Retour à la salle Pleyel pour la suite des aventures prokofiéviennes. Cette fois, je reste à ma place (c'est exceptionnel), soit le dernier rang du premier balcon, L209, plutôt centré donc. Cette place n'est pas trop mauvaise en l'état, malgré son classement en 4ème et avant-dernière catégorie : on a de la place pour les jambes, une belle vue plongeante sur l'orchestre, et une barre pour poser des pieds surélevés ; en revanche, il y a tout le second balcon au dessus, et si l'acoustique n'est pas déteriorée, il n'en reste pas moins que le son est atténué, et que l'on perd du relief. Ce qui est un peu dommage : le LSO était toujours en grande forme, et le Gergiev aussi.

Ma voisine est une aguerrie des concerts, elle aussi a enchaîné depuis dimanche, et elle partage mon désarrois lorsque je lui apprends que hier elle a aussi raté le bis de l'orchestre. On blague pas mal, elle est chouette ma nouvelle cops' (elle a évidemment plus de 75 ans à vue de nez). J'apprends notamment le bis au piano de la veille était du Bach, mais elle comprend que je n'aie pas reconnu, c'était joué de façon hors du commun ; de même la symphonie n°1 était jouée de façon à ne faire aucune doute sur la paternité de l'oeuvre (il fallait bien un russe pour réussir ça, rajoute-t-elle), tandis qu'habituellement, elle ressemble à s'y méprendre à du Haydn (et en fait, je me rends compte que je possède un enregistrement d'Abbado que j'ai déjà dû écouter trois fois cette année, la honte, faudra que je compare).

On reprend la suite d'hier. Tout d'abord, symphonie n°2, plus sage mais plus originale (entendre ; démarqué de l'existant) dans son traitement : un premier mouvement qui part dans tous les sens, et un second beaucoup plus sage, le long de six variations. On n'entend pas tous les jours choses pareilles. Comme le fait remarquer ma voisine, c'est extraordinaire, personne n'a toussé durant l'oeuvre, et même durant les pauses -- ce sera de moins en moins vrai au fur et à mesure de la soirée, mais en restant acceptable.

Cette bonne demi-heure débutée avec déjà plus de dix minutes de retard (la salle se remplit super lentement) est suivie d'une vingtaine de minutes de concerto n°1 pour violon. Il faut tout le talent d'un Leonidas Kavakos pour se dépêtrer de cette partition encore bien tordue. D'ailleurs il nous prouve qu'il n'a pas été choisi par hasard en interprétant en bis une pièce apparemment d'inspiration grecque, et à la technicité folle (update: Francisco Tárrega, "Recuerdos de l'Alhambra : arr. Ruggiero Ricci"). Cependant, ce concerto pour violon a eu moins de succès que le concerto pour piano d'hier. Demain, on aura le concerto pour violon n°2 de Prokofiev avec l'orchestre de Paris et Daugareil.

Entracte, je retrouve mon Laurent arrivé in extremis et coincé à l'orchestre ; comme quoi des fois, les places de pauvres c'est cool (mais ce que l'on gagne en confort, on le perd en son, c'est diabolique !). À peine le temps de deviser (et de m'occuper pour dimanche matin et lundi soir prochain, c'est fou, j'avais pas prévu d'aller à Pleyel ces jours-là, il fallait corriger le tir ! :p ) qu'il faut revenir écouter la suite logique d'hier, c'est-à-dire la symphonie n°7.

Le communisme et l'effroyable Jdanov sont passés par là. Le style s'est calmé grandement sur les dissonances, la ligne mélodique est classique, mais c'est tout de même un génie, même fatigué, qui est aux commandes. Il y a là une situation étrange : les soviétiques imposent d'écrire de la musique classique et patriotique qui doit plaire aux masses -- de fait condamnées à la stagnation --, et c'est ce qui sera fait, déclenchant pour une fois une adhésion directe du public à une oeuvre symphonique du compositeur, sauf en Europe où ses anciennes oeuvres étaient incomprises et la nouvelle jugée passéistes. Il doit y avoir quelques réflexions à mener pour ce qui se déroule actuellement par nos contrées capitalistes...

Le tout est évidemment excellent, et l'on reste cette fois ci bien sagement pour le bis, avec ma voisine : "Roméo et Juliette", encore, la mort de Tybalt, joué avec forte emphase (impossible de danser dessus), extraordinaire. Double concert exceptionnel, ça donne envie de se faire un "Alexandre Nevsky", une ouverture sur des thèmes juifs, et j'en passe des meilleurs (on peut commande un "War and Peace" pour la saison prochaine de Bastille ?).