Ce "Rigoletto" avec la même mise en scène qui à l'époque (soit deux ans et demi) était déjà une redif', était l'un de mes tout premiers opéras jamais vus -- en fait, le second. Depuis lors, j'ai un peu pris de la bouteille  :)  (le tag "opéra" indique pour l'instant 153 billets, majoritairement des comptes-rendus). Alors je ne comptais pas vraiment y aller en priorité.

En fait, j'ai voulu assister à "Armide" de Lully ; sauf que l'absence de réductions jeunes et les places minables restantes (la moins dégueue étant un strapontin à 75€...) m'ont découragé d'y assister (ça passe tous les 16 ans, de toute façon, pas de problème). Je pensais donc à faire un tour au ciné, et puis je me suis souvenu qu'il y avait des choses intéressantes à l'opéra ces temps-ci. En l'occurrence, c'est tombé sur du Verdi. J'ai donc remonté l'avenue Montaigne et pris le métro jusqu'à Bastille -- étonnamment j'ai accompagné une jolie fille quasi-trentenaire blonde tout le long, qui a dû croire que je la suivais à force !

Je me mets donc en file, mon pass à la main, vers 19h10 : la file est courte, il n'y a qu'une jeune fille, c'est sa première fois (faut apporter du liquide mam'zelle !), les quinze premiers ont déjà été servis -- un jeune japonais et des vieux, lui demandé-je ? (finalement, j'ai aperçu l'ami nippon au premier rang, mais aucun des vieux, étrange) Il faudra attendre dix bonnes minutes avant que deux places soient enfin libérées. Et pas n'importe lesquelles : un rang 15 ! Très légèrement excentré, place 26, quel luxe ! :)

J'aurais préférer entendre du Lully (j'm'appelle pas Rousseau), mais la compassation n'était pas mauvaise. Enfin, si l'on met à part le voisin japonais au souffle de buffle (c'est incroyable le nombre d'hommes qui respirent autour de 30dB ! Et puis il pouvait laisser sa place plus centrale à son accompagnatrice, aussi !), et les vieilles bourges du rang 16 juste derrière plutôt bien malades. Public atteint d'applaudite aiguë (y'en a même qui ont essayé d'applaudir au milieu de "la donna è mobile" -- ma jeune voisine chanceuse, rang 15 pour un premier essaie, a beau être blonde, elle n'applaudit heureusement jamais avant quelques secondes et seulement à la fin des scènes ou des actes, comme moi), et donc toussant sans cesse (intéressant de voir comment ça se propage dans la salle), bref le grand n'importe quoi parisien (mais blindé de touristes, notons) habituel. À l'entracte se déroulera un drame dans le salon AROP : plus de coupes de champagne, mais comment verser le reste de la bouteille ? La fort jolie ouvreuse (j'adhère totalement à la politique de recrutement du personnel de l'opéra !) devra se taper quelques étages pour appeler à l'aide et faire venir les renforts...

Nous retrouvons donc notre opéra en trois actes sur deux parties d'une heure séparées d'un long entracte d'une demi-heure, sur un livret de Francesco Maria Piave d'après "le roi s'amuse" de Hugo, et il serait intéressant de voir comment on en est arrivé à tant d'incohérences dans le scénario. Mais qu'importe. Daniel Oren à la direction, sans grande prétention, un peu à l'image de la mise en scène de Jérôme Savary, insipide mais sans contre-sens (c'est déjà beaucoup par les temps qui courent), dont le seul aspect remarquable est de montrer les capacités rotative de la scène de Bastille (il faut voir les rails qu'il y a partout, aussi...). Mais le public, loin de faire preuve de l'habituelle cruelle intransigeance, fut tout de même satisfait du tout.

Comme des chanteurs, qui ont pourtant mis pas mal de temps à se chauffer, et donnait parfois l'impression d'être en sourdine -- mais comme l'orchestre aussi, ils n'ont jamais été surchargés par le volume sonore. À l'applaudimètre, la Gilda d'Ekaterina Syurina dépasse ses collègues par une ovation poussée ; puis vient Juan Pons (qui alterne avec Ambroggio Maestri) en Rigoletto, avec une voix qui peut effectivement s'avérer puissante et expressive ; arrive en troisième position le Duca di Mantova par Stefano Secco, à qui j'adhère moyennement. Inutile de s'attarder sur l'ensemble de la distribution : c'est de l'aussi inconnu que ceux-là ; le star system était plutôt au TCE, justement (Christie/Oustrac/Naouri, quand même), ou à New York, d'un autre côté les places sont trois fois moins chères, et ça laisse découvrir du monde, alors faisons avec -- et puis la Russe est vraiment bonne.

Intéressant en tout cas pour moi de revoir cet opéra : c'est fou ce que j'en avais une image déformée ! En fait le duc fait sa vie fort égoïstement mais sans mauvais sentiments (essentiellement, c'est un immature), les filles sont autant sous le charme que fort bêtes, et Gilda a la palme dans cette catégorie ! Bein mince alors, je soupçonne que mes fréquentations féministes de l'époque avait dû flouer mon esprit, ça doit être ça :p. Et puis après tout, au bout de ces quelques années qui me séparaient de la précédente diffusion, je peux être que d'accord avec le coureur de jupons à l'éthique fort légère : la donna è vraiment mobile...