Operalia avait lieu pour la troisième fois depuis sa création à Paris, théâtre du Châtelet, soit une fois tous les 5 ans pour cette quinzième depuis 93 (à Garnier), c'est dire qu'il ne faut pas rater l'événement (à moins de pouvoir se rendre à Tokyo, Buenos Aires, ou je ne sais quelle autre ville encore). Ce concours mondial de révélation de jeunes chanteurs d'opéra talentueux (m'enfin, entre 23 et 30 ans, la majorité en ayant 29, c'est pas des bleus non plus j'espère) a été créé par Placido Domingo, qu'il dirige toujours avec ferveur, puisqu'il veut en faire son oeuvre principale pour l'opéra. Le jury rassemblé est prestigieux, il y a des têtes connues entre Brossmann (ex-directeur du Châtelet), Choplin (l'actuel) ou Berger (Garnier était sous sa direction lors de la première d'Operalia, donc) ; auxquelles on peut ajouter bon nombre de directeurs artistiques, ou de scènes dans le monde ; et un gars de chez Rolex, qui a mis les grands moyens, entre hotesses d'accueil dans tous les sens, bar privé, programmes luxueux, et j'en passe (notons les deux vitrines Rolex : ces montres sont dans un vieux format obsolète dit "à aiguilles", indéchiffrable pour l'homme moderne ; de plus, cela ne fait ni agenda, ni compte à rebours ; enfin, elles ne marchent pas à l'énergie solaire ; elles doivent donc coûter très cher). Et puis Mirella Freni, qui avait l'air d'être la super-méga-grande star, sauf que j'en avais jamais entendu parler avant, désolé ; à l'entracte, tout le monde la photographie à bout portant ; moi je trouve juste qu'elle devrait assassiner son chirurgien esthétique ; je dois être trop jeune, un truc comme ça (j'ai oublié de mentionner que l'âge moyen du public était autour de 65 ans, celui du jury... heu, 70 ?).

On commence par Mario Cassi. Il est hors concours, puisqu'il a gagné en 2003. Comme j'avais lu le programme de travers, je croyais qu'il était candidat, j'ai pas vraiment aimé, du Rossini à deux sous (s'il existe du Rossini qui vaut plus...), et il était couvert par l'orchestre dès que celui-ci avait l'audace de jouer. Bof.

Petite précision avant de continuer : il y avait un prix du public. Donc j'ai noté chaque chanteur sur le bulletin approprié. Et j'en ai pris un autre pour le glisser dans l'urne (ouais, niveau vérif, j'aurais pu voter 42 fois que personne n'y aurait rien vu... Heureusement qu'on n'est pas dans le 5ème arrondissement). Je vais donc traiter chaque interprète un par un (mais en résumé, si vous voulez les détails, faudra demander ;) ).

* Rachele Gilmore, Soprano, 26 ans, USA ; du Rossini aussi, mouais. A+

* Carmen Solis Gonzalez, Soprano, 29 ans, Es ; du Verdi, "la Forza del destino", un moment dramatique, j'aime ! A+++

* Jan Martinik, Basse, 24 ans, Rép Tch ; Tcahikovsky, "Evgeny Onegin", pas emballé malgré le bon choix d'opéra (mais d'air ?), A+

* Stefania Dovhan, Soprano, 28 ans, USA ; Verdi, "la Traviata", air dramatique, jolie robe blanche, j'aime carrément (pour du Verdi), A+++

* Tae Joong Yang, Baryton, 30 ans, Corée du Sud ; Verdi (encore !), "Un ballo in maschera", décidément j'accroche pas à cet opéra, je crois que c'est le moment le plus intéressant qu'il nous chante, mais quand même, A+

* Carine Sechehaye, Mezzo-soprano (encore une pseudo, en fait), 30 ans, Suisse ; Gounod, "Roméo et Juliette", choix intéressant, A++

* David Bizic, Baryton-basse, 30 ans, Israël ; Mozart, encore du Figaro, mouais, j'en ai ma claque de ce bel canto, A+

* Ekaterina Lekhina, Soprano, 28 ans, Russie ; Delibes, "Lakmé", très intéressant, enfin du challenge, "où va la jeune Hindoue ?", voix superbe, robe formidable (je veux la même !), mais un reproche, pas assez compréhensible, un risque lorsque l'on choisit de chanter en Français en France (je ne peux pas juger des autres, en rital ou en russe), alors je ne lui mets que A+++

