"La fiancée vendue" est le plus célèbre des opéras du plus vénéré Tchèque qui soit, Bedřich Smetana. Et pour résumer en un mot : c'est excellent ! Et la bonne nouvelle pour les jeunes, c'est que non seulement j'ai eu facilement une place en plein centre du second rang du balcon (#51), soit la meilleure place dont on puisse rêver à Garnier à un rang près, mais en plus même les strapontins de l'orchestre étaient inoccupés en ce dimanche.

Le livret de Karel Sabina est de l'excellente comédie, intelligente et jamais vulgaire, drôle à souhait sans en rajouter, c'est à l'image de ce qui est répété par le choeur, un abandon de ses soucis en trois actes sur deux heures quarante cinq, soit une longue première partie d'une heure vingt qui n'en passe pas moins rapidement, une pause de trente minutes que l'on ne voit pas non plus passer à blaguer avec Lea (qui a enfin relâché mon chapeau, il était temps au bout de presque deux mois ! ;)  ), et encore une heure de fin délirante (un ours alcoolo, ça c'est original !).

Côté musique, certes il y a le génie tchèque de Smetana, mais on peux ajouter que le son est dans la veine de ce qui se faisait à l'époque (d'un autre côté les influences ont toujours été évidentes, Mozart a bien créé Don Giovanni à Prague...), mais contrairement aux italiens (on y répète 106 fois les mêmes phrases tout pareil) qui donnent dans les cuivres jusqu'à la fanfare (quand c'est mal dirigé, ok, mais même, ça a vraiment déjà été dirigé ? :p ), ici on se promène dans les bois. Et pas mal dans les cordes, c'est très mélodieux.

Côté voix (le programme nous nomme les interprétes ni par ordre d'importance, ni par ordre alphabétique, pas même d'apparition : voilà un mystère), Ales Briscein (Jeník) avait aussi mal au cou qu'il chantait fort bien ; Christiane Oelze (Marenka) assure elle aussi, mais c'est Amanda Squitieri que je retiendrai le plus, dans un rôle pourtant secondaire, celui d'Esmeralda : si on la voit danser et badiner en souplesse avec délectation durant un bon bout de temps, on est tout à coup bien surpris de se rendre compte que cette jolie poupée chante puissament et merveilleusement bien ! Citons encore Christoph Homberger (Vašek), ou Franz Hawlata (Kecal). Jirí Belohlávek est à la baguette : avec un nom pareil, on se doute bien qu'il connaît parfaitement ce qu'il dirige.

Il ne reste plus qu'à évoquer la mise en scène de Gilbert Deflo : évidemment, c'est pastel, le décor est unique mais très profond (les couloirs ont tous été rognés), teinté de rouge (ça tourne au camaïeu), les idées sont amusantes (la voiture notamment), j'adhère. Je n'ai plus qu'à laisser un lien vers la présentation avec extrait musical de Gerard Mortier (qui aime la Tchéquie, décidément -- du Janacek tourne simultanément à Bastille, c'est la fête ! --, rendons-lui hommage, 80 ans qu'on n'avait pas joué "la fiancée vendue", scandale !), et vous inviter fortement à aller vous ruiner (Garnier oblige, sinon on n'y voit rien et on mal a fessier) ou faire la queue de dernière minute, il y a encore cinq représentations, et c'est génial.