Après les un et trois, le quatre ! Dernier programme du New York City Ballet, avec une place plus chère, tout autant de côté mais plus proche de la scène (troisième rang tout au bord impair), pour un programme plus court, mais plus intense. Et effectivement, ça comment par "Carousel (A dance)" de Christopher Wheeldon, en adaptation de la comédie musicale homonyme, et sur les extraits de la musique de Richard Rodgers -- l'orchestre est de retour, dirigé par Fayçal Karoui. C'est impressionnant, entraînant, plutôt génial. Il y a un groupe important de danseurs (mais pas ma préférée : ce soir c'était la catégorie des grands, les petits modèles n'étaient pas de la partie -- j'ai bien eu peur de ne voir que des filles moches toute la soirée, de fait), deux couples composés de Rebecca Krohn et Craig Hall (le beau gosse facilement repérable : c'est dingue, ils sont tous tout blanc dans ce corps de ballet excepté lui -- et il n'y a pourtant pas la politique d'harmonisation extrémiste de l'OdP) d'une part, et Ashley Laracey avec Andrian Danchig-Waring d'autre part, et enfin le couple le plus important, qui a droit à un long pas de deux (interrompu par un orgue de barbarie numérique au son sur enceinte d'autant plus affreux quand on est à moins de deux mètres), Tyler Peck et le génial-célébrissime Benjamin Millepied. Forcément, ça déchirait grave.

Après ces dix-huit minutes-là et trois petites de précipité, on enchaîne sur "Tarantella", sur un arrangement de partition de Louis Moreau Gottschalk qui ne cassait pas trois pattes à un cannard, mais avait le mérite d'être bien exploitable pour nos deux danseurs hautement malicieux Megan Fairchild et Joaquin De Luz, pour un Balanchine de 64 franchement original : technique et ambiance espagnole au rendez-vous, on bat du tambourin en costume et en sauts. Huit minutes de bonheur.

Entracte de vingt minutes, je pars récupérer mes jumelles et fait un crochet par le salon AROP, où après avoir salué quelques administrateurs (y'avait de la famille et de la petite-famille héritière, aussi, si j'ai bien compris), je tombe sur un groupe de jeunes de ma connaissance, qui ne tardent pas à évoquer le gala de la veille : je ne ne savais même pas qu'il y en avait un. Manifestement, j'étais bien le seul, comme j'ai pu constater plus tard ; mais comme les avis étaient plutôt mitigés, aucun regret ne m'est venu (apparemment, il s'y est passé des trucs folkloriques, lors de la soirée, mais bon, je préfère largement mes amis libristes pas revus depuis trop longtemps au strass et paillettes).

Reprise sur "Barber Violin Concerto", je vous le donne dans le mille : du Peter Martins sur le concerto pour violon de Barber. Côté filles, Sara Mearns et Ashley Bouder ; côté hommes, Charles Askegard et Albert Evans. Sur les 25 minutes, j'ai préféré la première partie au thème ultra-célébrissime, mis en valeur par le violoniste Maxime Tholance (qui s'est barré sans saluer, ça craint !), mais dans l'ensemble j'ai fort bien adhéré à l'ambiance de cette chorégraphie, très marquée par la musique -- de telle sorte qu'il n'y a presque pas de continuité, on passe de la mélancolie au cabotinage léger, avant de finir sur une sorte de double pas de deux (j'avoue être fichtrement mauvais pour commenter ce genre de choses).

Encore vingt minutes d'entracte, après ces vingt-cinq de chorégraphie, et les trente-cinq de la suivante. Je retrouve mon Laurent qui a fait le déplacement pour la partie comédie musicale de la force : entre Carousel et West Side Story Suite, il y a effectivement de quoi faire. On regarde avec étonnement la faune étrange qui rode, pis encore qu'au salon AROP (peuplé apparemment par des American Friends of Paris Opera & Ballet -- qui est bien présidé par la de Brantes, donc), du beret militaire qui claque la bise à un boucle-d'oreille, je me fais prendre en photo par un flash énorme par une vieille à moins de deux mètres de distance qui après m'avoir flingué les yeux s'enfuie, et j'avais déjà remarqué qu'après avoir tenu pendant plusieurs secondes la porte au couple derrière moi dans les escaliers qui ne se pressait absolument pas sans en être remercié, les ricains étaient franchement plutôt détestables ; j'ai la confirmation par Laurent -- et sans avoir évoquer le points ci-dessus -- que les futurs ruinés d'outre-Atlantique sont effectivement fort impolis.

Bref, le Bernstein, donc : Jerome Robbins évidemment, et une compression de l'action (datant de 95) qui fait que si l'on n'a jamais vu l'intégralité, il y a assez peu de chance que l'on y comprenne quoi que ce soit. C'est que les Jets et les Sharks, me semble-t-il, doivent déjà être de deux ethnies différentes, mais on est très blanc au NYBC, c'est à peine si l'on a trouvé deux danseurs très vaguement latinos pour Bernardo et Maria (Amar Ramasar et Faye Arthurs -- Anita et Rosalia sont Jenifer Ringer et Gretchen Smith, on comprend facilement qu'elles n'ont pas trop la tête de l'emploi), tandis que  Riff chez les Jets est Andrew Veyette, et Tony le Robert Fairchild qui semble bien être un pillier du corps de ballet. Du chant en playback (mais non surtitré, quoique facilement compréhensible), j'avoue que ça déconcentre pas mal, déjà que côté danse c'est beaucoup, beaucoup moins impressionnant. Je pense d'ailleurs aux crises de nerfs des profs de sport quand on arrivait en jean, alors qu'eux dansent carrément avec. Il est vrai qu'il y a un côté spectaculaire, mais je n'accroche que très moyennement. Ce n'est pas vraiment ce que j'aime. Niveau poétique, c'est le zéro absolu.

De fait, ça donne une impression moyennement enthousiasmante alors que l'ensemble est tout de même très bon. Quelque part, ça résume bien, selon mon ressenti, les trois programmes auxquels j'ai pu assister pour le passage du NYCB à Bastille (et Garnier pour cette soirée spéciale avec le ballet de Paris totalement ratée, mais on ne me dit jamais rien ! >_<"  ).