La Turangalîla symphonie est peut-être l'une des pièces les plus jouées du moment, mais d'après mes recherches, je ne l'aurais entendu qu'une seule fois en février dernier. Il y en a pourtant eu une à Bastille début octobre (pourtant, je n'arrive pas à trouver), et une autre de Chung, à moins que ce soit les mêmes. Comme quoi, contrairement à une rumeur persistante, je ne vais pas partout -- il paraît que la Di Donato était géniale, apprends-je de mon ami berlinois. Arrivé assez juste à l'heure, je me replace assez rapidement avec ce dernier vers le centre du rang F, resté quasiment vide. Devant moi, le couple habituel qui était mes voisins lors du Tristan, et à leur gauche immédiate, le nouveau dirlo de l'orchestre de Paris, me dit-on (il est imposant, a de longs cheveux gras et pelliculeux pour masquer une calvitie envahissante, bref, rien à voir avec l'ancien !) ; au rang E, on tient d'ailleurs salon et "relations sociales" un peu franchement balai-dans-le-cul.

C'est Eschenbach qui est à la baguette, mais en fait le programme apprend que pour sa première saison à l'orchestre de Paris, il avait commencé par là ; quelque part, c'est logique de le programmer pour sa dernière saison. Et plus précisément : Olivier Messiaen est né un 10 décembre 2008 en Avignon. C'était aussi le quatre-vingtième anniversaire de la création des ondes Martenot® : l'ancêtre du synthé mais en beaucoup plus complexe (tiens, c'est électrique, d'ailleurs ? Certainement, mais j'ai pas vu ça prenait du 220) avait comme interprète Tristan Murail, prouvant qu'il existe bel et bien au moins deux interprètes pour cet instrument toujours aussi bizarroïde, et qui de près balance carrément jusqu'à saturation des oreilles (au rang A pair, ça a dû déguster).

Il ne faut pas oublier que la Turangalîla est assez fortissimo, même le piano souffre (Jean-Yves Thibaudet, que je ne connaissais absolument pas, mais qui d'après son CV est une méga-star), ça a surpris un Joël (déjà perplexe sur la prononciation qui ne lui semble pas très Sanskrit, mais c'est p'têtre du moyen-Sanskrit, à mon avis) croisé à la fin du concert. Juste après Damien, et juste avant Aymeric. Ça grouille de blogueurs dans le coin  :)  (mais il manquait au moins une lectrice). D'autres étaient derrière leurs écrans de télé, j'en suis sûr : si ce n'était précisé manifestement nulle part, le concert était normalement diffusé en direct sur Mezzo, d'où la caméra automatique en hauteur (qui était dans ma direction lorsqu'elle s'alignait sur le pianiste, à la fin du concert j'ai mon nouveau gavroche de Josiane sur la tête, pour me repérer), et les deux autres au premier balcon de chaque côté, en bergerie (c'est carrément plus discret que le dispositif Arte avec plusieurs bras articulés ; d'ailleurs le Lang Lang est passé le mois dernier le matin, j'étais normalement dans le champ derrière le piano, mais même si la salle reste toujours assez éclairée, avec le contre-jour on ne voit rien du tout).

Fort bonne interprétation, au final. Il ne faut pas oublier que cette oeuvre est impossible à écouter chez soi, tant d'un point de vue technique (avec autant d'instruments, je ne suis même pas sûr que mes Triangle Comete s'en sortent) que d'un point de vue sonore (ou comment se faire assassiner par ses voisins). Ce n'est donc pas tout de suite que je ferai la comparaison entre la version de ma semi-intégrale (payée plus de 90€) et celle de mon intégrale (enfin reçue au bout de quatre semaines, pour un prix final encore en baisse : 74€ ! La très, très bonne affaire !). Avec cinquante CDs de Messiaen, je puis assurer que plus j'écoute, et plus j'aime !