En attendant "Die Nacht" sur Arte, et avec mon petit umpc décidément bien pratique (finis les problèmes d'infertilité en posant la machine sur ses genoux !), je peux écrire mon billet hebdomadaire. Montpellier est une ville bien sympathique, il y a même deux opéras, soit deux fois plus qu'à Marseille, qui doit pourtant avoir 20 fois plus d'habitants. La voiture y est honnie et le piéton roi -- ce qui n'arrange pas trop dès que l'on doit aller s'enfoncer loin dans la banlieue pour cause d'école désaxée, ceci dit. La soutenance de mon ancien stagiaire -- une heure tout au plus, pour sept heures de trajet -- m'aura permis de découvrir cette cathédrale très impressionnante de St-Pierre, où officie un prêtre super sympa, d'ailleurs (mais j'ai oublié de lui demander quand est joué du Bach avec ses deux orgues énormes).

Ça c'était pour l'aspect heureux du métier, cette semaine. J'essaie de porter un uClinux sur une carte de dev' à laquelle une longue aventure s'est greffée (six mois à batailler avec l'administration pour l'obtenir) ; ça prend pas mal de temps, j'arrive à booter depuis le J-TAG mais je n'ai aucune sortie (même en initialisant manuellement le port série), j'apprends donc sur le tas le débuggage par gdb d'un kernel chargé à la main en RAM et compressé de surcroît (problème de chargement de symboles). Voilà quelque chose que j'expliquerai volontiers à mes étudiants dès que j'aurais trouvé et maîtrisé la méthode : sur le net, on trouve quelques informations éparses, quand on a de la chance, déjà qu'il n'y a pas grand chose, google est fâché avec l'indexation de choses si complexes.

Mais voilà, j'ai deux problèmes, de mes deux boulots (enfin, pas resigné de CDD pour le professorat, mais je suis dans les agendas). Déjà, pour l'école, c'est mal barré pour faire des trucs intéressants. J'ai appris hier que le cours de C sur les pointeurs serait en troisème année, un an après mon cours sur Linux Embarqué. Les étudiants devront donc apprendre à embarquer un OS, construire un système d'exploitation, gérer toutes les ressources, compiler du bootloader et du kernel, configurer le tout, etc, sans savoir comment marche la mémoire d'un programme. Et le pire, c'est que je suis censé trouver ça normal. Évidemment, c'est le "doyen" de service qui est supposé à la raison, je n'aurai donc aucun écho du côté de la direction (n'entendant rien à l'informatique), qui m'assurait pourtant de son soutien il y a quelques mois. C'est à désespérer. Tant pis pour eux, au pire.

Et puis mon vrai job principal aussi : je ne suis pas censé faire de la R&D, m'a rappelé le "n+3" (qui pour sa part ne connaît rien en développement, ni en informatique embarquée) en me gueulant dessus en plein open space. Non non non, j'ai deux projets qui doivent me prendre 100% de mon temps. En réalité, le premier -- toujours le même depuis neuf mois -- a subi un coup d'enfumage en règle, avec un client trèèèès mécontent du nombre de bugs ahurissant trouvé dans mon code de 2000 lignes de script pondu en trois semaines chrono, que je n'étais pas censé faire, la preuve j'étais en vacance quand le codage de cette partie était sur la planning, juste avant la livraison ; dans la réalité, quatre bugs mineurs (correction en cinq minutes) relevés en dix jours, depuis ladite réunion, mais la naïveté hiérarchique m'a pris de court, pour la peine (mince, il a vraiment cru à ce que les autres en face lui ont raconté pour repousser le paiement du développement !). C'est aussi la raison pour laquelle je n'ai pas pu aller à Paris Capitale du Libre, alors que c'était largement possible et que de nombreux sujets m'intéressait, pour la première fois en trois ans -- avec un arrière goût ironique que je ne puis révéler sans trop me mouiller, les plus pertinents auront trouvé tout seuls.

Quant au second projet, c'est encore plus drôle : je suis censé intervenir sur de la sécurité (certificats et tout le titouin) et du réseau, les deux domaines où je suis le plus incompétents (je suis bien meilleur en codage Ajax, pour dire), pour un projet dont je n'ai jamais eu le contenu, pour lequel on s'est aperçu que ça n'allait pas du tout, et j'avais donc été mis en pause par le gars qui s'en occupe, et a eu la bonne idée de se barrer à l'autre bout de la Terre pendant une semaine. Beaucoup d'erreurs, me voilà condamné à bosser sous windaube (ce dont il n'avait pourtant jamais été question !) en plus des autres domaines d'incompétences (au point où l'on en est), je ne comprends strictement rien à ce que je fais, et je sais juste qu'il faut que ce soit près pour dans quinze jours. Et qu'il y a trois chances sur quatre pour que ça ne serve à rien, je suis sûr qu'ils n'ont encore rien compris à ce qu'il fallait faire exactement dans cette affaire.

Un monde de n'importe quoi. De quoi dégoûter pas mal. Pendant ce temps, je décroche des conf', des contacts internationnaux, dans ce qui est le coeur de mon métier, mais me voilà bridé (oh, vous pensez bien, je ruse : si la carte de dev n'est plus visiblement sur mon bureau, le carton avec des fils qui dépassent n'est pas si innocent qu'il n'en a l'air). Entre les mauvaises gestions et les incompétents maîtres de leur monde, j'en ai parfois franchement ma claque. C'est fatigant. J'ai bien aimé le (faux?) reproche d'il y a deux semaines : je suis "trop dans l'action". La bonne blague. L'antémouton, le type compétent qui casse les pieds, en somme. Bien révélateur tout ça...

OlivierJ me faisait d'ailleurs passer ces quelques liens cette semaine : le livre "l'open space m'a tuer", et l'article "cadres : la comédie du bonheur". Mon open space est à côté de salles de formations qui débouchent directement sur mon bureau, côté couloir, dos à l'arrivée de tout le monde, j'ai 16 personnes en permanence derrière moi et trois immédiatement à droite (quautre autres en face, j'ai du mal à parler à mon chef strictement en face tellement il y a du bruit permanent) ; et ce n'est pas tant le fait de se faire sans cesse accrocher sa veste (qui vaut naturellement une fortune, mais y'a pas de porte-manteau à moins de 50 mètres) lors des passages incessants entre les deux rangées de bureau qui ont à peine assez d'espace entre eux pour mettre deux chaises dos à dos, qui stresse le plus (mon chef a plus de chance : dos au mur, il n'a manifestement rien d'autre à faire que d'attendre toute la journée que le client ne manifeste aucun mécontement, ce qui est déjà assez stressant en soi, mais réduit les journées à surfer sur le net, prendre 20 minutes de pause cloppe toutes les heures, deux heures trente de pause repas pour une plage horaire de 10h à 18h30... Mais la simulation est le plus important -- quelle idée d'avoir sorti quelque chose d'aussi visible qu'une carte de dev' que je m'étais engagé à ne jamais laisser prendre la poussière pour en obtenir l'achat ! --, dos au mur et face au couloir d'arrivée c'est plus simple en tout cas). Le Palpat' est entre la désabus (mais ce stade est passé depuis au moins l'année dernière, pourtant) et la fatigue de tout cela. Un ami nous a appris aujourd'hui qu'il prévoyait de s'engager, par ras le bol de tout ça : ça va loin !

Allez, je vais finir de regarder "Die Nacht", c'est au moins ça (z'aurez pas ma liberté de penser ! ^^ ).


update: énorme, tellement c'est trop vrai