Je ne sais pas trop pourquoi j'ai pris ce concert dans mon abonnement, au pifomètre certainement ; orchestre de la Tonhalle de Zurich, David Zinman à la direction, je ne connais rien de tout cela. Mais grand bien m'en a pris : la salle Pleyel fut si comble que les places de dernières minutes n'existèrent guère, et que même le mafioso de service rachetant des places pour les revendre ensuite moitié plus cher avait du mal à faire tourner son business illégal. C'est qu'il y avait du fan, dans la salle.

On a commencé avec une pièce de huit minutes à peine mais d'une grande originalité : un comble puisque c'est un mégamix. Luciano Berio mixe du Boccherini : "Quattro versioni originalli della 'Ritirata notturna di Madrid' di Luigi Boccherini". Ça tambourine en dialogue à droite, ça monte et ça descend en volume, c'est fichtrement bien ce machin-là, mais il faut vraiment le vivre en concert, je pense. Je suis à peu près sûr que ma place au second balcon totalement décentré, près du mur (la rangée C a manifestement été dédié aux jeunes), a amoindri la portée de l'oeuvre.

On a continué ce concert sur ce qui était clairement attendu par bien du monde : Alfred Brendel fait une tournée d'adieu, si j'ai bien compris. Il nous joue un concerto n°9 pour piano "Jeunehomme" (ce qu'il n'est plus beaucoup), de Mozart : du très, très classique, dans le genre... Son interprétation est très légère, fluide, naturelle, je comprends pourquoi il est apprécié du public (contrairement aux tortureurs de pianos) ; mais on risque tout de même l'ennui, à éviter le relief. Au bout d'une demi-heure, standing ovation. Heu.... Soit. Au bout de cinq minutes, il nous joue un bis, du Schubert ai-je entendu, puis au bout de cinq autres minutes de standing ovation, un second rappel, aucune idée de ce dont il s'agit, mais c'est bien dans le genre du bonhomme, manifestement, très cotonneux, on se laisse bercer, en somme. On a pris plus de vingt minutes de retard sur le programme, au final.

Entracte. Je devais retrouver un ami -- j'en ai croisé deux autres dans la journée, l'un en descendant les Champs à treize heures, l'autre à la caise, et les deux furent malchanceux pour cette soirée --, mais manifestement il est allé poursuivre Brendel dans les loges ; j'en aurai la confirmation une fois retourné sur mon perchoir (aahhh, ces fans avec leurs chasses à l'autographe, c'est tout un monde aussi...).

On reprend sur du Mahler, c'est très à la mode ces temps-ci : et revoilà une première symphonie. La redif' ne fut cependant pas trop douloureuse : superbe interprétation ! Comme dira une bonne connaissance venu sans Laurent (bah alors, fatigue ? ;)  ), ç'aurait plutôt été là qu'il fallait se lever. Bel orchestre, assez âgé -- je commence à croire que les p'tits jeunes en nombre sont une spécialité française --, le contrebassoniste est un vieux bidonnant aux poils blancs et portant la barbe : rien n'est jamais totalement parfait.