Pleyel a sacrifié les trois premiers rangs du parterre pour rentrer le gros orchestre de Paris : malgré cela, la salle était si peu pleine que j'ai pu me décaler de quatre places, de mon rang M tout sur le côté (planque ton jeune). De loin, j'aperçois les amis canailles qui font connaissance tout seuls et guettent depuis le rang E où se recaser : pour ma part, je reste assez éloigné. Je pense avoir eu raison : j'eusse mouru sous l'assaut des décibels, en me plaçant dans les tout premiers rangs...

On commence donc par une création française (ce qui explique aussi que le concert était à date unique, un jour de RdB j'aurais évité, sinon) : Matthias Pintscher, chef d'orchestre né en 71, pour une pièce créée en 99, "Hérodiade-Fragmente, scène dramatique pour soprano et orchestre sur un poème de Stéphane Mallarmé". J'ai pas aimé. D'abord, il y a cet orchestre qui me parle en faisant beaucoup de bruit, avec des accoups, des dissonances en pagaille, des décibels pas finaux, et des sons super stridents. Je pense : mékeskidi ?

Et puis il y a ce texte, de Mallarmé, que l'on peut résumer par ce vers :

Pour la méchanceté des antres sibyllins

Ouais bein lapin compris non plus. J'avais déjà fait la remarque, sur une musique absconse de Boulez aussi, mais c'est incompréhensible la poésie de Mallarmé (c'est même revendiqué : "J'ai enfin commencé mon Hérodiade. Avec terreur car j'invente une langue qui doit nécessairement jaillir d'une poétique très nouvelle, que je pourrais définir en ces deux mots : pendre non la chose, mais l'effet qu'elle produit. Le vers ne doit donc pas, là, se composer de mots, mais d'intentions, et toutes les paroles s'effacent devant les sensations"), et alors on a ce moment d'anthologie dans les expliquations du programme :

La plus belle page de mon oeuvre sera celle qui contiendra ce nom divin, Hérodiade. Le peu d'inspiration que j'ai eu, je le fois à ce nom et je crois que si mon héroïne s'était appelée Salomé, j'eusse inventé ce mor sombre, et rouge comme une grenade ouverte, Hérodiade. Du reste, je tiens à en faire un être purement rêvé et absolment indépendant de l'histoire
(lettre à Eugène Lefébure, février 1865)

Car oui, comme l'illustre bien le tableau sur mallarme.net, c'est bien de Salomé et non de sa mère dont il s'agit. Au moment où je lis cela débarque justement la soprano Marisol Montalvo, en robe rouge grenadine ouverte jusqu'au nombril (le nichon est gros et pendant, quoique non tenu il restera cependant en place : elle a été Miss America en 92 et Miss New York en 91 -- on sait cependant que les critères de beauté ricains sont tout à fait particuliers, on se souvient de la mocheté de leurs danseuses par exemple). Bref, elle a une voix claire et puissante, montant dans des aigus impressionants, mais par ma foi, avec pareille musique...

Le symboliste se donne à coeur joie dans son délire bobo (il paraît que depuis, Pintscher compose de la musique bien mieux écoutable). Bon, ont aimé : un lyrique, un ouvert d'esprit qui aime Warlinounet (les deux adorent Messiaen), un qui n'aime pas la musique contemporaine et ses dissonances mais a apprécié ici, et un dernier qui adooore la musique contemporaine mais pas Messiaen non plus. Histoire de se faire une idée.

Après l'entracte (où j'ai retrouvé les trois larrons des premiers rangs, raté Bladsurb évoqué précédément mais avec qui je prendrai la ligne 2 au retour histoire de papoter de ces expériences musicales, et il paraîtrait que Damien était dans les parages et devait aussi passer à la RdB ensuite), on attaque sur tout autre chose, de la Vraie Grande Musique : Symphonie n°9 en ut majeur de Franz Schubert, "la Grande", D.944. On profite d'avoir six contrebasses sous la main (il n'y a plus de contrebasson, mais c'était un grisonnant qui s'en chargeait, et notre titulaire a récupéré un hautbois simple, c'est mieux !). Donnée 10 ans après sa mort, ce fut alors une révélation ; ne l'ayant pas écouté depuis bien longtemps (pourtant mon enregistrement date... Il faudrait d'ailleurs que je me mette en quête de vraies bonnes interprétations), ce fut une re-révélation pour ma part. Quel bonheur, cette symphonie, ça dure un peu moins d'une heure, j'oublie de compter les mouvements, et me fais surprendre par la fin : ça, j'en veux encore !