J'étais en train d'écrire à Laurent que j'avais eu une place à l'orchestre, au rang D, impair (donc côté piano), pour la somme extraordinaire de 8€ (au TCE !!!) que je reçus une annonce d'indisposition : j'espère au moins qu'un rattrapage radio, via la diffusion en direct sur France Musique, aura été possible, car ce concert de l'orchestre National de France sous la direction de son nouveau directeur musical aura marqué non pas tant par l'originalité folle de son programme (quoique) mais surtout par la prestation absolument remarquable du chef, Daniele Gatti.

Ce dernier nous revient tout droit de Bayreuth où il dirigeait Parsifal, pour remplacer un Kurt Masur qui n'a pas encore disparu, loin de là. Je retrouve rapidement un ami, qui se trouve avoir obtenu une place juste à côté de moi (pour le même prix, donc les vieux aussi ont droit au tarif unique à 8€, mais le reste du temps ce sera pareil qu'avant, par exemple demain il n'y aura pas de tarif réduit pour Orphée :/  ) ; il me présente au passage à l'une de ses connaissances qui parcourt aussi les concerts, mais sans jamais rien débourser : pour Prokofiev, c'était le fils du compositeur qui lui a offert un rang E plein centre. Ce soir, ce sera une gentille demoiselle de Radio France me faisant de la concurrence sur ResMusica.

On débute le concert par du Brahms, l'ouverture pour une fête académique (Akademische Festouvertüre, op.80). En quatre mouvements pour seulement dix minutes, on pense bien que tout s'enchaîne sans pause, et on présage déjà à la précision de la direction, et au souffle de l'orchestre, que ça va être grand. Dans la salle il n'y a pas grand monde, du moins malgré les très nombreuses invitations (il doit y en avoir une centaine rien que pour Veolia) et le padding à coups de ghettos de jeunes (que dis-je, de d'jeuz même, qui dépareillent amusemment sur l'avenue Montaigne -- quoiqu'il y avait des demoiselles de mon âge attablées au Plaza Athénée, et à 200€ le poulet grillé je me demande, en toute naïveté, quelle est leur profession), on trouve encore à se replacer (oui, pour le sport... Et éviter un vieux à moitié mourant, quoique du coup je l'ai eu derrière, ce n'était pas beaucoup mieux).

S'ensuit du Bartok, avec un sacré pianiste, Dezsö Ranki (un Hongrois aussi) : concerto pour piano et orchestre n°2. C'est une vraie découverte pour quelque chose manifestement fort peu joué (mon voisin m'avoue l'entendre pour la première fois, et il fait autant de concert que moi depuis plus de 25 ans...), on retiendra notamment un adagion superbe aux cordes. On me fait remarquer la communication exceptionnelle entre le chef et le soliste : j'avoue moi-même avoir du mal à repérer aussi précisément la chose, d'autant que la clim' qui vente dans la salle me sèche les lentilles, m'obligeant à couper la vision de temps à autre.

En bis, nous avons une pièce très originale : la question sera de savoir ce dont il s'agissait, je suppute "Microcosmos" de Bartok, en lisant la biographie et la discographie récente du pianiste, la jeune fille de Radio France (CNSM, étude sur l'esthétique et que sais-je encore, et ne venez pas me demander à quoi ça sert dans la vraie vie, je n'en sais rien !) abonderait bien dans mon sens. Si c'est bien cela, il faut acheter le disque, en tout cas. Mais après un tour sur Deezer (qui a un moteur de recherche passablement nul, mais c'est une maladie répandue, celui de dotclear a le même problème par exemple), je doute à nouveau fortement.

Après l'entracte, on reprend sur la deuxième de Brahms. Quand je disais que ce n'était pas la peine que je me constitue pour l'instant une cédéthèque tellement j'en entendais en concert, voilà que nous avons été servis par une interprétation puissante et très fluide. Le chef est d'une qualité, d'une précision, d'un encadrement impressionnant : il mène véritablement son orchestre à la baguette. Cela laisse présager de grandes choses, mon voisin trépigne tellement il est charmé par cette prestation.

En revanche, si Gatti ne tape pas du pied, il a cette maladie des chefs tellement dans leurs trips qu'ils ne se rendent pas compte que parfois il pousse de grands soupirs, des râles que l'on entend à plusieurs mètres autour ; c'est qu'il n'a pas qu'une allure d'ours, en fait. Il faudra donc penser non seulement à prendre des places lorsqu'il est à la baguette, mais aussi à les prendre dans des rangs assez éloignés tout de même, pour ne pas être perturbé.