tu meurs, mais moi, je renais (flûte !)
Par palpatine le mardi 18 novembre 2008, 01:45 - ... et les arts - Lien permanent
Je me suis trompé d'opéra : c'est bien la première fois que ça m'arrive, étant parti du boulot à 19h en plein milieu d'une réunion générale (aux lourdes conséquences immédiates), j'arrive à 19h20 devant des marches vides, après avoir remarqué par la fenêtre qu'il y avait toujours des costumes à vendre dans le couloir. Ce n'était pas à Garnier qu'il fallait aller, mais à Bastille, flûte ! Forcément, j'arrive avec un peu moins de dix minutes de retard tout essoufflé, au milieu d'une cinquantaine d'autres personnes, car en réalité lignes 1 et A étaient bloquées, de quoi se consoler un peu en pensant que décidément il était mission impossible que d'arriver à l'heure.
Du coup, je rate l'ouverture (j'en ai seulement des échos dans les escaliers), et le tout début, je m'assieds sur les marches du second balcon au moment où les trois dames de la Reine (Iwona Sobotka/Katija Dragojevic/Cornelia Oncioiu) entourent Tamino (Shawn Mathey). "Die Zauberflöte" ("la flûte enchantée"), Singspiel en deux actes de Mozart en 1791, sur un livret d'Emmanuel Schikaneder. Rapidement, je comprends pourquoi cette mise en scène est restée dans les annales de mes amis derniers minutards comme la référence absolue -- pire que Warly -- de l'horreur absolue. On mêle des matelas gonflables géants, des projections de mots über-intéressants (du genre ce qui m'inspirera le titre de ce billet : pendant qu'on tombe de révulsion, c'est en fait une reprise qui a lieu pour cette première), des costumes tapageurs, de la machinerie visible (un grand défilé de ferrailles diverses), le tout placé dans l'inévitable hospice psychiatrique.
Ce grand moment de démise en scène® nous a été fourni par Alex Ollé et Carlos Padrissa de La Fura dels Baus, groupe qui depuis s'est rattrapé avec le superbe "Château de barbe bleue". Mais en attendant, on a l'étrange impression d'être pris pour des cons, tellement ce qui veut paraître comme original pour n'être qu'abscons, essaie de coller au texte en expliquant lourdement chaque métaphore. Mon accompagnatrice balletomane #3 sera ainsi traumatisée par le "carte sur table" accompagné de la chûte des matelas, mais il y en a eu d'autre pas bien glorieuses aussi ; on évite de peu le très mauvais goût, Papageno (Russel Braun) se réfugie tout de même entre les jambes de Pamina (Maria Bengtsson) lorsqu'il dit qu'il aimerait être une souris et se réfugier dans son trou, et c'est sans compter les pressions explicites de Monostatos (Markus Brutscher) sur la même, ou le costume aux tétons et vulve fluorescentes/clignotantes des dames de la Reine. On aura droit à quelques tours de prestidigitations, et à un assassinat de Sarastro (Kristinn Sigmundsson) par Pamina (avec effet sanguinolent garanti), dont il faut comprendre qu'il est figuré. Finalement, la Reine de la Nuit sur un chariot élévateur, c'est quand même le moins pire.
C'est surtout le bruit qui est gênant. Certes on pourra être distrait par les balles blanches et noires qui tombent partout, forment un bain, puis sont dispersés sur la scène, ou encore par ces karatekas qui essaient d'arrêter Pamina et Papageno, finalement repoussés à coups de clochettes magiques, mais le boucan permanent de ces pitreries est souvent très gênants, même si les grandes manoeuvres sont réservées pour les parties parlées. Manifestement renforcées : avec une sonorisation (c'est pour ça que j'ai toujours pensé Garnier, pas Bastille !), mais on peut soupçonner la partie de répondeur téléphonique comme ayant été plus ou moins librement adapté (on rit nerveusement, quelqu'un crie "bouh !"). La drogue, c'est mal. Les personnages sont mal habillés pour se correspondre, Tamino/Pamina sont en kimono avec plastron jaune, Papageno/Papagena (Maria Virgina Savastano) sont en rouge avec perruque bouclée assortie...
Côté voix, on l'a compris, ce n'est pas le star system, et pourtant ça assure carrément (même José "travaillez jusqu'à 70 ans" Van Dam, dans le petit rôle du Sprecher). La présence d'une colorature ayant pourtant une tessiture usuelle plus grave qu'une soprano standard participe pour beaucoup au succès. Mais les autres héros chantent bien, de manière audible (sachant que la salle est trop grande et que je suis au second balcon). Thomas Hengelbrock a une direction fluide et efficace, mais il faut bien avouer que l'on frissonne peu, ça fera quelques mécontents dans la salle.
