Eric Bompard est, de mémoire, l'une des très rare fortune française actuelle construite par le seul talent (je ne suis pas certain par exemple que Michel Adam ne bénéficiait pas d'une préfortune familiale, pour un parcours semblable) ; à la base, il faisait de l'importation de cachemire, de manière plus intelligente que les autres, et concentration verticale oblige, il finit par en faire lui-même des pulls et par les vendre ; il est à présent impressionnant de compter le nombre de boutiques ouvertes, dont celle des Champs -- qui a ma préférence, surtout que je n'ai qu'à traverser l'avenue pour y être, ne semaine --, avec ses rangées de pull multicolores bien classés.

Image que l'on retrouvait sur un large mur cartonné du tournois de cette année. C'est que le Bompard a un sens artistique hors du commun, pour quelqu'un qui a commencé par du commerce. Et donc ce n'est pas une surprise si cette saison il a emprunté la Cozette à l'Opéra, dont il décore à présent le dos des billets. Et le tournois qui fête ses 22 ans, nous apprend-on, porte le nom d'Eric Bompard comme sponsor unique depuis 2004, maintenant. Pour l'occasion, j'ai sorti mon plus beau pull, un 12 fils.

Qui d'ailleurs cette année a été surpassé par un autre, mais à 750€, j'attendrai les soldes  :). On le voit sur le dos d'un mannequin, car on commence à 14h00 par un défilé de mode de la marque, il n'a pas réussi pour rien, le Bompard, il est diaboliquement doué. Une demi heure de pub, d'ailleurs on a distribué les dépliants à la place de programme à l'entrée (de manière appréciable, les ouvreuses ne demandent pas la dîme, surtout que ça j'avais dû payer celle qui s'est occupé de moi, ça n'aurait pas été pour me placer...), que j'ai refusé puisque je l'ai déjà reçu (oui, luttons tous ensemble pour réduire l'utilisation inutile de papier -- bon, et sur le mien reçu par la poste, il y a aussi écrit "-20%", en plus  :p ). On a deux groupes de dix filles pour deux hommes, on se demande quelle est la cible marketting visée... Une idée encore intelligente : Brian Joubert en cachemire rouge fait une intervention en fin de défilé, de telle sorte qu'il passera rapidement à la télé, où conformément à la loi on mentionnera un "partenaire exclusif vendeur de cachemire", ou quelque chose du genre -- on coupe le discours juste après d'Eric Bompard lui-même, au bras d'une jolie jeune femme, mais rien de très intéressant n'est manqué pour la peine.

Car ça passait à la télé, il est donc inutile que je m'étende sur les performances des uns et des autres, on va plutôt faire dans le palpatinien, pour changer  :). Le public, contrairement à ce que l'on pourrait croire, n'est pas gay. Il ressemble à celui de Garnier un jour de Paquita, grosso modo. On croise de jeunes couples, des filles en bande, des vieux mais pas trop, et surtout des familles. J'ai trois filles de moins de 12 ans à ma gauche, deux de moins de quatorze à ma droite, ce sera consommable dans quinze ans, mais pour l'instant c'est pas l'idéal pour draguer, tout de même, le patinage. Y'a des gamins qui crient "alleeeez", ils n'ont pas encore compris que le patinage n'est pas un sport, ces jeunes, j'vous jure...

Non, le patinage ne se "mesure" pas à la qualité des sauts, c'est comme en danse, ça se mesure par le coefficient de foutabilité objective, que l'on appelle "aspect érotique" pour les politiquement corrects. Ceci à deux conséquences : les hommes m'intéressent toujours autant (c'est-à-dire peu ou pas du tout, il faut tout de même leur reconnaître du mérite), et si je n'ai pas pris comme l'année dernière le tournois féminin, c'est que le côté compétition ne m'avait point plu (en plus j'étais pris, hier soir, pour un super truc, hum...). Cette année, ce fut donc gala, en P 15 04, c'est-à-dire première catégorie plein centre des tribunes, ça fait du 57€ (ouais, j'ai eu une réduc' de 10%, c'est la fête), à ce prix ça a intérêt d'assurer !

La retransmission télé est pour sa part bien pensé : certes elle zappe un tout petit peu les premières minutes de patinage (c'est surprenant, y'avait un couple français tout mignon, avec un Medhi, en ces temps de discrimination-positivite, c'est étonnant), mais on coupe les pauses (comme la remise en état de la glace par un véhicule labellisé "rent-a-car", on rit d'un rien), et aussi l'entracte, d'ailleurs on voit bien le label "Bercy en direct" apparaître peu avant 16h00. Mais le feeling est différent, ça mérite d'être vu des deux façons, comme un ballet en somme.

