Si vous vous rappelez du dernier Paris-Carnet, j'avais parlé avec le sieur KA d'un tableau que je trouvais fort beau, surtout pour la fille très mélancolique qui était représenté dessus, "Cinderella", de Poynter. Et comme KA fait des miracles (encore merci !), ne voilà-t-il pas qu'il l'a retrouvé :

cinderella Poynter

C'est tout ce que l'on peut trouver sur le ouèbe, apparemment : l'oeuvre est au musée des beaux-arts de Montréal (legs de William John et Agnès Learmont), où a justement lieu l'expo sur Disney qui était à Paris et où je suis tombé sur ledit tableau (mais ils n'ont pas mis l'oeuvre sur le site de l'expo ; en revanche, il y a des cartes postales disponibles au petit palais la représentant). En fait, Poynter est un peintre plus ou moins rattaché au courant préraphaélite (il n'est jamais cité comme en faisant partie, mais il baigne bien dedans, et il n'y a qu'à voir ses oeuvres...), qui a représenté sur cette oeuvre sa nièce, ou plus exactement : il a épousé la soeur de la mère de la jeune fille ci-présente.

Faisons une pause généalogique : KA m'a trouvé cette oeuvre, que je vous reproduis en miniature ici :

Burne Jones family portrait

Y figure le fils Philip, au centre la mère Lady Georgiana Burne-Jones, et à gauche notre héroïne : Margaret. Tableau réalisé par papa Burne-Jones, j'ai nommé le célèbre peintre préraphaélité : Edward Burne-Jones. Celui-ci a eu la bonne idée d'épouser l'une des "MacDonald sisters", filles du ministre méthodiste George Browne MacDonald (1805-1868), dont je vous laisse admirer le palmarès : Alice est la mère de Rudyard Kipling (celui du "livre de la jungle", affreux colonialiste au demeurant) ; Georgina (1840-1920) nous la connaissons à présent ; Agnes est celle qui a épousé Poynter ; et Louisa a épousé l'industriel Baldwin, leur gosse étant un futur premier ministre (la plus jeune des cinq finira vieille fille).

Margaret, c'est plus qu'une "môme neurasthénique" (hein, m'sieur Ka ! ;) ), c'est avant tout la muse de son papa ; et de bien d'autres peintres, au demeurant, mais c'est un peu la galère à retrouver (quel crédit accorder à google image quand il met cette oeuvre au milieu ?). Ce qui est sûr, c'est qu'un certain nombre de portraits d'elle a été réalisé. Avant d'aller plus loin, précisons qu'ils sont réalistiquement dépressifs, en toute rigueur : il n'y a qu'à voir les photos d'époque... Voici maman Burne-Jones :

lady Burne Jones photo

Mais aussi la famille au complet :

Burne Jones family photo

Et enfin, toujours par Frederick Hollyer, les deux gosses Burne-Jones (Margaret au milieu), avec les enfants de Morris (peintre préraphaélite, évidemment), Jenny Jane et May.

Burne Jones and Morris kids

Mentionnons enfin une dernière photo, celle de Margaret elle-même, qui est d'autant plus intéressante qu'elle a été pris autour de 1890, période charnière pour notre jeune fille.

Margaret Burne-Jones photo

Avec tout ça, je n'ai toujours pas montré de portrait. En voici un premier, sans indication de date, par Sir Edward Burne-Jones (Sir ? Était-ce après son annoblissement ? J'en doute) :

portrait of Margaret Burne-Jones

Mais aussi un autre plus célèbre (ici ou , c'est la plus grosse repro disponible) :

portrait of Margaret Burne-Jones

Mais les deux plus intéressants vont venir : elle a 19 ans, elle vient de se fiancer, son père qui lui voue un culte profond, au-delà de la simple admiration (ça reste platonique, tout de même, hein) en est abasourdi, et il réalise deux protraits très semblables ou ressort une innoncence juvénile extrême (vous lui donnez 19 ans, là ? Regardez à nouveau la photo d'elle même pas 5 ans plus tard, au dessus...). Le premier :

portrait of Margaret Burne-Jones

Et le second (les deux liens comportent de plus amples explications, passionnante d'un point de vue psychologique paternel) :

portrait of Margaret Burne-Jones

Peu de choses apparaissent, sur elle, en fait. Je puis affirmer que Miss Madeleine Wyndham, qui a 16 ans en 1885 est certainement une très bonne amie de Margaret (les enfants Burne-Jones sont comme les propres enfants des aristocrates Wyndham ; c'est Edward qui réalise le portrait lié, et le donne à la famille). Mais c'est surtout comme Lady Margaret Mackail que l'on en apprend plus sur notre jeune fille. Elle épouse en effet en 1897 (21 ans, donc) John William Mackail, érudit de lettres classiques, de sept ans son aîné, soit la période durant laquelle il a fréquenté Edward Burne-Jones (qui a assez mal pris le fait de se faire piquer sa fille par quelqu'un d'aussi proche en qui il avait tant d'estime -- ah, ces pères... C'était sa seule fille, en plus). Elle a deux enfants : Angela Margaret (1890-1961), et Denis George (1892-1971). Angela Mackail Thirkell, elle aussi plus connue sous son nom d'épouse, est une célèbre romancière anglaise et australienne, qui a même son site de fans ; son fils Colin MacInnes (1914–1976) était lui aussi romancier. Quant à Denis Mackail, il était lui aussi écrivain de romans et nouvelles ; avec la fille du directeur général des chemins de fer (Diana Granet, épousée en 17), il a deux enfants, Mary (née en 1919), et Anne ; Anne Margaret, pour être plus exact, épouse de Yorke, en pleine famille royale.

Finalement, c'est sur Margaret qu'il est le plus difficile de trouver des infos (ça fait juste 2h30 que je suis dessus...). Pourtant, on la connaît sans la connaître, sur une multitude de tableaux disséminés, devant lesquels passent des milliers (au moins) de personnes par jour ; et c'est indirectement, à travers son père, son mari, ses enfants, voire ses petits-enfants, qu'on arrive à en trouver des infos. Ainsi était l'histoire de Margaret Burne-Jones (1866-1953), muse et cendrillon intérimaire.

cinderella Poynter