Salle bien pleine, comme toutes les séances, il est devenu imposible de se procurer une place. À l'entracte, je quitte mes escaliers impairs (il n'y avait plus de place du côté pair !), rejoins mon accompagnatrice, et nous commençons le micro-trottoir : je croise deux des derniers-minutards sur les trois qui ont pu entrer, aucun autre ami, et finalement nous trouvons parmi deux amis de b#3 un qui n'a pas détesté (un n00b). Au passage, je réalise les auditions à distance pour le titre de miss ZauberOuvreuse : nous avons la toujours magnifique vendeuse de programme, la détructurée class qui garde l'entrée d'un salon réservé, et notre habituelle poupée de porcelaine au vestiaire ; après délibération intense avec mes autres personnalités, et à la sortie de cette première représentation (la fréquentation de pipole était faible, mais il y a un gala AROP prévu), la seconde gagne le titre, notamment pour avoir su se forger un genre affirmé, d'ailleurs elle doit être un petit peu plus âgée que la troisième, ça aide.
Depuis le plein centre du quatrième rang, on voit fort bien -- et on a moins mal au fesse sur un vrai siège. L'accueil du public est très bon, mis à part pour la mise en scène légèrement huée, puisqu'on était de toute façon déjà prévenu que ça ne ressemblerait à rien (ça manquait effroyablement de chiottes et de porte-jaretelles, cependant). Pour ma part, je suis au moins heureux d'avoir pu revoir cet opéra qui fut le premier que je vis il y a plus de 15 ans, et que je ne pense pas avoir réécouté depuis : c'est dire si je ne me souvenais absolument plus de l'histoire, par ailleurs assez complexe en réalité, et la mise en scène n'a pas trop aidé à la compréhension (maçonnique ?), dommage. Gerard Mortier aime les jeunes et les Tchèques, mais en échange il aime aussi les mises en scène moches, on ne peut pas tout avoir.
(edit: arg, j'avais oublié de publier !!)
Commentaires
Je ne lis pas ta critique tout de suite, vu que j'y vais samedi et que je veux avoir la surprise.
J'arrête de lire avant d'avoir vraiment peur, j'y vais aussi début décembre!
Pour une fois que j'ai cédé à mon envie d'entendre la Flûte sur scène.. Des années de résistance, mais j'avais trop envie de l'entendre.
Spinosi m'a calmée sur Cosi, mais la Flûte.. il n'y avait même pas de "mauvais Chef" ou "décalé" annoncé.
P.S : on dit "Warli" entre détracteurs, pas "Warly". Tu l'ennoblis avec ton y! :D
J'attends ton billet avec impatience, j'avoue :D.
(je rêve où on laisse des commentaires chez moi pour me dire qu'on ne me lit pas, et à dessein ? :s )
> (je rêve où on laisse des commentaires chez moi pour me dire qu'on ne me lit pas, et à dessein ? :s )
Ce n'est que pour mieux te lire en revenant du spectacle. Je viens de titrer mon billet « Une Flûte pas si horrible que ça. »
Eeuuuuhhhhhhh.... Quelques embouteillages dans mon planning de ces deux dernières semaines.. j'avoue.. :(
Mais admire la capacité de contrition et de remise à l'effort :D!!
Pareil que Joël : ce n'est que pour mieux te lire en revenant du spectacle et bien entendu après avoir rédigé le mien (tu sais bien que je ne lis pas avant d'avoir écrit).
Au fait et pour digresser sans avoir l'air, j'ai eu la douteuse idée d'apercevoir la mise en scène de Kusej de Chosta avant d'y aller.. Bon, je sais déjà dans quel sens je vais écrire et si je te dis : rouge, noir, dessous, pas cravache mais uniformes skaïsés et "le fouet du livret" (si, si), talons aiguilles, a priori que trouves-tu de "politiquement" incorrect là-dedans?
Oui, oui, c'est une question piège :) (Il aime ça le bougre!) Il paraît que l'aspect moderne et "génialement transgressif" de ladite mise en scène est "politique".
J'ai bien reconnu beaucoup de choses, mais très peu (pour ne pas dire aucune ce qui serait abyssal ou sidéral selon la perspective choisie) politiques, dirais-je prudemment avant la scène "in vivo. Affaire à suivre, Kusej à fuire? :D :D :D
Purée : mais pourquoi tu ne t'arranges pas pour que l'on puisse sauter des lignes dans tes espaces de commentaires, Mr Ingen'?!!
Tout à fait d'accord, c'était horrible, un vrai massacre . une flute désenchantée
"une flute désenchantée" : ça ferait un joli titre, pourquoi n'y ai-je donc pas pensé ? :) (peut-être parce qu'en fermant les yeux, c'était très bien, certainement)