On est plongé dans le noir (ce n'est pas le cas en compet'), la sono est très remarquable (cette salle est plutôt dégueulasse pour les concerts, à ce niveau, habituellement -- mais on y joua du Mahler, souvenons-nous), les lumières très travaillées. En revanche, on a toujours mal au cul, la bonne nouvelle c'est que le dénivelé permet de très bien y voir sans problème. Participent : les quatre premiers de chaque catégorie, et parfois en plus des Français (comme le couple Mélodie Chataigner / Medhi Bouzzine, bons derniers de la compet', et zappés par la téloche).

Notons donc les filles qui font frissonner : toujours en premier Mao Asada, mais ce n'est pas une surprise ici, ça fait trois ans que je la suit, 18 ans maintenant, hhmmm... Bref, petite nouvelle qui a 15 ans (pas encore consommable, donc, dommage elle est méga mignonne, américaine d'origine chinoise) et rappelle le sentiment que j'ai eu pour Mao à l'époque (et qui s'est franchement confirmé : il se murmure qu'elle serait la meilleure patineuse de tous les temps !), Caroline Zhang, qui est au-delà de l'impressionnant avec son special combo Biellmann pirouetté avec changement d'orientation, bref y'a des explications avec photos sur le wiki, c'est totalement ahurissant, et elle l'a bien fait deux ou trois fois super-facilement. Troisième position dans mes préférences, Candice Didier, 1m71 (je me disais bien aussi en la voyant qu'elle était grande) et une allure de danseuse, ce qui est rare parmi les européennes, et à cette hauteur il n'y a pas grand monde, elle est souple, elle a beaucoup de présence, et elle a 20 ans (doooonc...) ; on peut la croiser à Bercy (où j'avais prévu de prendre des cours, et puis j'ai pas eu le temps, dire que j'ai acheté mes patins l'année dernière, et qu'ils n'ont toujours pas servi...). Enfin, la canadienne qui a eu la première marche du podium hier en détrônant Mao, Joannie Rochette, qui est impressionnante de technicité (et elle méritait clairement sa première place ; à noter qu'il y a deux ans, elle avait 20 ans et avait la quatrième place du trophée, à noter pour la pauvre Candice restée au pied), mais c'est p'têtre parce qu'elle est blonde, j'ai du mal à accrocher par rapport aux autres.

Côté couples, on est impressionné par le portée sur la tête et sans les mains du couple anglo-français Vanessa James / Yannick Bonheur (cette fille est d'une beauté renversante, d'ailleurs je n'arrête pas de penser, surtout dans le métro, que le premier argument pour l'immigration est la beauté des filles d'origine centrafricaine), ainsi que par ceux qui ont eu de bien meilleures places et dont on retrouvera la liste sur la page wikipedia déjà totalement à jour, c'est dire que le patinomane est au moins aussi atteint que le balletomane. Pour la danse (ne pas confondre : couples -- tout court -- c'est du rock acrobatique sur patins, danse -- en couple -- c'est le machin avant tout érotique, mais plus lent) on a du beau monde aussi, les Écossais Kerr sont très appréciés avec leurs kilts et leurs portés inversés, les premiers Isabelle Delobel / Olivier Schoenfelder viennent et reviennent pour clôturer.

À noter que le chauvinisme est certes un peu présent, mais des Écossais, des Japonais, des Canadiens ont aussi droit à des stading ovations spontanées, c'est donc fort juste pour tout le monde, il y a des fans des russes pas loin devant, des portraits de Mao Asada aussi, d'ailleurs. Et puis si Briaaaaan revient deux fois malgré sa quatrième place, on peut toujours prétexter qu'il est actuellement le plus titré au monde, et qu'il a bien le droit de se faire dépasser par des concurrents vraiment extraordinaires, notamment le Japonais Takahiko Kozuka, que j'ai préféré à Patrick Chan (le démonteur de décor, il s'est pris un pied dans le "Eric"), sachant que le Alban Préaubert a été très artisitque (oh, y'a un autre nouveau Français terminé dernier, Yoann Deslot, qui s'est pris pour un tableau de Watteau, ça m'a touché).

La retransmission télévisée coupe aussi la fin, avec le retour de chaque patineur ou couple, présentant sa spécialité en costume (décidément, la ricaine déchire... Et puis Mao, l'instant de grâce... La Candice est souple, aussi, quel bonheur...), et puis farandole finale sous un lâcher de ballon. Ça explose de tous les côtés, et les gamines qui en agitent m'en file des coups : je décide devant ce carnage d'en sauver un, je l'attrape sous mon bras sans paraître au début pour un couillon, quand certains gosses en ont ramassé plus de six. C'est d'ailleurs un étude sociologique intéressante : on voit qui ose piquer un ballon ou pas parmi les plus de 12 ans, quels sont les gamins qui n'hésitent pas à faire des stocks géants, et puis ensuite avec ce marqueur on peut suivre dans le métro la répartition de la population en présence (sur un échantillon de 10.000 spectateurs, pas mal), en l'occurrence je me suis senti très seul avec mon ballon "Eric Bompard", y'a pas de fan de patinage dans ma banlieue proche. Mais s'il y en a parmi mes lectrices, j'aimerais bien tester mes patins un de ces week-ends...