J'avais dit "peut-être" pour le dépouillement des prud'hommes, et heureusement parce que j'avais oublié pendant un moment que j'avais réservé une séance de rencontre à l'AROP (et puis ce n'est pas si grave, personne n'est allé voter, finalement). C'était censé commencer à 19h00, mais malgré mon retard, j'ai tout de même dû attendre un peu, dans la salle Florence Gould bien remplie (je crois ne l'avoir jamais vue aussi remplie), quoiqu'il manquait quelques têtes connues (des balletomanes, par exemple, c'est à ne rien y comprendre !). Deux invités : Anne Deniau et Nicolas le Riche.

Comme chacun sait, je n'ai pas grand chose à faire des danseurs, à tel point que je n'ai même pas reconnu notre héros lorsque je suis arrivé, alors qu'il était en train de discuter avec certains membres. Alors évidemment, un bouquin entier consacré à lui, lui-même et il, ça ne justifie pas trop a priori une dépense de 59€, et un sacrifice de 8cm de largeur (oui, c'est pire qu'un pavé à ce niveau-là) dans ma bibliothèque ; c'est pas comme si c'était Aurélie Dupont, quoi (qui a l'heur d'être munie d'un vagin, de pointes, et d'une silhouette plus avantageuse, c'est totalement de la ségrégation, j'assume). Mais bon, l'association a participé dans le financement du bouquin, et surtout, ça peut être intéressant d'entendre l'artiste et... l'artiste.

Brigitte Lefèvre prend la première la parole, mais elle ne reste pas bien longtemps, manifestement il y a eu du remous dans le Raymonda joué juste à ce moment. Anne Deniau est du genre timide, Nicolas le Riche est plus prolixe, mais danser en star la veille, puis à midi le lendemain même pour une représentation "private", a malheureusement parfois rendu son discours poussif -- je n'étais pas bien frais non plus. On parle finalement plus de N&B vs couleur ou de marques d'appareils (à pellicule, court débat philosophique sur le pourquoi du comment), que d'autre chose. Et justement, dans le reste, il y a des informations importantes, surtout cette volonté de capturer des instants en symbiose (au sens biologique), alors même qu'aucun livre n'était jamais prévu, de telle sorte que c'est sept années de rencontres qui sont à présent publiées.

Le livre se lit dans les deux sens, il est à double entrée : d'un côté, le professionnel de la danse à l'oeuvre, de l'autre l'individu. Je n'ai que peu bouquiné, mais il me semble que l'avis d'une amicale connaissance est tout à fait pertinent : ce qui a été saisi n'est pas la grâce de la danse, du mouvement ou du corps, mais l'effort, le travail, la sueur, le souffle, peut-être même la souffrance. Le parti-pris est intéressant, c'est une vision "backstage" de la danse, l'exploration de ses dessous, de son coeur peut-être, de ce qui va donner la grâce, mais qui est avant tout une force physique à l'oeuvre, et même un travail, un boulot quoi, qu'il faut répéter, entraîner, exécuter.

Original, c'est certain. Mais ça manque de filles quand même.