Quelle idée de prendre une place de concert un samedi soir où je n'ai pas vraiment envie de bouger, m'étais-je dit dans l'après-midi, surtout pour le pauvre orchestre du Capitole de Toulouse -- je veux dire, c'est pas le philharmonique de Vienne, quoi. Et en fait, après ce concert : quel grand bien m'en a pris ! Déjà, pour le programme : concerto pour piano de Grieg, puis symphonie n°5 de Chostakovitch. Ensuite, pour le soliste : Nelson Freire, de quoi effectivement justifier le déplacement.

De fait, Pleyel m'a filé une place dans un coin perdu ; pas de la blague, la C232 du second balcon est dans le tournant, un mur dans le dos et un autre pas bien loin sur la droite, si j'espérais voir tout de même des doigts à cette altitude, je n'aurai eu que des mains tout au plus. Bladsurb avait une bien meilleure place au premier balcon impair, tiens. Mauvais calcul de ma part que de ne pas faire comme mes amis repérés en bas (voilà de l'expert : l'un d'eux, le même qu'avant-hier, se faufilera jusqu'à un rang E où siège Michel Blanc au bout -- j'apprendrai que pour l'Orphée d'hier il s'est glissé au parterre du TCE avec sa place à 5€, c'est dire si c'est un ninja ! --, et l'autre, l'ami berlinois, s'incruste rang A à côté d'une de ses innombrables connaissances, prêt à faire l'anguille à la fin de la performance pianistique pour obtenir des autographes et certainement une interview personnelle).

Le concerto, seul et unique, de Grieg est comme l'autre oeuvre majeure du compositeur, "Peer Gynt" : tout le monde connaît (enfin, surtout le thème d'ouverture), personne ne sait le nom, c'est une galère incroyable à se procurer (je parle d'un vrai "Peer Gynt" avec parties chantées et texte d'Ibsen traduit ou non, quant aux oeuvres pour piano, bonne chance !), et ce n'est vraiment pas beaucoup donné en concert (sinon, je le saurais). Il faut dire que Liszt trouvera cette oeuvre absolument incroyable, c'est dire le niveau demandé pour les interprètes -- plus sur le plan de la musicalité que de la technique pure, à mon avis, mais ne pouvant pas voir les doigts, justement, c'est un coup à se faire avoir prodigieusement. L'interprétation fut impeccable, sous la baguette de Tugan Sokhiev. Et je me disais bien, aussi, que ce chef je n'avais déjà vu à l'oeuvre, et qu'il était très bon ; magie du blog, c'était lui pour le fabuleux Borodine/Gilad, lui encore pour le requiem de Verdi, et aussi pour la géniale Katerina Ismalova. Qu'on se le retienne : ce chef est excellent !

Bis de Nelson Freire, dont je vous recommande chaudement l'entière discographie (ne faisons dans le détail) : aucune idée de ce que c'était, du Grieg peut-être ? Entracte, je vais chercher mon Bladsurb mais je suis intercepté par notre replaceur en série, à tel point que j'en reste à l'orchestre et m'incruste dans un rang S (me semble-t-il) presque vide : il n'y avait pas vraiment beaucoup de monde, malgré une queue de dernière minute monstrueuse (les derniers rangs des catégories étaient en fait les plus vides, par lots ; par exemple le rang D du second balcon était surnaturellement vide, les ouvreurs ont dû replacer pour boucher les trous). Peut-être que le monde était aux Enfants du Paradis (qui décidément a même plu à une vieille dame toute heureuse que j'en parle à mon camarade en terme élogieux), ou à Europa Dance au TCE (zut, la seconde et dernière représentation de demain est à 15h, mais si je rate la Renarde, je ne pourrai retenter ma chance que dans deux semaines, pas bon :/ ), mais je ne crois pas.

Bref, cinquième de Chosta, le programme nous dit que c'est la plus jouée, il ne me semble pas dire de bêtise en affirmant que c'est la première fois que je l'entends, alors que j'ai assisté déjà trois fois en moins d'un an à certaines autres. Interprétation sublime, on maintient l'attention pendant près de 45 minutes, premier mouvement poignant, second grotesque ironique avec contre-basson (cet instrument est décidément abominable -- c'est l'éléphant de St-Saëns tout craché --, c'est certainement pour cela que l'on met des jeunes filles au bout -- sauf quand ce sont des vieux grisonnants), troisième traumatisant, finale bourrin comme on les aime, avec des cuivres qui n'ont pas une note de travers (même les cors, c'est dire).

Beaucoup d'applaudissements, alors un bis : aucune idée de ce que c'est, je ne pourrais même pas dire si c'est russe. Beaucoup beaucoup d'applaudissements, alors un ter (wouah, c'est la fête ! Finalement ça valait bien les 85€ en première catégorie !) : là c'est clairement russe, je pencherais pour Borodine (c'est au moins cité au milieu), ou Tchaïkovsky (mais ces timbales, hhmm), ou Prokofiev (on dirait, vraiment, j'y ai pensé bien plus tard en fait), mais j'en sais trop rien. Quelqu'un écoutait-il France Classique ? (la dernière fois, j'ai voulu récupérer le nom sur l'enregistrement de France Musique : non seulement du real media de merde, mais en plus on ne peut pas scroller, il faut tout écouter ! Heureusement que je ne paie pas de redevance, ça m'aurait troué l'cul, tiens ! Quelles bananes, j'vous jure).

Excellent concert, donc, avec un orchestre rose pas bien jeune (contrairement à ce que j'entends dans les couloirs, sont pas fadas non ?), avec un chef qui vient une fois par an mais que l'on devrait inviter plus souvent, et un programme de truc super-connus qu'on entend jamais, comme le soliste quoi. Il faut se méfier de ce genre d'alignement étrange : ils recèlent quelques suprises de taille.