La leçon de musique de J-F Zygel, celle dont j'avais une place depuis bien longtemps, après la mauvaise surprise du Bach plein à craquer et dont j'étais reparti bredouille : Schubert était ce soir à l'honneur. Pour cause de transports abominables (il faut vraiment que je change de job), je n'ai pu arriver que lorsque la salle était bien pleine comme il faut, mais l'avantage d'être seul, c'est que l'on peut se caser dans un coin des premiers rangs, et du côté impair de surcroît. L'introduction porte sur la jeunesse du compositeur, qui est l'un de mes favoris : un quart de ses oeuvres écrites entre ses 16 et 19 ans ; sachant qu'il n'a vécu que de 1797 à 1828 ; et qu'il a composé les plus grands tubes de la musique "classique" (un mot tellement fourre-tout... Il est en réalité à l'exacte transition du classique et du romantique). D'ailleurs, dès le troisième morceau, un impromptu, je reconnais la sonnerie de mon téléphone portable (sur mon ancien téléphone, de marque Trium disparue depuis, c'était Wagner et la chevauchée ; mais les lecteurs attentifs de ma leçon précédente le savaient déjà). Disons rapidement ce qui n'allait pas : le stress des extraits, alors que l'on voudrait toujours tout entendre (pas même l'Ave Maria a été laissée en entier), et le fait que la séance était filmée sous toutes les coutures, une caméra fixe en face, deux sur pieds côté pair en corbeille et impair à l'orchestre, une qui se balladait sur épaule dans le public, et enfin (la plus gênante), une sur scène fixée sur un gars (qui a dû perdre 4 litres d'eau) via une machinerie de bras articulé, et dont j'ai pris quelques photos pour la peine. Points positifs : tout le reste, de quoi ne pas regretter de rater le philarmonic de New York au TCE. Parce que pour la peine, même la séance ciné prévue pour l'après est tombée à l'eau : une dizaine de minutes de retard au démarrage, classique, mais surtout une durée de trois bonne heures ; heureusement que ce n'était que des extraits, alors (enfin, de mon point de vue, à 21h00 j'ai encore 3 bonnes heures à tuer avant le métro, il ne me gêne absolument pas d'écouter 6 heures de Schubert, et même plus si possible).

Le quatuor Ébène est venue prêter main forte à Zygel, accompagné de Benjamin Berlioz au violoncelle. Pierre Colombet et Gabriel Le Magadure au violon (je crois que c'était le second qui faisait des sons stridants de temps à autre :/), Mathieu Herzog à l'alto (très très beau son, je repense alors aux blagues injustes de Fûûlion sur les altistes), et Raphaël Merlin au violoncelle (jamais vu autant de mimiques, une collection intégrale ; mais un son magnifique, il faut l'admettre ; il me fait penser à quelques amis génies mathématiciens semi-autistes dans leurs comportements). De quoi nous faire savourer des réajustements de la "sonate pour arpeggione et piano" (D821), puis "Rosamunde" (quatuor D804), et mon morceau de prédilection, "Der Tod und das Mädchen" (quatuor D810). De quoi rebondir justement sur le fait que Schubert réarangeait ses Lieder en version pour corde avec ou sans piano. Et quoi de mieux que nous l'interpréter, justement ? C'est à Nora Gubisch (déjà entendue) que va revenir cette tâche. Qu'elle va accomplir merveilleusement bien, surtout que Laurent Alvaro (qui faisait Wotan et Hunding la dernière fois, me semble-t-il) va bientôt la rejoindre, pour "Erlkönig" ("le Roi  des aulnes", D328, que je ne connaissait absolument pas). On enchaîne sur "Der Doppelgänger", issu du "chant du cygne", que je ne connais pas non plus (j'ai des lacunes -_-). Et puis une série de Lieder plus ou moins très célèbres, et que je dois tous avoir en un ou deux exemplaires (ou trois, peut-être). Comme le tube interplanétaire "Heidenröslein" (que je n'ai pas entendu donné depuis Annette Dasch, il est vrai), ou encore l'Ave Maria (qui est peut-être plus connu du grand public que le précédent, certes).

En faux entracte (une tradition), un fragment inachevé d'un mouvement lent en mi bémol, que nous a achevé Zygel en impro. Voilà du collector.

On reprend sur du "Lied der Mignon", une histoire de fille nostalgique et dépressive mise en poésie par Goethe (Zygel s'amuse à nous dire que c'est bien parce qu'elle a son moral ou plus bas que Schubert tout comme Goethe s'intéresse à elle ; certes, mais il en est de même pour moi, en fait), et que notre compositeur favori a mis en musique plusieurs fois dans sa vie, de manière plus ou moins désespérée, ou profond, au cours de sa vie ; et même composé une interprétation à deux voix, toujours pour se plaindre de la solitude. Pour nous en remettre, et alors que les chanteurs nous quittent, quoi de mieux alors que le trio D929, celui que j'ai découvert entre "Barry Lyndon" et "la pianiste" (ayant vu les deux films de manière très rapprochée) ; l'une de mes compositions favorites, la profonde mélancolie sous-jacente au joyeux apparant. Pour finir, après un extrait du premier mouvement de la symphonie inachevée (la numéro 8, ça n'a pas été cité, étrangement), qui a pour particularité d'avoir un second mouvement plus marquant que le premier, on écoute quelques Ländler, et ce qui est certainement la première vraie valse véritablement écrite par un compositeur de musique classique. "Valse sentimentale", op50.

La leçon se termine alors sur un extrait de la partie piano de la sonate en la majeur D959, que je n'ai d'ailleurs pas en cd, pauvre de moi. Trois heures pour apprendre à briller en salon sur du Schubert (à condition de se souvenir de tout, en l'occurrence les termes techniques de musicologie m'échappent déjà). Un peu surjoué (tiens, il est manifestement gay, l'ami Zygel, voilà qui est très original), très drôle (la coupure spécial remaquillage pour la télé était d'un comique achevé), je recommande le dvd qui sortira certainement prochainement (étant la collection déjà existante, les caméras étaient là pour ça, supposé-je).

À la sortie de la salle, je tombe sur Fûûlion, aux côté de Sam ; et juste après, Thomas et Artefact ; avec encore quatre autres de leurs amis que je ne connaissais pas ; manifestement, il y a eu de l'organisation de sortie... En me dirigeant vers le RER, je tombe sur la même personne non voyante, qui appelle à l'aide pour qu'on l'amène au métro ; je le reconnais et le prend en charge comme la dernière fois, j'ai un très bon souvenir des personnes que je croise (les noms, en revanche, c'est une autre histoire) ; il a trouvé cela décevant (encore ! ^^), apparemment les séances à la mairie du XXème, plus "intimes" (70 personnes au lieu de 2000, apparemment) et sur des thèmes et non des auteurs ou des oeuvres, sont bien meilleures. Sauf que personnellement, je ne peux m'y rendre ; mais je garde l'idée de côté... Il faut dire qu'il est difficile, notre homme : ni Wagner ni Bartok ne lui plaisent. Ciel !

Quant à Schubert, demain je m'en fais un marathon (tiens, on est déjà demain...).