Un billet de Laurent lors de son déménagement, sur son carnet intime, tombait un peu sur ce que je voulais aborder : l'économie microscopique de l'individu et le matérialisme appliqué. Ça rappelle une vidéo de "Die Nacht", Doron Solmons, "Inventory" (si quelqu'un trouve la vidéo, je suis preneur). Du coup, je me suis mis à compter, à mon tour, juste pour avoir une idée de ce qu'il y a dans mon 33m². Mon recensement personnel, à la louche, mon inventaire chiffré (c'est plus rapide qu'un inventaire à la Prévert) :

* livres : 4000€  (beaucoup d'ouvrages informatiques et culturels gros et chers, plus un Littré)
* CDs : 3000€  (il doit y en avoir plus de six ou sept cents, à vue d'oeil, mais c'est difficile à dire)
* DVDs : 3000€  (plus facile à compter, il y en a moins, et je privilégie les éditions spéciales ou autres coffrets)
* informatique : 800€  (j'en vois assez toute la journée, j'ai pas besoin du dernier bi-octo-processeur, et chuis pas un bobo adepte de la pomme)
* bibelots-déco : 200€  (très austère, chez moi, il faut bien avouer, il n'y a plus rien sur les murs depuis plus d'un an et demi)
* électro-ménager : 1000€  (merci papa-maman, rien payé à part la dernière plaque électrique de cuisson -- j'ai compté la décote, à l'achat c'était bien plus)
* hi-fi : 3500€  (mon beau home cinéma, la folie de l'année dernière)
* fringues : 12000€  (payés 30% moins cher, mais la décote de la haute couture n'est pas bien forte :)  )

Réduction d'une courte vie à des chiffres, des valeurs catégorisées, une application mathématique de l'ensemble des valeurs fictives du travail sur l'ensemble des choses physiques achetées (chez les chrétiens, ça doit être de la transmutation). Dans mes biens, pas d'instrument de musique, et surtout (plus courant) : pas de voiture. J'ai du mal à comprendre comment il se fait qu'il y a autant de pubs pour les autos à la télé. Pratiquement une publicité sur deux ; une sur trois doit bien concerner le crédit, il doit y avoir un rapport. En fait, une bagnole condamne à être inculte et mal fringué, c'est ce que j'ai calculé. Avec mon budget 2008 à la louche :

* logement (tout compris) : 8700€
* habillement : 8000€   <- ici, on est censé acheter une caisse ; ça ne compte pas l'assurance, l'essence, et les réparations nécessaires tous les 15 jours, voir le budget culture pour ça
* culture ("physique"/spectacles) : 4000€
* alimentation : 3600€

Et puis les impôts. Ouille les impôts, 400€ de locaux tombés pour novembre, je les avais oublié, ceux-là. Plus trois fois 450€ malgré la mensualisation. Ça tape dans les 3000 pour cette année, je pense que l'année prochaine les 3500 seront facilement explosés (l'année dernière j'étais encore payé en net à hauteur de 3000€/an non déclarés, plus les cours, 2000€ net cette année).

Et là je me dis que c'est couillon, ce truc. Et qu'au lieu de rembourser les intérêts des emprunts sur le logement largement surcoté (avec l'idée que les 9000€ de budget servirait de loyer à la banque pour 35 ans, et qu'à 60 ans, magique, t'es proprio), le gouvernement, faute de mettre en place ma très brillante idée d'impôt post-mortem à hauteur de 100%, pourrait instaurer un paiement différé des impôts pour les jeunes. Je m'explique : le plus difficile dans la constitution d'un capital, c'est de se constituer un capital ; ou pour être riche, il faut d'abord l'être. Si je veux vivre sur ce que me rapporte mon livret A et mes assurances vie, il vaut mieux que ces comptes soient plein plutôt que vides ; sinon, avec 4000€ de côté, j'aurais juste gagné l'équivalent d'une journée d'ingénieur à la fin de l'année (youpi, c'est pas comme s'il n'y en avait pas plus de 200 travaillées à côté), ou de quoi compenser l'inflation ; mais pas de quoi être rentier. Bref, s'il faut un apport pour se payer un appart', je préfèrerais ne pas attendre 20 ans en mettant un tout petit peu de côté, pour une fois propriétaire quelques années plus tard ne plus avoir de prêt à rembourser (ni de loyer à payer, logiquement) et devenir très très riche rapidement (va négocier 9000€ net d'augmentation à ton patron, mouarf ! C'est pourtant la différence de salaire que j'ai avec mes amis qui ont des "grands parents qui..."), mais une fois vieux seulement (super, je pourrai léguer à ma descendance ! Ah non, j'en veux pas), et à la place pouvoir constituer un capital, le faire fructifier (ou investir et me débarrasser du poste le plus lourd de dépense). et rembourser plus tard tous les impots que je dois. Après tout, même maintenant, je pourrais payer 3 fois plus d'impôts si je n'étais pas locataire ; et je ne crois pas avoir vu de case "locataire ou propriétaire" sur mes impôts, j'ai juste vu mon salaire sans autre distinction, sans considérer ce que j'ai gagné l'année dernière (taxé à hauteur de 15%) a été englouti pour moitié dans mon logement que je ne possède pas pour autant (donc "perdu"). Ce n'est tout de même pas une inégalité négligeable, dans le genre, et rien n'est fait pour en prendre compte. Ça laisse coi.

