Première du genre : un début de critique écrit durant l'entracte : c'est que de toute façon, je ne connais jamais personne à la Cité de la Musique, je sais que Bladsurb n'y est pas. Le public est d'ailleurs toujours aussi étrange, enfin, moins que pour des programmes très minimalistes (la musique, pas la durée, malheureusement).

Mon retour à la CdM était motivé par un programme attractif ; en fait, ne serait-ce qu'avec le baroque proposé, il y a des choses très bonnes cette année, et pour les jeunes le nouveau système recoupe les meilleures idées de toutes les salles parisiennes : une carte distribuée gratuitement sur demande permet de réserver ses places ou de les prendre à la dernière minute pour neuf Euros, avec un fort bon placement (je suis au rang E du parterre en ce moment) s'il reste de la place, ou replacé sur les fauteuils laissés vides par les malades en cas d'affluence (oui, c'est du surbooking, on peut se retrouver sur des marches ou des bancs dans les alcôves des étages supérieurs, de fait).

Ce soir c'est donc Ligeti qui m'a poussé à venir. D'ailleurs j'ai profité du fait qu'à la CdM on commence toujours avec dix mintues de retard pour commencer ma collection de CDs achetés (il y a une "intégrale Deustche Grammophone" pour 39€ en 4 cd, et un Sony double-cd qui ne recoupe quasiment pas le précédent, de telle sorte qu'il ne me manque guère plus que le requiem et le grand macabre à présent, comme oeuvres principales). On devait commencer par les 100 métronomes, d'ailleurs, que je n'avais jamais encore entendu (mais je l'ai en CD, maintenant, c'est dire que l'on a ressorti des vieux enregistrements puisque j'avais repiqué l'intégralité de ce qui se trouvait dans la médiathèque bien fournie de ma ville).

Mais finalement, le programme fut modifié : grand bien leur en a pris, cela a permi des transitions bien plus naturelles, par fondu enchaîné entre les deux premières pièces, et par suite logique pour la troisième. Nous avons donc débuté ce concert par du Philippe Leroux, "De la texture". Ce n'est pas le BHV, mais le frappage de piano avec une baguette à bout rond annonce bien ce qui va suivre : on essaie désespérément de faire de la musique à partir du bruit en martyrisant des instruments inocents (mais que fait la SPI ? -- Société Protectrice des Instruments). Ça donne à peu près n'importe quoi, et on a peine à croire qu'il y a des partitions derrière tout ça -- pourtant ça tourne les pages, et le chef Georges-Élie Octors a l'air de vraiment diriger. Ça dure vingt bonnes minutes, on aurait pu s'en passer.

(zut, le concert reprend !) (bon, raté ma correspondance de peu -- sur la ligne 5, j'ai évité le type au regard de tueur, mais je suis tombé sur une montagne alcoolique, je sors rien de valeur ni fragile dans ce cas-là :s --, ça laisse une dizaine de minutes)

On enchaîne le concert sur les 100 métronomes, donc, qui commencent à être démarré alors même que les dernières "notes" (le mot est fort) du précédent morceaux sont encore un peu soufflées. C'est la première fois que j'y assiste, il y a quatre rangées de métronomes, au début ça fait un vacarme assez impressionnant, alors que la salle est plongée dans le noir et que la lumière plongeante sur les donneurs de tempo donne une impression solennelle qui inspire dans le public des preneurs de photos (oui, c'est très spécial comme public...).

À la fin, il ne reste plus qu'un métronome, tout seul alors que les autres se sont tus peu à peu, en cadence -- c'est celui du milieu, comme quoi c'est bien calculé, à moins que ce ne soit un hasard total, mais j'ai bien noté que chacun avait une position de battement bien précise. Il est arrêté par le chef, de manière fort ironique. Un batteur -- enfin, percussionniste -- s'était glissé dans le noir devant la rangée de petits tambours, qu'il commence alors à battre.

