Ce week-end était à Pleyel consacré à la musique de chambre de Brahms, faisant figurer les meilleurs musiciens français que l'on a plutôt l'habitude de croiser au Châtelet pour pareils programmes. Tout autant que les horaires : samedi soir, certes, mais aussi dimanche matin à 11h, et l'après-midi à 16h. L'idée de musique de chambre dans une salle très orienté concert (et dont certains détestent même l'accoustique dans ce cadre-là) ne m'inspirait guère ; mais puisque Laurent a changé son week-end pour Londres, et qu'une place m'a été grâcieusement proposé de fait, voilà qui ne se refusait guère. J'attendrai le prochain passage de Leonskaja (63 ans, c'est encore jeune). Car simultanément à ce concert de musique de chambre le dimanche de bonne heure -- je croise cependant des bigots anglophones revenant de St-Joseph Church sur le chemin, mais les routes sont vides, le dimanche est très mort à Paris, le matin encore pis --, se déroulait un récital de piano dans l'autre salle de concert : on a de la peine à le croire avec les milliers de spectateurs que les deux ont dû réunir au total, car la salle était assez pleine !

Trois pièces de Brahms, trois sonorité différentes, mais un tourbillon romantique en commun, tout autant que le pianiste Nicolas Angelich. On commence par le trio pour piano, violon et cor, op40, avec Renaud Capuçon et David Guerrier, le premier non revu depuis bien longtemps, le second attaché à quelque souvenir important (hé hé, "miss über-cultivée", à l'époque). Étrangement, le Guerrier joue avec un cor à piston alors que Brahms avait écrit spécifiquement pour "cor naturel" ; cet instrument décidément pardonne très mal les imprécisions, fort heureusement très peu nombreuses eu égard à la dextérité du musicien. Trente minutes de sonorités bien originales pour ce trio atypique.

On enchaîne directement sur un second trio, pour piano, violoncelle et clarinette, op. 114, l'une des dernières compositions de Brahms pour une vingtaine de minutes.  Au violoncelle le frère Capuçon, Gautier, quitté il y a un an pour un récital de Bach, il a toujours autant de cheveux et de mimiques bucales. Au son de son instrument, je me dis que cela fait longtemps que je n'avais entendu ça ; je vérifie, il joue bien sur un Goffriler 1701 (il en a aussi un second du même tonneau, à 27 ans c'est fort tout de même), les vieilleries à plusieurs millions de ce genre grincent toujours pas mal, ça reste tout de même plus profond qu'insupportable (comme c'est le cas avec les Stradivarius, toujours pas compris pourquoi c'est aussi couru). À la clarinette, Paul Meyer, évidemment (croisé plus souvent).

Un entracte, c'et original, et ça repousse l'heure du repas, ce qui n'est pas forcément une très bonne idée. Je retourne à mon rang G plein centre légèrement impair (idéal, je crois que l'ouvreuse m'a taquiné en m'adressant un "mais vous pourrez vous replacer" :)  ), et cette fois ce sont quatre musiciens qui arrive. Quatuor pour piano et cordes op. 60, outre les deux frères Capuçon que je n'avais revu ensemble que depuis ma seule rencontre avec la partie violoniste de la famille, l'alto Gérard Caussé est arrivé en renfort. Trente minutes normalement, mais on finit vers 13h15, ça a dû déborder un peu partout.

J'aime beaucoup Brahms, cette rencontre avec cette musique de chambre fort romantique fut des plus plaisantes.