Oh oui, un très grand Mahler. Je découvrais totalement cette troisième symphonie de Mahler (à vrai dire je ne pense avoir que la 5ème en disque -- j'ai la flemme d'aller vérifier --, donc c'est pour Brahms, je découvre tout en concert). L'orchestre du festival de Budapest venait de sa Hongrie avec les mêmes quatre bus qui l'y ont ramené (enfin, à l'aéroport je pense, plutôt). À sa tête, Ivan Fischer, qui lui avait un chauffeur personnel l'attendant avec un carton à son nom à la sortie des artistes. Et puis Birgit Remmert, la mezzo qui est devenue experte ès-Mahler, et se concentre sur son compositeur fétiche entre Londres et Amsterdam.

Pour le choeur, c'était Le Jeune choeur de Paris (y'a du bambin haut comme trois pommes, que de la petite fille toute mignonnette) et la Maîtrise de Paris (à peine plus âgé, y'a de l'ado et beaucoup de blondes, à part un blond qui ne doit pas en mener large à mon avis -- mais la mue est pour bientôt, sinon il finira contre-alto). Le détail a son importance : le public était largement préacquis, comme l'ont prouvés les applaudissements anticipés (heureusement rapidement étouffés) juste après la partie chantée, et plus tard la standing ovation lorsqu'il a fallu remercier le choeur, dont la participation se limitait pourtant à une strophe et des "bimm bamm".

Une bonne heure quarante de musique, tout de même : la symphonie n°3 de Mahler, ce n'est pas de la rigolade, ça décoiffe les oreilles assez souvent (quatre bus, disions-nous), c'est profond, plus profond que la douleur du monde et le chagrin. C'est pas moi qui le dis :

Tief, tief, tief ist ihr Weh,
Lust, tiefer noch als Herzeleid!

Voilà qui est clair. L'interprétation était excellente, d'une manière tout à fait objective ("je déclare n'avoir aucun lien de parenté ou d'amitié avec un quelconque participant à l'exécution de cette oeuvre"), ils ont fait un Mahler (oui, je sais, elle est éculée celle-là à force, mais il faut penser aux nouveaux lecteurs).

J'étais en compagnie de mon ami berlinois (qui revenait de Radio France : hommage à... Olivier Messiaen !), avec qui j'avais fui mon rang BB pour aller au rang B-tout-court. Alors qu'il s'était incrusté dans les loges pour avoir son autographe et sa petite discution semestrielle avec la mezzo de service, je récupère mes effets, puis nous avous l'idée brillante-pas-si-brillante de la soirée blanche : tenter un Grand Palais. Dès qu'il m'apprend que c'est gratuit pour la Nuit Blanche, je commence à douter sérieusement du niveau de bonnitude de l'idée, mais il restait un espoir étant donné que le peintre en question est fort peu connu par nos contrées (à tel point que j'ai encore oublié son nom). J'ai compté soixante-dix mètres de queue. Nous avons fini au resto chinois, partagé un RER, et hop, exit la nuit blanche : cette année encore, trop de monde, à peine possible d'emprunter correctement un trottoir, décidément ce n'est jamais trop une bonne idée de sortir ce soir-là (en revanche, pour les autres 364 jours de l'année, on peut bien se lâcher !).