Steve Reich : d'habitude je fais une allergie à ce type, mais pour une fois c'était franchement pas mal. Ça tambourine dur dans ce "drummings", car en fait au bout de quelques temps, un second batteur se met face au premier qui ne traumatise pour l'instant qu'un bout de la ligne d'instruments, et plus tard un troisième batteur fait son apparition -- le chef d'orchestre, recyclé. Et un quatrième vers la fin, le bruit est assourdissant, la "mélodie" (le mot est très fort) répétitive sans être lassante, vidant et remplissant l'espace successivement, le tout joué tambour battant (fallait la placer obligatoirement, celle-là) durant une vingtaine de minutes (ce n'était "que" la première partie...), sans partition, jusqu'à arrêt simultané des quatre batteurs, preuve que ce n'était pas une impro...

Entracte, Philippe Leroux -- en toute rigueur -- est venu saluer, dans la salle ça s'embrasse pas mal, vraiment un microcosme à part -- un tas de vieux, d'artistes plus ou moins ratés et d'éternels étudiants, pour résumer le plus gros. Le but est de ne jamais bien s'habiller, mais j'ai prévu le coup, j'arrive à passer inaperçu. La règle s'applique aussi sur scène, où pas un musicien ne porte la même chemise retroussée ou le même t-shirt que l'autre, ça en est presque troublant (comment font-ils pour qu'il n'y ait pas de doubles ?).

L'exhubérance atteint son comble avec le joueur de pianola (pianoliste ?). Rex Lawson a une barbe qui descend jusqu'au nombril, et pas un poil sur le caillou. Il joue donc du piano mécanique, ou plus exactement un adaptateur de piano mécanique : les deux pédales (on sent l'héritage de la machine à coudre) font défiler une partition à trous (on sent l'héritage de la machine de Babbage à tisser), qui active des petits marteaux venant frapper sur les touches ; on tisse donc des notes avec plus de 10 doigts disponibles. C'est aussi à mon avis un moyen plus simple d'apprendre à jouer du piano, mais notre gars ne connaît pas beaucoup de concurrence dans le monde (et comme le vendredi c'est permis, il arrive avec un T-shirt avec des dessins dessus, mais la barbe cachait trop). Il décide de nous jouer en apéritif une toccata d'un type dont je n'ai pas compris le nom, mais c'était peut-être tout simplement le compositeur suivant ; il s'agit d'un duo avec un violon, qui à vrai dire s'acharne à répéter les mêmes notes inlassablement. C'est pas mal du tout, ça termine avec une touche d'ironie qui fait réagir bruyamment le public, qui me rappelle pour la peine ce que l'on croise à la cinémathèque, en fait je crois bien que ce sont les mêmes... (une étude sociologique est à mener, mais décidément je ne crois pas une demi-seconde que placer le symphonique de Paris -- les travaux ont apparemment commencé -- juste à côté soit une idée bien brillante, je vois mal les aristos-bobos arriver là-bas...)

Nous reprenenons le cours normal du programme : Paul Usher pour "Nancarrow Concerto", une vingtaine de minutes encore, c'est clairement jazzy, les cordes sont toutes pincées, les vents, cuivres et bois tout aussi nombreux. C'est un peu long pour ce que c'est, je n'en retiendrai pas grand chose si ce n'est rien. Le compositeur ne doit pas avoir trente ans, et sous le T-shirt (sont bien assortis, tous...) se cache déjà un bon bide, spécial dans le genre.

On enchaîne sur du Ligeti de nouveau (non, je ne suis pas juste venu voir des métronomes, je ne prends pas le risque de me perdre dans ce trou parisien pour si peu) : "Kammerkonzert", une découverte aussi, je pense (mon disque dur est comme qui dirait en IDE et dans un PC mort, ce sera difficile de vérifier). Bein là, c'est autre chose. On retrouve notre bon György et sa musique complexe mais épurée. Un regrette que l'harmonium ait été remplacé par un pauvre synthé, mais bon : je n'ai point vu les vingt minutes (c'est un standard ma parole !) passer, et je suis le premier surpris lorsqu'après un assez long silence ça commence à applaudir.

La soirée de ziq space s'est mieux passée que certaines fois fort scabreuses (hey, mais ça fait un an et un jour que j'ai rencontré Lea, c'est chouette un blog comme annexe de mémoire  :^p   ), le thème du temps (qui passe, forcément, mais qu'est-ce que le temps, blabla, St-Augustin n'a pas trouvé, Einstein oui bouarf, trop compliqué pour l'artiste) a été fort bien développée, mais il reste toujours un mystère, même après lecture du programme : pourquoi la soirée s'intulait-elle "Ictus" ?