Alors que ma Grande Amie réapparaît, et apparemment pleine de vie (si tu passes par ici : branche ton téléphone ! :)  ), Roselyne Bachelot, ministre de la santé, prend le problème de l'anorexie à bras le corps. Si si, on s'est rendu compte qu'il existait quelques filles (oh, quelques unes, on donne les chiffres de 30 à 40.000 concernées en France -- "surtout jeunes", c'est être bien optimiste --, j'ai plutôt lu du 5% de la population féminine, depuis le temps que je m'y intéresse, et d'ailleurs j'en connais au moins trois parmi mes lectrices, qui ne sont pas forcément plusieurs milliers s'il faut respecter les proportions d'un tirage aléatoire), qui rencontraient quelques malheurs de ce côté. Il était temps ! Rappelons que la recherche sur le sujet pâtine quelque peu (on sait surtout qu'on ne sait pas grand' chose), qu'il n'y a aucune solution miracle et "automatisable" (traiter cas après cas, ok, mais combien de centres lorsqu'il faut plusieurs hospitalisations de plusieurs mois ?), et qu'entre soins psychiatriques (parfois lourds -- drogage aux anti-dépresseurs --, voire même délirants, on s'en rappelle), et soins nutritionnels, c'est toujours le nutritionniste qui mène la guérison -- il est certes plus apte à pallier le principal problème à courte échéance, à savoir la dégénérescence corporelle, mais rechutes après rechutes, il est plus qu'évident que la réelle solution passe par le mental !

Et donc, que pensez-vous que le ministère de la santé nous ait sorti ? Des centres adaptés ? (qui pour l'instant se comptent sur les doigts d'une main, le principal spécialisé étant privé, fondé par PPDA après le suicide de sa fille) Des fonds pour la recherche ? Une armée de thésards interdisciplinaires déployés sur le sujet ? Que nenni.

Une loi !! Qui interdit le "pro-ana", l'apologie de l'anorexie (souvent, pour ne pas dire tout le temps, menée par des anorexiques elles-mêmes), à l'image des lois contre l'apologie au génocide, ou contre leur négation pour un certains nombres d'entre eux (et dont on connaît à la fois le pendant philosophique douteux, et les effets plus que nuls). C'est le summum du crétinisme absolu. C'est n'avoir rien compris à la question, ou s'en foutre éperdument. On qualifie ça de "bonnes intentions", tout en rajoutant que :

Y a-t-il un lien entre les images de jeunes Russes «size zero» (soit une taille 30 ou 32) et l’anorexie ? Les psychiatres s’accordent à dire que non. Stéphane Clerget, un pédopsychiatre qui a soigné des mannequins, rappelle que l’anorexie «est une maladie mentale très ancienne qui existait bien avant l’imprimé, les blogs et les défilés de mode ; l’époque valorise le fait d’être mince et les femmes suivent de plus de plus de régimes, soit ; mais jamais je n’ai vu d’anorexique l’être devenu par imitation. Les causes sont plus complexes : analytiques, neurobiologiques, peut-être même génétiques.»

Tu parles ! C'est prendre les filles malades pour des débiles profondes que de croire que c'est en voyant trois images de mannequins pas bien épaisses (j'ai remarqué à quel point Fashion TV les films tout le temps en train de manger, des pommes, des salades, des glaces, juste avant les défilés, on dirait qu'ils exorcisent quelque chose à force), peut-être sur des magazines féminins qu'elles ne lisent pas (si vous voulez voir un joli défilé d'anorexiques, ce sera au concours d'entrée de l'ENS, section littéraire), que tout à coup, elles se mettent en tête de ressembler à ce "canon de beauté" imaginaire (info : les garçons préfèrent les filles bien en chair -- parfois même carrément en surpoids --, et se fouttent au passage de la taille de la poitrine aussi, quoique l'expérience tendrait à montrer que les petites tailles ont plus de succès). C'est "un peu rapide", comme on dit. N'importe quoi. Et bientôt, l'interdiction pour les mannequins trop maigres de défiler (c'est un peu comme s'en prendre aux putes, et pas au proxénètes, pour atteindre ces derniers, en somme). A quand une loi pour interdire l'anorexie tout court, histoire de s'en débarrasser définitivement ? J'attends la prochaine réaction sur un autre sujet majeur ignoré du bon ministère (et pourtant, le Président en est quelque peu atteint) : la migraine ; je propose une loi pour interdire l'apologie des céphalées, ça ne peut plus durer ainsi !


edit: et une charte aussi ! Comme c'est original... Entre publicitaires et promoteurs de la mode, n'importe quoi ! Si je recroise Roselyne à l'opéra, je lui en toucherai un mot...