Oui, Renaud Machart ! L'abominable Machart ! Celui qui passe sont temps à casser et démonter injustement tous les spectacles lyriques parisiens. Le même qui trouve un "Candide" au Châtelet revisité par Carsen de nullité atroce. Ce matin, en lisant mon netvibes (faudra que je parle de ce machin certes plus pratique que rien du tout, mais autant limité que buggé), je vois ce titre : "opéra : jouissif Sciarrino". Au début, je crois que c'est le feed de l'opéra de Paris, et me dit que c'est abusé cette vantardise. Mais que nenni, c'était le Monde ! Lisez-moi ces éloges :

Celui qui est probablement le plus grand compositeur contemporain italien est aussi le plus radical dans sa manière de s'inscrire dans cet "art subtil" dont certains cercles d'esthètes, à la fin du XIVe siècle, assuraient qu'il n'était pas à mettre entre les oreilles du premier venu.

Et pour finir :

Le spectacle présenté par l'Opéra de Paris, mis en scène par Trisha Brown, est d'une perfection musicale, poétique, dramatique et visuelle rare.

Au passage, je comprends enfin le Machart :

A l'heure où les représentants musicaux officiels de la République se nomment Mireille Mathieu et Johnny Hallyday, la musique de Da gelo a gelo n'a à proposer que les griffures sonores d'un art hautain autant que taiseux, qui fera fuir ceux qui n'aiment, à l'opéra et dans la musique en général, que les textures féculentes.

Oh que j'abonde ! En fait, ce qu'il aime, notre nouvel ami, c'est une sorte de préliminaire prolongée, la durée dans le désir sans violente pénétration (c'est lui qui le dit !) :

l'art sidérant de Sciarrino est de ne jamais offrir de résolution à la tension quasi sexuelle que chacune de ses oeuvres met à l'épreuve. La jouissance de l'écoute ne trouve, comme dans les musiques extra-européennes cérémonielles de longue durée, son épanouissement que dans ce report infini du climax.

Évidemment, il n'en reste pas moins très méchant :

l'une des plus flagrantes réussites de l'opéra contemporain, où les ratages abondent. C'est parce qu'il affiche un retrait des vulgarités du monde d'aujourd'hui que Sciarrino est un compositeur universel.

Mais finalement, il livre exactement la manière avec laquelle il faut appréhender l'oeuvre :

il faut se laisser porter par la subtilité de ces effarements sonores inouïs, de cette écriture vocale héritée de l'art madrigalesque ancien, de ces presque rien qui constituent cette "histoire sans histoire". Il faut accepter aussi de se laisser aller à une écoute flottante, et c'est peut-être par ce biais qu'on peut le mieux goûter les qualités de l'inventivité microscopique mais détonnante de Sciarrino.

Parfaitement ça ! Ceci dit, avant d'ouvrir un blog et devenir un critique qui donne envie d'aller à l'opéra et se cultiver même en allant voir du Verdi, Renaud (on peut s'appeler comme ça, maintenant ? ;) ) va devoir faire un effort sur la description d'ambiance. Notamment les fuyards extrêmement nombreux, n'est-ce pas ?

En fait, c'est juste de l'élitisme progressiste réactionnaire ; d'ailleurs, je vais peut-être bien me le refaire, mais avec une vue sur l'orchestre cette fois, il y a des choses intéressantes qui se passent dans la fosse. Pour information, j'ai eu quelques airs dans la tête durant de bonnes heures, comme quoi ça devait vraiment être mélodique, quelque part ^^.