Oh, voilà un concert que je n'aurais su que trop conseiller, s'il avait été redonné le jeudi comme le veux la coutume (je comprends mieux pourquoi j'ai "choisi" cette date, en concurrence avec la RdB : il n'y avait pas le choix...). Peu cher, pour une fois, puisque de durée a priori inférieure -- 25 minutes puis 65, sauf qu'au final, la sortie s'est effectuée aussi tard que d'habitude, il semble que les mathématiques soient étrangères au prévisions de durées musicales --, ou de programme trop inconnu. Peu de places libres de dernière minute, et un second balcon en latéral pour billet jeune en abonnement, comme effet secondaire. Mais prévoyant une partie chantée, le replacement au second rang de face du même perchoir s'est imposé tout naturellement (pour une salle pleine, les sièges vides étaient bien nombreux...).

On commence par quelque chose qui s'annonçait passionnant : symphonie n°1 de Bernstein, dite "Jeremiah". En lisant le programme, je me rends compte qu'effectivement, Bernstein est un nom juif (quand on ne se pose pas la question...) ; et que le lien avec la magnifique photo (beaucoup plus grande que sur le site : comme ça, mais en couleur) de l'interprète féminin dont je n'ai pu que m'exclamer sur la beauté juive en ouvrant mon mail hebdomadaire de l'orchestre (ça fait toujours plaisir), était que la partie chantée est tout simplement en hébreu.

En fait, il s'agit d'une oeuvre de jeunesse, en 42-43, alors qu'il fallait attirer l'attention sur ce qu'il pouvait se passer d'horrible de l'autre côté de l'Atlantique ; finalement, la création en 44 n'aura pas dû beaucoup aider, mais l'esprit y est, sur-aigus, tendu, bouleversant, la première partie nous fait tourner Eschenbach (un Allemand à la direction, tout un symbole) au cramoisi. Et puis ces extraits bibliques du livre de Jérémie sur l'annonce de l'extermination du peuple juif, je ne sais pas combien il existe ainsi de texte chanté en hébreu, mais comme l'on sait que j'adore la sonorité de cette langue (il y a d'ailleurs un festival du film israélien très bientôt au mk2 bibliothèque, quand j'y pense), forcément, c'est extrêmement beau. Et puis notre héroïne, Rinat Shaham, qui battrait haut la main dans un concours de beauté notre contrebassoniste préférée si elle faisait quelques kilos de moins, est une mezzo absolument formidable.

À l'entracte, alors que je parle avec deux amis (notamment de la mise en scène de Parsifal, elle aura marqué les esprits, celle-là...), après avoir vanté le physique de notre chanteuse (décidément, les garçons, tous les mêmes, j'vous jure :D ), il s'avère qu'apparemment elle a en plus un tempérament de feu, et qu'en Carmen, elle retourne n'importe qui. À vérifier ! :)  (on m'a parlé d'une Salomé, mais je vois surtout qu'elle retournera à Paris au TCE pour Cosi en Dorabella)  Comme je suis au parterre, j'y reste : autant ne pas faire les choses à moitié, je me replace au centre du rang F  :p.

Et là, confirmation de ce que l'on disait juste avant : Eschenbach s'améliore manifestement à vue d'oeil, peut-etre pour se faire regretter finalement ; Symphonie n°7 de Bruckner absolument magnifique, frissons garantis, ça vibre, ça prend aux trippes, on a envie d'achever le vioche qui a la mauvaise idée de s'étouffer en pleine submersion d'émotion au second mouvement, puis l'on se demande comment il se fait que pendant les fantastiques petites pauses qui suspendent comme ça le souffle, un crétin trouve toujours le moyen d'éternuer. Heureusement que l'orchestre est très complet comme à son habitude (enfin, pas de harpe... ni de contrebasson ;)  ), ça aura pu masquer les malades bruyants. Quelle vibrante interprétation... :)