Voilà comment est introduit le programme de cette soirée de l'orchestre de Paris dont la rediffusion aura lieu ce jeudi, toujours pour des prix inférieurs à la normale : c'est que l'hétérogénité des pièces choisies est proportionnel à la difficulté d'écoute ressentie pour chacune, et les publics différents qui sont visés.

On commence par "Un sourire" de Messiaen, à l'époque, en 89, commandé par le chef de ce soir, Marek Janowski, dans le cadre du bicentenaire de la mort de Mozart. Qui non seulement était le compositeur préféré de notre adorateur des zozios, mais en plus l'a inspiré pour cette oeuvre précise. Je me demande encore où ça, à vrai dire. Il n'empêche, comme dirait mon accompagnatrice balletomane #3, "c'est trop court". Bein ouais, neuf minutes. C'est l'apéritif en attendant St-François (le 31, toujours à Pleyel, notez bien !).

La seconde oeuvre a été créé par la Tonhalle de Zurich, voilà une transition plus évidente que le lien commun avec la précédente oeuvre à Mozart. Le concerto pour hautbois et petit orchestre, en ré majeur, de Richard Strauss a été inspiré par un soldat américain à l'issu de la seconde guerre mondiale, hautboïste à Chicago dans le civil. L'orchestre n'est pas si petit, et le hautbois bien nazillard comme il faut : Alexandre Gattet, de l'orchestre de Paris, connaît là son heure de gloire solo. C'est très léger et chantant, on voit bien la filiation au concerto pour clarinette de Mozart, effectivement. En bis, on a quelque chose qui ressemble à du Ravel, aux accents andaloux. Ou alors c'est de l'impro...

Entracte, je continue les présentations entre amis (évidemment mon ami berlinois est dans le coin, l'occasion d'apprendre à la demoiselle comment on se replace en opération ninja :)  ) : celui qui en ces lieux signe "ladegai" (ah je le savais bien, non mais ! ;)  ) a fait le déplacement aussi, et j'en suis fort surpris. Autant l'une adoooore Messiaen est s'est un peu ennuyée ensuite, autant l'autre n'a pas du tout accroché au dissonant et a été transporté par la douceur straussienne. Chacun son truc -- heureusement que les places ont été à 5 ou 10€ -- après réduction, sinon c'est 45 à 5 --, du coup.

Peut-être que la seconde partie a mis tout le monde d'accord. Ou peut-être pas : la symphonie n°3 de Bruckner a dû être remaniée plusieurs fois, dont trois versions majeures, en vingt ans, tellement elle fut décriée. Et si la seconde mouture avait emporté le coeur de Mahler et Wolf, contrairement au reste du monde, c'est la dernière version plus facile d'écoute qui l'emporta. La dédicace est à Wagner, cette fois, et il ne manque guère que la harpe -- les balletomanes sont très harpistes ces temps-ci, d'ailleurs -- et le contrebasson (pourtant incontournable à l'orchestre de Paris !) qui manquent à l'appel. Ça dégomme dur, puis un Ländler, un thème, re-trompettes, polka, et trompettes, je comprends enfin pourquoi j'accroche tant à ce style qui déconcerte : Bruckner était organiste, et il composait comme il jouait. Les non-transitions entre styles bien différents, changements incesant de direction, puissant ou lyrique ou les deux, j'aime décidément beaucoup.

Comme quoi, on peut tout aimer dans ces styles bien opposés proposés pour cette soirée atypique, même si à force de croiser les publics spécialisés, on pourrait presque se demander comment il se fait qu'il n'y avait pas de plus places inoccupées -- une moitié de rang F se vide à l'entracte : des membres de l'administration de l'orchestre, si j'ai bien compris...