1h30 d'attente, ça deviendrait presque raisonnable, enfin, c'est surtout parce que je suis arrivé une demi-heure après l'ouverture, à 10h30, au bout d'une file d'une bonne quarantaine de mètres déjà. Musée Guimet des arts asiatiques : Hokusai "l'affolé de son art". Hokusai, c'est LA référence d'estampes japonaises, notamment parce que son inspiration par les peintres européens de son époque va trouver une réciproque inattendue : c'est par son lui et l'admiration qu'il va susciter que des Goncourt ou autres artistes et mécènes d'influence vont faire connaître l'art japonais en Europe, et introduire par exemple la manga, mais encore plus, influencer les peintres occidentaux à venir. Tout le monde connaît ainsi par exemple le rêve de la femme du pêcheur (tenu comme référence historique du ero-guro) ; pas de bol, ça devait bien être la seule estampe ultra-connue qui n'était pas présente dans l'expo.

Parce que sinon, il faut compter presque deux heures de procession pour découvrir toutes les merveilles japonisantes étalées au sous-sol du musée pour encore une semaine. Encore une idée pas bien brillante : avec des horaires d'ouverture de 10h00 à 18h0, et un marketing efficace (affiches partout dans le métro, gros panneau à la fnac des halles...), deux mois et demi d'exposition pour quelque chose qui aura autant de succès facile à prévoir, c'est beaucoup trop peu. A l'intérieur, l'exposition est linéaire, on refait la queue donc  :). On regrette juste l'absence de traduction à côté des parties écrites, ce n'est pas avec trois pauvres années de cours de Jap' que j'allais m'en sortir, m'étant calé près d'une japonaise accompagnée (faute d'avoir pu en emmener une moi-même, mes vieilles amies d'opéra disparaissant pour les vacances et ma tentative d'en inviter une semi ayant échoué), elle avait apparemment du mal à faire saisir ce qui était mentionné.

Hokusai a vécu 90 ans, de 1760 à 1850. Il aurait laissé 30.000 dessins, d'où son dernier pseudonyme de Gakyōjin, "le fou de dessin" (modifié bien plus tard par Goncourt en "affolé de son art"). Il a même un musée dédié en plein centre du Japon. Mais tout ce qui est exposé présentement appartient au musée, quasiment que des dons, qui parfois étaient à destination du Louvre et qui ont été regroupés à Guimet en 41. Trouver des reproductions numériques est assez aisé, pour vous faire une première idée si vous ne connaissez pas. Mais en vrai, c'est autre chose : précision, finesse, expression épurée et technique impressionnante au rendez-vous.

D'ailleurs, je ne saurais trop vous recommander de faire un tour par feu la boîte à image, qui en fit parfois même son fonds de commerce, mais surtout expliqua en son temps la technique de création d'estampes (ukiyo-e). M'sieur Ka avait même de cette obsession du Fuji, et encore une fois mentionné Hokusai. Des Fuji, en effet, il y en avait à l'expo, une bonne dizaine extraites des 36 vues du Mont Fuji (qui étaient 46), entre autres camaïeux de bleu... de Berlin. Les quatre grandes périodes dans la vie de Hokusai, se distingant par les pseudonymes successifs qu'il prend pour signer ses oeuvres, sont mélangées dans l'expo qui préfère plutôt la thématique, quoique l'on trouve des carpes au milieu et à la fin. Les quelques étampes érotiques présentes (il n'en n'aurait pas conçues beaucoup) sont concentrées derrière une grande toile noire de séparation. Les rares oeuvres peintes se trouvent à la fin, avec un grand paravent et les deux dernières oeuvres du maître, un tigre et un dragon fabuleux.

Il y a aussi son célébrissime autoportrait, une section consacrée aux livres qui l'ont fait connaître au Japon et en Europe, et bien d'autres choses, surtout inspirées des scènes quotidiennes en rapport avec la nature ou la nature elle-même (fleurs, oiseaux -- moineaux et gros becs --, poissons -- carpes et saumons), bref les thématiques japonaises habituelles, que je ne saurais trop vous inviter à découvrir rapidement si cela n'a pas déjà été le cas. Pour ma part, ayant déjà trop attendu (en deux mois et demi, n'arriver à trouver qu'un seul week-end disponible...), j'ai même porté ma chemise-estampe, car il n'y a qu'un けんぞ pour mettre ainsi partout des はな et des スズメ stylisés ainsi ; comme il est impossible ici en revanche de trouver une photo sur le ouèbe, je suis bien obligé d'en mettre une toute pourrie (appareil bidon, froissée, et avec la réduction de taille on aperçois très mal le travail de couture très certainement intégralement à la main -- oui, elle vaut une fortune -- ainsi que les différentes rayures façon gravure justement) prise par mes soins à l'instant.



L'exposition se termine sur un écrit de Goncourt reprenant les derniers mots, juste avant de mourir, d'un Hokusai-sama constamment en quête de perfection artistique, qui s'écriait que si le ciel lui avait prêté dix, non cinq ans de plus à vivre, il serait devenu un grand artiste...

Comme le billet jumelé expo/musée ne coûtait qu'un Euro de plus, soit 6€ pour un moins de 26 ans (chouette alors !), peu avant 14h, quitte à y être, autant découvrir ce que recèle cet énorme bâtiment place d'Iéna que je n'avais pour l'instant pas eu le temps de découvrir (il est sur ma to watch list avec le musée d'Orsay depuis bien 3 ou 4 ans, quand même...). Il faut bien avouer cependant qu'autant je suis hyper-fan du Japon, autant des bouddhas indiens, puis népalais, tibétains, chinois, pakistanais (ah non, ils ont d'autres trucs eux.. quoique), ça me botte franchement moins. Du coup, si le nombre de pièces est réellement impressionnant et doit constituer une merveilleuse ressource de recherche et d'extase pour l'admirateur de bouddhisteries tel que l'était apparemment Guimet, puisqu'à la base il avait dédié le lieu à la religion (comme l'atteste la fabuleuse rotonde recelant une bibliothèque ahurissante sur le sujet), pour ma personne, ça se regarde vite fait.

La Chine m'intéresse plus, en revanche, et après avoir zieuté l'Afghanistan, j'ai passé plus de temps entre Chine antique et vase Ming (qui sont en fait aussi ennuyeux que la porcelaine de Sèvres, dont il faudra bien pourtant qu'un jour je motive à visiter le musée). Mais surtout, le côté japonais : masques de nô, estampes (il y en a dans la rotonde aussi), une véritable armure, le plein de merveilles ! Dommage que ce soit si petit, du coup  :).