oeuvres elles-même, je veux bien que l'on me parle de l'expo originale de 1934 dont celle-ci est la copie (et encore, c'est brouillon), mais tout de même, en 34, je n'étais pas là, alors je voudrais bien qu'au minimum on date les oeuvres exposées, surtout que c'est extrêmement hétérogène, ce thème de peinture et réalité, on finit même par du Picasso (encore !) en pointillisme, assez moche au demeurant. On retiendra les Le Nain et les de La Tour (que j'affectionne particulièrement), mais le problème, c'est que les meilleures oeuvres sont en fait emprunté au musée du Louvre tout proche : autant attendre une semaine qu'elles y reviennent, alors. Le reste est assez inintéressant, il faut bien avouer. Alors en 45 minutes à tout casser, c'est plié, moi qui craignait fort d'être en retard pour le reste de la soirée... Reste les Nymphéas, les peintures gigantesques de Monet des étangs, impressionnant, mais à regarder de loin, de près il y a de sérieux problèmes de raccord... (Bon, Monet l'a terminé pratiquement aveugle, on lui pardonne)

À 16h30 (alors que j'étais entré à 15h20...), départ pour Bastille. J'arrive 6ème dans la queue pour "La Juive", en bis. Je comptais voir Shicoff, mais les dates ne sont pas super terribles, et puis ça n'a pas l'air si super que ça, alors autant donner une seconde chance à Merritt, qui montrait des moments de faiblesse la première fois, ayant remplacé au pied levé un Shicoff malade. Deux bonnes heures de queue en perspective, mais heureusement des voisins fort intéressants, avec qui j'ai pu discuter tout le long (mêler les juniors aux séniors est une bénédiction). Sauf qu'à 18h10, alors que la caisse ferme dans 20 minutes et que l'on va savoir si l'on a attendu pour rien (ce qui est fort probable, il ne reste plus de place, savait-on depuis longtemps), on est mis à la porte par la police, qui rode depuis déjà un certain temps. Trente minutes de retard nous promet-on, au final, ce sera plutôt cinquante, et un joli bordel en prime. Apparemment, une alerte à la bombe, mais le bâtiment était loin d'être vidé de ses travailleurs (les musiciens et chanteurs étant sur le trottoir un peu plus loin, en revanche), on se perd en hypothèse en attendant, dans le froid ("La Juive", est-ce donc la raison d'un supposé attentat ?). Finalement, quand on rerentre, deux places à 150€ ont fait leur apparition, mais la soirée est toujours compromise. À ce stade, la question est de savoir comment assister à l'éclipse totale de Lune qui a lieu pendant la nuit (avec les nuages qu'il y a eu, de toute façon, elle était éclipsée en permanence -_-). Et là, coup de fil fûûlionnesque (que j'avais déjà appelé pour lui préciser que c'était la foire, mais de toute façon, le groupe était déjà bien à la bourre ; Koz' m'ayant rappelé par la suite pour... heu... j'ai pas compris en quoi j'étais concerné, en fait) : il reste une place, Vroumette est malade ; je la prends, notre rang 7 du premier balcon.