* Dmytro Popov, Ténor, 26 ans, Ukraine ; encore Tchaikovsky/Evgeny Onegin, pour un air différent (et plus célèbre, me semble-t-il), comme ça manque de danger à mon goût, je mets A++

* Lisette Oropesa, Soprano, 23 ans, USA ; Donizetti, "Lucia di Lamermoor", la benjamine nous choisit "Regnava nel silenzio", qui est très beau, mais elle aurait pu prendre la casse-gueule scène de la folie, bon sang, donc, A+++

* Marco Caria, Baryton, 30 ans, It ; encore Verdi/Forza, mais alors, il déchire totalement avec son "Urna fatale del mio destino", à un moment après un passage risqué et pour cause de petite pause, quelqu'un lance un "bravo", tout le monde applaudit sauf que... c'était pas fini ^^ ; A+++

* Olga Peretyatko, Soprano, 27 ans, Russie ; Offenbach, "les contes d'Hoffmann", "les oiseaux dans la charmille", avec un choix pareil, son capital sympathie est déjà élevé, voix magnifique, son jeu d'Olympia est drôlissime (ça change des autres, surtout les hommes...), et on la comprend, elle ; si on ajoute sa robe bleue trop mimi, je dis A++++

Entracte ; mais ce n'est pas fini : certains repasseront ensuite ; ceci dit, tout le monde a déjà son chouchou, ou presque. Ils sont tous excellents, c'est impressionnant. Il faudrait les écouter sur un opéra entier pour vraiment pouvoir les juger, et non sur cinq minutes ultra-répétées, et très isolées. Là on est réduit à chercher la petite bête pour départager. Pour moi, déjà, ce ne peut être qu'une fille qui doit être élue, c'est du sexisme primaire, mais c'est comme ça ; d'ailleurs, les hommes sont sous-notés, contrairement à ce que j'entends ici et là, ils sont tous à zéro au niveau du frissonomètre (Marco peut y prétendre, cependant), mais je suspecte certainement des raisons sexuelles à tout cela (et comme le public est à l'image du jury... hum ! ^^). Ekaterina a bien des faveurs ; mais je trouve toujours qu'on a du mal à la comprendre, et qu'elle reste bien inférieure à Mesplé ou même Dessay. Non, mon choix est arrêté, ce sera Olga ; en plus, si un jour je la rencontre, je pourrai toujours lui dire que j'ai voté pour elle, et comme elle est superbe et qu'elle n'a pas de bague à l'annuaire gauche (contrairement à bien d'autres), c'est parfait ; mais je m'égare.

Après l'entracte, donc, ça chante en espagnol ; des choses et d'autres (le programme dit bien des trucs, mais je ne capte pas ce que c'est) ; dans tous les cas, je ne comprends pas grand chose à ce qui se raconte (les surtitres, c'est trop cher ? Je vais à l'opéra pour écouter une histoire, moi, bordel de Dieu ; sinon je me taperais que du bel canto stupide...), mais après tout j'avais le plus grand mal à capter l'anglais de la veille (qui était pourtant fort bien articulé). Certains et certaines repassent, deux autres s'ajoutent, Raffaele Sepe (Ténor, 26 ans, It), et Aurelio Gabaldon (Ténor, 29 ans, Es), mais je n'ai plus noté personne, le public était dans le noir, alors autant pour noter dans l'ordre c'est la misère, autant dans le désordre par rapport au programme, c'est peine perdue.

Re-entracte, après que tous aient chanté ensemble l'air d'Operalia, composé par fiston Domingo. Si l'on ajoute que dame Domingo est dans le jury pendant que Placido est dans la fosse à diriger l'orchestre Pasdeloup, et que deux des prix portent les noms de papa et maman Placido (qui ne sont plus de ce monde), toute la famille est là (y'a pas que Alagna qui marche comme ça, alors...). Il est 22h45 qu'on attend toujours les délibérations ; c'était censé se finir à cette heure-là, au bout de 3h45, d'ailleurs la salle s'est grandement vidée, si les prix n'était pas très élevés (60€ en première catégorie), le nombre d'invités était très important (selon l'adage "plus on a de fric, et moins on en dépense"), et déjà bien du monde ne s'était déplacé, alors que j'ai du me contenter d'un second rang au premier balcon (ouais, je snobe, j'assume ; n'empêche que j'ai raté presque toutes mes photos à cette distance), pour 10€ évidemment (on est jeune, ou on ne l'est pas ; rencontré de fait une jeune fille charmante -- heu, pas forcément physiquement, hein -- qui connaissait du monde sur scène, mais je n'ai jamais su trop qui, dommage).

