Je ne connaissais point cette messe en sol mineur de Bach : alors une fois n'est pas coutume, je suis descendu avenue Montaigne au TCE. Effectivement, il y a de la place de dernière minute, je me renseigne pour savoir s'il serait envisageable qu'il y en ait aussi pour Cosi, évidemment c'est mort, et pour jeudi prochain, les places à 30€ ou moins sont ultra-pourries, au delà il faut mettre 40€ de plus pour du strapontin : je ferai donc sans, dommage, mais quitte à devoir me ruiner, je le ferai pendant les 35 ans où je n'aurai plus de possibilité de tarif réduit, telle est ma nouvelle prérogative d'ordre purement économique. Je me fais griller par une vieille au portefeuille Vuitton (il faut cependant être patient avec cette vieillesse : plus que quelques années avant de participer naturellement à la baisse des cours de l'immobilier), et meuble les trois quarts d'heure qui me séparent du début du concert par du lèche-vitrine -- je reste bête devant une paire de mocassins à 450€ chez Valentino, un mythe s'écroule.

J'essaie de trouver quelques pièces de cuivre à filer aux ouvreuses, il est toujours explicitement spécifié qu'elles ne sont payées qu'au pourboire, comme si un endroit largement financé par l'argent public via la Caisse des Dépôts pouvait faire signer des contrats de travail sans salaire (ou alors c'est réellement très grave, et y'a un truc qui s'appelle les Prud'hommes pour ça...). Bref, habituellement je me débarrasse des centimes encombrants, hitoire qu'on me fiche la paix, mais là je les avais oublié ; peu importe, il n'y avait pas de placeuse par là où je suis passé -- et c'est effarant de voir à quel point elles sont inefficaces : en permanence des spectateurs se rendent compte qu'ils ne sont pas aux bonnes places. Et moi, j'arrive à mon 3/4, dernier rang, c'est bien ce que je craignais, et pourtant je l'avais spécifiquement indiqué au caissier (qui bosse là depuis 10 ans) : je ne voulais pas l'une de ces places maudites, les quelques unes qui sont des rataillons, des demi-sièges (pour info, c'est autour de la place 58). M'enfin, ça donne l'occasion de plaisanter avec ses voisins : "on devrait payer demi-tarif !", "ils devraient nous demander notre taille avant", etc. Comme l'un a justement mal au genoux, il se déplace avec sa béquille, et j'en profite aussi pour m'éclipser.

Manque de bol, mon nouveau voisin respire comme un boeuf, avec des pointes aiguës autour de 20kHz. Au secours. Je suis obligé de me boucher une oreille durant la première partie. On commence par la cantate n° 102 "Herr, deine Augen sehen nach dem Glauben!", et on continue par la cantate n° 140 "Wachet auf, ruft uns die Stimme". Ça tombe bien, le chef Masaaki Suzuki a justement dirigé l'intégrale des cantates certainement la plus prisée du moment (est-ce avec ce même Bach Collegium comme orchestre ?). Côté solistes, nous avons : Hana Blazikova, soprano ; Robin Blaze, alto ; Jan Kobow, ténor ; Peter Kooij, basse. Je ne vais pas trop m'étendre sur les performances de chacun étant donné les circonstances auditives et de concentration, mais j'ai en tout cas bien pu délirer lorsque la jolie soprano aux cheveux roux foncés dit à Jésus de venir, et que celui-ci n'arrête pas de répété qu'il vient ; ça a du bon d'être messie, des fois.

Entracte, je retrouve Joël, pour une fois repéré, alors qu'il déccouvrait le second balcon. Nous parlons de la Lune, mais je pense qu'on ira voir les datails chez lui (trackbak bienvenu ;)  ), c'est compliqué. Je décide pour la seconde partie de me replacer au premier balcon, j'ai repéré un mouvement de foule pour occuper les premiers rangs laissés libres, donc en théorie les derniers doivent être inoccupés, tant pis pour la casquette au dessus de la tête pas bien haut, avec ce que j'ai déjà souffert... Encore une fois, il est ahurissant de constater que les jambes ne rentrent pas, et pourtant je suis loin d'être grand, mais je me souviens qu'au début du siècle les gens faisaient 15cm de moins en moyenne, ça devait donc être calculé juste en ce temps-là, il serait de bon ton de sacrifier une rangée à présent, fort heureusement il n'y a personne à côté, je peux donc m'étaler et prier.

Messe en sol, enfin ! Et... c'est diablement court. Kyrie, Gloria, emballez c'est pesé, 35 minutes à tout casser. On est content que ce soit chouette (je commençais à me dire que ça devenait rudement bon, et couic, fini), on a même droit à un bis de la fin du Gloria, amen, et à la prochaine.

Au retour, j'évite l'écueil du RER fermé pour travaux cette semaine, et j'arrive devant une station de ligne 1... fermée aussi jusqu'à dimanche. Y'a des soirs, comme ça, où l'intendance ne suit décidément pas.