Vélizy, c'est fini,
Je ne crois pas
Que j'y retournerai un jour.

Ça y est, débarrassé. Fin de mission dans la boîte que j'appelerai désormais "ça j'aime", j'trouve ça rigolo comme nom de code :D. Demain, Nord-Ouest Parisien, toujours en banlieue, toujours autant de temps pour aller au boulot, mais beaucoup moins pour aller en centre-ville, et surtout : trajets à durées déterministes.

Vous avez remarqué j'espère que ce soir c'est opéra, sur France 2. Du Verdi, mais c'est mieux que rien (enfin, le temps que je publie la note -- après être tombé de fatigue sur la fin, heureusement que j'enregistre en même temps --, c'est fini, mais y'en a encore un autre, "la Bohème", Puccini). Y'a même Zygel sur la même chaîne, vendredi, à 23h, c'est que ça commencerait presque à sentir la culture, tout ça... Mais revenons-en à notre soirée Alagna, puisque c'est comme ça qu'on nous l'a empaqueté (il est fort, quand même, se faire dédicacer une soirée avec même un reportage sur lui en entracte, il a dû encore réussir à caser toute sa famille, j'en suis sûr :D ; en tout cas, il ne fera pas le requiem de Verdi avec l'orchestre de Paris, cette année, comme originellement annoncé ; serait-ce pour les mêmes raisons que ce qui avait poussé à lui trouver un remplaçant pour "Pelléas et Mélisande", dernièrement ?).

Il est là. Encore, oui, il est partout. Il faudrait faire un plugin google earth, ça pourrait être drôle, pour suivre la piste. Je parle de notre cher président, évidemment. Il a donné une interview, à la télé, avant de rejoindre sa place. Nous sommes donc aux chorégies d'Orange, l'un de ces festivals du Sud avec Aix, où tout à coup une ville composée essentiellement de gens qui se font bronzer (et jouent à la pétanque -- c'est à peine abusé) devient le centre de la culture ; ou du tourisme bobo à 185€ la place pour la moitié de celles disponibles, au choix (tarif de la soirée que l'on voit à la télé, mais à Aix ça monte encore plus haut). Sachant que le lieu reste inadapté, quand bien même il est enchanteur. Orange, c'est en plein air, on sait ce que ça donne, un petit coup de vent et le son est tout distordu. Et puis, au niveau de l'assise, hum... ^^ Sans compter qu'il ne faudra pas espérer des décors fabuleux, on n'est pas à Bastille avec sa surface équivalente à 7 fois la scène derrière, et sa machinerie délirante (vous aurez les photos un jour, promis ;) ).

Mais Sarko, qui nous fait en apparence un très bon discours auquel je ne peux qu'adhérer (diffuser la culture au plus grand nombre, etc ; notons qu'il a déjà traîné par le passé dans les salles de concert, à l'ouverture de Pleyel par exemple, ce n'est donc pas de l'effet de manche gratuit, pour une fois), tombe dans "quelques" clichés. D'abord, il n'y qu'à voir le public : essentiellement des costard-cravates, 185€ la place, plus 200€ de train, plus 120€ d'hôtel, ça fait un SMIC pour le week-end, hein, dans le genre diffusion au plus grand nombre, on a déjà vu mieux ; ou alors les 8000 spectateurs sont tous d'Orange et de la région, laissez-moi en douter copieusement. Mais peut-être voulait-il parler seulement de la diffusion à la télé, et non du festival lui-même.

Cependant, de l'opéra à la télé, ce n'est pas nouveau. Arte le mercredi soir en prime time, on a eu ces dernières semaines "Manon", "la fille du régiment", "la Walkyrie", et j'en passe ; et sur France 2, Eve Ruggiéri (AROPeuse de son état, elle est au CA me semble-t-il) nous a offert deux semaines d'affilées "Un bal masqué" (alors qu'il était encore à l'affiche me semble-t-il) et "Louise", de Bastille ; sauf que là, fallait veiller plutôt bien tard... Peut-être pas de direct (vois pas trop ce que ça change ; je me souviens qu'on avait eu "Turandot" mis-en-scène par Zhang Yimou, en plein air et en direct aussi, mais c'était sur Paris Première, je crois ; accoustique de stade, eurk), mais quand même...

