Arrivé très juste pour cause de boulot (du coup, pas pu vérifier pour samedi le nombre de places encore dispo :/ ), je décide qu'une galerie au second balcon, ça craint, surtout qu'il doit rester certainement pas mal de place à l'orchestre ; bingo, je peux me placer au rang H, bien centré, non sans avoir dérangé quelques vieux (mais vraiment, quoi, du genre à marcher avec deux béquilles). Il faut dire que c'était prévisible : il aura bien fallu ressortir le billet, faute d'avoir pu obtenir un programme, pour retrouver le nom des compositeur dont les oeuvres allaient être interprétées : semi-blind test, donc.

Neeme Järvi arrive (un lien de parenté avec Paavo ?), et à peine a-t-il salué et l'orchestre s'est-il assis que ça commence, et fortissimo, rapidement, je me dis que c'est aussi fin, léger, aérien, que de l'opéra russe sans parole. Et très rapidement aussi, je me dis que ça ressemble vachement à du Katchaturian, ça... Et ça tambourine, aux timbales, j'aime bien le style russe, mais c'est quand même assez lourd, là, pourtant il y a des choses. Carl Nielsen le Danois pour "Aladdin" (suite pour orchestre), 1918, le programme confirmera : entre Grieg et Katchaturian ("Gayaneh", évidemment), ça y va fort, extraits d'une oeuvre pour ballets aux accents russes assumés, une marche et quatre danses, avec des choses délirantes du style l'orchestre divisé en quatre à des rythmes différents (c'était donc ça !).

Puis vient le Sibelius, concerto pour violon, et celui a certainement justifié que la salle est tout de même relativement bien remplie : Vadim Repin. Le Finlandais nous a habitué aux oeuvres envoûtantes, mélancoliques et fortes à la fois, celle-ci ne fait pas exception. Et le Repin, il justifie largement les prix indécents de ses CDs à la boutique harmonia mundi du hall (qui est toujours majorée, certes, mais quand même...) ; et puis, il faut bien financer le Guarneri 1736 sur lequel il joue (pour ne pas dire qu'il lui en fait voir, niveau torture, à ce pauvre instrument). Haute virtuosité au programme.

Et puis bis et rebis. Premier : méga-délirant, et d'une technicité inouïe, il lance des pizzicati dans l'orchestre à corde (qui semble surpris, en tout cas la veille il ne l'avait pas fait), et c'est parti pour des pizzicati des deux mains, des remontées fantastiques sur les cordes, un morceau de haute voltige cette fois ! De quoi applaudir encore plus, alors on a droit au même rappel qu'hier, ça ressemblerait presque à du Bach, mais je ne reconnais pas, ce serait du Ysaÿe (me dit un ouvreur qui me voyant à l'entracte m'interpelle "ça va ?" ; ouais, c'est amical Pleyel ^^), ce qui me paraît fort probable. Impressionnant aussi, en tout cas : à un moment, je suis pris de doute, joue-t-il en duo ? Eh bien non, il est tellement rapide, et arrive si bien à faire sonner son violon, qu'il peut jouer une note grave, et maintenir le son pendant qu'il joue une aiguë, fait l'entendre pour le croire :). Encore un p'tit gars du Nord (Sibérie, lui, il ne fait pas les choses à moitié) ahurissant dans son genre...

Après l'entracte (foyer quasi-vide, le public est peu nombreux, il a fui pour partie, et est composé de lycéens voire collégiens dans tous les sens, et de très nombreux très vieux ne pouvant même pas bouger de leur fauteuil durant la pause...), on reprend sur du Tubin, Eduard de son prénom, pour sa symphonie n°5. Encore une fois, pour cette ouvre de 1947, on touche beaucoup à la politique et au nationalisme, alors que l'Estonie est dans une situation très floue, et que l'artiste est réfugié en Suède. L'orchestre est wagnérien, des renforts sont arrivés (trois flûtes par exemple...), on comprend mieux pourquoi depuis Lohengrin la ralonge de scène sur les trois premiers rang du parterre est toujours là, même la Descours (chuis strictement en face, vue dégagée, chouette alors) a laissé son basson de la première partie pour reprendre son traditionnel contrebasson (comme vous pouvez le voir, ça n'a rien à voir : avec le second, on a beau être en face, on ne voit plus grand' chose derrière ce gros machin).

C'est très bourrin, aussi, mais ça s'écoute bien, finalement. Le final est magnifique (oreilles mozartiennes, s'abstenir). Mais je crois que le bis était aussi du Tubin ("Musique pour cordes" ?), orchestre à cordes, absolument formidable, une ligne mélodique présente et forte, qui pénètre et bouleverse, wow. Un concert qui ne ferait pas dire aux médisant(e)s occasionnels que l'on a toujours la même soupe à Paris, tiens ; avec une demi-heure de rab' en sus des deux heures prévues, ce n'est pas rien !  :)