Ça y est, on y arrive, les filles partent du côté pair, moi j'ai le côté impair, plus masculin (mais ça chasse le même gibier ^^). Bon, on attache les ceintures, c'est parti. Première annonce : désolé pour le retard, on offre à boire à la deuxième entracte (ouéééé), en revanche Merritt et Antonacci sont souffrant (arg ; je pense tout à coup que ce serait drôle si Shicoff remplaçait Merritt... Mais non). Mal barré. Effectivement, ça va faire mal (aux oreilles). Mais tout d'abord, nos camarades (on est 9 en tout) découvrent la mise scène, et notamment les biomen ; enfin, "mystérieuses cités d'or" pour M., "Star Wars" pour Chondre, "Star Trek" pour Koz', et j'en oublie sûrement. En tout cas, personne n'a toujours compris ce que c'est. Cette fois-ci, je fais plus attention aux détails, c'est vrai que l'éclairage est assez violent parfois (le fait que ça soit sombre ne me gêne pas tellement), avec plus de recul, en matant moins l'orchestre, et étant plus alerte (hum !), on le remarque plus. En revanche (toujours pour Laurent), la non-exploitation de la profondeur ne me gêne décidément pas. D'après le programme, le décor est inspiré d'une gare, on aurait préféré ne pas savoir... Dans la fosse, Daniel Oren est toujours aussi bon, Annick Massis a encore eu son ovation, le cardinal avait toujours autant de mal (bon, je ne lui taperait pas trop dessus, c'était certes fade, mais tant pis), en revanche, Anna Caterina n'était pas vraiment en forme, on confirme (on pourra toujours la revoir au TCE, les 2, 4 et 5 mai, pour "Era la notte", Monteverdi), et Merritt, ouille. C'était moins le clash que la dernière fois, dans le public, certainement parce qu'avec deux dates annoncées, les fans étaient présents ; du coup, après le "Rachel, quand du seigneur" raté (bien pire que la dernière fois me semble-t-il, même si je n'étais pas super en forme en ce temps-là), ça part grave en live, avec des bravos et des "ouh !", auquels répondent un "ENCORE !", suivi de "CONNARD(S) !" (oui oui, pire qu'à la Scala), et tout à coup (le même ?), ça explose "c'est un très grand artiste", ou quelque chose de ce genre "Merci pour tout ce qu'il nous a donné ! Vous ne savez rien !" (m'en suis souvenu ce matin, avec confirmation de Koz' réédit: "tout ce qu'il a fait"), mais surtout : "vous ne savez pas ce qu'il a été". Ouch. Bon, c'est de la défense-vérité, l'effet positif c'est que lors des applaudissements finaux, il n'y a pas eu de huées (alors que la dernière fois, c'était pas triste), mais à la jumelle, j'ai bien vu que Merritt, mais aussi Antonacci, faisaient de droles de tête, et pas forcément heureuses, les sourires étaient crispés, et selon moi les larmes pas très lointaines.

Là on a vraiment un problème. Certes, c'était mauvais, mais je ne peux que respecter l'engagement d'un artiste qui a tant donné ; doit-on lui reprocher de ne pas connaître ses limites, comme le suggérait Snooze, c'est un point délicat, le métier d'artiste est quelque chose de profond, dans l'être. Peut-être que le récent film sur Piaf m'a marqué, ou que ma lecture du moment sur Antoine Duhamel (lecture qui a beaucoup avancé aujourd'hui, on s'en doute) me conforte dans l'idée que les artistes sont toujours fragiles, qu'ils sont ce qu'ils donnent, et que lorsque leur travail est fustigé, c'est extrêmement blessant pour eux. Énorme problème. Alors j'ai quand même applaudit Chris Merritt, parce que je le sentais comme ça, pas ovationné, mais si je comprends tout à fait mes camarades qui se sont abstenus, par pur amour de l'art partagé, même quand ce n'est pas réussi, je salue. Je ne veux pas me définir comme consommateur qui attend la perfection, l'art c'est aussi l'échec possible. Et puis, c'est Merritt, il a déjà beaucoup prouvé (pas comme si c'était du foutage de gueule à la Picasso sus-mentionné :D ). Mais c'est dommage, c'est certain, espérons qu'il ne faudra pas attendre 70 ans encore avant qu'il y ait la prochaine représentation de ce qui était l'oeuvre inaugurale de Garnier ; avec cette fois-ci une vraie distribution solide, pas malade, et ne souffrant pas des retards atroces (parce qu'il faisait tout de même froid, dehors, pas de super conditions pour se mettre en jambe avant une représentation).

Bon, pour finir sur une note plus légère, rapportons la remarque de Fûûlion qui trouve que Rachel fait trop juive, avec ses gros cheveux bouclés (ahah ^^) ; pour ceux qui connaissent la famille, c'est d'autant plus drôle que le grand frère ne s'appelle pas Léopold...