Tout ne serait qu'une question de pub ? C'est peut-être ça, le rôle d'Alagna, on a toujours besoin de stars, surtout Française en France (Natalie Dessay qu'on vous dit, et pas Anne-Sophie Von Otter, voyons !). Mais lorsque j'entends dire avant la représentation "attention à l'histoire, ça va être très très compliqué", heu, faut pas déconner, hein, au bout de 5 minutes on sait déjà ce qu'il va se passer pendant les deux prochaines heures (enfin, à part les trop nombreux épisodes tampons qui ne servent qu'à meubler sur fond de mélodie joyeuse, pour une tragédie...). Le jour où ça passe de l'opéra Russe, ou de l'Est en général ("l'affaire Makropoulos" me vient en tête, là, voyage tchèque oblige), ou du Wagner (où l'on fait du récitatif pendant des heeeeuuuuures, faut pas louper un épisode), ou du Strauss, tiens, va falloir s'accrocher... Sans compter les oeuvres baroques (puisqu'à la base, la complexité viendrait de rapports familiaux un peu complexes ; bah dans le baroque, basé traditionnellement sur la mythologie, tout le monde a au moins commis un inceste dans sa vie...).

Bon, c'est peut-être parce que les 185€ ne donnent pas droit aux surtitres (c'était ambigu, mais j'ai bien cru entendre "ce sera plus facile pour vous téléspectateurs, avec les soustitres) ; après tout, au théâtre des États de Prague, je me suis farci un Don Giovanni sans aucun surtitre, heureusement que je l'avais vu cette année... (étrangement, c'était surtout les italiens qui réagissaient aux moments comiques) Mais dans tous les cas, cela revoie à l'introduction du discours sarkozien, sur la réservation de l'opéra à une élite, que l'on se doit d'élargir. Un bon vieux mythe, que celui-là. "L'élite", c'est très flatteur, merci... Voyons sur le site de l'opéra de Paris les chiffres (très intéressant à décortiquer, portez votre attention sur le budget et les subventions...) : taux de remplissages moyens autour de 92% pour Bastille en 2006 (pour une salle de 2600 places), et 100% à Garnier. Sachant qu'il doit y avoir environ 10 représentations dans même programmation, grosso modo, et que pas tout le monde va absolument tout voir (ce serait même un petit noyau, qui aurait tendance à bien se connaître à force ^^) ça fait... énormément d'élites, au final.

Concernant le prix, toujours le problème éternel. Mais quand on est jeune, vieux, ou sans emploi, on peut quand même s'en sortir ; sinon, faire la queue (et non, ça n'a rien d'extraordiniare : les campeurs devant les guichets pour Madonna, Mylène Farmer, ou U2 devraient le savoir) ; sinon, internet/appeler en se dépéchant, les places pas chères s'en vont vite ; et la dernière minute (à 5€ ; possibilité de se replacer si l'on est malin), sans surtitre certes, mais après tout, à Prague comme à Orange, on a beau avoir payé une fortune, ça n'arrangera pas le choses...

Bref, pas totalement des bras cassés, les parisiens ; le premier obstacle, c'est d'être motivé, le second de prévoir ses soirées avec beaucoup de temps d'avance. Mais il est vrai qu'en Province, l'affaire se présente autrement, surtout dès que l'on sort de Lyon/Toulouse/Strasbourg (heu, je mets Marseille aussi ? J'hésite beaucoup...). D'un autre côté, cet état de fait n'est pas non plus d'un hasard total, on en reparlera certainement avec le Louvre2 (le retour) paumé dans la campagne profonde de Lens (je me vois bien acheter un billet de train pour mater des tableaux, déjà que je trouve pas de temps en centre-ville avec ma carte à accès illimité...). Pour ce que j'ai pu en constater, il y a moins de 10 théâtres à Marseille (Toursky, Criée, Belle de Mai, Gymnase, Moulin, et... heu...), et certaines rues de Paris doivent en contenir autant (la rue Blanche, par exemple, c'est blindé) ; en proportionalité d'habitants, ça ne fait décidément pas le poids.

Le problème n'est donc certainement pas une réserve à l'élite de la culture, mais de ce qui fait que certaines régions sont cultivées et de facto propre à attirer une élite intellectuelle (qui recoupe quelque peu la population la plus aisée, mais ce n'est pas forcément toujours le cas : bien des cultivés ne sont pas très riches, contrairement à un nombre ahurissant de crétins finis). J'irais presque jusqu'à dire que l'école à un rôle primordial à jouer, dans l'ouverture du goût à la Culture, au hasard, mais bon, c'était censé être une note "je raconte ma vie", à la base... (on l'aura compris : il ne se passe pas grand chose, dans ma vie >_< )