Un quart de siècle entre la #1 et la #9 de Beethoven (dont 12 ans entre les deux dernières), le programme d'Anima Eterna était assez original pour la peine. Jouant toujours sur instruments d'époque, je pourrais presque refaire la même critique d'il y a un peu moins d'un an. L'orchestre est fort réduit, c'est celui d'origine, c'est comme le fromage qui pue, c'est pour les vrais hommes forts et virils (ou pas). Certains musiciens ont des cheveux mi-blanc mi-gris, ça fait encore plus illusion. Trois contrebasses se courent après sur la gauche (décidément, les contrebasses à gauche sont-elles le signe d'une recherche d'authenticité ?), on y joue debout ; pour la 9ème on aura droit à un tambour avec bretelles, à l'ancienne ! Quand on pousse sur la trompette, on croirait écouter un concert en AAD, et à un moment le tuba part en biberine [ndlr : pour les non-marseillais, apprenez une expression de tous les jours] et fait un vieux bruit de casserole en tombant.

La première se passe bien, ce n'est pas la symphonie qui a révolutionné le monde, d'un autre côté (le programme est un peu schyzo de ce côté, d'ailleurs, à soutenir simultanément que c'était super-nouveau, et méga-classique à la fois, bref). Entracte où je retrouve le seul l'unique de mes connaissances qui a fait le déplacement (nooon, c'était pas Laurent, mais on s'en serait douté, pardi -- quoique c'est un bon moyen de redécouvrir la vraie saveur du Beethoven qui sent fort), avec une place à 10€ au rang A quand moi j'ai eu un rang Y pour 8€, c'est scandaleux (et après on va me dire que je plains toujours les jeunes, pppfff) ; la salle est assez remplie pour ne pas me donner envie de me replacer (surtout que le public est aussi âgé que les instruments, et c'est chiant à bouger), mais c'est certainement plus par rapport au programme -- quoique, ça a bien fortement applaudit, donc il n'y a pas trop eu de traumatisme d'entendre ce Beethoven-pas-pareil.

La #9 garde le suspence jusqu'au bout : c'est lorsque le thème principal du dernier mouvement est repris par l'ensemble de l'orchestre que les solistes et le choeur se mettent enfin en place (on a presque cru qu'on aurait droit à une version de concert !) ; quatre solistes, et vingt de plus pour le choeur, tout ce qui est petit est mignon. Chez les dames nous avons Anna-Kristiina Kaappola et Marianne Beate Kielland, et c'est fou ce qu'un troll norvégien et une bucheronne finlandaise peuvent avoir une voix claire (l'effet est étrange, cependant) ; chez les messieurs, Markus Schäfer et Thomas Bauer, tout le monde est très bien, on regrette que le programme ne contienne pas les paroles, c'est tout de même la moindre des choses que de pouvoir faire du karaoké, même quand c'est bien articulé et qu'on commence à bien connaître le poème de Schiller à force. À noter que personne n'a toussé durant l'hymne européen (à la différence de toutes les pauses, où une vieille gémissait même, ça fait peur), de telle sorte que le concert n'a pas été interrompu, ni la salle vidée.