Finalement, on nous passe le petit film de rétrospective d'Operalia, avec l'un des gagnants devenu une méga-star, j'ai nommé le rolando Villazon. Le jury arrive, speech, Rolex (on en aura bouffé), présentation des membres, et distribution à tour de bras de gros chèques. Il y a tellement de prix qu'il faut être malchanceux pour ne pas en avoir, surtout que les trois premiers font la distinction masculin/féminin, ce qui est très crétin ; ce sera cependant le cas de Raffaele Sepe, Jan Martinik, et Stefania Dovhan, là j'ai pas compris, j'ai entendu dans les escaliers qu'on lui trouvait quelques grimaces, nawak. J'ai pas compris tous les noms de prix, donc en résumé, ça donne :

* prix papa Dom' à Aurelio Gabaldon

* prix mam' Dom' à Lisette Oroposa (je plussoie)

* premiers chèques à Carine Sechehaye et Rachele Gilmore ; je sais pas quel était le montant, pas précisé

* deuxième prix pécunier à Carmen Solis Gonzalez, voilà qui est mérité !

* troisème encore à Popov, parce qu'il le vaut bien

* troisème prix masculin à Marco Caria, je me demande alors où ils en ont trouvé deux meilleurs que lui

* troisième prix féminin à Lisette Oropesa, j'applaudis ! (elle vient à 23 ans de devenir deux fois plus riche que moi en une soirée, bougresse)

* second prix masculin à Popov, ah bah justement je me demandais qui ils avaient trouvé meilleur, ça se comprend ; ex aequo avec David Bizic, ça se comprend moins ; mais qui est premier alors ?

* second prix féminin à Olga Peretyatko, qui fait tout à coup le signe des winners, hou qu'elle est contente, décidément je l'aime bien, déçu qu'elle ne gagne pas tout court, mais c'était prévisible ; Olga, si tu passes par ici...

* premier prix masculin à Tae Joong Yang, ah, bon, certes, bouarf, ils aiment bien les Coréens chez Operalia ou quoi ? (le précédent à avoir gagné le prix me semblait plus impressionnant sur la vidéo)

* premier prix féminin à Ekaterina Lekhina, on l'aura compris ; Placido explique que si l'orchestre avait la polio pendant qu'elle chantait (on avait remarqué !), c'est qu'il était omnubilé par la belle, et il en a oublié quelques accords, espérant que l'orchestre corrigerait tout seul (raté) ; quant à elle, elle n'arrête pas de bondir, oh qu'elle est heureuse ; oh qu'il me faut sa robe !

* prix du public  (ah, enfin !) à Marco Caria, logique, c'est seksuel j'vous dit (moi j'avais voté pour Olga Peretyatko, hein google ?).

Quand on dit "prix", à Operalia, c'est pas pour déconner : outre la super-lyre en crystal (trop loins pour en avoir une photo nette, désolé), il faut bien voir que les premiers sont à 30.000$, les seconds à 20.000$, et les autres à 10.000$. Une paille. Allez, on applaudit bien fort tout ce beau monde, y'a peut-être la future Dessay dans le tas ; ou mieux, la prochaine Magdalena Kozena ; ou encore mieux, la future Anne Sophie Von Otter ; ou peut-être pas, en fait, parce que les CVs sont comme ce qui a été chanté, absence totale de baroque, et de tout ce qui nécessite de la puissance vocale comme Wagner, Berlioz, ou les Russes ; la relève est donc largement assuré pour les chanteurs en italien, mais c'est pas comme si on en manquait déjà...

En sortant, tombe sur une amie de l'AROP, que j'aide au passage à descendre les escaliers (je crois que c'est la plus âgée que je connaisse, en fait) ; elle me parle notamment d'Operalia il y a 15 ans ; à l'époque, le public chantait spontanément ! (NB: à cause de Firefox de merde tout pourri, j'ai dû récupérer la quasi-intégralité ce billet terminé à 2h du mat' dans la mémoire de mon ordi, à coup de cat /dev/mem | grep -a Peretyatko, notamment ; dîtes-moi s'il y a encore des choses bizarres, Firefox note les lettres non-ascii bizarrement en mémoire ; apparemment, Netvibes a foutu la grouille dans la mémoire, faisant planter firefox ; je dois taper qui au prochain Paris-Carnet ? Faudrait que les informaticiens commencent à apprendre à coder, ce serait chouette)