Comme vous l'aurez remarqué, le tag "économie" de ce blog se peuple ces derniers temps. Et j'avoue qu'il y a des fois où je suis assez content de moi. Je disais :

je me demande s'il ne faut pas que j'achète des lingos or

et voilà que quelques jours plus tard : "La fièvre de l'or monte". Évidemment, on parle de riches voulant "réaménager leur patrimoine" ; bein voyons (j'aime bien tous ces euphémismes). Au passage on pourra haluciner sur le fait que ça n'a décidément pas plus de sens que le reste de l'économie : dans l'absolu, l'or (et encore plus les pierre précieuses) n'a aucun intérêt (à part pour certains composants électroniques, mais c'est négligeable), on est donc toujours dans le virtuel, mais moins puisque pas de papier (il n'empĉhe que ça marche très fort ces temps-ci, vous pouvez investir aussi dans des mines d'or, autant aller à la source -- oui, on dirait Age of Empires, l'économie c'est fastoche, en fait, y'a juste une couche de charabia et d'enfumage, comme les médecins au moyen-âge)

Mais là où j'ai déliré, c'est chez Econoclaste. Y'a même le :

Ce chauvinisme a conduit les commentateurs à reproduire fidèlement le discours "nuage de Tchernobyl" selon lequel la crise, c'est pour les autres, pas pour nous, que les banques françaises sont saines, etc, etc.

qui ressemble rudement à mon :

Aujourd'hui, Lagarde meurt mais ne se rend pas (comme d'hab') : finalement, ça va mal chez nous (la SG qui perdait quelques milliards, c'était rien, en fait ; ah non, Kerviel, c'est vrai) (et puis le nuage radioactif a bien été arrêté par la ligne Maginot, pourquoi pas la crise financière, hein ?)

(qu'OlivierJ n'a pas capté, ça va mieux maintenant ?) Idem sur l'immobilier qui montera toujours (petite pensée pour Oli, on se souvient de cette bonne vieille discution) (ce qu'il y a de "drôle", c'est qu'avec un peu de chance j'aurai mon logement pour une bouchée de pain d'ici deux ou trois ans, avec les fringues qui vont avec, alors que mes potes mieux payés galèreront pour encore une bonne quinzaine d'année minimum à rembourser un appart' trop petit -- mais rassurons-nous, on vit jusqu'à 120 maintenant, sauf quand on n'a pas de chance)

Bon, je cesse de m'envoyer des fleurs (mais c'est mon billet nombriliste de la semaine, n'oublions pas). Pour en arriver à une des conclusions d'Alexandre :

Et les gens qui ont acheté des actions, et qui en ce moment perdent beaucoup d'argent? C'est oublier que lorsqu'il y a un vendeur, il y a aussi nécessairement un acheteur. La baisse des cours boursiers, de ce point de vue, est avant tout un mécanisme redistributeur qui avantage les gens qui veulent constituer un patrimoine (les jeunes, le plus souvent) et pénalise ceux qui en ont un et qui le cèdent progressivement (les vieux). A l'inverse, la hausse des cours avantage les vieux et pénalise les jeunes. On peut en dire autant des prix de l'immobilier, dont la baisse n'est certainement pas grave (surtout après avoir lu pendant une décennie le malheur des descendants de baby-boomers, obligés de se saigner pour acquérir un logement). Il faudrait de ce point de vue cesser de commenter les baisses boursières à coup de "2000 milliards de dollars sont partis en fumée la semaine dernière à Wall Street"; une crise boursière n'est pas un bombardement stratégique détruisant physiquement des actifs, mais un transfert de valeurs de certains individus à d'autres.

