On ne risquera pas une crise cardiaque avec un programme pareil : l'orchestre du Luxembourg a décidé de se la jouer soft, à Pleyel. Tellement que je n'avais pas prévu d'y aller -- il faut bien se réserver des soirées libres -- mais comme mon mécène principal Laurent m'a proposé une place (toujours au centre légèrement impair du rang G, ça c'est de la sédentarisation !), ça ne pouvait pas décemment se refuser -- je rappelle que toute place donnée à ma personne peut faire l'objet d'une réduction d'impôts (ou pas).

On commence par du Hollinger, "Zwei Liszt-Trankriptionen für großes Orchester". Je connais tellement pas ce compositeur que je suis étonné de la date indiquée sur le programme, 1939, alors que l'on entend quelque chose entre du Messiaen et du Ligeti. En fait, c'était l'année de naissance du compositeur -- qui n'était manifestement pas dans le public --, l'année de remix était en 1986, ce qui est tout à coup beaucoup plus crédible. Il n'empêche que même avec des techniques nouvelles, les pièces pour piano originelles de Liszt devait être quelque chose : "Nuages gris" (1881) et "Unstern! Sinistre, Disastro" (1885), que je ne connais pas non plus. C'est très éthéré en tout cas, sous la baguette légère d'Emmanuel Krivine, directeur musical de l'orchestre luxembourgeois (il y a eu 5 directeurs en 70 ans, et il est nommé depuis seulement deux ans, il risque donc de devoir rester fort longtemps encore...).

On enchaîne sur une remontée de piano par l'ascenseur de service. Puisque tout le monde veut voir à quoi ça ressemble voici donc une photo (qui date de la fois précédente, je n'aurais pas espérer la caser de sitôt).



Camille Saint-Saëns, concerto pour piano et orchestre n°5 en fa majeur "Égyptien", op.103,et surtout : Aldo Ciccolini. Il arrive tel Yoda, tassé, "plus de 80 ans" nous dit le programme qui a arrêté de compter, lentement, et tout à coup il fait appel à la Force : quelle agilité devant le clavier ! Il est incroyable, quand on considère le tourbillon final de l'oeuvre qu'il interprète durant presque trente minutes, on a bien peur pous sa santé. Encore plus dès qu'il commence les aller-retours des saluts (il ne faudrait pas qu'il nous lâche, on a déjà perdu Soeur Emmanuelle aujourd'hui !). Et il ne se fait pas trop prier pour nous jouer des bis : d'abord ce qui serait du Schubert d'après un gars à droite qui s'exclame bruyamment dès les premières notes (en tout cas ça semble bien être de cette période), puis manifestement du Satie. D'ailleurs mon intégrale pour piano de ce compositeur que j'affectionne particulièrement mais que j'entendais pour la première fois autrement qu'au disque (c'est dire si j'attends le 8 février à la CdM avec une certaine impatience, les cinq concerts et conférences se promettent d'être passionnantes), n'est autre que celle, unique en son genre, de notre vieux maître du piano.  update: raté, c'était "Kupelwieser-Walzer" de Schubert en premier, et "Minstrels (Preludes livre I)" de Debussy en second

Entracte. Aux rangs E et F, il y a du VIP, luxembourgeois comme l'indique le grand officier tout de vert et de médailles vêtu, et les gardes du corps aux oreillettes qui surveillent ; d'un autre côté, personne n'y reconnaîtra quiconque, enfin, ayant vu la photo du grand-duc il y a peu, je me suis posé quelques questions (y'avait un type qui ressemblait pas trop mal au premier ministre, a posteriori, en fait, mais il a une tête plus passe-partout). C'est que le Luxembourg a plusieurs particularités, outre d'être un paradis fiscal en plein coeur de l'Europe (très pratique pour blanchir son argent, c'est de notoriété commune), et d'avoir un fort beau paysage, c'est un Grand-Duché (mais pas par la taille), et il se sont débrouillés pour avoir un fort bon orchestre, et une salle de concert par Nouvel (Denys, une photo ? ;)  ). Bref, avec Laurent on émigre vers le foyer, en compagnie d'un second ami-lecteur toujours aussi assidu.

Et puis retour, très en retard sur l'horaire prévu, sur du Ravel tout d'abord, "Une barque sur l'océan", une auto-adaptation d'une pièce pour piano à l'orchestre, d'une douzaine de minutes. Extrait du programme :

Parmi celles-ci [adaptations instrumentales], "Une barque sur l'océan", malgré ses séductions, est peut-être la moins réussie, et Ravel, qui demanda à son éditeur Eschig de ne pas la publier, en était conscient. [...] quitte à se baigner dans des flots salés, "La Mer" debussyste a bien plus d'envergure...

Ah bah ça...

On finit avec du Debussy lui-même, quand je disais qu'on n'a pas souffert de stress pour cette soirée, voilà "Images pour orchestre" : Guigues, Iberia (I. Par les rues et par les chemins ; II. Les parfums de la nuit ; III. Le matin d'un jour de fête), et Rondes de printemps. Parfois, le tempo dépasse le pianissimo, pour des accents hyspaniques en réalité inventés mais néanmoins exacts (dixit de Falla, qui devait connaître son sujet). Je pense que Laurent sera meilleur en commentaires sur le sujet, ce n'est pas forcément mon rayon favori :).