"Lohengrin", de Wagner, à Bastille : le 11 juin, c'est la dernière, et c'est pour cette date que je me suis ruiné (histoire d'être avec Laurent, à la base, durant la bonne heure d'entracte ; finalement, le groupe de blogueurs opéraphiles par intermittence a investi dans des places, la queue se déroulant pendant mon escapade en Chine, mais pour le 23, soit pour la première de "Da gelo a gelo"), mais surtout, c'est loin. Et comme Wagner, ce n'est jamais toujours entièrement simple à tout bien saisir dans les détails du premier coup, et que je n'ai jamais encore écouté l'opéra en question (ce qui est fait à propos : j'évite d'écouter les oeuvres que je vais voir, histoire d'avoir toutes les surprises intactes), y assister deux fois me paraissait une bonne idée. Et le jour de la première ayant la meilleure chance d'obention d'une place de dernière minute, j'ai donc décidé de sacrifier Mozart (symph 31, "Paris"), Beethoven (concerto #2 pour piano) et Haydn (symph 104, "Londres", qui m'a fait découvrir la musique symphonique) à Pleyel, ce qui n'est pas rien ; mais Wagner, c'est prioritaire ; et les 14 autres personnes devant moi dans la queue n'en pensaient pas moins, la tête était même présente depuis deux heures de l'après-midi ; on l'aura compris, sur les 17 personnes qui ont tenté leur chance, seules deux (en me comptant) avaient moins de 27 ans (saleté de vieux sans emploi ! Z'ont toutes leur aprem', eux ;) ). Et à 19h45, ça commençait à sentir le départ pour Pleyel (6 places distribuées, certains se sont rabattues sur les quelques unes à 20€, tarif normal, les retours étant très hypothétiques) ; au moment où un trentenaire ayant deux places à 100€ décide de brader au prix du marché : il devient donc mon compagnon d'une soirée, et pour 20€, je me retrouve au 23ème rang, place 47, ce qui est assez ahurissant pour un prix pareil (c'est à hauteur du second rang du premier balcon, et franchement excentré), mais les places les plus chères sont à 150€... Dans tous les cas, pour les 7 autres représentations, il va être très difficile d'obtenir une place, c'est certain.

Il faut dire que la distribution donne envie : déjà, c'est Valery Gergiev qui est au commande (sauf le 8 juin), il paraît qu'il s'en est fallu de peu que ça tombe à l'eau, mais il était bien là, et très en forme (c'est la première fois que je le voyais en vrai ; pas trop pu l'admirer à l'oeuvre pour cause de grosse tête devant ; le second rang du second balcon pour le 11 juin sera plus propice à mon avis) ; Jan-Hendrick Rootering en Heinrich der Vogler, Mireille Delunsch en Elsa von Brabant (après Idemeneo et la Juive, c'est sa saison...), Waltraud Meier en Ortrud, Ben Heppner en Lohengrin (qui n'avait pas forcément la tête de l'emploi entre son âge et son bide, mais comme le montre son placement dans le programme, ce n'est pas forcément le personnage principal), Jean-Philippe Lafont en Friedrich von Telramund, et Evgeny Nikitin en Der Heerrufer des Königs ('tain de nom à coucher dehors, ces persos, j'espère avoir bien recopié...). Et puis Robert Carsen à la mise en scène.

Commençons par ça : c'est assez banal, rien de transcendantal, des blocs de béton totalement anachroniques, si l'on considère que l'action se passe après la légende du Roi Arthur, et avant le Götterdämmerung du Ring de Wagner ; les personnages sont ternes (les nobles habillés aux puces), l'absence de lumière est gênante pour mes petits yeux (qui sont tout rouges maintenant), et si les apparitions au fond de la scène de paradis végétaux avec le fameux cygne était très jolies (mais difficiles à percevoir, et très encadrées), cela n'aura pas suffit pour calmer quelques siffleurs lors du salut de Carsen sur scène, qui fut dans tous les cas fort peu applaudi. M'enfin, Wagner est tellement massacré habituellement, au moins c'est déjà ça de pris. Ceci dit, il faudrait arrêter de mettre de l'action sur les côtés, ou alors s'assurer qu'en payant 100€ de place, on puisse tout voir, la mise en perspective ne manquait pourtant de pas grand chose (il vaut mieux se trouver du côté impair, à ce propos ; les siffleurs étaient d'ailleurs pairs).

Les chanteurs sont exceptionnels, et arrivent à rivaliser avec l'orchestre toujours monstrueux (il faudra que de mon deuxième balcon je regarde l'agencement de la chose, pour rentrer tout le monde, un vrai problème de compactage et d'optimisation d'espace), qui n'a cependant pas joué très fort, Lohengrin est beaucoup plus calme qu'un Siegfried ou une Walkyrie. Les performances furent sans faille, Waltraud Meier a une voix purement impressionnante, il ne m'étonnerait pas d'apprendre qu'elle incarne Brünnhilde de temps à autre. L'orchestre aussi fut parfait, je me demande toujours où était placé la trompette du second acte qui semblait être dans le couloir côté pair, à l'arrière (et qui a fait une fausse note qui a fait sursauter mon voisin de derrière, hum).

Parlons rapidement de l'histoire : Elsa est accusée par Friedrich, pourtant de la famille et très respectable, d'avoir tué son petit frère, pour mieux prendre la succession de Brabant, alors que le duc-père est mort, le tout sur fond d'instabilité géopolitique, alors que les Hongrois hostiles font pression et menancent d'envahir (mon voisin de droite dit à sa femme : "c'est Sarko !" ^^) ; elle est alors sauvée de l'humiliation par un noble chevalier qui veut garder son identité top secrète (et fait promettre à Elsa de ne jamais la lui demander), en tombe amoureuse (en 5 minutes chrono, pratique), et ils décident donc de se marier (logique, on meurt jeune à l'époque, pas de temps à perdre) ; mais c'est sans compter sans les calculs cruels de la femme de Friedrich, la pas respectable du tout Ortrud... (j'arrête là, ça fait déjà un acte et demi pour en arriver à ce point de l'histoire ^^) Ceux qui lisent les histoires de Graal et compagnie (Bladsurb ? ;) ) connaissent de toute façon bien l'histoire. Modifiée légèrement par Wagner (qui a écrit le livret, évidemment), histoire de rendre la chose plus intéressante (et de tenir 3h25, déjà que c'est court pour lui...). Le grand mystère résidera dans l'identité du héros, mais comme on a déjà le nom de l'opéra et le mini-programme, pour nous ce n'est pas très compliqué ; et pour ceux sur scène, d'ailleurs toujours ouverte, de telle sorte que l'on voit tout en permanence (enfin, y'avait bien un lit pour faire suite à la célébrissime marche nuptiale -- dont la transcription pour orgue est due à Liszt, qui avait déjà dirigé la première de "Lohengrin", je vous laisse wikipedia pour faire karaoké en VO -- que depuis tout bon mariage stéréotypé se doit de passer, au début de l'acte III, mais pas de sekse :/), ils n'avaient qu'à se creusait la cervelle ; franchement, il y a des cygnes qui ne trompent pas...