Je suis évidemment tout à fait d'accord (mais il y a du banquier qui ne l'est pas en commentaire, et pourtant, c'est bien les banques qui accordent des crédits invraissemblables ces derniers temps, non ? Pas besoin d'avoir des trucs dégueulasses comme les subprimes pour être coupable !), c'est ce que je disais (plus ou moins implicitement) dans mon billet aussi. Mais là où je doute très, très fort, c'est sur l'enrichissement des jeunes. Je vois mal comment. Car comme je le disais plus haut, se dire que je pourrais acheter maintenant des actions au plus bas qui ne vont que remonter est bien sympathique, mais avec quel argent ? (ok, j'aurais pu rester pouilleux, mais supposons que je sois un provincial, un bauf, ou les deux, il m'aurait fallu une bagnole !) Parce qu'il y a trente ans, on se faisait un capital en deux temps trois mouvements (même que ça m'a fait halluciner quand j'ai appris ça, mais je ne peux point citer d'exemple précis, autant je me fous éperdument de publier mes comptes, autant il y a bien plus frileux sur trois fois rien, quitte à ne pas faire avancer le schmilblick et se plaindre qu'on n'a aucune visibilité sur rien ensuite). Mais là maintenant, je vois pas, quand on en vient à des lois comme celle de Robien (et celle de Boutin est symptomatique aussi), c'est que l'on touche le fond.

Mon but est de toute façon simple : un logement, ensuite on avisera. Je ne compte pas bosser toute ma vie (et puis de toute façon, comme ma suggestion de suppression de l'héritage a peu de chance d'aboutir, je serai contraint de devenir rentier avant d'être retraité, soit à 75 ans puisque j'ai commencé à bosser tôt). Bref, la redistribution de richesse, c'est plutôt pour Warren Buffet qui est plus malin que les buses lambda de l'Euronext, j'en ai bien peur. On peut espérer que ce sera la disparition naturelle des classes de baby boomers qui résoudra le problème (certes il y a toujours l'héritage, mais avec le nombre de logements que ça va libérer, avec une pyramide des âges bien biaisée, ça devrait le faire). Mais j'ai peur que le système soit un peu fada depuis quelques temps : ce matin, Laurent Wauquiez rappelait que la finance était liée à "l'économie réelle" au moins par les 400.000 emplois qui en dépendent directement. Ça ne l'aurait pas choqué de penser qu'une aussi grande partie de la population active (27 millions de personnes, à vue de nez) et pas des moindres en terme de niveau social (même dans l'informatique ça rapporte beaucoup plus de bosser dans la finance que dans l'industrie, le seul prérequis est d'être techniquement inefficace, mais on a des écoles pour [dé]former à ça) ne serve finalement qu'à brasser la richesse des autres sans en créer ? (je veux dire de physique, pas de virtuelle) J'ai comme un doute sur la perrenité du système, en bref. Ça doit être mon côté gauchiste (à droite ils sont super optimistes ces temps-ci : ils font exactement tout le contraire de ce qu'ils racontent, avec des interventions de l'État dans tous les sens et des coups de baguette magique qui font qu'on va même gagner du pognon dans l'histoire, qu'on vous dit, mais tout va bien et tout est sous contrôle).

C'est fun, l'économie. Une sorte d'exercice mental de jeu de poker géant, un gros mikado, et au bout des vies humaines, mais ça on s'en fout un peu largement. Chacun son interprétation des choses, on dirait de l'astrologie, parfois, ou de la météo farceuse ces temps-ci. L'interdépendance fait tout le charme de la discipline, à tel point que pour délier ce sac de noeud, le but de l'économiste va être de chercher des modèles applicable. Le meilleur modèle applicable (après tout, résoudre a comme racine solvet, réduire). Peut-être que eux aussi ont leur saint-graal de "la théorie unificatrice", une formule (pseudo-)mathématique qui expliquera tout en deux coups de cuillère à pot. Un truc avec plusieurs dérivées dedans, parce que comme en automatique, dès que l'on touche au système, il faut prévoir les effets. Et finalement, en tant que sciences (ce n'est pas un art -- divinatoire --, donc ça doit bien être une science) descriptive, ce n'est finalement pas tant comme la biologie (et sa branche folklorique appliquée, la sociologie), ou une certaine forme de philosophie (l'éthique), mais vraiment comme la physique.

On part de ce qui existe déjà, pour essayer de trouver une explication logique dont la conclusion sera... ce qui existe déjà. Avec comme prétention tout de même, au passage, de pouvoir interpoler sur l'avenir. Le problème s'avère encore plus épineux que le grand exercice de commun avec la physique de négliger tous les phénomènes qui ne plaisent pas trop pour mieux faire rentrer la réalité dans son moule -- le "modèle économique". En effet, on relève quelque peu de la théorie du chaos : non seulement ne peut-on connaître tout ce qui se passe en un instant et permettant de tout savoir sans négligence pour une meilleure prévision, mais en plus la prévision elle-même aura des effets sur ce que l'on voulait justement prévoir. Les annonces des gouvernements sont là pour nous prouver que manifestement ils doivent mentir pour notre bien, sinon "la panique s'empare des marchés" (ce sont des petites choses, ces traders). Et la preuve encore plus éclatante se trouve encore chez Laurent, dans ses commentaires, où quelques analystes financiers déclarent qu'ils ont pour leur part les bonnes informations (que le gouvernement a ?), mais qu'ils ne les commnique surtout pas (ce serait d'ailleurs une faute grave). Outre le fait que je ne sais pas trop pourquoi tout à coup EDF recrute autant de centraliens pour son pôle finance (et ça n'a pas l'air très très passionnant), voilà quelque chose de fort, pour cette science économique : les sachants potentiels ne peuvent rien dire. Ont-ils des modèles plus perfectionnés que les nobelisés ? (d'ailleurs, ils se gaussent un peu des journalistes et économistes qui racontent n'importe quoi, d'après eux) Comment ont-ils des informations de meilleure tenue que les journalistes ? (espionnent-ils les banques ? Toutes les industries ?) Dans tous les cas, nous ne saurons rien des sachants, qui manifestement ne travaillent pas pour les banques, tellement ils ont rien vu venir -- ça au moins, c'est sûr (ou alors ils avaient prévu que les États prendraient tout en charge de leur poche, mais c'est de l'art divinatoire !). Finalement, nous, pauvres péquins, sommes condamnés à l'ignorance et la spéculation (pas boursière, divinatoire de l'état du monde).

Finalement, c'est franchement désespérant, l'économie, surtout en ce moment. C'est pire encore que la physique, qui a radicalement changé de théorie on ne sait combien de fois (sans compter que les physiciens sont tout de même d'une manière générale d'un niveau intellectuel plus élevés, et scientifiquement plus rigoureux, même si ce ne sont pas des mathématiciens, loin de là). Alors quand on y pense, on se dit que tout ça, c'est de la merde, que mes sous n'iront pas nourrir le systèmes mais des artisans et des artistes (ces temps-ci des couturiers et des musiciens, des maçons dès que la "crise-rerépartisseuse-de-richesse" aura fait son boulot), basiquement, tranquillement. Tiens, le temps que je relise (en survolant) ce billet avant publication, je vois qu'Alexandre a publié un artcile sur le hasard ; soit que l'économie est du hasard, soit que l'inexistence d'icelui dans la nature le confère à notre théorie du chaos évoquée ci-dessus ; d'ailleurs il le dit fort bien, trop de paramètres à prendre en compte, plus un facteur socio-psychologique de réaction loin d'être toujours rationnelle. Face au hasard, nous serions désarmés : tout à fait, c'est bien ce que j'écrivais. Maintenant, comme le dit l'article en question, si les actions rapportent, personnellement, mon petit millier d'Euros placé il y a une dizaine d'année (j'étais jeune, j'ai une excuse) en assurance vie a clairement fondu depuis ce temps, et je crois même qu'il a dû disparaître totalement la semaine dernière (on m'avait bien dit qu'il fallait l'oublier...). Et en tant que jeune, cet argent-là, c'est une bonne partie de ce que j'avais pu mettre de côté durant des années d'argent de poche, d'anniversaires, et de Noël ; maintenant, je bosse un mois, c'est ce que je peux épargner (ce que je ne fais pas, certes). Je préfère ça : travailler pour avoir salaire. C'est encore mon côté gauchiste, on me le pardonnera surement (et puis je ne suis pas beaucoup plus vieux qu'il y a dix ans, techniquement).